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samedi 31 octobre 2026

The Psychopath de Freddie Francis (1965) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Derrière The Psychopath se cache le réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Freddie Francis. En France le film sortira sous l'appellation Les Poupées de Cendre. A ne pas confondre avec l'ouvrage écrit en 1979 par la résistante et femme de lettres franco-américaine Tereska Torrès, Les Poupées de Cendre se base en fait sur le scénario de l'auteur de romans policiers Robert Bloch dont l'un des plus grands faits d'arme fut la publication de son roman Psycho en 1959 que le célèbre cinéaste britannique Alfred Hitchcock transposa à l'écran l'année suivante.
On ne pouvait donc espérer qu'une œuvre grandiose de la part du cinéaste ayant commis auparavant des œuvres telles que Meurtre par Procuration ou Le Train de l’Épouvante. C'est pourtant avec un immense regret qu'il me faut avouer que cet ersatz de giallo provenant directement d'Angleterre est loin d'atteindre les objectifs qu'il semblait s'être fixé. Le scénario promettait pourtant de passer un peu moins de quatre-vingt minutes d'intenses émotions auprès d'artistes mélomanes tombant les uns derrière les autres, victimes d'une 'malédiction' les condamnant à mourir, certes, de manière originale. Le premier écrasé à de multiples reprises sous les roues d'une voiture rouge, le second empoisonné, puis un autre étranglé et pendu, le suivant brûlé au chalumeau... bref, des manières de passer de vie à trépas qui diffèrent des habituels meurtres perpétrés au couteau auxquels l'on avait l'habitude d'assister dans les gialli made in Italie.

En transposant le sujet en Angleterre, Freddie Francis ôte à son œuvre tout le charme de ces bandes vénéneuses italiennes qui pullulèrent dans les années 70-80 et tente d'y inclure le caractère particulier des demeures victoriennes britanniques. Le cinéaste ainsi que le scénariste plongent (ou tentent de plonger) leurs personnages dans un climat fantastique parfois soutenu par une partition musicale très onirique et des décors souvent étouffants. Alors même que dans la plupart des gialli le mystère entourant l'identité du tueur est cultivé jusqu'au final, The Psychopath ne conserve qu'une infime part d’ambiguïté chez ses personnages. L'identité de l'assassin nous paraît tellement évidente que tout nous pousse à croire que, non, ça ne peut être lui. Et pourtant...

Outre l'originalité dans la mise en œuvre des assassinats, leur auteur dépose auprès des cadavres une poupée à leur effigie. De quoi alimenter le rapport entre The Psychopath et les gialli dont il s'inspire. Tout comme le port de gants noirs dont s'affuble le meurtrier. La majeur partie du casting est constituée d'acteurs et d'actrices assurant une interprétation de manière tout juste acceptable. Il n'y a guère que Patrick Wymark dans le rôle de l'inspecteur Holloway pour nous rappeler les grandes heures du flegmatique Sherlock Holmes ou la nonchalance et la bonhomie du célèbre lieutenant détective Columbo et dont Holloway reprend ici l'imperméable.
On a parfois davantage l'impression d'assister à mauvais épisode de Derrick ou à l'un de ces vieux et interminables soap-opera. Au final, The Psychopath est une grosse déception, à la mesure de nos attentes. On est loin, très loin même du Psychose d'Alfred Hitchcock que les producteurs tentèrent d'assimiler au film de Freddie Francis en lui donnant un titre proche de celui du chez-d'oeuvre de l'auteur de La Corde et des Oiseaux, Schizo...

mercredi 26 août 2026

L'iguane à la langue de feu de Riccardo Freda (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Alors que précédemment je m'infligeais L'étrange couleur des larmes de ton corps de Hélène Cattet et Bruno Forzani dont je n'ai longtemps pas osé mettre en ligne l'article que je lui ai consacré de peur de me prendre la foudre de la part des fans du duo, il fallait bien un petit retour en arrière au cœur des fascinantes annales du Giallo pour me remettre de cette expérience cinématographique qui se regarde un peu trop le nombril à défaut d'être capable de nous offrir un scénario qui tient debout ! Direction l'Italie, donc, pays de naissance d'un sous-genre mêlant Policier, Slasher et Horreur (et parfois même, une pointe de sexe) dont les racines se situent dans l'univers du livre et remontent en 1929 lorsque l'éditeur italien Arnoldo Mondadori lança la collection Il Giallo Mondadori. Outre les histoires décrites dans des romans qui au départ demeurent des éditions d’œuvres d'auteurs originaires de Grande-Bretagne ou des États-Unis à l'image d'Agatha Christie, Edgar Wallace ou Arthur Conan Doyle, l'une des particularités de la collection est cette couleur jaune qu'arborent les couvertures et qui donne son nom au genre. Parmi les grands cinéastes qui marquèrent le Giallo et profondément l'esprit des spectateurs, Mario Bava et Dario Argento demeurent sans doute parmi les plus iconiques. Il y en eu d'autres, plus connus des véritables amateurs. Comme Lucio Fulci, lequel deviendra plus tard le roi du gore craspec, glauque et transalpin. Ou encore Sergio Martino, Umberto Lenzi ou encore Massimo Dallamano et Antonio Margheriti. Quant à lui, Riccardo Freda œuvra dans divers genres. Du film historique au péplum, en passant par l'horreur, le fantastique et donc, le Giallo. Si l'on considère l'ensemble de sa carrière riche d'une cinquantaine de longs-métrages, le giallo ne représente qu'une part infime de son œuvre. Se comptant sur le bout des doigts, le réalisateur et scénariste italien signa en 1971 L'iguane à la langue de feu (ou L'iguana dalla lingua di fuoco dans sa langue d'origine). Ah oui ! Autre spécificité que l'on rencontre dans le genre Giallo : ses titres parfois à rallonge et poétiques. Dessinant les contours de récits qui se voudraient dès leur intitulé, fascinants, énigmatiques, sauvages, mais qui dans le cas de celui-ci reste de piètre qualité. Rien d'étonnant à ce que l'on y découvre qu'un tueur dont l'identification ne surviendra que sur le tard s'en prend à de jeunes et jolies femmes. Un individu qui, comme cela est généralement le cas dans le genre, est ganté de noir et use d'armes blanches...


Mais ici, ce qui fait de l'assassin un cas particulier et sa propension à jeter au visage de ses victimes le contenu de fioles remplies de vitriol. Les défigurant ainsi avant de les égorger. L'un des premiers meurtres s'avère d'ailleurs relativement gore puisque en gros plan l'on assiste à l'égorgement d'une jeune femme dont le visage a tout d'abord été sévèrement brûlé. Désormais, reste à savoir qui est le tueur. Principal fond de commerce d'un genre que l'on comparera aux Whodunit britanniques, découvrir l'identité de l'assassin étant l'élément essentiel du Giallo, ne demeure plus alors pour le cinéaste et le scénariste qui s'aventurent dans le genre que de broder autour de divers suspects et de protagonistes parmi lesquels l'on retrouve souvent des inspecteurs de police chargés de mener de difficiles et noueuses enquêtes policières. Ici, Riccardo Freda multiplie les détails (LES ? En réalité, plutôt LE) de manière très lourde, appuyée et insistante. Comme s'il voulait s'assurer que le spectateur, sans doute trop stupide pour le faire sans l'emploi d'artifices, saisit bien que tel ou tel personnage EVIDEMMENT ambigu est un suspect potentiel ! C'est ainsi que tous les personnages ou presque semblent être atteints de lynétaphilie. Hommes et femmes arborent une paire de lunettes COMME le meurtrier. Et vas-y que je te balance le même jump scare sonore chaque fois que déboule à l'écran un protagoniste portant à la main ou sur le nez l'une d'entre elles, qu'elle soit de soleil ou non ! Bien évidemment, Riccardo Freda impose à ses interprètes d'en faire des tonnes question ambiguïté. Le long-métrage offrant son lots de personnages très douteux, certains arborant un faciès de péd#phile, le genre à traîner du côté des écoles en imperméable gris, la main dans le pantalon. Des ''clones'' de François Hollande, adipeux et au regard malsain ! Bref, une galerie de personnages plus proches des pervers tels qu'on peut les concevoir que des criminels sanguinaires tels que l'on pourrait les considérer dans l'imaginaire des tueurs en série de fiction. Notons que parmi les interprètes l'on découvre dans certains rôles ''principaux'', l'acteur italien Luigi Pistilli (Et pour quelques dollars de plus, Il était une fois dans l’Ouest, La queue du scorpion ou encore Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon), Anton Driffing (Les Canons de Navarone, Les héros de Telemark) ainsi que quelques actrices au charme indéniable, telle l'allemande Dagmar Lassander... Au final, si L'iguane à la langue de feu n'est pas un mauvais film, il ne marque absolument pas le genre Giallo de son empreinte. Une œuvre fade et parfois confuse...

 

dimanche 7 juin 2026

Assault de Sidney Hayers (1970) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Retour dans le passé avec Assault du réalisateur et monteur britannique Sidney Hayers qui huit ans plus tôt avait réalisé le film d'horreur Burn Witch Burn en 1962. Nous sommes en 1970 et l'auteur de nombreux épisodes de séries télévisées parmi lesquelles beaucoup sont devenues populaires en France, Sidney Hayers signe avec Assault un giallo à l'anglaise, genre pourtant propre au cinéma italien et qui côtoie ici le slasher avec son tueur dont l'identification parviendra aux enquêteurs ainsi qu'aux spectateurs sur le tard. Afin d’asseoir objectivement et sans ambiguïté le film dans le genre giallo, le cinéaste intègre au casting l'actrice originaire de Belper dans le Derbyshire, Suzy Kendall. Interprète entre autre de L'oiseau au plumage de cristal (L'Uccello dalle Piume di Cristallo) de Dario Argento la même année où elle incarnait l'un des rôles principaux à travers le personnage de Giulia ou de Torso (I Corpi Presentano Tracce di Violenza Carnale) de Sergio Martino dans lequel elle allait interpréter trois ans plus tard celui de l'étudiante Jane, Suzy Kendall apparaît désormais sous les traits de la professeur d'art Julie West. Donnant des cours dans une école pour jeunes filles, l'une de ses élèves prénommée Tessa (la chanteuse et actrice Lesley-Anne Down) est agressée à la sortie, à l'issue de la journée, sur le chemin censé la mener chez elle. C'est en prenant un raccourci à travers les bois que l'adolescente est effectivement attaquée par un inconnu aux mains gantées de noir (référence direct au giallo) qui l'agresse sexuellement avant de l'abandonner, toujours bien vivante, mais traumatisée. Mutique, la jeune fille est alors transférée dans les services psychiatriques du Docteur Bartell (Anthony Ainley) et confiée aux bons soins de son collègue le Docteur Greg Lomax (James Laurenson). Tandis que ce dernier tente d'aider Tessa à retrouver la parole, le surintendant en chef Velyan (Frank Finlay) mène l'enquête afin de mettre la main sur le violeur. Entre-temps, ce dernier a fait une seconde victime, toujours issue de l'école d'art, mais qui cette fois-ci est retrouvée morte après avoir été étranglée. Après que Julie et plusieurs de ses élèves se soient rendues en forêt afin de retrouver l'adolescente qui plus tôt ne donnait plus signe de vie, la professeur d'art découvre à l'arrière-plan de sa voiture l'assassin penché sur son élève. Devenue témoin du meurtre, la jeune femme décide d'aider la police à retrouver l'assassin. Une collaboration à laquelle apportera en outre son soutien le Docteur Lomax...


Comme souvent dans ce genre de production et à cette époque, Meurtre à haute tension Assault (titre français du long-métrage) charrie son lot de personnages ambigus. Et parmi eux, Leslie Sanford, responsable de l'intendance de l'école d'art et accessoirement l'époux de Miss Sanford (Dilys Hamlett), directrice de l'établissement avec laquelle ils forment un duo typique des gialli italiens transposé ici en Angleterre. Incarné par un Tony Beckley fièvreux, inquiétant et reluquant de manière répugnante les jeunes élèves en uniforme, l'homme semble de toute évidence attiré par ces jeunes et jolies adolescentes vétues de jupes courtes sur lesquelles il ne peut s'empêcher de jeter des regards insistants. Mais à caricaturer à ce point le personnage, tout porte en réalité à croire que l'on essaie de tromper le spectateur qui à force de tomber sur des oeuvres de ce types n'ont plus l'habitude de tomber dans le piège. La tentative, si tant est qu'elle puisse fonctionner durant quelques minutes, ne tarde pas à tomber à l'eau et c'est donc au tour d'autres protagonistes d'éveiller les soupçons. Tandis que la séquence suivant l'agression de Tessa est curieusement expédiée, l'on ne nous épargne rien des investigations menées sur la seconde victime. La scène de crime s'avère en effet plutôt réaliste même si le réalisateur a pris soin de couvrir les parties du corps les plus ''sensibles'' de la jeune actrice afin de ne pas heurter la sensibilité des spectateurs de l'époque. Tout le charme de l'Angleterre de ce début des années soixante-dix s'exprime à travers cette oeuvre qui malgré tout n'atteint jamais vraiment les qualités de ses homonymes transalpins. Comme dans tout bon ou mauvais Slasher/Giallo, l'on découvrira une fois de plus que l'assassin était l'un des moins suspects même si, ouais, là encore, le coupable (faisant partie de la poignée de protagonistes principaux) commence à avoir une curieuse attitude bien avant que le couperet tombe. Notons enfin la présence dans le rôle de l'imbuvable et beaucoup trop entreprenant journaliste du récit de l'acteur anglais Freddie Jones, notamment connu pour son rôle de Sid Buckland dans Terreur sur le Britannic (Juggernaut) de Richard Lester ou celui de Bytes dans Elephant Man de David Lynch...

 

vendredi 22 mai 2026

Martwi Przed świtem de Dawid Torrone (2026) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Tout le monde en parle... Enfin, tout le monde, surtout ceux qui apprécient les films d'horreur typés Slashers et qui s'attendaient sûrement à ressentir des frissons inédits. Et pour le coup, les caractères visuels et narratifs de Martwi Przed świtem de Dawid Torrone l'éloignent drastiquement des codes du genre pour se complaire dans une certaine forme d'art totalement barré et malheureusement, souvent indigeste. Prendre pour argent comptant les quelques avis élogieux qui prétendent que le premier long-métrage du réalisateur et scénariste polonais Dawid Torrone est une réussite, c'est prendre surtout le risque de se retrouver totalement désabusé devant une œuvre façonnée à la truelle par un artisan qui semble s'être emmêlé les pinceaux entre révérence appuyée pour un genre qui a connu sa seule véritable heure de gloire voilà plus de quarante ans et prétentions artistiques réparties sur chaque plan par un sagouin atteint de démence ! À dire vrai, ce qui semble avant tout avoir inspiré le cinéaste n'est pas tant ce sous-genre du cinéma d'horreur né pour certains dans le courant des années 60 et pour d'autres la décennie suivante sur le territoire américain que son alter ego transalpin connu sous le nom de Giallo et qui pour certains là encore semble avoir été enfanté par un certain Mario Bava, auteur en 1963 de La Ragazza Che Sapeva Troppo ou l'année suivante de Sei Donne Per l'Assassino. Un genre dont s'emparera d'ailleurs son compatriote Dario Argento lequel signera une impressionnante séries de longs-métrages considérés pour la plupart comme d'authentiques classiques du genre..... Mais pour en revenir à Martwi Przed świtem, son auteur semble avoir été tout d'abord inspiré par des œuvres telles que Suspiria ou Opera de ce même Dario Argento et plus encore Deliria de Michele Soavi qui en 1987 sorti sur notre territoire et à l'internationale sous le titre Bloody Bird. Un classique auquel se raccorde le récit de Martwi Przed świtem puisque dans un cas comme dans l'autre, une troupe d'acteurs s'installe dans un théâtre afin de répéter une pièce avant d'être attaquée par un tueur masqué. Si l'assassin du long-métrage de Michele Soavi est notamment demeuré célèbre grâce au masque de hibou qu'il portait sur le visage, celui de Martwi Przed świtem n'est pas en reste puisque de son côté, le tueur cache le sien derrière un masque très particulier puisque constitué de dizaines d'yeux ! Ironique lorsque l'on sait que voir à travers un tel attirail paraît invraisemblable...


Pour être tout à fait honnête et en tant que grand amateur de Slashers et de Gialli, Martwi Przed świtem s'avère effroyablement... mauvais ! Surenchérissant dans la démesure artistique, le travail sur la ''pellicule'' (?), le grain, le brouillard permanent, la surexposition et les couleurs tantôt délavées, tantôt criardes finissent de brouiller les perspectives que le réalisateur s'amuse en outre à déglinguer à grands coups de travellings allant dans tous les sens. Comme un bateau ivre perdu en plein océan, tanguant par ''mer agitée''. De quoi avoir la nausée, chopper une céphalée, mais aussi et surtout n'y rien comprendre. Et d'une certaine manière, tant mieux. Car derrière le flou artistico-scénaristique demeurent quelques séquences beaucoup plus simples à décrypter et qui masquent de ce fait, assez mal la pauvreté de l'écriture. Entre des meurtres rares et qui donc se font attendre, des effets gore pas franchement au niveau de ce que l'on est en droit d'attendre en 2026 (un personnage cache avec toute la difficulté du monde son bras, caché sous sa veste tandis que le tueur vient de lui couper ce qui lui servait de prothèse), un scénario si peu inspiré que son auteur se croit contraint de le noyer sous une chape de séquences toutes plus visuellement délirantes les unes que les autres, avouons-le : on s'fait chier ! Les courses-poursuites frisent le ridicule. Les acteurs/trices sont mauvais, surjouent, tandis que le spectateur a parfois bien du mal à faire la différence entre les répétitions de la troupe et les meurtres commis par le tueur masqué. Difficile de savoir où a vraiment voulu en venir Dawid Torrone si ce n'est que son film n'est qu'un copier/coller de quelques idées forcément pas toutes neuves saupoudrées d'une vision toute personnelle qui cause plus de dégâts qu'elle n'apporte de bienfaits. L'effort est louable mais finalement caduque ! Sans intérêt, donc...

 

dimanche 3 mai 2026

Las Trompetas del Apocalipsis de Julio Buchs (1969) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout commence avec le retour à Londres du marin de profession, Richard Milford. Lorsque celui-ci arrive chez sa sœur, c'est pour apprendre qu'elle s'est apparemment suicidée. Malgré des témoignages qui vont à l'encontre des certitudes de la police qui a depuis bouclé l'affaire, la mort par suicide a donc été officialisée. Pourtant, lorsque Richard apprend que le professeur de musique de sa sœur s'est lui aussi suicidé, le marin décide de se lancer dans sa propre enquête. Sur les conseils d'une connaissance de sa sœur, l'homme commence par se rendre dans une discothèque où à ses habitudes un certain Boris Molders dit ''Le roumain'' ! Puis c'est au tour du neveu du professeur de musique de recevoir la visite de Richard Milford..... Le héros évolue dans un monde de hippies très caricaturaux, ressemblant à des gourous, des messies ou des hommes des cavernes, défoncés à la marijuana, portant des peaux de bêtes tandis que leurs pendants féminins adoptent parfois des tenues typiques du peuple amérindien. Bref, c'est la cour des miracles car quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, l'image édulcorée de l'homme ou de la femme prônant les vertus du ''Peace and Love'' s'efface ici au profit d'une violence exacerbée que l'on prêtera pourtant historiquement et généralement aux '' Blousons Noirs'' !  Musique psychédélique et funky sont au programme d'un giallo d'un genre assez particulier où le défilé d'un certain nombre d'adonis laisse entendre que le réalisateur sait s'entourer d'interprètes charismatiques... Comme cela arrive parfois dans ce genre de production, la police n'en branle pas une et semble vouloir demeurer sur ses positions : celle selon laquelle la sœur de Richard Milford s'est suicidée. Et quand bien même le professeur de musique de la jeune femme aurait perdu la vie dans des conditions étrangement similaires, pour les flics cela ne fait pas un pli: Suicide ! Suicide ! Suicide ! Notre marin de profession se voit donc ainsi contraint d'enquêter personnellement sur le décès de sa sœur. Si les spectatrice tomberont probablement sous le charme de Brett Halsey ou de Manuel del Blas, les spectateurs, eux, seront évidemment séduits par les actrices Marilù Tolo et Romina Power. En outre, le titre original du long-métrage du réalisateur et scénariste madrilène Julio Buchs Las Trompetas del Apocalipsis semble durant un temps vouloir se référer indirectement aux sept trompettes du Livre de l'apocalypse sonnant chacune à leur tour l'avènement d'événements apocalyptiques !


Mais en réalité, malheureusement, rien d'aussi mystico-religieux même si l'on reste éventuellement dans une même veine à travers ce récit finalement moins farfelu qu'il n'en a l'air. Car si trompettes du Livre de l'apocalypse n' ont finalement aucun rapport, c'est bien d'un écrit vieux de plusieurs millénaires dont il s'agit ici. Un texte très ancien provenant de la Mésopotamie et dont la pleine comprehension ordonné visiblement l'usage d'une drogue bien spécifique... causant de graves hallucinations qui pousserait donc ses usagers au suicide ! En dehors du cadre strict du récit, de l'interprétation et de la mise en scène qui sont souvent tout juste passables, quelques anecdotes plus ou moins croustillantes tournent autour des différents titres qu'ont donné au long-métrage de Julio Buchs les différents distributeurs à travers le monde. Du fait qu'il s'agisse d'une production italo-espagnole, le film ne porte pas le même selon qu'il s'agisse de sa distribution dans l'un et l'autre de ces pays. Si en Espagne celui-ci est donc connu sous l'appellation Las Trompetas del Apocalipsis et aux États-Unis sous celle de Murder by Music, chez nous il fut très sobrement traduit sous le titre de Mortelle symphonie. Mais aussi sous celui de Perversion Story. Et pour celles et ceux qui connaissent bien le cinéma du réalisateur italien Lucio Fulci, cette traduction peut prêter à confusion puisque l'auteur de Frayeur, de L'au-delà ou de La maison près du cimetière réalisa la même année que Las Trompetas del Apocalipsis, l'excellent Una sull'altra. Un autre giallo qui chez nous fut également renommé sous le titre Perversion Story. Par contre, lorsque l'on évoque le titre propre à la distribution transalpine du long-métrage de Julio Buchs, c'est là que les choses se gâtent. En effet, sous l'appellation I Caldi Amori di una Minorenne se cache la très ambiguë traduction Mon amour tendre pour un mineur. Drôle de choix lorsque l'on y pense, surtout que l'évocation propre au titre italien ne se réfère jamais au contenu du film... A Final, Las Trompetas del Apocalipsis est une œuvre mineure du genre Giallo. Atypique, parfois surprenante, mais aussi terriblement datée...

 

jeudi 30 avril 2026

L'Uomo più Velenoso del Cobra (Plus vénéneux que le cobra) de Bitto Albertini (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Traduction quelque peu erronée de L'Uomo più Velenoso del Cobra, Plus vénéneux que le cobra du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie italien Bitto Albertini se voudrait certainement calife à la place du calife avec son titre très proche d'un genre dont s'est fait le maître transalpin Dario Argento mais en réalité, le film n'a pas grand chose à voir avec le Giallo ! Car si L'Uomo più Velenoso del Cobra est effectivement parsemé de meurtres et si les raisons pour lesquelles les victimes tombent les unes après les autres ne sont pas clairement évoquées dès le départ, certaines spécificités propres au genre sont ici éludées. Pas de traumatisme lié à l'enfance, de sexualité ou d'aliénation. Mais plus encore, le visage du tueur est ici visible dès la perpétration du premier assassinat ! Et donc, pas de mains gantées de noir cachant l'identité du meurtrier... Dans le cas de L'Uomo più Velenoso del Cobra, le réalisateur s'intéresse à Tony Garden (l'acteur George Ardisson), homme retranché en Europe qui après l'annonce de la mort de son frère revient aux États-Unis bien que certaines personnes n'aient pas très envie d'apprendre son retour après qu'elles aient été foncièrement agacézs par son comportement passé. Avec un prénom qui sans doute ne lui a pas apporté autant de problèmes dans son pays d'origine qu'il n'en aurait probablement eu dans les cours d'école françaises, Bitto Albertini, aussi peu connu soit-il sur notre territoire fut tout de même à l'origine des deux premiers volets de la série de longs-métrages intitulés Black Emmanuelle que reprirent notamment à leur compte et coup sur coup Joe D'Amato dans les années soixante-dix puis Bruno Mattei et Claudio Fragasso la décennie suivante. Auteur en outre de l'improbable trilogie Les Trois Fantastiques Supermen, l'homme signa également parmi une filmographie constituée de plus de vingt longs-métrages, Giochi Erotici Nella Terza Galassia, fausse suite de Starcrash : Le Choc des étoiles de Luigi Cozzi intitulée chez nous StarCrash 2 : Les Évadés de la galaxie III ! Le synopsis de L'Uomo più Velenoso del Cobra écrit par Ernesto Gastaldi, Eduardo Manzanos Brochero et Luciano Martino ne vous rappelle-t-il pas celui de Full Contact de Sheldon Lettich dans lequel Jean-Claude Vandamme incarna dix-neuf ans plus tard le rôle de Léon Gautier qui après avoir fuit la Légion Étrangère revenait aux États-Unis pour retrouver l'épouse et la fille de son frère jumeau, lequel fut la victime d'un meurtre ?


Partant d'un postulat de base similaire, les deux films prennent cependant des voies bien différentes puisque Full Contact reste tout d'abord et avant tout un film d'action essentiellement tourné vers les combats au corps à corps. Également interprété par Erika Blanc, actrice qui fut la première à incarner l'iconique Emmanuelle du roman éponyme d'Emmanuelle Arsan avec Io, Emmanuelle tandis que le personnage deviendra réellement célèbre au cinéma après avoir été interprété en 1971 par le mannequin néerlandais Sylvia Kristel dans le film de Just Jaeckin Emmanuelle, celle-ci joue ici le rôle de Leslie Garden, la belle-sœur du héros. Ensemble, ils vont essayer de trouver l'assassin de Johnny, le frère de Tony. Plusieurs pistes s'imposent alors à eux. Dont celle d'un certain Louis Mortimer (Luciano Pigozzi) qui sera pourtant tué dans d'horribles circonstances par le même assassin. Quittant ensuite l'Amérique pour rejoindre le continent africain, le ''couple'' suit alors la piste d'un certain George MacGreves (Alberto de Mendoza), une ancienne relation qui vit désormais au Kenya... Avec son contexte dans lequel les deux frères avaient à une époque l'habitude de traîner dans les cercles mafieux, on pense rapidement que la messe est dite. Et si la résolution de l'énigme a pour effet de nous réserver une surprise relativement surprenante et que le titre semble promettre l'une de ces histoires bien tordues propres au Giallo, L'Uomo più Velenoso del Cobra démontre surtout que son auteur n'est absolument pas à la hauteur des enjeux. Et que dire de l'acteur George Ardisson ? Son interprétation hautement fadasse n'arrange rien. Bitto Albertini a eu beau diriger la photographie de plus de soixante projets cinématographiques, il semble ici avoir négligé l'un des aspects artistiques et techniques les plus fondamentaux. Le film est laid, mal cadré et tout comme le prouve la séquence du safari, tout ou presque sonne faux. Bref, un ratage quasi complet d'où n'émerge donc qu'une révélation finale inattendue...

 

mardi 14 avril 2026

Delirio Caldo de Renato Polselli (1972) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Connu chez nous sous le titre Au-delà du désir mais aussi sous celui beaucoup plus délirant et opportuniste de Sexe en délire, Delirio Caldo du réalisateur, scénariste et producteur italien Renato Polselli revêt davantage les atours du Giallo que du drame ou de la comédie érotiques que laissent transparaître ses deux ''traductions'' françaises. Et pourtant, de nudité il est bien question ici, dans cette œuvre étrange, parfois étouffante, souvent fiévreuse et assurément morbide. Partant d'un postulat que partagent énormément de Gialli puisque le script de Renato Polselli tourne autour d'une série de meurtres que la police a bien du mal à résoudre. Et ce, alors même que l'inspecteur Edwards (Raul Lovecchio sous le pseudonyme de Raoul) peut compter sur l'aide et le soutien du psychologue Herbet Lyutak qu'interprète l'acteur américano-hongrois Mickey Hargitay. Le film s'ouvrant pratiquement sur le meurtre de la septième victime annoncée d'un tueur en série qui sévit maintenant depuis un an, Renato Polselli filme l'acteur principal dans une situation qui ne laisse aucun doute quant à la responsabilité de son personnage. Notons que l'assassinat en question est tourné dans des conditions relativement singulières puisque après avoir proposé à une jeune femme de l'amener en voiture jusqu'à un rendez-vous, la véritable personnalité psychotique du docteur Herbet Lyutak s'exprime lors d'une séquence de poursuite qui les amènera lui et sa victime jusqu'au lit d'une rivière où la jeune femme sera alors assassinée par étranglement et par noyade. Une séquence étonnement longue, dérangeante, où le regard halluciné de Mickey Hargitay fonctionne à plein régime et sème le trouble chez le spectateur. Si Delirio Caldo convie ce dernier à suivre les exactions d'un homme sexuellement frustré qui à défaut de pouvoir satisfaire sa femme toujours vierge se rabat sur des inconnues qu'il tue afin de prémunir celle-ci de toute pulsion meurtrière, le script est aussi et surtout construit non pas seulement autour de ce seul personnage masculin mais aussi et surtout autour du couple que l'acteur forme aux côtés de l'actrice italienne Rita Calderoni qui incarne donc à l'écran l'épouse de Herbet Lyutak, Marzia. Une femme profondément amoureuse, incapable de vivre sans l'homme qu'elle aime. À tel point que des révélations finales viendront enfin expliquer certains détails qui durant le récit apparaîtront comme étant totalement incohérents...


Lorsque Valéry Giscard d'Estaing est élu Président de la République Française le 27 mai 1974, c'est le signe en France d'un relâchement des contrôles moraux plutôt stricts que connaît jusque là notre pays, lequel passe ainsi par davantage de libéralisme, ce qui a pour conséquence sur les plans d'ordre sexuels et culturels et s'agissant à proprement parler de Delirio Caldo (comme pour d'autres avant et après lui), l'avantage de pouvoir enfin sortir dans les salles de cinéma hexagonales après avoir été totalement interdit et classé X pour pornographie (le film sortant en outre sur support VHS sous le titre explicite et pourtant très proche de l'original, Délire ardent !). plus que n'importe quel Giallo, le film du cinéaste italien est une véritable plongée dans la psyché d'un couple sexuellement frustré mais tellement amoureux que l'usage de pratiques déviantes finit par cultiver leur passion commune. D'un côté l'on a donc un homme refusant presque tout contact avec sa femme de peur de la tuer et de l'autre, une épouse capable d'accepter qu'il l'étrangle lorsque les pulsions semblent irrépressibles. En mêlant sexe et violence dans un contexte où la frontière entre réalité, rêves et fantasmes devient de plus en plus mince, Renato Polselli signe une œuvre moite, inconfortable, où le sexe pourtant en abondance agit comme un inhibiteur de libido. Derrière la bande originale somme toute classique de Gianfranco Reverberi est libéré un flot intarissable de gémissements féminins sensuels et organiques qui agissent comme autant de curseurs sur la folie des uns et des autres. Celle-là même qu'exprime cette cacophonie terminale ouvrant de vertigineuses perspectives dont la solution, un peu floue il est vrai, viendra enfin apporter une solution à l'énigme entourant l'identité du tueur réel... Bref, Delirio Caldo reste une œuvre à part, moins sulfureuse que ne laissent présager sans ancienne interdiction en salle ainsi que celle aux moins de dix-huit ans. Un long-métrage que d'aucun pourrait juger de ''malade'' mais qui pourtant sonne comme un mirage essentiel du cinéma européen du début des années soixante-dix, avec son cortèges de qualités mais aussi de défauts...

 

lundi 13 avril 2026

L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano (1972) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout commence par la poursuite et l'assassinat d'un homme dans un long et vaste espace désaffecté qui curieusement résonne de nos jours avec le mythe des Backrooms également connus sous le nom d'espaces liminaux. Le docteur Luca Berti (l'acteur allemand Horst Frank) tombe à terre, ensanglanté, après avoir reçu plusieurs coups de couteaux de la part d'un inconnu. Mais heureusement, tout ceci n'était qu'un rêve. Celui que vient de faire Julie (la britannico-italienne Rosemary Dexter). À moins qu'il ne s'agisse d'une prémonition ? Désirant en avoir le cœur net, la jeune femme décide de retrouver celui qui jusqu'à maintenant était son médecin et son amant et qui demeure introuvable. D'après les dire d'un patient de l’hôpital psychiatrique où il travaille, Luca serait parti dans un petit village. C'est là que Julie décide de démarrer ses recherches... L'occhio nel Labirinto (L’œil du labyrinthe) de Mario Caiano est un bien curieux long-métrage que l'on serait tentés de ranger dans la catégorie des Gialli même si au fond, seule la séquence d'ouverture laisse à penser que son auteur a véritablement voulu empiéter sur un genre auquel avaient déjà donné ses premières lettres de noblesses des cinéastes tels que Mario Bava, Lucio Fulci, Sergio Martino et bien évidemment Dario Argento. Pourtant, à bien y regarder, le script assez flou de Mario Caiano et des scénaristes Horst Hächler et Antonio Saguera est parfois plus proche du Whodunit que de celui dont les origines remontent aux années 1920 lorsque furent mis à disposition des lecteurs des romans publiés par la maison d’édition Arnoldo Mondadori Editore. Des ouvrages aux couvertures jaunes sorties sous le nom I libri gialli (d’où l'appellation Giallo) qui pour la plupart étaient des traductions de romans policiers anglo-saxons. Œuvre originale mais non dénuée de tout un tas de problèmes qui la confinent au statut de petite production aussi curieuse qu'ennuyeuse, L'occhio nel Labirinto n'est tout d'abord pas très évident à suivre. Avec son cortège de personnages qui nous sont imposés très rapidement et parmi lesquels nous retiendrons surtout ceux incarnés par Adolfo Celi (L'Homme de Rio de Philippe de Broca en 1964, Opération Tonnerre de Terence Young en 1965), dans le rôle de Frank, l'ancien propriétaire d'un immeuble transformé depuis en orphelinat, par Alida Valli, dans celui de Gerda, une richissime propriétaire d'une vaste demeure.


Ou même par l'autrichienne Sybil Danning qui plus tard deviendra surtout ''célèbre'' pour avoir notamment joué le rôle de la James Bond Girl dans Octopussy de John Glen ou dans Sheena, reine de la jungle de John Guillermin et qui dans L'occhio nel Labirinto incarne une jeune photographe prénommée Toni. Le long-métrage joue ici sur la confusion d'un groupe d'individus qui le plus clair du temps passe son temps à bronzez au soleil. Une pratique qui à l'écran n'apporte bien entendu pas son comptant de séquences passionnantes tandis que la jeune et jolie Julie persiste à vouloir connaître la vérité au sujet de la disparition de son amant. Sur une musique très persistante signée du compositeur Roberto Nicolosi, une photographie de Giovanni Ciarlo et un montage de Jolanda Benvenuti, L'occhio nel Labirinto est donc similaire à un Whodunit transalpin dont le scénario s'amuse à laisser planer le doute quant à la disparition du psychiatre tout en cultivant l'idée selon laquelle, l'un des protagonistes du récit constitué d'une poignée de personnages pourrait être l'assassin qui dans le rêve de la jeune femme poignarda son amant ! Et plutôt que de faciliter la tâche de celle-ci dans sa recherche de la vérité, Mario Caiano et ses scénaristes la compliquent en donnant à chacun de bonnes raisons d'avoir eu envie de l'assassiner... Bon, c'est bien beau tout ça mais sachons être honnêtes et reconnaissons que L'occhio nel Labirinto n'est franchement pas passionnant. Et même souvent ennuyeux. Car derrière son très énigmatique titre qui laisse, au pire ou au mieux, envisager une œuvre nébuleuse et intrigante, l'on se retrouve devant un sujet à défaut d'être passionnant, du moins traité de manière trop superficielle pour véritablement happer l'attention du spectateur. Un long-métrage hybride entre Giallo et Whodunit et où les révélations ne donnent jamais les effets de surprises escomptés. Bref, inutile de perdre son temps devant ce film sans trop d'intérêts et mieux vaut se replonger dans les classiques des deux genres qu'il tente pourtant d'explorer, mais avec maladresse...

 

dimanche 29 mars 2026

L'étrange couleur des larmes de ton corps de ton corps de Hélène Cattet et Bruno Forzani (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Hommage évident et très appuyé au genre Giallo, le second long-métrage des français Hélène Cattet et Bruno Forzani, L'étrange couleur des larmes de ton corps l'est dès son titre. Lequel peut faire références à divers types de fluides exhalés par l'organisme. Comme les larmes à proprement parler, qui sont les premières sécrétions biologiques et organiques à être sécrétées en cas de douleur physique ou morale. Bien entendu, le sang lui-même est évoqué à travers le titre. Surtout lorsque les deux réalisateurs et scénaristes font appel à lui, lors d'un dernier acte particulièrement sanglant ! Sans oublier la sueur, exsudées ici dans le cas des rapports physiques entretenus entre tel et tel protagoniste. Une fois résumé le sens du titre hautement poétique de ce long-métrage qui ne cache absolument pas ses références, il faut comprendre qu'ici l'on s'apprête à pénétrer un univers particulièrement opaque. Que certains s'amusent d'ailleurs à comparer à celui d'un certain David Lynch. À tort ou à raison, il est vrai qu'avec L'étrange couleur des larmes de ton corps, Hélène Cattet et Bruno Forzani ne sont pas partis sur le principe d'aider les spectateurs chaque fois qu'une séquence vient tout juste de déranger leurs habitudes de cinéphiles en leur assénant ensuite une scène explicative. Non, dans le cas de ce bien curieux objet cinématographique, les deux français laissent complaisamment leur public faire sa propre opinion et son propre chemin vers la résolution de l'intrigue. Ce qui d'ailleurs est souvent le cas lorsque l'on parle de Giallo, branche italienne du cinéma (érotico) policier dont certains réalisateurs et notamment Dario Argento se sont fait les spécialistes et se sont ainsi érigés en Maîtres es du genre !


À travers le titre, comment en effet ne pas repenser à L'oiseau au plumage de cristal ou aux deux autres volets de la trilogie animalière signée entre 1970 et 1971 par Dario Argento, à La Dame Rouge tua sept fois d'Emilio Miraglia ou encore à L'Étrange Vice de Madame Wardh ou Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé tous deux signés du réalisateur italien Sergio Martino ? Et puis, comment ne pas soupçonner que derrière le prénom de l'épouse disparue du personnage central (Klaus Tange dans le rôle de Dan Kristensen) prénommée Edwige se cache une référence à l'une des plus remarquables interprètes du genre Giallo, la sublime Edwige Fenech ? Ensuite, tandis qu'Hélène Cattet et Bruno Forzani choisissent un style visuel et artistique qui leur est propre, certains des éléments typiques au genre viennent faire briller l’œuvre par son ajout des codes inhérents au giallo. Mains gantées. Meurtres accomplis à l'arme blanche, entre rasoir, couteau et longues aiguilles... On trouve dans L'étrange couleur des larmes de ton corps plus de Dario Argento que de n'importe quel autre cinéaste transalpin. À travers ces couleurs criardes, primaires... ces vitraux et même, ce retour à l'enfance typique du genre ! Peut-être même parfois à travers la bande musicale constituée d'un certain nombre d’œuvres signées de grands maîtres italiens tels Bruno Nicolai (qui signa la partition de Toutes les couleurs du vice de Sergio Martino en 1972), Riz Ortolani (Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en 1980) ou encore Ennio Morricone (Le Chat à neuf queues de Dario Argento en 1971) même si l'on aurait aimé entendre en outre quelques-une des sublimes compositions du mythique groupe de rock progressif italien créé en 1972 par Claudio Simonetti et Massimo Morante, Goblin !


Maintenant, s'agissant du film à proprement parler et de son déroulement, de son récit, de son style visuel et de son montage, L'étrange couleur des larmes de ton corps est à n'en point douter une œuvre qui artistiquement demeure monumentale. Peut-être même un peu trop percutante dans son approche esthétique. Faisant preuve d'un goût très prononcé pour le psychédélisme et les kaléidoscopes, pour les couleurs criardes et primaires comme énoncé un peu plus haut, pour la stylisation des meurtres et pour la méthode du split-screen souvent employée par l'immense Brian De Palma tout au long de sa carrière, L'étrange couleur des larmes de ton corps regorge de plans techniquement très aboutis. Un fleuve ininterrompu de montages et de découpages qui risquent malheureusement de déconcerter une bonne partie des spectateurs non habitués à ce genre de spectacle. Et à commencer par votre serviteur qui après avoir été tout d'abord envoûté puis singulièrement fasciné par le spectacle étalé devant ses yeux s'est très vite retrouvé dépité par l'amoncellement inextinguible de visuels parfois grandiloquents faisant certainement œuvre de cache-misère. Car le point noir du film reste le scénario. Simpliste au point qu'Hélène Cattet et Bruno Forzani se soient sans doute crus contraints de devoir tout miser sur le visuel à défaut de pouvoir proposer un script à la hauteur de leurs aînés. Quitte à produire de la redondance à la chaîne. Une technique tellement répétitive qu'elle en devient rapidement épuisante nerveusement ! Cachant son principal défaut derrière son style visuel, en effet, mais également derrière une complexité narrative artificielle si l'on résume l'histoire dans son ensemble. Bref, L'étrange couleur des larmes de ton corps est un giallo qui d'abord émerveille par sa technique, avant de ne plus reposer justement que sur l'art de la mise en scène d'Hélène Cattet et Bruno Forzani et du découpage de Bernard Beets. En résulte une œuvre considérable d'un point de vue artistique mais totalement creuse d'un point de vue scénaristique...

 

mardi 21 octobre 2025

Il Nascondiglio de Pupi Avati (2007) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Trente ans après avoir réalisé le mythique La Maison aux fenêtres qui rient (La Casa dalle Finestre che Ridono), le cinéaste italien Pupi Avati mettait en scène Il Nascondiglio. Une œuvre qui reste encore inédite en France mais qui n'est pas loin de rappeler le plus célèbre de ses longs-métrages... Alors qu'en 1976, le personnage de Stefano (incarné à l'époque par l'acteur Lino Capolicchio) était convié à se rendre dans la province de Ferrare afin de restaurer la fresque d'une église locale, en 2007, Francesca Sainati part s'installer à Davenport aux États-Unis afin d'y établir un restaurant italien dans un ancien établissement religieux où fut commis un triple homicide. Mais alors que la jeune femme a passé les quinze dernières années dans un hôpital psychiatrique après le suicide de son mari, en pénétrant l'établissement en question, du nom de Snakes Hall, il lui paraît entendre des voix. Francesca mène alors sa propre enquête bien qu'un certain nombre de personnes semblent vouloir l'en empêcher... Tandis que la quasi totalité du film a été tournée aux États-Unis, les scènes d'intérieurs se situant dans la demeure où eurent lieu les meurtres ont été reconstitués dans les célèbres Studios Cinecittà de télévision et de cinéma situés à Rome, en Italie. Œuvre d'origine américano-italienne, Il Nascondiglio mêle en outre giallo et épouvante. Mais du premier, elle en retient moins cette habitude de ponctuer le récit de meurtres perpétrés par un inconnu souvent et entièrement vêtu de noir. Et si trois meurtres ont bien été commis et qu'un quatrième échappe à l'une des rares protagonistes à vouloir aider notre héroïne, l'un des aspects propres au giallo est effectivement présent lors du récit. Ce retour à un passé trouble qui dans le cas de Il Nascondiglio est démultiplié puisque Francesca va elle-même devoir se confronter à son propre passé... La capacité de Pupi Avati à maintenir suspens et frissons est ici demeurée intact même si depuis il s'est penché sur d'autres courants du septième art. Il Nascondiglio reste d'ailleurs ancré dans le cinéma de genre des années soixante-dix et quatre-vingt pendant que certains de ses compatriotes ont amené le genre vers des rivages beaucoup plus contemporains. Aux côtés du scénariste Francesco Marcucci avec lequel il a écrit le script, Pupi Avati aborde la folie, la religion et ce silence qui entoure parfois certains faits-divers touchant des membres ''prestigieux'' de la communauté...


Le longs-métrages semble en outre être imprégné par la vague de film de fantômes japonais qui alors et depuis quelques années maintenant, ont submergé le cinéma d'horreur et d'épouvante mondial jusqu'à pousser certains réalisateurs du monde entier à copier la J-Horror dans des remakes ou des reboots parfois fadasses signés à l'occasion par les auteurs originaux eux-mêmes. Sans jamais retrouver véritablement l'inconfort de La Maison aux fenêtres qui rient, Pupi Avati parvient malgré tout à signer une œuvre qui emprunte autant aux genres évoqués plus haut qu'au film policier même si dans le cas présent, l'héroïne est l'une des anciennes pensionnaires d'un hôpital psychiatrique. Une œuvre débordante de féminité car si même l'intervention d'un homme d’église semble prouver que la corruption ne touche pas systématiquement que la gente masculine, seules deux autres femmes viendront en aide à Francesca. Véritable personnage à part entière, la fouille du Snakes Hall promet quelques séquences plus ou moins oppressantes. Comme cet ascenseur qui mène à des étages ''interdits'' de l'établissement. Ou ces vieilles tapisseries qui cachent des panneaux de ventilation. Pupi Avati emploie de nouveau le concept de pièces cachées comme il le fit notamment avec La Maison aux fenêtres qui rient lors d'une séquence qui à l'époque marqua assurément les spectateurs et s'emploie à transformer le concept des fantômes en une réalité encore plus saisissante. Côté casting, le film est réellement surprenant. Aux côtés de la sublime actrice italienne Laura Morante l'on retrouve notamment ses compatriotes Yvonne Sciò dans le rôle d'Ella Murray) et Giovanni Lombardo Radice (Frayeurs de Lucio Fulci, Cannibal Ferox d'Umberto Lenzi, Bloody Bird de Michele Soavi) dans celui de Vincent Natali, l'anglaise Rita Thushingham dans la peau de la mythomane Paula Hardyn ainsi que les américains Burt Young (la saga Rocky, Amityville 2 : le possédé de Damiano Damiani) et Treat Williams (Hair de Milos Forman, Flic ou Zombie de Mark Goldblatt) dans celles, respectives, de l'agent immobilier Muller et du Père Amy... Notons enfin la présence au générique du compositeur italien Riz Ortolani dont les amateurs de films d'horreur se souviennent très bien puisqu'il fut l'auteur de la bande originale qu'il composa en 1980 pour le film culte Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato...

 

lundi 20 octobre 2025

Tutti Defunti... Tranne i Morti de Pupi Avati (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avant de consacrer une partie de sa future carrière à la comédie (romantique ou non) et au drame, le cinéaste italien Pupi Avati a posé certains jalons du cinéma horrifique transalpin en signant l'une des œuvres les plus cultes du genre avec La Casa dalle Finestre che Ridono fort justement traduit chez nous sous le titre La maison aux fenêtres qui rient. J'en profite d'ailleurs pour évoquer une petite anecdote qui date maintenant de plus de trente ans. Ayant mes habitudes dans la minuscule boutique Movies 2000 située si mes souvenirs sont bons au 49 Rue Catherine de la Rochefoucauld dans le neuvième arrondissement de Paris, je fis une acquisition inattendue. Spécialisée dans le cinéma et véritable mine où l'on pouvait dénicher des livres, des magazines et autres cassettes vidéos au format VHS, la boutique finira malheureusement par voir ses portes définitivement se refermer en 2008. C'est là-bas que votre serviteur mis un jour la main sur La porte de l'enfer. Une cassette qui trône d'ailleurs toujours dans ma modeste vidéothèque et qui derrière ce titre cachait en réalité le fameux long-métrage du réalisateur italien... Imaginez quelle put être ma surprise en découvrant qu'en lieu et place d'un long-métrage dont je n'avais jamais entendu parler se trouvait en réalité le chef-d’œuvre de Pupi Avati... Passons maintenant au film dont il est question dans cet article. Mettre la main sur l'un des nombreux que mit en scène le calabrais n'étant pas forcément chose aisée, mieux vaut se préparer psychologiquement à atteindre l'orgasme cinéphilique à la simple idée de découvrir l'une de ses œuvres parmi les moins connues. Un euphémisme si l'on tient compte du fait que parmi sa soixantaine de réalisations, peu sont demeurées véritablement célèbres. Car en dehors de La maison aux fenêtres qui rient en 1976 ou de Zeder en 1983, seuls les vrais fans seront véritablement capables d'en citer un ou deux de plus sans jeter au préalable un regard sur Wikipedia ou le généralement très complet, IMDB !


Sur un ton sardonique, voici comment je vois parfois les choses : ''Ouais, je sais... la chance qui est la mienne... d'avoir autour de moi... des personnes dont la passion principale est l'archéologie cinéphilique...''. Ce qui, à vrai dire, me permet de me ''taper l'incruste'' sans y avoir été forcément convié d'ailleurs, lors de projections privilégiées... D'où cet article consacré à Tutti Defunti... Tranne i Morti que Pupi Avati réalisa en 1977. Soit un an après le morbide et dérangeant La maison aux fenêtres qui rient. Et si les deux longs-métrages n'entretiennent pas vraiment de relations, on sent chez leur auteur, cette même envie de laisser au spectateur une sourde impression de malaise. Ici, ça n'est pas tant l'intrigue que certains interprètes qui auraient pu marquer les esprits. Mais après avoir pu apprécier un an auparavant La maison aux fenêtres qui rient (dont le titre à lui seul est absolument remarquable), rien ne pouvait davantage traumatiser les esprits que ces mentalités viciées qui s'inscrivirent au cœur de son récit... Terminé ce que d'aucun jugèrent comme un exemple de Giallo malgré tout très particulier. Pupi Avati passe désormais à autre chose avec Tutti Defunti... Tranne i Morti. Quoique. À bien y regarder, ce qui s'apparente au Whodunit Made in Italy peut tout aussi bien s'inscrire dans cette mouvance notamment sublimée par le maître incontesté du genre, Dario Argento ! Deux courants rejoints bien évidemment par le Slasher dont les codes ne diffèrent que dans de très petites proportions. Ici, dix membres d'une même famille sont regroupés dans la luxueuse demeure du patriarche qui vient tout juste de décéder. S'ajoute à leur présence, celle de Dante (l'acteur Carlo Delle Piane), petit employé d'un éditeur chargé de vendre deux exemplaires d'un ouvrage consacré à certaines légendes entourant cette famille originaire d'Émilie-Romagne. Malheureusement, lors de son séjour, celui-ci ainsi que les membres de la famille parmi lesquels l'on notera la présence de la superbe Francesca Marciano dans le rôle d'Iliana vont être les témoins d'une série de meurtres dont ils seront eux-mêmes les victimes...


Arrive alors Martini (Gianni Cavina), détective qui débarque comme un cheveu dans la soupe et qui s'autoproclame ''chargé de l'enquête'' ! Tutti Defunti... Tranne i Morti, c'est d'abord et avant toute autre chose, une galerie de portraits comme les affectionne Pupi Avati. Bien que la présence des très séduisantes Francesca Marciano et de la française Greta Vaillant (dans le rôle de Hilde) soit particulièrement appréciable, le réalisateur insiste sur les ''difformités'' de plus ou moins grande importance. Ainsi, dans le rôle de Donald, un pervers obsédé par la masturbation suivant un traitement à base de chocs électriques, l'on retrouve l'acteur Pietro Bona, dont l’œil droit est absent. Bien qu'étant d'un physique normal, Giulio Pizzirani s'était pourtant montré plutôt incommodant lorsqu'il avait incarné le rôle d'Antonio Mazza dans La maison aux fenêtres qui rient. L'on retrouve ainsi son regard si particulier. Enfin, atteint de nanisme, Bob Tonelli interprète de son côté le rôle d'Ariano, l'un des frères de la fratrie. Pupi Avati s'amuse d'ailleurs de la petitesse du personnage pour le faire railler à plusieurs reprises par l'entremise de ses personnages. Bien que Tutti Defunti... Tranne i Morti appartienne effectivement à la catégorie du Whodunit, son auteur le fait par la voie du second degré. Et même, de la parodie la plus décomplexée. En cela, on peut regretter le choix de Pupi Avati tant son film abuse de l'humour le plus bouffon et pas forcément le plus drôle. Sans jamais relâcher la pression d'ailleurs, là où justement l'on aurait sans doute aimé qu'il fasse preuve d'un peu plus de sérieux selon les conditions dans lesquelles se retrouvent les personnages. Il n'en demeure pas moins que Tutti Defunti... Tranne i Morti bénéficie d'une très belle photographie qui renvoie directement à l'époque du tournage et de magnifiques décors dus aux séquences dirigées à Casalecchio di Reno, Émilie-Romagne ainsi qu'à Bologne. Notons enfin que le titre, d'une stupidité sans nom, délivre instantanément le nom du coupable. Une réflexion de quelques secondes permettra en effet aux plus réceptifs de comprendre le sens de cette phrase. Ajoutant à cela la preuve confirmant le fait que le concept final adopté dans le premier volet de la franchise Saw près d'un demi-siècle plus tard ne fut pas vraiment novateur...


 

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