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mercredi 29 juillet 2026

Oliver Twist de Roman Polanski (2005) - ★★★★★★★★★☆

 


 

On aura beau dire, trouver de quoi critiquer l'homme, mais Roman Polanski reste un immense artiste. Et si le répéter, le ressasser, le marteler peut d'évidence en choquer certains, qu'importe puisque le bonheur est là, s'étalant sur de grandes toiles blanches, dans des salles plongées dans le noir, exposé devant des yeux toujours plus ébahis par le spectacle qui leur est proposé. Pourtant, j'avoue avoir longtemps hésité à regarder Oliver Twist en raison d'une écriture qui n'appartient pas directement au cinéaste. En effet, son dix-huitième long-métrage est une adaptation du roman éponyme de l'écrivain britannique Charles Dickens dont il ne s'est même pas chargé de l'écriture du scénario puisque celle-ci a été confiée au dramaturge et scénariste sud-africain Ronald Harwood. Sa présence au sein d'une longue filmographie survenant chronologiquement juste après l'immense chef-d’œuvre Le pianiste ne semble pas être le fruit du hasard mais entre plutôt dans une certaine logique de désacralisation d'un passé trouble cette fois-ci traité à travers non plus des faits ayant réellement eu lieu durant la première moitié du vingtième siècle mais à travers une fiction écrite voilà près de cent-quatre-vingt ans... Oliver Twist, ici incarné à l'écran par Barney Clark, est peut-être ainsi le jeune Roman qui dans sa Pologne natale vécu la Seconde Guerre Mondiale, survécu au ghetto de Cracovie et dû vivre séparé de ses parents, dans la précarité, témoin très jeune de la violence des rues... Car Oliver Twist, c'est justement l'histoire que nous racontent et le roman, et cette énième adaptation cinématographique. Se retrouvant au départ dans un orphelinat aux règles strictes, le jeune Oliver est ensuite engagé dans une entreprise de pompes funèbres dont il va rapidement fuir la violence en prenant à pieds des chemins de campagnes menant jusqu'à la capitale londonienne. Arrivé à bout de souffle, affamé et les chaussures trouées, il est rapidement repéré par le jeune Artful Dodger (Harry Eden) dit ''le Rusé'' qui l'introduit chez Fagin (Ben Kingsley). Un vieil homme aussi usé que les vêtements qu'il porte sur le dos mais surtout, un grand manipulateur entouré de jeunes voleurs qu'il a lui-même formé pour son propre profit. C'est donc dans cette même intention qu'il prend sous son aile Oliver. Prenant soin de lui, le nourrissant, Fagin a de grands projets pour ce gamin d'à peine dix ans. Mais alors qu'un jour Oliver suit Artful et un autre de ses nouveaux ''amis'' afin de voler des passants dans la rue, il se retrouve accusé de vol par un client de librairie avant d'être emmené au tribunal afin d'y être jugé...


Heureusement pour lui, le propriétaire de la librairie, M. Brownlow (Edward Hardwicke) affirme qu'il est innocent et décide de prendre l'enfant sous son aile en l'accueillant chez lui. Malheureusement pour Oliver, on ne quitte pas Fagin et son groupe de voleurs aussi facilement. Et bien que le garçon puisse compter sur le soutien de la jolie Nancy (Leanne Rowe), le compagnon de cette dernière, William Sykes (Jamie Foreman) a d'autres projets pour le jeune orphelin qu'il pense être capable de balancer le réseau à la police... Si l'on devait compter les chefs-d’œuvre réalisés par Roman Polanski depuis ses débuts de carrière qui ont commencé en 1955, les doigts de deux mains ne suffiraient probablement pas. Oliver Twist vient ainsi rejoindre la longue liste des œuvres du cinéaste franco-polonais à côté desquelles il ne faut surtout pas passer. Depuis un temps très récent, le directeur de la photographie polonais Pawel Edelman est devenu un fidèle collaborateur de Roman Polanski. En fait, depuis Le pianiste. Une fidélité qui depuis n'a jamais été démentie puisqu'il a récemment travaillé sur The Palace, le dernier long-métrage à ce jour du cinéaste. Et plus que jamais, Oliver Twist témoigne de la précision chirurgicale avec laquelle Roman Polanski pense son œuvre. Le directeur de la photographie mais aussi le chef décorateur et directeur artistique polonais Allan Starski insufflant ainsi au long-métrage une poésie visuelle qui n'a objectivement que très peu d'équivalent dans le monde du cinéma. D'une beauté à couper le souffle, chaque plan rejoint ce que votre serviteur a pour habitude de comparer à des tableaux subitement pris d'une vie qui leur est propre. De l'orphelinat en passant par la campagne et jusqu'aux ruelles sombres et crasseuses des quartiers pauvres de Londres, le film est d'une beauté absolument sidérante. Écrasé par le poids d'un savoir-faire artistique hors normes, le scénario de Ronald Harwood fait figure de parent pauvre au sein d'un grand œuvre qui permet malgré tout à Roman Polanski d'y exprimer une fois de plus certaines de ses obsessions...


D'ailleurs, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la présence au sein du récit d'un héros âgé de seulement dix ans, Oliver Twist n'est pas un conte pour enfants mais plutôt une critique virulente de la société victorienne dénonçant notamment l'exploitation et la maltraitance des enfants, la pauvreté et les injustices. Tout ceci dans un contexte où la criminalité explose, entre simple violence verbales, vols et assassinats. Plus curieux est la place prise par le jeune héros au sein du récit. Celui dont le nom orne l'affiche ne semble pourtant pas être directement acteur de sa propre existence mais fait davantage figure d'observateur de la société. Souvent installé en arrière-plan du récit, sa place n'est donc pas celle qu'on lui prêterait tant la présence à l'écran de certains personnages tels que Fagin, William Sykes ou même Artful Dodger lui volent régulièrement la vedette. Se déroulant dans les années 1830, le film traite des sujets les plus sombres dans une Angleterre victorienne balbutiante. Les couleurs chatoyantes de la campagne anglaise laissant rapidement la place à une ville de Londres sombre, désespérée, crasseuse, vérolée par la violence et qui semble peu à peu préparer la vague de meurtres abominables qui endeuilleront quelques décennies plus tard le sordide quartier de Whitechapel comme en témoignent certains plans nocturnes et embrumés absolument magnifiques. Notons enfin l'extraordinaire incarnation des personnages et en premier lieu, celui de Fagin, interprété à l'écran par un Ben Kingsley tout à fait méconnaissable et dont l’ambiguïté tiraille en permanence le spectateur qui ne sait plus où donner de la tête entre empathie et animosité. Si Barney Clark est craquant, souvent placé en arrière-plan des autres interprètes il ne fait plus figure alors que de lointain symbole d'une Angleterre décrépite quand Jamies Foreman impose une présence à l'image tout à fait saisissante. Au final, Oliver Twist est un très grand film. Un prodige visuel sans cesse renouvelé, interprété par des actrices et acteurs grimés selon des standards caricaturaux de l'époque. Bref, du grand cinéma, sombre mais populaire. À voir ou revoir absolument...

 

mardi 21 juillet 2026

D'après une histoire vraie de Roman Polanski (2017) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Je me souviens encore très bien des quelques remarques qui me furent faites au sujet de La vénus à la fourrure de Roman Polanski. L'on jugeait moins des indéniables qualités de la mise en scène que du très mauvais jeu supposé de sa principale interprète Emmanuelle Seigner. Jugement hâtif ? Sans aucun doute, mais de ma part, aussi, probablement, un manque cruel d'objectivité puisque j'aime beaucoup celle qui me fit notamment vibrer en 1992 lorsqu'elle interpréta le rôle de Mimi dans Lunes de fiel, toujours signé de son époux, le cinéaste franco-polonais Roman Polanski... Tout risque d'être déjà nettement plus complexe que jamais s'agissant de D'après une Histoire Vraie que le couple tourna ensemble quatre ans plus tard après La vénus à la fourrure. Adaptation sur grand écran du roman éponyme de Delphine de Vigan à côté duquel j'eus visiblement la chance de passer si l'on en croit celles et ceux qui le comparent à sa transposition au cinéma, c'est donc l’œil non averti, l'esprit vierge et détaché de toute comparaison que je me suis lancé dans cette drôle d'histoire tournant autour de deux personnages féminins. À commencer par Delphine qu'interprète Emmanuelle Seigner et dont le prénom fait directement référence à la romancière à l'origine de l'ouvrage sorti en 2015. Car le roman D'après une Histoire Vraie de Delphine de Vigan s'inspire en effet en partie de sa propre existence. Du succès rencontré par un livre très intime dans lequel elle évoquait sa mère. Une œuvre qui provoqua diverses réactions de la part du public et de la critique qui occasionnèrent chez elle un véritable blocage créatif. De cette expérience personnelle, Delphine de Vigan tira donc un roman dans lequel elle détourna quelque peu le sujet pour le transformer en un thriller psychologique intense qui malgré certains avis me semble être parfaitement retranscrit à l'écran. Face à Emmanuelle Seigner, Roman Polanski lui impose la présence de l'actrice Eva Green. Une interprète dont on pourrait plus ou moins juger sa carrière comme étant exemplaire puisqu'elle ne se cantonne pas au cinéma hexagonal mais s'est vue notamment offrir l'opportunité de jouer pour Michael Haneke, Bernardo Bertolucci, Ridley Scott, Tim Burton ou encore Gregg Araki. Dans D'après une Histoire Vraie, Eva Green incarne le personnage de L. Jeune femme énigmatique et fascinée par Delphine, celle-ci s'immisce rapidement dans l'existence de la romancière qui depuis le succès de son premier roman est devenue incapable d'écrire la moindre ligne...


Au départ, tout va bien. L tente d'aider Delphine à se relancer dans l'écriture, l'aide à faire le ménage dans sa vie sociale, répond aux mails qu'elle reçoit à sa place et vient même s'installer dans son appartement après qu'elle ait apprit que son propriétaire allait la jeter dehors... Pourtant, peu à peu, la jeune femme se montre un peu trop entreprenante, prenant ainsi des décisions à la place de Delphine et sans même lui en parler. L resserre ainsi son étau autour de la romancière jusqu'à la manipuler et usurper son identité... Roman Polanski renoue ici avec l'une des facettes les plus fascinantes de son cinéma. Et si D'après une Histoire Vraie n'entretient aucun lien narratif avec la trilogie des appartements constituée de Répulsion, de Rosemary's Baby et du Locataire, il est clair que d'un point de vue psychologique, le personnage de Delphine rejoint ceux de Carol Ledoux, de Rosemary Woodhouse et de Trelkovsky dont l'esprit va dériver au cœur d'un récit mêlant délire et réalité. La différence entre D'après une Histoire Vraie et la trilogie étant qu'ici, l'entourage proche de l'héroïne n'est pas directement lié aux événements mais n'est que la conséquence des rapports qu'elle entretient avec cette nouvelle venue objectivement envahissante qu'Eva Green interprète avec tant ''d'intensité'' que l'on voit arriver le personnage mille lieues à la ronde ! Là où Roman Polanski cultive le mystère quant à l'existence réelle ou non du personnage de L se situe dans le dispositif qu'il met en place en évitant systématiquement de mettre la jeune femme en présence d'autres personnage que celui de Delphine. Ici, L agit comme un véritable poison dans l'existence de la romancière. Au sens propre comme au figuré d'ailleurs. Roman Polanski fait monter la pression et ce qui dans un premier temps ressemblait davantage à un petit (télé)film sans prétentions artistiques particulières se transforme en une redoutable machinerie de sape psychologique ! Moins clairement établi dans ce qui peut relever des domaines du réel et du fantasme que par le passé, la situation de Delphine se rapproche donc de l'univers des trois volets de la trilogie des appartements. À tel point que l'on peut se demander dans quelles mesures le cinéaste franco-polonais n'aurait pas choisi ici de la conclure par un quatrième et tardif opus. Brillant !

 

lundi 20 juillet 2026

Le bal des vampires de Roman Polanski (1968) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Lorsque l'on y songe, l'acteur, réalisateur, producteur et scénariste franco-polonais Roman Polanski aurait pu embrasser une carrière de cinéaste exclusivement spécialisé dans le fantastique et l'épouvante. Et pourtant, le sort ou un plan bien établit à l'avance en a décidé autrement. Cependant, au regard de Répulsion en 1965, Le bal des vampires en 1967, Rosemary's Baby en 1968 ou Le locataire en 1976 qui malgré ses atours de film fantastique demeure en réalité l'un des drames horrifico-psychologiques parmi les plus remarquables à avoir vu le jour sur un écran de cinéma, il est vrai que d'une certaine manière il a su anoblir des genres qui encore aujourd'hui et malgré leur évidente profusion restent pour certains un art mineur dans le septième art. The Fearless Vampire Killers adopte les mêmes velléités qu'un certain Young Frankenstein réalisé sept ans plus tard par Mel Brooks. Car dans un cas comme dans l'autre, il s'agit moins de se moquer d'un courant cinématographique que de lui rendre hommage sous le prisme de l'humour. De la comédie beaucoup moins potache que ses contemporains qui feront florès les décennies suivantes. La grâce avec laquelle Roman Polanski adopte son point de vue pour un genre qui fit ses premiers pas en littérature en 1819 avec l'ouvrage de l'écrivain et médecin britannique John Polidori, The Vampyre et au cinéma avec Le manoir du Diable de Georges Meliès reste avant tout son esthétisme. Le long-métrage semble en effet est en raccord total avec l’œuvre du peintre allemand Caspar David Friedrich. Même propension que le chef décorateur Wilfred Shingleton à dépeindre des environnements imposants, chargés d'un certain romantisme contemplatif. Tout comme le suisse Arnold Böcklin semble lui-même avoir été une source d'inspiration inépuisable à travers une œuvre à l'architecture gothique parcourue par la mort. Mais du gothique, justement, l'on retiendra surtout et avant tout, le cinéma britannique de la Hammer Film Productions et de ses quelques concurrents dont la Amicus qui noyèrent les années cinquante, soixante et soixante-dix d'un nombre impressionnant de longs-métrages mettant en scène des créatures issues du bestiaire fantastique.


Et donc parmi elles, les vampires. Ceux-là mêmes que l'on retrouve dans Le bal des vampires en 1967 où l'horreur est en permanence battu à plate couture par un humour parfois très grinçant. Roman Polanski n'en oublie cependant pas les fondamentaux du cinéma d'épouvante et fantastique. En ersatz du célèbre Comte Dracula, le Comte Von Krolock est incarné par un Ferdy Mayne qui lui-même marche sur les traces du plus connu des interprètes du mythique suceur de sang, Christopher Lee ! Moins productif en la matière que son concurrent britannique, il incarnera malgré tout le Comte Dracula une unique fois dans la comédie horrifique ouest-allemande Le Sabbat des vampires (Gebissen Wird Nur Nachts) de Freddie Francis en 1971 ! D'aucun pourrait considérer que le film de Roman Polanski a sévèrement pris un coup de vieux en près de soixante ans d'existence. Préférons plutôt lui prêter le terme de ''patine visuelle''. En réalité, le film est d'une beauté qui encore aujourd'hui est renversante. Comme posté devant une série de tableaux ayant pris vie, le spectateur ne peut être encore de nos jours que subjugué devant le travail colossal opéré par le chef décorateur Wilfred Shingleton donc, mais également par la costumière Sophie Devine ou le directeur de la photographie Douglas Slocombe. Le film n'aura ainsi subit les outrages du temps que pour celles et ceux qui ne jurent plus désormais que pour les blockbusters américains bourrés jusqu'à la gueule d'effets-spéciaux numériques. Là où sans doute le bas-blesse se situe dans le scénario de Roman Polanski et de Gérard Brach qui déjà a collaboré à plusieurs reprises avec le cinéaste franco-polonais. Car à bien y regarder, le sujet est on ne peut plus simpliste. 

 

Le scénario tourne autour du professeur et chasseur de vampires Abronsius (Jack MacGowran) et de son assistant Alfred (qu'incarne lui-même Roman Polanski) qui dès leur arrivée dans une auberge des Carpates sont saisis par l'ambiance et par le mutisme qui y règne dès que le premier évoque la présence dans la région d'un château ou l'existence des vampires. Tandis que le cinéaste s'emploie à filmer des séquences aussi inutiles qu'amusantes (l'aubergiste retrouvant de nuit sa maîtresse), le pire se prépare lorsque la fille des propriétaires est mordue par le Comte Von Krolock avant d'être kidnappée. Le reste de l'aventure se déroulera alors à l'intérieur du château où nos deux héros chercheront à sauver la jeune et délicieuse Sarah des griffes (ou plutôt des dents) du fameux Comte en question. Une Sarah interprétée par la magnifique actrice américaine Sharon Tate que Roman Polanski épousa un an plus tard mais dont on connaît bien évidemment le sort tragique puisque enceinte de plus de huit mois, la jeune femme fut assassinée par des membres de la ''Famille Manson'' dans la soirée du 9 août 1969. Comme Mel Brooks plus tard avec Frankenstein Junior, Roman Polanski parvient à doser à la perfection le comique avec les éléments surnaturels. Notons que le récit prend une certaines ampleur grâce à l'incroyable partition du pianiste et compositeur polonais Krzysztof Komeda auquel Roman Polanski confiera notamment celle de Rosemary's Baby un an plus tard. Bref, cinquante-neuf ans après sa sortie en salle, Le bal des vampires reste un classique du genre et un incunable pour celles et ceux qui voudraient s'initier au genre à travers une certaine ''légèreté''...


 

vendredi 30 mai 2025

La vénus à la fourrure de Roman Polanski (2013) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Lorsqu'Emmanuelle Seigner et Roman Polanski se rencontrent, elle a dix-huit ans et lui, cinquante et un. Poussé par son compagnon de l'époque, Stéphane Ferrara, à faire connaissance avec le futur auteur de Frantic, Lune de fiel et La neuvième porte dans lesquels elle apparaîtra, la jeune actrice française et le réalisateur franco-polonais se marient l'année de sortie de leur première collaboration au cinéma, en 1988. Depuis, ces deux là ne se sont plus quittés et ont donc tourné ensemble en 2013 et pourtant la quatrième fois, La vénus à la fourrure, adapté de la pièce de théâtre du dramaturge américain David Ives. Une œuvre qui dans le contexte de son adaptation sur grand écran prend un sens parfaitement ironique si l'on prend compte des problèmes que rencontra Roman Polanski alors accusé de plusieurs actes de violence sexuelle ! En effet, aux côtés de son épouse, le cinéaste jette dans les bras de son interprète féminine l'acteur Mathieu Amalric. Fasciné depuis toujours par le réalisateur d'un nombre incalculable de chefs-d’œuvre, il était impossible de passer à côté d'une rencontre qui allait donc en cette année 2013 aboutir à une œuvre parmi les plus remarquables de leur auteur. Reposant en outre sur le roman Venus im Pelz de l'écrivain, historien et journaliste autrichien Leopold von Sacher-Masoch, La vénus à la fourrure est non seulement la rencontre d'un grand cinéaste mais aussi celle de deux interprètes accomplis auxquels ce dernier offre la possibilité d'exprimer tout leur talent sur la scène d'un théâtre fictif. Un duo magnifié par la mise en scène de Roman Polanski et dont la ressemblance entre l'auteur et son interprète masculin semble ne pas chercher à cacher certains des maux qui ont émaillé sa vie personnelle et entaché son métier de cinéaste. Uniquement incarné par ses deux seuls acteurs, La vénus à la fourrure est un modèle de construction narrative, où le préambule ne sert qu'à dissimuler les véritables enjeux du récit. C'est ainsi qu'alors que la journée s'achève par une fin d'après-midi pluvieux durant laquelle les candidates au rôle du personnage de Wanda ont toutes échouée à être retenues par le metteur en scène Thomas Novacek que déboule in extremis Vanda Jourdain. Jeune femme sexy, sensuelle, au charme vertigineux (vénéneux?), d'une beauté sauvage incomparable mais aussi légère et dont la culture générale semble s'être arrêtée très tôt durant ses études, elle insiste pour que Thomas accepte de l'auditionner avant de partir rejoindre sa compagne...




Rejetant tout d'abord cette option, le metteur en scène ne tarde cependant pas à tomber sous le charme de cette jeune femme trempée jusqu'aux os et au maquillage dégoulinant qui assure connaître et pouvoir incarner le rôle principal de la pièce. Ce n'est qu'en l'entendant jouer que Thomas est bluffé par la performance de la jeune femme et qu'il décide de lui accorder le temps nécessaire pour juger de ses talents de comédienne. Ce qui ne devait durer qu'une poignée de minutes se transformera en une longue soirée durant laquelle, le maître sera déstabilisé par le talent, certes, mais aussi par les formes généreuses de la candidate venue se présenter pour le rôle. La ressemblance entre Roman Polanski et Mathieu Amalric ne semble pas être le fruit du hasard car c'est bien l'auteur du Bal des vampires, du Locataire, du Pianiste mais aussi plus sûrement celui des œuvres sulfureuses qu'il signa entre-temps et auxquelles participa son épouse que l'on devine derrière les traits de son époustouflant acteur. Ce dernier et Emmanuelle Seigner composant ainsi un admirable tandem dans un récit où les positions de pouvoir et de soumission vont diamétralement être inversées. De cette jeune femme candide voire même un peu niaise qui débarqua quelques heures plus tôt, Roman Polanski transforme Vanda en une créature dominatrice dont on soupçonne que sa tardive apparition n'est là encore, pas tout à fait le fruit du hasard. Le personnage d'Emmanuelle Seigner mue en une sorte de maîtresse S-M vêtue de cuir et de bottines noires face à un Mathieu Amalric rendu à l'état de petit garçon énamouré prêt à tous les sacrifices pour obtenir un seul baiser de celle entre les mailles du filet de laquelle il est tombé. Entre le regard hypnotisant et sexualisé d'Emmanuelle Seigner et le regard ahuri de Mathieu Amalric dont le personnage attend qu'on lui tende un bonbon après avoir été bien sage, Roman Polanski a su saisir le moindre instant de complicité entre ses deux acteurs. Moins sobre qu'elle n'y paraît, l'unique caméra employée par le cinéaste se place très exactement là où il faut. Et malgré un décor unique, fait de fauteuils rouges plongés dans la pénombre, de carton-pâte baigné d'une lumière artificielle, l'expérience est totale ! Bref, La vénus à la fourrure est une expérience exceptionnelle qui malgré certaines contraintes subjugue par l'incroyable talent de ses deux interprètes. À consommer sans modération...

 

vendredi 21 mars 2025

The Palace de Roman Polanski (2023) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Au delà du plan strictement réservé à la polémique consistant à systématiquement dénigrer un artiste et son œuvre sur le simple prétexte que sa vie personnelle est entachée par une ou plusieurs controverses, que vaut objectivement le dernier long-métrage du réalisateur, scénariste, producteur et interprète franco-polonais, Roman Polanski ? Séparant l'homme de l'artiste et connaissant mieux le second que le premier, c'est en toute décontraction et sans un seul instant d'hésitation que j'ose prétendre que The Palace est sans doute son film le moins convainquant. De part le cynisme qui emporte le septième art à travers des œuvres boursouflées par un désir de capitaliser sur les dérives de notre société, l'auteur appose ainsi sa marque à travers un dernier effort totalement dépassé, qui sous l'insigne patronyme rappelant l'éponyme série française créée par Jean-Michel Ribes à la fin des années quatre-vingt se permet de lui être infiniment inférieur. Rejoignant les critiques de professionnels tous moins tendres les uns que les autres avec ce cinéaste qui souvent su élever la plupart de ses longs-métrages au rang de chefs-d’œuvre, Roman Polanski revenait voilà deux ans en arrière avec un projet casse gueule dont la simple place que prennent les événements à la toute fin du siècle dernier le condamnent à n'être rien de plus qu'un ersatz démodé de tout ce que la comédie mondiale à de plus insolent à proposer. Anachroniquement pittoresque, aussi plaisant à suivre qu'une présentation d'entreprise en PowerPoint tout en ayant l'ambition de réunir un casting international, The Palace coche toutes les cases de la comédie ratée. Le divertissement est on ne peut plus gênant et les rires aussi rares que l'eau sur le continent africain ! Comme l'indique le titre, le film se déroule dans un luxueux palace situé dans les Alpes Suisses où le directeur Hansueli Kopf (l'acteur allemand Oliver Masucci) doit gérer de richissimes et excentriques clients dont les désirs sont généralement surprenants ! Sur la base d'un budget de dix-sept millions de dollars, l'auteur du Bal des vampires, du Locataire, de Lune de fiel, du Pianiste ou encore de J'accuse signe une œuvre relativement pauvre en situations comiques.


Désespérant le public de ne jamais fournir à certains de ses personnages matière à créer l'empathie, le réalisateur façonne aux côtés de l'acteur, peintre et cinéaste polonais Jerzy Skolimowski une galerie de personnages prodigieusement caricaturaux. Une cours des miracles où la française Fanny Ardant incarne la Comtesse Constance Rose Marie de La Valle, laquelle voue une véritable passion pour son minuscule roquet qu'elle nourrit de caviar. Où Mickey Rourke interprète Bill Crush, un faux milliardaire qui attend avec impatience la fin du monde pour selon lui, renflouer ses caisses. Acteur aux nombreuses interventions de chirurgie esthétique qui n'est depuis longtemps plus que l'ombre de lui-même et qui dans le cas de The Palace les quelques personnages secondaires féminins venus agrandir les rangs de cette atroce galerie de Freaks dont la fortune se lit sur chaque trait de leur visage. L'on a droit au couple formé par les britanniques John Cleese et Browny James. Lui incarne le très riche Arthur William Dallas III et elle, sa pantagruélique épouse Magnolia. Viennent rejoindre au sein du casting l'acteur portugais Joaquim de Almeida dans le rôle du chirurgien Lima ainsi qu'un groupe de russes rapidement rejoints par un ambassadeur incarné par Ilia Volok. L'on aurait pu se satisfaire de cette galerie de portraits hauts en couleurs si seulement réalisateur et scénariste s'étaient donnés la peine de donner du corps à leurs personnages qui plus que d'être étoffés participent tous davantage à une succession de scénettes dont beaucoup parmi elles n'élargissent pas davantage l'appréciation que l'on peut avoir dès le départ des uns et des autres. L'annonce retransmise en direct de la démission du président russe Boris Elstine au soir du 31 décembre 1999 n'ayant par exemple absolument aucune conséquence sur l'évolution du récit. The Palace est en fait un projet bâclé, sans envergure autre que de situer l'action au Gstaad Palace niché sur les hauteurs de la ville éponyme alors que le décor est enneigé. Le dernier long-métrage du cinéaste franco-polonais et au mieux, une mauvaise comédie et au pire, un calvaire malgré sa durée peu exorbitante de cent minutes. Bref, une très grosse déception...

 

mardi 3 mai 2022

J'accuse de Roman Polanski (2019) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Alors que le film fut l'objet de controverses tandis que son réalisateur Roman Polanski affirmait d'emblée qu'il faisait écho à sa propre histoire, et compte-tenu du contexte dans lequel l'avant dernier long-métrage de l'auteur du Pianiste, du Locataire ou de Rosemary's Baby fut comparé par le cinéaste franco-polonais lui-même aux soucis de justice dont il demeurait encore la cible (le 8 mars 2020, plus de cent-dix avocates profitèrent de la Journée internationale des droits de la femme pour rappeler les accusations dont il était l'objet), J'accuse aurait pu très facilement souffrir de la polémique. Mais une fois que l'on s'accorde le droit de mettre de côté toute cette histoire personnelle, si sordide qu'elle puisse être, véritable ou non, étayée par des preuves ou par de simples ouï-dire, l’œuvre, elle, n'en est pas moins l'une des plus brillantes démonstrations de l'un des plus grands réalisateurs de sa génération. L'affaire concernant le capitaine Alfred Dreyfus est non seulement devenue à l'époque une affaire d'état mettant en cause, trahison supposée, erreur judiciaire, antisémitisme (l'officier incriminé étant de confession juive comme le martèle régulièrement Roman Polanski dans le film) et fourvoiement de la part des autorités militaires, incapables elles-même de reconnaître leurs torts. À moins que vienne justement s'intercaler cette suspicion d'antisémitisme dont est victime dans J'accuse, l'officier de l'Armée Française. D'un point de vue strictement cinématographique, l'avant dernier film de Roman Polanski n'est pas loin d'aller rejoindre l'éblouissant Le Pianiste réalisé voilà déjà vingt ans en arrière, au panthéon des chefs-d’œuvre du cinéaste. La photographie de Pawel Edelman saute immédiatement aux yeux et donne à l'ensemble un caractère visuel fait de suie. Celle-là même qui semble couvrir la quasi-totalité des locaux du 2ème Bureau dans lesquels est ensuite introduit en tant que nouveau responsable le commandant Marie-Georges Picquart qui à cette occasion est promu au grade de Lieutenant-colonel...


Alors que l'affaire judiciaire concernant l'officier Dreyfus a déjà été jugée (l'homme sera déchu de ses titres militaires, se voyant ainsi humilié, déporté puis détenu sur l'Île du Diable en Guyane), J'accuse se concentre moins son récit sur la victime d'une machination et d'une erreur de justice (Louis Garrel dans le rôle d'Alfred Dreyfus) que sur le courage d'un homme (en l'occurrence, Marie-Georges Picquart qu'interprète à l'écran l'impeccable Jean Dujardin) qui a tout entreprit pour que la vérité éclate. Au risque de mettre en péril sa propre existence et son statut d'officier de l'Armée française. Visuellement remarquable, la reconstitution bénéficie des impressionnants talents de la costumière Pascaline Chavanne, de la direction artistique de Jean Rabasse et de la musique d'Alexandre Desplat. Surtout, le film s'inspire du roman An Officer and a Spy de Robert Harris que l'écrivain adapte alors lui-même aux côtés de Roman Polanski. On pourra ergoter sur le fait que l'intrigue soit à elle seule le terreau fertile d'un récit passionnant et qu'il ne fallut pas grande imagination pour développer une telle histoire. Avoir de la matière est une chose. Mais être capable de la mettre en images en est une autre. Entre espionnage, trahison, procédures militaires et judiciaires, enquête ou délits d'opinion, le film démantèle avec brio toute la machinerie qui s'est construite autour d'un personnage dont l'unique erreur semble être ses origines juives. Mais Roman Polanski ne s'arrête pas là puisque bien avant que la justice devienne la quasi exclusivité des médias et des réseaux sociaux, sa victime est d'emblée reconnue par le peuple comme coupable !


Face à Jean Dujardin et la lourde responsabilité d'incarner celui qui deviendra membre de la Ligue des droits de l'homme à la fin du dix-neuvième siècle et en 1906, Ministre de la guerre, Roman Polanski impose quelques figures remarquables du cinéma français. À commencer par Emmanuelle Seigner (qui interprète le rôle de Pauline Monnier, la maîtresse de Marie-Georges Picquart), fidèle épouse du franco-polonais malgré les multiple et rudes épreuves rencontrées par le cinéaste, celle-ci débute sa carrière en 1984 dans L'année des Méduses de Christopher Frank avant d'apparaître tout au long de sa filmographie dans diverses œuvres de son mari (parmi lesquelles, elle incarnera la troublante Mimi dans Lune de fiel en 1922). Grégory Gadebois (Délicieux d'Éric Besnard, en 2021) incarne le commandant Hubert Henry, véritable traître qui savait l'innocence de Dreyfus et qui garda secrète la culpabilité de son ami Ferdinand Walsin Esterhazy). Viennent ensuite des seconds rôles qui valent à l'écran au moins autant que les principaux intéressés. Au hasard, Wladimir Yordanoff, Melvil Poupaud (excellent Didier Mathure dans la série télévisée OVNI(s)), Mathieu Amalric en graphologue, Laurent Stocker dans le rôle du Georges-Gabriel de Pellieux, Vincent Perez dans celui de Maître Louis Leblois, un ami de longue date de Marie-Georges Picquart ou encore Denis Podalydès en avocat de la défense lors du procès de Dreyfus et André Marcon dans la peau d'Emile Zola, celui-là même qui fut à l'origine de l'article ''J'accuse'' adressé au président de la République Française de l'époque et qui donne son nom au titre du film. Un véritable catalogue où sont réunis de formidables interprètes incarnant autant de célèbres personnages. Plus qu'un long-métrage tiré d'un fait-divers judiciaire parmi les plus célèbres qu'ait connu notre pays, Roman Polanski met en scène un véritable thriller dans lequel le personnage interprété par Jean Dujardin s'impose comme une figure Agatha Christienne. J'accuse n'est peut-être pas le plus grand film de son auteur mais le spectateur gardera à l'esprit que le nonagénaire en a encore sous la botte. C'est donc avec fébrilité que l'on attendra la sortie de son prochain film intitulé The Palace...

 

mardi 26 novembre 2019

Frantic de Roman Polanski (1988) - ★★★★★★★★☆☆



Frantic (qui en anglais signifie frénétique), le douzième long-métrage de Roman Polanski, replonge les spectateurs au cœur d'un Paris anxiogène douze ans après l'effrayant Le Locataire dans lequel le réalisateur incarnait lui-même un petit immigré d'origine polonaise plongé dans les affres de la paranoïa. Cette fois-ci, c'est au tour d'un chirurgien originaire de San Francisco d'être confronté à un tout autre genre d'angoisse : installé depuis moins d'une heure avec son épouse Sondra dans la chambre d'un luxueux hôtel parisien, le docteur Richard Walker sort de la douche lorsqu'il constate que celle-ci a disparu. Parti à la recherche de sa femme dans un Paris nocturne et interlope, le chirurgien découvre très vite que Sondra n'a pas été enlevée par hasard. L'une des valises qu'ils ont récupérée à l'aéroport de Roissy ne leur appartient pas. Après s'être renseigné auprès de divers habitants du quartier, avoir signalé la disparition de Sondra au commissariat puis avoir demandé de l'aide à l'ambassade américaine, Paul réalise qu'il ne peut compter que sur lui seul. Arrive alors Michelle, la propriétaire de la valise. La seule qui semble pouvoir aider Paul dans ses recherches...

D'origine franco-polonaise, l'immigré Roman Polanski sait s'y prendre lorsqu'il s'agit d'inscrire certains personnages de ses films dans des contextes qui leurs sont totalement étrangers. Concernant Frantic, l'auteur de Rosemary's Baby, du Pianiste et du récent J'Accuse repoussait dans ses derniers retranchements ce même principe en plongeant l'acteur américain Harrison Ford dans un Paris particulièrement dérangeant. Sur un fond de racisme dont le héros fait les frais à travers le comportement arrogant et moqueur de certains personnages, Roman Polanski réalise un long-métrage au suspens haletant. Surtout dans sa première partie, jusqu'à ce que les tenants et les aboutissants de l'affaire soient mis à jour. La seconde partie, elle, se concentre surtout sur l'espoir du héros de retrouver son épouse, interprétée par l'actrice américaine Betty Buckley dont les plus âgés des spectateurs se souviennent sans doute de son interprétation de Sandra Sue Abbott Bradford dans la série culte Huit, ça Suffit qui fut diffusée pour la première fois en France à partir de février 1985. Ainsi que sur l'objet de son elèvement et de sa séquestration avec cette interrogation : est-elle toujours en vie ? Si la deuxième moitié de Frantic est très sensiblement moins attrayante que la première, il n'en demeure pas moins que l’œuvre de Roman Polanski est l'un des meilleurs thrillers produits en cette deuxième moitié des années 1980.

L'une des forces majeures de Frantic (outre d'avoir ignoré l'idée d'un doublage en français, ce qui renforce le dépaysement du héros) est pour le réalisateur qui adapte une nouvelle fois un scénario du fidèle Gérard Brach, d'avoir poussé à l'extrême la fragilité de son personnage. Tout d'abord désarçonné par la disparition incompréhensible de son épouse, puis dénué de tout moyen de pression. Paul Walker ne parle de surcroît pas du tout français (ou si peu). D'où la difficulté de mener son enquête dans les meilleures dispositions. De plus, et contrairement à ce qui est désormais la norme, Paul Walker n'est pas armé et n'a donc aucun moyen de se défendre. Roman Polanski pousse même la caricature en faisant de son héros un homme qui s’essouffle rapidement quand vient le moment de poursuivre à pied la seule capable de lui venir en aide. De l'union entre Roman Polanski et son actrice et épouse Emmanuelle Seigner naîtront deux enfants et plusieurs projets cinématographiques dont Frantic sera le premier. Après avoir débuté dans L'Année des Méduses de Christopher Frank en 1984 puis avoir poursuivi avec Détective de Jean-Luc Godard en 1985 et Cours Privé de Pierre Granier-Deferre en 1986, la jeune actrice incarne Michelle, rebelle et paumée, engagée dans une dangereuse affaire à laquelle seront mêlés le chirurgien et son épouse. Sexy en diable, la française n'est pas la seule interprète hexagonale à arpenter le long-métrage de son futur époux puisque l'on y découvre notamment Gérard Klein et Alain Doutey en réceptionnistes de l'hôtel où loge le couple d'américains et Dominique Pinon en SDF, témoin de l'enlèvement de Sondra Walker. Accompagné par le score du compositeur italien Ennio Morricone et financé à hauteur de vingt millions de dollars, Frantic est un thriller remarquablement bien mené...

mercredi 3 avril 2019

Lunes de Fiel de Roman Polanski (1992) - ★★★★★★★★☆☆



La première chose à savoir lorsque l'on se lance dans le récit d'un peu plus de cent-trente minutes que dure Lunes de Fiel, le quatorzième long-métrage du cinéaste franco-polonais Roman Polanski, c'est qu'il faut si possible se procurer la version originale intitulée Bitter Moon et non pas celle qui efface en partie la sensualité d'Emmanuelle Seigner, pour le coup, atrocement doublée. Il faut dire que cette œuvre hype-sexuée vaut par tous ses compartiments. De la félinité de l'actrice et épouse du réalisateur. De ses formes toutes en courbes voluptueuses engoncées dans des robes ajustées. Et de ce timbre incroyablement lancinant et pénétrant qui disparaît dans la langue de Molière, échangée contre celle d'une agaçante gamine qui la voudrait plus garce, mais aussi sans contexte, moins charnelle (j'en suis encore à me demander si Emmanuelle Seigner n'a pas elle-même sapé le travail!). Cette petite mise au point effectuée, lançons-nous dans l'exploration de ces deux êtres passionnés (et passionnants) livrant sans tabou, ce qu'il est sans doute raisonnable de comparer à un amour destructeur... D'après l’œuvre du romancier français Pascal Bruckner, Roman Polanski, John Brownjohn, Jeff Gross et Gérard Brach (fidèle au cinéaste depuis son Répulsion de 1965) signent une œuvre belle, mais profondément malsaine. Où l'amour côtoie la perversion. Le masochisme, le sadisme. Le voyeurisme,l'exhibitionnisme.

La rencontre sur un paquebot de croisière entre le duo formé par Hugh Grant et Kristin Scott Thomas. Un couple jeune, beau, mais classique. Et celui que composent Emmanuelle Seigner et Peter Coyote. Atypique, sauvage, à la sexualité exacerbée. Entre dégoût et fascination, c'est tout l'enjeu et toute l’ambiguïté qui tournent autour de l'étrange relation qui naît entre le britannique Nigel Dobson et l'américain Oscar Benton. Mais aussi entre Nigel et la française Micheline Bouvier. Roman Polanski dresse l'état des lieux d'un amour qui d'abord emprisonne le couple (passion, jalousie, vengeance), et qui avec le temps, s'effiloche pour ne plus ressembler qu'à de l'affection. Une complicité qu'il faut alors nourrir de jeux plus ou moins cruels et brutaux, quitte à emporter avec soi un couple des plus classique rencontré récemment. Le personnage incarné par Peter Coyote reflète à merveille l'inéluctable achèvement de cette passion dévorante qu'il partageait avec Micheline et qui ne ressemble désormais plus qu'à de la pitié. De ce message aussi bouleversant que cru qu'il délivre à Nigel au tout début jusqu'au témoignage bouleversant d'un amour qui au fil du temps s'est détérioré.

A ce titre, Emmanuelle Seigner est poignante, seule à y croire encore alors qu'elle incarnait jusqu'à maintenant une jeune femme délurée, immature, portant robes sexy et moulantes. La passion étant désormais unilatérale, Micheline perd peu à peu de sa féminité, avilie par celui qu'elle aime mais qui ne cesse désormais de l'humilier. Lunes de Fiel devient inconfortable. Pour Roman Polanski, le contrat est déjà rempli : le spectateur s'identifie majoritairement au personnage de Micheline, celui d'Oscar revêtant le visage du monstre. Et puis... Et puis...
Film sur l'amour passionnel, sur l'amour fou, Lunes de Fiel se mue peu à peu en un cauchemar qui s'adresse directement au spectateur. Avec une infinie justesse, le cinéaste signe sans aucun doute l'un des plus beaux témoignages sur le thème de l'amour, au point d'en oublier presque ses deux autres principaux interprètes Hugh Grant et Kristin Scott Thomas. La musique de Vangelis apporte un souffle romanesque presque désuet, magnifiant la mise en scène de Roman Polanski et la prodigieuse interprétation d'Emmanuelle Seigner et Peter Coyote. Un chef-d’œuvre ? Oui,sans conteste...

mardi 2 avril 2019

The Ninth Gate de Roman Polanski (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Réalisé par le cinéaste franco-polonais Roman Polanski, « maître es paranoïa » (Répulsion, Le Locataire), et scénarisé par le cinéaste lui-même ainsi que par John Brownjohn et Enrique Urbizu à partir du roman d'Arturo Pérez-Reverte, Le Club Dumas, The Ninth Gate est le seizième long-métrage de son auteur. Un retour vers une thématique qu'il avait mise de côté après son angoissant Rosemary's baby en 1968. Deux films qui entretiennent bien des rapports même si dans le cas de The Ninth Gate, son final laisse supposer d'une mystification alors que dans l’œuvre signée en 1968, les dernières images laissaient supposer l'existence réelle du Diable. C'est sur cette ambiguïté que joue le cinéaste en cette année 1999. Une année symbolique que certains prophétisèrent comme étant l'emblème d'une série d'événements cataclysmiques : Armageddon, changements climatiques, invasions extraterrestres, boule de feu détruisant notre planète, etc...
Aujourd'hui, même si l'on est tous revenus de ces prédictions qui n'ont finalement pas eu lieu, redécouvrir The Ninth Gate n'est peut-être pas une mauvaise idée, d'autant plus que le sujet s'éloigne drastiquement de ces rumeurs (in)fondées par des individus peu scrupuleux à l'intention des crédules du monde entier.

Passionnant de part le sujet traité d'une part, et par la manière qu'à Roman Polanski d'en faire sien, The Ninth Gate est une excellente surprise, mis en scène avec subtilité et magistralement interprété par l'acteur américain Johnny Depp qui dans la peau de Dean Corso, se voit confier une mission particulièrement délicate. A la recherche d'ouvrages littéraires rares, il en estime également la valeur. Réputé pour être l'un des meilleurs dans sa catégorie, il est engagé par Boris Balkan (l'acteur américain Franck Langella, notamment vu dans The Box de Richard Kelly) afin d'authentifier dans un premier temps l'un des trois seuls exemplaires de l'ouvrage Les Neuf portes du royaume des ombres de l'écrivain du dix-septième siècle Aristide Torchia qu'il possède, et ensuite d'acquérir les deux autres, l'un se situant au Portugal et le dernier en France. Bien qu'étant passionné par son métier, Corso est davantage attiré par l'argent. C'est donc contre un gros chèque qu'il accepte de mener des investigations, à commencer par la visite de Liana Telfer, dont l'époux s'est pendu récemment après avoir justement vendu son exemplaire de l'ouvrage à Boris balkan...

The Ninth Gate va mener notre héros dans une intrigue passionnante, entre enquête et mysticisme, ce personnage ambigu traversant plusieurs territoires tels que les États-Unis, le Portugal, l'Espagne mais aussi et surtout la France, la Seine et Marne, les Pyrénées-Orientales, le Val-d'Oise, l'Aude et même la capitale française se partageant la vedette. Des décors souvent majestueux. Entre grandes villes, châteaux et villages archaïques. Un enchantement pour les yeux, mais aussi pour les oreilles puisque Roman Polanski confie aux bons soins du compositeur polonais Wojciech Kilar (La Jeune Fille et la Mort en 1994, Le Pianiste en 2002 tout deux réalisés par Roman Polanski) d'écrire la musique envoûtante de The Ninth Gate. Une partition qui participe grandement à l'ambiance d'un long-métrage que l'on pourrait quelque peu rapprocher des investigations menées par les personnages de Guillaume de Baskerville et Adso de Melk dans le chef-d’œuvre de Jean-Jacques Annaud, Le Nom de la Rose. Toutes proportions gardées bien évidemment puisque l’œuvre de Roman Polanski lui est malgré tout quelque peu inférieure.

Outre la présence de l'actrice et épouse de Roman Polanski Emmanuelle Seigner (que le cinéaste emploiera à de nombreuses occasions), le spectateur à l’œil aiguisé remarquera sans doute la quadruple interprétation de l'acteur José Lopez Rodero (dans le double rôle des jumeaux libraires et des déménageurs) dont il semble qu'il n'ait pas interprété d'autre rôle au cinéma. Avec The Ninth Gate, Roman Polanski retrouve l'ambiguïté de ses œuvres passées, surtout durant les deux premiers tiers du film. On regrettera sans doute que la cérémonie succédant aux investigations du héros n'ait pas été filmée avec davantage d'investissement (on aurait sans doute rêvé d'une séquence aussi magistrale que l'incroyable cérémonie du Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick) et que la fin se laisse aller à quelques débordements faussement fantastiques. Il ne faut cependant pas bouder son plaisir car à travers The Ninth Gate, c'est véritablement toutes les aspirations du réalisateur franco-polonais qui ressurgissent...

samedi 2 juin 2018

Arrêts sur Images: Deneuve-Polanski-Répulsion

Roman Polanski et Catherine Deneuve sur le tournage de Répulsion en 1965. Le cinéaste face à son actrice. Filmé à travers le miroir, Polanski reflète l'obsession qu'incarnera à l'écran l'acteur écossais John Fraser...


Yvonne Furneau, Catherine Deneuve et au milieu, l'acteur britannique Ian Hendry. Lui aussi reflètera la peur pathologique et le dégout qu'éprouvera la jeune Carole envers la gente masculine. D'autant plus qu'en débarquant dans l'existence de sa sœur Hélène, et par conséquent dans la sienne puisqu'elles vivent dans le même appartement, Michael sera l'un des éléments déclencheurs du drame à venir...


Le jeune et beau Colin (John Fraser) sait-il combien Carole déteste tous ceux qu'il représente? Non. son acharnement à la séduire, à lui téléphoner, à tenter de la suivre jusque chez elle aura des conséquences terribles...


Roman Polanski dirigeant Catherine Deneuve et John Fraser sur le tournage de Répulsion.


Une scène durant laquelle, de retour chez elle, Carole est accostée par l'un des ouvriers prenant son déjeuner. Entre le 'petit ami' Colin qui la harcèle, plus tard le propriétaire, et l'individu assis en arrière-plan sur la photo ci-dessus, la jeune femme semble avoir de quoi se faire du soucis concernant les hommes...


Roman Polanski dirige ici Catherine Deneuve, qui lors d'une scène assez spectaculaire va blesser une cliente à laquelle elle prodiguait des soins de manucure. Premier contact avec le sang que la jeune femme, bientôt, versera dans des proportions beaucoup plus importantes... 


Peut-être l'un des derniers réels moments d'intimité de Carole avant que sa pathologie ne prenne définitivement le dessus...


Abandonnée par sa soeur partie en vacances avec son compagnon Michael, la jeune manucure, enfermée seule dans l'appartement et finissant par ne plus se rendre au travail, développe peu à peu son obsession due à son aversion envers les hommes. Même si de menus détails viennent vérifier l'état de névrose de la jeune femme, la présence du propriétaire de l'appartement (incarné par l'acteur britannique Patrick Wymark) venu récupérer le loyer ne va faire qu'envenimer les choses. Ici, Roman Polanski filme la scène durant laquelle le propriétaire, après avoir fait preuve d'un peu trop d'initiatives envers Carole, est tué par la jeune femme à l'aide d'un rasoir dit 'coupe-choux'...


Autre victime de Carole: Colin. Beaucoup plus innocent que le propriétaire, il est sur le point de se voir administrer un sort aussi peu enviable. En face, la locataire de l'appartement limitrophe à celui des sœurs Ledoux sera l'un des éléments déclencheurs du meurtre dont sera victime le jeune homme. En effet, témoin de la curiosité de la vieille dame, Colin se précipitera pour fermer la porte, laissant ainsi le champ libre à Carole de le frapper par derrière à l'aide d'une très lourde sculpture. A noter que Roman Polanski accompagne le geste de la jeune femme à l'aide de la caméra, renforçant ainsi le poids terrible de chaque coup porté au crâne du transit amoureux...


Ici, l'une des scènes les plus saisissantes. Après avoir imaginé être violée dans son lit par un agresseur invisible (une scène que Roman Polanski réadaptera quelques années plus tard pour l'étouffant Le Locataire) un peu plus tôt dans le film, Carole est agressée par des bras sortant littéralement des murs de l'appartement. Plaquée contre un mur comme cette photo ne le montre pas, la jeune femme y laisse même une empreinte physique. Le mur prenant alors l'apparence d'une peau humaine que l'on comparera forcément à celle d'un homme. L'appartement devient donc lui-même une entité masculine, la jeune femme n'ayant plus que le meurtre dans lequel se réfugier...


L'une des scènes les plus épouvantables de Répulsion, prouvant qu'une œuvre dramatique peut avoir autant d'effet qu'un simple film d'horreur. Le noir et blanc accentuant l'impact de la scène...

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