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lundi 20 juillet 2026

Le bal des vampires de Roman Polanski (1968) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Lorsque l'on y songe, l'acteur, réalisateur, producteur et scénariste franco-polonais Roman Polanski aurait pu embrasser une carrière de cinéaste exclusivement spécialisé dans le fantastique et l'épouvante. Et pourtant, le sort ou un plan bien établit à l'avance en a décidé autrement. Cependant, au regard de Répulsion en 1965, Le bal des vampires en 1967, Rosemary's Baby en 1968 ou Le locataire en 1976 qui malgré ses atours de film fantastique demeure en réalité l'un des drames horrifico-psychologiques parmi les plus remarquables à avoir vu le jour sur un écran de cinéma, il est vrai que d'une certaine manière il a su anoblir des genres qui encore aujourd'hui et malgré leur évidente profusion restent pour certains un art mineur dans le septième art. The Fearless Vampire Killers adopte les mêmes velléités qu'un certain Young Frankenstein réalisé sept ans plus tard par Mel Brooks. Car dans un cas comme dans l'autre, il s'agit moins de se moquer d'un courant cinématographique que de lui rendre hommage sous le prisme de l'humour. De la comédie beaucoup moins potache que ses contemporains qui feront florès les décennies suivantes. La grâce avec laquelle Roman Polanski adopte son point de vue pour un genre qui fit ses premiers pas en littérature en 1819 avec l'ouvrage de l'écrivain et médecin britannique John Polidori, The Vampyre et au cinéma avec Le manoir du Diable de Georges Meliès reste avant tout son esthétisme. Le long-métrage semble en effet est en raccord total avec l’œuvre du peintre allemand Caspar David Friedrich. Même propension que le chef décorateur Wilfred Shingleton à dépeindre des environnements imposants, chargés d'un certain romantisme contemplatif. Tout comme le suisse Arnold Böcklin semble lui-même avoir été une source d'inspiration inépuisable à travers une œuvre à l'architecture gothique parcourue par la mort. Mais du gothique, justement, l'on retiendra surtout et avant tout, le cinéma britannique de la Hammer Film Productions et de ses quelques concurrents dont la Amicus qui noyèrent les années cinquante, soixante et soixante-dix d'un nombre impressionnant de longs-métrages mettant en scène des créatures issues du bestiaire fantastique.


Et donc parmi elles, les vampires. Ceux-là mêmes que l'on retrouve dans Le bal des vampires en 1967 où l'horreur est en permanence battu à plate couture par un humour parfois très grinçant. Roman Polanski n'en oublie cependant pas les fondamentaux du cinéma d'épouvante et fantastique. En ersatz du célèbre Comte Dracula, le Comte Von Krolock est incarné par un Ferdy Mayne qui lui-même marche sur les traces du plus connu des interprètes du mythique suceur de sang, Christopher Lee ! Moins productif en la matière que son concurrent britannique, il incarnera malgré tout le Comte Dracula une unique fois dans la comédie horrifique ouest-allemande Le Sabbat des vampires (Gebissen Wird Nur Nachts) de Freddie Francis en 1971 ! D'aucun pourrait considérer que le film de Roman Polanski a sévèrement pris un coup de vieux en près de soixante ans d'existence. Préférons plutôt lui prêter le terme de ''patine visuelle''. En réalité, le film est d'une beauté qui encore aujourd'hui est renversante. Comme posté devant une série de tableaux ayant pris vie, le spectateur ne peut être encore de nos jours que subjugué devant le travail colossal opéré par le chef décorateur Wilfred Shingleton donc, mais également par la costumière Sophie Devine ou le directeur de la photographie Douglas Slocombe. Le film n'aura ainsi subit les outrages du temps que pour celles et ceux qui ne jurent plus désormais que pour les blockbusters américains bourrés jusqu'à la gueule d'effets-spéciaux numériques. Là où sans doute le bas-blesse se situe dans le scénario de Roman Polanski et de Gérard Brach qui déjà a collaboré à plusieurs reprises avec le cinéaste franco-polonais. Car à bien y regarder, le sujet est on ne peut plus simpliste. 

 

Le scénario tourne autour du professeur et chasseur de vampires Abronsius (Jack MacGowran) et de son assistant Alfred (qu'incarne lui-même Roman Polanski) qui dès leur arrivée dans une auberge des Carpates sont saisis par l'ambiance et par le mutisme qui y règne dès que le premier évoque la présence dans la région d'un château ou l'existence des vampires. Tandis que le cinéaste s'emploie à filmer des séquences aussi inutiles qu'amusantes (l'aubergiste retrouvant de nuit sa maîtresse), le pire se prépare lorsque la fille des propriétaires est mordue par le Comte Von Krolock avant d'être kidnappée. Le reste de l'aventure se déroulera alors à l'intérieur du château où nos deux héros chercheront à sauver la jeune et délicieuse Sarah des griffes (ou plutôt des dents) du fameux Comte en question. Une Sarah interprétée par la magnifique actrice américaine Sharon Tate que Roman Polanski épousa un an plus tard mais dont on connaît bien évidemment le sort tragique puisque enceinte de plus de huit mois, la jeune femme fut assassinée par des membres de la ''Famille Manson'' dans la soirée du 9 août 1969. Comme Mel Brooks plus tard avec Frankenstein Junior, Roman Polanski parvient à doser à la perfection le comique avec les éléments surnaturels. Notons que le récit prend une certaines ampleur grâce à l'incroyable partition du pianiste et compositeur polonais Krzysztof Komeda auquel Roman Polanski confiera notamment celle de Rosemary's Baby un an plus tard. Bref, cinquante-neuf ans après sa sortie en salle, Le bal des vampires reste un classique du genre et un incunable pour celles et ceux qui voudraient s'initier au genre à travers une certaine ''légèreté''...


 

mercredi 15 juillet 2026

La Isla de la Muerte de Mel Welles (1967) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Les distributeurs français ont parfois de drôles d'idées. Comme celle, par exemple, d'avoir traduit La Isla de la Muerte du réalisateur, scénariste et acteur américain Mel Welles par Le baron vampire. À ne pas confondre bien évidemment avec Baron vampire (Gli Orrori del Castello di Norimberga) que réalisera cinq ans plus tard l'italien Mario Bava. Un titre français d'autant plus absurde qu'il aiguille le spectateur dans une mauvaise direction en le poussant à croire que les personnages du récit seraient confrontés à un suceur de sang aux dents longues alors que La Isla de la Muerte est en réalité beaucoup plus proche du roman de Herbert George Wells L'Île du docteur Moreau (The Island of Dr. Moreau) dans lequel un naufragé du nom d'Edward Prendick échouait sur une île et y découvrait la présence d'un savant fou (le Docteur Moreau du titre), un homme de science totalement obsédé à l'idée de transformer des animaux en êtres humains... Ici, le concept est à peu près le même à la seule différence où le Baron von Weser qu'incarne à l'écran l'acteur américain Cameron Mitchell est fasciné à l'idée de créer des espèces végétales mutantes. Un peu à la manière d'un whodunit qui dégénérerait pour se transformer au final en un film horrifico-fantastique, l'intrigue débute sur le continent où un homme harangue la foule en promettant la visite d'une île paradisiaque remplie d'une flore luxuriante. Six personnes prennent place à l'arrière de son véhicule et font donc route en voiture, puis à bord d'un ferry. À leur arrivée, ils sont les témoins d'un drame lorsque à bord d'une seconde voiture le chauffeur écrase accidentellement l'un des employés du propriétaire des lieux. L'homme meurt sur le coup mais le Baron von Weser les console en leur expliquant que la victime était atteinte de troubles mentaux. Une fois rassurés, les six convives pénètrent l'immense demeure de leur hôte... L'invraisemblable traduction française du titre s'explique de deux façons. La première étant que la région a été désertée par des villageois superstitieux convaincus que des vampires vivent sur l'île...


Quant à la seconde, nous ne la découvrirons que bien plus tard, après que l'on se soit par erreur forgé l'idée selon laquelle des ''descendants'' de Dracula sont responsables des quelques morts qui surviendront durant le récit ! Bien que le scénario de Mel Welles, d'Ernst Ritter von Theumer et de Stephen Schmidt se résume à ce que ce type de cinéma d'épouvante nous habitue généralement, le réalisateur dresse une galerie de personnages pas inintéressante. Outre l'énigmatique Baron et son serviteur Baldi (l'acteur Mike Brendel) qui fait figure d'ersatz du Igor de l'univers de Frankenstein, nos six touristes forment un groupe on ne peut plus hétéroclite et pour certains, relativement excentriques. Dans cette dernière catégorie nous citerons Cora Robinson (l'allemande Kai Fischer), femme adultère, alcoolique et un brin nymphomane qui se jette sur tout ce qui bouge au grand dam de son vieil époux, James (le suédois Rolf von Nauckhoff). Toujours dans la même catégorie, citons ensuite Myrtle Callahan (l'espagnole Matilde Muñoz Sampedro), une sexagénaire superstitieuse qui s'affole à la moindre occasion et qui n'aura de cesse que de trouver dans l'un des autres convives, le suspect idéal : le Professeur Julius Demerist (l'allemand Hermann Nehlsen). Botaniste de profession qui a toujours l'air d'avoir un balais profondément enfoncé entre les fesses, il se passionne pour les activités du Baron jusqu'à lui proposer de travailler à ses côtés. Cette étonnante galerie de personnages est complétée par un très joli couple. D'un côté, l'architecte David Moss (l'espagnol George Martin), jeune ''élégant'' particulièrement prévenant. Surtout s'agissant de la magnifique Beth Christiansen qu'interprète quant à elle la superbe actrice originaire de Grenade, Elisa Montés. Sympathique petit film d'horreur, La Isla de la Muerte ne trompe son monde pas très longtemps. Et même si certains meurtres sont exécutés hors champ histoire de cultiver le plus longtemps le mystère quant à leur auteur, il est assez facile d'imaginer que le tueur n'est peut-être pas celui qu'évoque le titre français. Notons qu'à l'internationale le long-métrage fut affublé de divers titres, tels l'assez peu gouleyant Bloodsuckers, mais également Slaughter of the Vampires ou Island of the Doomed...

 

lundi 13 juillet 2026

Carnage (Corruption) de Robert Hartford-Davis (1968) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ce qui saute aux yeux lorsque l'on découvre pour la toute première fois le septième long-métrage du réalisateur, producteur et scénariste britannique Robert Hartford-Davis est la relation qu'entretient son film avec un classique de l'épouvante hexagonale. En effet, même si le traitement infligé à Corruption et aux yeux sans visage de Georges Franju est sensiblement différent, l'un et l'autre s'inscrivent dans une certaine idée de la culpabilité, de la beauté et de la réparation. De manière beaucoup plus frontale et directe, le cinéaste britannique explore l'obsession entourant le personnage central. Et même celle de sa compagne, dont il est fou amoureux et dont il est en partie responsable de l'accident qui l'a défigurée ! Jaloux, le chirurgien plasticien Sir John Rowan, tente de maintenir son emprise sur Lynn Nolan (Sue Lloyd), mannequin de profession qui lors d'une dispute entre son compagnon et un photographe du nom de Mike Orme (l'acteur Anthony Booth) a reçu un projecteur en plein visage. Ruinant ainsi la carrière de la jeune femme, John Rowan n'a alors plus qu'une idée en tête : réparer sa faute en expérimentant un procédé chirurgical basé sur l'emploi d'un laser et de l'hypophyse qu'il prélève tout d'abord sur le cadavre d'une jeune femme reposant à la morgue avant d'être poussé par Lynn à l'extraire directement sur le corps de jeunes femmes qu'il agresse et tue. Car si les résultats se révèlent très positifs, les effets s'avèrent malheureusement temporaires... Quatre ans après The Black Torment, c'est la seconde fois que Robert Hartford-Davis réalise un film d'horreur. Et pour cela, il confie le scénario à Derek et Donald Ford qui semblent donc s'inspirer de l’œuvre du cinéaste français. Qu'ils aient été officiellement ou non sensibles au sujet du long-métrage de Georges Franju, Corruption reste de toute manière considéré comme une réinterprétation de ce chef-d’œuvre de l'épouvante à la française. Dépouillé de toute la poésie qui faisait partie intégrante des Yeux sans visage, le long-métrage de Robert Hartford-Davis s'inscrit ensuite dans une contre-culture typique de l'époque et au sein de laquelle le protagoniste principal à bien du mal à s'intégrer. Dans une Angleterre post soixante-huitarde (le film sort en décembre 1968 au Royaume-Unis), le film confronte un chirurgien établit comme étant l'un des meilleurs de sa profession à un monde alors en pleine mutation. Que l'on pourrait considérer, si l'on se positionne du côté de John Rowan, comme étant dégénérée. Tandis qu'il est le représentant symbolique d'une vieille garde campée sur des valeurs supposément ''rétrogrades'' ou du moins ''traditionnelles'', la séquence situant son action lors de la soirée peut se voir comme une confrontation culturelle et sociale entre l'ancien monde et celui qui à cette époque très précise est en train de bouleverser la société britannique. D'une contenance plutôt rigide, le chirurgien est ainsi confronté à la décadence d'une jeunesse sexuellement libérée, aux coutumes vestimentaires extraverties, plongé ainsi dans un univers qui ne lui appartient pas...


D'où son objection lorsqu'il constate cet esprit de liberté qu'il refuse d'accorder à sa compagne, préférant la maintenir sous une certaine emprise de peur qu'elle ne lui échappe. De ce constat revendiquant d'une part le maintient sous son joug de la jeune femme, une contradiction s'impose pourtant, le chirurgien acceptant alors contre son grès de se lancer dans un périple meurtrier qui, pour l'époque, se révèle relativement graphique en terme de scènes d'horreur. Incarné par un Peter Cushing que l'on avait généralement l'habitude de voir dans des rôles de ''gentils personnages'', l'acteur britannique interprète là un individu troublant. Le représentant d'une certaine morale qui dans le contexte de l'époque fait figure d'anomalie jusqu'à ce que la folie s'empare du personnage. Si certaines séquences s'avèrent relativement pénibles de part leur redondance, les meurtres expriment quant à eux le manque d'objectivité du personnage qui se sait condamné à commettre des meurtres puisque l'efficacité du traitement qu'il applique à Lynn reste de toute manière temporaire. Robert Hartford-Davis dézingue ici l'ordre moral en créant chez le chirurgien un désintérêt progressif pour l'éthique face à une Lynn qui risque de lui échapper. S'agissant des quelques meurtres étalés à l'image, on peut supposer qu'ils furent un choc pour une partie du public, peu habituée à assister à un tel étalage de violence sur grand écran. Robert Hartford-Davis use d'ailleurs de procédés qui accentuent la folie du personnage. Contre-plongée, utilisation d'un objectif grand angle permettant de déformer le visage de l'assassin, les proportions du meurtrier sont ainsi déformées. L'on remarquera la résistance des victimes, prouvant que d'origine, le chirurgien n'est pas ''constitué'' afin de commettre des meurtres. Notons en outre que Robert Hartford-Davis s'amuse à filmer les crimes en vue subjective. Positionnant non pas la caméra dans le dos du tueur mais dans celui des jeunes femmes qu'il assassine. Notons enfin cette conclusion pleine d'interrogations et que l'on a bien du mal à s'expliquer. Tandis que John Rowan semble rendre son dernier souffle, visage face caméra, l'intrigue remonte le fil du récit jusqu'à ce moment très précis précédant le drame qui eut lieu lors de la soirée. Quel est donc le sens de cette fin de récit ? J'attends toujours et encore la réponse...

 

mercredi 13 mai 2026

TROMA : The Battle of Love's Return de Lloyd Kaufman (1969) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Lloyd Kaufman débute sa carrière de cinéaste en 1969 alors qu'il en est encore à sa deuxième année à l'université de Yale. Le futur co-fondateur avec Michael Herz de la fameuse société de production et de distribution indépendante américaine Troma Entertainment débute à la réalisation, l'écriture et la production avec la comédie The Girl Who Returned. Enchaînant deux ans plus tard en 1971 avec The Battle of Love's Return, l'homme signe une œuvre satirique, humoristique et surréaliste qui d'une certaine manière convoque le cinéma burlesque de la première moitié du vingtième siècle, voguant ainsi entre séquences réalistes en noir et blanc lors desquelles sous son véritable patronyme il interviewe divers intervenants et plans en couleurs durant lesquels il est filmé dans la peau du personnage principal prénommé Abacrombie. Un jeune homme qui n'a pas vraiment de chance dans la vie puisque à chaque fois qu'il trouve du travail, il est invariablement mis à la porte. En outre, Abacrombie est très amoureux d'une jeune serveuse qui travaille dans un bar mais qu'il n'ose toujours pas aborder... Pour son second long-métrage, Lloyd Kaufman critique tour à tour l'armée, l'église et une vision toute personnelle des rapports avec ses concitoyens. Qu'il s'agisse d'entreprendre d'aider une dame d'un certain âge à traverser un passage piéton ou de déclarer aussi maladroitement que possible son amour pour une jeune femme totalement différente à son égard, notre héros trimballe sa bonhomie dans une ville qui lui est étrangement hostile. Parcourant la nature humaine à travers de faux portraits, tels ceux d'un homme d'affaire, d'un poète sous influence de psychotropes, d'une vieille dame, d'une jeune femme très pieuse, d'un psychiatre, d'un propriétaire de librairie de charme ou encore d'un prédicateur, le cinéaste intercale ces séances d'interviews de scènes burlesques confrontant son personnage à des situations souvent absurdes. C'est ainsi qu'en aidant une vieille dame à traverser la rue, celle-ci se met à hurler, attirant une foule bigarrée comme Lloyd Kaufman aimera plus tard en ponctuer ses prochains films sous le sceau de la Troma Entertainment. Une déconvenue amorçant le triste sort d'un homme déambulant sur le chemin devant le mener jusqu'à son lieu de travail, sans cesse harangué par une foule toujours plus hostile à son égard. Cherchant même du secours auprès d'un psychiatre (celui-là même que le réalisateur interviewa juste avant), Abacrombie est mis devant le fait accompli : viré là encore du cabinet du spécialiste, le jeune homme ne peut qu'accepter l'évidence...


Personne ne l'aime. Comme s'il dégageait une aura négative et comme si le malheur, chaque fois, devait se pencher sur lui. Embauché pour marquer les nombreux câbles d'un pont avant que des employés ne viennent les peindre, une gamine s'amuse à les arracher durant le temps qu'est imparti à Abacrombie pour prouver à son nouvel employeur qu'il est capable d'effectuer les tâches qui lui incombent. Fauché mais non dénué d'un certain charme, The Battle of Love's Return séduit par son apparente naïveté même si déjà Lloyd Kaufman confronte l'un de ses premiers personnages à la dure réalité de l'existence. Il faut savoir qu'en outre ce second film du cinéaste fut pour un certain Oliver Stone, futur réalisateur de Wall Street, de The Doors, de JFK ou de Natural Born Killer, l'occasion d'apparaître pour la toute première fois de sa carrière devant une caméra puisque aussi discrète soit sa participation aux aventures d'Abacrombie, il y incarne le tout petit rôle de Cliff ! Et s'il y a de fortes chances pour que l'on ne s'aperçoive pas de sa présence à l'image, il en est une dont nous n'oublierons par la participation. Car en effet, dans le rôle de la ''Fille de rêve'' sur laquelle a jeté son dévolu le héros du récit, l'on retrouve l'actrice américaine aux yeux de chats, Lynn Lowry. Et pour celles et ceux qui n'ont pas connaissance de son nom, les amateurs de fantastique et d'épouvante se souviendront d'elle pour avoir été surtout présente sur les plateaux de tournage de The Crazies de George Romero en 1973 et de Shivers de David Cronenberg en 1975. Dans The Battle of Love's Return, elle incarne cette jeune femme inaccessible pour notre héros, présente à diverses occasions et dans différentes situations (serveuse dans un bar, secrétaire de bureau, membre d'un groupe de hippies...). Autant The Battle of Love's Return est une comédie sociale satirique plutôt amusante, autant la fin tragique de son personnage central laisse un goût amer sans doute recherché par un Lloyd Kaufman encore très timide en matière de provocation. Notons en outre que le propre père du réalisateur avoua que sa scène préférée est celle où son ''fils'' est tué après être parti sur le front...

 

dimanche 3 mai 2026

Las Trompetas del Apocalipsis de Julio Buchs (1969) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout commence avec le retour à Londres du marin de profession, Richard Milford. Lorsque celui-ci arrive chez sa sœur, c'est pour apprendre qu'elle s'est apparemment suicidée. Malgré des témoignages qui vont à l'encontre des certitudes de la police qui a depuis bouclé l'affaire, la mort par suicide a donc été officialisée. Pourtant, lorsque Richard apprend que le professeur de musique de sa sœur s'est lui aussi suicidé, le marin décide de se lancer dans sa propre enquête. Sur les conseils d'une connaissance de sa sœur, l'homme commence par se rendre dans une discothèque où à ses habitudes un certain Boris Molders dit ''Le roumain'' ! Puis c'est au tour du neveu du professeur de musique de recevoir la visite de Richard Milford..... Le héros évolue dans un monde de hippies très caricaturaux, ressemblant à des gourous, des messies ou des hommes des cavernes, défoncés à la marijuana, portant des peaux de bêtes tandis que leurs pendants féminins adoptent parfois des tenues typiques du peuple amérindien. Bref, c'est la cour des miracles car quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, l'image édulcorée de l'homme ou de la femme prônant les vertus du ''Peace and Love'' s'efface ici au profit d'une violence exacerbée que l'on prêtera pourtant historiquement et généralement aux '' Blousons Noirs'' !  Musique psychédélique et funky sont au programme d'un giallo d'un genre assez particulier où le défilé d'un certain nombre d'adonis laisse entendre que le réalisateur sait s'entourer d'interprètes charismatiques... Comme cela arrive parfois dans ce genre de production, la police n'en branle pas une et semble vouloir demeurer sur ses positions : celle selon laquelle la sœur de Richard Milford s'est suicidée. Et quand bien même le professeur de musique de la jeune femme aurait perdu la vie dans des conditions étrangement similaires, pour les flics cela ne fait pas un pli: Suicide ! Suicide ! Suicide ! Notre marin de profession se voit donc ainsi contraint d'enquêter personnellement sur le décès de sa sœur. Si les spectatrice tomberont probablement sous le charme de Brett Halsey ou de Manuel del Blas, les spectateurs, eux, seront évidemment séduits par les actrices Marilù Tolo et Romina Power. En outre, le titre original du long-métrage du réalisateur et scénariste madrilène Julio Buchs Las Trompetas del Apocalipsis semble durant un temps vouloir se référer indirectement aux sept trompettes du Livre de l'apocalypse sonnant chacune à leur tour l'avènement d'événements apocalyptiques !


Mais en réalité, malheureusement, rien d'aussi mystico-religieux même si l'on reste éventuellement dans une même veine à travers ce récit finalement moins farfelu qu'il n'en a l'air. Car si trompettes du Livre de l'apocalypse n' ont finalement aucun rapport, c'est bien d'un écrit vieux de plusieurs millénaires dont il s'agit ici. Un texte très ancien provenant de la Mésopotamie et dont la pleine comprehension ordonné visiblement l'usage d'une drogue bien spécifique... causant de graves hallucinations qui pousserait donc ses usagers au suicide ! En dehors du cadre strict du récit, de l'interprétation et de la mise en scène qui sont souvent tout juste passables, quelques anecdotes plus ou moins croustillantes tournent autour des différents titres qu'ont donné au long-métrage de Julio Buchs les différents distributeurs à travers le monde. Du fait qu'il s'agisse d'une production italo-espagnole, le film ne porte pas le même selon qu'il s'agisse de sa distribution dans l'un et l'autre de ces pays. Si en Espagne celui-ci est donc connu sous l'appellation Las Trompetas del Apocalipsis et aux États-Unis sous celle de Murder by Music, chez nous il fut très sobrement traduit sous le titre de Mortelle symphonie. Mais aussi sous celui de Perversion Story. Et pour celles et ceux qui connaissent bien le cinéma du réalisateur italien Lucio Fulci, cette traduction peut prêter à confusion puisque l'auteur de Frayeur, de L'au-delà ou de La maison près du cimetière réalisa la même année que Las Trompetas del Apocalipsis, l'excellent Una sull'altra. Un autre giallo qui chez nous fut également renommé sous le titre Perversion Story. Par contre, lorsque l'on évoque le titre propre à la distribution transalpine du long-métrage de Julio Buchs, c'est là que les choses se gâtent. En effet, sous l'appellation I Caldi Amori di una Minorenne se cache la très ambiguë traduction Mon amour tendre pour un mineur. Drôle de choix lorsque l'on y pense, surtout que l'évocation propre au titre italien ne se réfère jamais au contenu du film... A Final, Las Trompetas del Apocalipsis est une œuvre mineure du genre Giallo. Atypique, parfois surprenante, mais aussi terriblement datée...

 

mercredi 25 mars 2026

Love After Death de Glauco Del Mar (1968) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

MON DIEU ce que ça peut être mauvais... En pleine période Nudies, je ne m'attendais pas à devoir passer une telle épreuve. Pourtant, le genre étant noyé sous un nombre incalculable de navets, celui-ci demeure pour l'instant ma pire expérience en la matière. Et pourtant, il y avait de quoi se réjouir devant un tel sujet. Imaginez : Détenteur d'un compte en banque plutôt fourni, Montel (l'acteur Guillermo De Córdova) est marié à Sofia (Carmin O'Neal) depuis six mois lorsqu'il meurt d'une crise cardiaque. Le pauvre n'aura jamais connu l'amour charnel puisqu'il était impuissant. Sa veuve, son meilleur ami, son médecin et son assistant ainsi que deux employés assistent aux obsèques. Problème numéro un : l'homme n'est pas mort mais vient d'avoir une énième crise de catalepsie. Incapable de bouger, il voit se refermer au dessus de sa tête, le couvercle du cercueil... Une fois enterré, Sofia s'empresse de profiter de la fortune de son cher défunt aux côtés du docteur Anderson (Roberto Maurano) qui en outre s'avère être son amant. Tous deux savent très bien que Montel n'est pas mort et comptent sur le fait qu'il doit logiquement mourir étouffé dans son cercueil. Problème numéro deux : l'homme parvient à s'extraire de la tombe et après avoir erré dans le cimetière, l'heure de la vengeance a sonné. Mais avant toute chose, il doit se prouver à lui-même qu'il est capable de faire l'amour à une femme. Alors, revêtu d'un costume blanc, il suit une inconnue dans la rue, puis la piège dans l'entrée d'un immeuble, l'étrangle et s'introduit chez la concierge, témoin de l'agression. Tandis que cette dernière est acculée dans le coin de son salon, Montel déshabille sa victime, lentement, très lentement, beaucoup trop lentement, et commence à la caresser, langoureusement, très langoureusement, beaucoup trop langoureusement. Apparemment très excitée, la concierge roule des yeux, se pince les lèvres, tandis que Montel essaie tant bien que mal de trouver l'excitation qui prouvera qu'il est enfin un homme. Pas de bol, cela ne fonctionne pas. De plus, voilà t'y pas que la morte n'est pas... morte mais bien vivante. Choquée ? Tu parles. Voilà t'y pas qu'à son tour la situation lui procure des sensations qui plutôt que de la pousser à fuir la scène tendent à l'exciter et à se laisser faire par son agresseur. Que constate-t-on ? Qu'en plus d'être un pitoyable amant, Montel est en outre un très piteux assassin ! S'ensuit une succession de séquences dont l'unique intérêt se trouve dans les innombrables scènes de nus, épouvantablement interminables et interprétées par des ''actrices'' qui n'ont de ''métier'' que le nom...


Car il faut les voir se trémousser avec dans le regard, cette expression qui parfois donne une définition assez juste du dégoût. Ouais, bon, j'en rajoute un peu mais bon... Pas moyen ici de s'exciter la nouille, je le confirme ! Côté vengeance, va falloir patienter parce Montel est si préoccupé par ce blocage d'ordre sexuel qui semble avoir poussé son épouse et son amant à fomenter sa mort (peut-être aussi un peu pour des questions d'argent, il est vrai) que le bonhomme va passer le plus clair de son temps à chercher celle qui, justement, parviendra à éveiller chez lui cet enthousiasme sexuel qui lui fait défaut ! D'une durée n'excédant pas les soixante-douze minutes, Love After Death (également connu sous le titre Unsatisfied Love) n'est pas comme pourrait le laisser entendre son intitulé, une œuvre axée sur la nécrophilie. Quoique, si l'on tient justement compte de la séquence se déroulant chez la concierge, on peut avoir quelques doutes à ce sujet. Mais non, le titre fait sans doute plutôt référence au fait que Montel entretienne divers relations après qu'il soit sorti de sa tombe ! L'on a droit en outre à une enquête policière qui n'a ni la saveur ni l'intérêt du plus petit thriller qui soit. Une phase du récit très homogène avec le reste de l'intrigue puisque rien, non, vraiment rien ne vient nous confirmer que l'on a bien fait de se lancer dans ce Nudies imbitable si ce n'est qu'il est parfois involontairement drôle. On pense notamment à cette séquence durant laquelle le détective (dés)incarné par Angel Mario Ramirez apprend à Anderson et à Sofia que Montel est toujours en vie. Après le départ du dit détective, la jeune femme séduit l'un des deux autres complices de la machination visant à éliminer son époux dans l'entrée alors même que le Docteur est dans la pièce d'à coté. Lui jetant des œillades aussi excitantes que le regard mort d'un mérou agonisant au soleil sur l'étal d'un poissonnier. Mise en scène bâclée, montage d'un autre monde (sans doute celui d'un technicien qui avait probablement d'autres chats à fouetter), amateurisme généralisé de la part de toutes celles et ceux qui apparaissent à l'image, redondance, apathie elle aussi généralisée, bref, l'ennui guette dès la première séquence et ne nous lâche pas une seule seconde jusqu'au générique de fin. Ce second des quatre longs-métrages réalisés par Glauco Del Mar et à bannir définitivement de vos plannings ciné !

samedi 7 mars 2026

Les Tortillards de Jean Bastia (1960) - ★★★★★★☆☆☆☆



Parfois connu sous les titres Les Tortillards sont là ou Après Nous les Mouches, le cinquième long-métrage du cinéaste français Jean Bastia, Les Tortillards (et deuxième auquel participa Louis de Funès la même année, en 1960), ne s'encombre pas vraiment d'un scénario digne de ce nom. Épaulé par son frère, le compositeur d'opérettes Pascal Bastia, le cinéaste propose une farce aux allures de théâtre de boulevard déstructuré inspiré des grands auteurs tels qu'Edmond Rostand et son célèbre Cyrano de Bergerac, qui, ici, sont maltraités par une famille de comédiens dirigée par César Beauminet, lequel est poursuivi par un huissier de justice. Forcés de prendre la fuite, les Beauminet et l'équipe qui complète la troupe partent en tournée en Province, accompagnés pour l'occasion de Gérard Durand, fiancé à Suzy, la fille de César, et fils d’Émile Durand, l'inventeur de l'insecticide « Cicéron ». Ce dernier voit d'un assez mauvais œil le départ de son fils, surtout après qu'un quiproquo l'ait fait confondre avec l'huissier venu se présenter tout comme lui à la famille Beauminet.

Sur la route, César et les siens ont bien du mal à se faire de l'argent. Le public suit, mais les recettes sont maigres et insuffisantes pour leur permettre de manger à leur faim. Gérard qui au départ ne faisait que les accompagner finit par se voir offrir d'importants rôles au seins des pièces présentées au public. Pendant ce temps là, et alors que l'épouse et la sœur d’Émile décident de retrouver la troupe en tournée, celui-ci a bien du mal à trouver la recette miracle qui permettrait à son insecticide de contrer celui de son principal rival. Suivi de son collaborateur Léon, il décide à son tour de prendre la route afin de rattraper la troupe. Peut-être un moyen de valoriser enfin son invention...

Parce que Les Tortillards manque singulièrement d'un scénario solide, le long-métrage de Jean Bastia repose uniquement sur le jeu de ses interprètes. Et en la matière, Jean Richard, celui-là même qui débutera sept ans plus tard une longue carrière à la télévision dans le rôle du commissaire Maigret en fait des caisses. Plus que Louis de Funès, qui se retrouve souvent au second plan, et Roger Pierre, qui incarne le fils de ce dernier, Jean Richard joue davantage à la manière d'un comédien que d'un acteur. Comme la plupart des interprètes qui autour de lui nous proposent un spectacle explosif totalement brouillon mais ne souffrant quasiment pas de temps morts. Reposant essentiellement sur les diverses interprétations de pièces célèbres, Les Tortillards n'est pratiquement qu'une succession de scènes de théâtre filmées, accueillies par un nombre restreint de spectateurs. Une tournée sans enjeux pour une troupe affamée et désargentée qui pourtant reste soudée malgré l'adversité.

Le film de Jean Bastia est vif, sympathique, dévoilant une énergie folle. Et même si l'on y espère découvrir surtout Louis de Funès, sa présence moins importante que celle de la majorité des interprètes ne l'empêche jamais de marquer les esprits à travers ce rôle qu'il aura toujours continué à incarner durant toute sa carrière. La conséquence des faiblesses scénaristiques fait que le film n'est jamais vraiment drôle. Amusant, certes, grâce à l'énergie déployée par la majorité de ses interprètes, mais mineur en comparaison de bon nombre de comédies à l'affiche desquelles trônait en bonne place Louis de Funès...

dimanche 1 février 2026

Bad Girls go to Hell de Doris Wishman (1965) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Figure apparemment emblématique du cinéma d’exploitation indépendant des années 1960, la réalisatrice, scénariste, monteuse, productrice et actrice américaine Doris Wishman a réalisé en quarante-deux ans de carrière une trentaine de longs-métrages donc quelques sympathiques navets, tel le déplorable film de science-fiction Nude on the Moon en 1961. Une œuvre qui sept ans après sa découverte le 2 septembre 2019 hante encore mes nuits les plus agitées. Un Nudie relativement hors-norme dans lequel le scientifique Jeff Huntley et le Professeur Nichols atterrissaient à la surface de la Lune pour y découvrir une espèce extraterrestre humanoïde en tous points semblable aux terriens en dehors du fait que ses représentants de sexe féminins s'y promenaient à moitié nus ! Celui qui n'a jamais entendu parler de Bad Girls go to Hell sait pourtant déjà que ce petit long-métrage d'à peine une heure et cinq minutes a de fortes chances d'être du même tonneau. Un film au titre d'ailleurs légèrement trompeur puisque ''Les filles'' ne sont en réalité qu'une seule et même femme et quant à savoir si celle-ci est ''Mauvaise'', il faudrait se pencher sur son cas très précis. En effet, tout comme Thania (l'actrice Zoë Lund), héroïne de L'Ange de la vengeance que réalisa seize ans plus tard Abel Ferrara, Meg Kelton (Gigi Darlene), une habitante de Boston, est violée par le concierge de son immeuble à deux reprises. Et deux fois, c'est au moins une fois de trop. Alors que l'homme a réussi à l'attirer chez lui, se saisissant d'un dessous de plat en porcelaine, la jeune femme fracasse le crâne de son agresseur avant de prendre la fuite et de se réfugier dans l'appartement qu'elle partage avec son mari. Tandis que ce dernier est parti travaillé, et très inquiète à l'idée de finir ses jours en prison, Meg plie bagages et s'enfuit pour New York. Vadrouillant en ville et ne sachant où elle va pouvoir dormir le soir venu, la jeune femme fait une première rencontre en la personne d'Al Bains. Un très sympathique jeune homme qui l'invite à passer la nuit chez lui en tout bien tout honneur. L'une des plus importantes failles du genre Nudies réapparaît ici une nouvelle fois. Visiblement peu soucieuse au sujet de la crédibilité, Doris Wishman ne voit rien à redire à son propre scénario...


En effet, comment une femme qui a fuit un violeur peut-elle accepter ensuite de monter dans l'appartement d'un inconnu ? L'homme étant un alcoolique qui tente de combattre son addiction, voilà qu'en outre Meg déniche une bouteille sans doute oubliée par son propriétaire dans un placard et auquel elle sert un verre avant qu'il ne se saisisse de la bouteille pour la vider cul-sec. Devenant violent envers la jeune femme, celle-ci profite finalement de l'ivresse de son hôte pour prendre la fuite. Et le reste de Bad Girls go to Hell est construit ainsi, sur diverses rencontres plus ou moins amicales. Après être partie précipitamment de l'appartement d'Al, elle louera une chambre à une certaine Madame Grace (Marlene Starr) dont l'époux incarné par Charles E. Mazin tentera à son tour de la violer. Bref, la pauvre Meg n'aura pas de chance et continuera de faire d'autres rencontres jusqu'à croiser le flic... qui enquête justement sur la mort du concierge... Contrairement à beaucoup de Nudies, celui-ci n'est pas trop mauvais. Et même s'il s'agit d'une petite production que l'on devine plutôt fauchée, un effort a visiblement été consenti au niveau écriture. Et même si certaines invraisemblances viennent s'intercaler lors des errances de notre héroïne, ça va, on a vu pire. Par contre, les amateurs de nudité n'en auront sans doute pas pour leur argent. Étonnamment, Bad Girls go to Hell se montre relativement timide en la matière. Alors que de nombreuses productions du genre ne lésinent pas sur les actrices qui se déshabillent dès que la caméra tourne, ici rien de bien émoustillant. Une toison entraperçue à travers une robe en dentelle, deux ou trois paires de fesses mais pas une seule poitrine, la réalisatrice et ses interprètes se démenant pour que n'apparaisse à l'écran que la silhouette d'un sein à peine dessiné. D'un autre côté, cela empêche Bad Girls go to Hell de trop tourner en rond et autour de séquence de sexe toutes plus mornes les unes que les autres. La cinéaste prend soin de son bébé et lui accorde un script beaucoup plus détaillé que d'habitude et socialement ''engagé''. Bref, un exemple de Nudies qui pour une fois démontre que parfois le ''miracle'' peut avoir lieu...

 

vendredi 30 janvier 2026

Strange Rampage de Harry Kerwin (1967) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Vous aimez pisser dans un violon ? Jeter du sel dans la mer ? Parler aux murs ou plus simplement, perdre votre temps ? Alors il y a de fortes chances pour que Strange Rampage de Harry Kerwin soit fait pour vous. Que le ciel me tombe sur la tête, qu'un ouragan emporte ma demeure, qu'une invasion de rats vienne piller mes réserves de nourriture si un jour je trouve pire ''film'' à me coller devant la rétine. Et pourtant, hier encore, j'étais persuadé qu'avec Love after Death de l'argentin Glauco Del Mar j'avais atteint les limites raisonnables d'un type très particulier de longs-métrages. Le nudies... Ce très curieux sous-genre qui fit florès dans les années cinquante et soixante et dont le principe plus que douteux fut largement exploité sur le territoire américain a pour principal ''intérêt'' d'exhiber de jolies jeunes femmes à majorité blondes et brunes (où sont donc passées les rouquines?). Non pas vêtues de robes de soirée élégantes mais presque nues comme des vers, poitrines saillantes, fessiers molletonnés, ligne d'épaule délicate et surtout, oui, surtout, bouche cousue ! Bref, des objets de fantasmes qui une fois encore avec Strange Rampage posent la question de l'intérêt de ce genre de productions généralement mal filmées, mal interprétées, mal écrites et techniquement à la ramasse. Oh, j'en vois bien qui ont une réponse toute faite à cette question, la main tendue vers le pantalon, caressant langoureusement la braguette ou les premiers boutons, dans l'attente du top de départ pour se donner du plaisir devant Miss ''Boobs'' en personne ! Mais trêve de plaisanterie, l'heure est grave. Tandis qu'aujourd'hui les néo-féministes hissent des pancartes castratrices à base de ''A bas le patriarcat'', à l'époque l'on était moins regardant sur la marchandise. Entre droit de regard inexistant et droit de cuissage très opérant, Strange Rampage semble se vouloir autant une comédie qu'une vue sur le sujet de la sexualité féminine. Ici, frustrée et présentée par un pseudo psychanalyste pour qui le secret médical est un concept apparemment superfétatoire. Soixante-cinq minutes durant, le docteur Nathan Sarbone (Brad F. Grinter) nous explique que des femmes vivant seules sont rendues folles par la solitude...


Afin de pallier au manque d'hommes dans leur existence, celles-ci compulsent une brochure vantant les mérites de Miami Beach. L'occasion pour notre spécialiste es sexologie d'évoquer le cas de quatre femmes dont deux au moins valent le détour. À commencer par Ann Rowe (Ann Howe) qui, convaincue d'être atteinte d'une éruption cutanée, ne peut s'empêcher de se foutre à poil afin de montrer ses boutons à des inconnus. Ou encore le cas de Sally Lane (Bunny Ware), jeune femme très physiquement pointilleuse s'agissant des hommes. Bien qu'elle finisse par trouver le conjoint idéal se pose un sérieux problème : la jeune femme ne parvient pas à le charmer malgré d'innombrables tentatives de séduction. Et l'on comprendra rapidement pour quelle raison ! Si Love after Death (qui devrait apparaître ici très prochainement) était déjà très mauvais, Strange Rampage élève le genre Nudies au panthéon du navet ! Malgré des actrices qui se laissent amadouer au point que l'on se demande si elles iront jusqu'à ôter ce petit bout de tissu qui camoufle leur toison (ce qui, malheureusement, n'arrive jamais) et dont les corps ne souffrent d'aucune imperfection ou presque, ce court long-métrage de Harry Kerwin n'offre en réalité que peu d'intérêt. Du Soft-porn effeuillant juste assez ses interprètes pour que les libidineux spectateurs visés soient attirés telle des guêpes par le miel mais pas assez pour que l'amateur de porno hardcore ''se fasse la main'' sur des actrices monolithique dont les cours de théâtre auront probablement cessé au bout d'une semaine seulement. Beaucoup trop de blabla de la part du docteur Nathan Sarbone mais aussi et surtout, des scènes interminables. Comme cette jolie blonde à forte poitrine (comme dirait un ancien humoriste) se déshabillant devant un parterre de ''messieurs'' très bien élevés et s'exhibant durant pas moins de... sept... longues... minutes ! Le concept était de base plutôt original mais le résultat final sonne malheureusement creux. Aucun intérêt ou presque pour le spectateur lambda. Car à moins d'être un ''Nudiesophile'' forcené, Strange Rampage n'est d'aucun intérêt. D'un point de vue cinématographique ou psychanalytique... Vous êtes prévenus...

 

mercredi 28 janvier 2026

The Sex Killer de Barry Mahon (1967) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Nous sommes en 1967, soit trois ans après que le tueur en série américain Albert DeSalvo ait été arrêté. Surnommé ''L'étrangleur de Boston'', ce plombier qui profitait de sa profession pour pénétrer dans l'appartement de ses futures victimes les mettait en confiance avant de les étrangler de ses propres mains ou à l'aide d'objets divers tels les collants que ses proie portaient sur elles. Alors qu'en 1968 les meurtres commis par Albert DeSalvo inspireront le film The Boston Strangler de Richard Fleischer, il est fort possible qu'un an auparavant The Sex Killer de Barry Mahon ait lui-même été inspiré par les atrocités commises par ce célèbre tueur en série. Même méthode s'agissant des meurtres, ici également perpétrés avec les bas des victimes. Même propension à s'introduire chez elles même si le métier du tueur ne sert absolument pas de prétexte à ''s'inviter'' dans leur appartement. Dénué de bande musicale, The Sex Killer examine l'évolution d'un obsédé sexuel qui aux prémices des multiples assassinats qu'il va bientôt commettre travaille au rayon stockage d'une petite entreprise de fabrication et de location de mannequins d'exposition. Fasciné par les femmes mais incapable d'entretenir une relation normale avec elles, l'homme commence tout d'abord par s'acheter une paire de jumelles qu'il utilise afin d'épier de jeunes femmes se faisant bronzer sur la terrasse des immeubles voisins. L'on notera d'ailleurs deux choses au sujet de ces séquences. Tout d'abord que les figurantes sont toutes plus mauvaises les unes que les autres et que le fait qu'elles n'aient pas la moindre petite ligne de dialogue à prononcer est une très bonne chose. Ensuite, Barry Mahon a la curieuse idée de les filmer sous différents angles. Développant ainsi chez le spectateur, plusieurs hypothèses dont deux au moins s'avèrent en tous points fantaisistes. Commençons d'abord par ce qui semble être le plus crédible. Que le réalisateur ait tout simplement choisi d'exploiter le corps de ses figurantes sous tous les angles afin que le spectateur profite de leurs atouts physiques. Et ce, quitte à rendre invraisemblable les perpétuels changements de points de vue ! Maintenant, élaborons un principe aujourd'hui très à la mode mais qui à l'époque, si tant est que Barry Mahon ait pensé ces scène ainsi, auraient pu passer comme étant ''révolutionnaires'' !


Concevoir l'idée qu'au sommet de chaque tour, de chaque building, de chaque terrasse se cache peut-être et même sans doute, un voyeur et un tueur potentiel. Soit le mouvement #MeToo à l'échelle du septième art conceptualisé des décennies en arrière... Enfin, et cela est évidemment à prendre au dixième degré, peut-être le tueur, prénommé Tony et incarné par Bob Meyer est-il en mesure de se téléporter instantanément d'un immeuble à l'autre afin de reluquer les jeunes femmes sous tous les angles ? Si l'on est en droit de penser qu'Albert DeSalvo fut la principale source d'inspiration de ce moyen-métrage qui n'excède pas les cinquante-cinq minutes, l'acteur qui tient le rôle de l'assassin ressemble par contre étrangement à l'un des tueurs en série français parmi les plus connus et qui sévit quant à lui dans les alentours de Nogent-sur-Oise entre le 10 janvier 1969 et le 06 janvier 1976 : Marcel Barbeault ! La ressemblance entre les deux hommes est effectivement très frappante mais n'est par contre que le fruit du hasard puisque le tueur français ne perpétra ses meurtres que deux ans après la sortie de The Sex Killer. De là à imaginer qu'il ait pu lui-même tomber par hasard sur une copie du film l'ayant par la suite inspiré, il y a tout de même peu de chance que cela soit le cas... Pourtant limitée, une diffusion du film sur grand écran eut bien lieu, dans de petites salles ou directement dans les Drive-In américains. Mal joué, surtout par les actrices, l'on retiendra sans doute la parenté scénaristique qui existe entre The Sex Killer et l'un des plus grands classiques du Psychokiller, un certain Maniac réalisé treize ans plus tard par William Lustig. Pourtant, ce dernier n'a jamais proféré le moindre mot s'agissant du long-métrage de Barry Mahon, ses références étant alors à aller chercher ailleurs. Dans les méfaits perpétrés par un autre célèbre tueur en série américain du nom de David Berkowitz, dans le film d'Alfred Hitchcock Psychose ou dans certains gialli italiens des années soixante-dix... Quant à lui, The Sex Killer reste une curiosité, entre Psychokiller, drame détaillant le quotidien morne et compulsif d'un désaxé sexuel taiseux, solitaire, asocial et mal dans sa peau et Nudie Cutie consacrant une importante part des séquences à la nudité...

 

dimanche 19 octobre 2025

La Meurtrière diabolique (Strait-Jacket) de William Castle (1964) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La folie au cinéma est une thématique récurrente sur laquelle se sont penchés d'innombrables cinéastes à travers le temps. De grands réalisateurs s'y sont également intéressés. Au titre des plus grandes œuvres, l'on citera Soudain l'été dernier de Joseph L. Mankiewicz en 1959, Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich en 1962, Shock Corridor de Samuel Fuller en 1963 ou encore Vol au dessus d'un nid de coucou de Miloš Forman en 1975. Bon nombre de cinéastes spécialisés dans le cinéma d'épouvante se sont également emparés du sujet. Difficile de les énumérer tous mais parmi eux, l'autrichien Gerald Kargl la traita en 1983 avec son remarquable et éprouvant Schizophrenia. Un long-métrage si déstabilisant que son auteur se retrouva financièrement démuni et contraint de travailler dans la publicité afin de rembourser ses dettes ! Dans certains pays où le film sera interdit ou écopera d'un classement X au même titre que le cinéma pornographique, il faudra patienter de longues années avant que le public puisse enfin le découvrir... Mais revenons en arrière, jusqu'en 1964, année où fut projeté sur les écrans La Meurtrière diabolique (Strait-Jacket) du réalisateur américain William Castle, œuvre marquée d'une interdiction aux moins de treize ans et d'un avertissement pour violence, gore et contenu dérangeant. Aussi puissant qu'est le titre dans sa traduction française que dans sa version originale (laquelle signifie Camisole de force), le film est d'abord l’œuvre d'un réalisateur puis d'un scénariste qui tous deux se sont chacun dans leur catégorie, spécialisés dans le cinéma et le roman d'épouvante. Du premier l'on retiendra l'usage de gadgets à l'attention des spectateurs lors de la projection de plusieurs de ses longs-métrages en salle. Au titre desquels, La nuit de tous les mystères et Le désosseur de cadavres en 1959 et 13 Fantômes l'année suivante.


Quant au second, le célèbre écrivain américain Robert Bloch, il est surtout devenu mondialement célèbre pour avoir été à l'origine en 1959, l'auteur du roman Psychose que le cinéaste Alfred Hitchcock adapta sous le même titre l'année suivante... Huit ans avant qu'il ne retourne à des ''aspirations'' d'ordre psychiatrique en écrivant le scénario du film à sketchs de Roy Ward Baker Les Mystères d'Asylum, Robert Bloch se pencha sur l'écriture de ce qui à l'écran deviendra La meurtrière diabolique. William Castle, qui ne renie alors pas le genre qui le rendit célèbre se montre pourtant beaucoup plus sobre dans sa description de l'horreur et de l'épouvante. Et pourtant, si le film a écopé d'un PG-13 sur le territoire américain, ça n'est pas pour rien. En effet, bien que l'on soit là face à un drame domestique au sein d'une famille au terrible passé, William Castle assène quelques plans horrifiques plutôt rares pour l'époque. L'on évoquera moins leur aspect gore du fait que pas une seule goutte de sang ne soit déversé à l'image que la répétitivité des séquences exposant des décapitations perpétrées à la hache. Tout commence il y a vingt ans, lorsque de retour chez elle, Lucy Harbin découvre que son mari est au lit avec son ancienne petite amie. Ne supportant pas cette trahison, l'épouse abusée s'empare d'une hache et tue le couple adultérin. Et ce, devant les yeux de sa petite fille Carol ! Enfermée dans un hôpital psychiatrique durant les vingt années qui suivent, Lucy est finalement rendue à sa liberté et est accueillie par son frère Bill (Leif Erickson), sa belle-sœur Emily (Rochelle Hudson) et par Carol qui depuis les deux dernières décennies a été élevée par son oncle et sa tante. La gamine a depuis bien changée et est devenue une très jolie jeune femme fiancée à Michael Fields (John Anthony Hayes) dont les parents forment un couple de riches propriétaires... Le retour de Lucy s'avère délicat. N'ayant eu de contact avec autrui qu'à travers les patients de l'asile et les différents spécialistes qui se sont chargés de sa santé, celle qui est devenue une vieille dame craint de rencontrer Michael et ses parents.


Et alors que les médecins ont jugé qu'elle pouvait retourner vivre avec les siens, le comportement de plus en plus alarmant de Lucy inquiète sa fille ainsi que son frère et sa belle-sœur... Dans un superbe noir et blanc, William Castle filme donc les retrouvailles d'une mère et de sa fille dans un contexte trouble. Alors que Carol est incarnée par la charmante Diane Baker que l'on a pu notamment découvrir dans Voyage au centre de la Terre de Henry Levin, Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock ou dans l'épisode La montre témoin de la série policière Columbo, Le film de William Castle est véritablement porté par la présence et l'incarnation de Joan Crawford, immense actrice aux plus de cent rôles et qui dans le cas de La Meurtrière diabolique déploie son talent d'interprète en exploitant toutes les possibilités offertes par un personnage à l'humeur changeante. L'actrice est ainsi tour à tour inquiétante, touchante, ambiguë, lorsque sa personnalité change et passe de la tranquille et timide mère de Carol en une furie qui s'exprime en hurlant. Au drame et au film d'épouvante l'on ajoutera en outre le concept de thriller à un long-métrage qui n'aura pas livré tous ses secrets lors de sa première heure mais confondra au contraire le public face à ses certitudes. Notons enfin la présence de l'acteur George Kennedy qui des décennies avant d'être apparu à plusieurs reprises dans la franchise Airport ou parmi les interprètes de Mort sur le Nil de John Guillermin ou de Tremblement de terre de Mark Robson incarne ici l'homme à tout faire de la famille Harbin, Leo Krause. Un personnage diamétralement opposé à ceux qu'on lui connaît généralement, avec son look de cul-terreux sale et un brin immoral...


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