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samedi 31 octobre 2026

The Psychopath de Freddie Francis (1965) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Derrière The Psychopath se cache le réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Freddie Francis. En France le film sortira sous l'appellation Les Poupées de Cendre. A ne pas confondre avec l'ouvrage écrit en 1979 par la résistante et femme de lettres franco-américaine Tereska Torrès, Les Poupées de Cendre se base en fait sur le scénario de l'auteur de romans policiers Robert Bloch dont l'un des plus grands faits d'arme fut la publication de son roman Psycho en 1959 que le célèbre cinéaste britannique Alfred Hitchcock transposa à l'écran l'année suivante.
On ne pouvait donc espérer qu'une œuvre grandiose de la part du cinéaste ayant commis auparavant des œuvres telles que Meurtre par Procuration ou Le Train de l’Épouvante. C'est pourtant avec un immense regret qu'il me faut avouer que cet ersatz de giallo provenant directement d'Angleterre est loin d'atteindre les objectifs qu'il semblait s'être fixé. Le scénario promettait pourtant de passer un peu moins de quatre-vingt minutes d'intenses émotions auprès d'artistes mélomanes tombant les uns derrière les autres, victimes d'une 'malédiction' les condamnant à mourir, certes, de manière originale. Le premier écrasé à de multiples reprises sous les roues d'une voiture rouge, le second empoisonné, puis un autre étranglé et pendu, le suivant brûlé au chalumeau... bref, des manières de passer de vie à trépas qui diffèrent des habituels meurtres perpétrés au couteau auxquels l'on avait l'habitude d'assister dans les gialli made in Italie.

En transposant le sujet en Angleterre, Freddie Francis ôte à son œuvre tout le charme de ces bandes vénéneuses italiennes qui pullulèrent dans les années 70-80 et tente d'y inclure le caractère particulier des demeures victoriennes britanniques. Le cinéaste ainsi que le scénariste plongent (ou tentent de plonger) leurs personnages dans un climat fantastique parfois soutenu par une partition musicale très onirique et des décors souvent étouffants. Alors même que dans la plupart des gialli le mystère entourant l'identité du tueur est cultivé jusqu'au final, The Psychopath ne conserve qu'une infime part d’ambiguïté chez ses personnages. L'identité de l'assassin nous paraît tellement évidente que tout nous pousse à croire que, non, ça ne peut être lui. Et pourtant...

Outre l'originalité dans la mise en œuvre des assassinats, leur auteur dépose auprès des cadavres une poupée à leur effigie. De quoi alimenter le rapport entre The Psychopath et les gialli dont il s'inspire. Tout comme le port de gants noirs dont s'affuble le meurtrier. La majeur partie du casting est constituée d'acteurs et d'actrices assurant une interprétation de manière tout juste acceptable. Il n'y a guère que Patrick Wymark dans le rôle de l'inspecteur Holloway pour nous rappeler les grandes heures du flegmatique Sherlock Holmes ou la nonchalance et la bonhomie du célèbre lieutenant détective Columbo et dont Holloway reprend ici l'imperméable.
On a parfois davantage l'impression d'assister à mauvais épisode de Derrick ou à l'un de ces vieux et interminables soap-opera. Au final, The Psychopath est une grosse déception, à la mesure de nos attentes. On est loin, très loin même du Psychose d'Alfred Hitchcock que les producteurs tentèrent d'assimiler au film de Freddie Francis en lui donnant un titre proche de celui du chez-d'oeuvre de l'auteur de La Corde et des Oiseaux, Schizo...

jeudi 29 octobre 2026

L'été meurtrier de Jean Becker (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Les années quatre-vingt furent riches en matière de thrillers français. Il en est même qui furent bien au dessus du lot. Comme le génial Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni en 1986. Quant à 1983, plusieurs d'entre eux durent batailler pour obtenir le titre de meilleur thriller de l'année. Mortelle randonnée de Claude Miller, Tchao Pantin de Claude Berri mais aussi et surtout, L'été meurtrier de Jean Becker. Un réalisateur et scénariste qui a toujours compté dans le paysage cinématographique français et qui continua à signer de très bons films comme l'incroyable Deux jours à tuer en 2008 avec Albert Dupontel... L'une des spécificités de L'été meurtrier est d'y voir réuni Isabelle Adjani et Alain Souchon dans les deux principaux rôles d’Éliane et de Pin-Pon. Un peu à la manière de La Maison assassinée que réalisera cinq ans plus tard Georges Lautner, le long-métrage de Jean Becker repose sur une vengeance tardive, motivée par un drame qui s'inscrit dans une époque très lointaine et mue par l'esprit de vengeance de l'héroïne même si les circonstances ne sont pas les mêmes. Les deux œuvres se déroulent cependant dans deux petits villages ruraux bien distincts. Nous sommes en 1976 et Éliane, son père paralytique Gabriel (Michel Galabru) et sa mère Paula (Maria Machado) surnommée Eva Braun en raison de ses origines germaniques viennent s'installer dans un village du sud de la France. Tous les villageois assistent à l'arrivée de la petite famille et pour cause : la jeune femme est d'une très grande beauté mais aussi de mœurs apparemment très légères. Sexy, provocatrice et pourtant très attachée à l'image qu'elle renvoie, tous les jeunes hommes du village fantasment de la mettre dans leur lit. Et d'ailleurs, les coucheries ne se font pas attendre puisque parmi eux, le frère cadet de Pin-Pon, Mickey (François Cluzet) et leur ami Georges Massigne (Martin Lamotte) n'ont pas tardé pour lui mettre le grappin dessus... Pin-Pon, lui, attend calmement son tour. Affectueux, sincère et plutôt naïf, son attitude finit par séduire Éliane qui très vite et contre toute attente tombe amoureuse de ce jeune pompier volontaire...


Derrière ce résumé relativement succinct du script de Jean Becker et Sébastien Japrisot sur la base d'un roman écrit par ce dernier, L'été meurtrier cache non seulement un drame épouvantable mais également un thriller érotique qui marque forcément par la présence à l'écran d'Isabelle Adjani qui avant cela aura notamment tourné auprès de Werner Herzog (Nosferatu, fantôme de la nuit), d'Andrzej Żuławski (Possession), de Claude Miller (Mortelle randonnée) avant de tourner aux côtés de Luc Besson l'excellent Subway en 1985, Camille Claudel de Bruno Nuytten en 1988 ou encore La reine Margot de Patrice Chéreau en 1994... Un an après qu'elle ait tourné Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau dans lequel elle allait déjà retrouver le chanteur Alain Souchon, ce dernier joue donc de nouveau à ses côtés, interprétant l'un de ses plus importants rôles au cinéma. Entre drame poignant et thriller psychologique, L'été meurtrier décortique l'état mental d'une jeune femme totalement dévastée par un drame remontant pourtant bien avant sa naissance. Une tragédie qui l'obsède et qui l'empêche de vivre normalement. Face à elle, toute une galerie de personnages incarnés par des interprète de valeur sûre. Comme Jenny Clève et Suzanne Flon qui incarnent respectivement la mère et la tante de Pin-Pon et Mickey. Evelyne Didi qui interprète la maîtresse d'école amoureuse d’Éliane ou encore Roger Carel, Manuel Gélin et même Marie-Pierre Casey, devenue célèbre grâce à une publicité pour Pliz et qui dans L'été meurtrier incarne le petit rôle de Mademoiselle Tussaud, la garde-malade de Gabriel qu'interprète le formidable Michel Galabru qui sorti de ses innombrables rôles dans des comédies incarne un personnage grave... Entre amour, vengeance, mensonges et traumatismes, L'été meurtrier est d'une maîtrise formelle remarquable. Une œuvre implacable, fascinante et merveilleusement incarnée... Un classique qui remporta quatre prix aux Césars 1984 dont le César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani ou celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Suzanne Flon...


 

samedi 24 octobre 2026

Identity de James Mangold (2003) - ★★★★★★★☆☆☆




Un motel miteux perdu en pleine campagne américaine. En clair, le trou du c## du monde. Un gérant qui ne souffre pas la présence des femmes de mœurs légères. Une jeune femme, ''supposées coutumière de ces fameuses habitudes''. Un couple et leur enfant muet (un autiste?). L'homme est hébété depuis que son épouse a été renversée par un ancien flic devenu le chauffeur d'une ancienne star de cinéma désormais oubliée. Un couple de jeunes adultes tout juste mariés (vive Las Vegas !). Et puis, un inspecteur et le prisonnier qu'il est chargé de transférer. Tout ce petit monde hétéroclite se retrouve bien malgré lui au même endroit. Le dit motel, une nuit d'orage lors de laquelle, la pluie ne cessera pas de tomber. Loin de là, Malcolm Rivers, un criminel reconnu coupable d'avoir assassiné six personnes, s'apprête à être exécuté. Dernier recours pour son avocat aidé d'un psychiatre, le docteur Malick : convaincre le juge qui l'a condamné que son client n'avait pas conscience de commettre des meurtres, celui-ci étant atteint de trouble dissociatif de la personnalité. Pendant ce temps là, à l'hôtel, un tueur sévit. Première victime : l'actrice Caroline Suzanne (interprétée par Rebecca de Mornay) dont le chauffeur (et donc ancien flic) Ed retrouve la tête dans le tambour d'une machine à laver. Très rapidement, les soupçons se portent sur le criminel Robert Maine (sinistre Jake Busey) qui vient tout juste de s'échapper après s'être libéré de ses entraves. Alors que la route est impraticable et que tous sont condamnés à demeurer au motel malgré les morts qui commencent à s'accumuler, outre ceux-ci, tous plus violents les uns que les autres, d'étranges événements se produisent...


Maintenant, si vous n'avez pas encore découvert Identity, le cinquième long-métrage de l'auteur de Copland en 1997 ou de 3H10 pour Yuma en 2007, permettez-moi de vous chasser. Car ce qui va suivre délivre une bonne partie de l'intrigue........... Démarrant comme un thriller relativement convaincant et reposant sur l'interprétation et sur son incroyable atmosphère, ce qui figure être comme une sorte de néo-slasher (on ne connaîtra effectivement l'identité du tueur que dans les dernières secondes) ou de néo-Cluedo (ne manque plus qu'Hercule Poirot ou Miss Marple) va en réalité encore bien plus loin. Si Identity semble s'approcher dangereusement de la frontière du fantastique, il n'en est rien. Pur thriller noir et horrifique réalisé sur la base d'un scénario écrit à quatre mains par le réalisateur lui-même ainsi que par Michael Cooney, le film se veut en fait une plongée dans les affres d'un cerveau malade. Celui de Malcolm Rivers qu'interprète à merveille Pruitt Taylor Vince. L'acteur idéal pour le rôle d'un serial killer atteint d'un sérieux trouble de la personnalité puisque'il est lui-même notamment connu pour être atteint de nystagmus. Ce qui à l'écran se traduit par un mouvement d'oscillation continu des yeux et sur lequel, Pruitt Taylor Vince n'a malheureusement pour lui, aucun contrôle. Identity se compose donc de deux parties distinctes qui s'entremêlent brillamment jusqu'à ce que la relation entre le tueur et les dix individus ''enfermés'' dans une zone comprenant le motel et un restaurant soit mise au grand jour...


Car ce que l'on va peu à peu découvrir, c'est d'abord que tous ont un rapport les uns avec les autres. Chaque détail compte. Des meurtres sous forme de compte à rebours, en passant par la disparition des cadavres et jusqu'à cette étonnante séquence lors de laquelle le criminel Robert Maine se retrouve à nouveau à proximité du motel alors qu'il vient de tout faire pour s'en éloigner. Les plus vifs d'esprits comprendront certainement avant les autres le fond de l'histoire. Un sujet passionnant qui permet tout d'abord de retrouver dans un même long-métrage outre les interprètes déjà cités plus haut, les acteurs John Cusack, Ray Liotta, Alfred Molina ou les actrices Amanda Peet et Clea Duvall. Soyez prévenus. Tout ou partie de ce que vous allez voir n'est qu'un jeu de dupe. Méfiez-vous des faux-semblants. Outre l'interprétation, l'ambiance sinistre et le cadre désolé, on appréciera le montage et la mise en scène qui révèlent le talent d'un réalisateur qui compte sur le moindre petit détail pour tromper les spectateurs. Chacun de ceux-ci trouve son explication et ce qui demeurait sans doute improbable quelques minutes auparavant trouve sa justification dans l'une ou l'autre des séquences qui lui succèdent. Identity, c'est un peu comme un roman d'Agatha Christie sous perfusion de schizophrénie. On croit se perdre dans les méandres de l'esprit du tueur mais tout est finalement parfaitement clair. Un thriller/puzzle du meilleur effet...

dimanche 18 octobre 2026

L'Ordre et la Sécurité du monde de Claude d'Anna (1978) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Derrière le rigorisme et l'austérité de son titre, L'Ordre et la Sécurité du monde du réalisateur et scénariste français Claude d'Anna cache effectivement un sujet sous-jacent relativement complexe à détailler sous sa forme purement politique et financière mais le cinéaste, fort heureusement, nous épargne les détails les plus laborieux à déchiffrer pour le commun des mortels pour mieux se concentrer sur l'étonnante rencontre qui a lieu entre Hélène Lehman interprétée par l'actrice Marie-France Bonin qui sous son habituel pseudonyme de Laure Deschanel apparaîtra deux ans plus tard en 1980 dans le film érotique de David Hamilton, Tendres cousines et un journaliste. Ici, elle incarne l'épouse d'un homme riche qu'elle trompe avec un amant qu'elle a prévu de rejoindre à Zurich. Dans le train qui l'emmène de Paris jusqu'en Suisse, elle fait par hasard la rencontre du journaliste Lucas Richter qu'incarne le toujours impeccable Bruno Cremer. Détenant un dossier compromettant dont l'existence doit servir à faire plier une multinationale américaine afin qu'un adversaire obtienne d'importantes parts dans un marché concurrentiel, lui aussi se rend à Zurich afin d'y rencontrer certaines personnes. Partageant le même compartiment, lors du contrôle de leur passeport par un douanier, ceux-ci sont intervertis et Hélène se retrouve avec celui de Lucas. La jeune femme ne s'en rend compte qu'une fois arrivée à l'hôtel et cherche à joindre le journaliste qu'elle sait devoir reprendre tout comme elle le train vers la France le soir-même. Téléphonant chez Lucas afin d'avoir des informations sur le lieu hypothétique de son rendez-vous à Zurich, elle se rend devant son hôtel et patiente. Jusqu'à ce qu'un américain relativement inquiétant n'exige d'elle qu'elle lui remettre le passeport de Lucas. Ce qu'Hélène, bien entendu, refuse...


Produit par Dedalus Productions, Le Seuil Audiovisuel et FR3 Cinéma, L'Ordre et la Sécurité du monde met en scène des interprètes d'origines diverses. Outre les français Bruno Kremer, Marie-France Bonin ainsi que Michel Bouquet qui de son côté incarne le banquier Muller et Pierre Santini celui de Martial Kauffer, l'on retrouve l'italien Gabriele Ferzetti dans le rôle de Herzog, un personnage appartenant à certains réseaux de pouvoir et autres sphères financières. Autre acteur international, l'américain Dennis Hooper qui ici incarne le mystérieux Medford, l'homme qui retrouva Hélène devant l'hôtel de Lucas et exigea d'elle le passeport du journaliste. L'on découvre bientôt qu'il est armé. Il s'agirait donc sans doute d'un assassin chargé de récupérer les documents qu'a en sa possession Lucas. Dennis Hooper incarne donc un personnage relativement menaçant qui ne cesse de traquer nos deux héros, jusqu'à même prendre place dans le wagon qui les ramène ensuite en France. L'occasion d'assister plus tard à une course-poursuite entre le journaliste et lui avec à la clé, une mort plutôt saisissante ! Notons enfin la présence de l'acteur britannique Donald Pleasence qui lorsque à l'époque n'est pas en train de traquer l'un des plus fameux tueurs masqués dans la série de films originaux de la franchise Halloween interprète donc ici l'un des éléments essentiels d'un réseau d'espionnage. Pourtant, malgré l'importance du personnage, l'acteur est malheureusement sous employé et n'apparaît que de manière très sporadique à l'image. Œuvre relativement austère comme le définissent assez bien le titre et le contexte du récit, L'Ordre et la Sécurité du monde se divise en diverses étapes entrecoupées d'interventions extérieures au séquences consacrées au duo principal. Débutant et se concluant pratiquement sur des scènes tournées à bord de trains reléguant Paris à Zurich et vice versa, le film propose au programme un climat lourd et ascétique ce qui ne l'empêche pas malgré tout d'être plutôt divertissant. Une œuvre majoritairement tournée à Zurich, de nuit, pour une imprégnation totale de son atmosphère nocturne particulièrement marquante. Surtout lorsque le personnage d'Hélène se retrouve seule ou poursuivie par Medford, déambulant dans une cité enluminée et pourtant très anxiogène. Une ambiance lourde notamment accentuée par la bande originale composée par Claude Nougaro et Maurice Vander. Une œuvre méconnue, atmosphérique, sombre et ma foi, très intéressante à (re)découvrir... 

 

dimanche 11 octobre 2026

Tchao Pantin de Claude Berri (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Au beau milieu d'une carrière remarquable de producteur et de réalisateur, Claude Berri signa en 1983 le polar Tchao Pantin. Une œuvre sombre, désespérée et désenchantée qui ne brille donc évidemment pas par un quelconque parti-pris lumineux et optimiste. Le long-métrage met en scène l'humoriste et acteur Coluche qui jusque là avait surtout interprété des personnages plutôt drôles dans des comédies pas toujours très fines mais qui en cette année 1983 allait rencontrer la consécration en remportant lors de la cérémonie des César, celui du meilleur acteur. Un rôle difficile, compliqué à mettre en œuvre pour un artiste surtout connu pour ses sketches humoristiques sur scène et ses personnages comiques sur grand écran. Et en même temps, Claude Berry aura sans doute retenu de l'artiste comique la satire sur fond de politique et d'injustices sociales qu'il mit en œuvre durant sa carrière. Coluche incarne Lambert, ancien flic reconverti en employé de station-essence solitaire, taciturne et alcoolique qui depuis la mort de son fils boit. Beaucoup. Trop, même. Un soir, alors qu'il est à son poste, arrive le jeune Youssef Bensoussan qu'interprète Richard Anconina qui pour ce rôle obtiendra le César du Meilleur second rôle masculin (ainsi que celui de meilleur espoir masculin). Petit trafiquant de drogue sans envergure, voleur de mobylettes, l'arrivée de ce jeune beur dans l'existence du pompiste va avoir l'effet d'un électrochoc. Tandis que ce dernier a perdu son fils, Youssef semble être en quête d'une figure paternelle. Entre les deux hommes s'installe une véritable relation d'amitié, quasi fusionnelle, même si l'un et l'autre s'écharpent sur des questions purement morales. Youssef travaille pour le compte de Rachid (Mahmoud Zemmouri), le propriétaire d'un bar qui sert de couverture à un trafic de drogue. Mais un jour, alors que Youssef fouille la planque où il cache habituellement sa réserve de drogue, celle-ci a été dérobée. Bien que Lambert lui propose de l'aider à rembourser sa dette envers Rachid, le jeune garçon est assassiné par deux hommes en moto... Tchao Pantin, que l'on pourrait facilement comparer à d'autres œuvres tout aussi sombres que Les fauves de Jean-Louis Daniel, Poussière d'ange d'Édouard Niermans ou Série noire d'Alain Corneau ne met pas en scène que ce seul duo puisque apparaissent à l'image Agnès Soral dont la carrière se résumait majoritairement jusque là à quelques rôles à la télévision et qui ici incarne la jeune punkette Lola. Tout d'abord attirée par la moto empruntée à Rachid que conduit sans autorisation Youssef, la jeune femme aura un rôle beaucoup plus intéréssant durant la suite des événements...


Quant à Philippe Léotard (La balance, La petite sirène), il interprète le rôle de l'inspecteur Bauer. Un flic qui prend connaissance du passé professionnel de Lambert et fera preuve d'empathie vis à vis du pompiste même s'il devine que celui-ci n'est pas étranger à la série de meurtres qui vont suivre le décès de Youssef. Mis en lumière par le réalisateur et le directeur de la photographie Bruno Nuytten et en musique par Charlélie Couture, Tchao Pantin est de ces œuvres particulièrement moroses qu'il faut s'interdire de découvrir un jour de mélancolie. Sombre, âpre et plutôt bien incarné par Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral et Philippe Léotard, le film de Claude Berri s'inscrit dans un Paris désargenté à travers les quartiers de Barbès, de Belleville ou de la Chapelle ''sublimés'' par des teintes maussades produites par le travail de Bruno Nuytten qui d'ailleurs obtiendra le César de la Meilleure photographie pour son travail. Le film décrit assez bien les contextes de solitude et de misère sociale qui planent au dessus des personnages et autour de décors parfois en friches dans lesquels tous les personnages évoluent. Adaptation cinématographique du roman homonyme d'Alain Page scénarisée par Claude Berri lui-même, Tchao Pantin évoque également le deuil et la rédemption. Celui de Lambert qui depuis la mort de son fils l'expie en buvant et en vivant seul (son rejet initial des autres et d'ailleurs très démonstratif). C'est la troisième fois que Claude Berri engage Coluche sur un plateau de tournage si l'on ne tient pas compte de son apparition en tant que figurant non-crédité au générique dans Sex-shop en 1972. Il lui offrit ainsi le tout petit rôle de Marquand au tout début des années soixante-dix dans Le pistonné en 1970 avant de le retrouver sur celui de la comédie Le maître d'école une décénie plus tard. Avec Tchao pantin, le cinéaste lui offre l'un de ses rares rôles dramatiques au cinéma, deux ans avant son interprétation d'Oscar Pilli, officier erratique et megalomane de l'armée italienne durant la Seconde guerre mondiale. Notons enfin qu'en dehors des prix obtenus par Richard Anconina et Bruno Nuytten, Gérard Lamps et Jean Labussière recevront celui du Meilleur son. Quant à Coluche, il obtiendra donc celui du Meilleur acteur face à Gérard Depardieu (Les compères de Francis Veber), Yves Montand (Garçon ! de Claude Sautet), Alain Souchon (L'été meurtrier de Jean Becker) et Michel Serrault (Mortelle randonnée de Claude Miller)...

 

jeudi 8 octobre 2026

Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (1983) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Cher au cinéma outre-atlantique, le Buddy Movie est un genre auquel s'essaie régulièrement le cinéma hexagonal. Un courant que l'on rattache en général à la comédie et au film policier et qui chez nous a parfois donné naissance à quelques classiques. On pense notamment aux trois duos que formèrent Gérard Depardieu et Pierre Richard dans La chèvre (1981), Les compères (1983) et Les fugitifs (1986) tous trois réalisés par Francis Veber, au long-métrage que réalisa Patrice Leconte en 1985 intitulé Les spécialistes dans lequel partageaient la vedette Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin et bien d'autres films dont Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen. Troisième long-métrage après le sympathique Vigilante Tir Groupé déjà incarné par Gérard Lanvin en 1982 et avant La baston en 1985, l'homme met en scène un très inattendu tandem puisque le film regroupe Gérard Lanvin (encore lui) et... Eddy Mitchell. Ancien chanteur du groupe Les chaussettes noires avant de quitter les autres membres pour se consacrer à une carrière solo, interprète de plus de soixante films, téléfilms et épisodes de séries télévisées dont un improbable, nanardesque mais cultissime Frankenstein 90 signé d'Alain Jessua en 1984, Eddy Mitchell est également connu pour sa grande cinéphilie puisqu'il anima entre 1982 et 1998 l'émission La dernière séance sur FR3 puis France 3. Une émission consacrée au cinéma et majoritairement au œuvres dites ''classiques'' du cinéma américain. Incarnant à l'écran l'ironique et flegmatique inspecteur Léo Gorce, le personnages est lui-même un grand amateur de cinéma américain, tendance ''polars'' du milieu du vingtième siècle dont il se sert des références pour s'adresser aux autre protagonistes. Un goût que partage d'ailleurs Jean-Claude Missiaen qui s'affère donc ici à signer un néo-polar comme bon nombre d'autres cinéastes français le firent à la même période. On pense là encore à l'excellent Subway que réalisa Luc Besson en 1985, à La balance de Bob Swan en 1982, à Rue Barbare de Gilles Béha en 1984 ou encore à Tchao Pantin de Claude Berri en 1983...


Aux côtés d'Eddy Mitchell l'on retrouve donc Gérard Lanvin dans le rôle de l'inspecteur Gu Arenas. Un flic beaucoup plus instinctif et impulsif. Les deux acteurs composent donc ce fameux duo au tempérament opposé. Des caractères bien trempés mais insuffisamment distincts l'un de l'autre pour faire de Ronde de nuit un véritable Buddy Movie à l'américaine. Bien que le film ait connu une sortie en salle le 11 janvier 1984, le long-métrage de Jean-Claude Missiaen a davantage l'apparat du téléfilm que du véritable polar moite auquel on pouvait s'attendre. Alors qu'Eddy Mitchell et Gérard Lanvin n'ont rien ou presque à prouver quant à leur talent d'interprètes, la mise en scène mollassonne, les cadrages et le découpage de Ronde de nuit déçoivent et ne le hissent jamais à la hauteur de ses homologues américains. Jean-Claude Missiaen a beau vouloir apporter une touche esthétique façon ''Paris by Night'', l'entreprise ne fonctionne malheureusement pas. Tout comme l'enquête des deux inspecteurs, écrites avec flemme et sans le moindre engouement. Nous sommes loin, très loin des labyrinthiques et ingénieuses investigations du cinéma outre-atlantique et Ronde de nuit ne repose que sur un enfilage de séquences dont la plupart n'ont aucun intérêt. Jean-Claude Missiaen esthétise les meurtres commis par Mara (Lisette Malidor), femme fatale et panthère noire qui ne vaut pas tripette face à Rita Hayworth dans Gilda ou Marilyn Monroe dans Niagara et sans doute encore moins que Sharon Stone dans le très vénéneux Basic Instinct qu'allai signer neuf ans plus tard le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven. C'est d'autant plus dommage que le film peut compter la présence de Raymon Pellegrin dans le rôle du bandit Sissia Carpelli, de Françoise Arnoul dans celui de la journaliste Diane Castelain ou encore de Pierre Londiche dans le rôle du promoteur véreux Raoul Favreau... Bref, un film relativement ennuyeux, mineur et donc parfaitement dispensable...

 

mardi 6 octobre 2026

El Cuerpo de Oriol Paulo (2012) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Moins drôles qu'instructives sont ces petites vidéos qui circulent sur le net et notamment sur Facebook et qui en une poignée de minutes vous aiguillent sur des longs-métrages que vous n'auriez éventuellement pas encore vus. Intéressantes mais aussi parfois agaçantes. Surtout lorsque vous découvrez que rares sont celles qui demeurent encore inédites. À croire que vous bouffez de la ''pellicule'' au kilomètre et à une cadence telle qu'il ne vous reste plus grand chose à vous mettre sous la dent à part la lie du genre, et ici, en l'occurrence, du thriller. Oriol Paulo ? Kézako ? Rien moins que l'un de ces réalisateurs et scénaristes espagnols aussi fascinants qu’insuffisamment connus qu'il faut suivre de près et ne surtout pas lâcher de vue. Le genre de cinéaste que l'on se prend à révérer en l'espace d'un seul film. S'agissant de mon expérience personnelle, nous remonterons jusqu'en 2019 lorsque je découvrais l'excellent thriller de science-fiction Durante la Tormenta qu'il réalisa cette année là. Toujours méfiant mais avisant tout de même les conseils de celles et ceux qui affirment détenir la perle rare, ce n'est bizarrement qu'aujourd'hui que je m'intéresse à nouveau à Oriol Paulo. Comme si son nom et cette œuvre précieuse découverte voilà sept ans s'étaient effacés de ma mémoire. Et ça n'est donc pas un long-métrage que j'ai choisi de découvrir histoire de lui rendre l'hommage qui lui revient mais deux. À commencer par El Cuerpo qui précède donc Durante la Tormenta de six ans...


Un premier jet cinématographique après plusieurs courts-métrages et un téléfilm permettant donc au bonhomme de s'exercer dans l'art difficile du thriller policier labyrinthique et du twist ''coup de poing''. Vous savez, le genre de révélation qui stoppe net vos battements de cœur ou au contraire les accélère lorsque après plus d'une heure trente l'auteur se décide enfin à vous révéler la cruelle vérité. Tout commence ici par la fuite d'un gardien de morgue se poursuivant dans une forêt lorsqu'à son arrivée sur le bord d'une route, celui-ci est renversé par une voiture. Plongé dans le coma, il est transporté inconscient à l'hôpital. Dans ce même établissement repose à la morgue le cadavre de la femme d'affaires Mayka Villaverde Freire (Belén Rueda) que son époux Alejandro Ulloa Marcos (Hugo Silva) a retrouvée morte un peu plus tôt dans la journée. Tandis qu'une autopsie est prochainement prévue, le corps disparaît ! C'est là qu'intervient alors l'inspecteur Jaime Peña (José Coronado), chargé lui et son équipe de dénouer cette bien curieuse affaire de disparition de cadavre. Voilà. Vous n'en saurez pas davantage. À vous désormais de tenter de décortiquer en tant réel (celui des enquêteurs et de l'époux de la victime) ce qui se trame autour de cette disparition qui prend des allures de machination diabolique...


Sachez tout de même que pour le cinéaste espagnol rien n'est moins important que de connaître le fin fond de l'histoire s'agissant la mort de Mayka Villaverde Freire et plus fondamental que de plonger le spectateur dans le flou le plus total concernant la suite d'événements qui se produisent autour de la disparition du cadavre. En effet, Oriol Paulo ne fait pas longtemps mystère de la culpabilité du personnage de l'époux Alejandro Ulloa Marcos et de sa maîtresse et complice Carla Miller (Aura Garrido). Tout juste s'amuse-t-il à construire son récit autour de l'histoire somme toute banale du couple adultère qui pour vivre librement son amour et par extension, profiter de la fortune de la défunte, a fomenté une diabolique conspiration. Bref, de quoi se demander où juste le cinéaste veut en venir... Là où El Cuerpo semble parfois redoutable est ce ce jeu pervers entre l'illusion que se fait tout d'abord Alejandro de maîtriser la situation et le piège dans lequel il va sombrer. Mais j'en dis trop. Sympathique mais pas inoubliable, le premier long-métrage fait l'erreur d'insister sur l'hypothétique survie de Mayka. Et à trop vouloir insister sur ce point, l'on finit par comprendre que l'épouse est bien morte et que l'évocation d'un éventuel état de catalepsie ne sert qu'à noyer l'un des nombreux poissons qui parsèment le récit. Vient alors la révélation finale qui, si elle peut surprendre (est c'est forcément le but recherché par Oriol Paulo), ne laisse cependant et malheureusement pas le spectateur sur le carreau. Il manque de ces petits éléments disséminés ça et là qui habituellement permettent au cerveau du spectateur de fomenter peu à peu certaines hypothèses mais qui dans le cas de El Cuerpo sont réunis en fin de parcours et tombent un peu comme un cheveu dans la soupe. Bref, le film est sympa mais loin d'être aussi remarquable que certains aimeraient nous le faire croire...

 

lundi 5 octobre 2026

Her Private Hell de Nicolas Winding Refn (2026) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Le dernier long-métrage de Nicolas Winding Refn mériterait un entracte. Oui, oui, une coupure, au beau milieu de la projection. Histoire d'aller faire un tour dans les chiottes du cinéma en espérant qu'il n'y a pas la queue et que la plomberie ne défaille pas. Entrer dans ce lieu où les grands consommateurs de bière se croisent et ce recroisent des dizaines de fois. Pénétrer cet enfer où parfois, muqueuses nasales et effluves malodorantes fusionnent dans un atroce dédale olfactif qui vous ferait perdre ce sens si précieux. Ouvrir le robinet, se saisir des miraculeuses vitamines que vous avez eu la riche idée d'emporter avec vous et les gober une à une, jusqu'à ce que la dose soit suffisante pour supporter un retour à la réalité telle que semble désormais la concevoir le cinéaste danois depuis quelques longs-métrages... L'Astrologie aurait-elle un rapport direct avec le fait que cette année 2026 ait marqué le retour du français Bertrand Mandico et de Nicolas Winding Refn sur le plan cinématographique ? Que le premier ait touché au sublime en caressant à rebrousse-poil le cinéma Z en signant une œuvre magistrale intitulée Les garçons sauvages en 2017 avant de se laisser bercer par l'envie de s'y plonger (et les spectateurs avec lui) corps et âme par la suite et que le second se soit retrouvé bloqué dans une esthétique ''néonisée''' depuis son formidable Drive en 2011 n'en fait pas des frères siamois du septième art. En passant de l'état brut de sa géniale trilogie Pusher ou du méconnu Bleeder à un cinéma arty s'observant lui-même le nombril à travers un miroir reflétant son ego, le danois ne se serait-il pas perdu dans les limbes de l'onanisme en ajoutant aux Only God Forgive (2013), The Neon Demon (2016), Too Old to Die Young (2019) et Copenhagen Cowboy (2023) un surcroit de sophistication narrative propre à ceux qui abandonnent le cinéma pour se fourvoyer dans un soit-disant art qui ne se partage avec personne d'autre que soit ? En effet, l'on peut se demander quelles sont les frontières que Nicolas Winding Refn est prêt à franchir pour se satisfaire lui-même sans penser un seul instant à ceux qui le suivent depuis ses débuts et qui au fil des décennies l'ont porté aux nues d'une carrière jusque là quasiment exemplaire... Her Private Hell n'est pas un film...


Du moins devient-il laborieux de suivre son auteur jusque dans cette galerie, certes admirablement mise en images, mais qui ferait passer un cours sur le tableau Composition VII de Vassily Kandinsky pour une séance de coloriage pour enfant de trois ou quatre ans ! Retrouver Nicolas Winding Refn dans cet art qu'il semble apparemment maîtriser sur le bout des doigts depuis quelques années n'est pas forcément un bon signe. On aurait tort de croire que ce nouveau ''matériau'' est fait de la même essence puisque dépouillé de tout ce qui attirait le chaland jusque là fasciné par son travail, Her Private Hell est parfaitement imbitable. La main droite s'acharnant sur le clavier à écrire son script aux côtés du scénariste Esti Giordani tandis que la gauche fait langoureusement descendre la fermeture à glissière de sa braguette, l'on imagine le danois frémir à chaque nouveau concept. Constituer pas à pas une œuvre qu'il pense grandiose quand le résultat à l'écran n'est qu'un imbroglio d'idées pas forcément toutes neuves (le fond, giallesque) alors qu'il n'eut sans doute comme seul objectif que de faire monter la sève non pas recueillie par une horde de fans en transe mais par un mouchoir posé sur ses genoux. En préférant l'opaque à la simplicité, celle qu'il a peu à peu abandonné tout en demeurant jusque là très respectueux de son public, Nicolas Winding Refn démontre son peu d'intérêt pour les spectateurs. Ou alors, se croit-il tellement brillant et talentueux qu'il pense sans doute que les quelques fulgurances ''gore'' suffiront à retenir leur attention. Certes, les actrices sont jolies, les décors et dans l'ensemble, l'esthétique visuelle sont remarquables. Rejoignant même parfois la beauté de certains tableaux de grands maîtres... Mais pour le reste, Her Private Hell est éprouvant. En ce sens où l'on ne détient aucune clé, où Nicolas Winding Refn n'a pas l'intention de nous éclairer et où le film est d'un bavard, d'une mollesse et finalement d'une ingratitude crasse envers les cinéphiles/phages parmi lesquels, même les plus courageux et endurants auront bien du mal à aller jusqu'au bout... Bref, et j'aurais dû commencer par là : Her Private Hell est chiant et prétentieux...

 

dimanche 27 septembre 2026

Nikita de Luc Besson (1990) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Camée, paumée, Nikita participe au braquage d'une pharmacie en compagnie de trois complices. Son petit ami Rico (Marc Duret), Antoine (Patrick Fontana), le fils du propriétaire surnommé Coyotte, ainsi que Zap (Alain Lathière). Mais les choses tournent mal et les trois garçons sont descendus par la police dépéchée sur les lieux. Quant à Nikita, armée d'un flingue, elle assassine froidement trois flics avant d'être arrêtée puis condamnée à perpétuité. Une fois sous les verrous, un homme lui injecte en intraveineuse un produit qu'il la plonge dans le sommeil. Officiellement, Nikita s'est suicidée et ses obsèques ont lieu en son absence. Car en effet, la jeune femme est toujours vivante et se retrouve désormais enfermée dans l'une des chambres d'un complexe appartenant au Gouvernement français. Un centre d'entraînement des services secrets dont un agent prénommé Bob (incarné par l'excellentissime Tchéky Karyo) est chargé de former la nouvelle ''pensionnaire''. Deux ans après le succès de son second long-métrage Le grand bleu considéré alors par beaucoup de spectateurs et de critiques comme un film générationnel, le réalisateur, producteur et scénariste Luc Besson change d'optique en proposant une œuvre beaucoup plus dure, radicale et violente. Il profitera d'ailleurs de son passage dans divers médias pour prévenir que son dernier long-métrage n'a rien à voir avec son précédent. Au delà de la violence récurrente visible lors de certaines séquences, Nikita reste aussi et surtout un très beau portrait de femme. Et bien que son œuvre actuelle soit désormais critiquée dans sa quasi globalité, le cinéaste hexagonal savait à l'époque faire de vrais bons films...


À l'image, donc, de ce thriller parfois implacable mettant en scène la sublime Anne Parillaud dans lequel l'actrice interprète le rôle-titre, Luc Besson lui offre ainsi son premier vrai grand rôle avec à la clé, le César de la meilleure actrice en 1990. Nikita décrit tout d'abord l'éclosion d'une femme-enfant, enfermée jusque là dans sa toxicomanie et ses mauvaises fréquentations. Prise en charge par le très charismatique Bob qu'incarne superbement Tchéky Karyo, la jeune marginale apprend l'informatique, le combat au corps à corps, la façon de bien se comporter en société (auprès de Jeanne Moreau qui incarne le rôle d'Amande) et le maniement des armes, bien qu'en la matière, elle n'ait pas vraiment de leçons à recevoir. Durant de longues années, enfermée dans ce centre, Nikita se transforme peu à peu, laisse de côté son côté rebelle, mûrit et se prépare à une carrière dont elle n'a même pas encore idée. Car si la jeune femme s'est vue proposer l'occasion d'être formée au bénéfice du Gouvernement français, ça n'est pas par simple charité chrétienne mais bien parce que certains ont vu en elle le potentiel suffisant pour en faire une tueuse à gages. Une fois prête, Nikita quitte le centre, s'installe seule dans un appartement, rencontre celui deviendra son petit ami (Jean-Hugues Anglade dans le rôle de Marco) et attend son premier contrat...


Luc Besson dresse donc ici le portrait d'une jeune femme asociale, droguée, violente et réfractaire à toute forme d'autorité qui au contact de Bob va laisser la place à une jeune femme fort séduisante. La première partie du long-métrage se concentre donc sur la formation de Nikita, entre séquences au premier degré et courts passages humoristiques qui feront autant tiquer Bob que les spectateurs (comme le coup de pied entre les jambes du professeur de karaté). Ensuite, la partie la plus importante du récit se concentre sur la vie à l'air libre de Nikita. Une femme presque normale dont l'existence est non seulement chamboulée par l'arrivée de Marco mais aussi par celle, parfois soudaine et inattendue des différents contrats qu'elle sera menée à exécuter. L'occasion pour Luc Besson de montrer sa maestria lorsqu'il s'agit de créer des séquences de tensions comme celle s'agissant de l'exécution d'une femme à travers la vitre d'une salle de bain d'un hôtel vénitien. Le réalisateur joue sur deux contrastes qui s'opposent en permanence. Entre le monde de l'espionnage et des contrats meurtriers et l'existence beaucoup plus ordinaire que tente de vivre Nikita aux côtés de Marco. Luc Besson pose ici la question de la rédemption et de la réincarcération. Nikita est une œuvre brillante, jouissive, émouvante et parfois angoissante, parfaitement incarnée par une Anne Parillaud habitée, sublimée et par un Tchéky Karyo impérial. Notons qu'en forme de cerise sur le gâteau, le script ajoute en fin de partie le personnage de Victor, un nettoyeur incarné par Jean Réno qui réinterprétera quatre ans plus tard le même type d'individu dans l'excellent Léon, toujours mis en scène par Luc Besson. Enfin, Nikita ne serait sans doute pas celui qu'il est sans l'excellente partition du fidèle compositeur Eric Serra qui signe une bande musicale très en accord avec le récit...

 

samedi 26 septembre 2026

Män som hatar kvinnor de Niels Arden Oplev (2009)


Un vieil homme, Henrik Vanger, fait appel au journaliste Mikael Blomkvist afin d'enquêter sur la disparition de sa nièce Harriet survenue quarante ans plus tôt alors qu'elle n'avait que seize ans. Alors qu'il vient d'être condamné pour diffamation à l'encontre du financier Hans-Erik Wennerström. En effet, le journaliste a écrit et publié dans le magasine Millenium, dont il est le rédacteur en chef, une série d'articles accusant Wennerström d'avoir détourné plus de soixante millions de couronnes et de sêtre livré à un trafic d'armes. Condamné à verser au financier une somme de cent-cinquante mille couronnes et à trois mois de prison ferme, Mikael Blomkvist a devant lui, six mois avant de purger sa peine.

C'est ainsi qu'il prend du recul avec son entourage et plus précisément le journal Millenium. Une fois rendu auprès de HenrikVanger, Mikael accepte de travaille pour le vieil homme. Réunissant toutes les informations concernant Harriet contenues dans des cartons accumulés par le vieillard, Mikael parvient à mettre en parallèle toute une série de meurtres dont les premiers remontent dans les années soixante et la disparition d'Harriet. Mikael découvre dans le journal intime de celle-ci de curieuses annotations. Des prénoms suivis de séries de chiffres. Malheureusement pour lui, ces derniers ne donnent rien. C'était pourtant sans compter sur Lisbeth Salander, une jeune femme de vingt-quatre ans instable, au look de gothique, mais redoutablement efficace quand il s'agit de traquer la moindre petite information sur telle ou telle personnalité. Elle a d'ailleurs enquêté de son côté lors de l'affaire Blomkvist-Wennerström et a découvert que malgré le verdict du juge lors du procès, le journaliste était blanc comme neige. Ayant piraté l’ordinateur de Mikael à son insu, la jeune femme suit les différentes étapes dans l'enquête sur Harriet. Voyant que le journaliste peine à avancer, Lisbeth prend le risque de l'aider en lui envoyant de l'aide par mail après avoir consulté les étranges annotations.

C'est ainsi que Mikael finit par comprendre qu'il est suivit de près par la jeune femme et qu'il décide de la contacter afin qu'elle l'aide à élucider cette étrange affaire dans laquelle l'un des nombreux membres de la famille Vanger semble mouillé...

Män som hatar kvinnor est tiré du roman à succès Millenium du suédois Stieg Larsson dont la trilogie s'est vendue jusqu'à maintenant à plus de cinquante millions d'exemplaires. Thriller imparable, Män som hatar kvinnor est un film parfaitement construit autour d'une disparition, d'un journaliste enquêtant sur l'affaire, et de la jeune femme qui le rejoint bientôt afin de faire équipe avec lui. Mêlant subtilement l'histoire personnelle de la jeune Lisbeth et l'enquête sur la disparition de Harriet, le puzzle mit en place par le cinéaste Niels Arden Oplev et par les scénaristes Nikolaj Arcel et Rasmus Heisterberg est diablement complexe et efficace. On se passionne très vite pour cette histoire somme toute banale qui devient au fil de l'intrigue de plus en plus passionnante.

Et puis, il y a cette histoire qui dans un premier temps sert de parallèle au sujet principal. L'intrigante Lisbeth, confrontée à ses démons (qui nous seront partiellement et très subtilement révélés) mais aussi son nouvel et abominable tuteur Nils Bjurman (l'excellent mais effroyable Peter Andersson) qui se comporte avec elle comme un véritable monstre ayant un pouvoir qu'il se découvre sans limites. Cette confrontation entre les deux personnages a d'ailleurs des effets épidermiques chaque fois que Lisbeth vient frapper à la porte de l'horrible tuteur qui détient la seule chose dont ait besoin pour l'instant la jeune femme : l'argent qu'elle gagne grâce à son talent mais que Nisl Bjurman est décidé à ne lui verser qu'au compte-goutte.

Michael Nyqvist campe un journaliste désabusé par le verdict qui lui est tombé dessus, mais qui au contact de la jeune et frèle Lisbeth reprend du poil de la bête. Leur enquête les mènent bien au delé de ce qu'ils auraient pu imaginer. Les spectateurs eux-mêmes assistent à un tourbillons d'éléments qui, mis bout à bout révèlent l'ampleur de l'affaire à laquelle le duo doit faire face. Et puis, on ne regrettera pas les deux heures trente que dure le film car jamais l'ennui ne pointe le bout de son nez. Le sujet est si bien maîtrisé que l'on y croit sans douter et surtout sans jamais pouvoir imaginer qui peut se cacher derrière le masque du tueur. D'autant plus que la fin nous réserve son lot de surprises.
Män som hatar kvinnor est donc un petit chef-d’œuvre. Encore un venu de Suède, un pays qui décidément recèle d'innombrables trésors.


lundi 7 septembre 2026

Ils ne verront jamais le jour : Ei8ht

 


 

En 2015 sort sur les écrans Prémonitions d'Afonso Poyart dans lequel Anthony Hopkins incarne un médium à la retraite contacté par le FBI afin de l'aider à remonter la piste d'un tueur en série insaisissable. Une œuvre qui faillit ne jamais voir le jour ou qui du moins est née sur les cendres d'un projet de film qui ne verra LUI jamais le jour. Ce long-métrage dont on parle est la suite de Se7en de David Fincher. La société de production cinématographique et télévisuelle américaine New Line Cinema s'intéresse de très près au script qu'un scénariste américain du nom de Ted Griffin a écrit sous le titre Solace et prend la décision d'en faire la séquelle de l'excellent thriller sorti en 1995 avec Morgan Freeman et Brad Pitt. Et ce, bien que de l'aveu même de son auteur, le script n'a été à l'origine pas pensé comme une suite du long-métrage de David Fincher. Pourtant, plusieurs problèmes vont rapidement s'imposer. Brad Pitt n'est absolument pas intéressé par ce projet de séquelle, Morgan Freeman hésite à reprendre son rôle de l'inspecteur William Somerset et quant à David Fincher, il est pour lui hors de question de retourner derrière la caméra pour mettre en images un scénario dont il refuse catégoriquement le concept ! Le scénario est donc réécrit et les personnages des deux inspecteurs sont supprimés. Le personnage de William Somerset est donc remplacé par celui du médium John Clancy (Anthony Hopkins), celui de l'inspecteur David Mills (Brad Pitt) disparaît tandis que le tueur en série Chares Ambrose est désormais incarné par Colin Farrell puisque comme tout le monde le sait, le John Doe de Se7en (Kevin Spacey) était abattu à l'issue du récit par l'un des deux inspecteurs chargés de l'enquête...


Stylisé de manière plus ou moins officiel sous le titre Ei8ht, le projet devait donc mettre en scène Morgan Freeman dans le rôle de William Somerset. Profondément marqué par sa dernière enquête, celui-ci est désormais à la retraite. Cependant, l'ancien inspecteur semble être ''victime'' de visions. Des flashs qui apparaissent notamment lorsqu'il touche certains objets ou certains individus. Après une entrée conçue de manière plutôt paisible, mettent en scène un ancien flic à la retraite vivant à l'écart de la ville, le scénario évoque un premier meurtre. William Somerset est immédiatement contacté par ses anciens collègues qui pensent qu'il est probablement celui à même de pouvoir le mieux les aider à mettre la main sur l'assassin. Tandis qu'il commence par refuser d'apporter son aide, au contact d'une photo, le visage du tueur lui apparaît. Ted Griffin conçoit un tueur en série doté des mêmes facultés que l'ancien inspecteur. Ce qui lui permet notamment d'avoir de l'avance sur les enquêteurs, de deviner leurs agissements et donc d'anticiper leur comportement. Tandis que dans Se7en le tueur concentrait ses meurtres autour des sept péchés capitaux, celui de Ei8ht sembler tuer pour des raisons bien différentes. En enquêtant sur les victimes, Somerset découvre qu'elles n'ont aucun lien familial, religieux ou géographique entre elles mais que toutes cachaient un sombre destin. L'ancien inspecteur en déduit alors que le tueur les assassine en raison de ce qu'elles risquent de devenir... Tandis qu'un combat psychologique est mené entre Somerset et le tueur, l'ancien inspecteur retourne à ses anciennes habitudes d'enquêteur. Ei8ht devait être marqué par la peur de Somerset vis à vis de son nouveau don. Le surnaturel étant scrupuleusement lié à l'enquête jusqu'à l'inévitable confrontation finale avec le tueur. De l'aveu même du scénariste Ted Griffin, le script qu'il développa à l'origine avec Sean Bailey fut conjointement écrit aux côtés d'un authentique médium qui à l'époque traquait un tueur en série... Au final, le film ne verra jamais le jour sous cette forme hybride et c'est peut-être mieux ainsi tant Se7en se suffisait à lui seul...

 

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