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Libellés

mercredi 7 décembre 2016

Les Diables de Ken Russel (1971)



Pour la six-centième édition de Cinémart, j'avais décidé à l'avance de consacrer l'article à Viva la Muerte de Fernando Arrabal sans même l'avoir jamais vu auparavant et donc, sans savoir si j'allais l'aimer ou pas. Aujourd'hui, pour le sept-centième article, j'ai décidé de parler d'un film auquel je suis profondément attaché bien que contrairement à beaucoup d'autres, je ne l'ai vu qu'une fois, il y a un certain nombre d'années sur la chaîne Arte. Deuxième film de Ken Russell que j'aborde depuis la création de Cinémart après Altered States en juillet 2015, The Devils demeure pour moi son meilleur long-métrage. Du moins, mon préféré parmi la petite dizaine que j'ai pu voir depuis en plus de quarante ans. Une œuvre librement inspirée par l'Affaire des Possédées de Loudun que plusieurs ouvrages littéraires ont abordé, dont celui d'Aldous Huxley, Les Diables de Loudin, Ken Russell s'inspirant également de la pièce de l'auteur John Whiting, Les Diables.

Lorsque l'on connaît l’œuvre de Ken Russell, on peut s'attendre au pire. Et le pire, parfois, veut dire le meilleur. Tout comme il peut conserver tout le sens péjoratif de sa fonction originelle. J'en veux pour preuve son Repaire du Vers Blanc qui, quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, est un désastre cinématographique total. Pour fêter ce sept-centième article, il fallait donc une œuvre d'exception. Et je ne crois pas me tromper en affirmant que The Devils est un authentique chef-d’œuvre. Une œuvre aussi folle que certains Peter Greenaway (Baby of Macon). Et aussi majestueusement baroques que certains de ses propres opéras-rock.

Une œuvre outrageusement décadente qui au fond, ne fait qu'appliquer à la lettre certains préceptes érigés par une Histoire du Catholicisme du seizième et du dix-septième siècle : La chasse au sorcières. Selon les desiderata du Cardinal de Richelieu, et sous le couvert du Roi Louis XIII, l’Église et l’État ne doivent faire plus qu'un, les protestants devant dans un proche avenir, être chassés de France. The Devils n'est pas tant le récit d'une possession mais davantage celui d'un mensonge dont le principal but est de défaire l'autorité d'un homme, le très influent Prêtre Urbain Grandier, dont la faute est sans doute d'avoir désiré au sein de la cité de Loudun, que puissent s'épanouir toutes formes de religions, y compris justement, celle du protestantisme. Chargé de détruire les remparts de la ville dès son arrivée à Loudin, le Baron de Laubardemont se voit contraint d'y mettre un terme, Urbain Grandier brandissant dans sa main droite des documents écrits par l'ancien gouverneur de la ville, et donnant les pleins pouvoirs au prêtre. L'ancien gouverneur, ami de Louis XIII, ayant encore de l'influence auprès du roi même après sa mort, il va falloir trouver un subterfuge pour faire plier Grandier...

Lorsque l'on a enfin compris cela, tout devient d'une clarté évidente. Et malgré l'hystérie générale, malgré la confusion, malgré l'extraordinaire désordre qui règne durant une bonne partie de ce « film-monstre », Ken Russell diffuse un message pernicieux qui va lentement mais assurément s'insinuer dans l'esprit de tout un peuple. Intimidations, mensonges, faiblesses, manipulations et lavages de cerveaux sont au centre d'un The Devils proprement hallucinant. Bien que l'on ait saisit le fonctionnement de chaque individu, le cinéaste britannique force certains traits, histoire d'ajouter une symbolique démoniaque qui n'en avait pourtant pas besoin pour que l'on se forge soit-même sa propre opinion. S'il est un démon dans The Devils, il arbore le visage de la Peur. Celle qui inflige, et celle qui reçoit. Il apparaît également sous des traits avilis par les grimaces et par le maquillage outranciers de certaines actrices (on pense notamment à l'amante éconduite au début du film). Car ce qui va trahir Urbain Grandier, ce sont ses faiblesses, les seules qui vont, fort malheureusement, le conduire sur le bûcher. Grandier, c'est l'immense acteur londonien Oliver Reed, mort le 2 mai 1999 sur le tournage de Gladiator de Ridley Scott. Un charisme digne du personnage qu'il interprète. Une gueule qui fait chavirer toutes les femmes, surtout celles qui se sont offertes à Dieu. Et parmi elles, la sœur Jeanne, interprétée (habitée même dirais-je) par l'actrice elle aussi britannique Vanessa Redgrave. Un duo extraordinaire qui, sur le papier, ne se croisera finalement pas avant le procès.
Une parodie inquiétante qui condamne bien avant que ne soient divulguées des preuves fabriquées, des témoignages soumis par la Peur. Toujours cette même peur qui délie même les langues des plus fidèles adorateurs du prêtre Urbain Grandier. The Devils est une expérience cinématographique éblouissante. Une violence outrée. Un contexte religieux d'un poids immense. D'ailleurs, à ce sujet, il ne faudrait pas oublier l'incroyable performance de l'acteur londonien Michael Gothard, dans le rôle du père exorciseur Barre, sorte de gourou rock survitaminé. Lui mais aussi beaucoup d'autres dont la liste serait trop longue à énumérer. The Devils est une œuvre extraordinaire relatant des faits authentiques s'étant déroulés il y a de cela plusieurs siècles. Déconcertant, mais au combien fascinant...

mardi 6 décembre 2016

Combien tu m'aimes ? de Bertrand Blier (2005)



Combien tu m'aimes ? Combien je l'aime, ce cinéma, cet auteur, et ses interprètes. Encore et toujours, Bertrand Blier défend ce cinéma, le sien, cynique, émouvant, battant le chaud, puis le froid. S'il s'était peut-être un peu dispersé, cherchant à retrouver sa verve sans jamais véritablement y parvenir avec ses deux précédents longs-métrages (Les Acteurs, Les Côtelettes), en 2005, il revient avec une œuvre admirablement drôle, émouvante, emprunte d'une poésie qu'il sublime chaque fois par des choix musicaux délicats. Et même si l'on n'est pas friands d'opéra, le calque sonore qu'il juxtapose aux images rend ces airs formidablement beaux.
Gérard Depardieu, encore, mais se lançant dans de l'inédit avec Bernard Campan, Monica Bellucci, Edouard Baer, et même, sa compagne Farida Rahouadj, Bertrand Blier n'a rien perdu de son talent de conteur. Mieux, il semble être revenu d'un monde où les années passent et l'inspiration se meure. Un univers dont il a réussi à s'extraire pour nous offrir un spectacle presque aussi jouissif que ses plus grands films.

Combien tu m'aimes ? est typiquement le genre de film qui vous fait passer par différents états. Entre l'amertume de la solitude dont on ressent le poids durant les premières minutes, à la joie collective et communicative d'une fête dont le fond sonore étonne dans la carrière du cinéaste. Sans crier gare, voilà que l'on sourit de ses belles et grandes dents. A s'en décrocher la mâchoire. A solliciter les zygomatiques jusqu'à la douleur. Sans doute avons-nous l'air bête d'exprimer un air aussi béat, mais voilà que lâchement nous invoquons la faute à un homme, un seul : Bertrand Blier, lui-même. Ce génie du septième art, lequel a donné ses lettres de noblesse aux dialogues, comme en son temps un certain Michel Audiard.

Combien tu m'aimes ? ouvre grandes ses portes. Celles de son cœur, surtout. Celui, malade de François (Bernard Campan), qui grâce à Daniela (Monica Bellucci), et son amour pour lui, va le guérir. Découvrir de nouveaux interprètes chez Blier fait un peu le même effet à chaque fois. On se demande dans quelle mesure ils parviendront à saisir l'essence des textes de leur auteur pour nous les restituer à leur juste valeur. Et chaque fois, c'est le même constat : Bertrand Blier n'est pas qu'un dialoguiste exceptionnel. Il dirige également ses acteurs de main de maître. Son cinéma a apparemment évolué vers moins de loufoquerie et plus d'émotion, mais ne nous y trompons pas car ce coquin de Blier en a encore sous le pied. Et qui mieux que sa compagne, l'excellente Farida Rahouadj pour nous en convaincre ?

En une seule scène, nous redécouvrons ce qui nous avait manqué les quelques années précédent la sortie de Combien tu m'aimes ? en 2005. Farida Rahouadj face au couple Campan-Bellucci dissertant sur l'orgasme féminin entre deux portes. Un peu moins de trois minutes durant lesquelles Bertrand Blier nous rassure définitivement sur sa capacité à revenir au cinéma que l'on aime chez lui. Quelques scènes ainsi ponctuées d'autres beaucoup plus « symptomatiques » du « nouveau » Blier. Derrière la bouffonnerie, l'auteur des Valseuses est aussi un formidable conteur lorsqu'il s'agit de parler d'amour. Toujours et encore dans des situations inédites comme celles rencontrées dans Préparez vos Mouchoirs, Beau-Père ou Trop Belle Pour Toi. Cette fois-ci, il partage l'histoire d'un homme désespérément seul, riche à millions, qui propose à une pute de vivre avec lui moyennant finances. Toute la subtilité du jeu d'acteur étant de laisser planer un doute sur la réelle ou fausse sincérité de Daniela. Gérard Depardieu, lui, campe un individu sinistre qui, lui aussi sera guéri de ses mauvais démons. Bertrand Blier aurait pu simplement nommer son œuvre AMOUR tant on sent bien que c'est autour de ce sentiment d'affection unique que le sujet de Combien tu m'aimes ? a été développé. Encore un immense film de la part de Bertrand Blier...

Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier (1989)



Grand Prix du Jury en 1989 pour Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier. Encore une histoire d'amour singulière pour ce cinéaste qui écrit lui-même le scénario de ses œuvres. Toujours avec une petite touche de cynisme (lorsqu'il n'en jette pas par sauts entiers), le fils de l'illustre Bernard Blier nous conte une histoire encore bouleversante. Peut-être moins évidente pourtant qu'à son habitude par son approche toute particulière. Au cœur de l'intrigue, un triangle amoureux formé par Carole Bouquet, Josiane Balasko, et entre les deux actrices, Gérard Depardieu qui tourne ici pour la cinquième fois aux côtés de Bertrand Blier. Comme pour Beau-Père huit ans plus tôt, les personnages semblent directement s'adresser aux spectateurs, les prenant à témoins du drame qui se noue autour de ce garagiste, époux d'une très belle femme, père de deux enfants, et qui va tomber sous le charme de sa nouvelle secrétaire. Un peu ronde, plutôt fade, c'est pourtant elle que son cœur a choisi. Trop Belle pour Toi démontre avec force que lorsque c'est ce dernier qui parle, rien ne peut s'y opposer. Même la beauté d'une épouse qui finit par désirer être aussi « moche » que l'amante de son mari pour se le réapproprier.

Le traitement du film est résolument moderne. Les flash-back faisant partie intégrante des scènes situées dans le présent des personnages, Blier construit une œuvre au fil d’Ariane qui ne se rompt jamais. L'une des scènes les plus réussies en la matière se situe lors du repas donné par Bernard Barthélémy (Gérard Depardieu) et son épouse Florence (Carole Bouquet) et auquel ils ont convié une dizaine d'amis. Pour ne pas briser l'homogénéité du récit, et lorsqu'il s'agit de remonter au temps de la cérémonie de mariage des deux personnages, il réorganise logiquement le tour de table, les effets personnels (comme la robe de mariée remplaçant la tenue sombre que porte aujourd'hui Florence), mais en conservant une ligne narratrice impeccable. Même le personnage de Colette Chevassu tenu par Josiane Balsako se fond comme par miracle durant les festivités alors même qu'elle et les mariés ne se connaissent pas encore et que sa relation avec Bernard n'aura lieu que quelques années plus tard.

Carole Bouquet, sa grâce, sa beauté, mais aussi sa froideur. Elle que l'on a connu dans un registre bien différent, là voilà blessée, déboussolée, implorant son époux de revenir vers elle. Bertrand Blier offre à Josiane Balasko un rôle bien différent de ceux auxquels elle était habituée jusque là. A l'aube des années quatre-vingt dix, elle passe de la comédie pure au drame. A l'histoire d'amour dont elle est cette fois-ci, la principale interprète. Bien qu'elle est censée y jouer le rôle d'une secrétaire physiquement quelconque, Bertrand Blier a pourtant réussi à mettre tous les atouts de l'actrice en valeur. A dire vrai, elle n'a jamais été plus belle, plus à son avantage que dans Trop Belle pour Toi.

On le sait, Bertrand Blier aime profondément la musique classique. Véritable mélomane, il aurait, dit-on, aménagé une pièce de sa demeure spécialement consacrée à cet objet de culte. Des enceintes et un fauteuil fixés au sol dans des conditions optimales. Qu'il s'agisse de fiction ou de la réalité, ses personnages, en tout cas pour certains, aiment eux, profondément le classique. Comme Patrick Dewaere dans Préparez-vos Mouchoirs, son personnage ne jurant que pour Mozart et personne d'autre. Dans Trop Belle pour Toi, c'est Franz Schubert qui est à l'honneur. Et de quelle manière. Des œuvres bouleversantes qui jouent un rôle primordiale dans le registre de l'émotion. Des messes, des sonates, une valse, tout cela (et d'autres encore) accompagné par la musique additionnelle du composteur Francis Lai.
Un Grand Prix du Jury amplement mérité...
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