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lundi 6 juillet 2026

La forteresse noire (The Keep) de Michael Mann (1986) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Tout d'abord objet de curiosité dans les années quatre-vingt pour n'avoir pas eu la chance de le découvrir ailleurs qu'à travers les quelques photographies disséminées à l'époque dans les quelques revues françaises spécialisées dans le fantastique et l'horreur, La forteresse noire s'est ensuite très rapidement transformé en objet de fantasme. Des décennies à spéculer sur son contenu, à me remémorer l'impressionnante stature de Radu Molasar, créature infernale condamnée à errer à jamais dans les limbes d'une citadelle gigantesque et à espérer découvrir un jour l’œuvre de celui qui allait seulement trois ans plus tard jeter un pavé dans la mare du néo-noir avec le chef-d’œuvre Manhunter. Un long-métrage tellement glaçant qu'à une période de canicule telle qu'on la connaît ces jours-ci, cette première adaptation cinématographique du Dragon Rouge de Thomas Harris est peut-être LA solution contre les trop fores chaleurs... Il en a coulé de l'eau sous les ponts, depuis 1983, année de sortie sur les écrans de cinéma de La forteresse noire. Film qui malgré une aura très particulière ne rencontrera pas le succès. Ni dans son pays d'origine qui ne permettra pas aux producteurs de rentrer dans leurs frais, ni chez nous, en France où le film n'attirera même pas trois-cent mille spectateurs dans les salles obscures. En 2026, le second long-métrage de Michael Mann après Le solitaire (The Thief) en 1981 fait figure d'anomalie. Non seulement s'agissant de la carrière de son auteur qui ne touchera plus jamais au fantastique mais plus encore concernant le genre lui-même. En effet, La forteresse noire est un film à part, qui convoque une partie sombre de l'histoire mondiale notamment à travers son époque puisque l'action se déroule en Avril 1941...



Mais aussi parce qu'il met en scène une troupe de soldats allemands de l'armée nazie s'accaparant un petit village roumain situé dans le col de Dinu. Un lieu tout à fait imaginaire dont on retrouve les premières descriptions dans le roman The Keep (sorti chez nous sous le titre Le donjon), ouvrage qui sert donc de source d'inspiration pour son adaptation cinématographique. Mais si le nom donné à la région où est censée se dérouler l'action est fictif, La forteresse noire a cependant été tourné dans des lieux réels et visuellement stupéfiants. Comme la ville minière de Blaenau Ffestiniog située au Pays de Galles. Quant à la forteresse en question, Michael Mann a choisi de filmer celle de Craig y Ddinas Castle. Une forteresse en ruines elle-même située au Pays de Galles. Quant aux impressionnants intérieurs, ils sont dus au directeur artistique britannique John Fox et furent construits dans les Shepperton Studios, à Shepperton, dans le comté du Surrey, au sud-ouest de Londres... Le film raconte donc tout d'abord l'installation d'un groupe de soldats allemands commandés par le capitaine Klaus Woermann (l'acteur allemand Jürgen Prochnow) dans un petit village roumain. Dès son arrivée et lors de la visite de l'immense forteresse qui trône en face du village, le Père Fonescu (Robert Prosky) prévient l'officier allemand des dangers que recouvre l'infiltration des lieux. Ornés de plus de cent croix, les intérieurs de l'édifice semblent être effectivement en prise avec des phénomènes qui sortent de l'ordinaire et qui bientôt vont se traduire par la mort de deux soldats qui ont eut la mauvaise idée de retirer de l'un des murs l'une des croix en question. Tandis que le Docteur Theodore Cuza (Ian McKellen) et sa fille Eva (Alberta Watson) sont dépêchés du camp de Dachau afin de déchiffrer un curieux message gravé sur l'un des murs intérieurs de la forteresse, arrive au village le major Kaempffer (Gabriel Byrne)...


Un officier nazi de la pire espèce qui compte bien résoudre et stopper la série de morts qui pour l'instant a fait plusieurs victimes dans les rangs de l'armée allemande... Dans un récit qui mêle contexte historique, légendes roumaines, folklore des Carpartes et mythologie juive, Michael Mann signe une œuvre glaçante, sombre, pessimiste, dans des décors souvent impressionnants. C'est ainsi que la séquence d'ouverture renvoie à certaines œuvres du cinéaste allemand Werner Herzog. L'on pense bien évidemment à celle du chef-d’œuvre Aguirre, la colère de Dieu, filmée sur les pentes du Huayna Picchu dans les Andes péruviennes. D'emblée, La forteresse noire nous promet une expérience hors du commun. Visuellement impressionnante. Agrémentée en outre par la photographie d'Alex Thomson ou par la bande musicale envoûtante du groupe de musique électronique allemand, Tangerine Dream. Lequel fut déjà auteur de la partition de The Thief trois ans auparavant... Tourné dans des conditions difficiles puisque l'un des décors pris feu et n'étant pas tout à fait la vision qu'avait Michael Mann de son film puisque la production imposa de larges coupes au montage, La forteresse noire a en outre très mal vieilli et passerait presque aujourd'hui pour un nanar aux effets-spéciaux cruellement datés. Il n'empêche qu'il s'en dégage une atmosphère unique que l'on ne retrouvera sans doute jamais plus. En l'état, le second film de Michael Mann n'a aujourd'hui d'intérêt que pour les archéologues du cinéma fantastique. Les autres risquent d'être fort déçus par une œuvre dont seules les photographies imprimées dans de vieux mensuels spécialisés ou les posters placardés à l'époque dans nos chambres du temps de notre adolescence restent iconiques...

 

mardi 8 juillet 2025

De l'univers de John Wick : Ballerina de Len Wiseman (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors que le cinquième volet des aventures de John Wick risque de ne pas sortir avant deux ans, les fans ont récemment eu l'occasion de se faire la main sur un Spin-off de la franchise dont les quatre premiers opus ont tous été réalisés par le cascadeur, acteur et réalisateur américain Chad Stahelski. Cette fois-ci, la mise en scène de Ballerina a été confiée à son compatriote Len Wiseman qui avant cela a notamment signé les deux premiers volets de la franchise Underworld, le quatrième de la saga Die Hard ou encore le remake de Total Recall sous titré Mémoires programmées. Comme son nom ne l'indique d'ailleurs peut-être pas, le personnage central de cette nouvelle aventure évoluant dans l'univers de John Wick est désormais une femme. Entraperçue dans les troisièmes aventures du célèbre assassin qui lors du premier volet avait repris du service, Eve Maccarro y apparaissait sous les traits d'une danseuse qui sur les planches s'exerçait devant les yeux de la Directrice de l'organisation Ruska Roma à laquelle appartient justement John Wick. Un personnage donc très secondaire, pour ne pas dire tertiaire, et qui pourtant semble avoir marqué les esprits au point que fut envisagé de mettre en scène un Spin-Off mettant principalement la jeune femme en scène. Justifiant du coup un retour dans le passé afin d'expliquer les raisons pour lesquelles Eve a rejoint elle aussi la Ruska Roma. En effet, alors qu'elle n'était encore qu'une gamine, son père Javier (l'acteur David Castañeda) est mort à cause du Chancelier (Gabriel Byrne). Un homme à la tête d'une secte dont on ne sort jamais et dont le père et sa fille avaient tenté de s'enfuir. Douze ans plus tard et après un entraînement survitaminé qu'aurait sans doute jalousé à l'époque la Anne Parillaud du Nikita de Luc Besson, plusieurs missions sont confiées à Eve une fois celle-ci prête à accomplir des contrats visant principalement à la protection d'individus. Deux mois plus tard, et après avoir réussi une nouvelle mission, Eve tue un homme à l'issue de celle-ci et constate qu'il porte une marque semblable à celle que l'assassin de son père portait lui aussi. Se renseignant auprès du directeur du Continental Winston Scott (toujours incarné par l'acteur britannique Ian McShane), la jeune femme apprend l'existence d'une secte se situant à Hallstatt, en Autriche...


S'il n'y a rien d'étonnant au fait que le scénario se résume à pas grand chose, Ballerina offre en revanche l'occasion d'assister à des combats au moins aussi parfaitement chorégraphiés que ceux de la franchise d'origine. À tel point que si devait germer dans l'esprit de Keanu Reeves (qui fait ici plusieurs apparitions) ou de son célèbre personnage l'idée de prendre sa retraite, l'actrice cubaine naturalisée espagnole Ana de Armas pourrait tout à fait prendre la relève dans le rôle d'Eve Macarro. En effet, la jeune femme n'a rien à envier avec le légendaire personnage de la saga et bénéficie elle-même de chorégraphies parfaitement millimétrées. Qu'elle use de ses propres facultés physiques, d'armes à feu, d'un sabre, d'une paire de patins à glace, d'explosifs ou bien même d'un lance-flammes, Eve est l'égale de John Wick. Et si dans Ballerine la principale collaboration entre les deux acteurs et leurs personnages respectifs est signifiée lors d'un duel plutôt timide au regard des combats qui ont précédé entre Eve et des dizaines d'ennemis, on se prend à rêver d'un opus qui dans son intégralité les unirait face à l'adversité. Mais en attendant que la suite des aventures de John Wick dans lesquelles Eve pourrait théoriquement faire une apparition débarque ou dans l'éventualité d'une suite à Ballerina dans les années 2027/2028, profitons du spectacle qui nous est offert, bourré jusqu'à la gueule de séquences d'action, de gunfights, de combats au corps à corps, d'explosions et parfois, de décors inédits. Comme celui, enneigé, d'Hallstatt, justement. Celui qui sert de refuge à l'abominable individu incarné par Gabriel Byrne et qui clôt le film durant la dernière demi-heure. Le décor d'un magnifique village autrichien drapé d'un manteau de neige et habité par des adeptes tous rompus à l'art du combat. Autant dire que pour Eve, remonter jusqu'à la tête de la secte ne va pas être de tout repos. Si l'on retrouve quelques personnages iconiques de la franchise originelle tel qu'Anjelica Huston dans le rôle de la Directrice ou Lance Reddick dans celui de Charon, la présence à l'image de Norman Reedus (Daryl Dixon, l'un des héros de la série The Walking Dead) dans le rôle d'un ancien membre de la secte du nom de Daniel Pine est une grosse surprise. Au final, Ballerina satisfera les fans de John Wick et rebutera ceux qui n'ont que de l'animosité à revendre pour cette franchise certes très légère en terme d'écriture mais ô combien stimulante en matière d'action...

 

jeudi 14 novembre 2019

Le Cycle de la Chair et de L'esprit: Spider de David Cronenberg (2002) - ★★★★★★★★★★



Décidément, le réalisateur canadien David Cronenberg n'aura jamais cessé de nous surprendre. Avec Spider, sans doute a-t-il atteint l'un des points culminants de sa carrière avec La Mouche et Faux-Semblants dans son approche de la dégénérescence. Qu'elle soit physique ou intellectuelle. Une œuvre presque entièrement consacrée à la chair, qu'elle soit rose ou grise, de la manipulation génétique glissant lentement mais sûrement vers des thématiques beaucoup plus proches de la réalité. Il y a dans cette œuvre qui tourne autour de l'énigmatique Dennis Cleg que sa mère aimait à donner le sobriquet de Spider, une symbolique forte autour de plusieurs thèmes. Filmant lors de nombreuses occasions son ''héros'' dans des décors semblables à de longs couloirs (la gare ou le trottoir longeant l'usine à gaz ne signifient-ils pas ce tunnel psychologique dans lequel est enfermé Spider?), quelques figures iconiques reviennent inlassablement nous rappeler que l'on est dans la tête de Dennis Cleg, et que chaque image ne sera que le fruit de son esprit. tourmenté Entre divagations et souvenirs. Ces figures transparaissent parfois au détour d'un puzzle, d'une pelote de laine, ou plus simplement de la représentation de la mère. Celle que recherche Dennis, transféré dans un foyer après avoir passé un long séjour dans un institut psychiatrique...

Le génie de David Cronenberg, outre de nous offrir l'un des portraits de schizophrène les plus remarquable du septième art, consiste en une approche d'une rare intensité et d'une rare intelligence. Spider prend, certes, très souvent les atours d’une œuvre autiste et parfois proche des visions labyrinthiques d'un David Lynch, ouvrant par là-même, des perspectives multiples. Bien qu'étant parfois nébuleux, le scénario n'abandonne fort heureusement pas le spectateur sur des questions sans réponses mais au contraire, y répond de manière absolument traumatisante lors d'un dernier acte explicatif dont l'intensité est égal à la révélation d'un The Machinist réalisé par Brad Anderson deux ans plus tard en 2004. Reponsant sur la sobriété de sa mise en scène et surtout sur l'extraordinaire incarnation de l'acteur britannique Ralph Fiennes, Spider est une œuvre profondément tragique, mais jamais voyeuriste.

Avec toute la pudeur et la finesse qu'on lui connaît, David Cronenberg évoque un traumatisme de l'enfance en remontant aux sources du récit. Celui de Dennis Cleg, témoin et donc forcément victime d'un drame qui le toucha personnellement et continue à le hanter des décennies plus tard. Le réalisateur canadien prend le spectateur dans la toile qu'il a lentement tissée tout au long de ces quatre-vingt dix-huit minutes en le nourrissant de fausses impressions, le ''twist'' final n'en étant alors que plus marquant. Si Spider repose avant tout sur la brillante performance de Ralph Fiennes, il ne faut cependant pas écarter celle de Gabriel Byrne, qui incarne ici le personnage de Bill Cleg, celle de Miranda Richardson qui interprète le rôle d'Yvonne, ou encore celle du jeune Bradley Hall qui campe un Dennis jeune. Dérangeant, envoûtant et enfin, tétanisant, Spider bénéficie en outre de l'anxiogène partition du fidèle compositeur du réalisateur, Howard Shore, ainsi que des décors d'Andrew Sanders et de la photographie de Peter Suschitzky... Inoubliable...

vendredi 8 novembre 2019

La Guerre des Mondes de Howard Overman (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Coïncidence ou guerre déclarée entre les chaînes Canal + et TF1 ? Toujours est-il qu'une fois de plus, ce sont les spectateurs qui sortiront vainqueurs de cet affrontement qui, comme l'indique le calendrier des diffusions, oppose deux séries inspirées d'un même ouvrage : The War of the Worlds de l'écrivain britannique H.G.Wells, tout d'abord adapté sur grand écran à deux occasions. Le premier long-métrage en 1953 avec l’œuvre éponyme de Byron Haskin, puis, bien plus tard, avec celle de Steven Spielberg en 2005. Pour rappel, la toute première adaptation ne fut en réalité pas celle qui sortit sur les écrans dans les années cinquante mais la version radiophonique d'Orson Wells. Mais ça, c'est une autre histoire. En 2019, donc, ça n'est pas une mais deux variations d'un même thème que nous proposent la Grande Bretagne d'un côté, et cette même Grande Bretagne accompagnée de la France et des États-Unis de l'autre. Nous reviendrons sur la première dans le prochain article pour nous consacrer dans celui-ci sur la seconde. Une production internationale ambitieuse mais sur laquelle les fans du roman de H.G.Wells auront sans doute beaucoup de choses à dire. Car s'il est une évidence qui saute très rapidement aux yeux, c'est le grand écart opéré par la série La Guerre des Mondes vis à vis du roman. En effet, par rapport à ce dernier, cette série constituée pour l'instant d'une saison de huit épisodes (la seconde étant en préparation) est très éloignée du roman. Au point que l'on se demande dans quelles mesures son créateur, l'auteur britannique Howard Overman, ne s'est pas tout simplement servi du prestige qu'entoure le nom du roman de H.G.Wells pour s'assurer l'attention du public.

Si dans un premier temps, la chute de très nombreuses ''météores'' rappelle ostensiblement le début du roman The War of the Worlds, la suite prend par contre des chemins de traverse qui entraînent les spectateurs dans une aventure plus proche de la série Falling Skies de Robert Rodat ou de Colony de Carlton Cuse et Ryan Condal que de l’œuvre de l'écrivain britannique. Comme nous le verrons dans le second article consacré à cette double adaptation du roman de H.G.Well sortie cette année, il subsiste de très nombreuses différences entre la création Canal + et la mini série diffusée pour la première sur la chaîne britannique BBC One. La Guerre des Mondes s'inscrit dans un contexte contemporain qui de fait, l'éloigne très nettement des préoccupations qui couvraient une partie du roman original. Alors que dans ce dernier H.G.Wells soulignait notamment l'impérialisme occidental, la série de Howard Overman se penche quant à elle forcément sur des thématiques bien différentes comme l'immigration, à travers le personnage de Kariem Gat Wich Machar qu'interprète avec subtilité l'acteur Bayo Gbadamosi. À production internationale, casting international. C'est ainsi donc que vont se côtoyer des interprètes (et donc des personnages) d'origines diverses. L'Irlandais Gabriel Byrne, l'américaine Elizabeth McGovern, la britannique Natasha Little ou encore les français Léa Drucker et Adel Bencherif pour les récurrents.

L'une des principales critiques généralement formulées demeure dans le rythme imprimé à cette saison dont la durée est, il est vrai, disproportionnée en comparaison des enjeux qui y sont déployés (chaque épisode durant une moyenne de quarante-cinq minutes, je vous laisse faire le calcul). Que Howard Overman ait choisit d'organiser son œuvre autour de ses personnages en privilégiant tout d'abord leur caractérisation est une chose. Mais de là à tourner en rond en omettant (presque) de faire évoluer le récit autour de son invasion extraterrestre s'avère parfois très gênant. De plus, ceux qui connaissent bien la série Black Mirror sentiront sans doute comme moi un certain malaise devant les seules créatures exhibées dans cette première saison et qui font furieusement penser à celles de l'excellent épisode MetalHead réalisé par David Slade et diffusée pour la première fois voilà deux ans. On pourra également regretter le fait que la production ait fait preuve d'une économie de moyens assez importante en matière d'effets-spéciaux. À titre d'exemple, la séquence tant attendue de l'explosion du champ magnétique créé par les entités extraterrestres que le spectateur n'aura pas la chance d'observer, l'auteur préférant les enfermer dans le noir auprès de divers protagonistes.

Mais à côté de ces différentes failles qui ne feront pas de cette première saison prometteuse l'inoubliable adaptation d'un roman culte de la science-fiction, on pourra tout de même louer le travail effectué sur les dialogues et le professionnalisme de ses interprètes. En effet, qu'il s'agisse de Léa Drucker et Adel Bencherif, de Gabriel Byrne, ou d'autres tels que Stephen Campbell Moore, Stéphane Caillard ou encore de l'inquiétant Mathieu Torloting, chaque interprète y incarne son personnage à la perfection. Quant aux décors, désolés et parfois anxiogènes, s'ils ne surpassent ni n'égalent ceux d'un Walking Dead jusqu'auboutiste, ils se révèlent suffisamment crédibles pour plonger le spectateur dans une aventures parfois riche en émotions. En espérant que les auteurs de la seconde saison aient pris conscience des erreurs faites sur la première et nous offrent un spectacle digne du matériau d'origine...

jeudi 23 août 2018

Hérédité de Ari Aster (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆



Bon, par où commencer... Aborder Hérédité, premier long-métrage du réalisateur et scénariste américain Ari Aster n'est pas chose aisée. Surtout à la lecture des nombreuses louanges qui furent proférées au sujet de ce film bien avant qu'il ne sorte sur les écrans. Inutile de tourner autour du pot durant des heures : Hérédité est une œuvre horrifique dans l'air du temps, reposant sur une base saine faite de nombreuses références que son auteur a parfaitement su digérer. Pour autant, si l’œuvre de Ari Aster brille d'une forme parfois peu conventionnelle (l'étrange demeure de la famille Graham est très vite assimilée à la représentation grandeur nature des maquettes construites par la mère de famille), le fond, lui, reste inchangé. Se dispersant dans divers genres tels le fantastique, l'horreur, l'épouvante et le drame, c'est sous ce dernier aspect que le film gagne ses gallons d’œuvre glaçante. Car plus que l'évocation de ses fantômes (on parle là d'esprits, d'ectoplasmes), et des rites sataniques, Hérédité gagne surtout à être connu pour la destruction du cercle familial qui découle d'un passé sulfureux contenu dans le titre du film.

Quelques sources d'inspiration officielles ayant servi de base à Ari Aster sont évidentes : Rosemary's baby de Roman Polanski, ou Carrie au Bal du Diable de Brian de Palma. D'autres le sont peut-être un peu moins : Le Cuisinier, le Voleur, sa Femme et son Amant de Peter Greenaway. On pourrait également y ajouter cette petite merveille méconnue qu'est The Believers de John Schlesinger. Ou n'importe quel film d'épouvante actuel, américain ou japonais, convoquant moult fantômes à l'esprit mauvais.

En choisissant d'étirer son œuvre au delà des deux heures, le cinéaste prend le risque de perdre une partie de son audience. Celle qui veut qu'on la plonge directement dans le vif du sujet sans qu'aucune caractérisation des personnages ne lui soit imposée. Un moyen simple et très efficace de proposer des produits artistiquement pauvres, l'équivalent de la malbouffe ou de la musique fast-food. Sauf qu'Ari Aster est beaucoup plus intelligent que ça. S'il veut marquer les esprits, il lui faut rendre ses personnages plus attachants que dans n'importe quel petit film d'horreur, pour que la mort de tel ou tel protagoniste dérange le spectateur. Malheureusement, il serait honnête de reconnaître que le cinéaste rate un peu son effet. La présence étonnante de l'acteur irlandais Gabriel Byrne y étant trop longtemps anecdotique, sa disparition est en totale contradiction avec le sort qui lui est alloué : en bref, elle laisse le spectateur totalement froid, hermétique, indifférent.

Sous la forme d'un précipité chimique qu'il aura eu du mal à maintenir dans sa forme initiale, le film de Ari Aster n'est au final qu'un concentré d'influences dont le climat oppressant demeure la seule donnée valable à terme. Si le film tient debout, s'il évite au spectateur de fermer les yeux de sommeil, c'est en revanche grâce à l'impeccable incarnation de ses quatre principaux acteurs. Nous ne reviendrons pas sur Gabriel Byrne, à mon avis sous exploité, pour nous pencher sur les personnages interprétés par Alex Wolff (Peter), la jeune et incroyable Milly Shapiro (Charlie), mais aussi et surtout Toni Collette qui personnifie à merveille les tensions qui demeurent dans sa famille. A décharge pour le cinéaste, on reconnaîtra à Ari Aster, cette grande qualité consistant à balancer son œuvre entre réel et fantastique. Si certains éléments viennent définitivement rassurer le spectateur sur le bien fondé des visions ectoplasmiques auxquelles il assiste, il n'est pas rare que l'on se demande dans quelle mesure tout ne serait pas que l'expression physique de troubles mentaux hérités d'une ancêtre dont l'enterrement ouvre les hostilités.
Le saxophoniste américain Colin Stetson signe à l'occasion du film, une bande-son angoissante. C'est d'ailleurs sur la présence de celle-ci que repose une très grande partie du sentiment d'épouvante. Ôtez-là, et il ne reste effectivement pas grand chose aux amateurs d'épouvante (et je ne parle pas de cette fausse peur générée par de lourdingues gimmicks du genre, 'jump scare') à se mettre sous la dent. Et puis, tant qu'à user de références, ceux qui voudraient ressentir un réel sentiment de peur et d'angoisse devraient se tourner vers la trilogie de l'appartement que tourna Roman Polanski, justement, entre 1965 et 1976, plutôt que vers cette vague de faux films d'épouvante qui pullulent désormais sur grand écran et dont, malheureusement, le public se satisfait grandement...
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