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lundi 6 octobre 2025

Le routard de Philippe Mechelen (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Vieux de plus d'une cinquantaine d'années, Le Guide du Routard est aussi précieux pour les voyageurs qui désirent connaître ''les bonnes adresses'' à travers la planète que le Guide Michelin l'est pour les amateurs de bonne cuisine. Alors, quand débarque sur les écrans de cinéma une comédie apparemment dédiée à ces femmes et ces hommes qui depuis 1973 font tout pour rendre nos déplacements à l'étranger les plus agréables qui soient, il est tentant d'y jeter un œil ! D'autant plus que deux des principaux interprètes en les personnes de Christian Clavier et Michel Blanc nous avaient déjà convié à ce genre d'exercice en 1978 et 1979 avec Les Bronzés et Les bronzés font du ski tous deux réalisés par Patrice Leconte et dans lesquels ils étaient notamment accompagnés par le reste de la Troupe du Splendid. En 2019, Jean Huth réalise Rendez-vous chez les Malawas, autre comédie française également incarnée par Christian Clavier mais également par Ramzy Bedia, Sylvie Testud ou encore Michaël Youn mais qui ne rencontre pas le succès escompté. Là encore, il s'agissait d'une parodie. Non pas celle d'un guide ou d'un célèbre club de vacances (contrairement aux Bronzés qui caricaturait le Club Med) mais celle de l'excellente émission de télévision de Frédéric Lopez, Rendez-vous en terre inconnue... Contrairement à ce que laisse envisager le titre et surtout le personnage incarné à l'écran par Hakim Jemili (lequel débuta sa carrière sur grand écran aux côtés de Michel Blanc dans la comédie Docteur?), Le routard n'est pas ce voyageur qu'idéalise le fameux Guide du Routard et qui à peu de frais voyage à travers le monde avec dans son sac, le guide en question. À dire vrai, le personnage de Yann Tatin est un mélange entre celui qui se définit comme moitié chômeur et moitié intérimaire, rêvant de voyager sans pour autant en avoir les moyens et celui qui par malice va se faire passer pour un fin connaisseur du Maroc et de Marrakech à proprement parler afin de se faire engager à l'essai par l'un des responsables du Guide du Routard, Karol Kowalski (Christian Clavier). L'occasion de faire ses preuves à Marrakech, justement. Lieu principal du tournage où le réalisateur et scénariste Philippe Mechelen a pu compter sur l'équipe de ''Lions Productions & Service''. Originaire du Maroc, Philippe Mechelen témoigne alors du grand professionnalisme dont font preuve ses membres..


Décors somptueux, entre riad situés dans la médina, marchés, ruelles anciennes, autochtones et désert, l'intérêt principal du routard se situe donc en priorité au niveau du cadre magnifique dans lequel évoluent les interprètes et leurs personnages. Pour le reste, le long-métrage du français est on ne peut plus classique. Caricaturant la population locale, celle des souks ou des chauffeurs de taxi dont on tient là un sacré phénomène en la personne de Mounir, incarné par le ''porteur de moumoute'' Medi Sadoun. S'agissant de Philippe Mechelen, nous pouvions craindre le pire. Car en dehors du pas terrible Doudou qu'il réalisa en 2018, il semble surtout s'être fait connaître en participant à l'écriture des cinq opus de la franchise Les Tuche ou celle du navrant Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu réalisé et interprété par Guillaume Canet en 2023. Bref, pas de quoi sauter au plafond. Et en effet, côté écriture, Le routard a beau s'inspirer du célèbre guide touristique français, le film est d'un classicisme qui ne le différencie pas des productions habituelles en matières de comédies françaises. Hakim Jemili fait du Hakim Jemili. Autant dire que ceux qui apprécient ce sympathique personnage aimeront le voir évoluer dans le rôle de cet employé à l'essai d'une entreprise dont il ne maîtrise absolument pas les codes tandis que les autres continueront de l'ignorer... Christian Clavier lui-même continue à interpréter toujours le même rôle quelle que soit la situation. Un personnage ici qui semble ne servir que de caution à un long-métrage qui aurait parfaitement pu se passer de lui. Au beau milieu de ce voyage exotique et parfois dépaysant viennent s'incruster l'actrice Manon Azem dans le rôle de Sofia Berrada ainsi qu'un manuscrit appartenant au patrimoine national marocain que Michel Blanc, dans le rôle du docteur en archéologie Charoux tentera de revendre pour la modique somme de cinq millions de dollars après l'avoir fait dérober par un couple de pieds nickelés (Aude Gogny-Goubert et Yann Papin dans les rôles respectifs des époux Frida et Régis). Notons également la présence de Fred Testot (seule moitié demeurée bienveillante de l'ancien duo Omar et Fred) en sympathique organisateur d'événements ou celle d'Alice Taglioni et Philippe Lefebvre dans les rôles de Marie-Nesrine et Marc-Aziz Garnier, deux français reconvertis dans la chambre d'hôtes... Sans être un naufrage, sauvé de justesse par le cadre marocain et par quelques vannes plutôt drôles, Le routard est une petite comédie visiblement sans prétentions, qui se regarde sans réel déplaisir mais qui comme une bonne, et même une très grande parties d'entre elles, s'oublie rapidement...

 

jeudi 28 août 2025

Les cadors de Julien Guetta (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Lorsque l'on redécouvre pour la seconde fois un film mais que l'on n'est pas fichu de s'en souvenir, c'est peut-être le signe d'une maladie neurologique dégénérative grave. Ou peut-être plus simplement celui d'une œuvre dont l'intérêt est si faible que dans le meilleur des cas l'on en oublie l'essentiel et dans le pire, que l'on a purement et simplement omis son existence. Mais lorsque cela vous arrive deux fois, coup sur coup, il y a, je pense, moyen de s'inquiéter de l'état de ses neurones. Les premiers symptômes se déclarèrent avant-hier soir, au moment de ''découvrir'' Discount de Louis-Julien Petit dans lequel une poignée d'employés d'une supérette apprenaient qu'ils allaient bientôt faire partie d'une charrette et qui avant l'échéance de trois mois allaient entreprendre d'arrondir leurs fins de mois en détournant des marchandises et en les revendant à une clientèle triée sur le volet. Des symptômes qui ont perduré puisque hier soir, au beau milieu de la projection des Cadors de Julien Guetta, je me suis rendu compte que j'avais déjà vu le film... que j'avais oublié jusque là ! Mettant en scène deux frères interprétés par Jean-Paul Rouve et Grégoire Ludig, Christian et Antoine Dagostino se retrouvent à l'enterrement de leur père après des années de séparation. Ayant vécu une enfance douloureuse après que leur mère ait choisi de quitter le cocon familial et après avoir subit des violences physiques de la part de leur père, on ne peut pas dire que sa mort soit réellement traumatisante pour les deux hommes. Surtout pour Christian qui passa son enfance et son adolescence à protéger son frère des coups de leur géniteur. Antoine en a d'ailleurs gardé une profonde reconnaissance qui aujourd'hui le contraint à veiller à son tour sur son électron-libre de frère. Un brin marginal, fan du chanteur Renaud et adepte de bagarres et de concours de baffes, Christian est ingérable ! Antoine va cependant l'accueillir chez lui, au sein du couple qu'il forme avec Alexandra, interprétée à l'écran par Marie Gillain.


Parallèlement à sa vie de couple et de parent, Antoine arrondit ses fins de mois en acceptant de travailler pour un certain Jean-Pierre Deloup (Michel Blanc). Un escroc, un contrebandier qui contre d'importantes sommes d'argent agit dans le trafic de drogue ou le vol de voitures. Mais indirectement puisqu'il fait donc appel à Antoine... Les Cadors débute comme une pure comédie. Avec un Jean-Paul Rouve qui débarque dégingandé à bord d'un camion de glaces à l'enterrement de son père, un Grégoire Ludig qui gère plus ou moins bien son couple et un Michel Blanc en responsable malfaisant d'un syndicat des dockers situé à Cherbourg, le long-métrage de Julien Guetta plonge dans le second degré, voire le troisième, avant de changer presque radicalement de ton lorsqu'il évoque justement les agissements de Jean-Pierre Deloup, infâme personnage qu'incarne avec un naturel presque déconcertant le regretté Michel Blanc ou lorsque les deux frangins se remémorent tour à tour l'enfance parfois difficile qu'ils vécurent auprès d'un père alcoolique et violent. Sur la base d'un scénario écrit par le réalisateur, par Jean-Paul Rouve ainsi que par Lionel Dutemple (auteur pendant de longues années à Canal+ pour les émissions Les Guignols de l'info, Visiophon, Nulle part Ailleurs ou pour la série H), le film signe une tendre complicité entre deux personnages, deux acteurs, deux frères de fiction convaincants. Entre humour et gravité, Les cadors n'en est pas moins une comédie dramatique dispensable. Que l'on prend un certain plaisir à regarder mais qui s'oublie relativement vite et que l'on n'aura donc pas forcément la tentation de revoir (à moins qu'une perte de mémoire ne nous pousse justement à la ''(re)découvrir''). Notons également les présences féminines d'Aurore Broutin dans le rôle de Madeleine, pendant féminin de Jean-Paul Rouve/Christiant et de Marie Gillian, excellente actrice n'apparaissant que trop rarement au cinéma en comparaison d'autres artistes qui mériteraient parfois de disparaître des écrans-radars...

 

samedi 5 octobre 2024

R.I.P Michel Blanc...



 

Lorsque ma compagne m'a annoncé ce matin le décès de Michel Blanc, je n'ai tout d'abord pas voulu y croire. Annoncé sur Youtube par un célèbre animateur dont le timbre est reconnaissable entre tous, j'ai enfin réalisé qu'il ne s'agissait pas d'une mauvaise blague. Il y a des disparitions qui sidèrent plus que d'autres et celle de celui qui nous fit tant marrer avant d'aller tutoyer plus tard d'autres registres nettement plus sinistres (Monsieur Hire) en fait partie. Je ne vais pas entrer dans une diatribe contre l'individu qui lui injecta le produit de contraste qui causa une allergie de type anaphylactique et mena à sa mort. Ce serait presque aussi stupide que d'en avoir voulu au chauffeur qui causa à l’époque celle de Coluche en juin 1986. Michel, parfois prénommé Jean-Claude, Guy, Bernard, Denis, Gaigneux ou encore Shapiron s'est donc éteint ce matin. Coupant court avec cet esprit si particulier qu'il avait d'interpréter chacun de ses personnages. Côtoyant la nouvelle génération comme dans Docteur ? de Tristan Séguéla, sympathique comédie qu'il incarna aux côtés de Hakim Jemili mais dont le titre, me glace subitement les sangs. Si sa mort est sans doute due à la malchance ou au hasard, on en vient malgré tout à penser qu'il aurait mieux fait de choisir un autre jour pour aller faire des analyses et qu'il aurait été plus inconsciemment judicieux de travailler sur l'un des projets qu'il avait sans doute en tête. On se rassure ou l'on relativise comme on peut. Les jours qui viennent, Michel aura une énième heure de gloire qui celle-ci laissera malgré tout un goût très amer. Partir à soixante-douze ans et ''sans prévenir'', on ne s'attendait pas à ce qu'il nous la fasse celle-là ! Grosse fatigue mais surtout, gros malaise et mauvaise blague pour cet acteur qui a toujours su se renouveler en passant du métier d'acteur à celui de réalisateur en signant notamment l'une des comédies françaises les plus cultes des années 80 mais dont je n'aurai pas l'outrecuidance de donner le titre puisque tout le monde la connaît ! Du beauf en mal d'amour au boulet, en passant par l'amant contraint de faire le trottoir en conclusion du cultissime tenue de soirée de Bertrand Blier ou par le voisin qui épie par amour sa voisine, Michel Blanc n'est plus. Et s'il nous a toujours majoritairement fait rire à chacune de ses apparitions sur petit et grand écran, aujourd'hui, tous ceux qui l'on aimé de loin ou de près le pleurent. Ne reste plus que son image qui je l'espère continuera de nous égayer et atteindra les générations futures...

 

lundi 1 avril 2024

Retenez-moi ou je fais un malheur de Michel Gérard (1983) - ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Pathétique... Il n'y a vraiment pas d'autres mots pour décrire le contenu de cette prétendue comédie qui est aussi drôle que de se faire un tour de rein ou mieux, apprendre qu'il ne nous reste plus que six mois à vivre ! Il m'aura fallut trois bonnes journées de convalescence avant de pouvoir régurgiter sur mon logiciel de traitement de texte favori, mon ressenti. Jerry Lewis, on connaît. Ses mimiques de demeuré qui passent si bien lorsqu'il tourne sur son propre territoire ont chez nous autant d'efficacité et de chance de faire mouche qu'un aveugle tentant de viser le centre d'une cible à l'aide de fléchettes. Doublé dans la langue de Molière par un Roger Carel en grande forme, il est parfois compliqué de décoder certaines phrases. Cet accent caricatural dont '' bénéficie '' l'acteur américain est une véritable torture pour nos tympans. Jerry Lewis forme en outre un curieux tandem aux côtés de Michel Blanc qui à l'époque est en général une valeur sûre. Vue la désastreuse réputation de l'auteur de cette infâme purge, on peut se demander ce que l'ancien membre de la Troupe du Splendid est venu faire dans cette galère. Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, le chemin qui mène au nanar est semé de tout un tas d'embûches. À commencer par une mise en scène médiocre et un scénario d'une bêtise absolue. On détient avec '' Retenez-moi ou je fais un malheur '', une catastrophe d'ampleur cosmique.


À tel point que Philippe Clair dû s'en retourner durant des mois dans son lit de ne pas l'avoir lui-même réalisé ! Du Kubrick, le Clair, face à cette engeance plus molle qu'une méduse échouée sur un bord de plage, écrite par un scénariste sans doute en état de mort cérébrale, mais aussi interprétée par des acteurs amorphes (Michel Blanc) ou sous l'emprise de grimaces visiblement incontrôlables (Jerry Lewis). Preuve que Michel Gérard (le réalisateur) n'a aucun goût : le bonhomme embauche sur le tournage la délicieuse Mylène Demongeot (la trilogie Fantomas) mais ne lui octroie pas la moindre ligne de dialogue... le con ! L'on retrouve également l'acteur Michel Peyrelon en trafiquant, Jackie Sardou, ou Maurice Risch et même Philippe Castelli en flic beaucoup moins drôle que lorsqu'il se prenait un bon gros coup de pied dans les couilles par Jean-Paul Belmondo dans '' Le Guignolo ''. Et dire qu'ils s'y sont mis à trois pour '' écrire '' ce semblant de script dont la plupart des gags semble avoir préféré se faire la malle avant le premier tour de manivelle... Même s'il y a pire, comme suivre un débat autour de Sandrine Rousseau et d'Alexis Corbière ou un concert d'Aya Nakamura (pour rester dans l'actualité), un seul conseil : fuyez ! On réservera en priorité '' Retenez-moi ou je fais un malheur '' aux Ehpads et autres maisons de retraite. De toute manière, vu que la plupart des pensionnaires sont soit séniles, soit durs d'oreille, ils ne verront pas la différence entre un bon film et cette authentique merde...



dimanche 31 mars 2024

Grosse fatigue de Michel Blanc (1994) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Mais qu'est-ce qui arrive à Michel Blanc ? En manque d'inspiration depuis dix ans (le film évoque pourtant le fait que seulement sept année séparent son dernier long-métrage en tant que réalisateur de l'époque où se situe l'action de Grosse fatigue), jeté hors de la boite de nuit tenue par Régine, accusé de viol sur la personne de Josiane Balasko, jeté en prison puis libéré et enfin accueilli dans la splendide résidence secondaire de Carole Bouquet dans le Lubéron, l'acteur et réalisateur semble proche de la dépression. En effet, Michel Blanc ne comprend absolument pas ce qui lui arrive. Et nous non plus d'ailleurs. Jusqu'au jour où on lui annonce qu'il va très prochainement dédicacer les cassettes de ses films au rayon ''Sport et plein air'' à l'hypercontinent d'Orange ! Bien décidé à clarifier toute cette affaire, il se rend en compagnie de Carole Bouquet à la séance de signatures... Le concept de film dans lequel tout ou partie des interprètes jouent leur propre rôle est relativement récurrent. En France, l'un des plus représentatifs du genre demeure Les acteurs que réalisera six ans plus tard le réalisateur et scénariste Bertrand Blier. Concernant le second long-métrage de Michel Blanc, parmi la pléthore d'interprètes, certains incarnent des personnages de fictions, tels Philippe du Janerand, François Morel, Jean-Louis Richard, Bruno Moynot ou encore Bernard Farcy. Des dizaines de rôles secondaires autour desquels beaucoup d'autres comédiens apparaissent sous leur véritable identité : Philippe Noiret, Charlotte Gainsbourg, Mathilda May, Dominique Besnehard, Guillaume Durant mais également, les anciens membres de la troupe du Splendid dont faisait lui-même partie Michel Blanc. C'est donc entouré de Josiane Balasko, de Marie-Anne Chazel, de Thierry Lhermitte, de Christian Clavier et de Dominique Lavanant qu'il partage avec les spectateurs cette histoire absolument loufoque et presque invraisemblable dont il a écrit le scénario aux côtés de Josiane Balasko, de Jacques Audiard et de Bertrand Blier.


Si j'ai volontairement ''oublié'' de citer le nom de Gérard Jugnot, c'est pour mieux évoquer le fait qu'en dehors de sa participation en tant qu'interprète de son propre rôle dans le film, l'intrigue repose à l'origine sur un fait-divers dont il fut lui-même la victime. En effet, durant plusieurs années, un hommes partageant les même caractéristiques physiques que lui a usurpé son identité à des fins commerciales. Un individu du nom de Michel Praz qu'avait approché la star française pour le tournage de Pinot simple flic s'est semble-t-il un peu trop prêté au jeu : l'homme signait des autographes, animait le Tour de France dans les boites de nuit et contribuait à la vente de véhicules d'une concession automobile en promettant aux futurs acheteurs une photo d'eux en sa compagnie. Tout cela contre monnaie sonnante et trébuchante, bien entendu... Au final, Gérard Jugnot lui fera un procès et finira par obtenir gain de cause. Pour en revenir au film, on devine désormais les tenants et les aboutissants de cette histoire rondement menée, bien écrite (on reconnaît bien là la verve de l'auteur de Marche à l'ombre) et relativement bien rythmée. Pour Carole Bouquet, Grosse fatigue est l'occasion de changer de registre et de s'essayer à la comédie. L'ombre de Bertrand Blier plane à plusieurs reprises au dessus du récit. Et notamment lors de la séquence située dans la cellule d'une prison où Michel Blanc va être confronté à trois voyous. Aux côtés de François Aragon et d'Antoine Basler, Arno Chevrier campe un détenu à l'éloquence proche de celle du Gérard Depardieu de Tenue de soirée. Le passage en prison rend d'ailleurs très clairement hommages à certains échanges entre Antoine et Bob, deux des trois protagonistes principaux du long-métrage de Bertrand Blier. Sur le ton de l'absurde, à la limite du cauchemar éveillé, Michel Blanc signe une comédie cynique mais très sympathique qui égratigne quelque peu le métier d'acteur en le dévoilant sous un jour nouveau. Bourré indirectement de références cinématographiques, Grosse fatigue peut être envisagé comme un OFNI du fait qu'une bonne moitié des actrices et acteurs y interprètent leur propre rôle. Ce qui n'empêche absolument pas le film d'être parfois très amusant...


jeudi 17 août 2023

Les souvenirs de Jean-Paul Rouve (2015) - ★★★★★★★☆☆☆

 



 

Alors qu'il s'apprête à prendre la relève d'Olivier Baroux en réalisant le cinquième opus de l'interminable saga de la famille Tuche, Jean-Paul Rouve à depuis maintes années prouvé son éclectisme en matière d'artiste. Qu'il s'agisse des diverses bouffonneries dont il fut l'un des initiateurs au sein de la troupe des Robins des bois, de ses diverses apparitions sur grand écran entre drames et comédies, l'homme ne cesse d'étonner. Comme en 2014, justement. Entre le téléfilm de Pierre Aknine '' Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils '' et la comédie '' Les nouvelles aventures d'Aladin '' d'Arthur Benzaquen, l'ancien '' Monsieur Orange '' allait nous servir un met de choix à travers l'émouvante histoire de Madeleine, de son fils Michel et de son petit-fils Romain (auxquels nous ajouterons dans une moindre mesure l'épouse du second, Nathalie, interprétée par Chantal Lauby ou Karim, incarné par William Lebghil). '' Les souvenirs '' mêle divers états d'âme. Ceux des héros, justement. D'abord celui de Michel, tout jeune retraité de la fonction publique qui vit mal sa nouvelle situation. Celle de Madeleine ensuite, qui sur décision générale de ses trois fils va découvrir qu'ils ont décidé de la placer en maison de retraite et de mettre en vente son appartement. Enfin, celle du petit dernier de la famille qui désespère de trouver l'élue de son cœur. Ajoutons un colocataire addict aux jeux vidéos qui tente lui aussi par tous les moyens (même les plus improbables) de trouver chaussure à son pied ou une épouse qui, au contact d'un Michel apparemment indifférent, s'ennuie au point de monter un subterfuge contre lui consistant à le faire réagir !


Autant la joie s'exprime-t-elle à travers l'éternelle positivité de la géniale actrice et chanteuse belge Annie Cordy, autant Michel Blanc semble ici capable d'une hypocrisie démesurée tout en décrivant de manière forcément caricaturale, tout ce qui est de près ou de loin en rapport avec un hypothétique burnout à venir. Michel le mal aimé, qui se croit responsable de tous les maux tout en étant objectivement responsable d'une majeure partie d'entre eux. Madeleine, sans être véritablement le personnage central du récit puisque la quasi totalité des séquences sont surtout majoritairement accompagnées par la présence à l'image du très convaincant Mathieu Spinosi, reste cependant celle dont les spectateurs se souviendront le plus longuement. Sans être tout à fait au crépuscule de son existence, Annie Cordy interprète une Madeleine bouleversante, aidée en cela par une mise en scène et une direction d'acteurs toutes en nuance et en sincérité de la part d'un Jean-Paul Rouve qui délaisse son ton parfois absurde pour nous offrir une très belle tranche de vie entre divers représentants d'une même famille. S'il s'offre le tout petit rôle de Philippe, c'est d'ailleurs pour mieux laisser la place à ses interprètes de s'exprimer. Doux et sans véritable amertume, '' Les souvenirs '' est un beau film qui prend soin de chaque personnage et donc de chacun de leurs interprètes. Même lorsque le réalisateur et scénariste qui adapte en sa compagnie, l'ouvrage éponyme de David Foenkinos, se laisse aller à quelques idées d'écriture absurdes comme à travers le personnage de la directrice de la maison de retraite interprétée par Audrey Lamy. Un grand OUI...

 

dimanche 9 janvier 2022

Les Tuche 4 d'Olivier Baroux (2021) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

L'année 2022 commence mal. 1Er janvier. Premier jour de l'année. Première comédie ratée. À dire vrai, et pour être tout à fait honnête, un film datant de 2021. Presque du siècle dernier si l'on tient compte du ringard qui mine le récit de la première à la dernière seconde. Fallait pas s'attendre à autre chose de la part d'Olivier Baroux qui avec Les Tuche 4 insiste une fois de plus sur ses personnages ultra-caricaturaux. Jean-Paul Rouve que l'on a connu en meilleure forme durant sa collaboration avec les anciens membres de la troupe Les Robins des Bois ne retrouve pas le génie des personnages qu'il incarnait alors. Elle est loin l'émission Radio Bière-Foot (la radio de la bière et du foot à la télé). Disparu Monsieur Orange... Même le Jeff du premier volet de la franchise que l'on pouvait encore raisonnablement apprécier ne fait plus que se singer lui-même. Et dire que l'on risque de les revoir tous, les membres de la famille originaire de Bouzolles, dans un futur cinquième volet. Mais que les fans (s'il en reste) de Jeff, de Cathy, de Stéphanie, de Wilfried et de Donald se rassurent. Les Tuche 4 n'atteint tout de même pas les tréfonds de l'ignominie dans lesquels se vautrèrent notamment la purge de Michèle Laroque, brillantissime de 2017, Francis Gnibre et Eric Carrière avec leur daubesque Les Municipaux, trop c'est trop ! l'année suivante ou encore Nicolas Benamour et son infâme Mystère à Saint-Tropez en 2021. Ce qui ne justifiera cependant pas pour autant les piètres qualités du long-métrage d'Olivier Baroux pourtant parfois capable de proposer de bonnes surprises comme L'italien en 2010. Il va bien falloir qu'un de ces jours l'acteur-réalisateur pense à mettre un terme à cette trop longue saga familiale qui ne fait malheureusement plus rire grand monde (en dehors de quelques spectateurs s'esclaffant sporadiquement)... 

 

Dans cette nouvelle séquelle, Jeff et sa famille vont accueillir la sœur de sa bien-aimée. Une Maguy qu'interprétera Isabelle Nanty désormais dans un double-rôle. Nouveau venu, l'acteur Michel Blanc dans le rôle de son époux Jean-Yves qui plutôt que de relever une sauce plutôt fade apparaît plutôt inconsistant. Presque aussi peu disposé à apparaître à l'image que son personnage semble être gêné de vivre. Jeff et ce dernier ne s'entendant plus vraiment depuis que le second a osé couper l'herbe sous le pied du premier lors d'une vente aux enchères dix ans auparavant, on se retrouve devant l'un de ces films confrontant deux individus se détestant copieusement traité sous le ton de l'humour. Enfin........ en théorie. Car concernant les rires, comme déjà décrit au dessus, ceux-ci sont aux abonnés absents. Se déroulant l'approche des fêtes de fin d'année, Tuche 4 n'apporte rien. N'innove jamais. Le film évoque la confrontation entre une grosse entreprise de vente et de distribution (l'ombre d'Amazon n'est pas loin) et une petite boite reconvertie dans la fabrication de jouets de Noël. Si l'idée est bonne bien qu'éculée, son exécution est par contre totalement bâclée. Ce moment terriblement jouissif lors duquel le petit dévorait le géant entre Eddie Vuibert/Richard Anconina et Denis Vierhouten/Daniel Prévost dans La vérité si je mens 2 est ici résumé à très peu de chose. Comme un cahier des charges qui aurait été imposé et que le réalisateur et ses quatre scénaristes (!!!) se seraient chargés de mettre en scène de la manière la plus insignifiante qui soit... 

 

Si en théorie Michel Blanc aurait dû apporter une valeur ajoutée au film, il n'en est rien. Presque effacé, il interprète un personnage odieux et opportuniste comme le cinéma en a charrié tant avant lui. Une resucée sans saveur. Un humour, des répliques et des attitudes qui tournent désormais en boucle et vide depuis les origines de la franchises remontant tout de même douze ans en arrière. Olivier Baroux profite de la période pour nous pondre un conte de Noël pour beaufs (ceux qui aiment danser sur La danse des Canards ou sur les chansons de La Compagnie Créöle risquent d'apprécier) dans lequel apparaît également François Berléand dans le rôle de Pierre Noël (Je sais, je sais...) qui au mieux enchantera les plus jeunes d'entre nous. Mais à choisir, si vous voulez vraiment prendre votre pied devant une comédie familiale sur le thème de Noël, préférez redécouvrir l'excellent Santa & Cie de (et avec) Alain Chabat... Bon allez, j'avoue... J'ai rigolé... Une fois... Et très franchement. Lors de la séquence qui, fruit du hasard, sort totalement du contexte du film pour nous replonger dans ces fausses pubs qu'étaient capables de mettre en scène les Nuls et Les Inconnus il y a longtemps de cela. Mais trente seconde de rire sur un peu plus de cent minutes, ça fait quand même mal au porte-monnaie...

vendredi 3 janvier 2020

Docteur ? de Tristan Séguéla (2019) - ★★★★★★★★☆☆



Alors que l'acteur Michel Blanc se fait de plus en plus rare sur grand écran (pas un seul film en 2017 et un seul en 2016, 2017 et 2019), il nous gratifiait de sa présence en cette fin d'année avec l'une des comédies les plus drôles vues depuis longtemps. Réalisée par Tristan Séguéla, elle y intègre aux côtés de l'ancien membre du Splendid l'acteur Hakim Jemili dont il s'agit du premier passage sur grand écran. L'expérience de l'un et l'apprentissage du second vont transparaître jusque dans l'interprétation respective des deux hommes qui dans la peau d'un médecin de nuit et d'un livreur uber eats vont mettre leurs talents en commun afin d'assurer le service de nuit du premier, alors victime d'un sérieux problème de nerf sciatique. En effet, contraint de rester dans son véhicule de service puisque incapable de se déplacer, le docteur Mamou Mani va dicter au jeune Malek les différentes marches à suivre lors des consultations à domicile qu'il effectuera à la place du spécialiste.

Si le concept est basique, voire sommaire, Tristan Séguéla et le scénariste Jim Birmant mettent leur talent au service d'une écriture qui fait la part belle à l'humour le plus débridé, lequel n'évite pas quelques rares incartades dans le pipi-caca mais ce, pour le plus grand bonheur d'un public qui rira de bon cœur au différentes situations auxquelles sera confronté Hakim ''Malek'' Jemili. Une vraie découverte que celui-ci et un acteur que l'on rêve déjà de croiser à nouveau sur grand écran. Loin de l'image de ''l'arabe des cités'' qui tente de percer dans le milieu de l'auto-entreprenariat, Docteur ? évite tous les poncifs inhérents à ce genre de rencontre inattendue entre un médecin à la carrière bien remplie (mais émaillée de diverses bévues comme le signifiera la voix off assurée par Chantal Lauby) et un jeune qui tente de mettre en place un projet d'avenir pour ne se concentrer que sur ce qu'est venu chercher le spectateur : de la pure comédie, sans message social poussif ni fonction moralisatrice.

En cela, Tristan Séguéla rempli parfaitement son objectif. Les spectateurs rient beaucoup. Dans l'une des plus grandes salles du MEGA CGR de Narbonne, la salle fut en délire à de nombreuses reprises, preuve évidente que l'humour de Docteur ? fonctionnait à plein régime. Plusieurs scènes sont amenées à devenir cultes mais celle que les spectateurs venus nombreux garderont sans doute en mémoire concerne l'intervention du jeune Malek dans l'appartement d'un certain Wilfrid qu'incarne à l'écran l'humoriste et comédien français Artus. L'occasion pour les spectateurs de rire à gorge déployée et dès lors, de manière presque incessante. Le contraste entre un Michel Blanc Bougon et un Hakim Jemili optimiste fonctionne à merveille. La présence de Solène Rigot amène un petit vent de rigueur qui calme parfois les ardeurs délirantes de nos deux héros et d'un Tristan Séguéla qui remet au goût du jour le principe du running gag avec la présence à l'écran de l'acteur Franck Gastambille dans le rôle de Grisoni, l'un des clients de Malek en mode Uber Eats. Docteur ? est LA comédie qu'il ne fallait surtout pas avoir loupée en fin d'année 2019...

mercredi 30 octobre 2019

Tenue de Soirée de Bertrand Blier (1986) - ★★★★★★★★☆☆



Planté comme un furoncle au beau milieu du paysage français en cette année 1986, entre le Mocky de La Machine à Découdre, le Veber des Fugitifs (également interprété par Gérard Depardieu en compagnie de l'irrésistible Pierre Richard), le Jean-Marie Poiré de Twist Again à Moscou ou le Bernard Nauer de l'assez vulgaire (et beaucoup moins bon que la pièce de théâtre qui en est à l'origine) Nuit d'Ivresse, le dixième long-métrage du réalisateur, scénariste, écrivain et fils de l'immense Bernard Blier, Bertrand de son prénom, devait précéder une certaine rupture dans la continuité, sans doute entamée deux ans auparavant avec Notre Histoire. Dans une veine similaire aux quelques films cultes qui ont firent sa renommée (et que je ne ferai l'affront à personne de citer), Tenue de Soirée est l'un des longs-métrages les plus acerbes, frondeurs, libres et radicaux de leur auteur. Drôle, tendre, parfois très osé dans sa forme et dans le fond, il ne s'agit assurément pas du dernier grand film de Bertrand Blier, mais sans doute celui qui dans la course effrénée à laquelle le réalisateur semble vouloir se raccrocher, est de ceux qui demeurent indissociables de ses première et brillantes tentatives dans le domaine de la comédie.

Si évidemment les plus coutumiers du cinéaste reconnaîtront ici l'immense valeur de son écriture, Bertrand Blier a aussi une nouvelle fois su s'entourer des plus grands. Qu'ils agissent à l'écran en tant que principaux interprètes, ou qu'ils ne nous honorent de leur présence que pour un trop court instant (Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Mylène Demongeot ou bien Jean-François Stévenin), chaque apparition à l'écran est un moment de pure magie voluptueuse et incisive que l'on ne retrouve que très rarement chez d'autres cinéastes français. Du moins, rares sont ceux bénéficiant d'une écriture aussi mordante et maîtrisée.

''Pauvre type, espèce de con, t'es vraiment rien qu'une merde...''
Monique (Miou-Miou) à Antoine (Michel Blanc)

... Bertrand Blier a l'art et la manière de faire entrer ses personnages en scène. Ici, une salle de bal où dansent quelques couples sur un air d'accordéon et en arrière-plan, un autre, isolé, et au bord de la rupture. Entre une Monique qui ne supporte plus ses conditions d'existence et Antoine, son homme, qui dans l'esprit, rêve sans doute encore pour longtemps de vivre d'amour et d'eau fraîche. Puis débarque Bob. Premier contact, une gifle. Celle que se prend Monique. Les choses sont d'ors et déjà mises en place. D'un côté l'amoureux transit, de l'autre, la brute épaisse, ancien taulard, cambrioleur à ses heures. Et puis Monique, la troisième roue. Celle que veut à tout prix conserver auprès de lui Antoine mais dont Bob aimerait bien se défaire...

Car au delà des rapports complexes qui vont être bientôt mis en place dans ce trio on ne peut plus discordant, Bertrand Blier réinvente les codes du romantisme à sa sauce pour un résultat inédit et haut en couleurs. Si de prime abord, les dialogues échouent entre les lèvres des interprètes comme un assemblage (sophistiqué) de termes propre aux charretiers, il n'en demeure pas moins qu'il se dégage de Tenue de Soirée, une très grande poésie. Des dialogues sur lesquels pose surtout son incroyable timbre, un Gérard Depardieu au sommet de son art. Ses deux complices et lui participent à un étrange numéro qui, même s'il a un peu de mal à être aussi rondement mené que LE chef-d’œuvre de Bertrand Blier, Buffet Froid, demeure une expérience de cinéma rare, portée par un jeu d'acteur sublime et des dialogues au diapason. Plus encore qu'une succession de scènes à la cohérence qui pour un néophyte pourrait paraître douteuse, le découpage et le scénario de Tenue de Soirée recèlent une richesse évocatrice incroyable. Car le réalisateur ne se contente pas d'une simple accumulation de séquences portées uniquement sur les bons mots de son propre cru. Non, Bertrand Blier ose avec intelligence aborder des sujets de fond tels que la prostitution, la solitude, le désespoir, mais aussi l'amour et l'amitié. Tout ceci, bien entendu, sous un angle qui n'appartient qu'à lui. Un grand ''Putain de film'' qui aura révélé au public, un Michel Blanc formidable et surtout très largement éloigné des rôles qu'il tenait jusqu'à maintenant...

mercredi 22 mai 2019

L'Ordinateur des Pompes Funèbres de Gérard Pirès (1976) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Curieux film que cet Ordinateur des Pompes Funèbres avec un Jean-Louis Trintignant étonnant, atypique, passant d'une femme à l'autre. D'une épouse qu'il est bien décidé à éliminer, à une secrétaire-maîtresse un peu cruche, en passant par la femme dont un collègue aimerait bien se débarrasser. La vie d'un petit informaticien sans envergure qui à l'aide de son petit ordinateur portable de marque Hewlett-Packard modèle HP65 va entrer les coordonnées personnelles de sa femme (l'actrice italienne, Lea Massari qui l'année précédente fut la première victime du tueur fou de Peur sur la Ville de Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo), afin de trouver le moyen idéal de la tuer. Non seulement Gloria est insupportable, mais sa mort permettra à Fred de passer beaucoup plus de temps avec Charlotte, sa secrétaire (la sublime Mireille Darc). Invité par l'un de ses collègues (Bernard Fresson, dans le rôle de Delouette) à venir faire la connaissance de son épouse, Fred tombe sous le charme de Louise. Mais alors qu'il avait fait la promesse à Delouette de l'en débarrasser, c'est ce dernier qui va finalement faire les frais de l'invention de Fred. Décédé d'une crise cardiaque alors que l'informaticien l'avait confié aux bons soins de Charlotte, maintenant que Delouette n'est plus, Fred peut enfin retrouver Louise. Mais alors, que faire de Charlotte ? Les deux femmes connaissant la relation qu'elles entretiennent mutuellement avec Fred, elles s'accordent pour se le partager. Mais la routine s'installe...

Vous êtes perdus? Rassurez-vous, c'est pourtant simple à comprendre. Le casting de ce long-métrage signé Gérard Pirès auquel on doit notamment Fantasia chez les Ploucs en 1971, L'Entourloupe en 1980, Taxi en 1998 ou encore Double Zéro en 2004 (le lecteur constatera d'ailleurs la lente dégradation d'une filmographie glissant vers une pente dangereusement glissante..) est lui-même très étonnant. Outre Jean-Louis Trintignant, Lea Massari, Mireille Darc et Bernadette Lafont, on retrouve parmi les interprètes plus ou moins impliqués, Claude Piéplu (qui incarne le supérieur de Fred), Bernard Fresson (dans le rôle de Delouette), mais aussi quelques figurants, telle la regrettée Anémone qui nous a quitté récemment, ou encore Michel Blanc ainsi que Coluche.

Même si l'outil que met le réalisateur entre les mains de son héros (la calculatrice programmable à cartes magnétiques HP65, un modèle authentique) se révèle un détail pratiquement insignifiant de nos jours, à l'époque, il permet au long-métrage de revêtir un aspect visionnaire puisque de nos jours, les ordinateurs ont pris une place conséquentes dans la vie de tous les jours. Sauf qu'en la matière, et derrière ses allures de comédie pas toujours drôle malheureusement, L'Ordinateur des Pompes Funèbres prend des allures de dystopie vaguement cynique qui accuse son âge. Pas vraiment réputé pour son art de la mise en scène, Gérard Pirès adaptait là le roman Probability Factor de l'écrivain américain Walter Kempley qui sortit chez nous dans la collection Série noire de l'éditeur Gallimard en 1973 sous le même titre que le long-métrage du cinéaste français. Au final, le spectateur se retrouve devant un drôle d'objet filmique pourtant parfaitement identifiable. A ranger aux côtés d'un autre O.F.N.I sorti la même année en France: Le Graphique de Boscop de Sotha et Georges Dumoulin...

jeudi 18 avril 2019

Les Fugitifs de Françis Veber (1986) - ★★★★★★★★☆☆



Troisième et dernier volet de la trilogie de Francis Veber réalisé autour du duo d'acteurs Gérard Depardieu et Pierre Richard après La Chèvre en 1981 et Les Compères en 1983, Les Fugitifs n'est peut-être pas le plus drôle des trois long-métrages, il n'en demeure pas moins d'une très grande qualité. Réalisé en 1986, soit trois ans avant le pitoyable remake américain que le cinéaste réalisera lui-même outre-atlantique avec dans la peau des principaux personnages, les pourtant excellents Nick Nolte (48 Heures de Walter Hill) et Martin Short (L'Aventure Intérieure de Joe Dante), le film de Francis Veber est surtout plus marquant pour son approche dramatique. Après le duo François Perrin/Campana lancé à la recherche de la fille kidnappée d'un PDG d'une grande entreprise, après le binôme François Pignon/Jean Lucas, hypothétiques père d'un adolescent en fuite que la mère prie d'accepter de retrouver, c'est à nouveau autour du duo François Pignon/Jean Lucas (ces derniers, toujours incarnés par Gérard Depardieu et Pierre Richard, n'ayant aucun rapport avec ceux du film précédent) dans un récit parfois fort émouvant. L'histoire de Pignon veuf, et surtout père d'une adorable gamine interprétée par la toute jeune et toute mignonne Anaïs Bret (laquelle ne tournera plus guère que dans le court-métrage de Kathleen Fonmarty Un Arbre de Noël pour Deux en 1988 avant de se consacrer plus tard à une carrière de professeure dans l’Éducation Nationale) que les services sociaux vont lui retirer.

Il fait la connaissance de Jean Lucas, tout juste sorti de prison après avoir purgé sa peine pour une séries de braquages à main armée. C'est alors que François Pignon braque lui-même une banque qu'il prend Jean Lucas en otage. A leur sortie de l'agence bancaire, le commissaire Duroc (excellent Maurice Barrier), qui a décidé de suivre l'ancien taulard à sa sortie de prison ne croit pas en la culpabilité de François Pignon et pense que Jean Lucas est le véritable auteur du braquage. Ces derniers vont donc être contraints de faire équipe ensemble accompagnés de la fille de Pignon, Jeanne. Laquelle va malheureusement bientôt se retrouver confisquée à son père par les services de protection des mineurs...

Si Les Fugitifs consacre une partie de son histoire au triste sort de Jeanne et de son père, Francis Veber dont il s'agit ici du quatrième long-métrage en tant que réalisateur après un premier film tourné en 1976 (Le Jouet) suivi des deux premiers volets de la trilogie Veber/Depardieu/Richard, ne manque cependant pas de situations cocasses. Pour preuve, la présence à l'écran de l'irrésistible Jean Carmet en vétérinaire déphasé traitant son nouveau patient Jean Lucas tel un animal de compagnie, allant jusqu'à lui servir de la pâtée pour chien ! Chaque apparition de l'acteur est l'occasion de franches rigolades. Pourtant, Les Fugitifs aborde des sujets parfois très graves. Comme la clochardisation de l'un des personnages (Pierre Richard, contraint d'aller ramasser quelques légumes et fruits pourris à la fermeture d'un marché ou de dormir sur un trottoir et sous un carton), ou encore l'inflexibilité des services sociaux séparant le héros de sa fille rendue muette au décès de sa maman. La musique du Compisteur Vladimir Cosma qui officiait déjà sur les deux premiers volets de la trilogie participe de cette émotion, le compositeur accompagnant la dérive des personnages tout en ponctuant également les séquences les plus drôles du film de Francis Veber. Gérard Depardieu incarne comme à son habitude une brute charismatique tout en observant parfois un comportement tout en sensibilité (surtout envers la jeune interprète Anaïs Bret) tandis que Pierre Richard réserve des gags dont il a le secret (François Pignon se cognant contre un réverbère renvoyant à son propre personnage de Pierre Malaquet dans Le Distrait qu'il réalisa lui-même en 1970). A noter également le passage remarqué de Michel Blanc dans le rôle du médecin généraliste alcoolisé. Tout comme La Chèvre et Les Compères, Les Fugitifs est un indispensable et mettait un terme de manière brillante , drôle et émouvante, à une trilogie comique parfaitement accomplie...

dimanche 25 novembre 2018

Les Nouvelles Aventures d'Aladin d'Arthur Benzaquen (2015) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Trois étoiles seulement ? Stock d'ancre illimité vous répondrais-je. Pas de quoi en remplir davantage. Car ce soir, la daube dont je me suis délecté méritait certainement plus d'étoiles pleines que de vides. Une macreuse tendre et goûteuse. Des carottes et échalotes fondantes. Du lard fumé explosant les papilles, et surtout, une sauce dont les subtils ingréd... Pardon ? Je ne suis pas sur Marmiton.org ? Oups ! Veuillez m'excuser. Reprenons dès le début. Je disais donc, que la daube dont je me suis délecté ce soir peut s’enorgueillir des trois étoiles que j'ai accepté de lui accorder. Jamais à défaut d'étoiles blanches dont le stock en réserve en contient suffisamment pour noter encore un bon millier de nanars, il m'est apparu que sept blanches pour trois noires (non, nous ne sommes pas non plus à un cours de musique) était un bon compromis. Les Nouvelles Aventures D'Aladin. Quid du dépaysement Made in France transposé dans la capitale irakienne et la province de Bagdad. Starring, Kev Adams, Jean-Paul Rouve et Vanessa Guide. Featuring, Eric Judor, Michel Blanc, William Lebguil et Audrey Lamy. Sketch de plus d'une heure quarante à la gloire du premier auquel les autres font des courbettes (ou des crocs en jambe, cela dépend de l'humeur de chacun), le film d'Arthur Benzaquen est une jolie coquille vide. Dont la façade et ornée de dorures mais à l'intérieur de laquelle retentit encore l'écho de ceux qui sont tombés dedans. Les Nouvelles Aventures D'Aladin est dans le fond, et dans la forme, un film contemporain, avec tout ce que cela suggère de désagréable à entendre. Une verve mineure à l'attention des générations nouvelles, auréolant un gars qui après de timides pas sur scène, est DEbarqué sur le plateau de On n'demande qu'à en rire, l'émission du jovial Laurent Ruquier avant d'être EMbarqué sur grand écran on ne sait par quel miracle.

Ou plutôt si, on sait comment. Gros succès sur la deuxième chaîne nationale, puis départ pour la sixième avec la série Soda. Puis Kev Adams débarque sur le projet cinématographique Les Profs réalisé par l'ancien Robin des Bois Pierre-François Martin-Laval. Fausse suite du cultissime P.R.O.F.S de Patrick Schulmann mais vrai plagiat du dit film et des Sous-Doués passent le Bac de Claude Zidi. Et surtout, oui, surtout, vrai nanar ! Une quinzaine de longs-métrages (Un Sac de Billes sera sans doute son meilleur fait d'arme) dont cette épine dans le pied, au beau milieu d'une carrière pas franchement glorieuse. Pour autant, Les Nouvelles Aventures D'Aladin mérite-t-il d'être régulièrement passé au pilori d'une critique acerbe et gratuitement taquine (et je reste poli) ? Oui et non... mais oui.

Parce que se foutre du public à ce point là est un manque de respect à la hauteur des nombreuses vannes sans effet qui pullulent dans le film d'Arthur Benzaquen. Une Star (mais le terme a-t-il encore un sens?) bancable, une suite princière dont on se demande encore ce qu'elle est venue foutre dans cette histoire, et un scénario qui planque sa vacuité dans des décors friqués et des effets visuels qui brillent (au sens propre) tel un soap français diffusable après les infos du vingt heures. Flippé, je m'étais juré de ne jamais voir ce film, persuadé que Jamel Debbouze, cet individu surcoté, y incarnait l'un des personnage. Absent du casting, je me suis donc révisé et ai tout de même tenu durant les cent minutes qui me séparaient du générique de fin. Preuve que Les Nouvelles Aventures D'Aladin mérite réellement ses trois étoiles. Au pays du dépaysement, des voiles, des contes des mille et une nuits, de Shéhérazade, et donc d'Aladin, résonne une douce musique orientale quand surgissent parfois, des standards brutaux qui vous ramènent un peu trop violemment à la réalité. Du rap, du R'N'B, enrobés par les compositions grandiloquentes de Michael Tordjman et Maxime Desprez. Le film d'Arthur Benzaquen a le parfum d'une série télé humoristique avec rires en fond, approvisionné en clips surgissant tels d'indésirables spots publicitaires. Les Nouvelles Aventures D'Aladin ne peut ravir en fin de compte que les plus jeunes d'entre nous, pas encore sevrés aux classiques du genres qu'ils devront, beaucoup plus tard, dénicher parmi les trésors collectés par leurs plus lointains ancêtres. La comédie française tente malheureusement à prouver jour après jour qu'elle est morte, du moins, produite sans saveur. Le cinéma français aurait-il installé ses studios à Almeria... ?

mercredi 10 octobre 2018

Ma Femme s'appelle Reviens de Patrice Leconte (1982) - ★★★★★★★☆☆☆



Bernard Fizet s'est fait plaquer par sa femme. Nadine par son mec. Lui est médecin, elle photographe et tous les deux sont voisins. Unis dans un même chagrin, ils vont apprendre à se connaître et à s'apprécier. Lui est incarné par Michel Blanc et elle par Anémone. La même année, ils tourneront ensemble Viens chez Moi, j'habite chez une Copine, réalisé lui aussi par Patrice Leconte, lequel participera en grande partie au succès de l'équipe du Splendid en les faisant tourner dans l'adaptation de leur propre pièce de théâtre Amour, Coquillages et Crustacés en 1978. Pour l'heure, le cinéaste tourne une comédie sympathique aussi drôle que tendre qui verra un écho l'année suivante avec Le Quart d'Heure Américain dans lequel Anémone connaîtra une histoire compliquée avec le personnage de Ferdinand, incarné cette fois-ci par Gérard Jugnot, l'un des fondateurs de l'équipe du Splendid.
Inutile de dire que les spectateurs sont en terrain connu. Difficile de ne pas adhérer au style de Patrice Leconte qui à l'époque et d'une certaine manière, produisait à peu de chose près le même type de long-métrage à chaque fois. Les dialogues de Michel Blanc font mouche à chaque fois et Anémone est amusante dans le rôle de cette jeune femme délaissée par un jeune musicien prénommé Terry et interprété par le tout jeune Christophe Malavoy. En dehors de ce dernier et des deux principaux interprètes, l'occasion est donnée d'apercevoir à l'écran l'acteur Xavier Saint-Macary (Les Hommes Préfèrent les Grosses, avec Josiane Balasko), qui dans la peau de Philippe, le meilleur ami de Bernard, doit supporter son ami dépressif. Un mal-être qui d'ailleurs s'exprime relativement rarement au vu de sa situation, contrairement à une Anémone qui passe de l'anorexie à la boulimie avec une certaine aisance... suivie de crampes d'estomacs !

C'est toujours avec un réel plaisir que l'on retrouve nos deux acteurs. Les dialogues finement ciselés de Michel Blanc collent parfaitement au dialogue qu'il a écrit en compagnie de Patrice Leconte sur la base d'un scénario original écrit par Joseph Morhaim. La bande musicale est l’œuvre du chanteur et compositeur William Sheller tandis que la chanson "C'est peut-être aussi bien comme ça" est interprétée par la chanteuse Marie-Paule Belle.


Ma Femme s'appelle Reviens remplit parfaitement son contrat en instaurant une belle complicité entre les deux comédiens qui nous livrent une comédie qui ne fait jamais vraiment l'impasse sur l'émotion même si tout est évidemment à prendre au second degré. Au détour de quelques scènes, Patrice Leconte convoque des têtes bien connues des cinéphiles et autres amateurs de comédies puisqu'apparaissent à l'écran l'acteur-chanteur Patrick Bruel, l'actrice-réalisatrice et humoriste Charlotte de Turckheim, le fidèle Guy Laporte, ou encore le metteur en scène, scénariste et réalisateur Jean-Michel Ribes. On y découvre même la jeune Pascale Rocard que les amateurs de séries de l'été auront pu voir six ans plus tard dans le rôle de Nicole Châtel dans l'excellent feuilleton Le Vent des Moissons de Jean Sagols. On pourra noter que pour l'une des premières fois de sa carrière (et là, j'évoque seuls les films dans lesquels il tient un rôle important), Michel Blanc n'incarne non pas le beauf tant attendu mais un personnage au contraire, plutôt responsable de ses actes, véritable ange protecteur auprès d'une Anémone complètement perdue. Malgré les années qui séparent Ma Femme s'appelle Reviens de sa sortie sur les écrans français le 27 janvier 1982, l'oeuvre de Patrice Leconte a su conserver toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à redécouvrir...
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