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samedi 18 juillet 2026

Je Préfère Qu'on Reste Amis... de Eric Toledano et Olivier Nakache (2004) ★★★★★★★☆☆☆



Claude Mendelbaum est défragmenter de logiciels informatiques chez Investek. Célibataire, timide et hypocondriaque, il est le fils d'une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ses amis se battent pour qu'il trouve une compagne depuis qu'il s'est séparé de son ex deux ans plus tôt, d'autant plus que son métier lui prend tout son temps. C'est lors du mariage de son meilleur ami Daniel qu'il fait la connaissance de Serge. "Marié à trente ans et divorcé à quarante" comme il aime le répéter sens cesse autour de lui, il rôde dans les mariages afin d'y faire des conquêtes féminines. Père de deux fillettes, il ne voit plus son ex-femme depuis deux ans. Toujours bien habillé, souriant et prêt à faire de nouvelles rencontres, Serge aborde Claude et s'en fait très vite un ami. Pourtant les deux hommes n'ont rien en commun. Serge aime sortir tandis que Claude, lui, préfère cloîtré chez lui. Pourtant, au contact du quinquagénaire, le jeune informaticien va découvrir un univers qui lui est étranger.

En effet, Serge va l'inviter à participer à une soirée un peu particulière. Un speed-dating lors duquel il devra faire ses preuves devant sept femmes, n'ayant pour chacune que sept minutes devant lui pour les convaincre qu'il est l'homme qu'il leur faut. Jeté dans la fosse au lion et pas du tout habitué de ce genre de situation, Claude se vautre lamentablement. Son ami Daniel lui aussi se mêle de sa vie privée et l'invite à rejoindre le cercle des célibataires inscrits dans la boite de rencontres Uni-Célib'. Mais là non plus, le succès n'est pas au rendez-vous.

C'est alors qu'en se rendant à un mariage auquel il n'a pas été convié en compagnie de Serge que Claude tombe sous le charme de la mariée...

Réalisé par le binôme Eric Toledano et Olivier Nakache, Je préfère qu'on reste amis... est une comédie légère et tendre entre deux acteurs français parmi les plus populaires. D'abord Gérard Depardieu, l'un des plus grand acteurs français mais auquel malheureusement plus personne ne semble vouloir offrir de très grands rôles. A ses côtés, Jean-Paul Rouve, aussi à l'aise dans la comédie que dans le drame (Bunker Paradise), est ce jeune homme sensible et timide qui s'habille comme un magasinier de supermarché et qui n'attire pas du tout la gente féminine.

On ne hurle pas vraiment de rire devant les facéties du duo et pourtant, tout fonctionne parfaitement. Les cinéastes parviennent même à injecter une forme d'émotion devant cette convaincante solitude que nos deux héros ressentent malgré l'image joyeuse qu'ils tentent de se renvoyer. Je préfère qu'on reste amis... nous fait également ressentir l'importance et le poids que peuvent avoir l'amitié et la solitude dans une vie. Claude zappe la première en se cloîtrant chez lui et s’accommode de la seconde en se persuadant qu'il s'agit chez lui d'un choix. Serge lui, ne peut concevoir la vie sans amitié et n'accepte aucune forme de solitude, au point d'aller traîner dans des mariages où il n'a pas été convié et des speed-dating qui le conforteront dans l'opinion qu'il a de ne pas encore être bon pour la casse. Rouve et Depardieu forment un duo épatant, d'abord étonnant, mais par la suite vraiment convainquant.

Je préfère qu'on reste amis... est une bonne surprise. Le film ne restera peut-être pas dans les annales, mais il a le mérite de nous faire passer un très agréable moment. Et n'est-ce pas là tout l'intérêt des comédies ?

A noter, la présence des regrettées Annie Girardot et Valérie Benguigui...

samedi 14 mars 2026

Les Nouvelles Aventures de Cendrillon de Lionel Steketee (2017) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Les mythes ont la vie dure. Tout comme le désastreux diptyque consacré au personnage d'Aladin (Les Nouvelles Aventures d'Aladin d'Arthur Benzaquen en 2017, Alad'2 de Lionel Steketee l'année dernière), Cendrillon, le personnage retranscrit par Charles Perrault à partir de version orales en 1697 a lui aussi connu les misères d'une adaptation calamiteuse. Cette fois-ci, le responsable de cette infamie qui ferait passer la filmographie des Charlots pour de véritables chefs-d’œuvre cinématographiques est... heu... ben... Lionel Steketee. Comme quoi. Pourquoi tenter de faire mieux lorsque l'on peut faire pire ? Le plus fou est d'imaginer que l'on puisse accepter de produire une chose pareille. En même, temps, on ne sait jamais à l'avance à quoi ressemblera le produit. Financé par Daniel Tordjman, lequel a également produit les deux volets d'Aladin, Les Nouvelles Aventures de Cendrillon part d'un principe simple : adapter de façon libre l’œuvre de Charles Perrault en y injectant tous les poncifs à la mode.
Que l'on soit d'accord ou pas avec le principe consistant à aborder des thèmes aussi courants que délicats que le communautarisme, l'homosexualité, ou que sais-je encore, l'oeuvre de Lionel Steketee tente avec humour de s'emparer sans la moindre finesse de quelques-uns de ces sujets que certains considèrent avec démagogie comme de véritables brûlots, alors qu'il ne faudrait point n'y voir d'autre que des tentatives, certes maladroites, d'appropriation de thématiques à la mode. Noyées, bien entendu, dans un récit convenu par avance. Ou comment faire du neuf avec du vieux. Quoique en matière de neuf, Lionel Steketee et son scénariste Daive Cohen (déjà à l'action sur les deux volets d'Aladin, c'est dire si le cinéaste devrait penser à changer de scénariste) ont bien du mal à nous intéresser à ce sujet mainte fois remanié au cinéma, au théâtre, à la télévision ou en littérature.

Pourtant, au départ, tout semblait partir sur de bonnes bases. Malgré un duo réalisateur/scénariste dont la présence au générique pouvait dès le départ inquiéter l'amateur de comédies françaises, le casting suffisait à convaincre certains de faire le premier pas vers les salles obscures le jour de la sortie du film : Marilou Berry et sa mère Josiane Balasko, mais également Arnaud Ducret, Didier Bourdon, Vincent Desagnat et Jérôme Commandeur pour les principaux interprètes. La première dans le double rôle de Julie et Cendrillon, la seconde dans ceux de la voisine de l'héroîne et la belle-mère de Cendrillon, et les suivant incarnant respectivement Marco et Le Prince Marco, le patron de Julie et le Roi, Gilbert et le Prince Gilbert, et le dernier interprétant le rôle unique du Duc. Lionel Steketee n'amuse que lui en intégrant un caméo de Kev Adams en Aladin sous la forme d'une pauvre photo, ou le personnage de Blanche Neige et de sept nains renommés pour l'occasion en Vénère, Relou, Péteur (quelle finesse de l'entendre émettre des flatulences), Feignasse, Boloss, Teubé et Cécoin.

Les Nouvelles Aventures de Cendrillon passe de la vie un brin tristounette de Julie au conte qu'elle adapte pour l'enfant que le fils de son patron lui confie pour la soirée. Une reconstitution haute en couleurs mais pas vraiment convaincante. Tout y étant de carton-pâte, on supposera que le réalisateur prévoyait de concentrer toute son attention sur le jeu de ses interprètes. Sauf qu'ici, tout sonne faux, et de toute manière, le récit est tellement connu et rabâché qu'il faut vraiment avoir des nerfs d'acier pour tenir jusqu'au bout. Pas drôle pour un sou malgré la présence d'un Arnaud Ducret bien dans son élément, Les Nouvelles Aventures de Cendrillon est de surcroît assez vulgaire et désobligeant. Le réalisateur nous assène quelques séquences façon « comédie musicale » parfaitement insipides. Au mépris de ses spectateurs, futurs téléspectateurs et acheteurs éventuel du dvd, Lionel Steketee signe l'une des pires comédies françaises de 2017. Et même l'une des pires tout court... A éviter...

samedi 7 mars 2026

Les Tortillards de Jean Bastia (1960) - ★★★★★★☆☆☆☆



Parfois connu sous les titres Les Tortillards sont là ou Après Nous les Mouches, le cinquième long-métrage du cinéaste français Jean Bastia, Les Tortillards (et deuxième auquel participa Louis de Funès la même année, en 1960), ne s'encombre pas vraiment d'un scénario digne de ce nom. Épaulé par son frère, le compositeur d'opérettes Pascal Bastia, le cinéaste propose une farce aux allures de théâtre de boulevard déstructuré inspiré des grands auteurs tels qu'Edmond Rostand et son célèbre Cyrano de Bergerac, qui, ici, sont maltraités par une famille de comédiens dirigée par César Beauminet, lequel est poursuivi par un huissier de justice. Forcés de prendre la fuite, les Beauminet et l'équipe qui complète la troupe partent en tournée en Province, accompagnés pour l'occasion de Gérard Durand, fiancé à Suzy, la fille de César, et fils d’Émile Durand, l'inventeur de l'insecticide « Cicéron ». Ce dernier voit d'un assez mauvais œil le départ de son fils, surtout après qu'un quiproquo l'ait fait confondre avec l'huissier venu se présenter tout comme lui à la famille Beauminet.

Sur la route, César et les siens ont bien du mal à se faire de l'argent. Le public suit, mais les recettes sont maigres et insuffisantes pour leur permettre de manger à leur faim. Gérard qui au départ ne faisait que les accompagner finit par se voir offrir d'importants rôles au seins des pièces présentées au public. Pendant ce temps là, et alors que l'épouse et la sœur d’Émile décident de retrouver la troupe en tournée, celui-ci a bien du mal à trouver la recette miracle qui permettrait à son insecticide de contrer celui de son principal rival. Suivi de son collaborateur Léon, il décide à son tour de prendre la route afin de rattraper la troupe. Peut-être un moyen de valoriser enfin son invention...

Parce que Les Tortillards manque singulièrement d'un scénario solide, le long-métrage de Jean Bastia repose uniquement sur le jeu de ses interprètes. Et en la matière, Jean Richard, celui-là même qui débutera sept ans plus tard une longue carrière à la télévision dans le rôle du commissaire Maigret en fait des caisses. Plus que Louis de Funès, qui se retrouve souvent au second plan, et Roger Pierre, qui incarne le fils de ce dernier, Jean Richard joue davantage à la manière d'un comédien que d'un acteur. Comme la plupart des interprètes qui autour de lui nous proposent un spectacle explosif totalement brouillon mais ne souffrant quasiment pas de temps morts. Reposant essentiellement sur les diverses interprétations de pièces célèbres, Les Tortillards n'est pratiquement qu'une succession de scènes de théâtre filmées, accueillies par un nombre restreint de spectateurs. Une tournée sans enjeux pour une troupe affamée et désargentée qui pourtant reste soudée malgré l'adversité.

Le film de Jean Bastia est vif, sympathique, dévoilant une énergie folle. Et même si l'on y espère découvrir surtout Louis de Funès, sa présence moins importante que celle de la majorité des interprètes ne l'empêche jamais de marquer les esprits à travers ce rôle qu'il aura toujours continué à incarner durant toute sa carrière. La conséquence des faiblesses scénaristiques fait que le film n'est jamais vraiment drôle. Amusant, certes, grâce à l'énergie déployée par la majorité de ses interprètes, mais mineur en comparaison de bon nombre de comédies à l'affiche desquelles trônait en bonne place Louis de Funès...

samedi 17 janvier 2026

Vampire, Vous Avez Dit Vampire ? de Tom Holland (1985)



C'est drôle, car à part à une certaine époque, je n'ai jamais été un grand fan du mythe entourant les vampires. A part le Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau de 1922, Le Bal des Vampires de Roman Polanski datant de 1967, le diptyque Vampire, Vous Avez Dit Vampire 1&2 de 1985 et 1988 signés respectivement par Tom Holland et Tommy Lee Wallace et enfin le Génération Perdue de Joel Schumacher datant de 1987, je n'ai jamais cherché ni désiré en découvrir d'autres.

Vampire, Vous Avez Dit Vampire, justement. A l'époque, plus que le mythe du vampire, c'est l'horreur en général qui m'attirait vers l'écran blanc d'un petit cinéma de quartier. Le Retour des Morts-Vivants, Day of the Dead, Lifeforce, Re-Animator pour ne citer que ceux-là. De quoi me remplir la tête d'images sanglantes.

Il fallait bien que je tombe dans la gueule de loup de cette production signée du cinéaste Tom Holland dont c'était le premier film en tant que réalisateur. Alors qu'il allait signer trois ans plus tard le premier volet des aventures de la poupée Chucky avec Jeu d'Enfant, Vampire, Vous Avez Dit Vampire est déjà une belle réussite. Si l'on a souvent l'impression que les personnages d'adolescents mis au premier plan dans le cinéma est l'apanage des années 2000 et 2010, il n'en est rien. Déjà à l'époque, on trouvait beaucoup de productions centrant l'intrigue autour de jeunes héros avides de faire éclater la vérité. Comme celui de Charly Brewster, qui aux côtés de sa jeune compagne Amy Peterson, de leur pote Evil Ed et de l'animateur de shows horrifique et accessoirement chasseur de vampires Peter Vincent.

Notre jeune héros mène une vie tranquille jusqu'au jour où s'installe un drôle de couple dans la maison d'à côté. Un certain Billy Cole et surtout, Jerry Dandrige. Curieux personnage sur lequel vont très vite peser des soupçons de la part de Charly. Des femmes disparaissent puis sont retrouvées décapitées. Lorsqu'un jour on annonce à la télévision la disparition de l'un d'entre elles, Charly compare son portrait à celui de celle qu'il a vu à travers la fenêtre de sa chambre la veille au soir. Pour lui, plus aucun doute. Son voisin est un vampire. Ne reste plus qu'à convaincre ses amis ainsi que de demander de l'aide de la part du célèbre Peter Vincent. Mais les choses ne vont pas toutes se dérouler comme il l'entend...

Exit le gothique entourant le mythe du vampire. Pas de bossu (ici remplacé par le charpentier Billy Cole, interprété par l'acteur Jonathan Stark), et le film est tourné loin du célèbre château des Carpates, l'antre du vampire Dracula. L'acteur Chris Sarandon (La Sentinelle des Maudits, Un Après-Midi de Chien) campe, lui, un vampire charismatique et séduisant. Installé dans un quartier résidentiel plutôt coquet, il va mener la vie dure à ses voisins, cherchant même à séduire la petite amie du héros dont le visage est étrangement similaire à celui de son épouse défunte il y a de très nombreuses années.

Tom Holland use pour son Vampire, Vous Avez Dit Vampire des habituelles ficelles du mythe. Gousses d'ail, eau bénite, crucifix et pieux sont les outils dont va devoir se servir Peter Vincent (l'excellent Roddy McDowall) dont la témérité reste encore à définir. Les acteur s'amusent beaucoup, tout comme les spectateurs qui assistent à un spectacle mêlant l'horreur à l'humour. Concernant les effets-spéciaux, ils sont à l'époque ce que l'on peut attendre de mieux et demeurent encore aujourd'hui très agréable à regarder. Vampire, Vous Avez Dit Vampire est donc une très belle réussite qui, si il n se prend pas trop au sérieux, ne prend pas non plus son public pour des idiots...

samedi 27 décembre 2025

La Très Très Grande Entreprise de Pierre Jolivet (2008) - ★★★★★★★☆☆☆



Presque dix ans après Ma Petite Entreprise, le cinéaste français Pierre Jolivet revenait en 2008 avec un scénario s'approchant de celui qui opposait à l'époque Vincent Lindon à une inspection des assurances à la suite d'un incendie ayant ravagé son entreprise. Cette fois-ci, le scénario de Pierre Jolivet et Simon Michaël installe son intrigue à une échelle beaucoup plus importante puisqu'il ne s'agit plus d'évoquer l'histoire d'un menuisier tentant de sauver sa menuiserie et les employés qui travaillaient pour lui, mais celle de plusieurs commerces qui après la pollution d'un lac ont été contraints de fermer boutique. Faisant clairement référence au film cité précédemment, La Très Très Grande Entreprise met cette fois-ci en scène trois victimes de dégâts causés par une multinationale en agrochimie qui après avoir pourtant gagné individuellement la somme de 12 000 euros ont décidé de ne pas en rester là et de découvrir de nouveaux éléments afin d'étayer l'hypothèse selon laquelle la société Naterris était au courant des dégâts qu'elle avait causé.
C'est ainsi donc que Mélanie, Zacharia et Denis décident de monter dans la capitale, jusqu'au siège de l'entreprise et de s'y infiltrer afin de mettre la main sur des documents compromettant Naterris.

Même si Pierre Jolivet ancre son œuvre dans la critique sociale, il est clairement établit que le film cherche avant tout à distraire le public plus qu'il ne cherche à révéler le réalisme des thèmes qu'il aborde. Ne serait-ce qu'à travers l'invraisemblance de certaines situations. Ou comment accepter le fait que les personnages que se créent Mélanie, Zacharia et Denis afin d'infiltrer Naterris aux étages les plus élevés y parviennent aussi facilement.

La Très Très Grande Entreprise, c'est l’éternel combat entre la multinationale et les petits commerces. D'un côté, Naterris, de l'autre, des patrons de petites structures qui ont le courage de faire face au lion en employant des méthodes risquées mais néanmoins efficaces. Au final, le long-métrage de Pierre Jolivet est aussi réjouissant à visionner que l'était presque dix ans auparavant Ma Petite Entreprise. Le scénario déroule une intrigue sensiblement identique sans que la redite ne soit au final véritablement gênante. Cela étant dû en grande partie à l'interprétation des quatre principaux protagonistes puisque outre la charmante Marie Gillain dans le rôle de Mélanie, le toujours formidable Roschdy Zem dans celui de Zacharia, et Jean-Paul Rouve dans la peau de Denis, il ne faudrait surtout pas oublier la présence indispensable d'Adrien Jolivet incarnant le jovial Kevin, l'acteur, fils du cinéaste, pour lequel le jeune homme acceptait de jouer pour la seconde fois.

L'un des atouts majeurs de La Très Très Grande Entreprise est pour son auteur d'avoir réussi le pari de réaliser une comédie débarrassée de tout moralisme démagogique et superflu. S'il possède une réelle profondeur sociale sous-jacente, la vocation première de l’œuvre de Pierre Jolivet est de divertir. Et elle y parvient de bout en bout grâce à un quatuor dont la complicité crève l'écran. Entre joutes verbales et portraits acides (les vigiles sont de fieffés abrutis et certains responsables de libidineux exploitants), La Très Très Grande Entreprise est un régal qui éveille l'esprit tout en injectant une très forte dose d'humour. Ou comment révéler certaines inégalités au public sous la forme d'une farce. Un film, déjà à l'époque, dans l'air du temps, entre mondialisation et pro-écologisme. Savoureux...

samedi 11 octobre 2025

La Cloche a Sonné de Burnot Herbulot 2004) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Pour quelques milliers d'euros, Simon Arcos propose à tous celles et ceux qui en éprouvent le besoin, un stage de plusieurs jours afin de régler leurs problèmes. C'est ainsi donc que sont réunis Jean et son épouse Nathalie, Léa, Yolaine, Antoine et Hervé. Malgré son expérience dans le domaine, et aidé de sa compagne ancienne héroïnomane Vera, Simon aura bien du mal à maîtriser le séjour de ses nouveaux patients. Entre une Léa un brin nymphomane et en quête d'amitié, et un Jean totalement réfractaire à l'idée de suivre les curieux enseignements de leur hôte, ces quelques jours vont être l'occasion pour chacun de se révéler à eux-mêmes ainsi qu'aux autres. Du moins était-ce sans doute l'intention du cinéaste Bruno Herbulot qui signait en 2005, son second véritable long-métrage cinématographique. Jusqu'àlors assistant-réalisateur sur quelques longs-métrages plutôt réussis dans les années quatre-vingt (La Smala de Jean-Loup Hubert, Rive Droite, Rive Gauche de Philippe Labro, La Cloche a Sonné, L'Effrontée de Claude Miller), le voilà en roue libre en cette année 2004 avec La Cloche a Sonné. Une œuvre résultant d'un scénario écrit à quatre mains par Maud Baignères et Jérôme Boivin qui n'est autre que le réalisateur de l'excellent Baxter en 1989.

Le sentiment de s'être très largement fait flouer par Bruno Herbulot pourra être ressenti par le cinéphile qui verra dans La Cloche a Sonné, un étrange rapport avec une œuvre datant de 1981, signée par Philippe de Broca, scénarisé par Gérard Lauzier, et principalement interprétée par Patrick Dewaere et Anny Duperey. En effet, le scénario de Bruno Herbulot semble s’inspirer de Psy, dans lequel, déjà, un homme et sa femme s'improvisaient psychothérapeutes, et conviaient dans leur maison de campagne, des individus de tous bords à se débarrasser définitivement de leurs angoisses. Un long-métrage qui n'avait déjà en son temps rien de particulièrement remarquable si ce n'était l'interprétation de son principal acteur. La Cloche a Sonné est le parent pauvre d'une thématique finalement à peine survolée. L’œuvre de Bruno Herbulot pèche par un manque évidemment de maturité au niveau de l'écriture. Ce qui fait également défaut au film, c'est la caractérisation de ses personnages. Le cinéaste ne va jamais jusqu'au bout même s'il tend parfois à exagérer le trait de certains des patients conviés au stage.

Le film est surtout l'occasion de mettre en avant son manque de richesse au niveau des situations proposées. Bien que dès l'introduction elle a tendance à ouvrir l'appétit, le spectateur se retrouvera finalement devant une œuvre relativement creuse et peu divertissante. On ne sait si je cinéaste cherche à provoquer le rire et si son film oscille volontairement entre humour raté et situations à l'austérité mal venue. Convier l'orateur Fabrice Luchini et lui offrir finalement des dialogues loin d'être à la hauteur de son talent était inutile. François Cluzet est peut-être celui qui s'en sort le mieux. Son personnage refusant le concept se révèle parfois aussi amusant qu'agaçant. Quelques micros séquences auraient pu redorer le blason d'une œuvre échouant lamentablement à faire rire, mais l'austérité dominante désamorce chaque tentative. Le spectateur n'aura donc d'autre choix que de quitter la projection, ou la subir, un sourire gêné au coin des lèvres, jusqu'à ce que le mot fin vienne le libérer d'une contrainte à laquelle il n'était pas préparé...

samedi 19 juillet 2025

La Ch'tite Famille de Dany Boon (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Ne vous y fiez pas, malgré son rapport aux habitants du nord de la France, La Ch'tite Famille n'entretient aucun rapport avec Bienvenue chez les Ch'tis, le second long-métrage réalisé par Dany Boon en 2008. Bien que l'on y retrouve cet accent onomatopéique typique du nord de l'hexagone, ainsi qu'une petite partie du casting du plus grand succès cinématographique du pays en les personnes de Line Renaud (troisième participation de l'actrice dans une œuvre réalisée par l'acteur-réalisateur-humoriste) et de Guy Lecluyse (la quatrième), La Ch'tite Famille intervertit le cadre du 'sudiste' quittant Salon-de-Provence pour se rendre dans le Nord, pour plonger une famille de ch'tis dans la capitale française, là où vit justement l'un de ses membres, lequel a coupé les ponts avec les siens au profit d'une carrière de designer. Hautement caricaturale, la famille constituée du père Joseph (Pierre Richard), de la mère Suzanne, de l'un de ses fils Gustave, de sa belle-fille Louloute, et de sa petite-fille Britney, est nanti d'un très fort accent ch'ti, en inadéquation totale avec la vie parisienne. Stéréotypés au point de les placer dans un véhicule customisé reflétant une certaine idée de la 'beauf attitude', si la consanguinité n'est pas évoquée, cela n'empêchera cependant pas le personnage de Constance Brandt, la compagne de Valentin D., incarnée à l'écran par Laurence Arné (Dépression et des Potes, Mais qui a Retué Pamela Rose, ou encore Radin ! avec Dany Boon) de considérer plus tard son petit ami de 'con comme ses pieds', comme si le simple fait de parler dans son patois d'originr le rendait moins intelligent.

Si Dany Boon, originaire d’Armentières dans le Nord, n'était pas lui-même un ch'ti, la caricature aurait pu passer avec beaucoup plus de difficulté à l'écran. Un peu à l'image de l'humour dont seules certaines communautés semblent avoir le droit d'user sans être traitées de racisme. D'ailleurs, Dany Boon ayant largement prouvé son attachement à la région qui l'a vu naître, on ne pourra pas taxer son œuvre d'opportunisme anti-ch'tis. Cependant, la grande question demeure dans le fait de reconnaître ou pas l'utilité d'un film usant de ressorts déjà éprouvés dix ans plus tôt. Car si les deux longs-métrages de Dany Boon explorent des scénarii qui diffèrent l'un de l'autre, il demeure dans La Ch'tite Famille une évidente redondance dans la manière qu'à l'acteur-réalisateur d'exploiter le contraste entre les gens du Nord et les culs-serrés de la capitale française.

A ce sujet, Dany Boon force là encore le trait, permettant aux 'deux équipes' d'égaliser. Car face à l'aspect quelque peu bouffon de cette famille au demeurant chaleureuse, lui sont opposés des parisiens qui peuvent rougir de leur caractère hautement narcissique et superficiel. L'essentiel demeurant dans les situations comiques, élément que recherchera avant toute autre chose le spectateur, La Ch'tite Famille tient-il sa promesse en ce domaine, lui dont le budget a triplé depuis Bienvenue chez les Ch'tis ? Oui... mais non ! Le principal soucis du dernier long-métrage de Dany demeure dans la vacuité de situations déjà vues mille fois auparavant. Alors bien entendu, le film conserve quelques scènes rigolotes (dont une grand partie nourrissait la bande-annonce), mais à part cela, La Ch'tite Famille ressemble à la majorité des comédies qui sortent depuis une bonne dizaine d'années : aussi vite vue, aussi vite oubliée...

samedi 21 décembre 2024

La folle mission du docteur Schaeffer de Theodore J.Flicker (1967) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Second long-métrage du réalisateur originaire du New Jersey Theodore J.Flicker, La folle mission du docteur Schaeffer met en scène en 1967 l'acteur James Coburn qui quelques années plus tard jouera avec des explosifs à base de nitroglycérine dans Il était une fois... la révolution de Sergio Leone, incarnera le shérif qui abattu l'un des plus célèbres hors-lal-loi de l'Ouest américain dans Pat Garrett et Billy le Kid en 1973 ou interprétera un sergent nazi dans Croix de fer de Sam Peckinpah en 1977. Mais d'ici là, il campe dans cette comédie d'espionnage insuffisamment approfondie pour pouvoir prétendre rivaliser avec un certain James Bond 007, le rôle-titre du Docteur Sidney Schaefer, un psychanalyste renommé qui va voir sa vie chamboulée dès lors qu'il est contacté par l'un de ses patients qui s'avère être un agent de la CIA chargé de lui confier la mission de s'occuper de la santé du Président des États-Unis ! Une fonction qu'il accepte sans broncher avec pour seule contrainte de devoir déménager pour s'installer dans des appartements situés au cœur même de la Maison Blanche. Un système d'alarme ayant été installé à l'intérieur, le docteur Scheaffer aura pour obligation de se rendre dans ceux du président chaque fois que celui-ci aura besoin de lui parler. La mission devient très rapidement pesante. Jour et nuit, Sidney est sans cesse contraint de se rendre auprès du président. De plus, parlant dans son sommeil, la présence de sa compagne Nan Butler (l'actrice Joan Delaney) lui est désormais refusée...


Le ton humoristique imprimé à La folle mission du docteur Schaeffer est immédiat. Et s'il n'est pas évident de rire aux éclats devant les péripéties de ce psychanalyste dont les confidences du premier homme des États-Unis attireront des agents étrangers venant d'Afrique, de Russie, d'Angleterre ou même de France, on passe un moment relativement agréable. Rien de véritablement transcendant ne se dégage pourtant de cette œuvre devant laquelle on ne s'ennuie cependant jamais vraiment. L'on y découvre que l'espionnage s'étend bien au delà de certaines institutions et que le commun des mortels, quel que soit son âge, peut cacher un espion. Tourné en pleine période Hippie, James Coburn y côtoie notamment une communauté de beatniks musiciens, et participe même à l'un de leurs concerts grimé en joueur de tambour (une prédisposition à laquelle il est rattaché d'ailleurs dès le départ avec le gong dont il fait usage dans son cabinet) lors duquel ils croiseront les ''clones'' des Beatles et des Rolling Stones...


Celles et ceux qui s'attendent à une certaine rigueur en matière d'espionnage risquent de déchanter devant La folle mission du docteur Schaeffer qui caricature surtout la chose sur un ton qui se veut enjouée tout en laissant le sentiment d'être une critique acerbe vis à vis des institutions qui nous surveillent. Ici, le monde entier à les yeux et les oreilles rivés sur nous. Le Docteur Sidney Schaefer symbolise ce sentiment d'oppression qui mène à la paranoïa à laquelle lui-même et malgré sa fonction, ne peut échapper. L'un des principaux atouts de La folle mission du docteur Schaeffer est d'y retrouver le charme de la fin des années soixante. D'emblée, on reconnaît la patte toute personnelle du compositeur et chef-d'orchestre américano-argentin Lalo Schifrin qui à quelques encablures près signe ici une partition musicale proche de celles qu'il composera une décennie plus tard notamment pour le premier volet de la franchise Dirty Harry connu chez nous sous le titre L'Inspecteur Harry (réalisé par Don Diegel). Courses-poursuite, paranoïa, espionnage mais donc également humour sont au cœur de cette folle mission du docteur Schaeffer qui sans être inoubliable permet de passer un agréable moment de détente...

 

samedi 14 septembre 2024

Cycle Les Charlots: La Grande Java de Philippe Clair (1970)



Philippe Clair, c'est quinze films en tant que réalisateur. Ce cinéaste, connu pour avoir tourné parmi les comédies françaises les plus navrantes et pour avoir offert aux Charlots leur premier long-métrage, a étudié la comédie au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris. Peut-être aurait-il du se contenter d'interpréter et surtout pas mettre en scènes les autres, parce que, très franchement, on atteint souvent le fond. Alors, je veux bien qu'une catégorie comme celle qui regroupe les nanars puissent faire le bonheur de certains. Il m'arrive même de me faire des soirées Z et d'y prendre un malin plaisir. Mais lorsque je regarde en arrière de quelques heures. Que je repense à La Grande Java, auquel trente-huit pour cent tout de même des spectateurs mettent cinq étoiles, et treize pour cent, quatre, je me demande si je n'ai pas tendance à faire la fine bouche où s'il y a un vrai problème de culture cinématographique en France.

La France serait-elle partagée entre bon et mauvais goût ? N'ayant pas spécialement envie de taper sur les Charlots dont j'aime pourtant beaucoup l'état esprit, je m'étais dit qu'un cycle leur étant consacré serait une idée à approfondir. Je n'imaginais pas que regarder La Grande Java serait aussi douloureux qu'un lendemain de cuite, qu'une première sodomie (excusez la comparaison), ou qu'un prélèvement sanguin effectué par une infirmière affligée par la maladie de Parkinson. Pourtant, les Charlot font déjà à l'époque, du Charlots ! On retrouve déjà les gimmicks de cette bande de copains composée de Gérard Rinaldi, Gérard Filippelli, Jean Sarrus, Luis Rego et Jean-Guy Fechner. Mais les Charlots, c'est d'abord un groupe musical formé en 1966. Ils vont d'ailleurs participer à la conception de la bande originale du film de Philippe Clair aux côtés de Michel Bernholc.

La Grande Java, c'est cinq rugbymen qui retrouvent la trace de leur ancien entraîneur Auguste Kouglof (Francis Blanche)qui leur doit deux-cent mille francs, et qu'ils retrouvent dans le petit village imaginaire de Brizouille. L'homme ne se fait plus appeler Kouglof mais Colombani et il ambitionne de devenir le maire du village. Mais les Charlots ne l'entendent pas de cette oreille. Bien que Colombani soit entouré de gardes du corps imposants, les Charlots vont lui mettre des bâtons dans les roues jusqu'à ce qu'il accepte enfin de payer son dû.
Comme dans tout bon (ou mauvais) film des Charlots, le charmant Gérard Rinaldi va entretenir une relation amoureuse avec la jolie héroïne, ici la fille de Colombani (Corinne Le Poulain)...

Plusieurs anecdotes sont à rattacher à La Grande Java. Tout d'abord, et je l'ai déjà précisé plus haut, il s'agit du premier long-métrage des Charlots. Ensuite, et alors que Philippe Clair comptait sur le groupe pour jouer dans son prochain film, c'est leur rencontre avec le cinéaste Claude Zidi qui a mis un terme à la collaboration entre le cinéaste et les acteurs. Le personnage de Fernand Devot est interprété par Fransined qui n'est autre que le frère de Fernandel.

Philippe Clair semble avoir des comptes à régler avec la politique d'alors. Car à travers le personnage de Colombani, il décortique les méthodes mafieuses qu'emploient certains politiciens et démontre qu'avec un peu de jugeote, n'importe qui peut avoir ses chances. La Grande Java n'est évidemment pas cette grande œuvre dénonciatrice dont on n'attendait de toute manière pas grand chose en matière de critique politique, et fait chou blanc en raison d'une somme de gags proprement hallucinant de nullité. Les Charlots cabotinent, grimacent, sautent en l'air, à terre, mais sans obtenir le résultat escompté qui consiste à faire hurler de rire les foules. Les interprètes qui les accompagnent sont tellement mauvais et la mise en scène pathétique que l'on aurait pu envisager une carrière pour nos héros, bien différente de celle qu'il on connu.Philippe Clair nous "gratifie" d'une séance de tartes à la crème et grime les Charlots en majorettes et en rugbymen malingres et Francis Blanche en nonne...!

La Grande Java, c'est un peu comme un saut en parachute, mais sans parachute, et accueilli au sol par une énorme botte de foin. Les Charlots ont eu la chance d'avoir déjà dès leurs débuts, un public acquis à leur cause. Heureusement, depuis, on a pu les découvrir dans des films d'une qualité bien supérieure. Pas de quoi sauter au plafond, mais quand même de quoi passer de belles soirées entre copains de beuverie...

Sur l’échelle du Nanar, La Grande Java mérite un beau 7/10

mercredi 15 juin 2022

Petite fleur de Santiago Mitre (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

La présence de l'actrice française Vimala Pons est en général la promesse d'un cinéma inattendu, original et souvent drôle. N'a-t-elle d'ailleurs pas débuté sa carrière sur grand écran auprès d'Albert Dupontel dans Enfermés dehors ? Ne l'a-t-on pas découverte dans Comme un avion de Bruno Podalydès une dizaine d'années plus tard ? N'a-t-elle pas joué pour Antonin Peretjatko (La loi de la jungle), Bertrand Mandico (Les Garçons sauvages) ou Douglas Attal (Comment je suis devenu super-héros) ? Quant en plus lui sont adjoints les services de Melvil Poupaud qui récemment a brillé dans les deux saisons de la série farfelue et ''biopesque'' OVNI(s) , on se dit que l'émulsion, à laquelle ont été ajoutés Daniel Hendler et Sergi López, ne peut donner que de bons résultats. D'emblée, le réalisateur argentin Santiago Mitre imprime à son quatrième long-métrage Petite fleur, un ton très particulier. Les spectateurs auront rarement eu le droit à un duel (en cuisine) aussi intense que celui du Bon, la brute et le truand de Sergio Leone (les carottes). Vimala, le ventre rond. Vimala sur le trône, chiant la clope au bec. Mais aussi, Vimala qui en a marre de parler l'argentin alors que son personnage et celui qu'interprète Daniel Hendler sont désormais installés en France. Entre deux hurlements de leur bébé, Lucie et José essaient de baiser, histoire de tordre le cou à la routine. Mais rien ou presque ne va plus. Elle, travaille. Lui, garde leur enfant, le nourrit, lui torche le cul et le couche. Si les habitudes de ce dessinateur professionnel sont bousculées, José à l'air de prendre les choses avec positivité. Tiens, d'ailleurs, aujourd'hui, il ira planter un arbre dans le jardin. Mais avant cela, il ira demander au voisin Jean-Claude ( Melvil Poupaud) de lui prêter une pelle. Un drôle de type que celui-ci. Qui travaille pour une société qui audite des entreprises, leur proposant des ''stratégies pour améliorer leurs bénéfices...'' ! En fan de jazz, Jean-Claude possède mille cinq-cent trente-trois albums ! En grand passionné, il partage son amour de la musique avec José qui lui, ne pense qu'à une chose. Retourner chez lui pour finir ce qu'il a commencé (vous vous souvenez ? Il devait planter un arbre dans son jardin). Tout le monde connaît le coup du type qui vous tend un objet et le retire juste avant qu'on ne l'ait attrapé. Ben Jean-Claude, qui dans le genre beauf se rapprocherait presque de son homonyme de la série Caméra café, semble tant aimer ce petit jeu qu'il le répète, encore et encore... Et c'est alors le drame...


Voici comment démarrent les aventures de ce drôle de couple franco-argentin formé par la française Vimala Pons et l'uruguayen Daniel Hendler. Le réalisateur argentin Santiago Mitre quitte le petit confort de son pays ainsi que le drame et le thriller qui jusque là étaient majoritairement ses fonds de commerce pour se lancer dans une aventure franco-argento-hispano-belge étonnante et qui au fond, n'est peut-être pas si éloignée de son approche passée du cinéma. Car derrière la comédie noire et absurde se cache aussi le mal-être d'un être déraciné, auquel on avait promis un bel avenir une fois installé à Clermont-Ferrand en compagnie de son épouse mais qui va se retrouver à s'occuper lui-même du bébé que Lucie a mis au monde tandis que celle-ci aura la charge de rapporter l'argent à la maison ! Inenvisageable pour certains, cette situation n'est finalement pas pour déplaire à José. Avant même que l'on ait appris à connaître les différents personnages, un lien invisible nous rattache à eux, aussi absurdes que se révèlent certaines situations... Et puis débarque dans le rôle du psychiatre/gourou, le savoureux Sergi López, terminant de former un carré d'acteur que l'on ne verra jamais vraiment réunis dans un même plan. Petite fleur est un petit bijou. Un travail d'orfèvre orchestré de main de maître par le réalisateur argentin, lequel a conçu le scénario en compagnie de Mariano Llinás sur la base d'un roman écrit par Iosi Havilio...


Le film est un véritable vent d'air frais. Un dépaysement qui fait énormément de bien dans un cinéma humoristique français qui a majoritairement l'habitude de cloner ce qui se fait de pire en matière de comédies. Surnagent parfois quelques tentatives qui laissent de bons souvenirs comme de jolies fleurs sur un immense tas de merde. La fleur, ici, n'est pas l’œuvre de l'un de nos compatriotes mais d'un cinéaste étranger venu nous offrir un très bel objet, drôle, noir, touchant, excentrique et même parfois perturbant. On ne sait jamais vraiment ce qui traverse l'esprit de José. Comme l'on ne devine pas toujours par avance ce qui nous attend derrière un mot, ou un geste de l'un ou l'autre des protagonistes. Avec finesse et intelligence, Santiago Mitre maîtrise le sujet de fond, qui n'est autre que l'histoire d'un couple qui se délite et transforme le social en une anomalie du septième art pourtant parfaitement lisible. On rit beaucoup (ce qui devient de plus en plus rare au cinéma) et l'on reste stupéfait de voir combien la structure pourtant fragile du récit tient la route jusqu'à la dernière seconde. Le réalisateur argentin nous invite dans un monde parallèle au notre où tout semble avoir déjà été écrit par l'histoire des hommes et des femmes qui les accompagnent. Des individus qui dans le cas présent, sont tous bons, adorables et merveilleux mêmes dans leurs travers. Sauf qu'ici, l'absurde naît de ces mêmes personnages et des situations qu'ils partagent entre eux. Petite fleur se renouvelle sans cesse, sans jamais répéter la même action, changeant de ton tout en conservant ces mêmes fils conducteurs que sont l'extravagant et l'humour noir. Le long-métrage est un roman dont les personnages prennent vie. L'on y croisera une vieille star de la chanson française sur le retour (Hervé Vilard dans son propre rôle), un thérapeute entouré de ses patients/adeptes, un couple et leur bébé, ainsi qu'un amateur de jazz et de très bon vin. Que ceux qui aiment et apprécient Vimala Pons pour ses choix artistiques se rassurent : Petite fleur est dans la lignée des pépites qui accompagnent sa carrière depuis ses débuts...

 

dimanche 12 juin 2022

Mais qui a re-tué Pamela Rose ? de Kad Merad et Olivier Baroux (2012) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

À l'origine, il faut remonter jusque dans les années quatre-vingt dix lors desquelles, le duo d'humoristes Kad Merad et Olivier Baroux animaient l'émission Rock'n'roll circus sur Oui FM ! Entre 1992 et 1997, il mettent effectivement en scène des sketchs et parmi ceux-ci, une série intitulée Mais qui a tué Paméla Rose ? dont le titre faisait très clairement référence à la série américaine créée par le réalisateur David Lynch, Twin Peaks. Une série humoristique radiophonique qui se transforme ensuite en une série télévisée elle aussi bourrée d'humour lorsque le duo intègre l'équipe de La Grosse émission diffusée sur Comédie !. Deux ans après leur passage sur la chaîne créée à l'origine en 1997 par l'ancien Nuls Dominique Farrugia, Kad Merad et Olivier Baroux se retrouvent au cinéma grâce à l'adaptation de leurs sketchs sur grand écran. C'est le réalisateur Eric Lartigau qui réalise la version cinématographique simplement intitulée Mais qui a tué Pamela Rose, lequel en profite ainsi pour débuter sa carrière au cinéma (on le verra d'ailleurs trois ans plus tard derrière la caméra de Un ticket dans l'espace dans lequel il retrouvera les deux humoristes ainsi que Guillame Canet, André Dussollier, Thierry Frémont ou les deux anciens Robins des Bois, Marina Foïs et Pierre-François Martin-Laval. Quant à Mais qui a tué Pamela Rose, il sera pour Olivier Baroux l'occasion de jouer pour la première fois au cinéma tandis que son comparse avait déjà figuré pour de petits rôles dans une poignée de longs-métrages (Le pharmacien de Garde de Jean Veber ou La beuze de François Desagnat et Thomas Sorriaux). Alors qu'il a déjà réalisé quatre films dont le premier volet de la saga Les Tuche ou l'excellent L'italien (dont il offrit le premier rôle à son binôme humoristique), Olivier Baroux réalise lui-même en 2015 une suite inattendue de l'adaptation de leur série de sketchs sous le titre (absurde mais bien dans le ton de l'humour du duo) Mais qui a re-tué Pamela Rose ?. Si cette fois-ci Eric Lartigau ne fait plus partie de l'aventure, Olivier Baroux ne sera pas seul à la mise en scène puisque Kad Merad qui jusque là n'avait réalisé qu'un seul long-métrage (Monsieur Papa en 2011) sera à ses côtés afin d'assurer une partie de la réalisation. ..


Réalisé presque dix ans après les premières aventures du duo d'agents du FBI Richard Bullit et Douglas Ripper qui en 2003 furent conviés à enquêter sur la mort d'une jeune femme survenue dans la petite localité de Bornsville, les deux hommes ne se sont plus revus depuis très longtemps. Trahit par Ripper qui lui a volé sa petite amie (Laurence Arné dans le rôle de la blonde botoxée, Linda), Bullit vit désormais dans un quartier tranquille, entouré de voisins charmants tandis que Ripper, bedonnant et déprimé depuis qu'à son tour il se soit fait volé le cœur de celle qu'il aime par son supérieur hiérarchique (Laurent Lafitte, égal à lui-même, dans le rôle de David Perkins) continue d'exercer son métier d'agent du FBI. Oui mais voilà, le corps de Pamela Rose ayant disparu après avoir été exhumé, les deux hommes vont se réunir à nouveau afin de se lancer dans une nouvelle enquête. Première constatation : il ne reste plus grand monde du casting d'origine. À dire vrai, si l'on ne tient pas compte du fait que Laurent Lafitte était au générique du premier dans le rôle d'un ambulancier et Lionel Abelanski dans celui d'un lieutenant seuls Kad Merad et Olivier Baroux reprennent du service. Exit donc Gérard Darmon, Jean-Paul Rouve, Bénédicte Loyen, François Cluzet, Alain Chabat qui faisait une très sympathique apparition dans le rôle d'un chanteur de country ou encore Marina Foïs en cliente de pharmacie et Virginie Ledoyen en femme de ménage espagnole. Dans cette séquelle, nous retrouvons donc Audrey Fleurot dans le rôle de la présidente des États-Unis of America, Laurent Lafitte, comme précisé plus haut, Guy Lecluyse dans celui de Steven Kowachek ou Omar Sy dans la peau du garde du corps William Mosby. Sans compter tous les petits rôles composés par François Morel, Alain Doutey, Patrick Bosso ou bien encore le chef-cuisinier Guy Savoy qui interprète son propre rôle...


Olivier Baroux et Kad Merad demeurent une fois de plus à l'écriture, toujours accompagnés par le scénariste Julien Rappeneau. Si le premier long-métrage réunissant les personnages de Bullit et Ripper avait été exclusivement tourné dans l'hexagone, une partie du second fut par contre réalisée sur le territoire américain et plus précisément à Washington où se situe la Maison Blanche. Les deux acteurs/réalisateurs expliqueront d'ailleurs la présence de faux raccords par la volonté de vouloir exploiter au maximum les prises de vue exécutées devant le célèbre monument. On retrouve bien entendu l'humour typique du duo même si en comparaison cette séquelle est un peu plus faible que le premier volet en terme de comique. Mais qui a re-tué Pamela Rose ? mêle une fois de plus comédie et policier et les gags naviguent entre absurde et grotesque. Que le film n'ait pas la portée des sketchs d'antan ne fait aucun doute mais il n'en bénéficie pas moins de quelques séquences plutôt amusantes comme l'interrogatoire mené par un Bullit en mode ''pervers'' auprès d'une jeune femme dans une église, le coup de la porte qui claque, le combat de catch ou la visite de l'avion présidentiel Air Force One. Malheureusement, le long-métrage a du mal à tenir sur la longueur et souffre de la présence de séquences inutiles dont l'humour tombe à plat. Mais pour une alternative française à l'esprit des ZAZ, Mais qui a re-tué Pamela Rose ? ne s'en sort pas trop mal. Et puis, c'est à cette époque là, toujours un plaisir que de voir se recomposer le fameux duo Kad et O. À noter que les aventures de deux des agents du FBI les plus maladroits ne se sont pas terminées avec la sortie de ce film puisque fin 2020, Kad Merad et Olivier Baroux ont créé un concept de film audio basé sur leur célèbre duo. La chose se nomme Bullit et Riper et a été diffusée pour la première fois sur Canal+ le 25 décembre de cette même année...

 

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