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mercredi 29 juillet 2026

Oliver Twist de Roman Polanski (2005) - ★★★★★★★★★☆

 


 

On aura beau dire, trouver de quoi critiquer l'homme, mais Roman Polanski reste un immense artiste. Et si le répéter, le ressasser, le marteler peut d'évidence en choquer certains, qu'importe puisque le bonheur est là, s'étalant sur de grandes toiles blanches, dans des salles plongées dans le noir, exposé devant des yeux toujours plus ébahis par le spectacle qui leur est proposé. Pourtant, j'avoue avoir longtemps hésité à regarder Oliver Twist en raison d'une écriture qui n'appartient pas directement au cinéaste. En effet, son dix-huitième long-métrage est une adaptation du roman éponyme de l'écrivain britannique Charles Dickens dont il ne s'est même pas chargé de l'écriture du scénario puisque celle-ci a été confiée au dramaturge et scénariste sud-africain Ronald Harwood. Sa présence au sein d'une longue filmographie survenant chronologiquement juste après l'immense chef-d’œuvre Le pianiste ne semble pas être le fruit du hasard mais entre plutôt dans une certaine logique de désacralisation d'un passé trouble cette fois-ci traité à travers non plus des faits ayant réellement eu lieu durant la première moitié du vingtième siècle mais à travers une fiction écrite voilà près de cent-quatre-vingt ans... Oliver Twist, ici incarné à l'écran par Barney Clark, est peut-être ainsi le jeune Roman qui dans sa Pologne natale vécu la Seconde Guerre Mondiale, survécu au ghetto de Cracovie et dû vivre séparé de ses parents, dans la précarité, témoin très jeune de la violence des rues... Car Oliver Twist, c'est justement l'histoire que nous racontent et le roman, et cette énième adaptation cinématographique. Se retrouvant au départ dans un orphelinat aux règles strictes, le jeune Oliver est ensuite engagé dans une entreprise de pompes funèbres dont il va rapidement fuir la violence en prenant à pieds des chemins de campagnes menant jusqu'à la capitale londonienne. Arrivé à bout de souffle, affamé et les chaussures trouées, il est rapidement repéré par le jeune Artful Dodger (Harry Eden) dit ''le Rusé'' qui l'introduit chez Fagin (Ben Kingsley). Un vieil homme aussi usé que les vêtements qu'il porte sur le dos mais surtout, un grand manipulateur entouré de jeunes voleurs qu'il a lui-même formé pour son propre profit. C'est donc dans cette même intention qu'il prend sous son aile Oliver. Prenant soin de lui, le nourrissant, Fagin a de grands projets pour ce gamin d'à peine dix ans. Mais alors qu'un jour Oliver suit Artful et un autre de ses nouveaux ''amis'' afin de voler des passants dans la rue, il se retrouve accusé de vol par un client de librairie avant d'être emmené au tribunal afin d'y être jugé...


Heureusement pour lui, le propriétaire de la librairie, M. Brownlow (Edward Hardwicke) affirme qu'il est innocent et décide de prendre l'enfant sous son aile en l'accueillant chez lui. Malheureusement pour Oliver, on ne quitte pas Fagin et son groupe de voleurs aussi facilement. Et bien que le garçon puisse compter sur le soutien de la jolie Nancy (Leanne Rowe), le compagnon de cette dernière, William Sykes (Jamie Foreman) a d'autres projets pour le jeune orphelin qu'il pense être capable de balancer le réseau à la police... Si l'on devait compter les chefs-d’œuvre réalisés par Roman Polanski depuis ses débuts de carrière qui ont commencé en 1955, les doigts de deux mains ne suffiraient probablement pas. Oliver Twist vient ainsi rejoindre la longue liste des œuvres du cinéaste franco-polonais à côté desquelles il ne faut surtout pas passer. Depuis un temps très récent, le directeur de la photographie polonais Pawel Edelman est devenu un fidèle collaborateur de Roman Polanski. En fait, depuis Le pianiste. Une fidélité qui depuis n'a jamais été démentie puisqu'il a récemment travaillé sur The Palace, le dernier long-métrage à ce jour du cinéaste. Et plus que jamais, Oliver Twist témoigne de la précision chirurgicale avec laquelle Roman Polanski pense son œuvre. Le directeur de la photographie mais aussi le chef décorateur et directeur artistique polonais Allan Starski insufflant ainsi au long-métrage une poésie visuelle qui n'a objectivement que très peu d'équivalent dans le monde du cinéma. D'une beauté à couper le souffle, chaque plan rejoint ce que votre serviteur a pour habitude de comparer à des tableaux subitement pris d'une vie qui leur est propre. De l'orphelinat en passant par la campagne et jusqu'aux ruelles sombres et crasseuses des quartiers pauvres de Londres, le film est d'une beauté absolument sidérante. Écrasé par le poids d'un savoir-faire artistique hors normes, le scénario de Ronald Harwood fait figure de parent pauvre au sein d'un grand œuvre qui permet malgré tout à Roman Polanski d'y exprimer une fois de plus certaines de ses obsessions...


D'ailleurs, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la présence au sein du récit d'un héros âgé de seulement dix ans, Oliver Twist n'est pas un conte pour enfants mais plutôt une critique virulente de la société victorienne dénonçant notamment l'exploitation et la maltraitance des enfants, la pauvreté et les injustices. Tout ceci dans un contexte où la criminalité explose, entre simple violence verbales, vols et assassinats. Plus curieux est la place prise par le jeune héros au sein du récit. Celui dont le nom orne l'affiche ne semble pourtant pas être directement acteur de sa propre existence mais fait davantage figure d'observateur de la société. Souvent installé en arrière-plan du récit, sa place n'est donc pas celle qu'on lui prêterait tant la présence à l'écran de certains personnages tels que Fagin, William Sykes ou même Artful Dodger lui volent régulièrement la vedette. Se déroulant dans les années 1830, le film traite des sujets les plus sombres dans une Angleterre victorienne balbutiante. Les couleurs chatoyantes de la campagne anglaise laissant rapidement la place à une ville de Londres sombre, désespérée, crasseuse, vérolée par la violence et qui semble peu à peu préparer la vague de meurtres abominables qui endeuilleront quelques décennies plus tard le sordide quartier de Whitechapel comme en témoignent certains plans nocturnes et embrumés absolument magnifiques. Notons enfin l'extraordinaire incarnation des personnages et en premier lieu, celui de Fagin, interprété à l'écran par un Ben Kingsley tout à fait méconnaissable et dont l’ambiguïté tiraille en permanence le spectateur qui ne sait plus où donner de la tête entre empathie et animosité. Si Barney Clark est craquant, souvent placé en arrière-plan des autres interprètes il ne fait plus figure alors que de lointain symbole d'une Angleterre décrépite quand Jamies Foreman impose une présence à l'image tout à fait saisissante. Au final, Oliver Twist est un très grand film. Un prodige visuel sans cesse renouvelé, interprété par des actrices et acteurs grimés selon des standards caricaturaux de l'époque. Bref, du grand cinéma, sombre mais populaire. À voir ou revoir absolument...

 

dimanche 14 juin 2026

Jusqu'en enfer (Drag Me to Hell) de Sam Raimi (2009) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Tout commence ou presque comme dans le roman de Stephen King Thinner adapté à l'écran sous son titre d'origine aux États-Unis et chez nous sous celui de La peau sur les os. Dans cette adaptation piteuse de Tom Holland, pourtant réalisateur dans les années quatre-vingt des excellents Fright Night et Child's Play, un avocat new-yorkais était victime d'une malédiction jetée par le père d'une gitane qu'il avait renversé en voiture après qu'il ait été acquitté lors de son procès. Dès lors, l'homme se mettait à perdre un kilo par jour jusqu'à devenir squelettique... S'agissant de Jusqu'en enfer (Drag Me to Hell) de Sam Raimi, pas d'accident de voiture causant la mort d'une vieille femme provoquée par un avocat mais une ambitieuse jeune femme, responsable des prêts d'une banque mise sous pression par son directeur qui l'a mise en concurrence avec l'un de ses collègues pour le poste à pourvoir de directeur adjoint ! Lorsque débarque à la banque une vieille tzigane qui pour la troisième fois demande une prolongation de son hypothèque, le directeur (David Paymer dans le rôle de James Jacks) fait indirectement comprendre à sa jeune employée que si elle ne s'affirme pas en refusant de soutenir la demande de la vieille femme, les chances pour Christine Brown d'obtenir le poste tant convoité risquent de s'amenuiser. Contre bonne fortune mauvais cœur, la jeune femme annonce à la cliente qu'elle est contrainte de refuser la prolongation de son hypothèque. Cette dernière entre alors dans une furie incontrôlable avant d'être chassée de l'établissement par deux agents de sécurité. À la sortie du travail, Christine part retrouver sa voiture garée dans un parking souterrain lorsque la vieille dame surgit pour l'agresser. Après un duel digne des meilleurs affrontements de Evil Dead et de ses séquelles que réalisa des années en arrière Sam Raimi, la tzigane arrache un bouton au manteau de Christine et lui jette un sort... Dès lors, l'enfer se déchaîne sur la jeune femme qui va n'avoir de cesse que d'être victime d'hallucinations dont elle seule sera la témoin... Jusqu'en enfer, c'est tout le savoir-faire de Sam Raimi résumé en cent minutes, qui après la trilogie Evild Dead, le moins connu mais néanmoins tout aussi jouissif Crimewave (notamment scénarisé par les frères Ethan et Joel Coen) et avant le récent Send Help ne fait pas que signer ici un classique instantané du cinéma fantastique et d'horreur mais termine de convaincre si besoin était qu'il demeure l'un des grands maîtres de l'épouvante matinée d'une certaine idée de la gaudriole façon ''Tex Avery''...


Un film ''gore'' pour les familles, qui fait rire plutôt qu'il n'effraie. Bref, un film pour les spectateurs de sept à soixante-dix sept ans comme il est de coutume de nommer ce genre de production... Écrit en collaboration avec son frère Ivan auquel l'on doit notamment les scripts de Darkman, de Army of Darkness : Evil Dead III ou encore des trente épisodes de la génialissime série Ash vs Evil Dead entre 2015 et 2018, Sam Raimi signe une bande-dessinée live, bourrée de moments de bravoures, de scènes choc, un tourbillon de folie et de scènes plutôt crades qui font moins intervenir l'hémoglobine que des matières aussi peu appétissantes que de la salive, de la bile et autres matières provenant du tube digestif. Le réalisateur abusant parfois du procédé lorsque vivante ou morte la tzigane, alors incarnée par Lorna Raver, ''embrasse'' notre pauvre employée de banque incarnée par Alison Lohman tout en déversant quelques hectolitres d'une matière dont on se refuse de connaître l'origine. Notons d'ailleurs le superbe maquillage de l'actrice alors âgée de soixante-six ans, transformée en sorcière tzigane en ''kit'' avec son œil crevé, ses fausses dents et sa tendance à régurgiter une matière franchement peu ragoutante... Grand-guignolesque, Jusqu'en enfer s'amuse avec son personnage de jeune femme ambitieuse, arriviste, confrontée à des impératifs qui la dépassent, avec l'image qu'elle renvoie aux autres (la confrontation lors du dîner organisé par les parents de son petit ami incarné par Justin Long) et surtout avec ces phénomènes surnaturels contre lesquels elle va devoir trouver une solution si elle veut pouvoir s'en débarrasser. De bout en bout, le long-métrage de Sam Raimi se déroule tel un train fantôme, entre humour, horreur et hystérie... Notons que la fin ouverte promettait à l'époque une hypothétique séquelle. Ce qui semble être effectivement le cas puisque dans le planning du réalisateur américain est annoncé pour 2028 un Drag me to Hell 2 ! Vivement...

 

jeudi 11 juin 2026

Aquarium de Frédéric Grousset (2004) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Que peut-on obtenir avec trois-mille euros de budget et un script tenant sur une simple feuille A4 ? Réponse : Aquarium. Après deux courts-métrages réalisés en 2002, le réalisateur, producteur et scénariste français Frédéric Grousset s'attaquait en 2004 à un type spécifique de projet cinématographique sous forme de huis-clos concentrant six personnages (trois femmes et trois hommes) confinés entre les quatre murs d'une pièce hermétiquement close. Un principe pas vraiment novateur en cette année 2004 puisque sept ans plus tôt, Cube de Vincenzo Natali reposait déjà sur le même principe même si les protagonistes avaient le choix de passer d'une pièce à une autre en bravant un certain nombre de pièges. À dire vrai, le long-métrage de Frédéric Grousset se rapproche davantage de Saw de James Wan sorti la même année aux États-Unis et un an plus tard en France. D'étonnantes similitudes qui pourraient faire croire que l'un des deux aurait éventuellement pu s'inspirer du second mais n'empiétons pas sur ce genre de terrain pour nous concentrer sur l'objectif premier consistant à évoquer les qualités et les défauts d'Aquarium. Ouais, parce que si l'on devait finalement faire la comparaison entre Saw et celui-ci, le film de Frédéric Grousset ne fait évidemment pas le poids. En même temps, James Wan bénéficia d'un budget d'un million et deux-cent mille dollars quand le français ne disposa que d'une somme quatre-cent fois inférieure. Expliquant en des termes propres à une idéologie dystopique la fonction de cette ''boite'' où des personnalités diverses et variées qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam se retrouvent enfermées, le long-métrage de Frédéric Grousset implique des protagonistes qui à l'extérieur n'auraient probablement pas eu de raisons de se côtoyer. L'intérêt étant d'ailleurs ici de faire interagir des hommes et de femmes de milieux sociaux et de caractères différents. Ici, l'ombre d'une certaine télé-réalité plane en outre au dessus des personnages, dont les moindres mouvements sont scrutés à l'aide d'une caméra positionnée en hauteur. La seule différence avec une émission du type Loft Story étant qu'ici ne demeure aucun recoin permettant d'échapper à l’œil de la caméra...


Une voix raisonne ponctuellement, édictant des règles strictes auxquelles nos six prisonniers sont contraints de se tenir. À défaut de quoi, c'est la mort assurée. Pas le temps de faire connaissance avec les personnages outre que leur prénom et leur profession. Mais qu'ont-ils pu bien faire à l'extérieur pour devoir se retrouver enfermés dans cette pièce nue qui au fil du temps ressemble de plus en plus à une tombe à mesure que les jeux (car il s'agit tout d'abord de cela) déclinent tout un tas de perversités ? Aquarium oppose deux types d'attitudes. Tandis que la voix (et donc celui qui se cache derrière) semble vouloir tester chaque prisonnier pour en tirer le meilleur (ou le pire) et ainsi donc n'en conserver qu'un seul à la fin, les six victimes de ce sinistre ''cirque'' vont devoir collaborer même si l'on devine rapidement que l'espoir de survie est pour la majorité d'entre eux, totalement illusoire... Coté casting, peu ou pas d'acteurs connus puisque Karen Bruere n'a ensuite tourné que dans un épisode de la série Candice Renoir dix ans plus tard, Abel Divol est apparu dans un épisode de Plus belle la vie en 2011 et Caïn l'année suivante, Capucine Mandeau ayant notamment figuré au casting de RRRrrrr !!! d'Alain Chabat, tandis que le reste du casting constitué de Julien Masdoua, Michel Robin et Sophie Talon n'a également tourné que dans une poignée de séries ou téléfilms en dehors du premier dont la carrière est au contraire étoffée d'une cinquantaine de projets parmi lesquels il a lui-même réalisé le téléfilm 24 minutes chrono en 2005. D'une manière générale, le concept étant ce qu'il est, toute la force d'un tel projet repose sur l'écriture et l'interprétation. S'agissant du jeu des actrices et acteurs, ça va même si l'on oscille parfois du côté de l'amateurisme. Du côté de l'écriture, Frédéric Grousset et le scénariste, réalisateur et producteur Jean Mach font assez vite le tour de la question même si le dernier acte réserve une surprise relativement inattendue. Bref, un tout petit film tourné avec amour et passion. Pas de quoi se relever la nuit mais tout de même touchant dans son engagement...

 

lundi 1 juin 2026

Hannibal de Ridley Scott (2001) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Au départ fut Red Dragon de Thomas Harris. Premier volet d'une tétralogie complétée en 1988 par The Silence of the Lambs, en 1999 par Hannibal et enfin en 2006 par Hannibal Rising. Chacun de ces ouvrages ayant eu les honneurs d'une adaptation sur grand écran. Le premier d'entre eux, logiquement, s'inspire en 1986 du roman séminal, même si le réalisateur et scénariste Michael Mann se voit imposé le titre Manhunter pour des raisons assez farfelues provenant du producteur Dino De Laurentiis qui un an plus tôt avait produit Year of the Dragon de Michael Cimino. Lequel ne rencontra pas le succès en salle puisque après avoir été budgété à hauteur de vingt-deux millions de dollars, il n'en rapporta que dix-huit sur le territoire américain. Exit donc Red Dragon. Le choix d'un nouveau titre s'impose donc aux yeux du producteur, tentant ainsi vainement de briser la malédiction puisque Manhunter ne rencontrera pas davantage le succès car pour un financement estimé à quinze millions de dollars, il n'en rapportera qu'un peu moins de neuf ! Pourtant, si l'on se réfère à l'avis général qui sous-entend très objectivement que le long-métrage de Michael Mann est un véritable chef-d’œuvre, il est sans doute fort à parier que le choix du producteur d'en changer le titre et ainsi de faire perdre conscience au public qu'il s'agissait bien d'une adaptation du roman Red Dragon de Thomas Harris est sans doute la raison principale de son échec au cinéma. Heureusement, le temps donnera raison à Michael Mann et à sa mise en scène glaciale faisant de Manhunter une œuvre à l'identité propre et à l'incarnation parfois inoubliable... Des qualités propres à Jonathan Demme qui quinze ans plus tard permet au personnage de Clarice Starling de faire sa toute première apparition au cinéma sous les traits de la magnifique et talentueuse Jodie Foster après être née sous la plume de Thomas Harris en 1988 dans le roman The Silence of the Lambs. Sorti chez nous sous le titre Le silence des agneaux, l'adaptation du roman devient presque instantanément un classique du genre. Un chef-d’œuvre aux multiples qualités qui remportera une flopée de récompenses à travers le monde. Et surtout, la découverte d'un binôme, de deux personnages fascinants (d'un côté, la stagiaire du FBI Clarice Starling et de l'autre, le tueur en série cannibale Hannibal Lecter) littéralement incarnés par Jodie Foster donc, mais aussi par Anthony Hopkins. Sans oublier la magistrale interprétation des acteurs secondaires parmi lesquels, bien évidemment, l'on ne peut oublier la présence de Ted Levine dans le rôle de James ''Buffalo Bill'' Gumb ou celle de Scott Glenn dans celui de Jack Crawford, le supérieur de Clarice........


Larvé par les pressions découlant du succès du long-métrage de Jonathan Demme, Thomas Harris finit par accepter d'écrire Hannibal en 1999 alors qu'il n'est même pas certain qu'à l'origine le romancier fut véritablement attiré à l'idée de poursuivre par écrit l'histoire de Clarice Starling et de Hannibal Lecter. Ceux qui parcoururent les pages de ce nouvel opus seront sans doute en mesure de répondre à certaines interrogations quant à l'intérêt ou non d'un tel exercice de réactualisation, mais s'agissant de son adaptation sur grand écran sous le titre Hannibal, il est un fait que le long-métrage de Ridley Scott ne parvient jamais à égaler, et donc encore moins à surpasser, le chef-d’œuvre de Jonathan Demme. Convoquant des raisons d'ordre purement calendaire qui prévoyaient que Jodie Foster devait réaliser son troisième long-métrage Flora Plum (projet qui tomba finalement à l'eau), l'actrice refuse de jouer dans cette suite de The Silence of the Lambs pour des raisons que l'on jugera objectivement comme étant relativement clairvoyantes. Car tout comme Jonathan Demme qui refuse lui aussi d'apparaître au générique de la future adaptation de Hannibal, Jodie Foster déteste le roman de Thomas Harris. Du moins émet-elle des réserves quand à la tournure que prend le récit, s'agissant de la personnalité de Clarice Starling qui entretient désormais très clairement une relation à distance, certes, mais très ambiguë avec le Docteur Hannibal Lecter ! Et c'est vrai. Difficile d'admettre que la Clarice Starling déterminée, certes, mais aussi sensible et fragile soit devenue une femme au tempérament beaucoup plus affirmé même si chronologiquement, les dix années qui ont passé expliquent qu'elle ait forgé une carapace autour d'elle. S'agissant du Docteur Lecter, celui-ci est toujours incarné par le talentueux Anthony Hopkins mais s'avère au fond, nettement moins fascinant qu'il ne le fut par le passé. Un problème sans doute relatif à sa présence beaucoup plus importante que dans The Silence of the Lambs.


Un personnage qui se caractérisait à l'époque par sa grande intelligence et par une violence intériorisée qui malheureusement est un peu trop exposée à l'écran dans cette préquelle qui offre une part beaucoup plus importante aux scènes sanglantes alors que dans le précédent opus, celles-ci savaient se faire suffisamment discrètes pour avoir un réel impact lorsque subitement, elles surgissaient à l'écran. Le roman, et donc son adaptation, multiplie les interventions extérieures. À l'image de Mason Verger ancienne et seule victime à avoir survécu à Hannibal Lecter. Incarné en outre par un Gary Oldman méconnaissable puisque dissimulé sous un maquillage fort impressionnant. Ou à celle de l'inspecteur Rinaldo Pazzi (Giancarlo Giannini), lequel enquête de son côté sur le célèbre tueur en série dans une Florence curieusement photographiée par un John Mathieson qui sembla croire que Ridley Scott tourna là un gigantesque clip vidéo de plus de cent-vingt minutes. De plus, Hans Zimmer a beau être souvent glorifié comme étant l'un des plus grands compositeurs de musiques de films de son époque, ses compositions sont très largement en deçà de celles, magnifiques et bouleversantes de Howard Shore qui pour The Silence of the Lambs signa une partition très chargée d'un point de vue émotionnel. Mais bon, pour être tout à fait honnête, si j'évoque un dernier ''détail'' en fin d'article, c'est parce qu'il est propre à ce que je ressens et manque donc peut-être d'objectivité. Car oui, pour moi, le principal problème avec Hannibal, ça n'est pas tant que le film se traîne en longueur ou que le charme n'agit plus que la présence à l'image de l'actrice Julianne Moore dans le rôle de Clarice Starling. Avoir remplacé Jodie Foster par cette actrice pourtant talentueuse m'a fait le même effet que Muriel Robin remplaçant Valérie Lemercier dans Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2. Ridley Scott ayant ainsi définitivement rompu le charme... Bref, plus qu'une suite, le réalisateur américain semble avoir signé un tout autre film, qui n'entre absolument pas dans la mythologie du Docteur Hannibal Lecter ou qui, en tout cas, préfère s'extraire de son contexte esthétique et artistique d'origine pour en faire une œuvre personnelle.....

 

lundi 11 mai 2026

Okaruto de Kôji Shiraishi (2009) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Évoquer le réalisateur et scénariste japonais Kôji Shiraishi, c'est s'intéresser à un cinéaste vraiment à part, qui a majoritairement consacré sa carrière à une manière très particulière de tourner ses films. Auteur d'une centaine de courts et de longs-métrages, de séries télévisées et même d'un unique téléfilm en 2004 (Suiyô Puremia: Sekai Saikyô J Horâ SP Nihon no Kowai Yoru), il est en effet devenu l'un des spécialistes du Found Footage. Ce type de production tournée caméra à l'épaule et censée révéler le contenu de pseudos documents vidéos relatant d'authentiques événements dramatiques... Oubliez tout ce que vous connaissez sur le sujet. Qu'il s'agisse de l'ancêtre Cannibal Holocaust ou de The Blair Witch Project de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez que beaucoup considèrent encore aujourd'hui comme le meilleur d'entre tous. En effet, effacez donc de votre mémoire cette idée préconçue que c'est aux États-Unis que le meilleur Found Footage du monde fut tourné car c'est vers un ailleurs, très éloigné de là, du côté du Pays du Soleil Levant qu'il faut tourner son regard. Car si même vous faites partie des indécrottables passionnés du genre qui ne connaissent malheureusement pas encore Noroi, il est encore temps de réparer cette erreur et de découvrir enfin LE chef-d’œuvre du genre, si tant est que l'on puisse nommer ainsi certains représentants de ce courant du cinéma d'horreur... Dans ce long-métrage fantastico-horrifique, Kôji Shiraishi s'intéressait en 2004 à la disparition d'un journaliste spécialisé dans le paranormal alors qu'il enquêtait jusque là sur un très ancien démon japonais du nom de Kagutaba. S'il est donc réalisateur et scénariste de ses propres projets, le cinéaste originaire de Fukuoka situé sur l'île de Kyūshū est aussi parfois aux manettes du montage, de la photographie, des effets-spéciaux et endosse même parfois l'un des rôles comme ici, avec Okaruto, dans lequel il incarne un réalisateur de documentaires intéressé par le cas particulièrement extraordinaire d'un certain Shonei Eno . Un individu incarné par l'acteur Shôhei Uno (le concept repoussant les limites du réalisme en présentant les principaux protagonistes sous des patronymes très proches de ceux de leurs interprètes respectifs) et qui trois ans après avoir été au centre d'un fait-divers très étrange fait aujourd'hui l'objet de toutes les attentions de la part d'un réalisateur qui est donc joué par le réalisateur lui-même ainsi que de celle d'Akira Wakatsuki (Akira Takatsuki), un producteur ouvert à l'idée d'aider financièrement Shôhei contre sa participation à un projet visant à prendre sur le fait, la présence quotidienne d'événements extraordinaires que lui seul semble être en mesure de voir. Sans argent et désormais sans abris, les deux hommes lui offrent l'opportunité de dormir durant une semaine dans leur bureau et de gagner de l'argent chaque fois qu'il aura la possibilité de filmer l'un des phénomènes en question. Portant dans le dos les stigmates de son agression au couteau survenue trois ans plus tôt et perpétrée par un déséquilibré qui s'est ensuite jeté d'une falaise, Shonei accepte. Alors qu'il vient de trouver un nouvel emploi, le voilà qui chaque jour fait suivre une petite caméra confiée par le réalisateur...


Si au départ, aucun fait étrange ou presque ne se manifeste, très vite les choses s'accélèrent et le spectateur est pris comme témoin d'une série d'événements très curieux qui vont les plonger lui et le personnage principal dans un univers très lovecraftien... Un monde qui jusque là était de l'ordre de l'indicible mais que Kôji Shiraishi va donc traiter à sa façon si particulière et même unique à vrai dire. Ce sens du cadre qui lui permet d'intégrer des éléments auquel l’œil peu exercé peut parfois échapper. Un objet survolant la scène de crime, trois ans plus tôt et qui au mieux et au départ, paraissait n'être que le survol d'un oiseau et qui au pire, était passé devant nos yeux sans que nous en ayons eu conscience... Là encore, le cinéaste japonais s'amuse avec le concept de Found Footage pour élaborer ce que l'on appelle un documenteur. L'objectif étant une nouvelle fois de créer l'illusion d'être devant d'authentiques événements alors que l'on sait pertinemment que tout est faux. Et pourtant, cela fonctionne. Et même si croire au défilé d'images qui se déroulent devant nous devient compliqué, la lente progression du récit qui s'aligne presque sur deux heures fascine par ce jeu de construction, entre enquête paranormale et surgissement de phénomènes surnaturels. Citant ainsi la présence d'ovnis et d'objets vaporeux parfois comparables à des orbes. Détail amusant, parmi les interprètes l'on aperçoit durant un cours moment le réalisateur Kiyoshi Kurosawa dans son propre rôle. Illustre cinéaste japonais qui nous gratifie régulièrement d'excellents films, tels Kyua en 1997, Kuriipii en 2016 ou encore Kuraudo l'année dernière... Bénéficiant de moyens qui malheureusement ne sont pas à la hauteur de ses ambitions, Kôji Shiraishi signe pourtant une œuvre passionnante même si l'on reste tout de même très loin de son immense Noroi. Sans doute trop long, le film aurait mérité d'être recentré autour de certaines séquences tandis que d'autres auraient méritées d'être jetées aux oubliettes. Il n'empêche que malgré des effets-spéciaux faits avec des bouts de ficelles et le savoir-faire d'un artisan sans le sou, Okaruto reste malgré tout au sommet du panier du genre Found Footage. Le japonais prenant visiblement un immense plaisir à développer continuellement ses ''obsessions'' pour des formes de ''vie'' très particulières...

 

samedi 28 février 2026

The Machinist de Brad Anderson (2003)



Trevor Reznik travaille dans une usine lorsqu'il provoque par erreur d'inattention un accident qui cause la perte d'un bras à l'un de ses collègues de travail. Trevor va mal, très ml en ce moment. Il a perdu énormément de poids et d'étranges événements émaillent son existence. Heureusement, il peut compter sur le soutient de la serveuse Marie et de la prostituée Stevie, à laquelle il fait une incroyable révélation: Trevor Reznik n'a pas dormi depuis un an...

Tourné en Espagne, le film de Brad Anderson possède des qualités indéniables. D'abord un scénario en béton signé Scott Kozar, véritable labyrinthe scénaristique qui a du donner du fil à retordre à Luis De La Madrid pour le montage final du film. L'histoire aurait pu donner une œuvre inaccessible, hermétique et qui aurait pu avoir comme conséquence, le rejet des spectateurs. Mais 'il n'en n'est rien... 

Ensuite, l'image, sublime, donne un coté sombre et presque désespéré tout en gardant une impression de rêve éveillé que seules quelques teintes criardes, comme le véhicule de ce fameux personnage énigmatique campé par l'excellent John Sharian, viennent "déranger" dans l'unicité des couleurs. La musique, elle, n'est pas en reste. Quelques notes jetées de ci de là qui font pour beaucoup dans l'ambiance générale du film et qui sont l’œuvre de Roque Banos. Mais c'est surtout Christian Bale qui impressionne dans le rôle titre. Celui de Trevor Reznik. A l'image Robert De Niro dans Raging Bull qui avait du prendre un poids conséquent pour jouer le rôle d'un boxeur, Christian Bale, lui, au contraire a fondu comme neige au soleil et a perdu 28 kilos pour interpréter le rôle de de Trevor Reznik. Dans le film, il n'est plus que l'ombre de lui-même et interprète son rôle de façon prodigieuse. Des qualités, le film en regorge du début jusqu'à la fin et l'on reste pantois d'admiration devant un tel exploit.

Certains plans du film, et même beaucoup rappellent un peu la manière dont David Lynch opère dans son approche de la réalisation, le plus surprenant étant que The Machinist n'est que la seconde œuvre cinématographique de Brad Anderson, ce qui tente à prouver que l'expérience n'est pas tout mais qu'il faut avoir aussi au départ un sacré sens de la mise en scène. Là ou très souvent Lynch nous perd dans de savantes, mais très complexes situations, nous donnant à réfléchir longuement, sans jamais nous donner les clés, ou alors très peu, allant même jusqu'à laisser le spectateur dans l'expectative quand arrive le générique de fin, Anderson lui, parvient en l'espace d'un instant à nous faire comprendre ce qui pendant une heure trente nous a plongé dans un brouillard épais. Chaque scène, chaque moment clé du film devient alors limpide et les pièces du puzzle s'imbriquent entre elles, nous apportant la réponse à toutes ces questions que nous nous sommes posées durant le film et qui nous livrent avec un calme apparent l'effroyable vérité. 

Car quoi que l'on dise, force est de reconnaître que l'on s'en pose des questions. Et pas qu'un peu. D'abord, pourquoi le héros ne dort-il plus depuis un an ? Est-il la victime d'un complot qui voudrait le pousser à l'auto-destruction? Devient-il simplement fou à force d'événements terrifiants s'accumulant autour de lui? Et qui est cet homme étrange que personne dans son entourage ne semble connaître ni ne parait même avoir jamais vu? Et que dire de tous ces petits événements qui se produisent dans son appartement? Comme s'il était épié, peut-être même le cobaye d'une expérience abominable menée à des fins tragiques. Toutes les réponses, vous les trouverez dans une conclusion remarquable et terrifiante de simplicité.

The machinist est un expérience hors du commun à coté de laquelle il serait regrettable de passer.Une œuvre subtile, envoutante, remarquablement mise en scène et interprétée...


mardi 13 janvier 2026

Hellraiser VIII : Hellworld de Rick Bota (2005) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Coproduit par Dimension Films, Miramax Films et par la société de production et le studio de cinéma roumains Castel Film Romania tout deux créés en 1991 par Charles Band et Vlad Păunescu, Hellraiser VIII : Hellworld est le troisième long-métrage de la franchise à avoir été réalisé à la suite par Rick Bota. Le huitième volet de la saga suit donc Hellraiser VI : Hellseeker en 2002 et Hellraiser VII : Deader qui déjà, fut avant cet antépénultième volet réalisé lui-même en 2005. Après un sixième opus financé à hauteur de trois millions de dollars et un septième dont le budget se monta à quatre, le huitième bénéficie quant à lui de cinq millions de billets verts. Pourquoi ? On n'en sait rien. Sans doute les poches des producteurs furent-elles trop petites pour accueillir la totalité de leur fortune et c'est pourquoi ceux-ci prirent la décision d'apporter une aide financière encore plus importante que pour les deux précédents volets malgré la récente disgrâce que connut alors la franchise née de la plume de Clive Barker au milieu des années quatre-vingt ! Histoire de se débarrasser du surplus de pognon qui leur brûlait probablement les doigts. De l'argent sale comme l'on pourrait envisager les recettes des deux précédents navets de la saga. Pourtant, il en demeure toujours pour croire que le miracle peut encore avoir lieu. Sous l'effet du phénomène dit de ''Fable de la Grenouille'', l'accoutumance est telle que la franchise Hellraiser, comme toute autre dont le nombre d'épisodes dépasse les six ou sept longs-métrages, est capable de rendre addict celui ou celle qui s'est tout d'abord laissé attirer par le délire tendancieux d'un monde ouvert sur le Satanisme et le Sadomasochisme ! C'est ainsi que l'on peut se retrouver projeté en pleine projection de Hellraiser VIII : Hellworld. Ce pur produit du marché du DTV qui s'avère aussi bon pour la santé à regarder que de se nourrir exclusivement à base de nourriture issue des Fast-Food américains ! Un an en arrière est arrivé sur le marché du cinéma le premier jet de la franchise Saw. Une œuvre certes très maline et dont la conclusion était imprévisible mais qui donna ensuite naissance à des séquelles de plus en plus dégénérées et donc abrutissantes. Puis débarqua en septembre 2005 le premier volet d'une autre franchise : Hostel. Démarrage d'une autre série de Torture-Porn dont la sortie fut donc précédée par celle de cette véritable anomalie qu'est Hellraiser VIII : Hellworld.


Cette chose qui en substance se permet tout comme Freddy sort de la nuit de Wes Craven mais avec onze ans de retard, de nous proposer une Métafiction dans laquelle l'iconique Pinhead, ses compagnons cénobites, le Cube ainsi que les instruments de tortures revêtent désormais une forme concrête en les extrayant de leur statut de simple outils de distraction pour amateurs de films d'horreur. S'agissant de ce huitième film d'une saga qui commence franchement à s'éterniser, les scénaristes Joel Soisson et Carl V. Dupré (lequel fut écarté du précédent projet) réinterprètent à leur sauce le concept des personnages de fiction se matérialisant dans la vie réelle. Une idée qui en d'autres situations aurait pu être séduisante mais qui dans le cas de la saga Hellraiser est caduque puisque il s'agit là très exactement du concept de départ de celle-ci ! Atteint par le syndrome du jeunisme, Hellraiser VIII : Hellworld est donc interprété par des acteurs plus jeunes que ceux qui hantaient les sombres couloirs des précédents volets. Le récit tourne autour de cinq amis qui rejoignent la demeure d'un individu qui les accueille afin de participer à un jeu très à la mode se déroulant dans le Hellworld du titre. Très excités à l'idée d'y participer, Chelsea (Katheryn Winnick), Allison (Anna Tolputt qui, excusez du peu, aurait pu facilement interpréter le rôle de Pennywise dans une version féministe et sans maquillage de Ça, l'adaptation cinématographique du roman éponyme de Stephen King), Derrick (Khary Payton), Mike (Henry Cavill) et dans une moindre mesure Jake (Christopher Jacot) vont tomber dans un piège tendu par leur hôte, tristement interprété par Lance Henriksen qui, je le rappelle tout de même, participa notamment aux tournages de Terminator et Aliens, le retour de James Cameron en 1984 et 1986, Aux frontières de l'aube de Kathryn Bigelow en 1987 et fut la vedette principale de la série MillenniuM de Chris Carter entre 1996 et 1997 ! Pauvre Lance, obligé de se farcir la présence de partenaires qui braillent plus qu'ils ne jouent et de servir un script dont l'indigence ramène sans doute ce huitième volet de la franchise Hellraiser au rang de pire épisode ! Celle-ci aura d'ailleurs semble-t-il beaucoup de difficultés à s'en remettre puisqu'il faudra cette fois-ci patienter six ans avant de voir débarquer à nouveau directement en DTV l'avant dernier volet. Terminé alors, les budgets à sept chiffres. Intitulé Hellraiser IX : Revelations et réalisé désormais par Victor Garcia (Mirrors 2 en 2010), le film ''bénéficiera'' d'un budget de seulement trois-cent mille dollars...

 

mercredi 17 décembre 2025

Tony de Gerard Johnson (2009) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Après avoir récemment découvert l'étrange Star Time d'Alexander Cassini réalisé voilà plus de trente ans en 1992, abordons cette fois-ci une œuvre presque aussi étonnante. Sans doute moins originale du point de vue de sa narration mais dont l'intérêt n'est pas moindre. Ce qui, à ce titre, n'en fait par contre pas forcément une œuvre de qualité supérieure. Un long-métrage signé de Gerard Johnson basé sur le court-métrage éponyme que le réalisateur et scénariste britannique originaire de Londres réalisa lui-même en 2005 et intitulé Tony. Un drame horrifique tournant autour d'un individu solitaire à la recherche de contacts humains. Un long-métrage sombre et définitivement pessimiste que l'on pourrait sensiblement rapprocher d’œuvres telles que Combat Shock de Buddy Giovinazzo, Crazy Murder de Doug Gerber et Caleb Pennypacker ainsi que de Golden Glove de Fatih Akın. Ceux qui connaissent l'une ou l'autre de ces trois films savent alors de quel genre de récit il s'agit ici même si de profondes différences les caractérisent. Pourtant, s'il y a bien un élément qui les réunit tous, c'est bien la description d'une société enfantant des individus psychologiquement instables et donc atteints de troubles psychiatriques. Même lorsqu'ils ne sont issus que de l'imaginaire de leurs auteurs ou comme dans le cas de Gloden Glove, lorsque le récit se penche sur le sordide cas du tueur en série allemand Fritz Honka qui assassina au moins quatre prostituées, tous semblent être atteints de maux plus ou moins équivalents. Si ce dernier était dépendant à la boisson, ce qui empêchait tout discernement au moment de commettre ses meurtres, Frankie Dunlan de Combat Shock, un chômeur et ancien vétéran du Vietnam atteint de trouble de stress post-traumatique était poussé au meurtre par une bande de voyous qui sans cesse s'en prenaient à lui. Quant au tueur sans nom de Crazy Murder, interprété par l'impressionnant Kevin Kenny, ses crimes découlaient d'une vie de marginal renforcée par une pathologie schizophrénique relativement importante. Bref, des sociopathes parfaitement irrécupérables ! C'est pourtant presque tout l'inverse s'agissant de Tony Benson. Un homme au physique banal incarné tout comme dans le court-métrage par Peter Ferdinando. Acteur méconnu qui pourtant est ensuite apparu dans de petits rôles au cinéma et à la télévision. Et notamment dans la série Doctor Who en 2014, High-Rise de Ben Wheatley en 2015 ou bien Ghost in the Shell de Rupert Sanders en 2017. Ici, il apparaît sous les traits d'un homme sans charisme. Lisse...


Ne pouvant compter ni sur de quelconques atouts physiques ou psychologiques. Vivant seul dans un appartement sordide où il passe des journées entières à se repasser des cassettes vidéos de films d'action dont il connaît chaque dialogue, il ne choisit jamais vraiment ceux qu'il invite chez lui. Car chaque personne qu'il parvient à attirer dans son appartement est pour lui l'occasion d'échapper à la solitude. Pourtant demeure toujours cette crainte de se retrouver à nouveau seul, sans amis. C'est pourquoi Tony a fait le choix de tuer tous ceux qu'il parvient à attirer chez lui et d'en conserver les cadavres. Du moins jusqu'à ce que l'odeur devienne si intenable qu'il soit contraint de les découper en morceaux afin de se débarrasser des corps dans la Tamise... Il est très clair qu'à partir d'un tel script on n'est pas là pour rire. Et si le sujet de Tony peut être considéré d'emblée comme celui d'un film d'horreur particulièrement glauque, le film de Gerard Johnson souffre de défauts quasiment rédhibitoires. Si la lenteur du récit n'est pas son plus grand défaut, le long-métrage souffre d'une incarnation aussi étrange que mollassonne. Et pourtant, certaines idées ou situations sont prometteuses. Comme ce couple qui s'engueule dans un restaurant et dont est témoin notre ''héros''. Une scène crédible, réaliste, comme le sera quelques instants plus tard la rencontre entre Tony et deux toxicomanes. L'attitude perpétuellement déstabilisante de Tony ne cesse de questionner quant à la véritable valeur d'interprète de Peter Ferdinando. Qui, à contrario, incarne un type vraiment louche, gauche mais dont la caractérisation est réduite au maximum. C'est d'autant plus dommage qu'en inscrivant le personnage dans un contexte social monotone où l'on croise une boite gay, un couple en pleine séparation et où est évoquée la disparition d'un enfant de onze ans dont est un temps rendu responsable Tony, le long-métrage contient de bonnes idées mais la mise en scène authentiquement flemmarde de Gerard Johnson empêche la totale adhésion au concept ! L'on conseillera donc à celle et ceux qui ne connaissent pas encore les œuvres citées plus haut de se ruer dessus. Mieux : qu'ils ou elles se chargent également de mettre la main sur l'excellent Clean, Shaven de Lodge Kerrigan et son schizophrène lancé à la recherche de sa fille...


 

lundi 24 novembre 2025

Contracuerpo d'Eduardo Chapero-Jackson (2005) - ★★★★★★★★☆☆ & Quedate Conmigo de Zoe Berriatúa (2010) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Les deux nouveaux articles sont consacrés à l'actrice espagnole Macarena Gómez qui en seulement vingt-cinq ans a tourné dans près de cent-trente courts et longs-métrages, téléfilms et épisodes de séries télévisées. Son regard si particulier lui a permis en outre de tourner dans quelques productions horrifiques comme Musarañas de Juanfer Andrés et Esteban Roel en 2014 ou le très étrange Pieles d'Edouardo Casanova en 2017. J'ai donc choisi pour ces deux articles d'évoquer non pas des longs mais quatre courts-métrages auxquels elle a participé. À commencer par l'incroyable Contracuerpo d'Eduardo Chapero-Jackson qui en dix-huit minutes concentre toutes les obsessions d'une jeune femme pour son apparence en traitant du sujet de l'anorexie dans une forme tout à fait inédite au cinéma. Aussi traumatisant que puisse être cette maladie qui cause plus de dix-mille morts chaque année, le réalisateur et scénariste espagnol l'envisage sous des formes visuellement allégoriques. Rejet de soit, fantasme et désir de ressembler aux canons de beauté qui s'affichent sur la couverture des magazines, pour Chica (Macarena Gómez), rien n'est plus compliqué que d'assumer le regard des autres. Loin d'être une lubie chez elle comme le prouvent ces flash-back lors desquels elle est médicalement suivie dans un Centre Médico-Psychologique, notre héroïne vit la nécessité de se nourrir comme une véritable expérience traumatisante. La jeune femme va cependant trouver une parade afin de s'accepter, et par conséquent, admettre le regard des autres : maigrir jusqu'à pouvoir se cacher à l'intérieur d'un mannequin de vitrine en fibre de verre. Exposée devant le présentoir d'un magasin de vêtements sans que la propriétaire des lieux ne se doute que sous l'aspect lisse du mannequin se cache une femme qui rêve de disparaître, Chica peut enfin se sentir comme elle le rêvait. Savourant ainsi le regard des passants qui s'arrêtent devant cet étrange avatar dont seul le regard trahit une vie propre... Œuvre de dix-huit minutes dénuée de tout commentaire, Contracuerpo s'avère être un véritable uppercut bourré de séquences évocatrices du malaise de son héroïne et que le cinéaste et son interprète infligent froidement au spectateur. Premier volet d'une trilogie, Contracuerpo ne peut laisser indemne. Mis en musique par le compositeur français Pascal Gaigne et créant un imaginaire étouffant et lugubre dont l'issue ne laisse en outre aucun répit au spectateur, le court-métrage aura su séduire les festivals qui l'auront accueilli et arrosé de nombreuses récompenses...





Penchons nous maintenant sur Quedate Conmigo de Zoe Berriatúa et dans lequel un couple se déchire. L'amour ne faisant apparemment plus partie de leur programme en commun, Eva et Alex (Pablo Turégano) se lancent des assiettes au visage lorsque la jeune femme (toujours incarnée par Macarena Gómez) reçoit un débris qui vient se ficher dans son crâne ! Laissée pour morte, Alex est désemparé. Mais Ô miracle, Eva n'est pas morte... Ou plutôt l'est-elle mais sous une forme qui lui permet malgré tout de bouger, de s'exprimer et même (beurk!) de faire l'amour. En comparaison du précédent court-métrage, Quedate Conmigo peut se vivre comme une expérience un brin libératrice émotionnellement. Traité au second degré, le sujet des violences conjugales (ici conférées à l'homme comme à la femme) prend là encore une forme étonnante puisque alors que le couple s’apprêtait à se séparer jusqu'à ce que survienne le drame, voilà qu'Eve et Alex, qui ne s'aimaient plus selon leurs dires, s'avouent de nouveau leur passion amoureuse respective ! D'une durée de vingt minutes, le court-métrage réalisé mais également écrit par Zoe Berriatúa est un savant mélange entre drame, comédie et horreur où un couple se retrouve à vivre dans des conditions plus qu'improbables. De la comédie, certes, mais parfois des plus noire. Surtout si l'on considère qu'un mort-vivant est plus proche de la mort que de la vie. Car en effet, plus que de se côtoyer comme deux anciens amants devenus par la force des choses colocataires, la cinéaste n'hésite pas à filmer ses interprètes lors d'un début de relation sexuelle qui flirte quand même dangereusement avec la nécrophilie ! Je laisse à celles et ceux qui voudraient savoir comment tout cela se termine, la surprise de le découvrir par eux-même. Quedate Conmigo est une courte et sympathique comédie plus ou moins morbide cependant visible par un très large public...

 

mercredi 12 novembre 2025

Monster Summer de David Henrie (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Le revival des années quatre-vingt ne cesse désormais plus de montrer son visage au cinéma et Monster Summer de David Henrie en est l'un des plus récents et des plus brillants représentants. Avec sa trogne d'adolescent alors même qu'il aligne les trente-six printemps, l'acteur, réalisateur, scénariste et producteur signe avec son second long-métrage cinq ans après la comédie dramatique This is the Year, un Teen-Movie fantastique dans lequel un groupe d'enfants va se lier afin de démontrer l'existence d'une sorcière vivant au sein de leur communauté. Une créature qui pour survivre dévore de jeunes proies et qui dans le cas de Monster Summer va tout d'abord se nourrir de leur âme, les laissant dans un état végétatif auquel nos héros ne pourront évidemment pas se résoudre à ne rien faire. Car l'une des premières victimes de cette ''descendante'' de la fameuse sorcière Baba Yaga issue du folklore slave n'est autre que Ben Driskel (Noah Cottrel) qui lors d'un rendez-vous nocturne avec une jeune camarade dont est épris son meilleur ami Noah (Mason Thames) va être attiré sous les eaux durant leur bain de minuit. Survivant à son agression, Ben devient mutique et ce petit champion de l'équipe de Base-ball locale reste désormais cloîtré chez lui sans possibilité ou presque de communiquer. De son côté, Noah va pouvoir compter sur le soutien de ses amis Eugene Wexler (Julian Lerner) et Sammy Devers (Abby James Witherspoon) qui vont l'aider à dénouer le fil d'une intrigue qui fera d'autres victimes parmi les adolescents de leur ville. Plus surprenant, notre jeune héros va également pouvoir compter sur l'aide inattendue de Gene Carruthers, un homme d'âge mûr à la peu flatteuse réputation, vivant à l'écart et dont Noah et ses amis ont fait la ''connaissance'' alors qu'ils eurent la curiosité de s'introduire sur son domaine... L'homme en question, un ancien détective désormais à la retraite est incarné par le charismatique Mel Gibson qui longtemps après son rôle mythique dans la première trilogie Mad Max, la controverse entourant La passion du Christ qu'il réalisa lui-même en 2004 ou s'agissant de ses propos au sujet de la communauté juive (sans parler de ses problèmes de drogue ou d'alcool), revient en force depuis quelques années et notamment au cœur de cette comédie rétro-fantastico-adolescente fort sympathique...


En vieux bougon (du moins est-ce l'image que renvoie au départ son personnage), l'acteur incarne un vieil homme cabossé par la vie, comme en témoignera d'ailleurs une séquence relativement touchante évoquant la disparition de son fils alors que celui-ci n'était qu'un jeune enfant. L'on découvre qu'en parallèle des préoccupations de Noah et de ses deux amis, Gene enquête depuis un certain temps sur plusieurs disparition d'enfants dans la région... Ajoutons à nos jeunes héros ainsi qu'à la star américaine, l'actrice Nora Zehetner qui incarne le rôle d'Abby, la mère de Noah, ainsi que celle de Lorraine Bracco dans celui de Miss Halverson, dont l'attitude et le look laissent envisager qu'elle pourrait être la responsable des maux qui touchent la petite localité où il fait habituellement bon vivre et où se déroulent les événements, ainsi que la présence de Patrick Renna dans le rôle d'Umpire, l'entraîneur de l'équipe de Base-ball ! Monster Summer étant majoritairement interprété par de jeunes acteurs aux bouilles irrésistibles, David Henrie signe avec ce second long-métrage une œuvre fantastique qui ne plonge jamais ses interprètes dans un monument d'horreur et de gore. Quelques effets-spéciaux numériques mettant en scène la sorcière en question se révèlent en revanche plutôt efficaces. On pense bien évidemment à un revival des années quatre-vingt même si l'action ne se déroule pas officiellement à cette époque révolue. Le design lui-même ne renvoie pas ses personnages quarante ans en arrière mais il est facile d'opérer une comparaison entre les Teen-Movies produits à l'époque et Monster Summer qui à travers sa discrète référence vaut bien toutes ces productions qui appuient sur le curseur de la nostalgie ! Pas forcément drôle mais par contre très divertissant, le long-métrage sait aussi se faire parfois touchant. Comme lorsque justement, l'ancien détective évoque auprès de Noah le drame qui le toucha voilà près de quarante ans et qui fut notamment fatal à son mariage. Et si le rôle qu'incarne Mel Gibson n'est pas le plus remarquable de sa carrière, il n'en demeure pas moins que sa présence apporte une plus-value au récit. Bref, Monster Summer est un excellent divertissement qui séduira sans aucun doute possible petits et grands...

 

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