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mercredi 29 juillet 2026

Oliver Twist de Roman Polanski (2005) - ★★★★★★★★★☆

 


 

On aura beau dire, trouver de quoi critiquer l'homme, mais Roman Polanski reste un immense artiste. Et si le répéter, le ressasser, le marteler peut d'évidence en choquer certains, qu'importe puisque le bonheur est là, s'étalant sur de grandes toiles blanches, dans des salles plongées dans le noir, exposé devant des yeux toujours plus ébahis par le spectacle qui leur est proposé. Pourtant, j'avoue avoir longtemps hésité à regarder Oliver Twist en raison d'une écriture qui n'appartient pas directement au cinéaste. En effet, son dix-huitième long-métrage est une adaptation du roman éponyme de l'écrivain britannique Charles Dickens dont il ne s'est même pas chargé de l'écriture du scénario puisque celle-ci a été confiée au dramaturge et scénariste sud-africain Ronald Harwood. Sa présence au sein d'une longue filmographie survenant chronologiquement juste après l'immense chef-d’œuvre Le pianiste ne semble pas être le fruit du hasard mais entre plutôt dans une certaine logique de désacralisation d'un passé trouble cette fois-ci traité à travers non plus des faits ayant réellement eu lieu durant la première moitié du vingtième siècle mais à travers une fiction écrite voilà près de cent-quatre-vingt ans... Oliver Twist, ici incarné à l'écran par Barney Clark, est peut-être ainsi le jeune Roman qui dans sa Pologne natale vécu la Seconde Guerre Mondiale, survécu au ghetto de Cracovie et dû vivre séparé de ses parents, dans la précarité, témoin très jeune de la violence des rues... Car Oliver Twist, c'est justement l'histoire que nous racontent et le roman, et cette énième adaptation cinématographique. Se retrouvant au départ dans un orphelinat aux règles strictes, le jeune Oliver est ensuite engagé dans une entreprise de pompes funèbres dont il va rapidement fuir la violence en prenant à pieds des chemins de campagnes menant jusqu'à la capitale londonienne. Arrivé à bout de souffle, affamé et les chaussures trouées, il est rapidement repéré par le jeune Artful Dodger (Harry Eden) dit ''le Rusé'' qui l'introduit chez Fagin (Ben Kingsley). Un vieil homme aussi usé que les vêtements qu'il porte sur le dos mais surtout, un grand manipulateur entouré de jeunes voleurs qu'il a lui-même formé pour son propre profit. C'est donc dans cette même intention qu'il prend sous son aile Oliver. Prenant soin de lui, le nourrissant, Fagin a de grands projets pour ce gamin d'à peine dix ans. Mais alors qu'un jour Oliver suit Artful et un autre de ses nouveaux ''amis'' afin de voler des passants dans la rue, il se retrouve accusé de vol par un client de librairie avant d'être emmené au tribunal afin d'y être jugé...


Heureusement pour lui, le propriétaire de la librairie, M. Brownlow (Edward Hardwicke) affirme qu'il est innocent et décide de prendre l'enfant sous son aile en l'accueillant chez lui. Malheureusement pour Oliver, on ne quitte pas Fagin et son groupe de voleurs aussi facilement. Et bien que le garçon puisse compter sur le soutien de la jolie Nancy (Leanne Rowe), le compagnon de cette dernière, William Sykes (Jamie Foreman) a d'autres projets pour le jeune orphelin qu'il pense être capable de balancer le réseau à la police... Si l'on devait compter les chefs-d’œuvre réalisés par Roman Polanski depuis ses débuts de carrière qui ont commencé en 1955, les doigts de deux mains ne suffiraient probablement pas. Oliver Twist vient ainsi rejoindre la longue liste des œuvres du cinéaste franco-polonais à côté desquelles il ne faut surtout pas passer. Depuis un temps très récent, le directeur de la photographie polonais Pawel Edelman est devenu un fidèle collaborateur de Roman Polanski. En fait, depuis Le pianiste. Une fidélité qui depuis n'a jamais été démentie puisqu'il a récemment travaillé sur The Palace, le dernier long-métrage à ce jour du cinéaste. Et plus que jamais, Oliver Twist témoigne de la précision chirurgicale avec laquelle Roman Polanski pense son œuvre. Le directeur de la photographie mais aussi le chef décorateur et directeur artistique polonais Allan Starski insufflant ainsi au long-métrage une poésie visuelle qui n'a objectivement que très peu d'équivalent dans le monde du cinéma. D'une beauté à couper le souffle, chaque plan rejoint ce que votre serviteur a pour habitude de comparer à des tableaux subitement pris d'une vie qui leur est propre. De l'orphelinat en passant par la campagne et jusqu'aux ruelles sombres et crasseuses des quartiers pauvres de Londres, le film est d'une beauté absolument sidérante. Écrasé par le poids d'un savoir-faire artistique hors normes, le scénario de Ronald Harwood fait figure de parent pauvre au sein d'un grand œuvre qui permet malgré tout à Roman Polanski d'y exprimer une fois de plus certaines de ses obsessions...


D'ailleurs, contrairement à ce que pourrait laisser supposer la présence au sein du récit d'un héros âgé de seulement dix ans, Oliver Twist n'est pas un conte pour enfants mais plutôt une critique virulente de la société victorienne dénonçant notamment l'exploitation et la maltraitance des enfants, la pauvreté et les injustices. Tout ceci dans un contexte où la criminalité explose, entre simple violence verbales, vols et assassinats. Plus curieux est la place prise par le jeune héros au sein du récit. Celui dont le nom orne l'affiche ne semble pourtant pas être directement acteur de sa propre existence mais fait davantage figure d'observateur de la société. Souvent installé en arrière-plan du récit, sa place n'est donc pas celle qu'on lui prêterait tant la présence à l'écran de certains personnages tels que Fagin, William Sykes ou même Artful Dodger lui volent régulièrement la vedette. Se déroulant dans les années 1830, le film traite des sujets les plus sombres dans une Angleterre victorienne balbutiante. Les couleurs chatoyantes de la campagne anglaise laissant rapidement la place à une ville de Londres sombre, désespérée, crasseuse, vérolée par la violence et qui semble peu à peu préparer la vague de meurtres abominables qui endeuilleront quelques décennies plus tard le sordide quartier de Whitechapel comme en témoignent certains plans nocturnes et embrumés absolument magnifiques. Notons enfin l'extraordinaire incarnation des personnages et en premier lieu, celui de Fagin, interprété à l'écran par un Ben Kingsley tout à fait méconnaissable et dont l’ambiguïté tiraille en permanence le spectateur qui ne sait plus où donner de la tête entre empathie et animosité. Si Barney Clark est craquant, souvent placé en arrière-plan des autres interprètes il ne fait plus figure alors que de lointain symbole d'une Angleterre décrépite quand Jamies Foreman impose une présence à l'image tout à fait saisissante. Au final, Oliver Twist est un très grand film. Un prodige visuel sans cesse renouvelé, interprété par des actrices et acteurs grimés selon des standards caricaturaux de l'époque. Bref, du grand cinéma, sombre mais populaire. À voir ou revoir absolument...

 

vendredi 29 mai 2026

Deep Water de Renny Harlin (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Les requins mangeurs d'hommes sont de retour........... Enfin, pas vraiment puisqu'ils n'ont jamais cessé d'apparaître sur grand écran, les chaînes de télé et les sites de streaming. Rien qu'en 2025 l'on compte une petite dizaine de longs-métrages parmi lesquels l'excellent Dangerous Animals de l'australien Sean Byrne. Une très bonne surprise dans laquelle la présence de ces élasmobranches parfois très belliqueux envers l'espèce humaine n'est au fond qu'un prétexte pour nous présenter Tucker (l'acteur Jai Courtney), un tueur en série ayant comme spécificité de filmer ses victimes suspendues par un câble et au dessus de l'océan dans l'attente qu'un requin vienne les... ''grignoter'' ! Autre excellente surprise, l'américano-australien Thrash de Tommy Wirkola (auteur en outre de Dead Snow 1 & 2, Seven Sisters et de... Spermageddon!!!) dans lequel des requins s'en prenait aux rares survivants d'une petite ville côtière submergée après le passage d'un ouragan. Très sympathique proposition bien qu'un brin pompée sur le Crawl du français Alexandre Aja dans lequel les protagonistes étaient cette fois-ci les proies d'alligators... En attendant la sortie prochaine du huitième opus de la franchise Sharknado toujours réalisé par Anthony C. Ferrante et intitulé Sharknado Origins, penchons nous sur Deep Water de Renny Harlin (à ne pas confondre avec le film éponyme signé d'Adrian Lyne en 2022). S'il s'agit encore une fois d'un énième film d'horreur avec des requins, il est surtout l’œuvre d'un artisan de l'action, de l'horreur, de l'épouvante et du fantastique qui durant la première partie de sa carrière réalisa quelques films notables. Il fut en effet l'auteur de Prison et du Cauchemar de Freddy en 1988, de 58 minutes pour vivre en 1990 (la deuxième aventure de John McClane, héros de la franchise Die Hard), de Cliffhanger : Traque au sommet en 1993 et plus tard de L'exorciste : Au commencement en 2004 mais aussi d'un premier long-métrage mettant en scène des requins en 1999 avec Peur Bleue, lequel n'a évidemment rien à voir avec le film éponyme réalisé par Daniel Attias en 1985, lequel mettait en scène non pas des requins mais un loup-garou ! On l'aura compris, Renny Harlin n'est donc théoriquement pas un manche en la matière. Après avoir consacré ces dernières années sa carrière à la franchise The Strangers (ou Les intrus chez nous), le voilà qui revient avec deux films. The Beast, film d'action mettant en scène l'acteur Samuel L. Jackson et qui devrait prochainement voir le jour, ainsi que Deep Water...

 

Un mélange entre film catastrophe et film d'horreur. Avec tout ce que cela peut compter de bons sentiments et d'antagonistes imbuvables. Tout commence dans un avion à bord duquel nous sont présentés les protagonistes essentiels du récit. À commencer par Ben (Aaron Eckhart), le commandant en second, assis aux côtés de Rich, le commandant de bord incarné par un Ben Kingsley dont l'apparition sera curieusement écourtée puisqu'il ne survivra pas au crash. Au crash, oui ! Car Dan (Angus Sampson) un passager très imbu de lui-même a mis son smartphone dans sa valise qui elle-même a été placée dans la soute à bagages. Sauf que le téléphone semble avoir un problème électrique. Lequel déclenche des étincelles et provoque un incendie qui va à son tour causer d'importants dégâts. L'avion devient alors incontrôlable et vient se perdre dans l'océan tandis que plusieurs parties du fuselage viennent s'échouer sur un récif corallien..... Un endroit évidemment infesté de requins très agressifs qui ne vont faire qu'une bouchée de certains survivants. Bon ben que dire sinon que Deep Water est assez décevant en ce sens ou il n'apporte pas grand chose dans la thématiques des films d'horreur mettant en scène des requins ? Quelques morts assez violentes, un commandant en second certes charismatique mais ô combien cliché, de l'héroïsme, mais aussi quelques personnages secondaires très crispants. Comme cet enc[CENSURE]lé de Dan justement. Tellement imbitable (et non, ça n'est pas un gros mot) qu'à défaut de vivre une vraie bonne aventure en milieu hostile l'on passe son temps à attendre le moment où il finira entre les dents d'un squale ! On pense ensuite à ces ''chamailleries'' perpétuelles entre un afro-américain et un japonais dont j'ai rapidement oublié les prénoms mais aussi et surtout à cette sale gamine prénommée Cora (la jeune actrice Molly Belle Wright) que l'on donnerait bien à manger aux requins histoire d'effacer définitivement de son visage cette moue boudeuse qu'elle nous inflige durant une bonne moitié du récit ! Ouais, je sais, c'est mesquin. Mais bon, le film étant d'un classicisme ronflant, la mise en scène de Renny Harlin pousse à se focaliser sur les petits détails...

 

mardi 23 septembre 2025

The Thursday Murder Club de Chris Columbus (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Depuis que le producteur, réalisateur et scénariste britannique Kenneth Branagh a remis au goût du jour la mode du Whodunit en proposant de nouvelles transpositions à l'écran des plus grands classiques de la romancière Agatha Christie (Murder on the Orient Express en 2017, Death on the Nile en 2022 et A Haunting in Venice en 2023), d'autres se sont attaqués au genre . Et même en France puisque à travers une toute autre approche Rémi Bezançon a réalisé l'excellent Le Mystère Henri Pick en 2019 tandis que trois ans plus tard, Nicolas Pleskof a signé un Murder Party de mémoire relativement triste... Le dernier Whodunit à avoir vu le jour non pas sur grand écran mais directement sur la plateforme de streaming Netflix est une production Amblin Entertainment. Une société créée en 1980 par Kathleen Kennedy, Frank Marshall mais aussi et surtout par Steven Spielberg sous la bannière de laquelle le cinéaste à produit la majeure partie de ses films. Une entreprise américaine qui produit pourtant ici une œuvre d'origine britannique. Un retour aux sources et aux fondamentaux tellement proche du concept originel que comme on le constatera assez rapidement, The Thursday Murder Club a beau avoir vu le jour sur nos écrans de télévision il y a moins d'un mois le 28 août, celui-ci n'en demeure pas moins une vision quelque peu passéiste du genre. Tant et si bien que l'on a moins l'impression d'être devant un long-métrage qui aurait mérité sa place dans les salles de cinéma que d'être devant une œuvre qui aurait pu être directement exposée chez nous sur France 3 où fut notamment accueillie la série Midsomer Murders plus connue sous le titre Inspecteur Barnaby. Diffusé dans l'hexagone sous le titre Le Murder Club du jeudi, le long-métrage de Chris Columbus n'est pas celle d'un novice puisque parmi sa vingtaine de réalisations, on lui doit notamment Maman, j'ai raté l'avion ! en 1990 et sa suite sortie en 1992, Madame Doubtfire en 1993, L'homme bicentenaire en 1999 ou encore les deux premiers volets de la franchise Harry Potter (L'école des sorciers en 2001 ainsi que La chambre des secrets l'année suivante). Bref, du cinéma populaire parfois très enfantin et qui par conséquent ne sera pas forcément du goût de tout le monde...


Abordant son nouveau projet sous un angle un tout petit peu plus ''mature'', Chris Columbus signe donc un long-métrage proche de l'univers de la célèbre romancière britannique bien qu'en réalité, The Thursday Murder Club soit en fait l'adaptation du premier des quatre volumes que constitue actuellement la série de romans éponymes écrits par l'écrivain anglais Richard Osman. Production Amblin Entertainment oblige, le casting est constitué de grands interprètes, à l'image de l'actrice britannico-américaine Helen Mirren, de la britannique Celia Imrie, du britannico-indien Ben Kingsley, de l'américain Pierce Brosnan ou de l'écossais David Tennant qui après avoir notamment brillé dans l'excellente série Broadchurch en incarnant l'inspecteur Alec Hardy entre 2013 et 2017 interprète ici le rôle de Ian Ventham, l'un des deux propriétaire de la maison de retraite Coopers Chase qu'il a décidé de radicalement ''transformer'' avec ou sans l'assentiment des pensionnaires. Décidant en outre de faire raser le cimetière mitoyen ! Elizabeth Best, Ron Ritchie, Ibrahim Arif et la nouvelle venue en la personne de l'ancienne infirmière Joyce Meadowcroft vont tout mettre en œuvre pour empêcher que cela n'arrive. Membres exclusifs du Murder Club du jeudi, ils vont en outre enquêter sur le meurtre du copropriétaire de la maison de retraite, John Grey (l'acteur Paul Freeman). Un assassinat qui arrange les affaires de Ian Ventham puisque la victime qui détenait la moitié des parts dans l'affaire ne semblait pas prête à accepter le projet... Sans être mauvais, The Thursday Murder Club est en fait assez anodin dans le genre Whodunit. Rien d'exceptionnel si ce n'est un humour omniprésent et des décors magnifiques situés dans le comté de Buckinghamshire et dans celui de Hertfordshire. Notons la présence de Naomie Ackie dans le rôle de l'inspectrice Donna De Freitas, celle de Daniel Mays dans celui de son supérieur hiérarchique Chris Hudson ou encore celle de Jonathan Pryce dans le rôle de Stephen Best, l'époux d'Elizabeth. The Thursday Murder Club demeure un bon divertissement, qui part certes un peu dans tous les sens et fait plutôt figure de long téléfilm policier que de véritable long-métrage voué à une hypothétique sortie en salle... Sachant qu'il s''agit de l'adaptation du premier volet de la saga de romans de Richard Osman, il n'est pas interdit de penser qu'une suite pourrait prochainement voir le jour. Attendons tout d'abord de voir si ce premier film attire suffisamment de téléspectateurs...

 

lundi 14 mars 2022

De quelle planète viens-tu? (What Planet Are You From?) de Mike Nichols (1999) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 2000, dans le génial Happy Accident de Brad Anderson, Sam Deed affirmait être un voyageur du temps venant tout droit de l'année 2470. Le réalisateur cultivait cette étonnante affirmation en laissant supposer que le personnage interprété par Vincent D'Onofrio pouvait être soit véritablement ce qu'il affirmait, soit un mythomane. Un individu très attachant qui allait de nos jours faire la rencontre de Ruby Weaver (incarnée par Marisa Tomei), jeune et séduisante femme jusqu'à maintenant déçue par les hommes et qui allait tomber sous le charme de cet homme relativement particulier. Brad Anderson accouchait alors d'une excellente comédie romantique. La même année sortait sur les écrans une autre comédie romantique cette fois-ci signée de Mike Nichols. Sur un ton nettement plus absurde et dans laquelle le voyageur du temps était remplacé par Harold Anderson, de son vrai nom H 1449-6, un extraterrestre envoyé par le dirigeant de sa planète, Graydon (l'acteur Ben Kingsley), afin de trouver une femme, de la séduire, la féconder, et ainsi emporter le bébé avec lui afin de débuter le repeuplement de sa planète. Après avoir étudié le comportement des humains et plus précisément celui de la gente féminine, Graydon précise tout de même à Harold Anderson que sa mission ne sera peut-être pas de tout repos s'agissant de séduire les femmes. Harold arrive spontanément sur Terre à bord d'un avion de ligne. Un événement accompagné d'une observation d'ovni par son pilote. Un flash lumineux filmé par l'un des passagers accompagne l'arrivée d'Harold lequel intéresse rapidement Roland Jones qui travaille à la FAA(pour Federal Aviation Administration). Quant à Harold, une place dans une banque est déjà prévue pour lui. Il y côtoie alors notamment son nouveau collègue de travail Perry Gordon (l'acteur Greg Kinnear), lequel est un coureur de jupons qui profite des réunions des Alcooliques Anonymes pour partir à la chasse. Harold et ce dernier sont en compétition pour obtenir l'un des principaux postes à pourvoir de la banque. Naïf, le premier ne voit pas que Perry le manipule et espère lui couper l'herbe sous le pied. C'est pourtant grâce à lui qu'après plusieurs tentatives de rapprochement vers la gente féminine Harold fait la connaissance de Susan, une ancienne alcoolique qui vient régulièrement aux réunions afin de témoigner de son expérience...
 
 
Traité de manière relativement légère, De quelle planète viens-tu?(What Planet Are You From?) est une comédie romantique et de science-fiction qui effectivement ne fait pas dans la dentelle mais n'est pas non plus l'infamie que beaucoup de critiques prétendent. On a vu bien plus grotesque dans d'autres circonstances et si l'on s'effraie effectivement de la tournure que pourraient prendre les événements, on est plus proche de l'humour d'une série telle que l'excellente The Orville de Seth MacFarlane que des comédies complètement débiles à la manière de American Pie des frères Paul et Chris Weitz. Interprété et scénarisé par l'acteur Garry Shandling disparu en 2016 à seulement soixante-six ans, Harold Anderson a deux particularités : il est tout d'abord incapable de ressentir les mêmes émotions que celle qu'il va tenter de séduire. Mais le pire, et ce qui semble être d'ailleurs un élément jouant en la faveur de ceux qui vomissent littéralement De quelle planète viens-tu ?, le peuple de Harold ayant, génération après génération, perdu ses attributs sexuels, est greffé à cet ''alien'' d'apparence humaine, un sexe motorisé qui réagit bruyamment chaque fois qu'il est excité ! Ce qui donne lieu à d'innombrables séquences lors desquelles, on entend le vrombissement de l'appareil génital de Harold. Un running gag extrêmement prolifique qui, allez savoir pourquoi, fonctionne à chaque fois. Car plus que la purge annoncée, le film de Mike Nichols s'avère en réalité plutôt amusant. Voire même quelques fois touchant. De l'interprétation monocorde du héros évoquée par un journaleux de Première ou de de ses prétendues grimaces affirmées par un autre scribouillard de Télérama, on retiendra surtout le fait que n'étant pas pourvu des émotions que connaissent les humains, il était fort logique que l'acteur exprime cette différence par une attitude parfois froide et figée. Notons qu'outre Garry Shandling, le film est également interprété par les séduisantes Annette Bening et Linda Fiorentino ou encore l'excellent John Goodman qui dans le cas présent interprète l'employé de la FAA Roland Jones. Au final, De quelle planète viens-tu? n'est pas l'étron annoncé. Il est même étonnant de constater l'écart qui existe entre certaines critiques carrément peu élogieuse et la réalité des faits...

 

jeudi 3 janvier 2019

Renaissances de Tarsem Singh (2015) - ★★★★★☆☆☆☆☆





En matière de science-fiction, le septième art nous a déjà proposé tellement de menus divers et variés qu'il semble désormais bien difficile d'innover. Entre les sous-genres (Anticipation, Dystopie, Post-apocalyptique, Hard-Science, Space Opera, Steampunk, etc...) et la forme qu'ils prennent (du nanar le plus fauché et improbable au blockbuster gras et friqué), l'amateur a de quoi se satisfaire quel que soient ses goûts en la matière. Le genre est si bien exploité qu'il est bien difficile de le renouveler. A part quelques exceptionnels coups de génies se comptant sur le bout des doigts d'une main ayant perdu plusieurs phalanges, les scénaristes sont désormais presque obligés de s'inspirer d’œuvres passées ou de compter sur le concept de Reboot ou de Remake, très à la mode depuis quelques années. Et ne parlons même pas des plagiats que certains préfèrent évoquer avec pudeur sous le nom de remakes non-officiels.

Renaissances fait effectivement partie de cette dernière catégorie bâtarde qui de surcroît, ne sait plus vraiment quelles sont ses véritables origines. Et l'on ne parle plus ici des sources d'inspiration qui servirent ouvertement ou non à l'écriture du scénario de David et Alex Pastor mais bien du style qu'à choisit de donner à son œuvre le réalisateur, producteur et scénariste indien, Tarsem Singh. A force de bouffer ce que l'on avait communément l'habitude d'appeler de la pellicule avant l'arrivée du tout numérique, forcément, on acquière des connaissances qui permettent du bien fondé d'une œuvre cinématographique. Une position qui permet également de proférer objectivement un avis favorable ou non. Concernant Renaissances, l'un des soucis majeurs qu'il rencontre reste cette désagréable impression que pourra rencontrer le spectateur persuadé d'avoir déjà vu ailleurs un récit similaire. Même s'ils diffèrent sur bien des aspects, l'oeuvre de Tarsem Singh correspond parfois avec À l'Aube du Sixième Jour que réalisa Roger Spottiswoode quinze ans auparavant. Sans rentrer dans le détail, force est de constater que les aventures d'Adam Gibson et et celle de Damian Hale de Renaissances possèdent des similitudes gênantes. De celles qui vous laissent déjà imaginer de la suite des événements alors même que vous découvrez le film pour la première fois.

Je disais donc (avant que mes doigts ne m'échappent) que Renaissances semblait fuir la science-fiction pure pour se vautrer dans l'action. Ce qui n'en fait cependant pas un mauvais film puisque l'on ne s'y ennuie pratiquement pas. Et puis, le cinéaste indien ménage suffisamment de suspens et d'intrigue pour que le spectateur n'aie sur le coup, pas le temps de se poser de questions sur la valeur exacte du scénario et des dialogues pourtant parfois écrits à l'emporte-pièce. Ben Kingsley ? Sous-exploité. Mais qui en voudrait à un scénario concentrant d'abord son intrigue autour du personnage incarné par Ryan Reynolds, qui au passage, manque de crédibilité. Parfois un peu trop impavide, l'acteur semble à des lieux du personnage qu'il incarne. Quant à l'actrice d'origine cubaine Natalie Martinez, elle est aussi peu intéressante que son personnage est inconsistant. Cela s'expliquant sans doute dans les rapports très curieux qu'entretiennent les différents protagonistes.

A dire vrai, Renaissances sous son appartenance à une forme de science-fiction dystopique ne s’accomplit pas tout à fait. La faute à une trop grande place accordée à l'action. L’œuvre de l'indien reste donc mineure... Anecdotique...

jeudi 24 septembre 2015

Hysteria de Brad Anderson (2014)



Hysteria est le dernier film en date du cinéaste américain Brad Anderson qui depuis ses débuts n'a commis que très peu de fautes de goût puisqu'à part son très décevant L'Empire des Ombres, il n'a tourné que d'excellents films. Pour sa dernière œuvre, il convoque des artistes aussi confirmés que Ben Kingsley (qu'on verra auparavant dans le Transsiberian de Anderson) et Michael Caine. A leurs cotés, Kate Beckinsale et Jim Sturgess leur tienne la chandelle avec leurs indéniables qualités d'interprètes.
Jim Sturgess est un jeune docteur fraîchement diplômé qui vient parachever sa formation d’aliéniste à l’hôpital psychiatrique de Stonehearst oû l'attend le Docteur Silas Lamb et toute son équipe. Brad Anderson plonge ses acteurs à une époque où l'homosexualité et l’épilepsie étaient encore considérées comme des troubles mentaux. On connaît le soucis du détail du cinéaste qui met en place un environnement réaliste et fourmillant de détails que n'aurait pas renié l'esthète Peter Greenaway. Comme à son habitude, Anderson développe son sujet sans vraiment en fournir les clés bien que dès le départ l'on découvre l'horrible vérité sur cet immense édifice qu'est Stonehearst.

En effet, il nous révèle assez vite que les médecins ne sont pas ceux que l'on pensait et que les geôles souterraines renferment de bien inquiétants secrets. A ce titre, un phénomène bien particulier se produit : Alors qu'en temps normal la frontière entre le bien et le mal est sans équivoque, ici, on a bien du mal à choisir son camp. D'un coté, un "médecin" mégalomane qui rêve de régner sur ce désastreux empire qu'il est en train de fonder sur les cendres de ce qui fut un asile tenu par une équipe de psychiatres et d'infirmières aux méthodes discutables. De l'autre, ces derniers, enfermés dans des cages insalubres et lentement voués à la mort. Si l'on est d'abord acquis à la cause des vrais médecins et infirmières, les propos tenus par le "Docteur" Lamb ont de quoi nous faire réfléchir. Choisissant des méthodes douces pour soigner la folie de ses congénères, son personnage dénote un comportement qui mêle à la fois l'irresponsabilité et l'humanité.

Librement inspiré de la nouvelle de l'écrivain Edgar Allan Poe Le Système du Docteur Goudron et du Professeur Plume, Hysteria semble en avoir déçu certains. S'il est vrai que le film connaît des ruptures de tons assez inégales c'est parce que le film de Brad Anderson tutoie des genres aussi divers que le drame, le thriller, et parfois même l'épouvante. Le quatuor d'interprètes Ben Kingsley, Michael Caine, Kate Beckinsale et Jim Sturgess porte littéralement le film sur ses épaules. En transposant son œuvre à la toute fin du dix-neuvième siècle, le cinéaste impose un climat très particulier qu'il n'aurait sans doute jamais pu obtenir autrement.

La folie est dispensée à grande échelle au cœur d'une population d'aliénés ayant pris le pouvoir. Brad Anderson démontre surtout qu'avec l'espoir et la motivation les plus sincères, la folie ne peut mener à bien son projet et qu'elle est vouée à l’échec. Hysteria est une fois de plus une belle réusite de la part du cinéaste américain, et on ne lui en voudra pas de ces quelques dernières minutes durant lesquelles il met un terme à son histoire. Inutile, un peu grotesque, et tellement en deçà de tout ce qui a précédé...


samedi 5 septembre 2015

Transsiberian de Brad Anderson (2008)



Jessie et Roy parcourent la Sibérie à bord du Transsibérien lorsqu'ils font la connaissance de Carlos et de sa compagne Abby. Ce jeune couple énigmatique qui voyage depuis des années à travers le monde transporte avec lui des dizaines de matriochkas renfermant de l'héroïne. Le couple que forment Jessie et Roy bat de l'aile depuis que ce dernier cherche à avoir un enfant de celle qu'il aime.
Lorsque Roy oublie de remonter dans le train après un arrêt à l'une des gares du parcourt qui doit les amener jusqu'à Moscou, Jessie se retrouve seule en compagnie de Carlos et Abby. Si les deux jeunes femmes entretiennent des rapports amicaux, entre Jessie et Carlos il en est tout autrement. L'homme tente de séduire l'épouse de Roy qu'il vont attendre jusqu'au lendemain en milieu d'après-midi, près de la gare où ils ont décidé de descendre afin de patienter jusqu'à ce qu'arrive le prochain train qui doit leur ramener l'époux de Jessie. Mais rien ne va se passer comme prévu. Carlos va planquer les statuettes dans les affaires de Jessie et va, lors de la visite d'une église abandonnée, tenter de violer la jeune femme...

Brad Anderson, on connait bien ici. Entre le drame fantastique Session 9 déjà chroniqué, la comédie romantico-fantastique Happy Accident et le thriller anxiogène The Machinist à venir, ce cinéaste précieux est beaucoup trop rare au cinéma pour qu'on l'ignore. Avec Transsiberian, il signe une fois encore une œuvre forte qui ne laisse pas indifférent et dont certain rouages l'éloigne des sempiternels gimmicks relatifs au genre. Interprété par Woody Harrelson, Emily Mortimer, Kate Mara, Eduardo Noriega et Ben Kingsley, Transsiberian est un road-movie ferroviaire qui transporte le voyageur au cœur de la steppe sibérienne enneigée pour un voyage au bout de l'horreur. Non pas que le film du cinéaste américain soit un film d'épouvante mais la somme des événement auxquels vont être confrontés Jessie et Roy pourra refroidir plus d'un spectateur.

La grande force de Brad Anderson est de manipuler les apparences avec un tel brio que l'imaginaire du spectateur précède parfois certains événements alors même que leur conclusion emprunte parfois des voies bien différentes de ce que l'on aurait pu supposer. L'oeuvre repose également sur l'interprétation de ses principaux acteurs. La bonhomie de Woody Harrelson, la peur et l'angoisse se dessinant ur le visage d'Emily Mortimer, l'étrange comportement de Kate Mara et celui, plus inquiétant d'Eduardo Noriega et Ben Kingsley.

Transsiberian nous transporte au cœur d'un pays enneigé, le cinéaste appuyant le regard triste de dizaines d'inconnus parcourant les wagons d'un immense train. L'angoisse montant peu à peu, même les sourires de façade semblent cacher de bien mauvaise intentions. La froideur de la photographie colle assez bien avec le récit qui se veut de plus en plus sombre. Quelques situations se révèlent inattendues quand certaines gâchent un peu le tableau. En effet, on regrettera quelque peu que le film verse vers la fin dans l'action, brisant ainsi la monotonie angoissante qui s'est instaurée durant l'heure et demi qui vient de précéder.

Brad Anderson parvient à créer un climat anxiogène qui dépasse le seul cadre de l'interprétation. Le spectateur lui-même ressent un certain malaise au contact de ces autochtones vivant dans une certaine pauvreté, et plus encore auprès d'un Eduardo Noriega au sourire autant ravageur que diabolique. Si vous croyez avoir tout vu en matière de suspens, montez à bord du Transsiberian et laissez vous emporter par cette histoire aussi belle qu'angoissante. A noter la petite participation de l'acteur français Étienne Chicot...
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