mardi 18 septembre 2018

La Maison du Diable de Robert Wise (1963) - ★★★★★★★★★☆



Entre les murs d'un immense manoir réputé pour être hanté, quatre personnes se réunissent afin de démontrer l'existence réelle ou non de phénomènes surnaturels. Conviés par l'anthropologue (et non anthropologiste comme le précise de manière erronée la version française) John Markway, le propriétaire de la demeure, Luke Sanderson (le sceptique du groupe), Theodora, l'extralucide, et Eleanor Lance, une jeune femme fragile fuyant sa condition, se retrouvent donc ainsi enfermés pour un séjour qui s'avérera particulièrement effrayant puisque dès la première nuit, d''étranges événements vont se produire au Castel. Neil (Eleonor) et Theo (Theodora) vont passer la nuit dans la même chambre, effrayées par des bruits étranges qui se répéteront durant tout le séjour. Murmures, rires et cris d'enfants, coups frappés contre certains murs de l'édifice... les deux jeunes femmes vont être les témoins de la présence d'une force obscure et terrifiante. Le professeur Markway tente d'établir la réalité des événements tandis que Luke Sanderson reste froid aux témoignages apportés par les deux jeunes femmes. Devant l'effroi de Neil, le professeur lui conseille de quitter les lieux. Mais la jeune femme refuse, convaincue qu'elle doit rester au manoir...

La Maison du Diable (à ne pas confondre avec Amityville, la Maison du Diable réalisé en 1979 par le cinéaste Stuart Rosenberg) de Robert Wise est un authentique chef-d’œuvre. L'un des plus grands films d'épouvante situant son action dans un immense manoir réputé hanté. Tourné à la fin de l'année 1962, c'est l'impressionnant manoir de Ettington Hall à Aldermlinster en Angleterre qui sert de décor à l'un des films de maisons hantées les plus inquiétants. Malgré son âge, et l'idée saugrenue d'en faire un remake (plutôt navrant) trente-six ans plus tard (Hantise de Jan de Bont), The Hanting (titre original) n'a pas perdu de sa force et conserve tout ce qui faisait déjà à l'époque, le sel de son histoire. Car plutôt que de résumer son œuvre à un groupe explorant les dédales labyrinthiques d'une demeure comptant sans doute plus d'une centaine de pièces, Robert Wise a l'idée ingénieuse de caractériser au maximum son personnage principal merveilleusement incarné par l'actrice américaine originaire du Michigan, Julie Harris (À l'est d'Éden d'Elia Kazan, Le Voyage des Damnés de Stuart Rosenberg, ou encore La Part des Ténèbres de George A. Romero). Une jeune femme que l'on découvrira assez rapidement fragile, apte à capter les phénomènes paranormaux se manifestant dans le manoir. On y apprend notamment que la jeune femme a perdu onze années de son existence à veiller sa mère malade. Fuyant sa sœur (qui l'abrite mais la sermonne en permanence en l’accusant de la mort de leur mère), et son existence, au volant du véhicule de cette dernière, Neil rappelle à ce moment très précis l'héroïne du chef-d’œuvre Psychose du britannique Alfred Hitchcock qui elle-même fuyait, mais pour d'autres raisons.

Le manoir de Ettington Hall est le lieu idéal pour tourner un long-métrage sur ce sujet. Des gargouilles effrayantes par dizaines, des pièces immenses aux plafonds gigantesques permettant au cinéaste des cadrage spectaculaires. Le noir et blanc renforce la lumière dont les ombres projetées contre les différents éléments du décor s’intègrent parfaitement au sentiment d'angoisse qui se dégage des lieux.L'ambiance sonore demeurant au moins aussi importante que le visuel, Robert Wise ne ménage pas ses effets, surtout lorsque la nuit tombe et que des coups sourds viennent pleuvoir contre les murs du manoir et vriller les tympans de ses héroïnes. Un simple mur se transforme en visage démoniaque. Des sculptures apparemment anodines semblent parfois prendre vie. Et même si cela n'est pas toujours très clairement établi, il arrive que le spectateur lui-même ressente d'étranges sensations. Plus que l'éventuelle existence de fantômes, c'est surtout la lente dégradation mentale de l'héroïne qui marque les esprits, devenant peu à peu l'objet de forces obscures. Rien n'est pourtant moins certain que cela lorsque Neil marmonne intérieurement et inlassablement son désir de demeurer au manoir. A tel point que l'on se demande si tout n'est finalement pas que folie extraite de son esprit malade. Si ce n'étaient ces coups frappés contre les murs chaque nuit...

Face à Neil, Robert Wise lui oppose le personnage de Theo, incarnée par Claire Bloom. L'extralucide un brin sadique. Puis Luke Sanderson Russ Tamblyn), le propriétaire sceptique, qui durant une très grande partie du film semble totalement détaché des événements, préférant le bon mot à la recherche de la vérité. Enfin, le professeur Markway (Richard Johnson), l'anthropologue, l'organisateur de cet événement, lequel temporise et rassure la jeune et naïve Neil. On n'oubliera pas non plus Valentina Dyall et Rosalie Crutchley, qui à eux deux campent les Dudley, le sinistre couple de valets. Bien que l'impressionnante demeure nous fasse croire à un gros travail de préparation en terme de décors et d'effets, La Maison du Diable fait preuve en réalité d'une grande sobriété. Robert Wise préfère mettre ses billes et son talents dans la mise en scène et dans l'interprétation de ses actrices et acteurs. A aucun moment le moindre ectoplasme ne fait son apparition. Tout juste apercevrons-nous les effets de leur présence (porte se refermant toutes seules, et surtout, l'une d'entre elles se gondolant sous la force de l'esprit que se cache derrière elle). Perclus de scènes marquantes (le visage diabolique se dessinant sur l'un des murs de la chambre de Neil) et par le jeu exceptionnel de ses interprètes, l'oeuvre de Robert Wise est un classique. A voir, et à revoir...

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