samedi 16 décembre 2017

L'Invasion vient de Mars de Tobe Hooper (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆



Lors d'une pluie de météores, le jeune David est témoin d'un étrange phénomène. Une lueur attire son regard, perchée au sommet d'une colline. Il y découvre alors une soucoupe volante. Lorsque lui vient l'idée de partager sa découverte avec ses parents, celle-ci a disparu. Rêve ou réalité ? C'est cette seconde hypothèse que retiendra le jeune garçon qui dès le lendemain matin au petit déjeuner remarque l'étrange comportement de son père. Ce dernier, blessé à la nuque fait en effet preuve d'un curieux comportement. Bientôt, c'est au tour de la mère du gamin d'agir de la sorte. Mais « l'épidémie » ne s'arrête pas là et bientôt s'étend jusqu'à l'école où étudie David. L'institutrice du jeune garçon, Mme McKeitch se montre particulièrement virulente envers lui. Elle aussi porte au cou une étrange marque qui deviendra bientôt le signe distinctif de ceux que les extraterrestres ont réussi à assimiler. Car ces derniers ont bien l'intention de prendre le contrôle de tous les habitants de la ville. Munis de foreuses, ils ont déjà bâti un certain nombre de galeries souterraines leur permettant de se déplacer sans être vus. David ne peut désormais plus que compter sur lui-même ainsi que sur l'infirmière Linda Magnusson qui après avoir douté des propos que lui a rapporté le jeune garçon doit désormais faire face à la réalité : l'invasion a commencé...

Petit à petit, l'auteur du cultissime Massacre à la Tronçonneuse s'est laissé glissé vers des espaces beaucoup moins concrets que les crapoteuses atmosphères de ses débuts (Le Crocodile de la Mort compris). Du slasher The Funhouse, il a fait un détour vers le fantastique avec Poltergeist (qu'il co-réalisa auprès de Steven Spielberg) avant de se laisser aller à deux incartades dans la science-fiction avec plus ou moins de bonheur. Tout d'abord en 1985 avec Lifeforce, puis l'année suivante avec L'Invasion vient de Mars. C'est de ce dernier dont il s'agit ici. Film assez peu recommandé par les spécialistes du genre, ce long-métrage d'un peu plus de quatre-vingt dix minutes n'est peut-être jamais demeuré comme l'un des grands classiques du genre, toujours est-il qu'il propose un spectacle suffisamment revigorant pour qu'on lui prête un certain intérêt. Massacre à la Tronçonneuse faisant définitivement partie du passé (ou presque puisqu'il signera la même année un Massacre à la Tronçonneuse 2 largement surestimé), le cinéaste américain se tourne cette année là vers le grand public.
On pourra lui reprocher son aspect instantanément kitsch dont les éclairages et les effets-spéciaux parfois désuets se sont rendus responsables, mais à part cela, rien de vraiment catastrophique. Bien entendu, s'il on attend perpétuellement et avec acharnement que Tobe Hooper signe à peu de chose près toujours le même film, aussi traumatisant soit-il, la déception risque d'être rude. Produit par ces monstrueux requins, ces vampires que sont les producteurs israéliens Yoram Globus & Menahem Golan, lesquels rachetèrent la Canon Films en 1979, L'Invasion vient de Mars est une honnête série B.

Il demeure aussi et surtout le remake d'une œuvre datant de 1953, réalisée par le cinéaste, décorateur, scénariste et producteur américain William Cameron Menzies sous le titre Les Envahisseurs de la Planète Rouge. Bien qu'il ne lui reconnaisse aucune parenté avec L'Invasion des Profanateurs de Philip Kaufman (lui-même remake de L'Invasion des Profanateurs de Sépultures de Don Siegel), on peut noter quelques ressemblances entre ce dernier et l’œuvre de Tobe Hooper. Bien moins paranoïaque et anxiogène que son prédécesseur, L'Invasion vient de Mars met pourtant lui aussi des individus qui du jour au lendemain changent littéralement de comportement. A la seule différence que ceux de Tobe Hooper demeurent toujours les habitants de la ville où se situe l'action tandis que ceux du long-métrage de Philip Kaufman se voyaient « remplacés » par des clones issus de cosses venues de l'espace. Même si le film a pris un coup de vieux, même si ses extraterrestres (sortes de grosses têtes stomacales sur pattes) font davantage rire qu'ils n'effraient, l’œuvre de Tobe Hooper mérite bien mieux que l'image que certains lui ont conféré. De plus, le film offre l'occasion de retrouver les actrices Karen Black (Burnt Offerings) et Louise Fletcher (Vol au Dessus d'un Nid de Coucou) A voir pour se convaincre que L'Invasion vient de Mars est une honnête production ...


vendredi 15 décembre 2017

Hommage à Johnny... A Tout Casser de John Barry (1967)



Pour ce troisième article consacré à Johnny Hallyday, nous remontons encore le temps de quelques années puisque A Tout Casser fut tourné deux ans avant le western-spaghetti Le Spécialiste. Nous sommes en 1967 et cela fait bientôt dix ans que le plus célèbre des rockeurs français a entamé sa carrière de chanteur lorsque le cinéaste américain John Berry (Ça va Barder, Le Voyage à Paimpol) convie Johnny Hallyday dans son dix-septième long-métrage. L'acteur/chanteur y retrouve l'acteur Eddie Constantine qui par deux fois a déjà tourné avec ce réalisateur. En offrant le rôle de Frankie à un Johnny Hallyday qui semble très à l'aise dans la peau du chef d'une bande de blousons noirs, John Barry réalise ici une comédie pleine d'action. De courses-poursuite à moto en bagarres à répétition, A Tout Casser fait preuve d'une belle énergie et permet à notre rockeur national d'assurer le minimum syndical tout en demeurant beaucoup plus crédible que dans le personnage que lui offrira deux ans plus tard le cinéaste Sergio Corbucci.

L'histoire est on ne peut plus simple : Frankie dirige un groupe de jeunes blousons noirs désirant ouvrir une boite de nuit malheureusement située tout près de la planque d'une bande de gangsters menée par un certain Aldo Morelli (l'acteur Michel Serrault). Une situation fâcheuse pour ce bandit qui a mis en place le vol prochain d'une tiare (couronne de forme haute et d'origine persane) d'une très grande valeur. La présence de Frankie et de ses amis risquant de contrecarrer les plans de Morelli, celui-ci tente par tous les moyens de chasser le jeune blouson noir et lui interdire l'accès des lieux qu'il veut transformer en boite de nuit. Mais heureusement pour lui, Frankie peut compter sur l'aide providentielle d'un certain Ric, lequel accepte de débarrasser le plancher et de laisser mener le projet de Morelli sans encombres si celui-ci lui offre une forte somme d'argent.

Johnny Hallyday et sa belle gueule vont s'en prendre plein la poire. De chutes en moto en menaces de mort ponctuées d'une multitude de gifles et de coups de poings, l'acteur s'en donne à cœur joie. La bande originale est assurée par le musicien américain Mickey Jones, le bulgare Eddie Vartan (lequel écrivit beaucoup pour Sylvie Vartan dont il fut d'ailleurs le frère aîné, ainsi que pour Johnny Hallyday) et par la star du rock elle-même puisque le chanteur interprétera deux titres dont un sur la scène de la fameuse boite de nuit que veut ouvrir son personnage, Cheval d'Acier. On peut notamment entendre la chanson-titre A Tout Casser dès l'ouverture du film et durant le générique de fin. D'une manière générale, la bande originale brasse divers courants musicaux comme le rock, le jazz, et même à plusieurs occasions, quelques airs que l'on aurait davantage imaginé dans des longs-métrages signés des Charlots ou de Darry Cowl. Ces derniers donnent à l'ensemble un curieux aspect. L’œuvre de John Berry prend alors des allures de gaudriole pas sérieuse du tout. Sur fond vert (ou bleu), la scène durant laquelle Eddie Constantine, Johnny Hallyday et Catherine Allégret sont poursuivis par les hommes de main de Michel Serrault à bord d'un chariot est très significative.

Il faut cependant s'armer d'un certain courage pour aller jusqu'au bout de cette œuvre typique des années 60 mais qui n'atteint jamais le niveau d'excellence d'un Georges Lautner, d'un Jean-Pierre Melville ou d'un Henri Verneuil. A vrai dire, la première moitié mérite l'indifférence. L'intérêt se fait jour lors de la seconde partie du long-métrage, un peu moins en roue libre et plus amusante. En dehors du fait que les fans de Johnny Hallyday retrouveront leur idole sur grand écran, on a le plaisir de retrouver un Michel Serrault cabotin nous offrant quelques savoureux moments. Il est d'ailleurs amusant de noter que la scène durant laquelle il prépare le hold-up à l'aide de légumes trouvera un écho dans l'excellent film que réalisera huit ans plus tard Jacques Besnard, C'est Pas Parce qu'on n'a Rien à dire qu'il faut Fermer sa Gueule, lequel sera notamment interprété par Michel Serrault lui-même. Au final, A Tout Casser reste une petite comédie sans prétention. Un petit nanar tout de même plaisant à regarder. Mais juste une fois...

jeudi 14 décembre 2017

Hommage à Johnny... Point de Chute de Robert Hossein (1970)



Alors qu'il tutoyait déjà les anges et leur marquise auprès de la délicieuse Michèle Mercier dans le romanesque Angélique, Marquise des Anges, l'acteur, metteur en scène, réalisateur, scénariste et dialoguiste français Robert Hossein signait en cette année 1970 son seul long-métrage des seventies. De retour en France après le pittoresque Le Spécialiste de Sergio Corbucci, l'acteur, chanteur et compositeur français Johnny Hallyday allait se voir offrir un rôle à la mesure de son charisme naissant. N'ayant pas encore pris de cette bouteille qui allait construire en partie l'image du plus populaire rocker de notre pays, Johnny passe du héros mal rasé du précédent western-spaghetti au membre d'un trio de malfrats ayant kidnappé une gamine dont la famille est apparemment aisée puisqu'elle prend l'habitude de rentrer des cours à l'arrière d'une voiture luxueuse conduite par le chauffeur personnel de papa-maman.
Si le premier sentiment qui se dégage de la toute première apparition de notre rocker national est aussi mauvais que celui qui le vit descendre de manière relativement grotesque des escaliers dans le film de Sergio Corbucci, que les fans de Johnny Hallyday se rassurent. Le sort que lui a accordé Robert Hossein est sans commune mesure avec le curieux traitement subit par le chanteur dans la peau d'un ersatz de Clint Eastwood. Ici, et bien après que l'auteur du troublant Vampire de Düsseldorf se soit lui-même grimé en monstre humain inspiré des méfaits de l'un des plus épouvantables serial killer allemand des années 30 (Peter Kurten), Johnny Hallyday apparaît frais comme un gardon. Après avoir éveillé la curiosité du spectateur en cachant le visage de l'acteur sous un masque aussi ridicule qu'improbable, c'est avec un certain effarement que l'on découvre un Johnny Hallyday troublant.

Presque un enfant dirons-nous, au regard bleu pénétrant. Un visage duquel ne ressort aucune manifestation physique le reliant au caractère sordide des faits auxquels il a pourtant participé. A ses côtés, l'acteur Albert Minski, et bien entendu, Robert Hossein. Ces deux là servent la soupe à Johnny qui reste le principal interprète. Lui tenant la chandelle, renforçant ainsi les différences d'intérêts que porteront sur leur victime, les trois hommes. Car pour ces derniers, la seule alternative possible est la mort de leur proie après obtention d'une rançon par ses parents. Pour Vlad, surnommé le Roumain par ses deux acolytes, les choses prennent une tournure différente. Car après des premiers soubresauts particulièrement virils de la part de Johnny envers Catherine, la gamine en question interprétée par la jeune et jolie Pascale Rivault, une certaine complicité va s'installer entre les deux principaux protagonistes. A tel point que Hossein et Minski deviennent les antagonistes du récit s'articulant exclusivement autour d'une maison perdue aux abords d'une plage n'accueillant que la houle et les mouettes.

Œuvre à l'atmosphère poétique, romantique, juvénile, et un brin surréaliste, Point de Chute n'est pas le polar auquel les premières images auraient pu laisser présager. L'acteur Robert Dalban qui dans la peau d'un inspecteur de police flâne dans la dite demeure à la recherche d'indices permettant de mettre la main sur les kidnappeurs durant les premières minutes disparaît au profit d'un récit qui remonte le temps. A ce propos, fait étrange, le présent est lu à travers le prisme d'une image toute de noir et blanc vêtue tandis que le passé s'enrobe d'une multitude de couleurs. Comme si Robert Hossein signifiait par avance l'inéluctable tragédie en revêtant son œuvre d'un linceul ou le noir et le blanc ont seuls droit de cité.
Johnny Hallyday endosse le confortable costume d'un kidnappeur tombé sous le charme d'une jeune femme avec laquelle il va entretenir des liens ténus. Plus étonnant, l'acteur se révèle parfois émouvant. Point de Chute demeure par contre relativement lent et attentiste. Ce qui risque de rebuter une partie des spectateurs. Une curiosité qui mérite tout de même que l'on prenne le temps de la découvrir...

mercredi 13 décembre 2017

Hommage à Johnny... Le Spécialiste de Sergio Corbucci (1969)



« Continue de boire. Ça me rend nerveux qu'on arrête de boire quand j'arrive... ». Tel sont les premiers mots prononcés par un Johnny Hallyday/Hud pris entre les tenailles d'un village qui tout entier, a lynché son frère parce qu'il a volé l'argent de la banque, des bandits entourant leur chef El Diablo, et l'ombre du grand Clint Eastwood qui plane au dessus du plus populaire chanteur français, mort la semaine dernière des suites d'un cancer du poumon. Après une très courte apparition (non créditée) dans Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot en 1955 et dans Dossier 1413 d'Alfred Rode en 1962, Johnny Hallyday entame une vraie carrière d'acteur à partir du film à sketches Les Parisiennes dans lequel il côtoie Catherine Deneuve, Danièle Evenou, et Dominique Zardi dans le segment Sophie. En 1967 il tourne dans le long-métrage franco-italien A Tout Casser, une comédie policière réalisée par le cinéaste américain John Berry avant de tourner son premier western-spaghetti, Le Spécialiste de Sergio Corbucci, dont il est question ici. Dès la première apparition de Johnny Hallyday à l'écran, le mimétisme du personnage qu'il interprète à l'écran à du mal à cacher sa filiation avec ceux de Joe, le Manchot et Blondin que jouait quelques années auparavant Client Eastwood dans les classiques du western spaghetti réalisés par l'immense Sergio Leone que sont respectivement Pour une Poignée de Dollars, Et Pour Quelques Dollars de Plus, Le Bon, la Brute et le Truand. Première impression : on ne sait s'il faut rire ou pleurer lorsque descend les escaliers le héros de cette aventure qui trouvera son flamboyant écho quatre ans plus tard dans l'un des plus grands westerns de tous les temps, L'Homme des Hautes Plaines, joué et réalisé (une fois encore) par l'américain Clint Eastwood.

Monté sur ressorts, nuque sur roulement à billes, Johnny tente de s'imposer la carrure du justicier crotté, mal rasé, suant à grosses gouttes, signes que l'on est bien chez les transalpins et non pas chez un John Ford privilégiant les grands espaces et les personnages féminins. Ici, cette dernière est souvent reléguée au rang de prostituée, de barmaid, ou de femme violentée. Johnny malingre, jouant pourtant assez habillement du flingue, stetson vissé sur le crâne, favoris lui bouffant la moitié du visage et répliques cinglantes. Même pas peur, le sans amis est venu régler ses comptes avec les poltrons de Blackstone, petite bourgade paumée en plein désert, et dont les notables se sont rués sur le frère du héros afin de le lyncher pour avoir osé voler l'argent qu'ils avaient confié aux bons soins de Virginia Pollywood, délicieuse Françoise Fabian, actrice française bien connue chez nous et qui joue de ses atouts pour séduire la gente masculine. Dont un shérif, l'acteur italien Gastone Moschin, parfois si gauche que certains passages prêtent davantage à sourire. N'étant pas Clint Eastwood qui veut, notre illustre Johnny galère beaucoup. Un rôle taciturne, à l'image d'un personnage qui répète inlassablement qu'il n'a pas d'amis. Le genre torturé. Mais pas auquel on aurait envie de proposer son épaule pour pleurer mais davantage auquel on donnerait une petite tape à l'arrière du crâne en le remerciant de nous avoir bien fait rire.

Caricature semble être le terme adapté au jeu de l'acteur/chanteur qui en post-production ne parvient même pas à rattraper son infligeant jeu d'acteur. À trop vouloir imiter son illustre source d'inspiration (et n'allez pas me dire que les rapports qu'entretiennent Hud avec les personnages campés par Easwood ne sont que le fruit du hasard), Johnny s'enlise dans l’auto-parodie, faisant du film de Sergio Corbucci, pourtant spécialiste du genre, une œuvre hautement nanardesque. C'est peut-être là que recèle tout son potentiel Le Spécialiste. On ne reprochera pas uniquement au chanteur de vouloir trop se rapprocher de son « idole » auquel il demeure fort inférieur. Ajoutez à cela un manque de charisme accentué, de plus, par une post-synchronisation (pourtant assurée par Johnny Hallyday lui-même) abominable et vous obtenez une version franco-italienne ringarde des classiques de Sergio Leone. Une œuvre à réserver aux fans du chanteur français, aux aficionados des westerns-spaghetti ou aux amateurs de nanars. Drôle d'hommage tout de même. Vous êtes avertis...

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