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lundi 7 septembre 2026

Ils ne verront jamais le jour : Ei8ht

 


 

En 2015 sort sur les écrans Prémonitions d'Afonso Poyart dans lequel Anthony Hopkins incarne un médium à la retraite contacté par le FBI afin de l'aider à remonter la piste d'un tueur en série insaisissable. Une œuvre qui faillit ne jamais voir le jour ou qui du moins est née sur les cendres d'un projet de film qui ne verra LUI jamais le jour. Ce long-métrage dont on parle est la suite de Se7en de David Fincher. La société de production cinématographique et télévisuelle américaine New Line Cinema s'intéresse de très près au script qu'un scénariste américain du nom de Ted Griffin a écrit sous le titre Solace et prend la décision d'en faire la séquelle de l'excellent thriller sorti en 1995 avec Morgan Freeman et Brad Pitt. Et ce, bien que de l'aveu même de son auteur, le script n'a été à l'origine pas pensé comme une suite du long-métrage de David Fincher. Pourtant, plusieurs problèmes vont rapidement s'imposer. Brad Pitt n'est absolument pas intéressé par ce projet de séquelle, Morgan Freeman hésite à reprendre son rôle de l'inspecteur William Somerset et quant à David Fincher, il est pour lui hors de question de retourner derrière la caméra pour mettre en images un scénario dont il refuse catégoriquement le concept ! Le scénario est donc réécrit et les personnages des deux inspecteurs sont supprimés. Le personnage de William Somerset est donc remplacé par celui du médium John Clancy (Anthony Hopkins), celui de l'inspecteur David Mills (Brad Pitt) disparaît tandis que le tueur en série Chares Ambrose est désormais incarné par Colin Farrell puisque comme tout le monde le sait, le John Doe de Se7en (Kevin Spacey) était abattu à l'issue du récit par l'un des deux inspecteurs chargés de l'enquête...


Stylisé de manière plus ou moins officiel sous le titre Ei8ht, le projet devait donc mettre en scène Morgan Freeman dans le rôle de William Somerset. Profondément marqué par sa dernière enquête, celui-ci est désormais à la retraite. Cependant, l'ancien inspecteur semble être ''victime'' de visions. Des flashs qui apparaissent notamment lorsqu'il touche certains objets ou certains individus. Après une entrée conçue de manière plutôt paisible, mettent en scène un ancien flic à la retraite vivant à l'écart de la ville, le scénario évoque un premier meurtre. William Somerset est immédiatement contacté par ses anciens collègues qui pensent qu'il est probablement celui à même de pouvoir le mieux les aider à mettre la main sur l'assassin. Tandis qu'il commence par refuser d'apporter son aide, au contact d'une photo, le visage du tueur lui apparaît. Ted Griffin conçoit un tueur en série doté des mêmes facultés que l'ancien inspecteur. Ce qui lui permet notamment d'avoir de l'avance sur les enquêteurs, de deviner leurs agissements et donc d'anticiper leur comportement. Tandis que dans Se7en le tueur concentrait ses meurtres autour des sept péchés capitaux, celui de Ei8ht sembler tuer pour des raisons bien différentes. En enquêtant sur les victimes, Somerset découvre qu'elles n'ont aucun lien familial, religieux ou géographique entre elles mais que toutes cachaient un sombre destin. L'ancien inspecteur en déduit alors que le tueur les assassine en raison de ce qu'elles risquent de devenir... Tandis qu'un combat psychologique est mené entre Somerset et le tueur, l'ancien inspecteur retourne à ses anciennes habitudes d'enquêteur. Ei8ht devait être marqué par la peur de Somerset vis à vis de son nouveau don. Le surnaturel étant scrupuleusement lié à l'enquête jusqu'à l'inévitable confrontation finale avec le tueur. De l'aveu même du scénariste Ted Griffin, le script qu'il développa à l'origine avec Sean Bailey fut conjointement écrit aux côtés d'un authentique médium qui à l'époque traquait un tueur en série... Au final, le film ne verra jamais le jour sous cette forme hybride et c'est peut-être mieux ainsi tant Se7en se suffisait à lui seul...

 

mardi 1 septembre 2026

Amsterdamned de Dick Maas (1988) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tandis qu'il remporta en 1984 le Grand Prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz avec le film fantastique et d'horreur L'Ascenseur (De Lift), le néerlandais Dick Maas allait refaire parler de lui en 1988 avec le bien nommé Amsterdamned. Un mélange entre policier et slasher plutôt efficace même si dans ses grandes lignes, le troisième long-métrage du réalisateur et scénariste originaire de Heemstede en Hollande-Septentrionale fait souvent preuve d'un classicisme qui le fait ressembler à un mélange entre la série policière néerlandaise Baantjer (l'équivalent des séries française Commissaire Maigret et allemande Derrick) et ces nombreux film d'horreur mettant en scène d'insaisissables tueurs en série cachés derrière un masque et des costumes plus ou moins excentriques ! Si l'acteur Huub Stapel a fait toute sa carrière ou presque dans son pays d'origine, on peut dire qu'il doit sa reconnaissance mondiale à Dick Maas qui fit de lui le héros de L'ascenseur dans lequel il incarna le personnage de Felix Adelaar, un mécanicien de la compagnie néerlandaise Deta Liften chargé de réparer l'ascenseur d'une grande tour. Fidèle interprète de son compatriote néerlandais, Huub Stapel réapparaîtra notamment dans la comédie Flodder en 1986, sa suite six ans plus tard Flodder in Amerika! ainsi que dans Sint en 2010... Dans Amsterdamned, il interprète cette fois-ci le rôle de l'inspecteur Eric Visser. Père d'Anneke (Tatum Dagelet), il enquête sur une série de meurtres particulièrement horribles qui endeuillent la ville d'Amsterdam. La particularité du tueur est que celui-ci ne rode non pas dans les rues de la ville mais parmi les cent-soixante canaux s'étalant sur environ cent kilomètres qui constituent le réseaux maritime de la cité. Autre point intéressant, le tueur est affublé d'une tenue intégrale de plongée. S'agissant des meurtres, si leur originalité reste à prouver puisque le tueur use généralement d'un couteau de plongée, c'est la mise en scène de certains d'entre eux qui intéressera surtout l'amateur de slashers ou de gialli. À commencer par le meurtre de la prostituée qui ouvre le bal. Après avoir été attirée de nuit sous les eaux d'un des canaux de la capitale des Pays-Bas, son corps est retrouvé suspendu à l'un des nombreux ponts de la ville. Un bateau-mouche rempli de touristes dont une bonne majorité d'enfants passant en dessous dès le lendemain matin, le corps encore tout sanguinolent laisse une large traînée de sang au passage de l'embarcation...


Parmi les victimes de notre insaisissable assassin, deux écologistes venus récolter l'eau des canaux afin d'en étudier la composition, une quêteuse, un pêcheur et quelques-autres malheureuses proies qui auront le malheur de tomber entre les mains du tueur. Du côté de l'enquête, rien que de très banal. Et même si les investigations menées par Eric Visser avancent pas à pas, on a parfois l'impression que l'homme est davantage intéressé par sa nouvelle relation avec la séduisante Laura (Monique van de Ven qui joua notamment dans Turks fruit et Katie Tippel de Paul Verhoeven en 1973 et 1975) que par la traque du tueur. Pourtant, une scène en particulier tentera de nous convaincre du contraire. En effet, après avoir déroulé son intrigue sur un rythme plutôt lent et lors de meurtres assez peu sanglants en dehors d'une sympathique décapitation, Dick Maas nous offre une séquence de poursuite absolument géniale nous permettant ainsi de découvrir la magnificence de la ville d’Amsterdam, de ses nombreux ponts et de ses canaux. Une séquence longue, virevoltante, énergique derrière le volant de hors-bords qui rappelle parfois les meilleures courses-poursuites entre les personnages interprétés chez nous à l'époque par Jean-Paul Belmondo et divers criminels. Sauf qu'ici, tout se passe sur l'eau ! Notons la présence de Hidde Maas qui contrairement à ce que l'on pourrait croire n'a aucun lien de parenté avec Dick Maas. Ici, il incarne le rôle du psychiatre et ami de Laura, Ruysdael. Le personnage sera d'ailleurs au centre d'un quiproquo qui mènera l'intrigue vers un twist final inattendu. Se chargeant encore une fois de la mise en scène, de l'écriture et de la partition musicale, Dick Maas signe avec Amsterdamned un sympathique petit film que l'on rangera également dans la catégorie des films d'horreur même s'il n'entre pas officiellement dans celle-ci. Notons enfin qu'en 2025 et après près de dix années de silence, le cinéaste est revenu à la réalisation avec Amsterdamned 2 dans lequel Huub Stapel y reprend le rôle de l'inspecteur Eric Visser. Un film qui en France n'est malheureusement pas encore disponible...


 

vendredi 28 août 2026

Taken de Pierre Morel (2008) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir évalué les dégâts de manière je l'espère, tout à fait respectueuse tout en compressant mon muscle du plancher pelvien pour ne pas me pisser dessus de rire concernant la pathétique projection de Que justice soit faite de F. Gary Gray, il fallait bien un petit reshoot de Taken premier du nom signé en 2008 par le réalisateur et directeur de la photographie français Pierre Morel pour réévaluer l'état de santé du thriller de la fin des années 2000. Preuve que ça n'est pas systématiquement dans les vieux pots que l'on fait la meilleure confiture puisque l'un et l'autre ne sont séparés que d'une année seulement. Quatre ans après le dystopique Banlieue 13 qui donnait une image à l'époque peu glorieuse de notre société et qui pourtant de nos jours lui ressemble de plus en plus, Pierre Morel signait donc en 2008 un petit film d'action qui sous couvert d'avoir été notamment produit par Luc Besson reste encore aujourd'hui comme l'un des plus efficaces thrillers dans lequel le cinéaste français eu la bonne idée de mettre des billes. Autour de plusieurs sociétés de production qui comme elles celle de Luc Besson a choisi de faire confiance au projet, c'est donc bien par l'entremise d'Europacorp que l'auteur du Grand bleu, de Subway, du Cinquième élément ou du pitoyable Valérian et la Cité des mille planètes et producteur de Haute tension d'Alexandre Aja, Danny the Dog de Louis Leterrier ou la série des Taxi a investi dans ce thriller nerveux littéralement habité par un Liam Neeson ultra-charismatique. Dans le rôle de Bryan Mills, un ancien agent secret américain, l'acteur promet à celui qui vient d'enlever sa fille qui venait tout juste de débarquer à Paris avec sa meilleure amie de le chercher, de le trouver et de le tuer ! Protecteur au point d'étouffer la charmante Kim (Maggie Grace), sa fille donc, Bryan possède des compétences et des relations qui vont lui permettre de remonter jusqu'à la source. Un réseau de trafic sexuel qui agit notamment sur le territoire français. Pour le père de l'adolescente, c'est tout d'abord le choc. Mais pas de temps à perdre puisque l'un de ses anciens partenaires lui prédit que si dans les quatre-vingt seize heures il n'a pas retrouvé sa fille, il ne la reverra jamais... Dans le rôle de l'ex-épouse du héros, l'actrice et mannequin néerlandaise Famke Janssen que l'on connaît notamment pour son rôle de Jean Grey dans la franchise X-Men.


Elle interprète dans Taken l'exact opposé de son ex. acceptant de donner toujours plus de liberté à leur fille, le long-métrage oppose donc tout d'abord deux attitudes. Un aspect qui sera rapidement relégué au second plan puisque l'essentiel de l'histoire est donc moins dans la description d'une cellule familiale éclatée que dans le récit d'une course contre la montre d'un père remontant un réseau criminel par étapes. Ici, pas de chichis. Les morts se comptent par dizaines pour le plaisir des amateurs de gunhfights et de combats au corps à corps mais aussi pour un public beaucoup plus large tant Pierre Morel parvient à produire une œuvre dynamique interprétée en outre par un Liam Neeson qui en impose tout d'abord par sa stature d'un mètre quatre-vingt treize et ensuite par ses prouesses physiques directement issues de l’entraînement qu'il suivit scrupuleusement auprès de l'ancien soldat du SAS Mick Gould qui lui inculqua le combat à mains nues et l'usage de différentes armes. Pierre Morel a surtout compris qu'il fallait faire avancer l'intrigue par échelon et ne surtout pas trop en donner au spectateur dès le début. Ne serait-ce qu'en matière de combat au corps à corps, il ne faut pas s'attendre à des contacts physiques qui perdurent dans le temps et ça n'est que lors de l'assaut final à bord du yacht d'un richissime homme d'affaire arabe incarné par Nabil Massad opposant Bryan au chef de la sécurité Ali (Jalil Naciri) que l'on assistera à un duel qui vaut bien la plupart des scènes d'action visibles dans les film d'origines philippine, coréenne ou encore thaïlandaise... Taken brosse le portrait de bons gros méchants qui passeront tous pour notre bonheur à la casserole. À commencer par l'albanais Marko Hoxha (Arben Bajraktaraj) qui kidnappa Kim, le directeur adjoint de la DST Jean-Claude Pitrel interprété par le français Olivier Rabourdin, sans oublier celui qui organise la vente des jeunes femmes à de richissimes individus, Patrice Saint-Clair qu'incarne quant à lui le franco-britannique Gérard Watkins. Bref, Taken assume complètement son statut de thriller simple et sans prise de tête. De l'action, des combats, une pluie de balles pour un très jouissif défouloir...

 

jeudi 27 août 2026

Que justice soit faite de F. Gary Gray (2009) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Sur les conseils d'un ami très proche dont le film de chevet, je préfère le préciser, est La soupe au chou de Jean Girault, ami que l'on pourrait donc davantage considérer de nanardophile dans le meilleur de cas et de franchouillardophile dans le pire que de véritable cinéphile ou cinéphage, j'ai regardé il y a deux jours le très évocateur Que justice soit faite de F. Gary Gray. Un réalisateur, producteur et acteur d'origine afro-américaine dont je ne connaissais jusque là que l'assez peu satisfaisant quatrième volet de la franchise Men in Black sous-titré International. En parcourant sa filmographie, je constate ensuite que le bonhomme a également réalisé le huitième opus de la saga Fast & Furious dont la seule évocation me donne des hauts le cœur de dégoût ! L'ami en question, pour qui élégance, raffinement, chic et délicatesse passent par une bonne grosse séance de flatulences en plein air (j'entends par là, celles de nos regrettés Louis de Funès et Jean Carmet) m'affirme sans rougir que tous ceux auxquels il adressa ce film comme celui à ne surtout pas manquer apprécièrent l'expérience. Ni une, ni deux, et sans avoir au préalable demandé à qui avait été destiné ce précieux conseil, je me lançais donc dans cette expérience de thriller mâtiné de vengeance tardive scrupuleusement préparée par un époux et un père dont la femme et la petite fille furent assassinées par deux dangereux criminels venus cambrioler leur demeure. Bref, le genre de Vigilante dont j'attendais qu'il réussisse presque à me faire oublier les premiers volets de la fameuse licence Death Wish incarnée par sieur Charles Bronson dans les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt dix. Et d'une certaine manière, il y réussit. Non pas grâce à ses qualités, celles qui par définition sont surtout et intrinsèquement liées aux desiderata du fervent admirateur de bousins dont les budgets flirtent à minima avec les cinquante millions de dollars, mais grâce (et ici, en l'occurrence, à cause) de ses nombreuses invraisemblances qui en se superposant les unes aux autres font de Que justice soit faite, un authentique cas d'école. Prendre à ce point le spectateur pour un con en lui faisant avaler des couleuvres par dizaines en espérant qu'il passera un moment agréable dénué de toute réflexion quant au virage systématiquement improbable du récit, oui, je le dis, je l'écris, F. Gary Gray et le scénariste Kurt Wimmer prennent vraiment les spectateurs pour des crétins. On comprend alors que Frank Darabont ait préféré prendre ses jambes à son cou pour divergence artistique. Pas de chance pour Gerard Butler qui incarne ici le rôle de l'époux et père meurtri qui prendra dix ans pour fomenter sa vengeance. Car après avoir consciencieusement préparé la mort des deux criminels, l'ingénieur Clyde Alexander Shelton n'en aura pas pour autant terminé et fera payer à toutes celles et ceux qu'il juge responsable du prix de leur ''trahison''...




L'un des faits les plus remarquablement absurdes du script de Kurt Wimmer concerne tout d'abord l'accord obtenu par le procureur Nick Rice (Jamie Foxx) au sujet de Clarence Darby (Christian Stolte) auquel il demande de témoigner contre son complice Rupert Ames (Josh Stewart) afin que celui-ci soit condamné à mort lors de leur procès ! Si celui qui n'a pas encore mis les pieds dans le plat en visionnant cette indigence scénaristique généralisée que représente Que justice soit faite a peu de chance de comprendre où se situe la ''coquille'', l'autre est saisi par tant d'incohérence. Car le procureur en question préfère effectivement négocier avec le véritable assassin qu'avec son complice ! Imaginez donc ce dernier être exécuté par injection tandis que Clarence Darby ira passer quelques années en zonzon avant d'être libéré pour bonne conduite. Profitons de l'occasion qui nous est offerte pour évoquer les nombreuses ellipses qui viennent briser le peu d'intérêt qu'aurait pu théoriquement offrir le long-métrage. Car la vengeance en question, prometteuse sur le papier et sur les lèvres de mari et père revanchard, n'est ni plus ni moins qu'éludée en un peu moins de temps qu'il ne faut pour le dire ! Mais ce qu'il y a probablement de pire avec Que justice soit faite reste sans aucun doute la caractérisation de notre héros qui plus qu'un ingénieur est devenu au fil du temps un stratège du crime, omniscient, qui en outre a eu suffisamment de temps pour développer des capacités qui semblent aller bien au delà de celles du personnage incarné par Liam Neeson dans l'excellent Taken. Expert en informatique, en explosifs, en droit, en psychologie et même en manipulation ! Autant dire qu'à côté de lui, n'importe quel super-héros Marvel ou DC Comics ne peut faire le poids. F. Gary Gray pousse si loin le curseur que son thriller, sous couvert de confronter la Justice à des problématiques d'ordre moral, juridiques et procéduriers (bien loin d'atteindre de ce point de vue là l'intensité du tragique et bouleversant La Vie de David Gale d'Alan Parker) finit par devenir involontairement drôle. Et encore, faut-il s'être tout d'abord assuré de ne pas être atteint d'Hypomimie avant de se lancer dans l'aventure car sinon, vous aurez la désagréable impression d'être atteint de paralysie faciale tant vous aurez envie de rire sans pouvoir cependant y parvenir ! Au final, Que Justice soit faite est assez difficile à évaluer, entre thriller poussif et parodie inconsciente...

 

mercredi 26 août 2026

L'iguane à la langue de feu de Riccardo Freda (1971) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Alors que précédemment je m'infligeais L'étrange couleur des larmes de ton corps de Hélène Cattet et Bruno Forzani dont je n'ai longtemps pas osé mettre en ligne l'article que je lui ai consacré de peur de me prendre la foudre de la part des fans du duo, il fallait bien un petit retour en arrière au cœur des fascinantes annales du Giallo pour me remettre de cette expérience cinématographique qui se regarde un peu trop le nombril à défaut d'être capable de nous offrir un scénario qui tient debout ! Direction l'Italie, donc, pays de naissance d'un sous-genre mêlant Policier, Slasher et Horreur (et parfois même, une pointe de sexe) dont les racines se situent dans l'univers du livre et remontent en 1929 lorsque l'éditeur italien Arnoldo Mondadori lança la collection Il Giallo Mondadori. Outre les histoires décrites dans des romans qui au départ demeurent des éditions d’œuvres d'auteurs originaires de Grande-Bretagne ou des États-Unis à l'image d'Agatha Christie, Edgar Wallace ou Arthur Conan Doyle, l'une des particularités de la collection est cette couleur jaune qu'arborent les couvertures et qui donne son nom au genre. Parmi les grands cinéastes qui marquèrent le Giallo et profondément l'esprit des spectateurs, Mario Bava et Dario Argento demeurent sans doute parmi les plus iconiques. Il y en eu d'autres, plus connus des véritables amateurs. Comme Lucio Fulci, lequel deviendra plus tard le roi du gore craspec, glauque et transalpin. Ou encore Sergio Martino, Umberto Lenzi ou encore Massimo Dallamano et Antonio Margheriti. Quant à lui, Riccardo Freda œuvra dans divers genres. Du film historique au péplum, en passant par l'horreur, le fantastique et donc, le Giallo. Si l'on considère l'ensemble de sa carrière riche d'une cinquantaine de longs-métrages, le giallo ne représente qu'une part infime de son œuvre. Se comptant sur le bout des doigts, le réalisateur et scénariste italien signa en 1971 L'iguane à la langue de feu (ou L'iguana dalla lingua di fuoco dans sa langue d'origine). Ah oui ! Autre spécificité que l'on rencontre dans le genre Giallo : ses titres parfois à rallonge et poétiques. Dessinant les contours de récits qui se voudraient dès leur intitulé, fascinants, énigmatiques, sauvages, mais qui dans le cas de celui-ci reste de piètre qualité. Rien d'étonnant à ce que l'on y découvre qu'un tueur dont l'identification ne surviendra que sur le tard s'en prend à de jeunes et jolies femmes. Un individu qui, comme cela est généralement le cas dans le genre, est ganté de noir et use d'armes blanches...


Mais ici, ce qui fait de l'assassin un cas particulier et sa propension à jeter au visage de ses victimes le contenu de fioles remplies de vitriol. Les défigurant ainsi avant de les égorger. L'un des premiers meurtres s'avère d'ailleurs relativement gore puisque en gros plan l'on assiste à l'égorgement d'une jeune femme dont le visage a tout d'abord été sévèrement brûlé. Désormais, reste à savoir qui est le tueur. Principal fond de commerce d'un genre que l'on comparera aux Whodunit britanniques, découvrir l'identité de l'assassin étant l'élément essentiel du Giallo, ne demeure plus alors pour le cinéaste et le scénariste qui s'aventurent dans le genre que de broder autour de divers suspects et de protagonistes parmi lesquels l'on retrouve souvent des inspecteurs de police chargés de mener de difficiles et noueuses enquêtes policières. Ici, Riccardo Freda multiplie les détails (LES ? En réalité, plutôt LE) de manière très lourde, appuyée et insistante. Comme s'il voulait s'assurer que le spectateur, sans doute trop stupide pour le faire sans l'emploi d'artifices, saisit bien que tel ou tel personnage EVIDEMMENT ambigu est un suspect potentiel ! C'est ainsi que tous les personnages ou presque semblent être atteints de lynétaphilie. Hommes et femmes arborent une paire de lunettes COMME le meurtrier. Et vas-y que je te balance le même jump scare sonore chaque fois que déboule à l'écran un protagoniste portant à la main ou sur le nez l'une d'entre elles, qu'elle soit de soleil ou non ! Bien évidemment, Riccardo Freda impose à ses interprètes d'en faire des tonnes question ambiguïté. Le long-métrage offrant son lots de personnages très douteux, certains arborant un faciès de péd#phile, le genre à traîner du côté des écoles en imperméable gris, la main dans le pantalon. Des ''clones'' de François Hollande, adipeux et au regard malsain ! Bref, une galerie de personnages plus proches des pervers tels qu'on peut les concevoir que des criminels sanguinaires tels que l'on pourrait les considérer dans l'imaginaire des tueurs en série de fiction. Notons que parmi les interprètes l'on découvre dans certains rôles ''principaux'', l'acteur italien Luigi Pistilli (Et pour quelques dollars de plus, Il était une fois dans l’Ouest, La queue du scorpion ou encore Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon), Anton Driffing (Les Canons de Navarone, Les héros de Telemark) ainsi que quelques actrices au charme indéniable, telle l'allemande Dagmar Lassander... Au final, si L'iguane à la langue de feu n'est pas un mauvais film, il ne marque absolument pas le genre Giallo de son empreinte. Une œuvre fade et parfois confuse...

 

vendredi 14 août 2026

Blaxploitation: The Black Panther de Lee Frost (1975) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Nous avons, en France, en terme de comédie franchouillarde, le très précieux Le Führer en folie de Philippe Clair. Et quel que soit ses qualités qui, soyons honnêtes sont extrêmement limitées, nous ne sommes pas prêts de renier cet OVNI qui même au sein d'une très foisonnante catégorie demeure l'un des points d'orgue du nanar à la française ! Et bien, chez l'Oncle Tom, ils ont The Black Gestapo. Pas tout à fait le même genre de film mais pourtant, une œuvre qui profite allégrement d'une période sombre de notre histoire pour orner ses différentes affiches d'un titre on ne peut plus racoleur... Pourtant, lorsque l'on parle racolage, certains spécialistes sont capables de pire encore. Et le pire, ici, n'est pas tant ce titre très explicite mais bien celui que certains distributeurs hexagonaux s'amusèrent à coller au long-métrage de Lee Frost, cet éminent pourvoyeur d'érotisme léger, de Blaxploitation et même d'un inénarrable et cultissime The Thing with Two Heads (La chose à deux têtes) en 1972 dans lequel la tête d'un chirurgien blanc négrophobe était greffée à côté de celle d'un homme de couleur ! Dans notre si beau pays, The Black Gestapo vit donc le jour sous le titre encore plus explicite de Black Nazi !!! Édité chez Ciné Budget dont la vidéothèque ne fut apparemment constituée que d'un peu moins de trente longs-métrages, le film ne fait pourtant référence aux partisans du Parti national-socialiste des travailleurs allemands ou à la police politique de l'Allemagne nazie qu'à travers les uniformes que certains officiers d'une petite ''armée'' de soldats afro-américains porteront sur le dos une fois bien établi ce groupe chargé de combattre le mal qui s'est emparé des quartiers pauvres où vit la communauté afro-américaine... A la tête d'une organisation qui pour l'instant s'avère pacifique, l'on trouve le Général Ahmed (Rod Perry). Trop mou et donc pas assez entreprenant aux yeux de son principal collaborateur le Colonel Kojah (Charles Robinson), ce dernier demande à son supérieur l'autorisation d'entraîner six hommes afin de partir à la chasse des criminels blancs qui s'en prennent aux habitants de la ville. Blancs, oui, car comme très souvent dans ce genre de films qui dans les années soixante-dix appartenaient à la catégorie Blaxploitation, The Black Gestapo fait tout d'abord porter le chapeau de la criminalité et donc de la corruption à l'homme blanc...


Le noir passant ainsi pour le gentil de l'histoire. Pourtant, Lee Frost n'est pas homme à se laisser aller à la démagogie puisque tout comme dans The Thing with Two Heads où Jack Moss (l'acteur Rosey Grier) demeurait un criminel condamné à mort, le pouvoir mis entre les mains du Colonel Kojah va très rapidement lui monter à la tête. Après avoir filmé le nettoyage de la ville d'authentiques crapules dont un certain Vito (Phil Hoover) en principal homme de main de Vincent joué par Lee Frost, le réalisateur a cependant ici l'honnêteté de reconnaître que la ''crapulerie'' n'est pas le signe distinctif exclusif de l'homme blanc puisque très vite, Le Colonel et ses hommes vont carrément prendre la place de ceux qu'il traquèrent afin de récolter l'argent que les commerçants et autres prostituées concédaient à la mafia locale. Une mafia qui a donc changé de couleur. The Black Gestapo mêle Vigilante, action et thriller pour un résultat en réalité plutôt médiocre. Une œuvre qui éveille la conscience d'un homme qui vouait jusque là sa vie au bien de sa communauté mais qui devant la trahison et la corruption d'une partie de ses hommes est désormais décidé à prendre les armes pour rétablir l'ordre. The Black Gestapo vaut surtout chez nous pour son doublage en français, authentiquement nanardesque, où les insultes pleuvent, telles ''Sale nègre'', ''Enculé'', ''Fils de pute'' et autres joyeusetés. De jolies actrices de couleurs confondues qui ne rechignent jamais à ôter le haut pour livrer aux lubriques spectateurs de très appétissantes poitrines pour ceux qui apprécient les ''modèles'' de tailles raisonnables (on n'est pas ici chez le macromastophile Russ Meyer). Plutôt redondant, plus ou moins bien interprété selon l'acteur ou l'actrice, le contenu de The Black Gestapo n'est pas aussi impertinent que voudrait le laisser croire le titre. Et si même Le Colonel Kojah et ses hommes arborent les uniformes associés à la SS, à aucun moment le film n'évoque les nazis ou la Gestapo. Bref, ça se regarde, surtout pour les amateurs de Blaxploitation qui voudraient parfaire leur éducation en la matière. Pour les autres, le long-métrage de Lee Frost apparaît comme une œuvre mineure dans cette catégorie et celle des Vigilante...

 

jeudi 13 août 2026

The Black Panther de Ian Merrick (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Dans un même esprit que The Todd Killings de Barry Shear mais quittant le territoire américain pour la Grande Bretagne et dans une approche beaucoup plus sombre et réaliste, The Black Panther de Ian Merrick s'intéresse cette fois-ci non plus au tueur en série Charles Schmid mais au braqueur de banque et de bureaux de poste, kidnappeur et multiple assassin Donald Neilson qui entre 1971 et 1974 commis plusieurs effractions et meurtres qui firent trois victimes : Sidney Gray en 1971, Donald Skepper en 1972 et Ernest Dyas en 1974. Le titre du long-métrage n'est pas une pure invention puisque l'homme fut surnommé ainsi pour avoir surtout effectué des cambriolages de nuit, entièrement vêtu de noir et sans faire le moindre bruit. Mais s'il est surtout resté célèbre sur le territoire britannique, c'est parce qu'il kidnappa l'adolescente Lesley Whittle alors âgée de dix-sept ans le 14 janvier 1974. Donald Neilson aurait alors exigé de la part de ses parents la rondelette somme de cinquante-mille livres. Quant à Lesley, elle fut enfermée dans un puits de drainage souterrain d'un réservoir situé à Bathpool Park, dans le Staffordshire. Déshabillée, attachée nue à seize mètres de profondeur, une cagoule placée sur sa tête et une corde autour du cou, son corps fut finalement découvert par les autorités près de trois mois plus tard. L'adolescente a perdu la vie par pendaison. On ne saura jamais si elle est accidentellement tombée de l'étroite plateforme qui la retenait prisonnière ou si son ravisseur la poussa dans le vide... Condamné à la prison à vie après un premier jugement datant du 1er juillet 1976 et de trois autres condamnations à perpétuité pour les meurtres qu'il commis sur les trois employés de bureaux de poste, Donald Neilson passa le reste de son existence derrière les barreaux avant de mourir le 18 décembre 2011... The Black Panther adapte donc une grande partie des événements entourant la multiple tragédie qui endeuilla la Grande Bretagne entre 1971 et 1974 tout en éludant certains aspects comme la culpabilité de l'épouse du criminel qui dans le long-métrage de Ian Merrick n'est pas directement impliquée dans la série de braquages commis par son époux. À dire vrai, elle (Marjorie Yates) et leur fille (Sylvia O'Donnell) apparaissent comme terrorisée par Donald qui depuis qu'il a quitté l'armée semble avoir beaucoup de mal à réintégrer la vie civile...


Découchant régulièrement jusqu'à préférer dormir dans la nature, il a gardé des réflexes propres à son ancienne carrière de militaire. Incarné à l'écran par l'acteur Donald Sumpter, l'homme est glaçant, rigide, impassible devant la moindre émotion et incapable lui-même de montrer le moindre sentiment vis à vis de ses proches ou de ses victimes. C'est ainsi que Ian Merrick traite de son sujet, l'atmosphère froide, rugueuse et l'indifférence de son principal protagoniste sont à l'origine d'une œuvre très particulière, presque clinique dont on ne s'explique pas vraiment les motivations du tueur et kidnappeur autrement qu'à travers son appétit pour l'argent. Ici, la participation de l'épouse du tueur n'est pas explicitement décrite. On pense surtout que Donald Neilson vit une double vie qu'il cache à son épouse et à leur fille. L'incarnation de Donald Sumpter est à l'aune de la mise en scène de Ian Merrick. Lequel ne cherche pas à expliquer les motivations de ce tueur méthodique dénué de toute empathie pour son prochain. En résulte une œuvre glaçante, froide et réaliste décrivant les étranges habitudes d'un individu qui agit rapidement de manière très curieuse à travers d'étranges rituels. Lorsque débute le récit, Neilson est déjà coutumier des actes criminels, ce qui évite au réalisateur d'expliquer ses motivations. On n'en saura pas davantage durant ces quelques quatre-vingt dix minutes durant lesquelles Ian Merrick s'attache à suivre le personnage central sans presque jamais le quitter des yeux. Donald Sumpter y incarne un individu tellement crédible qu'il devient difficile de distinguer le personnage de son interprète. Malgré la violence des méfaits, The Black Panther est bien moins cru visuellement qu'on pouvait s'y attendre. Sa spécificité se trouve surtout dans le jeu quasi monolithique de Donald Sumpter, dans l'austérité de la mise en scène, proche du documentaire ou dans la terne photographie de Joseph Mangine. Bref, une œuvre atypique qui durant très longtemps fut invisible mais qui, en France notamment, fut éditée par UFO Distribution dans le courant de l'année 2016 au format DVD...

 

mercredi 12 août 2026

The Todd Killings de Barry Shear (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si The Todd Killings de Barry Shear n'évoque pas directement le nom de l'assassin dont le réalisateur et les scénaristes Dennis Murphy, Joel Oliansky et Mann Rubin se sont inspirés pour écrire l'histoire et ni de celui des véritables victimes, le récit repose pourtant sur la série de meurtres que commis Charles Schmid entre 1964 et 1965. L'assassin, ici incarné à l'écran par le charismatique Robert F. Lyons alors âgé de vingt ans évoque cependant curieusement l'un des plus célèbres tueurs en série de l'histoire de la criminalité américaine. Entouré d'une horde d'adolescents des deux sexes lui vouant une véritable adoration, il n'est pas rare en effet que le personnage soit le reflet fictionnel du gourou et criminel Charles Manson qui à peu près à la même époque envoya notamment plusieurs de ses disciples assassiner un producteur de musique qui refusa auparavant de signer avec lui un contrat. Ayant depuis déménagé, la propriété fut rachetée par le cinéaste Roman Polanski. Le 9 août 1969, les membres de la Famille Manson Charles Tex Watson, Patricia Krenwinkel, et Susan Atkins s'introduisirent chez lui et assassinèrent son épouse l'actrice Sharon Tate ainsi que trois de leurs amis. Alors, même si The Todd Killings n'est pas officiellement inspiré des méfaits commis par les membres de la secte, il est troublant de constater le rapport ténu qu'entretient le personnage de Skipper avec certains éléments propres à l'existence de Charles Manson. Car dans un cas comme dans l'autre, dans la fiction et dans la réalité, les deux se rêvent musiciens... Plus étonnante encore est la relation pourtant impossible à établir entre le personnage central du récit et cet autre célèbre tueur en série qui défraya la chronique dans le milieu de années soixante-dix connu sous le nom de Ted Bundy (Theodore Robert Bundy). En effet, entre les meurtres visant exclusivement de jeunes femmes, l'intelligence et la beauté avérée de ce tueur en série ayant commis de très nombreux meurtres entre 1974 et 1978, la distinction entre les deux individus devient évidente... Auteur de très nombreux téléfilms, longs-métrages et épisodes de séries télévisées, Barry Shear signe une œuvre profondément marquée par la Guerre du Vietnam, la contre-culture et le rejet des institutions. Skipper est significatif de cette arrogance d'une jeunesse post soixante-huitarde personnifiée ici à travers ce jeune homme séduisant, charismatique et finalement très plaisant pour son entourage à côtoyer...


Autour de lui, une pléthore de tout jeunes adultes, voire d'adolescents prêts à tout pour un sourire, un regard et même parfois, un baiser. S'agissant de la relation entre l'homme et son entourage, Barry Shear les traite d'ailleurs de manière relativement ambiguë. On ne sait en effet pas vraiment si seules les femmes (souvent très jeunes) l'attirent ou si les hommes aussi ont parfois ses faveurs. Ici, par contre, pas de doute possible sur sa culpabilité puisque The Todd Killings s'ouvre sur une séquence d'une réalité crue ! L'enterrement d'une jeune femme dans le désert, le meurtrier étant accompagné de deux ''amis''. Une scène qui témoigne de tant d'assurance et de narcissisme chez Skipper qu'il n'imagine pas un seul instant que quiconque autour de lui pourrait le trahir. Barry Shear en fait le marqueur d'une génération dénuée de toute morale où la mort et l'acte en lui-même valent bien moins que l'image que l'on renvoie devant la société. Représentée dans le cas présent par une juvénilité où les jeunes femmes sont prêtes à vendre corps et âme et où les jeunes hommes ont tous l'air de garçons de plage. Notons que le long-métrage met en scène un très bon choix d'interprètes puisque outre Robert F. Lyons dans le rôle-titre, plusieurs actrices et acteurs ont fait les beaux jours du petit ou du grand écran. Richard Thomas qui joue ici le rôle de Billy Roy, amoureux transit d'une ancienne camarade qui reste indifférentes à ses appels du pied, sera l'une des vedettes de la série La Famille des collines un an plus tard. L'actrice de théâtre et de cinéma Barbara Bel Geddes deviendra mondialement connue pour avoir incarné dès 1978 le personnage de Ellie Ewing dans la série Dallas et toujours concernant le petit écran, la très jolie Belinda Montgomery apparaîtra notamment dans la série de science-fiction L'homme de l'Atlantide aux côtés de Patrick Duffy en 1977... Pour finir, Michael Conrad incarnera le sergent Phil Esterhaus dans la série policière Hill Street Blues au début des années 80... Pour celles et ceux qui apprécieraient The Todd Killings, il leur est très fortement conseillé de se jeter ensuite sur l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger de Marvin J. Chomsky et avec Mark Hammil qui cette fois-ci traita du cas Ted Bundy...

 

lundi 10 août 2026

Newborn de Nate Parker (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Newborn, le dernier long-métrage du réalisateur afro-américain Nate Parker ne fait pas véritablement partie du courant Blaxploitation, celui-ci partage divers points communs avec ce genre cinématographique né dans les années soixante-dix sur le territoire des États-Unis. La plupart des protagonistes sont eux-mêmes issus de la communauté noire américaine (à l'exception de David Oyelowo) et même si le sujet ne traite pas toujours directement des préoccupations du mouvement initié en 1971 par Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song et Gordon Parks avec Shaft, certaines séquences semblent pourtant vouloir s'y rattacher. L'un des héros, Chris Newborn (le britannique David Oyelowo), s'apprête à épouser sa compagne Tara Benton (Olivia Washington), alors enceinte, lorsque son frère Keith (Jimmie Fails) débarque chez eux, blessé, après avoir causé accidentellement la mort d'une personne. Possédant déjà un casier judiciaire qui risque de l'envoyer en prison pour longtemps, son frère aîné Chris décide de se faire passer pour le responsable et part donc prendre sa place en prison. Lors du procès, le juge est clément et le condamne à deux ans de prison. Mais alors que sa peine arrive à son terme, Chris est accusé du meurtre d'un codétenu et se retrouve condamné à sept années d'isolement. À sa sortie de prison, il retrouve Tara ainsi que leur fils Jake (Aiden Stoxx) alors âgé de neuf ans. Afin de se reconstruire, le couple et leur enfant prennent la décision de partir s'isoler dans un hôtel temporairement fermé où ils sont accueillis par le gestionnaire du complexe, un certain Hersh qu'incarne à l'écran Barry Pepper (Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, La ligne verte de Frank Darabont ou encore les second et troisième volet de la franchise Le labyrinthe)... Si tout ou presque laisse tout d'abord penser que l'on va avoir droit à un ersatz du Shining de Stanley Kubrick, le long-métrage de Nate Parker ne partage en réalité avec ce classique de l'épouvante que le contexte géographique et l'environnement dans lequel vont évoluer nos protagonistes. Car plus qu'un simple film d'horreur (ce que Newborn n'est absolument pas malgré l'intégration de quelques séquences plus ou moins horrifiques), l’œuvre du cinéaste américain cherche d'abord à faire l'évaluation d'un traumatisme lié à l'isolement d'un homme dans une cellule de prison durant de longues années...


Newborn évoque de manière fort juste la corruption des autorités (ici, deux gardiens de prison coupables d'un homicide), l'emprisonnement d'un homme totalement innocent des faits qui lui furent reprochés, l'éloignement de la famille ou encore le sacrifice. Surtout, le film de Nate Parker montre avec une force sans égale la manière dont se déconstruit la personnalité d'un individu qui une fois dehors a perdu tous ses repères. Jusqu'à avoir de grandes difficultés à renouer avec sa compagne. Newborn traite également des rapports d'un père à son fils qu'il n'a pas eu la chance de voir grandir. Et au milieu de toutes ces difficultés à réintégrer un monde dont il a été écarté durant neuf années, l'intrigue exploite deux idées qui s'entremêlent avec un certain brio. D'un côté, la paranoïa et de l'autre le complot. L'un comme l'autre devenant des éventualités incertaines puisque longtemps avant de comprendre ce qui se trame autour de nos héros, Nate Parker cultive l’ambiguïté. Le spectateur se demande alors si Chris est fou ou si ce qu'il s'imagine se tramer autour de lui est réel. Et dans un cas comme dans l'autre, le réalisateur et scénariste sème divers témoignages visuels ou comportementaux qui ne cessent de provoquer le doute, entre les sinistres visions de Chris dont certaines sont absolument troublantes (les tombes) et le comportement parfois très étrange du gestionnaire du complexe hôtelier Hersh... Nate Parker exploite en outre avec une très grande finesse les rapports humains et l'intimité de Chris et de Tara. Voire même celle de Jake qui malgré son mutisme est parfaitement interprété par le jeune Aiden Stoxx. On pourra tout juste regretter une toute dernière partie beaucoup plus convenue mais dont le déroulement reste ici inévitable mais Newborn fait partie de ces œuvres dont on n'attend pas forcément grand chose et qui au final se révèlent des réussites. Ou comment lier traumatisme, ambiance paranoïaque, psychologie oppressante, amour profond et compassionnel, mise à l'épreuve, patience, culpabilité et détermination. Bref, une excellente surprise...

 

samedi 8 août 2026

Les Seins de Glace de Georges Lautner (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



On peut comprendre de la part de certains que la critique ne soit pas au diapason de la mise en scène d'un Georges Lautner qui quittait ici, quelque peu son domaine de prédilection. Parmi eux, sans doute, ceux qui auraient aimé voir dans cet intriguant Les Seins de Glace, davantage d'action, des règlements de compte, quelques explosions et tirs par armes à feu, ou encore une enquête minutieuses et des dialogues aiguisés. Mais non... la voie qu'entreprend l'auteur de La Grande Sauterelle, des Tontons Flingueurs ou du Guignolo est celle du thriller psychologique. Du drame. Et donc, bien évidemment, Les Seins de Glace est dénué de tout ce à quoi nous avait habitué Georges Lautner. Alors oui, certains se sentirent-ils sans doute bafoués... mais en dehors de ces considérations castratrices, le vingt-deuxième long-métrage de l'un des cinéastes les plus importants du cinéma français (si l'on ne tient pas compte de sa participation au film à sketchs Les Bons Vivants en 1968) est une remarquable plongée au cœur d'un récit formé autour d'un étrange triangle « amoureux ».
A commencer par François Rollin, incarné par un Claude Brasseur cabotin dont la présence heureuse désamorce un climat délétère et dont le jeu réjouira tout ceux qui auraient pu se désespérer de ne voir en ces Seins de Glace, qu'une œuvre nihiliste, une ode à la noirceur.. La présence de ce personnage apporte un souffle d'air pur à un long-métrage faisant parfois l’apanage au mystère pesant qu'entretiennent les deux autres principaux interprètes, Mireille Darc et Alain Delon.


La première interprète Peggy Lister, que François, l'écrivain, croise un jour sur une plage de la Côte d'Azur. C'est le coup de foudre. Il la suit, la colle, malgré elle. Alain Delon, lui, incarne Marc Rilson, ami et avocat de Peggy. Mais alors que François tente de séduire Peggy, qui finira par accepter la présence de l'écrivain à ses côtés, des meurtres sont commis, les victimes étant toutes des proches de la jeune femme. C'est lors d'une conversation avec l'avocat de Peggy que François apprend que la jeune femme a séjourné dans un hôpital psychiatrique après avoir tué son mari alors que l'écrivain pensait jusque là qu'elle était divorcée. Pourtant, ces aveux n’entachent rien à la relation qu'ils entretiennent. Mieux : François propose à Peggy de venir s'installer chez lui...


Distillant autant de mystère que Jacques Deray avec son excellent Un Papillon sur l’Épaule réalisé en 1978 et principalement interprété par Lino Ventura sans que personne n'ait eu cette fois-ci l'idée de critiquer l'approche du cinéaste français, Les Seins de Glace diffuse un étrange parfum, parfois à la limite de l'épouvante, mais sans jamais atteindre le degré de folie du génial Mort un Dimanche de Pluie que Joël Santoni réalisa en 1986. Proche également du genre « giallo » cher au cinéma transalpin, l’œuvre de Georges Lautner n'est pas le film au charme vieillissant des années soixante-dix que tout le monde semble clamer, même s'il conserve bien évidemment l'esthétique de ce cinéma passéiste. Mireille Darc y est aussi séduisante que bouleversante dans ce rôle inhabituel. Tout comme Alain Delon d'ailleurs, froid et distant, dont la personnalité est difficile à définir au point que le spectateur vienne à doute des origines de celui qui tue autour de François et de Peggy.
Bien sûr, Les Seins de Glace n'est pas tout à fait exempt de défauts. Quelques invraisemblances viennent émailler le récit et le montage se montre parfois très aléatoire.
Mais la force du long-métrage de Georges Lautner se contient dans le principe même de sortir du carcan un peu trop étriqué du mélange comédie/policier auquel il nous a habitué avec une régularité de métronome. Et puis, Les Seins de Glace, c'est aussi l'occasion d'être convié à l'une des fins les plus tragiques et belles que le cinéma des années soixante-dix nous ai offert...

lundi 27 juillet 2026

L'homme qui voulait savoir (Spoorloos) de George Sluizer (1988) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Stanley Kubrick, l'homme derrière l'adaptation cinématographique du roman de Stephen King Shining, confiait que la projection de L'homme qui voulait savoir (Spoorloos) du réalisateur et scénariste néerlandais George Sluizer était la plus terrifiante à laquelle il eu pu assister dans toute toute son existence. Une œuvre beaucoup moins connue que les références sur lesquelles s'attard(ai)ent notamment Steven Spielberg (Psychose d'Alfred Hitchcock, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, Alien de Ridley Scott ou La nuit des morts-vivants de George Romero), David Cronenberg (Psychose, encore, L'exorciste de William Friedkin, Les innocents de Jack Clayton ou Les dents de la mer de Steven Spielberg) ou bien David Lynch (l'immense Persona de Ingmar Bergman ou Boulevard du crépuscule de Billy Wilder)... Auteur de plus de trente longs et courts-métrages en une cinquantaine années de carrière, George Sluizer signait en 1988 l'une des œuvres sinon les plus étranges du moins, parmi les plus troublantes. Entrant dans le domaine des thrillers axés sur la traque d'un tueur, L'homme qui voulait savoir diffère cependant de la majeure partie des films qui traitent de ce genre de sujet. Ici, pas d'enquête policière. Et même si le fait-divers est vaguement évoqué à travers des médias qui reviennent dessus lorsque l'intrigue fait un bond de trois ans après la disparition d'une jeune touriste néerlandaise du nom de Saskia Wagter (Johanna ter Steege), on ne trouve ici nulle trace de la police. Le cinéaste préférant ainsi directement raccrocher l'intrigue au compagnon de la jeune femme. Rex Hofman (Gene Bervoets), qui le jour de sa disparition était en vacances avec elle, en France, avant qu'elle ne s'évapore dans la nature lors d'un arrêt dans une station-service située en bordure d'une autoroute très fréquentée. Tandis que le titre original Spoorloos signifie chez nos ''Sans laisser de trace'', les distributeurs français lui préfèrent celui de L'homme qui voulait savoir...


Et pour une fois que le choix de ne pas respecter le titre original s'avère plutôt bien senti, exprimons notre gratitude au distributeur, au producteur ou au personnel du service marketing qui eut l'idée ingénieuse de semer le trouble. Car si comme bon nombre de spectateur notre première impression laisse à penser que cette recherche de savoir est directement liée au personnage de Rex Hofman, l'on est en droit de penser qu'il peut directement viser le responsable de la disparition de Saskia. Notons d'ailleurs que l'homme en question, le français Raymond Lemorne, est incarné à l'écran par l'excellent Bernard-Pierre Donnadieu dont les premiers (petits) rôles au cinéma lui permettent tout de même de croiser la route de Roman Polanski, de Claude Lelouche ou encore de Jean-Jacques Annaud avant qu'il ne brille par sa présence dans Le professionnel de Georges Lautner, Rue Barbare de Gilles Béhat et plus encore dans le formidable Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne dans lequel il se confrontera en fin de récit à Gérard Depardieu... L'homme qui voulait savoir reste peut-être son plus grand rôle. En sociopathe ivre de connaître le ''grand frisson'' inspiré du roman Het Gouden Ei (L'Œuf d'Or) de l'écrivain néerlandais Tim Krabbé, l'acteur français s'avère juste terrifiant. Non parce qu'il incarne le prototype même du Grand Méchant Loup, caricatural au possible et doté d'une imagination débordante en matière de sadisme mais parce qu'au contraire, il interprète un homme théoriquement au dessus de tout soupçon, marié, et père de deux filles. Si la première partie de ce récit en trois actes se penche sur la recherche désespérée de la jeune disparue par son compagnon, la seconde montre l'approche méthodique du prédateur. Un individu qui d'ailleurs fait montre de maladresses, s'entraînant à commettre l'acte en question...


Un homme plutôt taiseux mais intelligent. Celui-là même que l'on pourrait imaginer être l'homme du titre. Car d'un côté comme de l'autre, il y a Rex, qui veut savoir la vérité sur la disparition de Saska. Préférant d'ailleurs la savoir morte que de rester dans l'inconnu. Et puis, Raymond, qui semble vouloir de connaître ce que l'on ressent lorsque l'on enlève une personne et qu'on la tue ! Deux obsessions s'affrontent. Celle de Rex et celle de Raymond, les deux hommes finissant fatalement par se rencontrer. Ici, pas de débordements de violence. Pas une goutte de sang et un corps que l'on ne retrouvera finalement jamais. Mais un Rex désespéré face à un Raymond froid, impassible et dénué de morale. L'on est donc plus proche du thriller psychologique que du pur film d'horreur. Sans jamais entrer directement dans la tête du tueur et à travers une vision beaucoup frontale que ses concurrents, George Sluizer parvient à faire entrer son film dans des cases des grands traumatismes du genre que sont Le voyeur de Michael Powell, L'Obsédé de William Wyler, Angst de Gerald Kargl, Maniac de William Lustig ou encore Henry: Portrait of a Serial Killer de John McNaughton. Un choc !

 

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