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samedi 8 mars 2025

Bug de William Friedkin (2006)



Agnés est serveuse dans un bar et vit dans un vieil hôtel miteux. Lorsque la nuit vient, elle doit faire face à ses mauvais démons. Elle craint le retour de son ex-mari Jerry Goss qui après avoir purgé une peine de prison vient d'être libéré sur parole et risque donc de bientôt refaire surface. Agnés doit aussi vivre avec le souvenir du fils qu'ils ont eu ensemble et qui a disparu dix ans plus tôt dans une grande surface. Lorsque sa meilleure amie R.C lui présente Peter, un homme étrange mais auquel elle va très vite s'attacher, elle est loin de se douter de l'effroyable aventure qu' ils vont bientôt vivre ensemble.Peter est un homme simple, effacé, fragile qui semble voir ce que les autres ignorent. Il s'installe peu à peu dans la vie d'Agnés qui attend toujours avec autant de crainte le retour de Jerry. Ce dernier d'ailleurs ne se fait pas longtemps attendre et débarque le lendemain même de la rencontre entre Agnés et Peter. Toujours aussi violent, Jerry s'impose et décide de revenir plus tard lorsqu'il aura réglé une affaire urgente. C'est durant cette période de répit qu'Agnés et Peter vont se découvrir. On apprends la tragédie qui mine l'existence d'Agnés depuis dix ans et la fuite de Peter qui affirme être recherché par l'Armée depuis qu'il l'a désertée. En effet, il affirme à sa nouvelle amie qu'il a servi de cobaye pour des expériences scientifiques. 

Une nuit, alors que le couple vient de faire l'amour, Peter est piqué par un insecte. Ce détail va être le début d'une lente descente aux enfers. Alors qu'il est devenu pour Agnés un ami devenu indispensable, Peter commence à délirer. Il se croit porteur d'un insecte qui se nourrit de son sang. La chambre est peu à peu investie par une multitude de parasites que Peter est tout d'abord le seul à voir. Agnés, qui dans sa peur de se retrouver seule se raccroche à Peter, finit elle aussi par voir son univers envahi par une horde d'insectes. La chambre se transforme peu à peu pour devenir un lieu aseptisé. Bombes insecticides et pièges à moustiques encombrent rapidement l'univers du couple qui finit par se sentir traqué. La meilleure amie d'Agnés devient une ennemie à fuir après que cette dernière ait parlé au médecin de Peter lancé à sa recherche. D'après lui, Jerry est responsable de l'enlèvement de leur propre enfant. Et tout cela dans un but précis fomenté par l'Armée. Le couple s'enferme alors dans la chambre sans plus jamais en sortir. Il se coupe du monde, mais ce qui ressemble à une machiavélique machination organisée par l'Armée est peut-être tout autre...

William Friedkin est l'immense cinéaste que l'on connaît à travers des œuvres aussi diverses que L'Exorciste, French Connection ou encore The Sorcerer. La découverte il y a quelques années de Cruising avec un Al Pacino fantastique plongeant dans l'univers gay et lancé à la recherche d'un serial killer ne s'attaquant qu'au milieu homosexuel fut une expérience incroyable. Sordide et poisseux ce film pourtant interprété par un acteur grand public révélait à lui seul l'univers si particulier du cinéaste. William Friedkin n'a jamais été du genre à se reposer sur ses lauriers, toujours capable de prendre des risques en matière de choix cinématographiques que peu oseraient prendre. Bug est une expérience du même acabit. Un grand film de la malade demeurant indéniablement un cran au dessus de ce que le cinéma américain a majoritairement l'habitude de nous proposer.

Se penchant sur le délicat sujet de la schizophrénie le film trompe son monde durant une bonne partie de l'aventure. Alors que Peter est semble-t-il la victime d'une effroyable machination orchestrée par l'armée on comprends plus loin que la vérité est ailleurs. Agnés quand à elle tombe dans le piège du faux-semblant que Peter lui tend innocemment. A mesure que le couple s'enfonce dans la dépression et la paranoïa, leur univers devient aseptisé et clos et finit par ressembler à un lieu dont les frontière demeurent infranchissables pour d'autres individus qu'eux-mêmes. Friedkin filme Ashley Judd et Michael Shannon de manière pudique et déviante à la fois. La scène qui reflète le mieux cette antinomie est sans doute celle où ils font l'amour. A part David Lynch avec Lost Highway, Friedkin est sans doute celui qui a su le mieux rendre l'accouplement entre un homme et une femme aussi troublant. Bug mêle tour à tour le sensuel à la violence, les plans soft à la rage d'une conclusion pessimiste, l'humilité à l'inhumain ainsi que toute une palette de sentiments qui renouvellent à une vitesse folle le sujet qui est ici traité. On pense se retrouver face à un drame existentiel avant de tomber en plein faux complot pour aller titiller un temps la science-fiction à travers un décor final étouffant pour plonger définitivement dans l'horreur. Un excellent film, des acteurs solides et une mise en scène efficace.


dimanche 13 août 2023

WILLIAM FRIEDKIN (1935-2023)

 


 

Tout artiste, qu'il s'agisse d'un acteur, d'un écrivain, d'un chanteur, d'un peintre ou de tout autre domaine dans lequel il a été amené à plonger durant tout ou partie de sa carrière, finit par disparaître. Comme n'importe qui, il naît, vit et meurt, laissant derrière lui cet esprit créatif qu'il partagea avec nombre de ses semblables. Il y a ceux dont on se souvient plus ou moins, dont on a finalement connu que le nom sans avoir jamais vu à quoi ils purent ressembler. Si William Friedkin fait partie de ceux qui ont contribué à l'immense édifice du septième art, son apparence ne fut pas obligatoirement identifiable au premier coup d’œil. Il fallait être au minimum curieux, s'intéresser au personnage au même titre que son œuvre et encore mieux, être un inconditionnel du bonhomme. N'y avait-il pas une certaine dureté qui se lisait sur son visage ? Surtout lorsque le poids des années commença à redessiner ses contours ? Le reflet, finalement, d'une production généralement exigeante, parfois cruelle, notamment synthétisée à travers des opus relativement durs tels que L'exorciste, Le convoi de la peur, Cruising, Le sang du châtiment, Bug ou Killer Joe (chacun ses références, hein?). William Friedkin touchait à tous les genres et obtenait quasiment à chaque effort, un résultat à la hauteur de nos attentes. Alors que The Caine Mutiny Court-Martial n'est pas encore sorti sur les écrans de cinéma, c'est à un retour en arrière que la disparition de cet immense cinéaste pousse chacun d'entre nous. Celles et ceux qui un jour ont découvert ou du moins entendu parler de l'une ou l'autre de ses œuvres sont donc amenés à se remémorer ces doux frissons qui parcoururent leur échine à l'évocation de tel ou tel film ou à continuer à rêver à ce jour où ils pourront le ou les découvrir, enfin... Comment oublier l'introduction de L'exorciste située sur un site archéologique irakien ? Ou ces différentes séquences mettant en scène une Linda Blair métamorphosée sous l'emprise du Malin grâce à l'immense talent du maquilleur Dick Smith ? Ou encore les divers affrontement qui opposèrent l'adolescente aux pères Lankester Merrin et Damien Karras ? Comment oublier l'hallucinante traversée du pont en bois du Convoi de la peur, séquence qui prit trois mois de tournage afin de parfaite l'idée qu'en avait son créateur ? Comment ensuite passer sous silence la cauchemardesque enquête dans le milieu homosexuel de l'inspecteur Steve Burns (incarné par le prodigieux Al Pacino) de Cruising dans lequel le personnage allait jusqu'à y perdre quasiment son identité sexuelle ? Ou encore, comment ne pas évoquer le troublant Le sang du châtiment, une œuvre parfois très crue qui posa la question de la peine de mort (il existe d'ailleurs deux versions du long-métrage datant de 1987 et 1992) et qui en outre repose sur un authentique et sordide fait-divers autour d'un tueur en série ayant réellement existé (Richard Trenton Chase). On pourrait citer des dizaines d'exemples, personnels et intimes ou selon les humeurs et les goût de chacun. William Friedkin est mort et la première réaction qu'aura logiquement le fan de cinéma en général et de l'artiste en particulier sera d'exprimer de manière sommaire mais parfaitement concrète son désarroi : Merde ! Fait chier ! J'le crois pas ! Impossible! Arrête de déconner ! Chienne de vie ! Injuste !... Avant de jeter un regard humide (de larmes) sur une carrière tout simplement exemplaire... Adieu William... et surtout, Merci pour tout...

 

mardi 26 octobre 2021

The Devil and Father Amorth de William Friedkin (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

William Friedkin semble décidément obsédé par la question de l'individu et de sa possession par une entité diabolique. En 1973, il réalise L'exorciste après avoir entendu parler de deux cas avérés de possessions démoniaques dont l'un sera à l'origine du roman éponyme écrit par William Peter Blatty en 1971. En 2019, le réalisateur américain reviendra à travers le documentaire du suisse Alexandre O. Philippe sur le tournage de son fameux long-métrage en nous gratifiant de nombreuses anecdotes. Mais deux ans auparavant, il fut lui-même l'auteur d'un documentaire intitulé The Devil and Father Amorth. L'occasion pour William Friedkin de revenir une fois supplémentaire sur les différents lieux de tournage situés aux États-Unis, et plus précisément dans le quartier de Georgetown à Washington où l'on reconnaîtra malgré quelques changements, la maison qui servit de décor principal à Chris McNell et sa fille Regan, l'escalier au pied duquel viendra mourir le père Damien Karras depuis surnommé L'escalier de l'exorciste (''The Exorcist Steps'') ou encore l'impressionnante université de Georgetown qui apparaît pour la première fois ) l'écran lorsque la mère de Regan tourne le nouveau film de son réalisateur et ami Burke Dennings (l'acteur irlandais Jack McGowran). William Friedkin nous invité ensuite à découvrir la demeure où fut pratiqué par le pasteur Luther Miles Schulze et plusieurs autres prêtres un exorcisme sur un adolescent de quatorze ans seulement. Intervient alors l'auteur du roman, William Peter Blatty qui revient sur sa détermination à écrire un ouvrage non fictionnel sur le cas de ce jeune garçon...


William Friedkin évoque ensuite le père Gabriele Amorth, ancien résistant de l'armée italienne auquel il propose une rencontre. Fan de L'exorciste, celui-ci finit par accepter avant d'avoir tout de même réfléchi à la question. Après avoir pratiqué huit exorcismes sur la personne de Cristina, une habitante de Venafro, une petite commune italienne située dans la province d'Isernia, le père Amorth accède à la demande William Friedkin qui aimerait filmer le prochain exorcisme de Cristina qui est prévu dans les jours prochains. Mais si le père Amorth accepte la présence du réalisateur américain, ce sera sous deux conditions : aucune équipe de tournage et aucun système d'éclairage ne lui seront accordés. C'est donc pour l'auteur de Sorcerer ou de Cruising l'occasion de tourner armé d'une petite caméra numérique. Après avoir reçu les témoignages de Nadia Vizzacchero, elle-même exorcisée dix ans auparavant par le père Amorth, ainsi que celui de son frère Paolo, William Friedkin part à la rencontre de Cristina afin de l'interroger sur ses rapports avec celui qui bientôt va pratiquer sur elle son neuvième exorcisme. Durant presque vingt minutes l'on assiste alors au dit exorcisme, le père Amorth étant entouré des membres de la famille de Cristina ainsi que de plusieurs individus venus les soutenir dans cette épreuve et parmi lesquels se trouve en outre le propre compagnon de sa ''patiente''... Si l'on compare l'événement à ceux qui se produisirent quarante-quatre ans auparavant dans L'exorciste, ce témoignage vidéo d'un authentique exorcisme peut évidemment sembler bien dérisoire à côté des horreurs qui furent notamment proférées par la jeune Regan ou par rapport aux événements surnaturels qui s'enchaînèrent à l'époque lors du récit. Ne rêvons pas...


Comme on s'en doute bien avant d'avoir même lancé la projection, on ne s'attend pas à voir le visage de Cristina se transformer (même si, semble-t-il, celle-ci pâlit à vue d’œil et arbore un visage grimaçant) ni même à la voir s'élever comme par miracle dans les airs dans la même position horizontale que Linda Blair dans le long-métrage. Pourtant, il y a bien un détail intéressant que ne semblent cependant pas avoir retenu ni les témoins de la scène, ni William Friedkin. Car en effet, la voix de Cristina change lors de ses phases d'hystérie et de convulsions. Non pas qu'elle change simplement de timbre mais on a la nette impression que deux ou trois entités s'adressent au père Amorth en simultané. Alors, effet-spécial sonore ajouté en post-production ou cas avéré de possession démoniaque ? Quelques spécialistes viennent ensuite apporter leur contribution sur le sujet au titre desquels le neurochirurgien Neil Martin du centre médical de l'université de Californie de Los Angeles ou le professeur de neurochirurgie du centre médical de Tel Aviv en Israël, Itzhak Fried. En mêlant science, religion et surnaturel, William Friedkin s'offre à l'époque l'occasion de fêter les quarante-cinq ans de son chef-d’œuvre avec la diffusion sur Netflix de ce documentaire plus drôle qu'effrayant. Une curiosité que les fans du réalisateur auront l'avidité de découvrir afin de compléter la carrière de William Friedkin. D'abord intriguant, voire même passionnant lorsque le réalisateur revient sur les lieux de tournage de L'exorciste, le documentaire s'avère surtout très bavard et un peu longuet (malgré sa courte durée n'excédant l'heure que de très peu). Une chose est sûre: ceux qui croient en la possession démoniaque seront confortés dans leurs convictions par les images de l'exorcisme qu'ils découvriront tandis que les sceptiques continueront sans doute de nier le phénomène...

 

lundi 25 octobre 2021

Rampage de William Friedkin (1987) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dix ans déjà... dix ans que j'ai débuté l'écriture d'un article consacré à Rampage de William Friedkin et auquel je m'était promis de donner une suite. Mais à quoi bon puisque cette première partie, depuis jetées aux ordures, était d'une confondante médiocrité. Comme lâcher dans la nature une chose aussi péniblement écrite, sans inspiration, comme si j'avais été l'un de ces modestes critiques nourris à l'école Allociné. Dix ans plus tard, j'espère avoir fait quelques progrès et c'est à l'issue d'une nouvelle projection du long-métrage de l'auteur de Cruising, de Killer Joe et de Bug que je me décide enfin à en parler à nouveau. Une œuvre à la réputation sulfureuse sortie chez nous sous le titre Le sang du châtiment puisqu'elle est traitée ici comme s'il s'agissait d'un récit basé sur un fait divers authentique. Vrai ou faux, qu'elle importance puisqu'il suffit de citer nombre de serial killers américains pour trouver de quelconques similitudes entre leurs méfaits et l'histoire de Charles Reece, tueur en série ayant commis plusieurs meurtres atroces avant d'être arrêté par la police et d'être condamné à la peine de mort. À dire vrai, l'intrigue repose en partie sur le cas de Richard Chase, auteur de six meurtres qui entre le 29 décembre 1977 et le 27 janvier 1979 tua, bu le sang et pratiqua des actes de cannibalisme sur ses six victimes, la presse finissant ainsi par le surnommer Le Vampire de Sacramento... Rampage a la réputation de posséder deux fins bien distinctes. En effet, le long-métrage abordant le thème de la peine de mort, il existe une version dans laquelle le tueur est condamné et une seconde où il est plus ''simplement'' condamné à la prison à vie. Mais il paraît évident à l'époque que William Friedkin est pour même si depuis, il semble s'être ravisé et a été jusqu'à renier le film...


Si l'on retrouve certains gimmicks chers à William Friedkin (la poupée de l'enfant du héros tout juste décédé tombant au sol. Un symbole que l'on retrouve notamment dans L'exorciste lorsque un médaillon tombe après le décès de la mère du prêtre Damien Karras), on a bien du mal à imaginer que ce qui ne s'apparente au fond qu'à un téléfilm très moyen, format qui cependant parvient parfois à donner vie à d'excellentes surprises dans un genre similaire (on pense notamment au génial The deliberate stranger réalisé par Marvin J. Chomsky en 1986 et basé sur les horreurs commises par l'un des plus célèbres tueurs en série américains, Ted Bundy), soit l’œuvre de William Friedkin. Un film dont le musicien Ennio Morricone n'est lui-même pas parvenu à rehausser le niveau puisqu'à cette occasion il a produit parmi ses pires compositions. De la soupe auditive indigne du maître italien et une mise en scène inconcevable de la part du réalisateur américain... Contrairement à The Hunted qu'il réalisera seize ans plus tard en 2003, William Friedkin ne s'intéresse non pas majoritairement à la traque du tueur par un district attorney fraîchement débarqué (l'acteur Michael Biehn que l'on a pu notamment voir dans Terminator et Abyss de James Cameron) mais davantage au cas de conscience que suscite la question de la peine de mort. Un sujet évoqué bien avant que le tueur soit derrière les barreaux et plus précisément évoqué lors de son procès. Une prise de position de la part du réalisateur ? Peut-être, oui, mais le contraire est possible puisque l'on peut se demander si son approche ici du sujet en font forcément un fervent défenseur de la peine de mort...


Il n'est pas rare, surtout à l'époque, que des œuvres cinématographiques soient en partie ruinées par le doublage approximatif qui résulte comme dans le cas présent d'une traduction parfois piteuse. Et celle notamment de l'acteur Michael Biehn qui interprète le district attorney Anthony Fraser. Le timbre de voix français ne collant absolument pas à la physionomie du personnage, il sera donc conseillé, comme d'une manière générale d'ailleurs, de découvrir Rampage dans sa version originale sous-titrée en français (pour les anglophobes !). Inspiré par le cas Richard Chase, le tueur incarné par l'acteur Alex McArthur rappelle en fait surtout celui de Richard Ramirez, condamné à mort pour avoir violé et tué à de nombreuses reprises. À l'issue de la projection, on se rend bien compte d'une chose : que si le film entretient une telle réputation, ça n'est pas pour ses qualités visuelles ou esthétiques (hein ? Où ça ? Et, surtout, lesquelles ?) ou son sens de l'imagination et de l'observation (y'a tellement d'écho dans la boite à idées qu'elle est forcément vide!). Ni même pour ce travail de sape que représente le doublage en français réalisé par quoi... deux ou trois acteurs qui en changeant de timbre semblent avoir doublé chacun à leur tour deux ou trois personnages différents (l'épouse du héros et l'une des témoins du procès sont très clairement doublées par la même actrice). Non... plutôt parce que William Friedkin a choisi de faire de son personnage principal un fervent défenseur de la peine de mort. Ce qui dans l'esprit des gens veut forcément dire que le réalisateur lui-même EST pour la peine capitale. Malgré la puissance évocatrice du thème, malgré quelques séquences plutôt ''saignantes'', l'enquête policière de Rampage ne vaut même pas celle d'un épisode de New York section criminelle et le jugement n'égale pas celui d'un procès mené par Perry Mason. À dire vrai, l’œuvre de William Friedkin ressemble davantage à une entreprise d'auto-destruction comme le prouvent également la mise en scène ''plan-plan'', la partition musicale d'Ennio Morricone ou l'incarnation de Michael Biehn qui personnifie un Anthony Fraser bien trop lisse ou en tout cas, bien moins charismatique qu'un Kyle Reese ou un Hiram Coffey. Une déception...

 

L’Exorciste selon William Friedkin d'Alexandre O. Philippe (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Le Diable et William Friedkin est une histoire qui remonte très loin dans le passé. Du point de vue du seul réalisateur et non pas de l'enfant ou de l'adolescent qu'il fut sans doute, le Mal semble s’être insinué dans nombres d’œuvres qu'il mit en scène durant sa carrière. Mais si la drogue (French Connection), le meurtre (Rampage et Cruising) ou la nature elle-même (Sorcerer) peuvent être révélateurs d'une présence diabolique globale réunissant sur un même plan végétal, minéral et animal, le réalisateur américain révéla de manière particulièrement concrète le caractère pourtant nébuleux de la possession diabolique un jour de 1973. Le 26 décembre lorsque arriva sur les écrans américains The Exorcist, le parangon d'un genre que nul autre cinéaste ne parviendra jamais à égaler. Quarante-six ans plus tard, le réalisateur revient sur l'un des films de terreurs les plus marquants de l'histoire du cinéma et s'installe devant la caméra du réalisateur et scénariste suisse Alexandre O. Philippe qui réalisa notamment un documentaire sur le phénomène des zombies (Doc of the Dead) et un essai sur les origines méconnues du chef-d’œuvre de Ridley Scott, Alien. L’Exorciste selon William Friedkin remonte lentement le fil du temps. De la petite enfance de William Friedkin et sa découverte des salles obscures. L'occasion pour lui de parler de sa passion pour le cinéma et d'évoquer ainsi le cinéma de Carl Theodor Dreyer (Ordet), Orson Wells (Citizen Kane), ou encore ceux de Fritz Lang, Stanley Kubrick ou Alfred Hitchcock. Des lieux sans doute communs mais qui ont imprimé de leur empreinte la future carrière de l'auteur de The Exorcist dont il s'agit ici d'analyser pour William Friedkin les fondements...


Sobre mais accompagné de nombreux extraits de films et surtout d'innombrables anecdotes de tournage, L’Exorciste selon William Friedkin est un documentaire passionnant, et même une longue interview d'un réalisateur que l'on découvrira peut-être sous un jour étonnant. Exigeant mais doté d'un humour qui ne saute pourtant pas directement aux yeux, William Friedkin est le témoin direct et privilégié d'une histoire qui a débuté il y a bien longtemps. Bien avant que le projet ne se concrétise puisque c'est sur son impulsion indirecte que le scénariste, écrivain et réalisateur américano-libanais William Peter Blatty se lance tout d'abord dans l'écriture du roman, William Friedkin s'intéressant alors de très près au phénomène de possession diabolique. Plusieurs réalisateurs refuseront le projet d'adapter le roman au cinéma et c'est finalement William Friedkin qui se voit offrir la réalisation de l'adaptation cinématographique sur conseil de l'écrivain. Si le nom de William Peter Blatty semble éternellement lié au projet ainsi qu'à sa conception, le documentaire d'Alexandre O. Philippe nous révèle en fait que le scénario ainsi écrit par l'écrivain ne convenait absolument pas au réalisateur. William Peter Blatty y trahissait ainsi effectivement quelque peu son propre roman. Une anecdote parmi les nombreuses qui suivront et qui montrent combien William Friedkin eut une maîtrise totale sur son film.


Outre ses passions pour la peinture dont il montre à plusieurs reprises le rapport qu'entretiennent certains tableaux de maîtres et la plupart des idées qu'il eut en tête pour mettre en scène certaines séquences, William Friedkin évoque également l'inquiétant doublage de la jeune actrice Linda Blair qui fut à l'occasion doublée par l'actrice Mercedes McCambridge et ce, dans des conditions très particulières... Anecdotes encore lorsque le réalisateur évoque ses rencontres avec les compositeurs Bernard Hermann (Psychose) ou Lalo Schifrin (Dirty Harry) auxquels il demande de bien vouloir composer la musique de son film avant de rejeter leur travail. Et l'on comprend avec force images et montage combien William Friedkin savait déjà à quoi devait ressembler la bande musicale de son oeuvre. Intransigeant au point de couper les ponts avec son ami Lalo Schiffrin durant au moins les quarante-six années à venir, le cinéaste aborde tous les aspects de son oeuvre pour le plaisir de ses fans et des autres d'ailleurs puisque désormais, il faudra compter sur cet Exorciste selon William Friedkin, bourré d'anecdotes et parfait complément à l'un des film d'épouvante les plus traumatisants de l'histoire du septième art...

 

dimanche 24 octobre 2021

The Guardian de William Friedkin (1990) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Je me souviens encore assez clairement de ce jour du début des années quatre-vingt dix où je lisais dans l'un des numéros du mensuel fantastique Mad Movies la sortie prochaine de The Guardian de William Friedkin. De ces films au titre un peu stupidement traduits de travers, et dans le cas présent sous celui de La nurse. Un long-métrage que l'on croirait tout d'abord sorti du même cru que celui de n'importe quel scénario mettant en scène une dingue s'appropriant le bien d'autrui mais qui de son statut d’œuvre fantastique sort quelque peu du lot. Mad Movies donc, qui dans un vieil exemplaire évoquait le retour de William Friedkin au cinéma d'épouvante dix-sept ans après le choc L'exorciste. Une gageure pour un réalisateur pourtant inestimable mais auteur d'un film ayant atteint un tel niveau d'exigence qu'il était difficile d'imaginer qu'il puisse réitérer l'exploit. Car il faut le reconnaître, The Guardian n'atteint tout juste que le premier degré de l'horreur sur une échelle de cinq. Quelques légers frissons tout au plus et trois ou quatre plans gore sympathiques viennent émailler une œuvre, au fond, très étrange dans sa conception. Si le procédé était nettement moins systématique à l'époque, le film s'ouvre sur une séquence qui ne laissera aucun doute sur les intentions de la nurse en question. La jolie Camilla qui plus tard s'invite chez Kate et Phil, un couple qui vient d'avoir un enfant. Trop occupés pour s'en charger eux-mêmes (il faut les voir rechigner à se lever la nuit pour s'en occuper lorsqu'il se met à pleurer), ils confient à la jeune femme le soin de s'en occuper. Douce et attentionnée, Camilla est parfaite dans son rôle. Séduisante aussi, ce qui ne laisse pas le père du bébé indifférent...


Mais plutôt que de nous resservir le plat tiède d'un récit déjà vu ailleurs, les scénaristes Dann Greenburg et Stephen Volk tordent le concept et proposent un récit qui évacue tout ce qu'attendent les spectateurs dans ce genre de production. On s'attend à ce que le père de famille entretienne une relation avec la nounou ? Et bien, il n'en sera rien. Car l'attitude apparemment obsessionnelle de Camilla n'est due qu'à un phénomène très étrange. Un rite dont William Friedkin n'a visiblement pas l'intention de nous donner les origines profondes. L'auteur de Sorcerer et de French Connection ne garde pas longtemps le secret et tel un gamin pressé de montrer à ses parents le nouveau dessin qu'il vient de faire de la maison et du jardin où ils vivent, il s'empresse d'exhiber le contenu fantastique de The Guardian. Camilla n'est effectivement pas une femme comme toutes les autres. Liées intrinsèquement à un arbre se cachant au cœur d'une forêt, on ne connaît pas vraiment sa nature de sorcière ou de simple disciple de ce végétal qui porte les stigmates de méfaits passés et que la jeune femme s'apprête à renouveler bientôt avec le bébé du jeune couple. Goulu dans son intention de jeter en pâture le couple formé par Carey Lowell et Dwier Brown, William Friedkin grille malheureusement certaines cartouches sans se rendre compte que son œuvre plonge parfois les deux mains dans l'invraisemblable. Et l'on ne parle pas ici du simple élément fantastique mais d'attitudes contraires à toute logique. Car alors, comment justifier certains comportements ? Mais nous reviendrons dessus un peu plus loin. Là où William Friedkin se montre soit stupide soit d'une redoutable intelligence, c'est dans sa manière d'appréhender le mode de pensées et les référénces culturelles de ses futurs spectateurs... Un coup de téléphone, un message inquiétant, le père de famille qui l'écoute et Camilla qui l'interrompt avant qu'il n'en saisisse vraiment l'urgence du contenu... Si n'importe quel autre réalisateur aurait tout fait pour que disparaisse ensuite le message du répondeur avant qu'il n'éclaire le couple sur la véritable personnalité de la nourrisse, William Friedkin, lui, laisse les choses en l'état pour que le message serve au moment fatidique, à convaincre Kate que Camilla n'est pas celle qu'elle croit être...


Ce qui peut apparaître comme une pichenette scénaristique inattendue est peut-être au fond une manière peu élégante de faire évoluer le récit sans trop se prendre la tête à chercher de quelconques subterfuges. Une généralité pour The Guardian dont le fil du récit s'écoule tranquillement, sans la moindre aspérité qui ferait du scénario des deux hommes l'exemple même de la trame tortueuse, avec ses coups de génies et son climax tendu. L'exorciste était une série A. The Guardian, lui, se range directement dans la catégorie des séries B où se côtoient des milliers d'autres films d'horreur. Jenny Seagrove qui y incarne Camilla est aussi belle qu'inquiétante. En reprenant le concept de la forêt agressant ceux qui y pénètrent à la manière de Evil Dead de Sam Raimi, William Friedkin ajoute à son œuvre quelques plans gore plutôt sympathiques mais dont on regrettera qu'ils soient insuffisamment exploités à l'image. Mieux vaut être attentif en effet devant des séquences qui ne durent en général qu'une micro-seconde. Têtes et membres arrachés, arbre qui saigne et bébés ''gravés'' dans l'écorce, le film bénéficie d'un joli travail en matière d'effets-spéciaux... mais de quelques séquences assez cheap également comme Camilla volant à travers la forêt. Les loups demeurent peut-être l'élément le plus inquiétant en dehors du contraste saisissant entre la voix douce de Camilla et ses agissements. Quelques détails vraiment flippants s'adressent à un public venu frissonner (la nourrice placée dans l'angle d'une pièce) mais comme évoqué plus haut, des invraisemblances viennent gâcher une partie de l'intrigue. Attaqués par des ''coyotes'', Kate demande à Phil de l'attendre avec le bébé dans la forêt. C'est à dire au dernier endroit où il nous viendrait l'idée de nous réfugier. Pire : comment justifier le fait que le père de famille se rende directement là où se trouve l'arbre maléfique pour le détruire alors même qu'il n'y a jamais mis les pieds et qu'il n'a aucune connaissance de sa situation ou de son pouvoir ? La dernière partie de The Guardian est entreprise un peu trop rapidement sans que William Friedkin ne semble avoir réfléchi à certaines décisions. Cependant, le film est une honnête série B horrifique dont le rythme relativement relevé empêche que l'on s'y ennuie. Un film qui reste pourtant mineur dans la carrière de ce grand cinéaste...

 

samedi 23 octobre 2021

Traqué de William Friedkin (2003) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Vingt-six ans après Sorcerer, Traqué de William Friedkin sonne comme un retour à la nature. Moins hostile mais toute aussi épaisse. Un court passage dans un enfer vert loin de la République Dominicaine puisque ces séquences furent cette fois-ci tournées tour à tour dans la Gorge du Columbia et au Mont Hood tous deux situés dans l'Oregon ainsi qu'aux abords de la rivière Elwha située quant à elle dans l'état de Washington. Si des centaines de kilomètres séparent chacun de ces lieux, l'illusion est parfaite puisque chaque plan rejoint le suivant pour former un tout et donner l'illusion que ces séquences ont toutes été tournées au même endroit. On croirait presque un retour aux sources du plus célèbres soldat de fiction de l'armée américaine. Le Rambo du premier long-métrage éponyme de la franchise du même nom réalisé par Ted Kotcheff en 1982, Rambo : First Blood. L’œuvre de William Friedkin ressemble parfois, allez, osons l'affirmer, au chaînon manquant entre ce célèbre film de guerre et l’œuvre de science-fiction réalisée par John McTiernan en 1987, Predator. Car en débarrassant son œuvre de tout élément qui pourrait faire référence à une quelconque invasion extraterrestre, William Friedkin réalise une chasse à l'homme qui porte en elle le même climat d'angoisse et de sourde pesanteur qui régnait déjà dans le classique de John McTiernan. Entre la survie de l'un et la traque du second, l'ensemble ainsi mixé offre aux spectateurs de Traqué une expérience formidable que l'acteur Tommy Lee Jones revit ainsi pour la troisième fois après le diptyque formé par Le Fugitif d'Andrew Davis et sa suite/spin-off U.S. Marschals de Stuart Baird. Un Tommy Lee Jones qui depuis a pris de la bouteille. Il incarne ainsi l'ancien instructeur des forces spéciales, L.T. Bonham qui depuis est à la retraite et vit désormais en ermite dans une forêt de l'Oregon...


Buriné, barbu et certainement plus proche de la nature que de l'humanité dont il fait pourtant partie, le FBI va très bientôt faire appel à ses talents de pisteur et de tueur afin de remonter la trace de l'homme qui jusqu'à maintenant a fait quatre victimes. Et cet homme n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit de Aaron Hallam, ancien soldat traumatisé par les horreurs de la guerre et notamment celle du Kosovo à laquelle il participa et lors de laquelle il fut le témoin de nombreux massacres parmi lesquels celui de nombreux civils. Un homme que L.T. Bonham a par le passé lui-même formé au combat en lui apprenant comment tuer et comment survivre en milieu hostile. Les deux hommes se retrouvent donc lors d'une course-poursuite qui va les mener au cœur des forêt de l'Oregon ainsi qu'en milieu urbain. La traque commence... Face à Tommy Lee Jones, il fallait absolument trouver un interprète à sa hauteur. Et c'est en la personne de l'acteur américano-espagnol Benicio Del Toro que William Friedkin va le dénicher. L'interprète ultra-charismatique du futur Che de Steven Soderbergh ou de Sicario : La Guerre des cartels de Denis Villeneuve qu'il tournera plus tard est littéralement habité par son personnage. Un ancien soldat qui a perdu toutes ses illusions. Et peut-être même davantage puisqu'il semble avoir été si traumatisé par les images de guerre auxquelles il a assisté qu'il paraît avoir perdu la tête. Du moins cette part de conscience qui permet de faire la différence entre le bien et le mal...


Si une partie du long-métrage a effectivement été tournée en forêt, plusieurs séquences se situent par contre en milieu urbain. Celles-ci ont notamment été réalisée à Portland, à Oregon City ou encore à Port Angeles. Traqué est un thriller nerveux, sans fioritures superflues. Le duel entre les deux hommes est sauvage, brutal, sanglant. William Friedkin filme la nature avec ce même sens de l'observation que vingt-six ans auparavant lors du tournage de Sorcerer. Mais Traqué n'évoque pas que le simple duel entre un élève et son maître. Il traite en toile de fond l'épineux problème du retour à la vie civile pour des hommes qui ont vécu en plein cauchemar lors divers affrontements. À ce titre, le regard profond de Benicio Del Toro imprime et souligne à l'image toute la désespérance et l'absence parfois totale de conscience morale de son personnage. C'est peut-être ainsi pour mieux faire accepter aux spectateurs l'apparente monstruosité de cet homme qui apparaît totalement insensible aux émotions que le film s'ouvre justement sur le conflit qui le traumatisera le reste de son existence. Benicio del Toro/Aaron Hallam s'en trouve alors étonnamment bouleversant et sa traque s'apparente parfois à celles de créatures innocentes tuées pour le plaisir de chasser. Avec Traqué, on reste assez loin des chefs-d’œuvre de William Friedkin. Il n'en demeure pas moins un très efficace thriller. Solide, maîtrisé, dur et cruel, parfaitement interprété par deux géants du cinéma et au rythme soutenu. À noter la présence de l'actrice Connie Nielsen dans le rôle de l'agent du FBI Abby Durrell...

 

Blue Chips de William Friedkin (1994)- ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Contrairement à ce que pourraient laisser supposer certains faits d'arme du réalisateur américain William Friedkin, celui-ci ne fut pas l'auteur exclusif de quelques grandes pellicules sombres et désespérées. Lorsque l'on évoque L'exorciste, Sorcerer, Cruising ou Rampage, on n'imagine pas forcément d'emblée que derrière Blue Chips se cache le même cinéaste. Pas désespéré mais plutôt désespérant... Surtout pour l'entraîneur de basket Pete Bell dont l'équipe des Dolphins de l'université de Western University à Los Angeles vient de perdre une nouvelle fois son dernier match ainsi que la saison. Souvent donnée comme favorite, Pete et son équipe se doivent de trouver une solution d'urgence pour le prochain championnat. Intègre et n'ayant jamais accepté d'acheter le moindre joueur contrairement aux équipes adversaires, l'entraîneur va cependant faire une entorse à la règle qu'il s'est toujours fixée. L'homme d'affaire Happy (J. T. Walsh, parfait) va en secret financer l'arrivée de nouveaux joueurs qui devraient ainsi permettre aux Dolphins de remonter jusqu'à la plus haute marche du podium. Pete regrette d'avoir accepté l'offre de Happy mais désormais, il ne peut plus faire machine arrière. Non seulement l'homme le tient par les c... (trois ans auparavant, un joueur avait accepté de tricher contre de l'argent sans que Pete ne soit mis au courant), mais les enjeux sont si importants qu'il mettrait en péril certains membres de l'équipe. De plus, le journaliste Ed (l'acteur Ed O'Neill, célèbre pour avoir notamment interprété le rôle du père de famille Al Bundy dans la série américaine Mariés, deux enfants) s'acharne à prouver de son côté que certains joueurs ont été achetés... Et avec de l'argent, on peut tout s'offrir comme le démontre ce ''petit'' film dans la carrière d'un grand monsieur du cinéma qui n'avait alors plus rien à prouver. Une œuvre sans doute mineure mais qui fait écho à des pratiques qui encore aujourd'hui existent, même jusqu'en Europe et ce, en toute légalité. Bon, évidemment, en France et partout ailleurs, le principe est différent puisqu'il touche des professionnels mais peut-on réellement considérer que payer de jeunes gens pour jouer dans des équipes de basket universitaires est assimilable à de la tricherie ?


Aux États-Unis, cela semble une évidence. Et même si cela est une pratique régulière outre-atlantique. Parmi celles et ceux qui découvrirent à l'époque ou même plus récemment le quatorzième long-métrage cinématographique de William Friedkin, on peut noter au moins deux types de comportement. D'un côté ceux qui adoubent tout ou presque ce que le réalisateur a pu produire jusqu'ici et de l'autre ceux qui se demandent ce qui a bien pu lui passer par la tête pour accepter de tourner une œuvre qui n'a évidemment rien de commun avec les classiques cités plus hauts. Ou du moins, Blue Chips traite-t-il désormais sur un ton beaucoup moins sombre d'une forme de descente aux enfers beaucoup plus... familiale, divertissante et donc grand public. Car le basket aux États-Unis fait partie des quelques sports nationaux qui attire des foules immenses au même titre que le Base-ball ou le football américain. L'un des aspects que l'on ne pourra absolument pas reprocher à William Friedkin se trouve dans sa mise en scène. C'est bien simple, on se croirait devant nos postes de télévision à assister à de véritables match de basket. Mais la caméra ne s'arrête ici pas aux portes des vestiaires puisque le réalisateur nous convie également à y pénétrer et assister aux préparatifs des divers matchs ainsi qu'aux ''règlements de compte'' entre le coach et des joueurs qui selon lui ne s'investissent pas suffisamment. De ce côté là, Blue Chips rempli parfaitement son contrat...


Durant près d'une heure et quarante-cinq minutes, William Friedkin nous offre un sympathique spectacle en n'intéressant l'amateur de basket et le néophyte que sous les angles les plus captivants de ce sport particulièrement intense. Sur la base d'un scénario écrit par Ron Shelton (réalisateur en outre de Les Blancs ne savent pas sauter deux ans auparavant qui traitait lui aussi de basket) et afin de rendre le récit crédible, le réalisateur fait appel à de véritable professionnel du basket parmi lesquels on retrouve l'une des plus grandes stars de tous les temps dans le domaine, Shaquille O'Neal, ainsi que notamment Anfernee Hardaway, Kevin Garnett, George Lynch ou encore Allan Houston. Un surcroît de réalisme encore renforcé par les présences des entraîneurs Rick Pitino, Bobby Knight, Jim Boeheim et Jerry Tarkanian ainsi que celle du commentateur sportif Dick Vitale qui tous interprètent leur propre rôle. Mais bien entendu, que serait le long-métrage sans la présence hyper charismatique de l'acteur Nick Nolte qui incarne bien entendu le rôle principale de Pete Bell ? En très grande forme, il interprète un coach gueulard, sous pression, ancien époux de la charmante Jenny (l'actrice Mary McDonnell) mais aussi et surtout très honnête, contre toute forme de manigances et aimant profondément ses joueurs. Une morale ''presque'' à toutes épreuves qui le conduira à des aveux en toute fin de métrage. Un récit qui ne repose en rien sur une quelconque histoire vécue et dont le panache de la mise en scène et certains aspects réalistes de l'intrigue n'empêcheront malheureusement pas au film d'être un relatif échec puisque les recettes ne parviendront même pas à rembourser le budget de trente-cinq millions de dollars...

 

vendredi 22 octobre 2021

Sorcerer de William Friedkin (1977) - ★★★★★★★★★☆

 


 À Jérusalem, une bombe explose en faisant de nombreuses victimes. Un attentat terroriste dont les trois responsables d'origine palestinienne sont immédiatement identifiés. Le premier est abattu. Le second est arrêté. Quant au troisième, prénommé Kassem, il parvient à se fondre dans la foule avant de disparaître... À Paris, Victor Manzon est convoqué dans le bureau du directeur de la Bourse. Accusé de fraude et de fausses déclarations ayant causé un déficit de quinze millions de francs, il lui reste moins de vingt-quatre heures pour fournir des preuves de crédit suffisantes qui lui permettront d'échapper à la justice... Elizabeth, dans l'état du New Jersey aux États-Unis. Après avoir subtilisé les fonds d'un parrain abrités au sein d'une église catholique, le chauffeur Jackie Scanlon, son patron ainsi que deux de ses hommes prennent la fuite au volant d'un véhicule qui malheureusement percute un camion et les laisse sur le carreau. Excepté Scanlon qui bientôt va se voir contraint de prendre la fuite en quittant le pays... On ne va pas commencer à tergiverser sur le fait que Sorcerer est le remake du Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot, les deux réalisateurs ayant suffisamment de personnalité pour que l'on ne prenne pas le risque de comparer telle ou telle séquence tournée par l'un et revisitée par l'autre. L’œuvre de William Friedkin semble d'ailleurs se rapporter davantage au roman éponyme de l'écrivain et journaliste Georges Arnaud que du long-métrage sorti le 22 avril 1953 dans notre pays. Quatre années après le choc L'exorciste, le réalisateur américain, contrairement à ce qu'évoque le titre original de son nouveau long-métrage Sorcerer (traduit par sorcier ou sorcière), ne fait plus appel au moindre élément fantastique. À moins que l'on suppose que la nature qui se déchaîne au sein du film ne soit le fait d'une divinité retorse quelle qu'elle soit...


Car l'aventure à laquelle nous convie William Friedkin est de celles dont on ne revient pas toujours. Après nous avoir présenté ses trois principaux protagonistes en les personnes du français Bruno Cremer, de l'américain Roy Scheider, du franco-marocain Amidou, bientôt rejoints par l'espagnol Francisco Rabal, nous les retrouvons ensuite tous réunis dans un trou perdu de l'Amérique du sud. Un endroit crasseux où la maladie et la faim mènent la danse. Mais peut-être aussi une planche de salut pour nos quatre hommes auxquels va bientôt être confiée la rude tâche de convoyer à bord de deux camions, une cargaison de nitroglycérine, un explosif extrêmement instable qui doit permettre à trois-cent kilomètres de là d’éteindre l'incendie qui s'est déclenché dans un puits de pétrole. Pour cela, la promesse est faite aux quatre hommes d'obtenir à l'issue de leur mission des papiers officiels ainsi que dix-mille dollars chacun. Mais comme l'on va très vite s'en rendre compte, l'aventure va être semée d'embûches... William Friedkin ne ménage ni son équipe technique, ni ses comédiens. Dans des conditions qui feraient presque sourire celles et ceux qui travaillèrent aux côtés du réalisateur allemand Werner Herzog à l'époque de Aguirre, la colère de Dieu ou de Fitzcarraldo, l'américain et son équipe s'enfoncent dans une jungle épaisse, humide, semée de pièges et de défis apparemment insurmontables pour ses personnages. On ne s'étonnera pas outre mesure d'y retrouver également la patte du scénariste Walon Green qui huit ans auparavant fut chargé de l'écriture d'un autre monument du septième art : La horde sauvage de Sam Peckinpah...

 

Alors que les présences de Steve McQueen, de Lino Ventura, de Marcello Mastronianni et d'Amidou sont tout d'abord envisagées dans les rôles principaux, seul ce dernier participera finalement au tournage. William Friedkin refuse d'accorder au premier la présence de sa nouvelle épouse, l'actrice Ali MacGraw, qu'il rencontra sur le tournage de
Guet-apens de Sam Peckinpah cinq ans auparavant. Lino Ventura refuse le rôle finalement tenu par Bruno Cremer et quant à l'acteur italien Marcello Mastronianni, la naissance de sa fille Chiara que Catherine Deneuve vient de mettre au monde remet tout en question. C'est finalement grâce à la société de production cinématographique américaine productrice du long-métrage que Roy Scheider se voit offrir le rôle que devait tenir la star américaine Steve McQueen ! Entre Paris, le New Jersey, Jerusalem, la République Dominicaine et le Mexique, le budget ne fait que gonfler jusqu'à atteindre un peu plus de vingt-deux millions de dollars dont deux seront entièrement consacrés à l'une des séquences les plus hallucinantes de l'histoire du septième art. Celle qui orne justement la célèbre affiche du film : un pari quasi insurmontable qui mettra plusieurs semaines à voir le jour pour un résultat surpassant presque l'incroyable séquence du bateau à vapeur gravissant une montagne dans l'un des chefs-d’œuvre de Werner Herzog, Fitzcarraldo. Une séquence qui marque profondément les esprits par son aura mystique accentuée par les intempéries et par l'étrange et hypnotique partition musicale du groupe allemand Tangerine Dream...


Dans son contenu ainsi que le contexte dans lequel baignent le réalisateur, son équipe technique et ses interprètes, Sorcerer fait œuvre de fiction paroxystique au même titre qu'un Apocalypse Now signé de Francis Ford Coppola deux ans plus tard. Le film prend énormément de retard, résultant d'un surcroît de financement de la part des sociétés de production. La fameuse séquence du pont suspendu est déplacée de la république Dominicaine jusqu'au Mexique à plus de trois-mille trois-cent kilomètres de distance. William Friedkin sort de l'expérience totalement essoré après avoir perdu plus de vingt kilos durant le tournage. Film-monstre, Sorcerer connaîtra une sortie nationale américaine dans de nombres salles de cinéma. Mais son auteur ne s'était semble-t-il pas préparé à connaître un adversaire de taille qui condamna son long-métrage à finir son existence avec des recettes loin d'atteindre ses qualités intrinsèques ou du moins, son budget de dépar. En effet, alors que le film sort en salle le 24 juin 1977 aux États-Unis, il est concurrencé par une œuvre de science-fiction qui elle est déjà sortie depuis un mois : La guerre des étoiles qui sur son territoire connaît un succès si fulgurant que la plupart des cinémas qui projettent Sorcerer décident de déprogrammer Scanlon, Manzon, Nilo et Kassem au profit de Luke Skywalker, Han Solo, Leïa Organa et les boites de conserve C-3PO et R2-D2... Un manque de reconnaissance flagrant, surtout si l'on analyse les immenses qualités du long-métrage de William Friedkin. Reste qu'aujourd'hui Sorcerer demeure un grand classique du cinéma d'aventure. Une œuvre à couper le souffle qui, oui, c'est vrai, n'est constituée en aucune manière d'éléments fantastiques mais qui demeure encore et toujours sous certaines apparences, une formidable expérience de cinéma sensoriel...

 

L'exorciste de William Friedkin (1973) - ★★★★★★★★★★

 


 

Depuis maintenant presque cinquante ans, L'exorciste est venu hanter l'esprit de celles et ceux qui l'ont découvert en salle ou plus tard, en vidéo. Des témoignages, des critiques, des ouvrages et des documentaires ont tenté à diverses occasions de décrypter ce monument de l'effroi. D'autres que William Friedkin se sont essayés à ce type d'exercice sans jamais l'égaler. Ou si peu car il aura sans doute fallut patienter jusqu'en 2016 avec l'apparition sur les écrans de The Strangers du sud-coréen Na Hong-jin et sa stupéfiante réappropriation du mythe du Diable pour découvrir une œuvre digne de succéder à celle de l'américain. Mais jusque là, aucun autre cinéaste n'a jamais été aussi près que William Friedkin de délivrer un long-métrage aussi proche du réel tout en y mêlant une grande part de surnaturel liée au phénomène de possession diabolique. D'emblée, le réalisateur américain nous transporte jusqu'en Irak sur les lieux de fouilles archéologiques qui vont mettre à jour une petite statuette, représentation de Pazuzu. Un démon découvert en Assyrie au Ier millénaire av. J.-C ayant le pouvoir de diriger les vents mauvais et donc de propager les épidémies. Mais lorsque son humeur l'y autorise, il peut aussi faire le bien et protéger les hommes. Ce qui ne se vérifiera malheureusement pas durant les cent-trente trois minutes que dure cette version Director's cut de L'exorciste bénéficiant de onze minutes supplémentaires par rapport à la version projetée en salle dès le 26 décembre 1973 aux États-Unis et dès le 11 septembre de l'année suivante dans notre pays. Un début orientalisant, donc. Presque chaleureux même si déjà, on sent pointer le Mal à travers quelques suggestions. Cette statuette, tout d'abord, et peu de temps après, sa représentation grandeur nature sur un site de fouilles qui prend désormais l'allure d'un champ de ruines. Comme si à travers ces images, William Friedkin signifiait la disparition d'une ''civilisation'' liée à la présence passée du démon Pazuzu. Un ange déchu au visage effrayant, descendu sur Terre pour faire le mal...


À neuf-mille neuf-cent kilomètres de distance vivent temporairement à Georgetown dans une luxueuse demeure de ce quartier de Washington, l'actrice Chris MacNeil (Ellen Burstyn) et sa fille Regan (Linda Blair). Alors que sa mère est souvent absente, appelée à se rendre sur des plateaux de tournage, la jeune Regan peut compter sur l'aide de deux employés de maison ainsi que sur celle de sa nourrice Sharon Spencer (l'actrice Kitty Winn). Loin de chez elle et de son père (en déplacement à Rome), et donc sans aucun ami pour lui tenir compagnie, la jeune fille s'est inventée un ami imaginaire, joue seule, et s'amuse notamment avec une planche de Ouija trouvée dans la cave. LA porte d'entrée vers le monde des esprits, avec ses codes et ses dangers. Sans doute l'élément déclencheur ayant dès lors convié l'apparition du démon Pazuzu dans la vie de la jeune Regan et dans celle de son entourage. Une vie paisible transformée en cauchemar qui va avoir des répercussions étonnantes dépassant les frontières physiques représentées par les murs de la demeure dans laquelle vivent pour un temps Regan et sa mère. Car alors, comment ne pas repenser à ces épidémies dont est capable de se rendre responsable Pazuzu et prenant la forme ici d'une contagion beaucoup plus pernicieuse et surnaturelle ? Comment ne pas lier entre eux la mort du plus proche ami de Chris en la personne de Burke Dennings (l'acteur Jack MacGowran), la profanation d'une église et même, la mort de la mère du père Damien Karras (Jason Miller) ? Dans une ambiance mortifère et un climat de fin du monde digne des dix plaies d’Égypte, William Friedkin nous impose en toutes occasions, la présence du Mal. Une féroce critique de l’Église dans laquelle la perte des croyances sont d'emblée punies par la mort de l'être le plus cher. Dans un ordre d'idées apparemment bien différent, les visions cauchemardesques de L'exorciste renvoient parfois à celles du tout aussi traumatisant L'Échelle de Jacob postérieurement réalisé par Adrian Lyne en 1990...


Même dans l'acte le plus ''banal'' qui consiste à traiter le mal dont est atteint la jeune adolescente par des voies médicales classiques, William Friedkin nous atteint par des procédés parfois rebutants. Neurologues, psychiatres, une batterie de spécialistes va étudier le cas de Regan avant que l'un d'eux n'émette l'idée de passer par une voie pouvant s'imposer dans l'esprit des sceptiques ou des incroyants comme du charlatanisme : un exorcisme. Et c'est là qu'entre en jeu l’Église et notamment deux de ses représentants. Et c'est peut-être là aussi qu'intervient l'élément le moins convainquant. Non pas la pratique elle-même de l'exorcisme, mais le chemin supposé tortueux menant jusqu'à l'acceptation de son usage par l’Église. Ici, le principe est emballé en à peine quelques minutes, ses plus dignes représentants acceptant la demande du père Karras sans doute un peu trop vivement. Un détail, cependant... William Friedkin décrit non seulement la lente agonie de Regan à grands renforts d'effets sonores et visuels particulièrement remarquables, mais aussi celle de son entourage. Le froid et la puanteur semblent s'extraire du carcan de la pellicule cinématographique pour sauter littéralement au visage du spectateur. La remarquable photographie d'Owen Roizman participe de cette sensation d'oppression et de malaise qui ne nous lâche plus jusqu'à la dernière minute. Le réalisateur américain a la bonne idée de ne pas trop compter sur la partition musicale composée par une pléthore de musiciens mais plutôt sur les bruits et diverses voix qui s'échappent d'entre les lèvres de Regan. Si la mise en scène de William Friedkin mêle sobriété et très gros coups d'éclats, simplicité et visions infernales, douceur et horreur pure, il ne faut pas oublier que le film s'inspire de l'ouvrage de l'écrivain William Peter Blatty, lui-même inspiré par un fait-divers authentique survenu à la toute fin des années quarante à Pont-Rainier dans le Maryland...


C'est là que vit à l'époque le jeune Robbie Mannheim, âgé de quatorze ans seulement. Proche de sa tante qui lui explique comment utiliser la planche de ouija, c'est à la mort de celle-ci que le jeune garçon emploie l'objet afin d'entrer en communication avec elle. Dès lors, de curieux phénomènes se produisent. Des bruits dont l'origine demeure inconnue se manifestent tandis que des objets se déplacent tout seuls. Tout comme plus tard sur les écrans avec L'exorciste, l'apparence physique de Robbie Mannheim change, se dégrade et les médecins restent impuissants face au phénomène. Un prêtre rencontre alors l'adolescent et confirme qu'il s'agit bien d'une possession diabolique. Le père Bowdern pratique alors durant trois semaines une série d'exorcismes en compagnie de plusieurs autres prêtres jusqu'à ce que le garçon soit enfin libéré du mal. On le voit, le film s'inspire en grande partie du cas Robbie Mannheim. Et que l'on croit ou non à ce type de phénomènes que l'on pourra ranger dans la catégorie des croyances populaires, L'exorciste reste presque cinquante ans après sa sortie initiale comme l'une des expériences cinématographiques les plus intenses en terme d'émotion. Glaçant, effrayant, tétanisant mais aussi très certainement, émouvant.


Un sentiment qui se dégage d'interprètes absolument remarquables d'honnêteté intellectuelle. L'exorciste n'est pas que le simple produit horrifique qu'il aurait pu être. Plutôt un grand film ne jouant pas uniquement avec les codes de l'horreur mais également ceux du drame et de la satire sociale et religieuse. Mais comment mettre un terme à cet article sans parler un tant soit peu des incroyables effets-spéciaux qui contrairement à l'impression que donne le long-métrage ne s'invitent pas uniquement dans la chambre de la pauvre Regan mais dès les premières minutes ? Car faut-il le rappeler, l'acteur suédois Max von Sysow qui interprète l'exorciste du titre, le père Lankester Merrin, n'était alors âgé que de quarante-quatre ans alors qu'à l'image il en paraît trente de plus. Résultat du prodigieux travail du maquilleur américain Dick Smith dont le vieillissement était l'une de ses spécialités. Mais le talent de ce grand monsieur des effets-spéciaux disparu à l'âge de 92 ans le 31 juillet 2014 éclate de manière beaucoup plus évidente à travers les maquillages que Linda Blair devra supporter durant une bonne partie du tournage, assisté par Marcel Vercoutere et surtout Rick Baker qui bientôt entrera dans la légendes des maquilleurs pour avoir notamment oeuvré sur les plateaux du Loup-garou de Londres de John Landis, Hurlements de Joe Dante, Videodrome de David Cronenberg ou encore Men in Black de Barry Sonnenfeld, le résultat est plus qu'impressionnant. Surtout à une époque où les CGI ne devaient être encore qu'un fantasme dans l'esprit des concepteurs d'effets-spéciaux. Que l'on croit ou non au phénomène de possession diabolique, L'exorciste demeure une œuvre indispensable et l'une des meilleures de sa catégorie. Un chef-d’œuvre absolu...

 

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