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mercredi 10 juin 2026

Bustin' Loose d'Oz Scott et Michael Schultz (1981) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Cela fait un peu moins d'un an que je n'avais pas abordé la Blaxploitation et c'est pourquoi j'ai choisi aujourd'hui d'évoquer Bustin' Loose d'Oz Scott et Michael Schultz même si ce dernier n'est pas crédité au générique. S'agissant d'Oz Scott, il débutait là sa carrière de réalisateur. Poursuivant très sporadiquement et très tardivement son œuvre sur grand écran puisqu'il ne réalisa que deux autre longs-métrages avec Spanish Judges en 2000, Home Run Showdown en 2012, il a surtout été l'auteur d'innombrables épisodes de séries télévisées dont trois épisodes de Fame en 1986, deux de Cosby Show en 1990 et 1991, un pour Les experts en 2001 et a beaucoup plus récemment mis en scène des épisodes pour Law & Order: Organized Crime, S.W.A.T, Kingdom Business ou encore Agent Stoker... Quant à Michael Schultz, si celui-ci n'apparaît pas au générique, il n'en est pas moins aussi important que son homologue puisque avant de s'être lui aussi tourné vers le petit écran, il réalisa notamment les comédies musicales cultes Car Wash et Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band en 1976 et 1978 ! S'agissant de Bustin' Loose, ce film datant de 1981 met en scène Richard Pryor ainsi que Cicely Tyson, deux interprètes de la communauté afro-américaine très réguliers dans le courant des années soixante-dix/quatre vingt puisque le premier est notamment connu pour avoir joué dans Silver Streak d'Arthur Hiller en 1976, The Wiz de Sidney Lumet en 1978, Brewster's Millions (Comment claquer un million de dollars par jour?) de Walter Hill en 1985 ou encore Critical Condition (Toubib malgré lui) de Michael Apted deux ans plus tard alors que la seconde est apparue dans l'excellente mini-série Roots (Racines) en 1977, le film catastrophe The Concorde... Airport '79 de David Lowell Rich ou encore dans un certain nombre de téléfilms dont The Marva Collins Story de Peter Levin dans lequel elle incarna le rôle d'une enseignante afro-américaine très impliquée dans l'éducation de ses élèves malgré la désapprobation du directeur de l'établissement qui condamnait ses méthodes d'enseignement. Une personnalité ayant d'ailleurs réellement existé et dont l'approche et l'attention auprès des adolescents sont similaires ou presque à celles de Vivian Perry, personnage cette fois-ci de fiction qu'incarnait donc déjà en 1981 Cicely Tyson...


Personnalité forte, qui après la fermeture de l'école où elle donnait des cours à des élèves difficiles cherche à prendre sous son aile huit d'entre eux qui n'ont toujours pas trouvé de place dans un nouvel établissement, Vivian va pouvoir compter sur le soutien de Joe Braxton. Un petit criminel sans réelle envergure qui jusque là volait et abusait d'honnêtes citoyens. Tandis qu'il échappe de justesse à la prison, son avocat Donald Kinsey le contraint à accepter de conduire un bus en très mauvais état afin d’accompagner sa petite amie Vivian ainsi que ses huit élèves jusqu'à une ferme appartenant à sa tante située à des milliers de kilomètres de distance. Plutôt réfractaire, Joe finit par accepter. Le voyage est long et difficile. L'homme a beaucoup de mal à supporter les cris des enfants et d'être traité comme simple chauffeur de bus par Vivian. Mais au contact de Martin, de Samantha, d'Ernesto, de Harold, d'Anthony, de Linda, de Julio et d'Annie, Joe va s'assagir et même se faire accepter par Vivian qui jusque là se montrait plutôt réticente envers lui... Comédie sociale dramatique sous forme de road movie, Bustin' Loose n'est certes pas le genre de long-métrage dont on conserve un souvenir impérissable. Et pourtant ces quelques portraits d'adolescents dont une jeune nymphomane, un aveugle, un mythomane ou encore un pyromane sont parfois touchants. Sans pour autant verser dans le larmoyant, Richard Pryor est très exactement à la place à laquelle on a l'habitude de le voir : dans le plus pur style qui est le sien et qui le montre une fois encore dans le rôle du pitre qui se dépatouille dans des situations parfois improbables. Le film d'Oz Scott et Michael Schultz est également interprété par l'acteur afro-américain Robert Christian qui dans sa courte carrière a tout de même joué dans ...And Justice for All de Norman Jewison en 1979 ou bien Prince of the City de Sidney Lumet en 1981. Dans le cas de Bustin' Loose, il interprète l'antagoniste du récit en la personne de l'avocat de Joe et du fiancé de Vivian qui après un quiproquo va tenter de mettre des bâtons dans les roues du petit groupe de voyageurs en partance pour l’état de Washington. Le film sera en outre l'occasion pour nos personnages de croiser la route de membres du Ku Klux Klan et celle d'un banquier véreux et de ses sbires. Sympa, sans plus...

 

mardi 5 août 2025

Blaxploitation : Shaft contre les trafiquants d'hommes de John Guillermin (1973) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pour ce dernier article consacré à la Blaxploitation, j'avais très envie de traiter d'une œuvre qui sort un peu des habituelles intrigues se déroulant autour de la mafia, de la drogue ou du proxénétisme ainsi que de New York et du quartier de Harlem. Et cela tombe bien puisque pour clore la trilogie originale Shaft, nous allons évoquer Shaft contre les trafiquants d'hommes (ou Shaft in Africa). Après deux premiers volets réalisés par Gordon Parks qui plutôt que de se charger de l'ultime opus s'est tourné vers la mise en scène de The Super Cops en 1974, le troisième a été quant à lui confié à John Guillermin. Et John Guillermin, ça n'est pas n'importe qui. Si l'on fait l'impasse sur une première partie de carrière plus ou moins acceptable précédant sa future notoriété dont on peut malgré tout évoquer la réalisation de plusieurs volets de la franchise Tarzan dans lesquels est cependant absent le célèbre acteur et nageur olympique américain originaire d'Acapulco, Johnny Weissmuller, la suite sera parfois d'un tout autre ordre. Si le nom du réalisateur ne doit pas être simplement rattaché à ses premières tentatives ou à des pellicules pas toujours de très grande qualité, c'est parce qu'il fut surtout l'auteur de quelques très bons films au titre desquels l'on retiendra notamment le film de guerre historique Le pont de Remagen en 1969, le remake de King Kong en 1976, l'adaptation du roman Mort sur le Nil d'Agatha Christie en 1978 mais aussi et surtout l'immense film catastrophe (genre auquel il s'essaya tout d'abord en 1972 avec Alerte à la bombe) La tour infernale en 1974. Un long-métrage exceptionnel doté d'un casting cinq étoiles ! Mais revenons à Shaft contre les trafiquants d'hommes. Dans les troisièmes aventures du détective toujours interprété par l'acteur afro-américain Richard Roundtree, le casting des deux précédents volets a été entièrement remanié. Exit les acteurs découverts précédemment dans Les Nuits rouges de Harlem et dans Les Nouveaux Exploits de Shaft. La refonte est totale. Qu'il s'agisse du casting, d'accord, mais également du contexte puisque désormais, et malgré un début d'action se déroulant à New York, le tournage sera cette fois-ci effectué à Addis-Abeba en Éthiopie (d'ailleurs, l'orthographe visible dans le film sous la forme Addis Abäba n'est pas une erreur mais correspond bien à sa traduction d'origine Oromo qui est une langue maternelle que partagent environs trente-cinq millions d'habitants de la Corne de l'Afrique).


Autre lieu de tournage, la capitale de la région Semien-Keih-Bahri, Massaoua en Érythrée. Mais aussi, beaucoup plus proche de nous, Paris ! Dans cet ultime volet, John Shaft va cette fois-ci être confronté à des trafiquants d'hommes dont les victimes seront des habitants de divers pays d'Afrique Noire kidnappés afin de servir dans la capitale française d'esclaves sur le marché du travail. Des dizaines d'hommes enfermés dans un cachot en attendant de travailler seize heures par jour pour un salaire dérisoire de deux-cent francs (dont la moitié ira dans la poche d'un marchand de sommeil du nom de Perreau interprété par l'acteur français Jacques Herlin). Chose très troublante, puisque nous sommes en 1973. L'un des interlocuteurs du long-métrage évoque le but de cette exploitation : faire exécuter des tâches que les européens refusent d'accomplir eux-même ! Et oui, déjà cette même rengaine de l'immigré qui encore aujourd’hui effectue des tâches très pénibles à la place de français qui ne veulent surtout pas se salir ou s'abîmer les mains ! Fidèle au personnage qu'il a toujours été jusque là, John Shaft se pose en héros vengeur, défendant l'opprimé mais dans un contexte bien différent mais aussi en ''Tombeur de ces dames''. Et c'est bien là l'un des rares intérêts du long-métrage dont chaque pièce du puzzle est, je trouve, maladroitement amenée. On a droit à quelques interventions de sexe féminin. La franchise demeurant continuellement un modèle de sexisme, l'actrice afro-américaine Vonetta McGee ne s'en sort pas trop mal tandis que la craquante yougoslave Neda Arnerić incarne très clairement le rôle d'une nymphomane dont l'existence tourne principalement autour du sexe... Alors que l'on nous promettait une plongée au cœur d'un réseau d'esclavage dans lequel John Shaft plongeait volontairement, le film ne va pas au bout de son scénario malgré quelques séquences dépaysantes et un quartier de Paris parfois visuellement proche du Harlem généralement décrit dans ce type de long-métrage. Notons la présence lors de la dernière partie du film de cet autre acteur français qu'est Jacques Marin. Acteur anglophone, on l'a vu dans de nombreux longs-métrages dans des seconds rôles et notamment dans celui, très court, de l'épicier dans Mais où est donc passée la septième compagnie ? de Robert Lamoureux en 1973. Au final, ce troisième volet vaut bien le second mais est largement inférieur au premier qui reste donc le meilleur de tous...


 

lundi 4 août 2025

Blaxploitation : Les Nouveaux Exploits de Shaft de Gordon Parks (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆




Un an après qu'il ait réussi à faire libérer la fille d'un trafiquant de drogue kidnappée par des membres de la mafia italienne, John Shaft est de retour. Les Nuits rouges de Harlem ayant permis à la Metro Goldwin Mayer de se sortir de pétrin, les producteurs décident alors de financer Les Nouveaux Exploits de Shaft à hauteur de près de deux millions de dollars. Soit environ quatre fois le budget de cinq-cent mille qui furent injectés lors du premier volet de la trilogie d'origine. Dans cette séquelle, notre héros à la coiffure afro revient plus fringuant et déterminé que jamais. Et pour cause : l'un de ses amis qui l'appelait à l'aide a été retrouvé mort dans son entreprise de pompes funèbres après qu'une bombe ait explosé. Avant de mourir, Cal Asby (Robert Kya-Hill) avait caché une importante somme d'argent à l'intérieur de l'un des cercueils d'exposition. Retenez bien cette information car elle sera vers la fin du long-métrage, sujette à une énormité ! Deux-cent cinquante mille dollars correspondant très exactement à la somme que doit justement rembourser un certain Johnny Kelly (l'acteur Wally Taylor), associé de l'entrepreneur, au mafieux Gus Mascola (Joseph Mascolo). Un malfrat italien qui dirige un réseau de drogue situé dans le Queens et qui aimerait s'emparer de celui que détient Bumpy Jonas à Harlem. Tiens, justement ! Ce dernier, qui dans le précédent volet des aventures de John Shaft avait pu compter sur le détective pour retrouver sa fille kidnappée, mais qui semble ici avoir rapidement oublié le service rendu au vu des menaces qu'il profère à son encontre. L'on retrouve dans le rôle du trafiquant afro-américain, l'acteur Moses Gunn qui, comme je l'indiquais dans le précédent article incarna notamment le boxeur Joe Kagan dans plusieurs épisodes de la série La petite maison dans la prairie. À la mise en scène, nous retrouvons à nouveau le réalisateur ET compositeur Gordon Parks qui devant le refus d'Isaac Hayes d'assurer à nouveau l'écriture de la bande originale a finalement décidé de s'en charger lui-même (le compositeur, chanteur et producteur sera tout de même crédité au générique pour avoir composé et interprété la chanson Type Thang). Dans le rôle de John Shaft nous retrouvons également l'acteur afro-américain Richard Roundtree. Toujours prompt à mettre temporairement de côté la mission qui lui a été confiée pour profiter des femmes qu'il attire comme un aimant, Shaft entreprendra de se détendre notamment entre les bras de Rita, compagne de Johnny Kelly, qu'incarne la magnifique Kathy Imrie.


Difficile de demeurer indifférent devant les charmes de cette superbe panthère dont le bout de tissu qu'elle porte sur le dos maintient à peine le secret des formes qu'elle cache en dessous. Montée de sève assurée !!! Laquelle retombe assez rapidement lorsque les deux nouveaux amants copulent tandis que Gordon Parks abuse des effets visuels afin que l'on ne pipe pas grand chose des ébats qui s'étalent devant nos yeux ! Bref, un en-cas avant que tout ne se précipite puisque après, les choses sérieuses vont débuter. Passé à tabac par des hommes de Mascola pour avoir été soupçonné de collaborer avec Bumpy Jonas, Shaft revient finalement le visage pas trop amoché. C'est qu'on n’abîme pas une belle gueule comme celle de Richard Roundtree. Alors que dans Les Nuits rouges de Harlem les autorités étaient personnifiées par la présence de l'excellent Charles Cioffi dans le rôle du lieutenant Vic Androzzi, celui-ci disparaît mystérieusement de ce second volet au ''profit'' de l'acteur Julius Harris dans celui du capitaine Bollin dont la présence demeure malheureusement parfaitement résiduelle. En comparaison du temps de présence de son homologue, le sien est réduit d'au moins soixante-quinze pourcents. De plus, on se demande encore quel peut être l'intérêt d'avoir créé un tel personnage tant son ''écriture'' paraît insignifiante. Séquelle scénaristiquement sous-vitaminée du long-métrage sorti un ans auparavant, le principal soucis que l'on rencontre avec Les Nouveaux Exploits de Shaft se situe au niveau de la caractérisation des personnages. Ceux que l'on connaissait avant on l'air de cachetonner tandis que les nouveaux ne sont pas tous d'un intérêt primordial. Joseph Mascolo tire à peu près son épingle du jeu (contrairement à son personnage qui connaîtra une fin... ''explosive'') mais on comprend surtout que le film est tout à la gloire du principal protagoniste, lequel a semble-t-il laissé derrière lui sa carrière de détective pour se transformer en queutard déterminé à venger la mort de son ami. Bref, une suite sympathique mais néanmoins inférieure à son aînée... Notons que le film se conclut sur une course-poursuite en voiture, en bateau puis à pied qui frise les vingt minutes !


dimanche 3 août 2025

Blaxploitation : Les Nuits rouges de Harlem de Gordon Parks (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec Shaft - Les Nuits rouges de Harlem de Gordon Parks l'on tient l'un des monuments de la Blaxploitation. À l'époque où sort le premier volet de la franchise Shaft, la Metro-Goldwin-Mayer connaît d'importantes difficultés financières. Le choix de produire le film de Gordon Parks est alors une aubaine puisqu'il réalisera l'un des meilleurs scores de cette année 1971. Et pour cause : alors que le genre est en plein balbutiement et en plein essor, tous les éléments sont réunis pour faire de ces Nuits rouges de Harlem l'un des futurs grands classiques de la Blaxploitation. Son héros, celui qui donne son nom au titre, détonne avec une grande partie des protagonistes qui dans cette catégorie de longs-métrages mettent en avant des actrices mais surtout des acteurs afro-américains peu en accord avec la vision que l'on peut avoir du Héros avec un grand H. Exit les proxénètes, les trafiquants de drogue ou plus simplement les criminels de droits communs. John Shaft est professionnellement loin des préoccupations qui touchent ceux qui gangrènent la ville de New York et plus précisément le quartier de Harlem. Site idéal de la plupart des films de Blaxploitation et situé au nord de l'arrondissement de Manhattan, Harlem est donc une fois encore le théâtre d'intérêts qui cette fois-ci font intervenir la mafia italienne. Shaft - Les Nuits rouges de Harlem est donc partagé entre des interprètes d'origine afro-américaine et des acteurs que l'on pourrait davantage supposer qu'ils sont issus de la communauté italo-américaine (ce qui reste bien entendu à vérifier). En ce sens, des acteurs tels que Victor Arnold ou Dominic Barto et sa légendaire cicatrice à la joue gauche personnifient à merveille les membres de cette organisation ambitieuse qui désire prendre le pouvoir sur le quartier de Harlem. Et la méthode qu'ont choisi les membres de la Mafia italienne n'est autre que de kidnapper la fille du Parrain de la drogue, Bumpy Jonas. L'une des révélations du long-métrage est la présence à l'écran de l'acteur afro-américain Moses Gunn, un très grand acteur de théâtre qui ne s'est pas contenté de jouer sur scène puisqu'on a pu le voir à plusieurs reprises sur grand écran mais aussi et surtout à la télévision dans la série culte La petite maison dans la prairie, dans le rôle de l'ancien boxeur Joe Kagan. Un personnage d'abord prévu pour n'apparaître que dans un seul épisode (Le boxeur, le dixième de la quatrième saison) avant qu'il ne devienne plus ou moins récurrent lors de certaines saisons postérieures...


Il incarne ici un criminel notoire dont on a donc enlevé la fille (l'actrice Sherri Brewer dans le rôle de Marcy Jonas) afin de le faire plier et accepter de ''remettre les clés'' de Harlem à la Mafia italienne. Notons également la présence de Christopher St. John dans le rôle de Ben Buford, chef d'un gang qui sera mis en relation avec John Shaft afin de l'aider à faire libérer la fille de Bumpy ! Notons ensuite celle de l'acteur Charles Cioffi que l'on a notamment pu voir dans des séries télévisées telles que X-Files : aux frontières du réel, Hawaï police d'État ou Kojak et au cinéma dans Lucky Luciano de Francesco Rosi dans lequel il interpréta l'authentique rôle du mafieux d'origine italo-américaine, Vito Genovese... Ici, l'acteur interprète le rôle du fort sympathique lieutenant Vic Androzzi. Mais Shaft - Les Nuits rouges de Harlem est bien évidemment et avant tout personnifié par l'acteur Richard Roundtree et sa belle gueule. Il incarne un John Shaft qui d'origine est très peu porté sur la violence et se montre même généreux avec ceux de sa communauté qui sont dans le besoin (comme le démontre le début du film lorsqu'il file un billet à un gamin de la rue transit de froid et affamé). Alors qu'il a une compagne, l'on découvre que ce séducteur (parfois involontaire) n'est pas très fidèle en amour et se montre même parfois très macho envers les femmes. Avec ce premier opus d'une franchise qui comportera tout d'abord trois volets puis deux autres réalisés longtemps après naît une légende de la Blaxploitation. Une œuvre beaucoup plus ''subtile'' que la moyenne, inspirée des ouvrages d'Ernest Tidyman, lequel collabora à l'écriture du scénario en compagnie de John D. F. Black. Le film est en outre enrobé d'une excellente partition musicale composée par J.J. Johnson mais aussi et surtout par l'immense producteur, chanteur et compositeur afro-américain Isaac Hayes... Moins violent que la moyenne mais beaucoup plus réfléchi dans sa mise en scène et son interprétation, Shaft - Les Nuits rouges de Harlem est un authentique classique de la Blaxploitation auquel Gordon Parks offrira une première suite dès l'année suivante sous le titre Les Nouveaux Exploits de Shaft (Shaft's Big Score!)...

 

jeudi 31 juillet 2025

Prosper de Yohann Gloaguen (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

J'ai récemment affirmé que ma petite série d'articles consacrés à la Blaxploitation allait arriver à son terme mais ayant très récemment mis la main sur le premier Black Caesar ainsi que les trois volets originaux de la franchise Shaft, j'ai le regret de vous dire que vous allez continuer à en bouffer ! J'ai pourtant décidé de faire une petite pause en visionnant une comédie dont je n'attends absolument rien. Juste histoire de me détendre et de pondre, je l'espère, un article au mieux désopilant et au pire, tout sauf inspiré ! Pas de bol, j'ai choisi de regarder Prosper du réalisateur français Yohann Gloaguen. Un inconnu qui réalise ici son premier long-métrage après une série de courts et qui, (mal)heureux hasard, met en scène une majorité d'acteurs blacks ! Bon, en même temps, très chers ''culs blancs'', je vous ai habitué ces derniers temps à vivre des expériences qui sortent peut-être de votre zone de confort. Ici, pas de communautarisme cinéphilique ! Si vous voyez encore d'un mauvais œil la famille de sénégalais qui s'est installée près de chez vous il y a quelques semaines, je pourrais vous recommander une cure de Blaxploiation afin d'apaiser la fièvre ''xénophobique'' qui s'est emparée de vous. Mais à voir les héros qui s'y meuvent, entre proxénètes, trafiquants de drogue ou flics corrompus, pas sûr qu'une dose de ce genre cinématographique soit vraiment conseillée ! Alors, pourquoi ne pas se payer une bonne grosse tranche de rire devant une comédie française principalement incarnée par des femmes et des hommes de ''couleur'' (je mets le mot entre des parenthèse car j'ai dans mon entourage un pote sénégalais qui déteste qu'on dise de lui qu'il est noir!) ? En 1982, Zabou (pas encore Breitman) voyait des nains partout. En 2025, c'est au tour des spectateurs de voir l'acteur Jean-Pascal Zadi partout. Rien qu'en 2024, le bonhomme est apparu dans cinq longs-métrages et une série. Cette année, on a déjà pu voir sa tronche de caricature dans quatre films tandis que deux autres s'apprêtent à débarquer !


C'est donc ça la French Blaxploitation ? Reprenant certains des codes visibles dans la plupart des films du genre majoritairement produits dans les années soixante-dix outre-atlantique, il n'est plus question ici de mettre en scène des acteurs d'origine afro-américaine mais afro-européenne. Et pourquoi pas, afro-française ! Des interprètes qui rapidement et fièrement, clament leurs origines africaines. L'espace dévolu à l'homme blanc étant ici réduit à sa plus simple expression, il devient donc inévitable de nier le lien qui unit Prosper aux films de Blaxploitation nés sur le territoire américain. Dès l'affiche, curieux mélange entre la posture des protagonistes qui s'étalaient il y a cinquante ans sur les devantures des cinémas et ce style visuel particulièrement redondant qui font se ressembler toutes celles des comédies actuelles (poses des acteurs sur fond unis, chauds ou froids), il semble que Yohann Gloaguen se pose en héritier d'un courant très spécifique dont on pouvait cependant parfois découvrir une certaines résurgence au niveau mondial (Joe Bullet du réalisateur sud-africain Louis de Witt). Rendant ainsi hommage au genre et notamment à travers la Société des ambianceurs et des personnes élégantes plus connue sous l'acronyme SAPE. Un style vestimentaire qui remonte à la fin du dix-neuvième siècle lorsque les esclaves congolais décidèrent par contestation de s'habiller comme les colons qui les exploitaient. Il y a bien des manières d'envisager cette curieuse ''mode'' consistant à porter des vêtements pétant de couleurs, bariolés, de plus ou moins bon goût et dont les plus remarquables détenteurs de la Blaxploitation étaient souvent des proxénètes ou des dealers de drogue (tandis que l'homme blanc portait généralement des costumes-cravate). Plus qu'une œuvre purement axée sur l'humour, Prosper est un mélange entre comédie, thriller et fantastique.


Jean-Pascal Zadi incarne Prosper Koffi, chauffeur UBER qui un jour prend à bord de son véhicule Joachim Kassongo, dit le King (l'acteur Makita Samba). Le roi de la sape, propriétaire d'un bar-restaurant, compagnon d'Anissa (Cindy Bruna) et meilleur ami d'Alpha (Mamadou Minté). Mais un soir, alors qu'il quitte sa boîte, il est épinglé par un homme qu'il vient d'humilier devant ses clients. Se dirigeant vers le véhicule de Prosper, deux coups de feu retentissent et le King tombe raide mort sur le siège arrière. Apeuré, Prosper roule sur quelques kilomètres avant de se débarrasser du corps sans avoir omis de le délester d'une enveloppe remplie de billets et de sa paire de bottes en croco ! Rien que de très commun jusque là, me direz-vous. À la seule différence que les chaussures de la victime en question ont le pouvoir de transférer l'âme du défunt à la place de l'esprit de celui qui les porte ! Sur cette idée on ne peut plus originale, Prosper navigue sur un ton humoristique tandis que le réalisateur et ses interprètes tentent une approche beaucoup moins joviale lorsqu'il s'agit de confronter Prosper aux anciens amis du King ! En dehors de quelques sympathiques séquences, le film souffre d'une écriture sans inspiration. Le rire a du mal à surgir tandis que le suspens est désamorcé par la seule présence de Jean-Pascal Zadi qui avec son improbable dentition ne peut que faire sourire. Autre problème : le jeu d'acteurs. Qu'il s'agisse de l'acteur vedette ou de toutes celles et ceux qui l'accompagnent dans cette aventure, leur interprétation est souvent poussive. Que de blancs entre chaque phrase, entre chaque échange et même parfois à l'intérieur des phrases elles-mêmes. Pourquoi se donner la peine de rejouer une scène ? Le spectateur lambda n'y verra de toute manière que du feu. Jean-Pascal Zadi a beau avoir un certain capital sympathie, mon dieu ce que son jeu d'acteur peut être mou ! Après, on a vu pire. Autant dans la comédie française que dans les vieux films de Blaxploitation. Prosper,méritait-il cependant que l'on se déplace en salle au moment de sa sortie ? Non, certainement pas. Maintenant, si vraiment vous avez envie de découvrir cette pâle imitation d'un genre authentiquement culte provenant des années soixante-dix aux États-Unis, vous pouvez toujours louer le film sur l'une des nombreuses plateformes qui le proposent à la location...

 

mercredi 30 juillet 2025

Blaxploitation : Hell up in Harlem de Larry Cohen (1973) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En l'espace d'une année seulement, le réalisateur Larry Cohen aura mis en boite les deux volets de la franchise Black Caesar. Le premier, Black Caesar, le parrain de Harlem, laissait pour mort le personnage principal incarné par l'une des plus grandes stars de la Blaxploitation, Fred Williamson. Trahi par sa petite amie et chanteuse Helen (Gloria Hendry), Tommy Gibbs réapparaît donc dans cette suite directe, reprenant ainsi le dernier acte du précédent long-métrage. Blessé par balle, Tommy fait appel à son père qui vient lui porter secours en compagnie de plusieurs hommes. Transporté à l'hôpital, le père et le fils se réconcilient et Tommy propose à son paternel de partager le pouvoir. Mais pour celui que l'on nomme le ''Black Caesar'', le plus important est d'obtenir vengeance. En effet, Helen a remis aux autorités corrompus un petit carnet que Tommy était parvenu à dérober. Lequel prouve que la police et certains magistrats sont compromis dans des affaires de drogue et de racket. Hell Up in Harlem remet en scène plusieurs personnages et donc plusieurs interprètes du premier volet. Fred Williamson, bien entendu, ainsi que Gloria Hendry, qui incarne la compagne du héros, D'Urville Martin qui interprète le rôle du révérend Rufus et bien sûr, Julius Harris qui quant à lui joue celui de Tommy Giggs Senior ! Parmi les nouveaux personnages l'on découvre deux spécimens d'antagonistes parmi les plus mémorables du courant Blaxploitation. D'un côté, l'acteur afro-américain Tony King se fond dans la peau du bras droit de Tommy, un homme bien moins fidèle qu'il n'en a l'air puisque celui-ci joue un double jeu. Collaborant avec le procureur DiAngelo, véritable crapule immorale interprétée par l'acteur Gerald Gordon, son personnage de Zach va scrupuleusement et méthodiquement faire le vide autour de Tommy. Hell Up in Harlem se divise en plusieurs parties distinctes. Après que l'ancien membre de la Mafia new-yorkaise à la tête d'un syndicat du crime ait été laissé pour mort, la vengeance a sonné. Ses hommes et lui vont nettoyer la ville de sa police corrompue mais laissera étonnamment la vie sauve à DiAngelo.


Quelle grossière erreur ! Car après que Tommy et le procureur aient apparemment trouvé un terrain d'entente, ce dernier va faire appel à Zach afin de se venger de l'humiliation dont il a été l'objet. Tout comme d'autres cinéastes avant ou après lui (William Wyler, Russ Meyer, John Guillermin, Richard Fleischer, Jack Arnold ou encore Greydon Clark), Larry Cohen s'est intéressé au genre Blaxploitation avant de devenir le réalisateur de quelques mythiques bandes horrifiques (la franchise It's Alive ou bien Épouvante sur New-York), il a donc lui aussi mis en scène ces deux longs-métrages principalement incarnés par des acteurs d'origine afro-américaine. Et comme cela était généralement le cas, l'homme blanc est à nouveau décrit comme l'antagoniste du récit. Le quartier de Harlem étant alors gangrené par la drogue sur laquelle DiAngelo et ses collaborateurs ont la main mise. En résulte une œuvre plutôt ordinaire mais dotée néanmoins de suffisamment de séquences d'action pour que l'on ne s'ennuie jamais vraiment. En dehors d'un passage lors duquel Tommy fait l'amour avec sa nouvelle petite amie (Margaret Avery dans le rôle de sœur Jennifer) et de quelques plans de poitrines visibles lors d'un assaut perpétré par le héros et sa bande dans un repaire de malfrats, le sexe est remisé au second plan. Les morts, elles, sont par contre très nombreuses. Quelques bagarres relativement anodines puisque mal chorégraphiées (dont une échauffourée plutôt incongrue perpétrée entre le gang de Tommy et des japonais) mais donc, surtout des fusillades dont se dépatouille en général notre héros quitte à ce que cela s'avère invraisemblable. Les amateurs de Blaxploitation seront comme d'habitude aux anges de retrouver l'ambiance si particulière de ce genre de longs-métrages situé dans une ville de New-York bariolée, vivante mais engorgée par la violence. Notons que le film est ''sublimé'' par l'excellente partition msicale composée par Fonze Mizell et Freddie Perren qui remplacent ici au pied levé l'une des grandes figures de la musique noire américaine qui s'était chargée de la bande son de Black Caesar, le parrain de Harlem, James Brown...

 

mardi 29 juillet 2025

Blaxploitation : Bucktown d'Arthur Marks (1975) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

En 1973 sortait sur les écrans de cinéma l'un des grands chefs-d’œuvre du western inspiré par la vague dite ''spaghetti'' réalisé et interprété par l'immense Clint Eastwood, L'Homme des hautes plaines (High Plains Drifter). Incarnant un individu sans nom qui dans la version originale était l'incarnation d'un homme qui avait été lynché par trois autres et qui dans la version française devenait le frère de celui-ci. Si j'évoque ici cet incroyable long-métrage, c'est parce qu'il partage avec Bucktown d'Arthur Marks d'étonnantes similitudes. En effet, en 1973, le scénario d'Ernest Tidyman évoquait l'arrivée d'un inconnu dans une petite ville de l'Ouest américain venu se venger de la mort de son frère, fouetté à mort par trois hommes de loi enfermés par la suite en prison et remplacés depuis par des individus aussi mauvais qu'eux ! Bien que le scénario de Bucktown écrit par Bob Ellison ne fasse pas mention d'une quelconque source d'inspiration liée au film de Clint Eastwood, le rapport entre le personnage que l'acteur et réalisateur interpréta deux ans auparavant et celui qu'incarne ici l'acteur afro-américain et véritable star de la Blaxploitation Fred Williamson est plus qu'évident. Tout comme le personnage de Harley semble lui être directement inspiré de l'adjoint du shérif alcoolique Dude de Rio Bravo quant à lui réalisé par Howard Hawks en 1959... Bucktown peut donc être envisagé comme un western urbain, confrontant un homme venu assister à l'enterrement de son frère Ben récemment décédé dans de troubles circonstances à une autorité corrompue. Troubles ? Pas vraiment. Ou du moins le mystère qui se cache derrière sa mort restera-t-il de courte durée puisque Duke Johnson apprend que son frère a été abattu par les hommes du shérif Patterson interprété par l'acteur Art Lund. Propriétaire d'un bar dont Duke hérite, Ben avait toujours refusé d'être racketté et pour cela, il est mort. Qu'il s'agisse du shérif ou des quatre hommes qui constituent sa petite équipe de représentants de la loi, tous sont corrompus jusqu'à la moelle. Tels des maquereaux, ses adjoints ''relèvent les compteurs'' auprès des habitants qui tous acceptent malgré eux de verser chaque semaine une importante somme d'argent...


Lorsque Duke rouvre les portes du bar que possédait son frère (après avoir tout de même versé la somme de quatre-cent cinquante dollars au shérif), deux adjoints débarquent afin de le faire payer comme tout les commerçants de Bucktown. Mais face au refus du nouveau propriétaire, les deux hommes deviennent agressifs et s'en prennent notamment à Aretha, l'amie de Ben. Duke prend alors la décision de faire appel à son vieil ami Roy (l'acteur Thalmus Rasulala) afin de l'aider à débarrasser la ville du shérif et de ses adjoints. C'est ainsi que Roy débarque accompagné de quatre hommes... Et c'est là que s'inscrit le rapport entre le film d'Arthur Marks et celui de Clint Eastwood. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, tout sera réglé en aussi peu de temps qu'il faut pour le dire alors que le film n'aura même pas encore déroulé la moitié de son intrigue ! Et pour cause : après que les mâles blancs aient été décrits comme de la vermine par le réalisateur et son scénariste, voilà que débarquent un groupe d'afro-américains qui surenchériront dans les domaines du racket, de la corruption et de la violence. Arthur Marks traite ainsi à part égale l'homme blanc et l'homme noir dans ce qui s'avère être un excellent film de Blaxploitation dont on retrouve certains codes. Comme cette bande musicale funky que l'on doit à Johnny Pate. Outre Fred Williamson l'on retrouve une autre grande star de la Blaxploitation en la personne de Pam Grier. Découverte par Russ Meyer et employée par Roger Corman, l'actrice devient l'égérie féminine de ce courant et apparaît ici dans le rôle de la séduisante Aretha ! Quant au personnage de Harley, les téléphages reconnaîtront l'acteur Bernie Hamilton dont il s'agira de la toute dernière apparition sur grand écran avant que l'acteur ne se tourne définitivement vers le petit écran. Surtout connu pour son rôle du Capitaine Harold Dobey dans la série policière culte Starsky et Hutch aux côtés de Paul-Michael Glaser et David Soul, il incarne dans Bucktown le rôle d'un beau parleur alcoolique relativement touchant. Ajoutons enfin la présence de l'acteur Carl Weathers dans le rôle de Hambone, l'un des complices de Roy. Plus connu pour ses rôles d'Apollo Creed dans la série de films Rocky et du colonel Al Dillon dans Predator, il interprète ici l'une des pourritures qui orbitent autour de Roy. Le long-métrage d'Arthur Marks multiplie les bagarres et les fusillades et demeure l'un des meilleurs films de sa catégorie...

 

dimanche 27 juillet 2025

Blaxploitation : Mean Mother d'Al Adamson et León Klimovsky (1972) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Après deux ''divertissements'' basés l'un sur une parodie de Slasher et l'autre sur le thème du confinement, retour à la Blaxploitation avec l'un des exemples les plus inattendus puisque Mean Mother d'Al Adamson repose tout d'abord sur l’œuvre du réalisateur, scénariste, producteur et acteur argentin León Klimovsky qui en 1971 signa El Hombre que vino del Odio, thriller dans lequel un soldat américain de la Guerre du Viêt Nam (l'acteur (Dennis Safre dans le rôle de Joe) déserta pour se rendre à Rome, en Italie, pour y kidnapper une danseuse albanaise. De ce produit brut dont Al Adamson et son partenaire Sam Sherman de la société Independent-International ont alors l'intention de reprendre le concept, le second doute du succès que pourrait rencontrer leur version dans les drive-in américains. Sam Sherman demande alors à son ami et collaborateur de couper une quarantaine de minutes et d'injecter à leur propre vision de l’œuvre de l'argentin, de nouvelles séquences et ainsi transformer le long-métrage en film de Blaxploitation. En résulte sur les écrans de cinéma en 1972, une oeuvre assez particulière découpée en intrigues distinctes interprétées par deux personnages qui se connaissent depuis la Guerre du Viêt Nam où l'un comme l'autre, chacun a choisi de déserter. Le premier s'échappant vers l'Espagne tandis que le second se réfugiera en Italie. Bien avant que les deux hommes incarnés par Dennis Safren (qui reprend donc le rôle de Joe qu'il tint dans El Hombre que vino del Odio) et Dobie Gray (lequel incarne Beauregard Jones sous le pseudonyme de Clifton Brown) prennent la décision de prendre la fuite vers le Canada après avoir réuni chacun de leur côté suffisamment d'argent, Mean Mother décrit les turpitudes de l'un et de l'autre en Europe. Joe va effectivement être employé par des malfrats pour un transport de pièces de collection. Payé à hauteur des risques qu'il a pris, l'homme prend goût à l'argent ''facile'' jusqu'à cet instant précis de sa rencontre avec la russe Nadia (interprété par l'actrice italienne Bedy Moratti) qui lors d'une extraction porte au doigt une bague dont la valeur sera évaluée à cinquante-mille dollars...


Quant à Beauregard Jones, après avoir aidé une jeune femme à se sortir des griffes de bandits lui réclamant des plaques de grande valeur qu'elle a volées à leurs boss, notre héros sera trahi par la jeune femme tout en étant soupçonné d'avoir gardé pour lui les objets du litige en question. Mean Mother est donc un curieux film lors duquel les différentes rencontres entre les deux interprètes principaux ne s'effectueront qu'au début et vers la fin du récit. Et pour cause. Alors qu'Al Adamson fut responsables des nouvelles séquences tournées pour cette nouvelle version destinée au marché américain, León Klimovsky est crédité comme second réalisateur du film, alors chargé d'implémenter aux nouvelles images, un certain nombres de scènes tournées un an auparavant au profit de son El Hombre que vino del Odio. Mean Mother prend alors des allures de long-métrage splité, passant d'un récit à un autre jusqu'à ce que les deux anciens déserteurs se retrouvent à nouveau. Le résultat est on en peut plus curieux et il va parfois falloir au spectateur se donner à l'exercice de la patience pour remettre dans l'ordre cette histoire qui mêle deux scripts à la fois. Pas vraiment déplaisant à regarder, le long-métrage d'Al Adamson souffre malgré tout d'un budget apparemment étriqué. Les scènes de bagarres étant visiblement toutes effectuées par les acteurs eux-mêmes, pour qu'aucun blessure en vienne entacher la réalisation du long-métrage, le personnage incarné par Dobie Gray et ceux interprétés par ses partenaires dans les rôles des criminels souffrent de n'être jamais capables de simuler les coups portés les uns aux autres. En résulte des combats (z)édifiants, réalisés au ralenti, pour un résultat proche du cinéma z que du véritable cinéma d'action. De surcroît, le film, qui se veut être un long-métrage de Blaxploitation ne l'est que partiellement puisque les séquences empruntées à El Hombre que vino del Odio n'étaient à l'époque du tournage du long-métrage de León Klimovsky, pas prévues comme telles...

 

jeudi 24 juillet 2025

Blaxploitation : Point Noir (Uptight) de Jules Dassin (1968) - ★★★★★★★☆☆☆

 

 
 

Alors que mon cycle consacré à la Blaxploitation s'achève bientôt, évoquons une œuvre méconnue signée d'un artiste plutôt célèbre puisque son auteur n'est rien moins que Jules Dassin, réalisateur, scénariste, producteur et acteur d'origine américaine et surtout, pour les amateurs de variété, père de Joe Dassin. Oui, l'interprète de L'été indien, Les Champs-Élysées ou encore Le petit pain au chocolat ! Le papa n'ayant pas précédé le fiston dans une carrière de chanteur, il réalisa entre 1942 et 1980, environ vingt-cinq longs-métrages dont cet étonnant Point noir (Uptight) datant de 1968. Alors que le mythique mais néanmoins très spécial Sweet Sweetback's Baadasssss Song de Melvin Van Peebles sorti trois ans plus tard est souvent considéré comme le premier film du genre, Point noir entre malgré tout dans cette catégorie favorisant majoritairement des interprètes de sexe masculins et féminins d'origine afro-américaine. Aux États-Unis, territoire d'origine de l’œuvre, Point noir sort le 28 décembre 1968. Soit environ sept mois après le tragique décès du pasteur et élément fondamental du Mouvement américains pour les droits civiques, Martin Luther King. L'on comprend alors assez rapidement que la traduction du titre chez nous ne doit rien à l'évocation de Comédons et autres crises sévères d'Acné présentés sous le prisme du documentaire. Ici, le sérieux est de rigueur comme l'exige tout d’abord la retransmission des obsèques de Martin Luther King. Des images d'archives qui montrent l'engouement de la communauté afro-américaine qui ce jour-là se massa en nombre pour honorer l'homme et sa vision idyllique de l'Amérique ! Bien que le long-métrage de Jules Dassin n'ait vu le jour sur grand écran que bien plus tard dans l'année, le script du cinéaste, de Ruby Dee et de Julian Mayfield inspiré du roman de l'écrivain irlandais Liam O'Flaherty repose sur un récit se déroulant à seulement quatre jours d'intervalle avec l'enterrement du célèbre pasteur afro-américain. Le film s'intéresse tout d'abord au personnage de Johnny Wells qu'incarne l'acteur Max Julien. Personnalité plus ou moins influente d'un comité constitué de membres de la communauté afro-américaine, l'homme organise en compagnie de plusieurs hommes, le braquage d'un entrepôt d'armes à feu dont ils vont prélever plusieurs caisses avant que ne soit abattu le gardien des lieux...


En fuite, Johnny est désormais la cible de la police qui le recherche en ville avant de le retrouver et de lui tirer dessus. Victime de délation, Johnny meurt de ses blessures. Point noir change alors de point de vue et s'intéresse désormais au personnage de Tank. Alcoolique notoire et ancien membre du comité rejeté par ses semblables, l'homme est interprété par l'acteur Julian Mayfield. Une incarnation réellement convaincante. Voix tremblante, front perpétuellement en sueur, visage hagard, Tank a beau affirmer qu'il a cessé de boire mais tout le monde autour de lui sait qu'il ment. Sans un sou, les poches aussi vides que la tête de beaucoup d'influenceurs TikTok (paf ! Dans leur gueule !) alors que le comité ''pleure'' la mort de Johnny Wells, il est temps désormais de retrouver et de juger celui qui l'a vendu ! Dans une ville de Cleveland (située dans l'Ohio) sombre, enfumée et humide, la traque du Judas a commencé. Pourtant, ici, rien à voir notamment avec le formidable Furie du cinéaste allemand Fritz Lang. Point de frénésie ou de curée mais bien l'étude du comportement de son héros lorsque ''l'enquête'' de ses anciens camarades les poussent à se demander comment il a pu en un très court moment, réunir assez d'argent pour offrir des tournées ou des pourboires dans divers bars de la ville. Plus que le récit, et ce même si la dernière partie est nettement plus favorable à l'appréciation du long-métrage, ce sont bien les incroyables décors d'Alexandre Trauner, la photographie de Boris Kaufman ou certains cadrages qui retranscrivent l'un et l'autre la vision crépusculaire d'une ville de Cleveland sous tension après le décès de Martin Luther King. Des séquences parfois proches du noir et blanc, un tribunal et un procès qui confinent à la fin d'un monde, d'une utopie qui à la suite du décès du pasteur est désavouée par une grande majorité des représentants du comité. C'est bien surtout en cela que Point noir vaut le détour. Une œuvre, je le répète, méconnue, mais qui par ses qualités artistiques et sa thématique qui s'éloigne drastiquement des habituels récits tournant autour du proxénétisme, de la drogue ou de la corruption policière, mérite amplement que l'on s'y intéresse...
 

mercredi 23 juillet 2025

Blaxploitation : Welcome Home Brother Charles de Jamaa Fanaka (1975) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Tout comme dans n'importe quel genre cinématographique, qu'il s'agisse d'action, de fantastique,de science-fiction, d'horreur ou encore d'aventure ou de policier, il y a à boire et à manger... et même parfois à régurgiter par des voies qui n'ont rien de réellement naturelles. Film de Blaxploitation sorti en 1975, Welcome Home Brother Charles du réalisateur afro-américain Jamaa Fanaka entre dans la catégorie des tentatives ratées. Ce qui n'a pas empêché le bonhomme qui tournait là son tout premier long-métrage d'avoir persévéré durant une période s'étalant sur une quinzaine d'années et à travers une toute petite série de longs-métrages qu'il réalisa, scénarisa et produisit lui-même ! Bref, la manière théoriquement idéale de mettre en pratique le mouvement Do it yourself selon lequel il s'agit de tout faire par soit-même. Après avoir réalisé le court-métrage de vingt minutes A Day in the Life of Willie Faust, or Death on the Installment Plan en 1972 et alors qu'il étudiait encore à L'Université de Californie à Los Angeles, Jamaa Fanaka choisit d'exploiter le filon de la Blaxploitation avec ses propres moyens. Et donc, à travers un budget sans doute dérisoire d'après le résultat à l'écran. Si certains des acteurs continueront leur carrière cinématographique, d'autres n'iront pas plus loin que cette seule tentative de dramatisation parfois ésotérico-fantastico-absurde de ce cinéma propre à la culture et à la revalorisation de la communauté afro-américaine. Parmi ces derniers, Marlo Monte, Ben Bigelow et Jake Carter. Le troisième n'ayant que peu d'intérêt puisque son interprétation d'un proxénète n'ira pas au delà d'une petite poignée de minutes, les deux autres sont déjà nettement plus intéressants. Commençons donc par Ben Bigelow. Incarnant l'officier Harry Freeman, l'acteur est littéralement surexcité, caricatural et donc parfaitement grotesque dans le rôle du flic BLANC raciste, machiste et dont la femme préfère retrouver les bras d'amants de passage devant l'inaptitude de son mari à lui donner du plaisir. Et celle-ci, incarnée par Tiffany Peters, choisissant parmi ses conquêtes d'un jour de beaux étalons noirs, son mari semble avoir logiquement développé une haine viscérale vis à vis de la communauté afro-américaine. Et Marlo Monte incarne justement l'un de ses représentants en incarnant le rôle de Charles Murray. Un black pas tout ''blanc'' puisqu'il exerce le ''métier'' de dealer de dope !


Lors de son arrestation, l'officier Harry Freeman se montre particulièrement agressif et tente de l’émasculer tandis que son collègue Jim Cunningham (interprété par Stan Kamber, une sorte d'Oliver Reed version Temu) détourne de regard. Accusé de violence sur ''dépositaire de l'autorité publique'' comme l'on a désormais l'habitude de décrire nos forces de l'ordre, Charles prend cher puisque le juge, lors de son procès, le condamne à trois ans ferme ! Notons que ces trois années seront réduites à l'image, à trois minutes montre chrono. Obsédé par l'agression dont il fut victime, Charles fait le même cauchemar (dont la description ne nous sera révélée que bien plus tard). S'agissant de son passage en prison, Jamaa Fanaka ne s'embarrasse pas de décrire le milieu carcéral au beau milieu d'une foule de criminels plus endurcis les uns que les autres mais filme la séquence en noir et blanc et à travers des photogrammes sans intérêts se fixant en gros plan sur le seul visage du protagoniste ! Sorti de taule, Charles cherche à revoir sa compagne Twyla (l'actrice Jackie Ziegler) qui depuis est maquée avec N.D, un ancien ami du héros. Là encore, le réalisateur et scénariste ne se prend pas la tête et stoppe net une sous-intrigue qui aurait pu être passionnante s'agissant de l'affrontement entre deux hommes dans la quête pour l'un, de la réappropriation de son ex. (Dé)monté à la truelle par un monteur dont l'incompétence est si remarquable qu'elle en devient saisissante, Welcome Home Brother Charles est en outre doté de séquences foireuses et inutiles. Celle mettant notamment en scène l'officier Harry Freeman lors du déminage d'une valise étant parfaitement emblématique de l'absence de maîtrise du réalisateur vis à vis de son script et de sa mise en scène. Plus tard, le long-métrage bifurque du côté du ''fantastique''. En effet, doté d'un appendice démesuré, Charles tue Freeman et l'un des intervenants lors de son procès en agitant devant eux un braquemart monstrueux avec lequel il va les étrangler !!! En outre, cette victime de l'injustice et de la corruption policière qui le condamnèrent à trois ans de prison va littéralement envoûter les épouses des deux hommes en question. Reste cependant à savoir si Charles a ensorcelé l'une et l'autre à l'aide de son regard ou de sa queue ! Bref, Welcome Home Brother Charles est une belle merde dont nous ne retiendrons que cette hallucinante séquence du pénis/serpent, totalement inattendue et point d'orgue d'un film de Blaxploitation parmi les plus décevants...

 

mardi 22 juillet 2025

Blaxploitation : Black Shampoo de Greydon Clark (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Il est amusant de constater combien l'on peut avoir parfois de choses à dire au sujet d'une œuvre qui n'a en réalité que très peu d'intérêt. Et c'est bien le cas au sujet de Black Shampoo de Greydon Clark ! Un film de Blaxploitation, encore un, et dont le titre, emprunt d'une propension à définir certains de ses contours, n'a d’équivoque que la mystérieuse légende dont il me semblait qu'il était auréolé. À le voir écrit partout où mes yeux se posèrent, au beau milieu de n'importe quel post dressant la liste des films entrant dans cette catégorie à découvrir avant de mourir, Black Shampoo est une authentique douche froide. Mais, alors qu'en ces temps de rude chaleur, rien ne paraît être plus compatible que l'idée d'en prendre une lors des plus insoutenables hausses de températures, le film nous fige. Dans l'attente d'y voir tout d'abord durant les quarante premières minutes, autre chose que les ébats répétés de notre héros incarné par John Daniels, lequel transforme l'arrière salle de son salon de coiffure en lupanar ! Ancêtre des salons de massage où contre quelques billets de plus de jolies jeunes femmes vous procurent un surcroît de plaisir, l'enseigne de Jonathan est tenue par deux folles dont la première est peroxydée et la seconde vêtue d'un costume rose bonbon ! Deux caricatures gay qui auraient de nos jours fait monter sur leurs grands chevaux des vagues de LGBT gauchisés si seulement le long-métrage n'entrait pas dans la catégorie des films de Blaxploitation (entre communautés dites ''minoritaires'', il faut effectivement savoir se serrer les coudes). En dehors de ressembler à un Lou Ferigno (la série L'incroyable Hulk) ni blanc, ni vert mais ''black'', John Daniels est surtout considéré ici comme un étalon noir. Ses clientes frétillant de la moule comme de jeunes adolescentes agitées par leurs premiers émois sexuels, celles-ci débarquent au salon le cheveu en bataille, non pas pour se refaire le brushing ni même se faire shampouiner mais bien pour retrouver ce beau mâle qui dépasse allégrement d'une tête tous ses amis et opposants pour trouver entre ses bras la volupté que leur conjoint semble leur refuser. Un an après avoir incarné le Baron Noir dans The Candy Tangerine Man de Matt Cimber, l'acteur troque son costume de proxénète pour celui de ''garçon-coiffeur'' testostéroné capable de calmer sa furie en allant frapper à la porte d'une cliente et ainsi la culbuter devant la façade de sa propriété...


Sacré polisson que ce Mr. Jonathan qui entre quelques massages dont il est le seul à avoir le secret cherche à délivrer la jolie Brenda St. John, jeune panthère noire dont il est tombé sous le charme, incarnée par la longiligne Tanya Boyd qui la même année sera à l'affiche d'Ilsa, gardienne du harem de Don Edmonds avant d'interpréter le rôle de Genelva dans la série Racines de Marvin J. Chomy, John Erman, David Greene et Glibert Moses l'année suivante. Comme bon nombre des figurantes, la jeune femme se fout à poil en toutes occasions, permettant ainsi au spectateur de se rincer l’œil à diverses reprises. Même lorsque cela ne tient pas exclusivement aux séquences lors desquelles Brenda et Jonathan éprouvent le besoin de se blottir dans les bras l'un de l'autre. L'antagoniste du récit est une fois encore l'homme blanc et se rapproche du rôle que tenait quatre ans auparavant l'acteur Paul Stevens. Sauf que le gangster n'a ici pas la même saveur, le même charisme, la même propension à figurer le Mal dans toute sa puissance et sa domination. De facture relativement classique, le scénario de Greydon Clark et Alvin L. Fast est si faible que durant une bonne moitié du récit, on passe davantage de temps à dénicher ce qui, dans la bande originale de Gerald Lee, pourrait nous faire regretter de ne pas l'avoir chez nous sur support vinyl ! Entre soul, funk et jazz, l'on a droit à quelques instrumentaux typiques de la Blaxploitation ainsi que deux ou trois chansons interprétées par des voix féminines. Concernant le réalisateur, après avoir signé cette bande proprement crapuleuse dévouée à la communauté afro-américaine et se terminant dans un bain de sang nettement plus graphique que le final de Massacre à la tronçonneuse que réalisa Tobe Hooper deux ans plus tôt, il faut savoir que Greydon Clark n'est pas un inconnu pour les amateurs de films d'horreur puisque quatre ans plus tard, il sera l'auteur du très sympathique Terreur Extraterrestre à l'origine duquel, à n'en point douter, s'inscrivit le scénario d'un certain Predator signé de John McTiernan. Réalisant ensuite une fausse suite à son film d'horreur et de science-fiction avec The Return, les amateurs de nanars connaissent bien le bonhomme puisqu'en 1988, celui-ci signa l'improbable nanar Uninvited, connu chez nous sous le titre le clandestin...

 

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