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jeudi 22 octobre 2026

Sadako vs. Kayako de Kōji Shiraishi (2016) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Nous sommes en 2016, il y a dix ans tout rond, et nous avons rendez-vous cette année là avec la rencontre au sommet de deux des plus remarquables phénomènes surnaturels nés de l'esprit d'auteurs japonais particulièrement créatifs. D'un côté, Koji Suzuki, le créateur du roman Ringu en 1991. Et de l'autre, le réalisateur et scénariste Takashi Shimizu, bien connu pour ses nombreuses œuvres faisant appel aux fantômes et autres esprits maléfiques dont il a toujours majoritairement fait son fond de commerce. Auteur prolifique de près d'une centaine d’œuvre en trente-cinq ans de carrière, le cinéaste Kōji Shiraishi prend donc en 2016 la relève de ses prédécesseurs avec long-métrage qui marquera sans doute l'histoire des franchises Ringu et Ju-on puisqu'à la manière d'un certain nombre de films d'horreur américains tels Freddy vs. Jason et Alien vs. Predator, Sadako vs. Kayako met donc en scène deux des plus iconiques Onryō représentants la culture littéraire japonaise. Des esprits vengeurs quittant ponctuellement le plan astral pour venir dans le plan matériel où nous vivons. D'un côté, nous avons donc Sadako Yamamura (Elly Nanami), jeune femme qui fut jetée dans un puits par un divers personnages selon les récits et où elle agonisa longuement avant que naisse la malédiction. De l'autre, nous avons Kayako Saeki (Runa Endo) dont l'époux les noyèrent elle et leur fils Toshio (Rintarō Shibamoto), persuadé qu'elle le trompait avec un autre homme. Tandis que Sadako apparaît sur le plan matériel et assassine ses nouvelles victimes après que celles-ci aient eu la mauvaise idée de visionner une cassette vidéo réputée hantée, s'agissant de Kayako, ses possibilités de déplacement s'avèrent relativement réduites puisque son fantôme s'en prend à celles et ceux qui ont la malchance de s'introduire dans la demeure qu'elle partageait en famille avant d'être assassinée. Notons d'ailleurs qu'elle n'est jamais vraiment seule puisque le fantôme de son fils Toshio apparaît également à l'écran. Si le prénom de Sadako apparaît en premier dans le titre, cela est sans doute du fait que le récit tourne principalement autour de deux étudiantes qui ont eu le malheur de tomber sur la fameuse cassette vidéo maudite qu'elles ont visionnées chacune à leur tour. Bien qu'ayant fait appel à l'un de leurs professeurs (Masahiro Komoto dans le rôle de Shin'ichi Morishige) ainsi qu'à une exorciste supposée pouvoir les débarrasser de la malédiction, la solution viendra plus probablement de l'intervention du détenteur de pouvoirs psychiques Keizo Tokiwa (Masanobu Andō) et de l'étrange petite fille aveugle prénommée Tamao (Mai Kikuchi) qui l'accompagne partout.


Le concept ? Opposer Sadako à Kayako afin de débarrasser Yūri Kurahashi (Mizuki Yamamoto) et Natsumi Ueno (imi Satsukawa) de la malédiction et ainsi de les garder en vie... Kōji Shiraishi resserre ici l'intrigue puisque les victimes n'ont plus sept jours pour trouver un moyen de défier la malédiction mais plus que deux. En outre, le cinéaste débarrasse l'intrigue de ce qui au fil du temps est devenu superflu. À savoir que refiler la cassette vidéo à une autre personne pour qu'elle la regarde ne suffit plus à se débarrasser de la malédiction. Il y a deux camps. Peut-être même trois si l'on compte celui qui réunit ceux qui ne font pas de différences entre les deux franchises. D'un côté, les fans de Ring et de l'autre, ceux qui lui préfèrent nettement Ju-on. Le film, qui aurait dû permettre au réalisateur de mettre en scène une confrontation dantesque entre les deux personnages du titre se révèle de ce point de vue là, relativement décevant. Pas de combat épique entre Sadako et Kayako mais une joute d'une poignées de secondes seulement qui dessert malheureusement la seconde. Sadako semble donc être ici privilégiée. Plus puissante, certes, mais sans doute moins charismatique que Kayako dont les différentes apparitions restent assez flippantes même après un peu moins d'une vingtaine d'années (je rappelle que nous sommes alors en 2016). Tandis que la plupart des adaptations des deux franchises ne bénéficièrent pas de qualités techniques particulièrement marquantes, le travail sur la photographie de Hidetoshi Shinomiya est par contre ici tout à fait bénéfique. De très belles images, peu colorées et accentuées par un choix de costumes et de décors dont les teintes se résument à des gris clairs, des roses pâles et des bruns qui tranchent avec les noirs et bleux profonds lors des attaques surnaturelles. Si le combat ultime n'a donc pas vraiment lieu entre les deux plus célèbres fantômes de la J-Horror, Sadako vs. Kayako parvient tout de même parfois à nous rappeler les grandes heures du genre, lorsque l'on découvrait notamment pour la première fois cette iconique séquence de Kayako, fantomatique et affreusement blafarde descendant telle une araignée géante les escaliers de sa demeure délabrée...

 

mercredi 21 octobre 2026

Sadako 3D 2 de Tsutomu Hanabusa (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Difficile, parfois, de s'y retrouver parmi la quinzaine d'adaptations cinématographiques qui tournent autour du roman de l'écrivain japonais Koji Suzuki, Ringu. Entre le premier long-métrage, un téléfilm datant de 1995 qui contredit ce que j'écrivais dans le précédent article consacré à Ring Virus et dans lequel j'affirmais que le premier film était celui que réalisa Hideo Nakata en 1998 et ses nombreuses variantes commes celle de George Iida intitulée Spiral (Rasen) la même année ou celles qui donneront beaucoup plus tard leur nom à l'héroïne maléfique de la saga comme par exemple Sadako 3D en 2012, il est parfois compliqué en effet de ne pas se mélanger les pinceaux. Comme son nom l'indique, Sadako 3D 2 est la suite du précédent volet de la franchise. Toujours réalisé par Tsutomu Hanabusa, cette séquelle permet de retrouver à l'écran l'actrice Satomi Ishihara qui tout comme dans le précédent long-métrage interprète le rôle d'Akane Ayukawa. À la différence où cette fois-ci celle-ci n'incarne plus l'héroïne du récit puisqu'elle apparaitra de manière sporadique car désormais, Akane est officiellement reconnue comme étant décédée. La jeune femme a laissé derrière elle une petite fille prénommée Nagi (Kokoro Hirasawa) qu'elle a eu avec Takanori Andō (toujours interprété par l'acteur (Kōji Seto) et dont s'occupe désormais sa tante Fūko Andō (Miori Takimoto) qui n'est autre que la sœur de Takanori. La technologie ayant évoluée depuis la fin des années quatre-vingt dix, la transmission de la malédiction propre à la célèbre franchise de J-Horror a abandonné la cassette-vidéo alors déjà très obsolète il y a près de trente ans pour se propager à travers les téléphones cellulaires et les ordinateurs portables.... D'un côté, les indécrottables fans de la saga écriront que Sadako 3D 2 est une franche réussite tandis que ceux qui ne font que passer par là exprimeront leur désaccord en affirmant que ce nouveau reboot de la franchise s'avère bien inutile. Et puis, demeurent ceux qui, en toute raison, essaient d'expliquer ce qui va et ce qui dérange dans cette œuvre dont on peut objectivement reconnaître qu'elle n'apporte pas grand chose, avec ses twists ridicules et inappropriés. Comme l'une des quelques révélations qui prétend que la jeune Nagi ne serait pas la fille d'Akane mais celle de la démoniaque Sadako Yamamura ! Ouais, ok, pourquoi pas ?


Mais lorsque l'on ose nous dire qu'Akane est toujours bien vivante et qu'elle a été écartée de tout contact avec celle que l'on prenait jusqu'ici pour sa fille afin d'éviter que Sadako ne ressurgisse, il est fort probable que soit l'on nous prenne pour des idiots, soit les scénaristes Daisuke Hosaka et Noriaki Sugihara aient oublié en cours de route qu'avant cette révélation, divers événements surnaturels ont eu lieu durant le récit. Parce que si vraiment écarter de tout contact Nagi de sa mère avait dû préserver quiconque de toute menace, d'où viennent alors toutes ces victimes qui vont périr dès que la gamine exprimera la moindre contrariété ? Comparé au Ringu réalisé par Hideo Nakata en 1998, ce Sadako 3D 2 mis en scène par Tsutomu Hanabusa fait malheureusement pâle figure. Surtout pour une œuvre qui se veut être un retour aux sources (biaisées) redéfinissant une saga où plusieurs des éléments essentiels sont purement et simplement ignorés. L'on a même parfois l'impression que les scénaristes et le réalisateur se sont davantage inspirés de l'excellent Exte (Ekusute) que réalisa Sion Sono six ans auparavant que du roman, des comics ou des précédentes adaptations cinématographiques de Ringu. Visuellement, rien de remarquable si ce n'est qu'aucun effort particulier n'a été effectué du côté de la photographie. C'est plat et à la limite du DTV même si de ce point de vue là, la géniale série en douze épisodes Rasen de Yoshihiro Kitayama réalisée en 1999 prouve qu'on peut mettre de côté l'aspect visuel d'une œuvre pour se concentrer sur un scénario vraiment solide. Très répétitif, le film vaut surtout pour la présence à l'écran de la très jeune Kokoro Hirasawa qui étonnamment incarne une Nagi supposément diabolique plutôt convaincante ou pour le raz de marée sanglant lorsque notre héroïne et sa nièce sont emportées par un flot de sang avant d'être engloutie dans un océan par contre visuellement raté. Des effets-spéciaux en majorités peu crédibles conçus avec les moyens du bord. Ce qui n'empêchera pas la franchise de se poursuivre en 2016 puisque le réalisateur Kōji Shiraishi prendra à son tour la relève avec Sadako vs. Kayako (Sadako bāsasu Kayako) dont nous parlerons très prochainement...

 

samedi 17 octobre 2026

Un début prometteur d'Emma Luchini (2015) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Non, ça n'est pas un hasard si Emma Luchini porte le même nom qu'un certain Fabrice, l'un des plus populaires acteurs et comédiens français puisque cette réalisatrice de quarante et un ans est tout simplement sa fille. Avec Un début prometteur, la jeune femme en est à son deuxième long-métrage après la comédie dramatique Sweet Valentine réalisée en 2009. Ce début prometteur n'est donc pas le sien. Pas plus que celui de son père dont la carrière longue comme un bras est ponctuée d'excellents longs-métrages qu'il serait trop long d'énumérer tous. Quant à Manu Payet qui excelle ici dans le rôle de Martin Vauvel, un écrivain alcoolique blasé par l'amour de retour chez son père, sa carrière au cinéma est déjà suffisamment longue et son talent assuré pour que soit acquise la certitude qu'il campera parfaitement son rôle. Ce début n'est donc pas le sien non plus. Zacharie Chasseriaud, lui, n'a que dix-huit ans lorsqu'il interprète le personnage de Gabriel, le frère de Martin et fils de Francis (Fabrice Luchini), âgé de seize ans à l'écran. Si l'acteur fait illusion, il n'en est pas à son coup d'essai puisque sa carrière a débuté dix ans en arrière avec le drame de Jean-Pierre Améris, Poids Léger. Enfin, c'est peut-être du côté de l'actrice et chanteuse belge Veerle baetens qu'il faudra aller fouiller. En effet, si sa carrière sur grand écran est lancée dès le début du siècle avec le film Misstoestanden de son compatriote Renatt Coppens, la jeune femme tourne pour le cinéma français pour la toute première fois avec le film d'Emma Luchini...


Allez, pour être tout à fait honnête, ce début que promet le titre concerne sans doute davantage le personnage de Gabriel dont les regards ne laissent aucun doute sur son immaturité en matière de sentiments amoureux. Le genre d'adolescent qui tombe amoureux au premier regard. D'abord de sa prof (Claire, interprétée par Solveig Maupu), mais surtout l'amie de cette dernière, la séduisante trentenaire Mathilde Carmain (Veerle Baetens, donc) qui va suivre Gabriel et Martin dans leurs péripéties. Une aventure qui au final ne tiendra que sur des bases fragiles heureusement magnifiées par la présence de son excellent casting, porté par un Manu Payet que l'on ne s'étonnera pas de découvrir si brillant. Et d'ailleurs, fort heureusement puisque Fabrice Luchini se voit offrir un rôle qui le place relativement en retrait. Gabriel tombe donc amoureux de Mathilde qui elle, est une joueuse invétérée qui cherche à se refaire. Sans un sou en poche, le jeune garçon demande à son frère Martin dont la vente de son roman a remporté de l'argent s'il peut lui prêter mille cinq-cent euros. Si Martin est d'abord réticent, il accepte d'aider son frère qu'il accompagne ensuite jusqu'à l’hôtel ou Gabriel a donné rendez-vous à Mathilde afin de lui remettre l'argent. Martin fait connaissance avec la jeune femme et c'est ivre qu'il débarque un soir chez elle en compagnie de Gabriel...


Un début prometteur est un film léger. Très... et même trop penseront certains. Car en effet, basé sur le roman éponyme de Nicolas Rey que l'écrivain adapte lui-même en compagnie de la réalisatrice et de l'actrice et scénariste Vanessa David, Emma Luchini n'ambitionne pas de tout jouer sur sa mise en scène mais plutôt sur les dialogues et sur le jeu de ses interprètes. Un pari osé, mais réussi puisque même si Un début prometteur ne relève jamais de la comédie géniale que sont capables d'engendrer des Francis Veber (Le dîner de cons), des Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (Le prénom) ou des Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (Un air de famille, Cuisine et dépendances), le second long-métrage de la réalisatrice est suffisamment frais et enjoué pour que l'on prenne du plaisir à suivre cette touchante histoire d'amitié entre deux frères et cette charmante inconnue qui ne fera que passer dans leur existence. Manu Payet y est impeccable dans le rôle de Martin, débarquant telle une épave alcoolisée philosophant sur l'amour et les femmes. Du haut de ses dix-huit ans, Zacharie Chasseriaud convainc également dans le rôle de Gabriel, ce jeune cheval fou qui selon ses propres propos est prêt à attraper le sida ou de faire de la prison pour les beaux yeux de celle qu'il aime. Veerle baetens et son joli petit minois ainsi que son charmant accent belge accompagne notre duo de frangins sur les routes jusque dans un mariage tunisien avant de disparaître comme derrière un écran de fumée. Un ange passe... C'est finalement Fabrice Luchini dont le personnage est très largement en retrait qui s'offre la part congrue en matière de dialogues et de présence à l'image. Mais notre principal trio étant suffisamment convainquant, il est encore possible d'envisager qu'une histoire se fasse sans la présence de cet excellent interprète. Un début prometteur est donc une sympathique comédie portée par des interprètes et des personnages attachants...

 

samedi 10 octobre 2026

Fanged Up de Christian James (2017) - ★★★★★☆☆☆☆☆



La Grande-Bretagne s'est lancée depuis un certain nombre d'années dans la production d'une large sélection de long-métrage horrifi-comiques dont les zombies font très majoritairement les frais. Les pauvres. Il y a deux ans, le cinéaste britannique Christian James réalisait son troisième film après Freak Out en 2003 et Stalled en 2013. Deux œuvres qui déjà, mêlaient horreur et comédie. Pour son dernier film à l'heure actuelle, Christian James ne convoque non pas une horde de zombies mais des vampires et ce, dans un cadre hors du commun puisqu'il s'agit d'une prison dans laquelle sont enfermés de petits délinquants ayant comme particularité de ne pas avoir de famille (pratique lorsque l'on veut faire disparaître un individu que personne ne recherchera) et de partager le même groupe sanguin. C'est là qu'est envoyé Jimmy Ragsdale qui après avoir semé la pagaille dans une boite de nuit se retrouve donc traité comme n'importe quel criminel alors qu'il n'a en réalité pas vraiment commis d'acte répréhensible (le bonhomme tentait de draguer l'épouse du patron d'une boite de nuit quand ce dernier tentait de se débarrasser de ce très embarrassant employé aux cuisines). C'est là également qu'il fait la connaissance de son compagnon de cellule, l'imposant Victor Stanczyk (l'impressionnant Stu Bennett), condamné pour avoir tué son propre frère, et brute épaisse qui contre toute-attente, va prendre soin du nouveau venu surnommé ''bite molle'' (ce qui donne un aperçu assez clair du contenu de ce descendant direct d’œuvres aussi diverses que le Evil Dead de Sam Raimi, Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez ou encore Braindead de Peter Jackson.

Si la promesse de nous en donner pour notre argent en matière de gags et de sang est tenue, le film n'est cependant pas totalement réussi. Du moins, lors de certains passages. Concernant le premier tiers, Fanged Up assure haut la main en matière d'humour. Les répliques fusent, le film étant à ce moment promis à un statut de film culte. Malheureusement, le soufflet retombe dès le second acte durant lequel le héros (ou pourrions-nous plutôt dire, le Zéro) est déjà installé dans ses quartiers. Un centre pénitencier d'un genre quel que peu différent puisque l'intégralité des gardiens, ainsi que n'importe quel autre membre du personnel, directeur compris, sont tous des vampires assoiffés de sang. Ce qui peut expliquer le fait que chaque détenu possède un groupe sanguin identique aux autres (on suppose alors que ce dernier est d'une qualité supérieure aux autres, et même si l'impasse est faite sur les raison de ce choix, en réalité, on s'en fout un peu). Tout ce qu'attend en réalité le public, c'est de voir dégénérer la situation. Ce qui arrive bien évidemment lors du dernier tiers...

… lors duquel notre héros, d'une exceptionnelle poltronnerie, tente de fuir la prison en compagnie d'un petit groupe de survivants parmi lesquels se trouve donc son nouvel ami Victor, mais également la séduisante Katie Makepeace (Danielle Harold), médecin de la prison venue à l'origine enquêter sur la disparition de son prédécesseur. Si Fanged Up ne se départit jamais de son humour, cette fois-ci les choses sérieuses commencent. Un festival de scènes gore très sanglantes (en réalité, des seaux de faux sang balancés au visage des interprètes), certaines se révélant d'ailleurs particulièrement originales (on pense notamment au prisonnier coincé à l'intérieur d'une plaie béante située au beau milieu de la cage thoracique d'un vampire). Les interprètes s'amusent beaucoup, le spectateur, à certains endroits, beaucoup moins. Les couleurs sombres rendent certaines séquences illisibles et gâchent un peu le tableau, mais on sent un vrai amour du cinéaste pour le cinéma d'horreur artisanal. Un petit film sympathique mais pas transcendant...

mardi 6 octobre 2026

El Cuerpo de Oriol Paulo (2012) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Moins drôles qu'instructives sont ces petites vidéos qui circulent sur le net et notamment sur Facebook et qui en une poignée de minutes vous aiguillent sur des longs-métrages que vous n'auriez éventuellement pas encore vus. Intéressantes mais aussi parfois agaçantes. Surtout lorsque vous découvrez que rares sont celles qui demeurent encore inédites. À croire que vous bouffez de la ''pellicule'' au kilomètre et à une cadence telle qu'il ne vous reste plus grand chose à vous mettre sous la dent à part la lie du genre, et ici, en l'occurrence, du thriller. Oriol Paulo ? Kézako ? Rien moins que l'un de ces réalisateurs et scénaristes espagnols aussi fascinants qu’insuffisamment connus qu'il faut suivre de près et ne surtout pas lâcher de vue. Le genre de cinéaste que l'on se prend à révérer en l'espace d'un seul film. S'agissant de mon expérience personnelle, nous remonterons jusqu'en 2019 lorsque je découvrais l'excellent thriller de science-fiction Durante la Tormenta qu'il réalisa cette année là. Toujours méfiant mais avisant tout de même les conseils de celles et ceux qui affirment détenir la perle rare, ce n'est bizarrement qu'aujourd'hui que je m'intéresse à nouveau à Oriol Paulo. Comme si son nom et cette œuvre précieuse découverte voilà sept ans s'étaient effacés de ma mémoire. Et ça n'est donc pas un long-métrage que j'ai choisi de découvrir histoire de lui rendre l'hommage qui lui revient mais deux. À commencer par El Cuerpo qui précède donc Durante la Tormenta de six ans...


Un premier jet cinématographique après plusieurs courts-métrages et un téléfilm permettant donc au bonhomme de s'exercer dans l'art difficile du thriller policier labyrinthique et du twist ''coup de poing''. Vous savez, le genre de révélation qui stoppe net vos battements de cœur ou au contraire les accélère lorsque après plus d'une heure trente l'auteur se décide enfin à vous révéler la cruelle vérité. Tout commence ici par la fuite d'un gardien de morgue se poursuivant dans une forêt lorsqu'à son arrivée sur le bord d'une route, celui-ci est renversé par une voiture. Plongé dans le coma, il est transporté inconscient à l'hôpital. Dans ce même établissement repose à la morgue le cadavre de la femme d'affaires Mayka Villaverde Freire (Belén Rueda) que son époux Alejandro Ulloa Marcos (Hugo Silva) a retrouvée morte un peu plus tôt dans la journée. Tandis qu'une autopsie est prochainement prévue, le corps disparaît ! C'est là qu'intervient alors l'inspecteur Jaime Peña (José Coronado), chargé lui et son équipe de dénouer cette bien curieuse affaire de disparition de cadavre. Voilà. Vous n'en saurez pas davantage. À vous désormais de tenter de décortiquer en tant réel (celui des enquêteurs et de l'époux de la victime) ce qui se trame autour de cette disparition qui prend des allures de machination diabolique...


Sachez tout de même que pour le cinéaste espagnol rien n'est moins important que de connaître le fin fond de l'histoire s'agissant la mort de Mayka Villaverde Freire et plus fondamental que de plonger le spectateur dans le flou le plus total concernant la suite d'événements qui se produisent autour de la disparition du cadavre. En effet, Oriol Paulo ne fait pas longtemps mystère de la culpabilité du personnage de l'époux Alejandro Ulloa Marcos et de sa maîtresse et complice Carla Miller (Aura Garrido). Tout juste s'amuse-t-il à construire son récit autour de l'histoire somme toute banale du couple adultère qui pour vivre librement son amour et par extension, profiter de la fortune de la défunte, a fomenté une diabolique conspiration. Bref, de quoi se demander où juste le cinéaste veut en venir... Là où El Cuerpo semble parfois redoutable est ce ce jeu pervers entre l'illusion que se fait tout d'abord Alejandro de maîtriser la situation et le piège dans lequel il va sombrer. Mais j'en dis trop. Sympathique mais pas inoubliable, le premier long-métrage fait l'erreur d'insister sur l'hypothétique survie de Mayka. Et à trop vouloir insister sur ce point, l'on finit par comprendre que l'épouse est bien morte et que l'évocation d'un éventuel état de catalepsie ne sert qu'à noyer l'un des nombreux poissons qui parsèment le récit. Vient alors la révélation finale qui, si elle peut surprendre (est c'est forcément le but recherché par Oriol Paulo), ne laisse cependant et malheureusement pas le spectateur sur le carreau. Il manque de ces petits éléments disséminés ça et là qui habituellement permettent au cerveau du spectateur de fomenter peu à peu certaines hypothèses mais qui dans le cas de El Cuerpo sont réunis en fin de parcours et tombent un peu comme un cheveu dans la soupe. Bref, le film est sympa mais loin d'être aussi remarquable que certains aimeraient nous le faire croire...

 

vendredi 2 octobre 2026

Resident Evil: Vendetta de Takanori Tsujimoto (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Cinq ans après le très réussi Resident Evil: Damnation de Makoto Kamiya sur lequel je reviendrai très prochainement, le réalisateur, scénariste, spécialiste des effets visuels et acteur japonais Takanori Tsujimoto mettait en scène le huitième long-métrage de la franchise vidéoludique Resident Evil et le quatrième (si l'on compte l'affreux Biohazard 4D-Executer Kōichi Ōhata de Kōichi Ōhata) à avoir été exclusivement réalisé sous forme de film d'animation. Si en 2012 le volet de Makoto Kamiya fut notamment appréciable grâce à des décors frisant parfois le photo-réalisme, Resident Evil: Vendetta de Takanori Tsujimoto semble faire un léger bond en arrière. Rien à voir fort heureusement avec le très laid Biohazard 4D-Executer qui en 2000 ressemblait davantage à une cinématique produite à l'aide du coprocesseur de décompression MDEC (pour Macroblock Decoder). Pourtant, concernant de Resident Evil: Vendetta, il devient évident que se sortir de la tête qu'il ne s'agit que d'un film d'animation devient rapidement un problème. Le récit s'inscrit chronologiquement entre le sixième opus de la franchise et le dernier en date en terme d'animation, intitulé Resident Evil: Death Island et réalisé par Eiichirō Hasumi en 2023. Dans cette itération datant donc de 2017, le cinéaste, les créateurs de l'histoire originale Tokuro Fujiwara et Shinji Mikami ainsi que le Makoto Fukami et le dialoguiste Joe McClean concoivent une œuvre tournant autour de deux des principaux protagonistes de la franchise, l'agent gouvernemental du DSO (Division of Security Operations) Leon S. Kennedy et le capitaine travaillant au sein du BSAA et ancien forces spéciales de Raccoon City (S.T.A.R.S.) (Bioterrorism Security Assessment Alliance) Chris Redfield, ex employé du département de la police de Raccoon (R.P.D) de la division des forces spéciales (S.P.F). Autre personnage récurrent, Rebecca Chambers. Elle que l'on retrouvera six ans plus tard dans Resident Evil: Death Island est une ancienne membre des S.T.A.R.S désormais professeur d'université et chercheuse à l'Institut Alexander. C'est elle qui dans le contexte de ce quatrième film d'animation de la franchise découvre le vaccin qui permettra de contrer le Virus-A (Animality Virus)...


Un virus combinant deux technologies biologiques existantes connues sous le nom de Virus-T et Las Plagas. Son créateur : Glenn Arias, un ancien agent de la CIA. L'antagoniste du récit qui n'a jamais pardonné au Gouvernement d'avoir causé la mort de son épouse lors d'un attentat et qui désormais, ivre de vengeance, a donc développé ce virus afin de le propager dans toute la ville de New York. Comme dans tout bon ou mauvais Resident Evil, qu'il s'agisse des différentes plateformes vidéoludiques ou des diverses adaptations au cinéma ou à la télévision, Resident Evil: Vendetta compte un certain nombre de créatures. Parmi elles, les éternels zombies, infectés par le Virus-A, mélangé à l'eau potable ou transmis à l'aide d'un gaz. Apparaissent également les fameux Cerberus, des dobermans visibles dès le premier jeu vidéo sorti sur console Playstation en 1996. Puis survient Diego Gomez, le garde du corps de Glenn Arias, un colosse gigantesque à la force surhumaine. Sans parler de Glenn Arias lui-même qui apparaitra lors du dernier acte dans une fusion monstrueuse de type ''Tyran'' avec Diego. Ce que l'on pourrait d'abord reprocher à Resident Evil: Vendetta c'est son scénario on ne peut plus basique.Une histoire de vengeance, un virus se propageant et trois protagonistes essayant de contrecarrer les plans de l'ancien agent de la CIA devenu fou à la mort de sa femme. En découle un récit linéaire, bourrin, empli de fusillades, de courses-poursuites mais aussi d'excellents combats au corps à corps superbement chorégraphiés et dont le style se rapproche très fortement des affrontements du héros de la saga filmique John Wick dont le premier volet vit le jour trois ans plus tôt ! Plus faible que le précédent volet, le long-métrage de Takanori Tsujimoto est sauvé in-extremis par une dernière partie qui dénote outrageusement avec ce qui vient de précéder. De la ville de New York vue de dessus à laquelle les concepteurs d'images de synthèse offrent enfin un caractère photo-réaliste, jusqu'au laboratoire où se termine l'action, Resident Evil: Vendetta échappe de peu au naufrage. Bref, un volet en demi-teinte...


samedi 29 août 2026

Beneath de Ben Ketai (2014) - ★★★★★★☆☆☆☆



George Marsh fête son départ à la retraite en compagnie de ses collègues et de travail et de sa fille Samantha. Cette dernière s'invite pour la toute dernière journée de travail de son père qui aura lieu le lendemain. Malgré les avis partagés, Sam accompagne l'équipe de mineurs six-cent pieds sous terres dans le but d'extraire du charbon.
Mais rien ne se passe comme prévu et lors de l'extraction de la roche sédimentaire, deux mineurs dévoilent une nouvelle galerie. Cette découverte coïncide avec un tremblement de terre qui provoque la chute des poutres préservant la stabilité du plafond. L'équipe toute entière se retrouve bloquée au fond de la mine. Plusieurs membres meurent et l'un d'eux, Mundy, se retrouve avec une vilaine blessure à la jambe.

Afin de parer au manque d'air qui risque de se manifester dans les heures qui viennent, George et les autres décident de se réfugier dans la Chambre, une pièce pourvue d'assez de nourriture, d'eau et d'oxygène pour tenir jusqu'à l'arrivée des secours. Mais alors que les hommes sont enfin à l'abris, des bruits extérieurs leur font penser qu'il y a peut-être d'autres survivants. Confiant la garde de Mundy à a fille Samantha, George quitte l'abri en compagnie de ses hommes et part à la recherche d'éventuels survivants...

Le film de Ben Ketai s'ouvre sur la toute fin des événements qui vont nous être contés pour ensuite nous plonger dans un huis-clos particulièrement étouffant et retranscrivant assez fidèlement le contexte angoissant dans lequel doivent travailler les mineurs de fond. Beneath se targue d'être basé sur un fait-divers réel authentique survenu à Brackett en 2013 et dans lequel un groupe de mineurs s'est retrouvé piégé à près de deux-cent mètres de profondeur.

Curieusement (ou volontairement), l’œuvre du cinéaste rappelle quelques grands moments de frissons bien connus des amateurs de sensations fortes. En effet, Beneath possède un arrière-goût de The Descent de Neil Marshall et de Sanctum de Alister Grierson. L'affiche du film est d'ailleurs presque un copier/coller de celle de ce dernier. Contrairement au film de Neil Marshall, celui de Ben Ketai demeure énigmatique jusqu'à la fin concernant l'entité qui ronge l'esprit de l'équipe de mineur. Bien que quelques indices viennent étayer une forte impression de menace réelle mais fantastique, on reste un peu dans le flou et ce, même jusqu'à la toute dernière minute.

L'un des principaux atouts de l’œuvre est bien cette oppression quasi permanente et qui ne cesse de s'accentuer qui démarre aussitôt que les mineurs descendent au fond du trou. Et pour accentuer ce malaise évident, le cinéaste insiste sur les yeux écarquillés et le visage crispé de son héroïne (interprétée par l'actrice Kelly Noonan) pour nous foutre la pression. Si le film ne parlera pas à certains, il est certain que les claustrophobes de tous poils ne resteront pas insensible devant cette œuvre en permanence plongée dans le noir. Et même si les personnages manquent de profondeur, on s’intéresse surtout au sort qui leur est réservé et à ces pseudos fantômes qui viennent gâter leur étouffantes péripéties. Ben Ketai rempli parfaitement son rôle et Beneath contient tout ce qu'il faut pour en faire un bon petit film d'épouvante claustrophobe...


dimanche 16 août 2026

Doctor Sleep de Mike Flanagan (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Oser s'attaquer à un monument tel que le Shining de Stanley Kubrick, c'est le pari insensé que se sont tout d'abord lancés le réalisateur Mark Romanek et le scénariste Glen Mazzara avant que le projet d'adaptation du roman de Stephen King Doctor Sleep n'échoue finalement entre les mains de Mike Flanagan qui déjà en 2017 avait adapté son roman Jessie. Tout remonte en 1977 lorsque l'écrivain américain fait publier ce qui chez nous sortira deux ans plus tard sous le titre Shining, l'enfant lumière chez l'éditeur Alta. S'emparant du sujet, le réalisateur, scénariste et producteur Stanley Kubrick réalise en 1980 Shining. Un long-métrage qui provoquera chez le romancier un certain rejet puisque le cinéaste américain modifia certains concepts comme celui visant à faire du personnage de Jack Torrance un individu luttant en permanence contre son addiction à l'alcool, contre sa violence et contre ses mauvais démons. Kubrick choisissait alors de faire intervenir des forces extérieurs expliquant l'état de délabrement psychologique du personnage central du récit. Quant à l'épouse de Jack Torrance, Wendy, sa forte personnalité fut dévoyée pour la transformer en une femme faible et souvent passive... Stephen King fut à ce point attristé que dix-sept ans plus tard il écrivit le scénario de la mini-série en trois parties de Mick Garris Shining : Les Couloirs de la peur qui selon lui était beaucoup plus proche du roman original...


S'il y a bien un ouvrage que personne ne s'attendait à voir être publié trente-six ans après le chef-d’œuvre Shining, c'est bien sa suite intitulée Doctor Sleep. La genèse de ce roman remonte à bien des années postérieures à l'édition du roman original puisque Stephen King se demande longtemps après la sortie de Shining ce qu'il a pu advenir du jeune Danny. Un prétexte pour étudier l'évolution d'un enfant victime d'un lointain traumatisme et tout comme pour son défunt père, d'une addiction à l'alcool. Stephen King projetant ainsi ses propres démons qui le virent consommer de façon irraisonnée de l'alcool et des drogues dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Cette séquelle suit ensuite le chemin de la rédemption. Celle de Danny, désormais incarné à l'écran par l'acteur britannico-américain Ewan McGregor (Petits meurtres entre amis, Transpotting, Le veilleur de nuit, The Ghost Writer, etc...), alcoolique au dernier degré comme le fut son père. Un marginal qui donne d'ailleurs son nom au titre puisque le Docteur Sleep, c'est lui. Accompagnant les malades d'un hospice qui emploie en outre son nouvel ami Billy Freeman (l'acteur Cliff Curtis) lors de leurs derniers instants de vie, la véritable préoccupation de Stephen King à l'élaboration du récit reste sans doute celle du rôle de Père. Il s'agit bien là du thème central qui chez lui s'exprime à travers une certaine forme d'atavisme, de prédisposition à l'alcoolisme et à la violence comme cela était le cas chez son père...


La présence au sein du récit de nouveaux personnages permet une fois encore à Stephen King d'opposer le Mal au Bien. Si la toute jeune Abra Stone (Kyliegh Curran) possède elle aussi le pouvoir du ''Shining'', Danny apparaît comme son protecteur. Car à ce pouvoir immense qui permet notamment à ceux qui en sont dotés de communiquer par télépathie, de percevoir les morts ou d'influencer mentalement les autres, le récit oppose un antagoniste à la hauteur, chez Stephen King, du Randall Flagg du Fléau ou d'André Linoge de La tempête du siècle. Des antagonistes extrêmement puissants rejoins cette fois-ci par l'une des ''Grandes Méchantes'' créées à travers les décennies par l'un des plus célèbres écrivains de la littérature d'épouvante et parmi lesquelles l'on retrouve Annie Wilkes de Misery, Margaret White de Carrie ou bien Mrs. Carmody de The Myst. Toutes sortes de fanatiques auxquelles s'oppose cette fois-ci à travers la présence d'une ''créature'' très proche de la mythologie des vampires, le personnage de Rose O'Hara (incarnée à l'image par Rebecca Ferguson) et de sa petite communauté d'hommes et de femmes itinérants nommée ''Le Nœud Vrai''. Un atout majeur pour cette séquelle puisque Stephen King dans le roman et Mike Flanagan dans son adaptation cinématographique y développent l'idée d'un groupe d'individus ayant découvert la possibilité de prolonger leur existence en prélevant l'énergie vitale d'enfants possédant le Shining...


Doctor Sleep est aussi l'examen de conscience d'une Amérique malade à travers ce que l'on peut supposer être également une dérive sectaire. Rose et sa petite communauté semblent à la fois se référer au film de vampire Near Dark de Kathryn Bigelow même si ses vampires buvaient du sang afin de connaître la vie éternelle tandis que les membres du ''Nœud Vrai'' absorbent la vapeur de leurs jeunes victimes en souffrance pour des raisons similaires et se référer ensuite aux sectes meurtrières dont celle du gourou Charles Manson semble être la première en ligne de mire. Notons d'ailleurs que le film s'avère parfois très violent, surtout lors de la séquence montrant l'assassinat d'un enfant par les membres du ''Nœud Vrai''. Difficile de comparer Doctor Sleep à Shining tant ce dernier confinait parfois à la perfection. Pourtant, louable est la volonté de Mike Flanagan de nous rappeler le génie de Stanley Kubrick en réinvestissant les longs couloir de l'Overlook dans la dernière partie du long-métrage, en réutilisant le Dies iræ comme point d'orgue d'une bande musicale signée cette fois-ci de The Newton Brothers en lieu et place de Wendy Carlos ou encore en proposant de somptueux travellings aériens lorsqu'il s'agit pour Danny et Abra de mettre un terme définitif aux agissement de Rosa...


Doctor Sleep étend son champ d'investigation en explorant des thématiques similaires tout en les aménageant vers de nouveaux profils. Chez Danny, la rédemption passe par l'abandon de sa consommation d'alcool, l'aide aux malades en fin de vie et son sacrifice pour la jeune Abra. Le rituel de Rosa et des membres du ''Nœud Vrai'' évoque quant à lui une certaine forme de chamanisme diabolique. Et puis, il y a ce retour aux sources, menant nos héros jusqu'à l'hôtel Overlook désormais délabré. L'occasion pour Mike Flanagan d'exploiter les différents mythes du récit original. Tandis qu'au démarrage de Doctor Sleep l'on retrouve le Danny enfant, sa mère Wendy ainsi que Dick Hallorann anciennement incarnés par Danny Lloyd, Shelley Duvall, et Scatman Crothers et désormais interprétés par Roger Dale Floyd, Alex Essoe et Carl Lumbly, c'est avec une certaine angoisse que l'on attendait le retour de l'iconique Jack Torrance cette fois-ci joué par Henry Thomas en lieu et place de l'irremplaçable Jack Nicholson. Les fans de la mythologie Shining seront malgré cette petite ''coquille'' heureux de retrouver de nombreux symboles de l’œuvre originale. Entre les décors et d'autres personnages encore, telles les deux petites jumelles ou la vieille Mrs. Massey de la chambre 237. Si Doctor Sleep ne souffre évidemment pas de la comparaison avec Shining, Mike Flanagan s'en sort malgré tout avec les honneurs. Son adaptation aura au moins soufflé l'espoir d'une vie meilleure pour ses personnages en détruisant ce qui pouvait ronger jusque là leur conscience...




 

mercredi 5 août 2026

Le grand méchant loup de Nicolas et Bruno (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En abandonnant temporairement leur univers, Nicolas et Bruno ( Nicolas Charlet et Bruno Lavaine) n'en n'ont pas pour autant mis de côté certains des choix artistiques qui sont leur marque de fabrique. Ici, pas d'esthétique volontairement ringarde puisée dans les temps anciens. Ceux des années soixante-dix, généralement représentées chez eux à travers l'usage de codes couleurs, vestimentaires ou comportementaux largement dépassés de nos jours. Et pourtant, les deux hommes n'en sont pas moins demeurés capables de produire une œuvre tout à fait originale en cette année 2013 où sort donc leur second long-métrage intitulé Le grand méchant loup, cinq ans après La personne aux deux personnes et treize avant leur dernier, Alter ego sorti quant à lui en 2026... Ils reprennent ici le très célèbre conte des Trois Petits Cochons, cent quarante-ans après qu'ils ne soient apparus pour la première fois en 1842 dans le recueil de comptines, de chansons et de poèmes traditionnels britanniques publié cette année là par l'historien, collectionneur et éditeur anglais James Orchard Halliwell. Un conte dans lequel l'on retrouvait déjà le personnage du loup dont les origines remontent elles à bien plus loin dans le temps puisque l'une des premières traces le présentant daterait de l'époque d’Ésope qui l'aurait évoqué pour la première fois dans ses Fables et remonterait donc à l'Antiquité grecque. Pour autant, Nicolas et Bruno n'en reprennent qu'une partie de la structure narrative telle que la présenta notamment Burt Gillett avec Three Little Pigs produit par la société de production américaine Walt Disney Productions en 1933. Dans le cas du Grand méchant loup, le duo remplace les trois petits cochons par trois frères incarnés par Benoît Poelvoorde, Fred Testot et Kad Merad. Tandis que leur mère (interprétée à l'écran par l'actrice Marie-Christine Barrault) est alitée dans une chambre d'hôpital, Philippe (Benoît Poelvoorde), Henro (Fred Testot) et Louis (Kad Merad) en reviennent à se poser des questions sur leur existence. Eux qui depuis toujours ont su rester fidèles à leurs épouses respectives Nathalie (Valérie Donzelli), Patricia (Léa Drucker) et Victoire (Zabou Breitman) vont-ils se laisser tenter par ces nouvelles aventures féminines qui frappent désormais à la porte de ces trois hommes qui maintenant doutent sur le sens réel de leur existence ? Nicolas et Bruno usent et abusent de métaphores et d'allégories pour décrire la situation de ces trois frères qui vont être approchés par le ''Loup'' du fameux conte...


Ou plutôt DES Loups. Et même mieux : des LOUVES puisque chacun son tour, Philippe, Henri et Louis vont être respectivement approchés par Natacha (Charlotte Le Bon), une jeune actrice attirée par l'idée de s'introduire de nuit dans le château de Versailles où travaille justement le cadet des trois frères. Pourtant marié et père de deux enfants, Philippe se laisse séduire par la jeune femme de vingt-sept ans dont il va rapidement tomber amoureux. Et si vivre une double relation n'est pour l'instant pas vraiment un problème pour lui, tout va se gâter le jour où Natacha va se présenter devant la porte de sa demeure. Lorsque son épouse Nathalie découvre que Philippe voit une autre femme, elle le chasse de chez eux et ce dernier part se réfugier chez son frère Henri. Après une première partie du récit principalement consacrée au personnage interprété par Benoît Poelvoorde, Fred Testot prend donc la relève. Le second acte lui réservant la même surprise que pour son frère avant que les deux hommes ne se retrouvent finalement hébergés par le plus âgé des trois, Louis. Ici, ça n'est plus la demeure elle-même qui est détruite par le loup mais la cellule familiale par l'entremise de femmes belles et attirantes. Et si Henri se laisse séduire par une voisine lointaine qu'il reluque aux jumelles, Éléonore (Cristiana Reali) n'en mènera pas large lorsque cette ancienne connaissance de Louis tentera de conquérir le cœur et le lit de celui-ci, alors très amoureux de sa femme Victoire. Bien que la réappropriation d'un mythe enfantin pour le transformer en comédie romantique métaphorique peut laisser songeur, Nicolas et Bruno tapent juste et offrent une savoureuse étude de mœurs non dénuées d'un certain sens de l'humour qui là encore tape exactement là où on l'attendait. Grâce non seulement à la mise en scène et l'écriture des deux cinéastes mais aussi et surtout à un panel de savoureux interprètes parmi lesquels se trouve également perché dans les très hautes sphères de l'absurde, le toujours excellent Denis Podalydès ! Preuve que Nicolas Charlet et Bruno Lavaine sont capables de s'extraire de leur univers personnel et d'offrir la réplique à des interprètes qui sortent de leur cercle habituel. Bref, un régal...

 

mardi 21 juillet 2026

D'après une histoire vraie de Roman Polanski (2017) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Je me souviens encore très bien des quelques remarques qui me furent faites au sujet de La vénus à la fourrure de Roman Polanski. L'on jugeait moins des indéniables qualités de la mise en scène que du très mauvais jeu supposé de sa principale interprète Emmanuelle Seigner. Jugement hâtif ? Sans aucun doute, mais de ma part, aussi, probablement, un manque cruel d'objectivité puisque j'aime beaucoup celle qui me fit notamment vibrer en 1992 lorsqu'elle interpréta le rôle de Mimi dans Lunes de fiel, toujours signé de son époux, le cinéaste franco-polonais Roman Polanski... Tout risque d'être déjà nettement plus complexe que jamais s'agissant de D'après une Histoire Vraie que le couple tourna ensemble quatre ans plus tard après La vénus à la fourrure. Adaptation sur grand écran du roman éponyme de Delphine de Vigan à côté duquel j'eus visiblement la chance de passer si l'on en croit celles et ceux qui le comparent à sa transposition au cinéma, c'est donc l’œil non averti, l'esprit vierge et détaché de toute comparaison que je me suis lancé dans cette drôle d'histoire tournant autour de deux personnages féminins. À commencer par Delphine qu'interprète Emmanuelle Seigner et dont le prénom fait directement référence à la romancière à l'origine de l'ouvrage sorti en 2015. Car le roman D'après une Histoire Vraie de Delphine de Vigan s'inspire en effet en partie de sa propre existence. Du succès rencontré par un livre très intime dans lequel elle évoquait sa mère. Une œuvre qui provoqua diverses réactions de la part du public et de la critique qui occasionnèrent chez elle un véritable blocage créatif. De cette expérience personnelle, Delphine de Vigan tira donc un roman dans lequel elle détourna quelque peu le sujet pour le transformer en un thriller psychologique intense qui malgré certains avis me semble être parfaitement retranscrit à l'écran. Face à Emmanuelle Seigner, Roman Polanski lui impose la présence de l'actrice Eva Green. Une interprète dont on pourrait plus ou moins juger sa carrière comme étant exemplaire puisqu'elle ne se cantonne pas au cinéma hexagonal mais s'est vue notamment offrir l'opportunité de jouer pour Michael Haneke, Bernardo Bertolucci, Ridley Scott, Tim Burton ou encore Gregg Araki. Dans D'après une Histoire Vraie, Eva Green incarne le personnage de L. Jeune femme énigmatique et fascinée par Delphine, celle-ci s'immisce rapidement dans l'existence de la romancière qui depuis le succès de son premier roman est devenue incapable d'écrire la moindre ligne...


Au départ, tout va bien. L tente d'aider Delphine à se relancer dans l'écriture, l'aide à faire le ménage dans sa vie sociale, répond aux mails qu'elle reçoit à sa place et vient même s'installer dans son appartement après qu'elle ait apprit que son propriétaire allait la jeter dehors... Pourtant, peu à peu, la jeune femme se montre un peu trop entreprenante, prenant ainsi des décisions à la place de Delphine et sans même lui en parler. L resserre ainsi son étau autour de la romancière jusqu'à la manipuler et usurper son identité... Roman Polanski renoue ici avec l'une des facettes les plus fascinantes de son cinéma. Et si D'après une Histoire Vraie n'entretient aucun lien narratif avec la trilogie des appartements constituée de Répulsion, de Rosemary's Baby et du Locataire, il est clair que d'un point de vue psychologique, le personnage de Delphine rejoint ceux de Carol Ledoux, de Rosemary Woodhouse et de Trelkovsky dont l'esprit va dériver au cœur d'un récit mêlant délire et réalité. La différence entre D'après une Histoire Vraie et la trilogie étant qu'ici, l'entourage proche de l'héroïne n'est pas directement lié aux événements mais n'est que la conséquence des rapports qu'elle entretient avec cette nouvelle venue objectivement envahissante qu'Eva Green interprète avec tant ''d'intensité'' que l'on voit arriver le personnage mille lieues à la ronde ! Là où Roman Polanski cultive le mystère quant à l'existence réelle ou non du personnage de L se situe dans le dispositif qu'il met en place en évitant systématiquement de mettre la jeune femme en présence d'autres personnage que celui de Delphine. Ici, L agit comme un véritable poison dans l'existence de la romancière. Au sens propre comme au figuré d'ailleurs. Roman Polanski fait monter la pression et ce qui dans un premier temps ressemblait davantage à un petit (télé)film sans prétentions artistiques particulières se transforme en une redoutable machinerie de sape psychologique ! Moins clairement établi dans ce qui peut relever des domaines du réel et du fantasme que par le passé, la situation de Delphine se rapproche donc de l'univers des trois volets de la trilogie des appartements. À tel point que l'on peut se demander dans quelles mesures le cinéaste franco-polonais n'aurait pas choisi ici de la conclure par un quatrième et tardif opus. Brillant !

 

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