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vendredi 26 avril 2024

Un nuage entre les dents de Marco Pico (1973) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Écrit et réalisé par Marco Pico (avec la participation d'Edgar de Bresson au script), Un nuage entre les dents réuni un duo étonnant. Jusque là, Pierre Richard était surtout connu pour avoir incarné François Perrin dans Le grand blond avec une chaussure noire d'Yves Robert en 1972 ou pour s'être lui-même mis en scène dans Le distrait en 1970 ou dans Je sais rien, mais je dirai tout en 1973. De son côté, la carrière de Philippe Noiret débuta à la toute fin des années quarante avant qu'il ne devienne l'un des plus grands interprètes hexagonaux durant les décennies suivantes. Un an après avoir été notamment dirigé par le réalisateur italien Marco Ferreri dans La grande bouffe, le voici désormais aux côtés de l'un de nos plus grands acteurs comiques dans une intrigue assez curieuse dans laquelle il incarne le reporter Malisard, lequel est employé au journal Soir de Paris que dirige un directeur interprété par Claude Piéplu. Suivi de près par le photographe Prévot (Pierre Richard), les deux hommes sont en perpétuelle recherche de faits-divers tandis que leur employeur cherche à tout prix l'événement qui permettra à son journal de se vendre comme des petits pains. Ce jour là arrive lorsque Prévot part chercher ses deux fils à l'entrée de leur école. Accompagné de Malisard, le père des deux enfants se trompe cependant d'entrée et manquent à l'appel lorsque ceux-ci sortent de l'établissement. Découverts en pleine rue, ils sont emmenés par un badaud chez une nounou à laquelle il va les confier. À la suite d'un événement qui n'a pourtant aucun lien, le reporter et son photographe finissent par se persuader que les deux fils de Prévot ont été enlevés. Alerté, le directeur du journal va lui-même demander à ses autres collaborateurs de se concentrer sur l'affaire afin d'en tirer la prochaine une du quotidien... Aucun mystère donc au sujet de la disparition des deux fils du personnage incarné par Pierre Richard mais l'occasion de quiproquos divers et variés ayant comme point commun la recherche de deux enfants interprétés par Katia et Freddy Verge qui très rapidement retrouveront le chemin de leur maison (celle de l'ex-épouse de Prévot.


En effet, comme dans tout bon film mettant en scène l'acteur Louis de Funès, ce sont ici Pierre Richard et Philippe Noiret qui se trouvent au cœur de situations pittoresques qui vont les pousser à entreprendre eux-mêmes des recherches parmi les quelques suspects qu'ils vont désigner. C'est ainsi donc que l'on retrouvera par exemple l'acteur Michel Peyrelon dans le rôle du danseur de cabaret travesti Bobby Pilon. L'un des atouts majeurs du long-métrage, en dehors de son excellent duo d'interprètes principaux, c'est son casting. En effet, dans des rôles plus ou moins important l'on retrouve Marc Dudicourt, Michel Fortin, Francis Lemaire, Jacques Rosny ou encore Paul Crochet dans les rôles des collaborateurs au Soir de Paris. Un journal dirigé de main de fer par un Claude Piéplu égal à lui-même et dont un monologue récité avec une grande précision rappellera sans doute à certain sa rencontre en pleine rue avec Jean-Pierre Rochefort et Jean-Pierre Marielle dans le film culte de Bertrand Blier, Calmos deux ans plus tard... Produit par la société de production Les Productions de la Guéville fondée par Yves Robert et Danièle Delorme, Un nuage entre les dents est le premier long-métrage de Marco Pico qui près de vingt ans plus tard retrouvera Pierre Richard pour son troisième long-métrage cinématographique, La cavale des fous. L'on retrouve en de rares occasions le Pierre Richard tel que la comédie française nous le fit découvrir quelques années auparavant mais celui-ci se montre malgré tout moins expansif. Sans doute cela ayant trait au sujet dramatique de l'enlèvement même si de ce côté là les enjeux sont réduits à leur part congrue puisque très rapidement le spectateur sera mis au courant de la série de quiproquos que le récit est en train de mettre en place. Le duo qu'il forme aux côtés de Philippe Noiret (le cigare perpétuellement planté entre ses lèvres) est plutôt intéressant même s'il ne mène pas cette comédie un brin sociale vers d'authentiques éclats de rires. Bref, on passe un agréable moment en leur compagnie tandis que le récit nous permet de visiter virtuellement une capitale française qui depuis a bien changée...

 

lundi 1 avril 2024

Retenez-moi ou je fais un malheur de Michel Gérard (1983) - ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Pathétique... Il n'y a vraiment pas d'autres mots pour décrire le contenu de cette prétendue comédie qui est aussi drôle que de se faire un tour de rein ou mieux, apprendre qu'il ne nous reste plus que six mois à vivre ! Il m'aura fallut trois bonnes journées de convalescence avant de pouvoir régurgiter sur mon logiciel de traitement de texte favori, mon ressenti. Jerry Lewis, on connaît. Ses mimiques de demeuré qui passent si bien lorsqu'il tourne sur son propre territoire ont chez nous autant d'efficacité et de chance de faire mouche qu'un aveugle tentant de viser le centre d'une cible à l'aide de fléchettes. Doublé dans la langue de Molière par un Roger Carel en grande forme, il est parfois compliqué de décoder certaines phrases. Cet accent caricatural dont '' bénéficie '' l'acteur américain est une véritable torture pour nos tympans. Jerry Lewis forme en outre un curieux tandem aux côtés de Michel Blanc qui à l'époque est en général une valeur sûre. Vue la désastreuse réputation de l'auteur de cette infâme purge, on peut se demander ce que l'ancien membre de la Troupe du Splendid est venu faire dans cette galère. Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, le chemin qui mène au nanar est semé de tout un tas d'embûches. À commencer par une mise en scène médiocre et un scénario d'une bêtise absolue. On détient avec '' Retenez-moi ou je fais un malheur '', une catastrophe d'ampleur cosmique.


À tel point que Philippe Clair dû s'en retourner durant des mois dans son lit de ne pas l'avoir lui-même réalisé ! Du Kubrick, le Clair, face à cette engeance plus molle qu'une méduse échouée sur un bord de plage, écrite par un scénariste sans doute en état de mort cérébrale, mais aussi interprétée par des acteurs amorphes (Michel Blanc) ou sous l'emprise de grimaces visiblement incontrôlables (Jerry Lewis). Preuve que Michel Gérard (le réalisateur) n'a aucun goût : le bonhomme embauche sur le tournage la délicieuse Mylène Demongeot (la trilogie Fantomas) mais ne lui octroie pas la moindre ligne de dialogue... le con ! L'on retrouve également l'acteur Michel Peyrelon en trafiquant, Jackie Sardou, ou Maurice Risch et même Philippe Castelli en flic beaucoup moins drôle que lorsqu'il se prenait un bon gros coup de pied dans les couilles par Jean-Paul Belmondo dans '' Le Guignolo ''. Et dire qu'ils s'y sont mis à trois pour '' écrire '' ce semblant de script dont la plupart des gags semble avoir préféré se faire la malle avant le premier tour de manivelle... Même s'il y a pire, comme suivre un débat autour de Sandrine Rousseau et d'Alexis Corbière ou un concert d'Aya Nakamura (pour rester dans l'actualité), un seul conseil : fuyez ! On réservera en priorité '' Retenez-moi ou je fais un malheur '' aux Ehpads et autres maisons de retraite. De toute manière, vu que la plupart des pensionnaires sont soit séniles, soit durs d'oreille, ils ne verront pas la différence entre un bon film et cette authentique merde...



lundi 16 janvier 2023

Dupont Lajoie d'Yves Boisset (1975) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Libération titrait récemment ''Nuit bleue, Peste brune'' quand la gauche (extrême) dénonçait de son côté et à la suite du match France-Maroc, des ratonnades dans plusieurs villes françaises. Si Orange mécanique de Stanley Kubrick se voulait une vision pessimiste et pourtant ô combien réaliste du monde de ''demain'' (nous sommes alors en 1971), quatre ans plus tard, et à une toute autre échelle, Yves Boisset signait un Dupont Lajoie qui quarante-huit ans après sa sortie dans les salles françaises se ferait encore l'écho d'actes (certainement) et de fantasmes (plus sûrement) d'une partie de la politique hexagonale friande de tout ce qui peut permettre à ces détracteurs de l'autre parti de l'extrême (droite) d'appuyer là où ça fait mal. Pas au portefeuille, non. Encore moins au garde-manger. Mais à ces femmes et ces hommes qui craignent pour leur avenir et burent il y a encore quelque mois,les paroles idéologiques d'un certain Eric Zemmour ! Dupont Lajoie où la théorie du triple R selon laquelle le français est Râleur, Raciste et Ringard ! Se plaignant de tout, et surtout de la présence des noirs et des arabes auxquels on osait à l'époque sur grand écran doter de ''sobriquets'' qui aujourd'hui feraient scandale, faisant ainsi bander ceux qui montent au créneau dès que la parole dépasse plus ou moins la pensée ! Ringard, oui ! Car si chacun à bien sûr le droit de passer ses vacances comme il l'entend, Yves Boisset décrit une France plus ou moins prolétarienne qui vit d'habitudes auxquelles elle ne déroge jamais. Une France entre blancs, ritualisant la consommation d'alcool et de charcuterie, retrouvant ses semblables au camping lors du banquet annuel dressé sur trois ou quatre tables en formica posées côte à côte...


On y constate entre deux gorgées de rouge ou deux bouts de saucisson l’afflux des étrangers qui dérange moins la jeunesse que les ancêtres ancrés dans leurs bonnes ou mauvaises habitudes de français moyens. Une France que certains voudraient nous faire croire être revenue en force en 2022 à l'heure où Avatar 2 : la voie de l'eau inonde (sans mauvais jeu de mots) les écrans de cinéma hexagonaux ! Meuh non, le monde a changé. Drame ordinaire qui semble plus souvent toucher les couches populaires, la seule erreur qu'ait commise Brigitte Colin (Isabelle Huppert, alors âgée de vingt et un ans) est d'avoir voulu se mettre à l'écart des festivités estivales du camping ''Caravaning Beau-soleil'' pour prendre le soleil dans un champ. Passe alors Georges Lajoie (Jean Carmet), cafetier parisien libidineux, époux de Ginette (Ginette Garcin) et père de Léon (l'acteur Jacques Chailleux qui un an auparavant interprétait le rôle de l'ex taulard Jacques Pirolle dans le film culte de Bertrand Blier, Les valseuses). Ce bon père de famille s'approche de la jeune femme et tente un baiser, une caresse qui malheureusement finiront mal. Et quelle meilleure occasion y-a-t-il pour ce français moyen xénophobe que d'aller déposer le corps de Brigitte près d'un campement abritant des immigrés d'origine maghrébine ? On devine alors la suite. Ce relent de racisme qui transpire quasiment à chaque plan, de la séquence d'ouverture dans le café des Lajoie, en passant par ce bal populaire lors duquel aura lieu une rixe entre ces ''bons français'' et des arabes venus simplement participer à la fête et jusqu'à cette expédition punitive dont on sait déjà que ceux qui en seront les victimes ne sont pas les véritables coupables...


Dupont Lajoie passe l'épreuve du temps tout en collant véritablement à son époque. Image d'une carte postale un brin désuète, voire ringarde d'une population qui une fois l'an se regroupe en troupeau amoncelé sur un terrains envahi qui par des caravanes, qui par des tentes. Une communion de mœurs et de ''petits'' esprits où l'on retrouve notre famille de cafetiers, certes, mais également un huissier de justice (excellent Michel Peyrelon), un couple de vendeurs de sous-vêtements (Pascale Roberts et Pierre Tornade dans le rôle des Colin, les parents de la victime) ou un excité du bocal, causeur d'embrouilles, regrettant sans doute la ''grande époque'' de la Guerre d'Algérie (génial Victor Lanoux) ! Tout ici est pourri dès lors que l'on affiche ses origines françaises. L'italien ou le pied-noir ne sont ici pas au centre du sujet, servant surtout à temporiser la situation. Comme quoi, hein, on peut être raciste mais se faire des amis parmi des personnes issues de l'immigration. Tout est pourri, donc, comme en témoignent les représentants de l'autorité intervenant lors du bal. Et puis, il y a ces quelques personnalités du monde de la justice ou du petit écran qui viennent se greffer au récit : Jean Bouise, dans le rôle de l'Inspecteur Boulard, rare français de ''souche'' comme l'on dit, décrit de manière positive par le réalisateur puisque lui seul parmi ''ses semblables'' cherchera véritablement à faire la lumière sur ce fait divers sordide (mais jusqu'à quel point?). Quant à Jean-Pierre Marielle, égal à lui-même et aussi savoureusement opportuniste que délicieusement hypocrite, en animateur tantôt affligé par la mort de la jeune Brigitte, puis s'assurant d'être plein cadre devant la caméra lorsqu'il présente ses condoléances aux parents de la victime, mais sachant entre ces deux séquences reprendre son ton d'animateur (il incarne Léo Tartaffione et présente le jeu ''Inter-camping''). Et puis, tout part en vrille et l'humanité montre un visage emprunt de bêtise et de bestialité... jusqu'à ce que la politique s'en mêle, comme de bien entendu... En somme, rien d'inattendu ou d'inédit. Yves Boisset signait là l'un de ses longs-métrages les plus marquants. Une œuvre glaçante, réaliste et parfois embarrassante que l'on rangera notamment aux côté de Le Prix du danger, Canicule ou encore Radio Corbeau pour ne citer que ces quelques exemples d'une filmographie exemplaire...

 


dimanche 2 février 2020

Les Égouts du Paradis de José Giovanni (1979) - ★★★★★★★☆☆☆



Sans arme, ni haine, ni violence mais avec des casques de chantier, des pelles, des burins, des pieds-de-biche et des chalumeaux... Voici donc comment prévoit de s'attaquer à la Société Générale de Nice celui qui deviendra le légendaire organisateur du Casse de Nice, Albert Spaggiari, et que le romancier et cinéaste français José Giovanni (Deux Hommes dans la Ville en 1975, Le Ruffian en 1983 ou encore Mon Père, il m'a Sauvé la Vie en 2001) fut le premier à mettre en scène trois ans après les faits. Deux autres longs-métrages se pencheront sur ces événements. La même année que le film de José Giovanni, soit en 1979, le réalisateur britannique Francis Megahy réalise The Great Riviera Bank Robbery tandis qu'en 2007, l'humoriste, acteur et réalisateur Jean-Paul Rouve se penche avant tout sur le personnage central d'Albert Spaggiari. Ancien criminel condamné à mort en 1948 avant d'être gracié, José Giovanni apparaît donc comme le candidat idéal pour réaliser Les Égouts du Paradis, adaptation du roman éponyme écrit par Albert Spaggiari lui-même et édité au tout début de l'année 1977.

Le long-métrage s'intéresse très nettement moins à son personnage central qu'aux événements qui eurent lieu entre les préparatifs du casse et son évasion cinq mois après son arrestation le 10 mars 1977. Et même si le réalisateur évoque la présence de Charlotte, une vieille amie sur le point de mourir que l'on suppose être imaginaire dans le contexte du récit basé sur des faits réels, ce qui intéresse surtout José Giovanni, c'est ce week-end des samedi 17 et dimanche 18 juillet 1976 lors duquel Albert Spaggiari ainsi que ses deux équipes réunies à l'occasion (la sienne ainsi que celle du clan des Marseillais) ont dévalisé la Société Générale de Nice, l'événement devenant le ''Casse du Siècle'' avec une somme équivalente à trente millions d'euros actuels. Francis Huster incarne assez justement le personnage-titre de l’œuvre de José Giovanni, avec ce petit brin de folie et de mégalomanie qu'on lui connaît. Autour de l'acteur, une belle brochette d'interprètes : Jean-François Balmer, Clément Harari, Michel Peyrelon, Jean Franval ou encore André Pousse dans le rôle de ''Machin'', l'homme qui mettra en relation les deux équipes mais qui balancera notamment Albert Spaggiari peu de temps après le casse. La petite touche de féminité est quant à elle apportée par Lila Kedrova (Charlotte) et Bérangère Bonvoisin dans le rôle de Mireille, seule femme à participer à l'attaque de la Société Générale...

Confiée à la rude tâche de réaliser une œuvre fidèle au roman et donc à l'histoire d'Albert Spaggiari, la mise en scène de José Giovanni explore sans artifices inutiles l'organisation et l'attaque de la banque. La bande originale de Jean-Pierre Doering se fait discrète, surtout lors du terrassement du tunnel souterrain situé dans les égouts menant dans les sous-sols de la banque, et les acteurs semblent avoir donné de leur personne lorsqu'il s'agissait pour eux de longer les conduits envahis par les rats et l'eau croupie. À travers l'écriture de Michel Audiard, on retrouve la verve du dialoguiste qui sur un ton souvent humoristique évoque pourtant un fait divers authentiquement marquant dans l'histoire du ''hold-up''. Un événement exemplaire et retentissant que José Giovanni réussit à rendre palpable non seulement grâce à sa mise en scène et sa direction d'acteurs mais aussi en raison de conditions de tournage parfois très rudes...

samedi 30 juin 2018

Les Réformés se Portent Bien de Philippe Clair (1978) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



En 1978, l'acteur et cinéaste Philippe Clair revient quelques mois après avec la suite de Comment se Faire Réformer. Cette version 2.0 se présentant sous le titre Les Réformés se Portent Bien se permet le luxe d'être encore plus mauvais, plus stupîde, et plus indigeste que son prédécesseur. On se doutait bien que la présence de Michel Peyrelon, vu chez Claude Chabrol, José Giovanni,Yves Boisset, Georges Lautner, ou encore Claude Lelouch n'y changerait rien, mais tout de même. On atteint désormais le fond. Tant et si bien qu'on pourra toujours tenter de gratter pour s'enfoncer encore davantage dans les limbes du vide artistique, cela demeure mission impossible.
L'une des spécificités de cette séquelle est d'inonder son récit de nombreuses idées originales mais tellement bas du front qu'on n'arrive même pas à se taper sur la cuisse en riant à gorge déployée. C'est navrant. Triste. Presque épuisant à force de tenter d'y déceler cette part infime d'humour que le cinéaste a injecté à son œuvre et que l'on ne parvient pas à percevoir, sans doute trop obtus que nous sommes à exiger un minimum de tenue en matière d'écriture.
Ici, c'est l'anarchie. Des dizaines de blagues 'Carambar' sans lien véritable si ce n'est ces soldats toujours désireux de se faire la malle. Au générique, nous retrouvons une fois encore Philippe Clair dans le rôle de l'adjudant, Richard Anconina dans celui du juif, Vidal Benchimol en arabe, Jérôme Bensoussan en témoin de Jéhovah, Daniel Derval en homosexuel (cette séquelle nous apprendra qu'en réalité, il n'en est rien), Eddy Jabès dans le rôle du belge, ou encore Gérard Lecaillon dans celui du snob.

Ceux-ci ainsi que d'autres participant au tournage firent partie des 13 Cloches qui dans les années soixante-dix formaient une troupe de comédiens humoristes comparables aux Charlots et parmi lesquels, outre Richard Anconina, on pouvait reconnaître le futur réalisateur des Frères Pétard et d'Un Indien dans la Ville, Hervé Palud. Avec ses personnages venus de tous horizons (culturels, religieux, sociaux) Les Réformés se Portent Bien ressemble à une blague belge de très mauvais goût, nantie de gags éculés, parfois vulgaires, mais en tout cas, jamais amusants. Michel Peyrelon en capitaine du navire... cela paraît à peine concevable et pourtant...

Le film de Philippe Clair possède au moins le mérite de proposer aux spectateurs réticents, d'étudier des œuvres telles que la série des Bidasses incarnés par Les Charlots sous un nouveau jour. S'il est possible d'établir une comparaison entre deux œuvres, il sera alors judicieux de mettre en parallèle l'immense fossé qui sépare Les Réformés se Portent Bien des Bidasses en Folie de Claude Zidi, et celui qui fixe une frontière entre ce dernier et la saga La Septième Compagnie. Voir Les Réformés se Portent Bien et mourir pourrions-nous dire... mais de quoi ? De plaisir ? D'extase ? De jubilation ? Non, non, non ! D'ennui ! S'il y a surprise, celle-ci est mauvaise. Et même si la simple évocation du nom de son auteur donne le vertige aux Cinéphiles avec un grand C, et même certains cinéphage (avec un petit), on ne pouvait s'attendre à un tel désastre.
Il faudra sans doute avoir découvert Les Réformés se Portent Bien lors de sa sortie sur les écrans de cinéma en 1978 pour que naisse un certain émoi. Car un public tout neuf, peu ou pas préparé à l'aventure Les Réformés se Portent Bien, risque de déchanter. Ne pas se prémunir d'un filtre anti-connerie, c'est s'assurer une rupture d'anévrisme. Sans vaccin, rien ne pourra vous convaincre du bien fondé de cette œuvre dégageant une odeur aussi malodorante qu'un vieux numéro de Cocoboy, de La Classe, ou du Théâtre de Bouvard...

mardi 28 mars 2017

Rendez-Moi Ma Peau de Patrick Schulmann (1980) - ★★★★★★★☆☆☆



Depuis 2013, je l'attends avec ferveur, cette suite tant attendue du P.R.O.F.S du cinéaste français Patrick Schulmann. Avec ferveur mais également avec inquiétude. Car l''auteur de cette œuvre aussi culte mais beaucoup moins ringarde que Les Sous-Doués Passent le Bac ne sera pas celui qui offrira aux fans du premier cette séquelle tant espérée. Car Patrick Schulmann est mort en 2002, à l'âge de cinquante-trois ans. Et d'ailleurs, si Les Profs réalisé par Pierre-François Martin-Laval en 2013 n’apparaît pas totalement comme une suite officielle au film interprété par Patrick Bruel, Fabrice Luchini, Laurent Gamelon et Christophe Bourseiller, il est clair qu'il a servi de source d'inspiration. Un hommage « navrant » à l'esprit de liberté qui soufflait sur l’œuvre originelle. Mais Patrick Schulmann n'a pas été l'auteur unique de ce seul long-métrage mais a signé quelques fameuses pellicules, telles Et La Tendresse ! Bordel ! Et sa suite Zig Zag Story.
Beaucoup moins connu mais tout aussi étonnant, Rendez-Moi Ma Peau est d'une confondante absurdité. De celles qui intriguent et cultivent l'intérêt. Il fallait forcément s'appeler Patrick Schulmann pour oser proposer tel challenge à ses interprètes. Bee Michelin et Erik Colin interprètent respectivement les personnages de Marie et Jean-Pierre. Deux individus qui ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrés, du moins jusqu'à ce jour fatidique où ils vont, chacun à bord de sa voiture, provoquer un très léger accident de la route et croiser celle de Zora (l'actrice Chantal Neuwirth), sorcière qui étant aujourd'hui de très mauvaise humeur va leur jeter un sort : désormais, Marie vit dans le corps de Jean-Pierre, et vice-versa. Ils n'ont pas le temps de réaliser que Zora est déjà partie laissant ses deux victimes à la croisée des chemins. Ils vont se lancer dans une course-poursuite afin de retrouver la sorcière qui elle-même tente de mettre la main sur Krishmoon, grand maître dans l'art de la magie. Et pour cela, ils vont faire appel au détective Hector Shoms ainsi qu'à son assistant...

Raconter par le menu détail le déroulement de l'intrigue de Rendez-Moi Ma Peau est quasiment impossible. Il s'y déroule en effet tellement d'événements incongrus que l'expérience ne peut que se résumer dans les grandes lignes. Patrick Schulmann est d'une imagination débordante lorsqu'il s'agit de mettre en scène ses interprètes dans des situations aussi rocambolesques que les deux victimes de la sorcière face à leur conjoints respectifs. Si d'un point de vue humoristique il apparaît que le film connaît des baisses de régimes fulgurante à certains moments, il arrive cependant que l'on rigole sans retenu à diverses occasions. Pour des raisons parfois futiles. Mais l'essentiel est là. On passe un très agréable moment en compagnie d'un casting qui fait impeccablement son devoir. On y retrouve les acteurs
Jean-Luc Bideau, Jean Rougerie, et le toujours irrésistible Michel Peyrelon lors d'une scène très amusante.
Rendez-Moi Ma Peau est également l'occasion pour son auteur de développer les rapports que pourraient avoir des individus mis face à cette étrange aventure. Des couples reformés et dont les rapports vont se révéler bien différents les uns des autres selon qu'il s'agisse de Marie ou de Jean-Pierre. La conscience prenant forcément le pas sur l'apparence, Marie, dans le corps de Jean-Pierre, va bien évidemment choisir de retrouver son époux, Marc, qui évitera toute forme d'attouchement devant l'apparence masculine de son épouse. Tandis qu'à contrario, Jean-Pierre, retournant voir sa compagne Lucy, cette dernière va éduquer son époux, sous apparence masculine, à sa sexualité féminine. Totalement atypique mais bien dans la continuité de l'oeuvre de son auteur, Rendez-Moi Ma Peau est une bonne surprise...

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