lundi 27 juillet 2015

Altered States de Ken Russel (1980) - ★★★★★★★★★★



372ème article. Je me demande aujourd'hui s'il faut user de la première, ou de la troisième personne. Il y a peut-être quelque chose de prétentieux dans cette interrogation, pourtant, quelle importance ? Et les critiques dans tout ça, en ont-elles davantage ? 
Vingt ans. Pas jour pour jour, mais presque. Vingt ans que je l'ai vu pour la première fois. Dix ans peut-être que je rêve d'en partager les émotions qui m'ont submergées durant plus d'une heure trente. Cinq tout au plus que j'espère pouvoir écrire dessus sans trop me couvrir de ridicule. A tel point que j'avais fini par me convaincre que Altered States était un mauvais film. Qu'il ne méritait pas que je m'y attarde. Pourtant, le courage, il va bien falloir que m'en arme.
En effet, il serait égoïste de ma part que de garder pour moi ce sentiment immense que je ressens ce soir. Cette vague d'émotions diverses impossibles à réprimer. Mais comment faire ? Comment la rendre palpable. Comment donner envie ?

Ken Russell, cet immense cinéaste qui a commit sa plus terrible erreur en nous quittant le 27 novembre 2011 a laissé derrière lui une œuvre gargantuesque. Spécialiste des biopics, il était capable du meilleur (The Devils) comme du pire (The Lair of the White Worm). Avec Altered States, il a offert au monde du cinéma et à ses fans l'un des films les plus extraordinairement émouvant de l'histoire du cinéma.

"J'ai vécu des états oniriques, mystiques... des allégories religieuses bibliques." Eddie Jessup

Certains y verront sans doute une œuvre hautement symbolique. D'autre en revanche se créeront une armature imperméable aussi solide que les convictions du personnage campé par William Hurt, demeurant ainsi définitivement réfractaires aux visions liturgiques et psychédéliques d'un cinéaste à l'apogée de sa carrière...

De retour du Mexique où il a participé à un rite, le professeur en anthropologie Eddie Jessup a rapporté un flacon renfermant un précieux mélange constitué de différentes plantes hallucinogènes. Véritable psychotrope, cette substance, alliée à une expérience à laquelle il est coutumier et qui consiste à rester immerger durant des heures dans un caisson d'isolation sensorielle, va avoir des répercussions inattendues sur un plan psychologique mais aussi génétique.
Désireux de remonter jusqu'aux sources mêmes de la vie, Jessup va peu à peu régresser jusqu'à atteindre un état qu'il qualifiera de néant.

L'une des principales sources d'inspiration du film est sans aucun doute le breuvage originaire de certaines tribus d'Amazonie, l'Ayahuaca (ou Yagé). A l'origine prévue pour ses bénéfices en matière de pharmacologie, cette substance possède également des vertus psychotropes : apparitions de taches blanches, de lumières, perception modifiée, amplifiées au travers de visions auditives et visuelles, etc...
Mais Altered States, et à travers lui, Ken Russell et son principal personnage, est aussi une formidable histoire d'amour à sens unique. En fait, deux manière d'aborder cet amour. D'un point de vue strictement sentimental, Emily, l'épouse du professeur sent bien que leur relation lui échappe. Cette dernière ayant d'ailleurs été bâtie sur de mauvaises bases, on comprend assez vite qu'elle ne peut aboutir de manière heureuse. Emily, c'est l'actrice Blair Brown. Alors que dans la première partie elle est très logiquement mise de coté au profit du personnage d'Eddy et de ses deux associés (les fantastiques Bob Balaban dans le rôle d'Arthur Rosenberg et Charles Haid dans celui de Mason Parrish), elle revient après s'être effacée par l'entremise d'un long voyage en Afrique, et donne tout ce qu'elle possède de talent dans son interprétation. 
 

"Ce qui lui est arrivé ce soir, c'est sa façon de concevoir l'amour. Il a enfin réussi à prendre son pied avec Dieu. Il a embrassé l'absolu. Il a été violé par la Vérité. La salope, elle a bien faillit avoir sa peau.." Emily Jessup

Outre l'incroyable prestation de William Hurt, Blair Brown est extraordinaire dans le rôle de cette femme incapable de se battre contre cette "maîtresse" d'un genre un peu particulier qui accapare le corps et l'esprit tout entier du scientifique. L'actrice joue, exprime, et fait ressentir toute la douleur de son personnage, incapable de résister et d'accepter l'autodestruction que s'inflige l'homme qu'elle aime. Lui-même vit une histoire d'amour. Mais pas de celles dont on est coutumier. Lui veut découvrir, apprendre et savoir sur les origines de la vie, et donc de sa propre existence. William Hurt est en état de grâce. Il interprète ici sans doute l'un de ses meilleurs rôles.

Altered States est une œuvre atypique à la croisée des chemins entre le Easy Rider de Dennis Hopper pour le vent de liberté qu'exprime l’œuvre dans son approche, The Fly de David Cronenberg (pas encore tourné à l'époque) pour le dérèglement génétique consécutif aux expériences menées par le trio de scientifiques et 2001, L'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick pour les incroyables visions psychédéliques auxquelles personnages et spectateurs sont confrontés...
Altered States est une œuvre bouleversante, visionnaire, mystique et intemporelle. Un film entièrement dédié à la vie, la folie des hommes et à l'amour. Un immense chef-d’œuvre.

2 commentaires:

  1. NOOOOONNNNN ! C'est pas possible, je n'y crois pas : il y a quelques jours, en regardant Brain Dead, je pensais justement à ce film - dont j'avais oublié le nom ! J'ai fait une recherche sur wiki et je suis tombé sur le titre en français (Au-delà du réel). Les grands esprits se rencontrent, quand même ! J'avais adoré ce film et je songeais même à le louer à la médiathèque. Ce que tu dis sur la croisée des chemins entre The Fly / Easy Rider (que j'ai détesté) / 2001 l'Odyssée de l'Espace est très, très juste ! Bravo !

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  2. Mike, il s'agit sans doute de synchronicité... D'ailleurs, Lolo, il me semble que nous devions le voir ensemble, ce film... ;)

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