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dimanche 26 janvier 2025

7 Doors of Death (L'au-delà) de Lucio Fulci (1981) (version Aquarius Releasing Films)

 


 

S'il existe des projets de ''reconstruction'' cinématographique remarquables à l'image du formidable et exemplaire travail de montage effectué par le réalisateur italien Dario Argento sur Dawn of the Dead de l'américain George Romero, d'autres, au contraire, semblent avoir tout entrepris pour détruite l’œuvre d'origine concernée. L'un des plus saisissants exemples de longs-métrages à avoir été ainsi triturés au point d'en redéfinir son intérêt demeure sans doute E Tu Vivrai Nel Terrore – L'Aldilà du réalisateur italien Lucio Fulci. Les bobines de ce film culte connu chez nous sous le titre L'au-delà, l'une des pierres angulaires de l'horreur transalpine traitée au premier degré, ont effectivement été victimes de maltraitances. Des producteurs/distributeurs malveillants qui ne connaissaient sans doute de l'art que cette partie phonétiquement semblable à la graisse du tissu sous-cutané du porc. Des cochons, tiens, justement ! Appellation sous laquelle nous devrions renommer ceux qui eurent l'outrecuidance d'ôter l'une des caractéristiques du long-métrage qui font justement la substance et la saveur de L'au-delà. Trop sensibles sans doute devant la séquence d'ouverture lors de laquelle un supposé sorcier était torturé à coups de chaînes avant d'être crucifié contre un mur de la cave de l’hôtel qui l'abritait, s'il demeure quelques réminiscences des sévices infligées, la séquence est remontée de telle manière que les blessures apparaissent quasiment sous forme d'images subliminales. Il n'y aura donc guère que les fans purs et durs du long-métrage de Lucio Fulci pour reconstruire intellectuellement cet éprouvant passage qui donc ici est désormais très largement mutilé. Sorti et distribué sur le territoire américain au format VHS sous le titre Seven Doors of Death, le chef-d’œuvre du réalisateur et scénariste italien se verra donc de bout en bout revisité. Un terme, en réalité, beaucoup trop poli pour décrire ce qui ressemble davantage à un authentique massacre. Une ''version'' indisponible en France. Heureusement pourrions-nous dire au vu du traitement qui lui fut infligé. On ne va pas revenir sur le sujet du film puisque les divers traitements à laquelle cette infâme mouture fut assujettie n'ont de ce poins de vue là, aucunes véritables conséquences.


L'on retrouve donc Catriona MacColl, David Warbeck et Cinzia Monreale dans les rôles principaux d'un film où se mêlent malédiction, Enfer, satanisme et invasion animales et zombiesque. Situant ainsi l'action entre un hôtel alors en pleine rénovation et récemment acquis par Lisa Merril, un cimetière, une bibliothèque, la demeure d'une jeune aveugle ou encore une morgue ! Y interviennent donc des créatures de ''l'au-delà'', entre des macchabées qui reviennent à la vie, un ancien peintre revenu pour se venger, une horde d'araignées affamées et même, oui, un acide rampant particulièrement corrosif... Il demeure cependant un changement artistique majeur qui dans cette version complètement alternative choque peut-être davantage encore que la simple expurgation de certains plans iconiques de l'œuvre. Car si l'horreur fait bien évidemment partie intégrante du concept auquel Lucio Fulci consacra dans son pays une importante partie de sa carrière de cinéaste, et si celles-ci sont honteusement charcutées, il est un choix de la part des distributeurs américains qui s'avère peut-être encore plus impardonnable. Les fans le savent, avec L'au-delà, les spectateurs n'eurent pas que l'insigne honneur de découvrir une œuvre horrifique poétiquement macabre et particulièrement saignante. Car à elles seules, on est en droit de se demander si les scènes d'horreur se seraient suffit à elles-mêmes. C'est pourquoi la présence de la géniale partition musicale du compositeur italien Fabio Frizzi ne peut être décorrélée de l'œuvre en elle-même ! Un ''détail'' dont ces bouchers de distributeurs américains semblent s'être désintéressés à l'époque puisque celle-ci fut tout bonnement bannie au profit d'une minable bande-musicale ''composée'' par Ira et Mitch Yuspeh (trois notes de synthé, pas davantage). Notons que la version telle que l'avait envisagée Lucio Fulci, dotée de l'entiéreté des séquences gore et de la formidable partition de Fabio Frizzi ne vit le jour outre-atlantique qu'en 1998. Soit dix-sept ans après sa sortie en Europe. Quant à cette ignominie qu'est Seven Doors of Death, les coupables en furent les fondateurs des éditions Aquarius Releasing Films qui heureusement, n'existent plus depuis 1985 mais qui dès 1969 et jusqu'à cette date fatidique eurent le temps de distribuer cent-vingt deux longs-métrages...

 

jeudi 2 janvier 2025

l cav. Costante Nicosia demoniaco ovvero: Dracula in Brianza de Lucio Fulci (1975) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir majoritairement œuvré dans le domaine de la comédie, après les gialli horrifiques Una lucertola con la Pelle di Donna en 1971 et Non si Sevizia un Paperino l'année suivante, après deux westerns très brutaux (Tempo di Massacro en 1966 et I Quattro dell'Apocalisse en 1975) et seulement quelques années avant qu'il ne corrèle plusieurs de ses œuvres à venir au domaine de l'enfer et au purgatoire duquel de temps en temps des zombies décharnés tenteront de s'échapper, le réalisateur italien Lucio Fulci testa une première approche dans l'univers du surnaturel en 1975. Avec son titre à rallonge, l cav. Costante Nicosia demoniaco ovvero: Dracula in Brianza (que l'on peut traduire ainsi : Le démoniaque chevalier Constant Nicosia ou : Dracula en Brianza) s'intéresse moins à ces créatures généralement extraites de leur tombe par des scientifiques fous ou à l'issue de catastrophes écologiques d'ampleur mondiale qu'aux suceurs de sang. D'autres avant lui se penchèrent sur le cas de ces créatures nocturnes ne se reflétant généralement pas dans les miroirs et apeurées lorsqu'on présente devant elles, gousses d'ail, crucifix et autres eaux bénites ! Du meilleur avec Le bal des vampires de Roman Polanski en 1967 au pire avec Tendre Dracula de Pierre Grunstein dans lequel le réalisateur français réunissait un improbable casting autour duquel l'on retrouvait notamment Bernard Menez, Miou-Miou, Julien Guiomar et le britannique Peter Cushing. Notons que Bernard Menez réapparaîtra deux ans plus tard dans Dracula père et fils d'Edouard Molinaro, cette fois-ci aux côtés du plus grand interprète du célèbre vampire, Christopher Lee ! Des parodies, il y en eut un nombre relativement important. Parmi lesquelles, Dracula, mort et heureux de l'être de Mel Brooks en 1995 ou toujours plus près de nous, Les Charlots contre Dracula quinze ans auparavant. l cav. Costante Nicosia demoniaco ovvero: Dracula in Brianza se distingue cependant d'une grande partie d'entre elles (dont un certain nombre n'est évidemment pas cité dans cet article) par ses qualités et son approche humoristico-érotico-fantastique. Ne ménageant pas ses efforts pour mettre en scène son héros superstitieux et victime d'une malédiction depuis qu'il est revenu d'un voyage en Roumanie, Lucio Fulci parsème en effet ça et là quelques plans de culs et de nichons qui demeurent encore cinquante ans après leur première apparition, plutôt agréables à regarder. D'où l'avantage du cinéma dont la mémoire est seule à pouvoir se flétrir, contrairement à ses jeunes donzelles qui gardent, elles, leur jeunesse éternelle.


De la beauté à la laideur, il n'y a qu'un pas que franchit allégrement le cinéaste. Le long-métrage passe ainsi des délicieuses Christa Linder ou Sylva Koscina à des créatures hautement disgracieuses comme peuvent l'être Anastasia ou le servant du descendant du célébrissime Dracula prénommé Battai (Ugo Fangareggi). l cav. Costante Nicosia demoniaco ovvero: Dracula in Brianza met en scène l'acteur sicilien Lando Buzzanca dans le rôle du chevalier Costante Nicosia. PDG d'une grande entreprise de dentifrice et président d'une équipe de basket qui accumule les défaites. Marié à Mariù et très superstitieux, il démarre chaque journée de travail en caressant la bosse de Peppino (Antonio Allocca) et suit les recommandations de son médecin généraliste et de son psychiatre qui lui répètent sans cesse que tout va bien. Un jour, Costante est contraint de se rendre en Roumanie. Sur place, il apprend que la réunion à laquelle il doit assister est repoussée de quelques jours. Il en profite pour se rendre jusqu'au château d'un Comte qu'il a côtoyé à bord d'un avion et qui l'a généreusement invité à lui rendre visite. Après avoir été accueilli par le domestique Battai, Costant est convié à un dîner, entouré de jeunes femmes aussi nues que le seront le comte Dragulescu et l'un de ses proches. Forcé à boire plus que de raison, Costant tombe dans le coma et se réveille le lendemain matin aux côtés de son hôte ! Terrifié à l'idée d'avoir couché avec un homme, le PDG fuit et repart pour l'Italie où il lui semble être désormais attiré par les hommes ! ¨Pire : le voici surtout poussé à boire du sang humain. Ce qui le poussera à prendre de nouveau rendez-vous avec son psy et même à aller voir un certain Salvatore (Ciccio Ingrassia), un magicien capable en théorie de le guérir de sa malédiction... Loin des œuvres crépusculaires qu'il signera à seulement quelques années d'intervalle, Lucio Fulci signe une savoureuse comédie fantastique, parodique et érotique dont les dialogues se révèlent parfois étonnamment crus. Un long-métrage sans filtre où la nudité côtoie le mythe du vampire dans un cadre social (celui de l'usine de dentifrice où la syndicaliste Bestia Assatanata (Moira Orfei) mène les négociations avec une main de fer) plus ou moins élaboré. En résulte une œuvre divertissante où Lando Buzzanca se joue des responsabilités de son personnage pour mieux grossir le trait de ses obsessions sexuelles et chimériques. Bref, une réussite...


 

mercredi 12 juillet 2023

002 Agenti Segretissimi de Lucio Fulci (1964) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Deux ans après les avoir mis en scène dans I Due de la Legion, Lucio Fulci retrouve les comiques italiens Franco Franchi et Ciccio Ingrassia. Pour être tout à fait honnête, avant de les réembaucher sur le tournage de 002 Agenti Segretissimi, le futur réalisateur des films les plus glauques du cinéma transalpin des années quatre-vingt les avait déjà retrouvé sur ceux de Gli imbroglioni et de I Due Evasi di Sing Sing. Tournant à une allure folle (rien qu'en 1964, le duo jouera dans une quinzaine de longs-métrages), nous retrouvons Franco Franchi et Ciccio Ingrassia dans le rôle de deux bêtas qui à l'origine sont ''spécialisés'' dans le cambriolage avant d'être d'être utilisés sans leur consentement comme agents secrets par une organisation américaine afin de tromper la vigilance d'espions venus tout droit de Russie. L'objectif des américains étant d'attirer leurs ennemis vers une fausse piste, ils implantent dans l'une des dents de Franco un microfilm censé renfermer une formule secrète alors qu'il ne s'agit que de celle du bicarbonate ! Comme dans toute bonne comédie d'espionnage, les deux héros de ce film ô combien rocambolesque vont être au centre d'une aventure pleine de surprise. On retrouve donc un Franco Franchi plus grimaçant que jamais. Une fois le concept assimilé, l'acteur, de part l'incroyable élasticité de sa mâchoire, incarnera comme d'habitude le plus idiot des deux. Ciccio Ingrassia dont le personnage n'en est pas moins stupide tempère les outrances comportementales dont se rend responsable son acolyte. Adaptant sa propre histoire aux côtés de Lucio Fulci lui-même et d'Amedeo Sollazzo, le scénariste et réalisateur italien Vittorio Metz nous offre avec 002 Agenti Segretissimi une comédie extrêmement riche en terme de situations. Il faut reconnaître que malgré l’exiguïté du script, l'intérêt repose sur la multitude d'événements auxquels vont être confrontés Franco et Ciccio. Un tout petit brin de science-fiction (la présence du robot appartement à l'organisation américaine), de l'espionnage (le récit tournant autour du microfilm et des agents russes et même chinois qui tenteront de mettre la main dessus), des meurtres (par armes à feu ou par empoisonnement), mais surtout, oui, surtout, de l'humour, symbolisé par les incessantes grimaces de Franco Franchi dont la langue est, au sens figuré comme au sens propre, particulièrement pendue !


Opposé à un Ciccio Ingrassia qui tempère sans cesse cette profusion de rictus qui à la longue aurait pu être épuisante mais que ce dernier, par son impassibilité parvient à désamorcer aux moments opportuns. Ensuite, ça n'est pas parce que 002 Agenti Segretissimi n'est qu'une comédie, voire même une parodie des films d'espionnages (auxquels le duo se frottera à nouveau à plusieurs reprises) qu'il faut ignorer l'un des aspects essentiels de ce genre de longs-métrages : le charme des interprètes féminines qui en général font partie intégrante du cinéma d'espionnage et qui dans le cas présent est symbolisé par de très belles actrices, telle l'allemande Ingrid Schoeller dans le rôle de Giulia Cirillo, l'italienne Annie Gorassini incarnant la superbe espionne russe Natasha ou l'américaine Mary Arden qui quant à elle interprète le rôle de Nadja. De superbes actrices dont la physionomie ne se généralise pourtant pas dans le cas de 002 Agenti Segretissimi puisque débarque au trois quart du récit l'actrice italienne Viviana Larice dont le visage risque de hanter pendant de nombreuses semaines ceux qui la découvriront ici dans le rôle totalement inapproprié d'une instructrice spécialisée dans la séduction. Quant à nos involontaires espions pour le compte de l'organisation américaine, ils devront composer avec une foule d'ennemis chargés de les tuer ou de récupérer le microfilm que renferme l'une des dents de Franco, subir les assauts d'un binôme gay bodybuildé, supporter une séance de torture digne du Moyen-Âge (Torture par l'eau, supplice de la chèvre) et des brûlures au second degré causées par une séance prolongée au soleil, etc, etc... Le clou du spectacle se situant sans doute lors de la longue séquence se déroulant dans un restaurant et où nos deux faux agents secrets (mais vrais pitres) sont vêtus de costumes sombres affublés de croix dans le dos ! Ajoutons le running-gag lié à un couple de vacanciers que Franco et Ciccio croiseront à plusieurs reprises et l'on tient là une comédie sympathique. Pas très fine mais tellement riche que l'on ne s'ennuie pas un seul instant...

 

lundi 26 juin 2023

I Due Evasi di Sing Sing de Lucio Fulci (1964) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Lucio Fulci a démarré cette année 1964 avec la comédie I Maniaci dans lequel il retrouve les fidèles Franco Franchi et Ciccio Ingrassia qui de leur côté n'ont pas chômé puisque cette même année, avant de tenir la vedette de I Due Evasi di Sing Sing, les fans du duo purent les découvrir dans pas moins de sept longs-métrages parmi lesquels, I Marziani Hanno 12 Mani de Franco Castellano et Giuseppe Moccia ou Due Mafiosi nel Far West de Giorgio Simonelli. Une fois n'est pas coutume, les deux comiques incarnent à nouveau deux truands qui d'emblée attendent dans le couloir de la mort que vienne le jour de leur exécution. Et justement, arrive l'instant fatidique durant lequel ils devront être exécutés dans une chambre à gaz. Mais rien ne se déroule comme prévu et Franco et Ciccio Bacalone (c'est leur nom) vont retourner dans leur cellule comme semble le vouloir la loi de leur pays qui gracie un condamné si jamais son exécution ne se déroule pas dans les règles ! L'occasion pour Franco de continuer à tenir son journal qu'il écrit à l'aide de café. I Due Evasi di Sing Sing remonte donc aux origines. Celles qui expliquent dans quelles circonstances ces deux benêts se sont retrouvés en prison. Tout commence par leur rencontre avec un certain Attanasia (l'acteur Arturo Dominici), l'un des truands les plus respectés et les plus craints d'Italie, ayant la main sur les médias, la politique et les différentes autorités du pays. Seul son principal concurrent Lemmy Tristano (Livio Lorenzo) ose se frotter à lui. C'est lors d'un affrontement opposant cinq hommes de ce dernier à Attanasia et quatre de ses gardes du corps lors d'une séance aux bains turcs que Franco et Ciccio sauvent involontairement la vie de ce dernier qui dès lors, décide de les prendre sous son aile. Reste à savoir si la nouvelle amitié qui lie le truand et les deux frères est réelle où si elle cache des enjeux liés au monde de la boxe que Lemmy Tristano exige de contrôler sans partage...


La collaboration entre Lucio Fulci et le duo Franco Franchi et Ciccio Ingrassia n'étant qu'un éternel recommencement, le réalisateur et le scénariste Marcello Ciorciolini multiplient les occasions de mettre en scène les deux comiques dans des situations plus absurdes les unes que les autres. Charriant une fois encore son contingent de jolies poupées parmi lesquelles Gloria Paul, Alicia Brandet ou Mary Arden, I Due Evasi di Sing Sing est, sous couvert d'un récit propre au polar, une comédie déjantée dans le plus pur style du duo qui s'en donne à cœur joie. L'un et l'autre se cantonnant à leur rôle respectif, Franco Franchi apparaît donc une fois de plus comme le plus stupide des deux, affublant chacune de ses interventions des grimaces qui le caractérisent tandis que son compagnon demeure toujours aussi stoïque. Le générique d'ouverture est original et ingénieux puisqu'il présente les interprètes et donc leurs personnages sous la forme de fiches signalétiques de détenus. L'occasion de découvrir le choix de Lucio Fulci pour de ''vraies gueules de terreurs'', à l'image d'Omero Gargano qui interprète le rôle de Joe Pastramo, de Renato Terra qui joue celui de Jim Doris mais aussi et surtout de Poldo Bendandi et son visage ravagé par la variole. Un acteur patibulaire qui retrouvera Lucio Fulci à ,quelques reprises et qui rencontrera le réalisateur français Louis Malle en 1965 sur le tournage de Viva Maria ! Fait particulièrement notable, la bande originale est signée de l'un des plus illustres compositeurs italiens du nom de... Ennio Morricone. Notons également que l'action est censée se dérouler sur le territoire américain dans la célèbre prison de Sing Sing. Durant leurs aventures d'une durée avoisinant les quatre-vingt quinze minutes, nos deux héros vont être introduits dans l'univers de la boxe, des paris et des matchs truqués (Franco Bacalone devenant bien malgré lui l'une des dernières sensations dans le domaine sous le surnom de ''Frankie la bête'') puis assisteront à une fusillade perpétrée dans un studio de télévision avant d'être arrêtés, soupçonnés puis condamnés à quatre-vingt dix-neuf ans de prison pour avoir commis un massacre lors de la dite fusillade malgré leur innocence ! I Due Evasi di Sing Sing est fait du même matériaux que la plupart des longs-métrages dont sont les héros Franco Franchi et Ciccio Ingrassia. Les fans apprécieront. Quant à leurs détracteurs... il y a peu de chance qu'ils changent d'opinion...

 

dimanche 25 juin 2023

Gli Imbroglioni de Lucio Fulci (1963) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'année suivant la sortie de Il Due de la Legione, le réalisateur italien Lucio Fulci abandonne un temps le duo formé par Franco Franchi et Ciccio Ingrassia et met en scène dans le rôle principal de Uno Strano Tipo, Adriano Celentano, connu chez nous pour sa carrière de chanteur mais qui dans son pays d'origine fut également connu pour avoir joué dans de nombreux longs-métrages entre 1956 et 1992. La même année, Lucio Fulci réalise Gli Imbroglioni dans lequel il retrouve Franco Franchi et Ciccio Ingrassia, lesquels ne sont pas les seuls protagonistes puisque le réalisateur les convie tout comme d'autres interprètes à participer à une œuvre plus proche du film à sketchs que ce qu'à l'habitude de mettre en scène le futur auteur de La longue nuit de l'exorcisme, L'emmurée vivante ou La maison près du cimetière. Traduit chez nous sous le titre Les filous font la loi et scripté par Giuseppe Moccia, Vittorio Vighi, Mario Guerra, Franco Castellano et Lucio Fulci lui-même, Gli Imbroglioni est purement humoristique. Et si même Franco Franchi et Ciccio Ingrassia semblent être noyés parmi un nombre important d'interprètes qui tout comme eux vont incarner des personnages confrontés à un juge (l'acteur José Luis López Vázquez), le réalisateur leur permettra d'intervenir à trois reprises. L'action du long-métrage se déroule donc dans la salle d'un tribunal rempli de visiteurs venus assister aux différents procès que devra juger un seul homme dont nous suivons donc une journée débutant par une altercation avec un homme qui s'avérera être la première personne qu'il aura à juger. Débarquent alors Franco Franchi et Ciccio Ingrassia dans les rôles de Salvatore Di Carmine et Napoleone Palumbo. Criant leur innocence concernant une escroquerie dont fut victime un antiquaire du nom d'Antonio Monterosi (l'acteur Xan das Bolas), les deux hommes vont devoir justifier de leur actes. C'est ainsi donc que l'on découvre le principe de Gli Imbroglioni qui sur une durée n'excédant pas les quatre-vingt cinq minutes valsera entre des séquences filmées dans la section civile du tribunal de première instance de Rome et des flash-back revenant sur les événements qui menèrent les divers protagonistes à se retrouver face au juge. Le concept étant ce qu'il est, on navigue entre des séquences franchement réussies tandis que d'autres s'avèrent nettement moins passionnantes...


Dans l'ordre, et à la suite du récit entourant nos deux habituels escrocs (dans Il Due de la Legione Franco Franchi et Ciccio Ingrassia tentèrent d'escroquer les napolitains au Bonneteau tandis qu'ils incarneront en 1964 des cambrioleurs dans 002 Angenti Segretissimi), nous assistons au procès de deux hommes dont l'un a frappé le second pour avoir ''rêvé' de son épouse, à celui de deux bonnes sœurs ayant insulté et malmené un brigadier de police durant son service, puis notre duo de comiques réapparaît à nouveau à l'image afin de s'expliquer sur les origines de leur patronyme lors d'une séquence totalement chaotique. Viennent ensuite à la barre un couple qui se déchire, la mère avocate de la jeune femme tentant de discréditer l'époux en question. Il s'agit là de l'une des séquences les plus intéressantes du long-métrage. Les scénaristes font preuve d'une imagination florissante en faisant passer le mari (Aroldo Tieri dans le rôle de Monsieur Taverna) pour un coureur de jupons tandis que l'avocat de ce dernier cherche à faire passer son épouse (l'actrice Dominique Boschero) pour une fille facile. Il s'agira là de la séquence la plus longue. Lucio Fulci choisi d'ailleurs l'option de la mettre en ''couveuse'' lors d'une suspension de séance, le temps de mettre une troisième et dernière fois en scène Franco Franchi et Ciccio Ingrassia au cœur d'une nouvelle escroquerie lors de laquelle, leurs personnages respectifs tenteront une dernière filouterie dont la victime sera un touriste allemand désireux de mettre la main sur une ancienne momie ! Dans l'ensemble, Gli Imbroglioni est vraiment plaisant à regarder. Les interprètes féminines (Dominique Boschero, Antonella Lualdi, Luciana Gilli, etc...) sont, comme d'habitude, souvent séduisantes tandis que les acteurs masculins s'en donnent à cœur joie en incarnant leur personnage avec grandiloquence lors de scènes parfois savoureuses (Aroldo Tieri grimaçant dans son cabinet de médecin généraliste tel un pervers sexuel ou plus tard, semant la pagaille en écoutant la retransmission radio d'un match de football lors de l'enterrement de la tante de son épouse)...

 

mardi 20 juin 2023

I due della Legione de Lucio Fulci (1962) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

I due della Legione, c'est la rencontre entre le futur grand maître du gore transalpin Lucio Fulci et le duo de comiques Franco et Ciccio formé de Franco Franchi et Ciccio Ingrassia. Le premier débutera sa carrière sur grand écran après quelques courts-métrages en 1959 avec I Ladri. Quant aux deux autres, leur première collaboration avec le cinéma datera de 1960 avec Appuntamento a Ischia (Je cherche une maman) de Mario Mattoli avec lequel le duo aura l'occasion de tourner à plusieurs reprises. Tout comme avec Lucio Fulci qui bien avant de se plonger corps et âme dans l'horreur la plus glauque et putride qui soit aura donc signé des westerns, de l'espionnage, du policier, du musicarello, du drame historique, du giallo, de l'aventure, un brin d'érotisme mais aussi et surtout, des comédies dont celle-ci est la troisième dans une filmographie qui en 1962 ne compte pour le moment que cinq longs-métrages. I due della Legione est le neuvième long-métrage auquel collaborent ensemble les deux comiques. L'année précédente, Franco Franchi et Ciccio Ingrassia sont comparables à un autre duo d'humoristes du nom de Bud Abbott et Lou Costello et qui bien avant eux débutèrent leur carrière d'acteur au cinéma au tout début des années 40 dans One Night in the Tropics. Connus chez nous sous le surnoms des Deux nigauds, leurs pendants italiens furent affublés d'un blase sensiblement identique bien qu'à de très rares occasions : à trois reprises, Franco Franchi et Ciccio Ingrassia devinrent donc les Deux Corniauds. Un surnom dont les origines sont françaises et qui sans doute fait référence à leurs homologues américains. Tourné à Naples, I due della Legione met en scène Franco Cocuzza et Ciccio Fisichella, deux idiots voulant faire fortune en proposant aux passants de parier sur des parties de Bonneteau. Malheureusement pour eux, les deux hommes ne connaissent pas la technique permettant de tricher et leur réputation les précédant, ils se font rapidement dilapider par les habitants de Naples qui font la queue devant leur stand de jeu. Un jour, Franco et Ciccio sont menacés de mort par un certain Pasqualino, chef de la Camorra qui jure de les tuer s'ils ne débarrassent pas très rapidement le plancher...


Plus tard, les deux compagnons d'infortune trouvent l'homme mort devant la porte de leur appartement, un couteau planté en plein cœur. Franco et Ciccio savent qu'ils seront les premiers suspects même après s'être débarrassé du corps puisqu'ils ils ont parlé avec le sergent Tresport de la police napolitaine du différent qui les a opposé plus tôt à Pasqualino... Les deux hommes décident donc de prendre la fuite, de disparaître des radars, et vont accepter une proposition... ''alléchante''... De Franco Franchi et Ciccio Ingrassia, le premier évoque un autre comique d'origine américaine avec lequel il partage encore davantage que le duo Bud Abbott et Lou Costello : Jerry Lewis ! En effet, Franco Franchi partage avec ce dernier les mêmes traits du visage et des mimiques identiques. De là à penser que l'humoriste américain n'a fait que singer l'italien ou vice-versa, l'un rendant ainsi hommage au second, il n'y a qu'un pas. I due della Legione est donc une comédie, objectivement drôle même si l'humour se situe davantage dans la gestuelle que dans les dialogues qui bénéficient malgré tout d'une recherche qui va dans ce sens. On pense notamment à cette séquence lors de laquelle et à grand renfort de stocks-shots, la population de Naples est invitée à se rendre auprès de nos deux héros organisateurs de parties de Bonneteau ! Ancêtres de nos Charlots hexagonaux qui des décennies plus tard feront de leur côté de l'armée française, le sujet de plusieurs des films qu'ils interpréteront (Les Bidasses en folie de Claude Zidi et ses deux séquelles). Lucio Fulci nous offre succinctement l'opportunité de découvrir des ruelles napolitaines, avec ses draps suspendus aux fenêtres des immeubles, sa faune et ses gangsters. Arrivé à la moitié du récit, écrit par une légion de scénaristes dont Lucio Fulci lui-même ou Bruno Corbucci ou Giovanni Grimaldi, le scénario bifurque et invite nos deux héros à s'engager dans la légion étrangère et à y démanteler un trafic d'armes. I due della Legione est une sympathique comédie qui ne laisse absolument pas imaginer la tournure que prendra vingt ans plus tard la carrière de Lucio Fulci...

 

mercredi 6 avril 2022

Non si Sevizia un Paperino de Lucio Fulci (1972) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Lucio Fulci ou l'un des maîtres es Gore. De L'enfer des Zombies jusqu'à L'éventreur de New York, le réalisateur italien fut LE spécialiste de l'horreur putride et dérangeante, multipliant les visions cauchemardesques, faisant de l'Enfer un terrain de jeu qui trouvera son accomplissement avec Frayeurs et L'au-delà. Mais avant de produire une poignée de classiques du genre, et bien avant de se compromettre dans des bandes déplorables, le bonhomme s'attaqua à la comédie, à la science-fiction, au western, au drame historique et... au giallo ! Pour ce dernier, dont Dario Argento est reconnu comme l'un des spécialistes incontestables (Profondo Rosso en témoigne notamment brillamment), Lucio Fulci offrira aux amateurs du genre, l'excellent Non si Sevizia un Paperino dont on peut se demander ce qui est passé par la tête des distributeurs français qui plutôt que de le traduire littéralement ont préféré lui donner un titre certes alléchant, mais n'ayant cependant rien à voir avec son contenu. En effet, le film sortira chez nous le 22 mars 1978 sous le titre La longue nuit de l'exorcisme et sera interdit aux moins de seize ans. Les dénicheurs de tous poils le trouveront même à l'époque au format VHS sous le titre Fureur Meurtrière dans la collection CINE+. Un titre tout aussi racoleur mais qui collait déjà beaucoup plus à l'esprit du film. Si en cette année 1972 nous sommes encore très loin des débordements sanglants visibles dès 1979 et au moins jusqu'en 1982, Lucio Fulci fait déjà preuve d'un goût prononcé pour la violence et les dégradations physiques. En témoigne une séquence de torture lors de laquelle, une femme pratiquant les sciences-occultes et malmenée par quelques habitants d'un village dont les enfants sont tués les uns après les autres. Une scène que reprendra le réalisateur italien en ouverture de son très gore et très morbide L'au-delà...


Mais ici, point de zombies ou d'éléments véritablement fantastiques. La déliquescence est dans le cas de Non si Sevizia un Paperino uniquement liée à l'attitude de tout un village qui voit en ses marginaux, les coupables éventuels d'une série de meurtres dont seuls sont victimes de jeunes garçons. Y passent à la moulinette de la suspicion, un attardé mental, une adepte de la magie noire, la police allant même jusqu'à suspecter une jeune femme superbe mais au comportement particulièrement troublant. En effet, la superbe actrice germano-américaine naturalisée italienne Barbara Boucher incarne Patrizia. Une jeune et très belle femme qui joue de ses charmes non pas avec les rares hommes séduisants qui apparaissent à l'écran (l'acteur français Marc Porel dans le rôle de Don Alberto Avallone), mais avec les enfants qu'elle intimide avant que nous ne les retrouvions morts étranglés. Comme dans tout bon Giallo, le mystère demeure jusqu'à la fin quant à l'identité du tueur. Les ficelles sont parfois si grosses que l'on se doute que les suspects ne sont pas ceux que les policiers devraient interroger. Lucio Fulci grossit le trait au point de faire du véritable assassin, celui-là même que l'on suppose être irréprochable. Non si Sevizia un Paperino offre quelques plans sanglants. Comme les tortures infligées à la Maciara, très belle femme, redoutée dans son village pour sa pratique de la magie noire et qu'interprète l'actrice brésilienne Florinda Bolkan. Ou bien plus tard lorsque viendra au tour de l'assassin de mourir. Entre enquête policière et meurtres sordides (la mort d'un enfant n'est jamais le plus aisé à mettre en scène), le film offre également la description d'un village en furie, où les esprits s'échauffent au point où les habitants veulent se faire justice eux-même...


Des prostituées qui vendent leur corps pour quelques milliers de lires, une femme supposée avoir des pouvoirs magiques, une autre qui joue de ses charmes auprès de gamins n'ayant même pas atteint l'âge de l'adolescence, des demeurés en veux-tu, en voilà et une enquête qui piétine... Dans le genre ''malsain'', le film de Lucio Fulci vaut bien le chef-d’œuvre de Pupi Avati, La Casa dalle Finestre che Ridono qui sortira quatre ans plus tard. Même climat de suspicion, même personnages dérangeants arborant des visages d'arriérés. Non si Sevizia un Paperino nous offre une Italie d'arrière-pays où les mœurs semblent être à l'exact opposé de celles qu'érigent nos sociétés. Entre l'imaginaire lié à l'enfance et la crudité des meurtres et de certains actes, Lucio Fulci tranche dans le lard et choisi la chimère. Car comme l'indique si justement l'un des personnages : '' ici, la vérité provoque des dégâts''. À noter la présence à l'écran de l'actrice et chanteuse grecque Irène Papas...

 

mardi 5 avril 2022

Le chat noir (Gatto Nero) de Lucio Fulci (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Alors que le réalisateur italien Lucio Fulci venait de se lancer dans une épopée gore deux ans auparavant en 1979 avec L'enfer des zombies, laquelle fut poursuivie l'année suivante avec Frayeurs, en 1981, juste avant d'y revenir avec L'au-delà, l'un des grands maître de l'horreur putride signait Le chat noir qui, en comparaison, s'avérait déjà nettement plus timide en matière de séquences sanguinolentes. Réalisé majoritairement dans divers studios italiens parmi lesquels le Studio Incir de Paolis à Rome où furent notamment tournés en partie Macchie Solari d'Armando Crispino ou Quatre Mouches de velours gris de Dario Argento, Le chat noir (Gatto Nero), certains passages furent également réalisés dans divers lieux du Buckinghamshire dans le sud-est de l'Angleterre. En vedette de ce film mêlant ésotérisme, policier et épouvante, l'actrice américaine Mimsy Farmer, celle-là même que l'on retrouvait justement dans les deux films cités ci-dessus et qui marqua notamment de sa présence l'excellent La traque du français Serge Leroy en 1975. Film dans lequel elle incarnait le rôle d'une touriste anglaise qui en Normandie devenait la victime de notables venus chasser le sanglier, lesquels s'en prenaient à la jeune femme avec les conséquences que l'on connaît. Visibles également, l'acteur Al Cliver qui déjà apparaissait dans L'enfer des Zombies et reprendrait du service chez Lucio Fulci trois ans plus tard en 1984 dans Murder Rock. Quant à David Warbeck, il sera l'un des personnages centraux du crépusculaire L'au-delà qui verra le jour sur notre territoire l'année de sa création tandis que Le chat noir devra quant à lui attendre deux ans avant de sortir dans l'hexagone...


Enfin, l'acteur nord-irlandais Patrick Magee tient ici le rôle du Professeur Robert Miles. Pratiquant les sciences occultes, ce troublant individu passe le plus clair de son temps à visiter les cimetières de nuit afin de communiquer avec les morts. Mais alors, quel est donc ce chat noir du titre qui semble faire directement référence à deux événements? Car l'on pense bien évidemment tout d'abord à la superstition qui entoure l'un de nos animaux familiers, lequel est au centre d'une légende selon laquelle il est signe de mauvais présage. Le film de Lucio Fulci évoque ensuite très justement la nouvelle éponyme du poète et romancier américain Edgar Allan Poe même si dans le cas présent, le réalisateur italien et le scénariste Biagio Proietti l'adaptent très librement. Au cœur du récit, un professeur, donc, qui à travers l'emploi d'un chat, noir, et de bandes magnétiques, communique avec les morts. Les différentes rencontres entre le félin et celles et ceux qu'il croisent ne s'arrêtent pas aux portes de la simple superstition et tous meurent dans d'étranges circonstances. Pas toujours très crédibles d'ailleurs. L'on pense notamment à ce jeune couple enfermé dans un hangar à bateaux et découverts morts, les corps décomposés, parsemés de vers, et ici unique tentation morbide du cinéaste envers des visions d'horreur. Car en général, l'horreur y est majoritairement sobre. Un type est embroché, certes. Une femme brûlée vive, ok. Mais en général, on a surtout droit à quelques griffures au visage et aux membres. Rien que de très chaste en comparaison de ce que sera capable de nous asséner Lucio Fulci entre l'année 1979 et celle de son dernier classique de l'horreur, L'Éventreur de New York...


L'un des aspects les plus saisissants de ce Chat noir sympathique mais jamais vraiment mirobolant demeure sans doute dans l'incarnation de Patrick Magee dont l'interprétation de l'écrivain Alexander dans le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick Orange Mécanique n'est sans doute pas étrangère au choix de Lucio Fulci de lui faire interpréter celle de ce professeur particulièrement ambigu. Multipliant les apparitions du chat au point de prétendre qu'ils seraient plusieurs, Le chat noir apparaît cependant comme une tâche dans une filmographie qui entre 1969 avec Una sull'altra et 1982 et le fameux éventreur à la voix de canard s'avérera pratiquement irréprochable. Lucio Fulci apparaît là où on ne l'attendait pas vraiment. Un film d'horreur trop avare en matière de séquences gore pour que Le chat noir s'inscrive dans l'apogée de ce cinéaste hors du commun. Le film apparaîtra cependant bien plus réjouissant et nettement au dessus de ce qu'il réalisera à partir de l'année 1982...

 

dimanche 3 octobre 2021

Murderock - Uccide a passo di danza de Lucio Fulci (1984) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Ouh là ! Ça pique les yeux et fragilise les tympans. C'est quoi cet immonde générique ponctué par une soupe musicale signée de Keith Emerson (oui, oui, du groupe Emerson, Lake & Palmer) à laquelle le réalisateur italien Lucio Fulci a eu la très mauvaise idée d'adjoindre des images de danseurs de breakdance ? Ça commence carrément mal pour un film qui, si je me réfère à tout ce que j'ai pu entendre ou lire jusque là sur le sujet, ne fait de toute manière pas partie de la période la plus glorieuse du maître es gore transalpin, auteur entre autre de L'enfer des Zombies, de L'au-delà ou de Frayeurs... Murder Rock, titre insipide et réducteur qui signifie à peu de chose près ''rock meurtrier'' (dites-le moi si je fais erreur) et n'a en tout cas rien à voir avec l'original Uccide a passo di danza, plus poétique ou du moins chantant qui lui veut dire ''Il tue au rythme de la danse''... Vu l'entrée en matière, je ne suis pas loin de penser que la chose risque d'être aussi marquante que le Dancing Machine de Gilles Béhat dans lequel notre Alain Delon national incarnait une ancienne gloire de la danse devenue handicapée à la suite d'un grave accident de moto. Devenu prof dans une école de danse, certaines de ses élèves s'y mettaient à mourir. Connaissant Lucio Fulci, il y a de fortes chances pour que ses personnages ne soient pas là pour nous conter fleurette mais plutôt venus pour mourir les uns après les autres. Trois ans avant l'excellent Bloody Bird de son compatriote Michelle Soavi et ses comédiens de théâtre qui tombaient sous les coups d'un tueur en série, Lucio Fulci nous proposait ce giallo du pauvre...


Un calvaire. Voici ce qu'est Murder Rock. Qui n'a même pas le mérite d'être son dernier film puisqu'il continuera dans une même veine désastreuse tout en signant quelques films très légèrement moins pénibles à regarder. Keith Emerson signe une bande originale à gerber. De la pop-disco-variété qu'aucun responsable de supermarché n'aurait même osé mettre en fond sonore dans son magasin. Lucio Fulci dans toute sa décrépitude. Mais finis les décors humides, dégoulinants, les cadavres putréfiés. Car si l'on parle ici de décrépitude, c'est celle dont le réalisateur n'a conservé que cette inaptitude à proposer quoi que ce soit de concrètement appréciable. Tout, absolument tout est bon à jeter aux ordures. C'est à se demander comment le film a pu connaître une sortie en salle dans son propre pays. Murder Rock n'est même pas un bon ou un mauvais nanar. Juste un navet, sans intérêt. Une enquête policière comme il en existe des milliers mais traitée ici de manière tout à fait déplorable. On se fiche du sort des danseuses qui meurent les unes après les autres. Comme se fiche le réalisateur de ses personnages puisqu'en matière de caractérisation, c'est le vide sidéral. Les acteurs et actrices jouent mal, forcent le trait (Ray Lovelock est bien trop démonstratif dans le rôle de George Webb pour que l'on croit un seul instant à sa culpabilité). Cosimo Cinieri qui interprète le lieutenant Borges passe son temps à bouffer des cacahuètes (le doubleur en rajoutant dans les bruits écœurants de mastication!). La main gantée du tueur pompe joyeusement le concept que l'on retrouve en général dans ce type de production.


Si seulement Lucio Fulci et ses trois scénariste (oui, TROIS !!!) Gianfranco Clerici, Vincenzo Mannino et Roberto Gianviti avaient été en mesure de disséminer ça et là quelques répliques ou situations amusantes, même involontaires, Murder Rock aurait peut-être gagné en intérêt. En rire aurait eu un avantage certain sur l'ennui qu'il produit. Non seulement les meurtres manquent de cette puissance horrifique que l'on pouvait reconnaître au réalisateur italien par le passé, mais l'intrigue est molle et sans grand intérêt. Et puis, faut-il le préciser, le film nous assène des chansons qu'il nous contraint d'écouter jusqu'au bout. À quelques exceptions près Lucio Fulci tente de styliser ses meurtres (on pense notamment au second) mais là encore, la mollesse avec laquelle son tueur agit termine de ruiner un potentiel qui de toute manière s'était déjà fait la malle depuis les toutes premières minutes. Inutile de préciser au néophyte que s'il veut découvrir l'univers de l'un des plus grands spécialistes du cinéma gore toutes origines et tous temps confondus, il n'a surtout pas intérêt à commencer par celui-ci. A défaut de quoi, il ne poursuivra sans doute pas au delà de ce seul étron, la carrière du Maître Fulci...

 

vendredi 22 mai 2020

The House of Clocks (La Casa nel Tempo) de Lucio Fulci (1989) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



The House of Clocks fut l'un des derniers longs-métrages réalisés par l'italien Lucio Fulci dont la carrière périclitait déjà depuis quelques années. Le maître du gore transalpin revenait en 1989 avec le premier de quatre téléfilms réalisés pour la télévision italienne. Regroupés sous le nom de House of Doom, The House of Clocks, The Sweet House of Horrors, The House of Lost Souls et The House of Witchcraft forment une tétralogie réalisée aux côtés d'Umberto Lenzi, celui-ci s'étant chargé de la réalisation des deux derniers tandis que Lucio Fulci s'est occupé des deux premiers. Si The House of Clocks demeure très clairement dans la catégorie des œuvres que l'on aimerait oublier, le téléfilm possède cependant quelques minuscules atouts qui empêchent les amateurs de cinéma d'épouvante ou de Lucio Fulci de maudire ce dernier d'avoir osé nous proposer un tel spectacle de désolation...Désolation dans la mise en scène, mais également, dans la direction d'acteurs. Il faut dire que ceux-ci sont tellement mauvais que leur interprétation relève du pathétique.

Vue la thématique abordée par House of Doom, The House of Clocks se déroule donc fort logiquement dans une demeure. Et dans celle qui concerne ce téléfilm, les propriétaires y forment un couple d'âge avancé, entouré d'une ribambelles de montres, horloges, pendules et autres objets qui font tic-tac. On y trouve même un sablier. Une passion que partagent Sara et Vittorio Corsini. Un couple finalement assez étrange qui conserve dans sa cave les corps de leurs neveu et nièce étonnamment bien conservés. Mais le calme à peine troublé par le tic-tac des horloges va bientôt être dérangé par l'arrivée d'un trio de jeunes voyous constitué de Sandra, Tony et Paul. Se faisant passer pour une femme dont la voiture est tombée en panne, Sandra arrive à se faire inviter par les Corsini qui ne se doutent pas qu'elle va profiter de la situation pour faire entrer dans leur propriété ses deux complices. Lorsque Paul et Tony s'y introduisent, les choses tournent au drame : Peter (l'acteur Al Cliver qui connut de meilleurs jours en jouant notamment dans L'Enfer des Zombies de Lucio Fulci lui-même), l'employé des Corsini débarque un fusil à la main afin de déloger les trois intrus mais la scène tourne au carnage. Paul parvient à reprendre le dessus et Peter ainsi que les Corsini sont abattus...

la logique voudrait que la britannique Karina Huff, Keith Van Hoven, et Peter Hintz qui incarnent respectivement Sandra, Tony et Paul prennent ensuite la fuite mais non, ces trois benêts choisissent de demeurer en les lieux, les deux premiers forniquant même dans une chambre à l'étage, pas vraiment dérangés par la présence de cadavres au rez de chaussée. Quand la morale fout le camp... L'un des tout petits atouts que j'évoquais plus haut concerne le concept du ''voyage dans le temps'' qui se trouve être en partie au cœur du récit. En effet, lorsque les Corsini décèdent, toutes les horloges, montres et pendules (et même le sablier, ne l'oublions pas) se mettent à fonctionner à rebours. Ce qui a pour conséquence de... ''rembobiner'' les événements qui viennent de se produire et même, bien au delà. On l'aura compris, le scénario s'avère très original, baignant une œuvre légèrement graphique du point de vue hémoglobine, il plonge donc dans le fantastique. Malheureusement, car le spectateur ne peut que s'en douter dès les premières minutes, on est plus proche du cinéma de Bava, le fils, pas le père, que des chefs-d’œuvre morbides que le grand Lucio Fulci réalisa même pas dix ans en arrière...

The House of Clocks devient réellement ''intéressant'' au bout de trois quart d'heure seulement. Lorsque les Corsini sont morts et que leurs bourreaux demeurent à résidence. Lucio Fulci retrouve toutes proportions gardées ce climat trouble que dépeignaient certaines de ses plus remarquables œuvres. Un point plutôt positif malheureusement noyé dans une avalanche de défauts qui ruinent la quasi totalité du projet. À commencer par l'interprétation. Paolo Paolini et Bettine Milne qui incarnent le vieux couple sont encore ceux qui s'en sortent le mieux. Car si Karina Huff n'est pas la pire du trio Sandra/Tony/Paul, Keith Van Hoven et Peter Hintz se montrent en revanche pitoyables. À tel point qu'ils auraient mérité leur place au sein de AB Productions ! 

De plus, doublés ici en anglais, leur interprétation y est ''sublimée'' dans toute sa médiocrité. Mais les interprètes n'étant pas seuls responsables du naufrage, le spectateur aura la dent dure face à un Lucio Fulci qui insiste parfois sur des séquences longues à en perdre toute patience. La scène la plus représentative semblant demeurer celle d'une durée avoisinant les douze minutes durant laquelle on assiste au trajet en voiture de Sandra et de ses deux acolytes. Ou même, avant cela, la première partie essentiellement constituée de séquences montrant les Corsini évoluer au milieu de leurs horloges et autres pendules... Alors que The House of Clocks aurait mérité quelques coupes franches, Lucio Fulci préfère pourtant laisser les choses en l'état avec pour conséquences, un téléfilm souvent très ennuyeux accompagné d'une partition musicale absolument dégueulasse signée par Vince Tempera. Indigne de l'auteur de L'Enfer des Zombies, de Frayeurs et de L'Au-delà...

jeudi 21 mai 2020

Les Faux Jetons (Le Massaggiatrici) de Lucio Fulci (1962) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsque Lucio Fulci réalise en 1962 Les Faux Jetons (Le Massaggiatrici), il a derrière lui trois documentaires et cinq longs-métrages. Et parmi ces derniers, que des comédies. Le réalisateur italien est encore bien loin de l'horreur morbide et craspec qui le rendra célèbre dans le monde entier auprès des amateurs de cinéma d'épouvante. Dans le cas présent, on le rapprochera davantage d'un Edouard Molinaro (Oscar en 1967) ou d'un Jean Girault (Pouic Pouic en 1963, Jo en 1971) dans son approche de l'humour essentiellement constitué de quiproquos. Cette recette sert en effet de base à un long-métrage d'un peu moins de quatre-vingt dix minutes reposant sur les rapports entre une poignées de masseuses proposant des services très particuliers, et des hommes d'affaire en pourparler pour la construction d'un YMCA (Young Men's Christian Association). Une affaire qui doit se régler entre le président de la protection de la jeunesse positionné à Rome et deux industriels milanais descendus dans la capitale italienne pour l'occasion. Mais alors que tous mettent un point d'honneur à montrer patte blanche en matière de moralité, trois masseuses vont involontairement semer la zizanie et rendre compliquées les négociations...

On croirait presque que le scénario d'Oreste Biancoli, Italo De Tuddo, Vittorio De Tuddo et Antoinette Pellevant fut écrit pour notre Louis de Funès national tant le contenu de ces Faux Jetons ressemble à quelques-unes des excellentes comédies qu'il incarna notamment dans les années soixante, soixante-dix. Des séquences ponctuées d'innombrables embrouillaminis, les portes claquant et les acteurs s'interchangeant comme sur les planches d'un théâtre. Si Lucio Fulci est demeuré célèbre grâce à une poignée de films d'horreur cultissime, Les Faux Jetons prouve qu'il était tout autant à l'aise dans la comédie. Ce sixième long-métrage dans une carrière qui en compta plus de cinquante n'est sans doute pas un chef-d’œuvre et pourtant, impossible de s'y ennuyer. Le rythme est enlevé et les situations cocasses sont nombreuses. Quant aux acteurs, ils se montrent épatants. Et d'ailleurs, le public français notera tout d'abord la présence de l'un de ses plus grands interprètes en la personne de Philippe Noiret qui, doublé en italien est affublé d'un timbre étonnamment aigu. Un détail aussi pittoresque que la blondeur de sa chevelure d'ailleurs. Il incarne dans Les Faux Jetons, le rôle de Bellini, proche collaborateur du président de la jeunesse Cipriano Paolini lui-même incarné par l'autre acteur français du casting, Louis Seigner...

En dehors de ces deux là, le casting est essentiellement constitué de noms finissant en A, en I et en O parmi lesquels on retrouve le duo de comiques Franco et Ciccio (Franco Francesco Benenato et Ciccio Ingrassia) qui débarque véritablement dans l'aventure au bout des trois quarts de l'histoire. Bien moins impliqués que certains donc, le long-métrage de Lucio Fulci repose en fait tout d'abord sur l'interprétation d'Ernesto Calindri dans le rôle de Parodi et de Luigi Pavese dans celui de Manzini, les deux milanais en question. Mais Le Massaggiatrici ne serait pas Le Massaggiatrici sans la présences de la superbe triplette de masseuses interprétées par la magnifique actrice yougoslave Sylva Koscina, la séduisante véronaise Valeria Fabrizi et la très gauche Cristina Gaioni originaire de Lombardie. Trois jolies poupées qui feront tourner la tête des faux jetons du titre français. Le film de Lucio Fulci est demeuré très frais malgré toutes ces années. Il respire la bonne humeur et la complicité de ses interprètes. Une très agréable surprise dans laquelle, la morale finalement, est (presque) sauve...
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