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vendredi 26 avril 2024

Un nuage entre les dents de Marco Pico (1973) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Écrit et réalisé par Marco Pico (avec la participation d'Edgar de Bresson au script), Un nuage entre les dents réuni un duo étonnant. Jusque là, Pierre Richard était surtout connu pour avoir incarné François Perrin dans Le grand blond avec une chaussure noire d'Yves Robert en 1972 ou pour s'être lui-même mis en scène dans Le distrait en 1970 ou dans Je sais rien, mais je dirai tout en 1973. De son côté, la carrière de Philippe Noiret débuta à la toute fin des années quarante avant qu'il ne devienne l'un des plus grands interprètes hexagonaux durant les décennies suivantes. Un an après avoir été notamment dirigé par le réalisateur italien Marco Ferreri dans La grande bouffe, le voici désormais aux côtés de l'un de nos plus grands acteurs comiques dans une intrigue assez curieuse dans laquelle il incarne le reporter Malisard, lequel est employé au journal Soir de Paris que dirige un directeur interprété par Claude Piéplu. Suivi de près par le photographe Prévot (Pierre Richard), les deux hommes sont en perpétuelle recherche de faits-divers tandis que leur employeur cherche à tout prix l'événement qui permettra à son journal de se vendre comme des petits pains. Ce jour là arrive lorsque Prévot part chercher ses deux fils à l'entrée de leur école. Accompagné de Malisard, le père des deux enfants se trompe cependant d'entrée et manquent à l'appel lorsque ceux-ci sortent de l'établissement. Découverts en pleine rue, ils sont emmenés par un badaud chez une nounou à laquelle il va les confier. À la suite d'un événement qui n'a pourtant aucun lien, le reporter et son photographe finissent par se persuader que les deux fils de Prévot ont été enlevés. Alerté, le directeur du journal va lui-même demander à ses autres collaborateurs de se concentrer sur l'affaire afin d'en tirer la prochaine une du quotidien... Aucun mystère donc au sujet de la disparition des deux fils du personnage incarné par Pierre Richard mais l'occasion de quiproquos divers et variés ayant comme point commun la recherche de deux enfants interprétés par Katia et Freddy Verge qui très rapidement retrouveront le chemin de leur maison (celle de l'ex-épouse de Prévot.


En effet, comme dans tout bon film mettant en scène l'acteur Louis de Funès, ce sont ici Pierre Richard et Philippe Noiret qui se trouvent au cœur de situations pittoresques qui vont les pousser à entreprendre eux-mêmes des recherches parmi les quelques suspects qu'ils vont désigner. C'est ainsi donc que l'on retrouvera par exemple l'acteur Michel Peyrelon dans le rôle du danseur de cabaret travesti Bobby Pilon. L'un des atouts majeurs du long-métrage, en dehors de son excellent duo d'interprètes principaux, c'est son casting. En effet, dans des rôles plus ou moins important l'on retrouve Marc Dudicourt, Michel Fortin, Francis Lemaire, Jacques Rosny ou encore Paul Crochet dans les rôles des collaborateurs au Soir de Paris. Un journal dirigé de main de fer par un Claude Piéplu égal à lui-même et dont un monologue récité avec une grande précision rappellera sans doute à certain sa rencontre en pleine rue avec Jean-Pierre Rochefort et Jean-Pierre Marielle dans le film culte de Bertrand Blier, Calmos deux ans plus tard... Produit par la société de production Les Productions de la Guéville fondée par Yves Robert et Danièle Delorme, Un nuage entre les dents est le premier long-métrage de Marco Pico qui près de vingt ans plus tard retrouvera Pierre Richard pour son troisième long-métrage cinématographique, La cavale des fous. L'on retrouve en de rares occasions le Pierre Richard tel que la comédie française nous le fit découvrir quelques années auparavant mais celui-ci se montre malgré tout moins expansif. Sans doute cela ayant trait au sujet dramatique de l'enlèvement même si de ce côté là les enjeux sont réduits à leur part congrue puisque très rapidement le spectateur sera mis au courant de la série de quiproquos que le récit est en train de mettre en place. Le duo qu'il forme aux côtés de Philippe Noiret (le cigare perpétuellement planté entre ses lèvres) est plutôt intéressant même s'il ne mène pas cette comédie un brin sociale vers d'authentiques éclats de rires. Bref, on passe un agréable moment en leur compagnie tandis que le récit nous permet de visiter virtuellement une capitale française qui depuis a bien changée...

 

dimanche 31 mars 2024

Grosse fatigue de Michel Blanc (1994) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Mais qu'est-ce qui arrive à Michel Blanc ? En manque d'inspiration depuis dix ans (le film évoque pourtant le fait que seulement sept année séparent son dernier long-métrage en tant que réalisateur de l'époque où se situe l'action de Grosse fatigue), jeté hors de la boite de nuit tenue par Régine, accusé de viol sur la personne de Josiane Balasko, jeté en prison puis libéré et enfin accueilli dans la splendide résidence secondaire de Carole Bouquet dans le Lubéron, l'acteur et réalisateur semble proche de la dépression. En effet, Michel Blanc ne comprend absolument pas ce qui lui arrive. Et nous non plus d'ailleurs. Jusqu'au jour où on lui annonce qu'il va très prochainement dédicacer les cassettes de ses films au rayon ''Sport et plein air'' à l'hypercontinent d'Orange ! Bien décidé à clarifier toute cette affaire, il se rend en compagnie de Carole Bouquet à la séance de signatures... Le concept de film dans lequel tout ou partie des interprètes jouent leur propre rôle est relativement récurrent. En France, l'un des plus représentatifs du genre demeure Les acteurs que réalisera six ans plus tard le réalisateur et scénariste Bertrand Blier. Concernant le second long-métrage de Michel Blanc, parmi la pléthore d'interprètes, certains incarnent des personnages de fictions, tels Philippe du Janerand, François Morel, Jean-Louis Richard, Bruno Moynot ou encore Bernard Farcy. Des dizaines de rôles secondaires autour desquels beaucoup d'autres comédiens apparaissent sous leur véritable identité : Philippe Noiret, Charlotte Gainsbourg, Mathilda May, Dominique Besnehard, Guillaume Durant mais également, les anciens membres de la troupe du Splendid dont faisait lui-même partie Michel Blanc. C'est donc entouré de Josiane Balasko, de Marie-Anne Chazel, de Thierry Lhermitte, de Christian Clavier et de Dominique Lavanant qu'il partage avec les spectateurs cette histoire absolument loufoque et presque invraisemblable dont il a écrit le scénario aux côtés de Josiane Balasko, de Jacques Audiard et de Bertrand Blier.


Si j'ai volontairement ''oublié'' de citer le nom de Gérard Jugnot, c'est pour mieux évoquer le fait qu'en dehors de sa participation en tant qu'interprète de son propre rôle dans le film, l'intrigue repose à l'origine sur un fait-divers dont il fut lui-même la victime. En effet, durant plusieurs années, un hommes partageant les même caractéristiques physiques que lui a usurpé son identité à des fins commerciales. Un individu du nom de Michel Praz qu'avait approché la star française pour le tournage de Pinot simple flic s'est semble-t-il un peu trop prêté au jeu : l'homme signait des autographes, animait le Tour de France dans les boites de nuit et contribuait à la vente de véhicules d'une concession automobile en promettant aux futurs acheteurs une photo d'eux en sa compagnie. Tout cela contre monnaie sonnante et trébuchante, bien entendu... Au final, Gérard Jugnot lui fera un procès et finira par obtenir gain de cause. Pour en revenir au film, on devine désormais les tenants et les aboutissants de cette histoire rondement menée, bien écrite (on reconnaît bien là la verve de l'auteur de Marche à l'ombre) et relativement bien rythmée. Pour Carole Bouquet, Grosse fatigue est l'occasion de changer de registre et de s'essayer à la comédie. L'ombre de Bertrand Blier plane à plusieurs reprises au dessus du récit. Et notamment lors de la séquence située dans la cellule d'une prison où Michel Blanc va être confronté à trois voyous. Aux côtés de François Aragon et d'Antoine Basler, Arno Chevrier campe un détenu à l'éloquence proche de celle du Gérard Depardieu de Tenue de soirée. Le passage en prison rend d'ailleurs très clairement hommages à certains échanges entre Antoine et Bob, deux des trois protagonistes principaux du long-métrage de Bertrand Blier. Sur le ton de l'absurde, à la limite du cauchemar éveillé, Michel Blanc signe une comédie cynique mais très sympathique qui égratigne quelque peu le métier d'acteur en le dévoilant sous un jour nouveau. Bourré indirectement de références cinématographiques, Grosse fatigue peut être envisagé comme un OFNI du fait qu'une bonne moitié des actrices et acteurs y interprètent leur propre rôle. Ce qui n'empêche absolument pas le film d'être parfois très amusant...


mardi 14 septembre 2021

Masques de Claude Chabrol (1987) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Sous les oripeaux de la célébrité se cache une bête... avide. Comme Casimir de l’île aux enfants, le plus célèbre des dinosaures, Christian Legagneur est un monstre gentil... en apparence. Mais si Casimir fait rire les enfants, le producteur et animateur d'une émission télévisée populaire fait, lui, frissonner. Il était impensable de parler thrillers sans passer par la case Claude Chabrol, cet enfant terrible du suspens et du thriller à la française, fils spirituel d'Alfred Hitchcock et que le monde entier peut nous jalouser. Parmi une filmographie en tout point exemplaire, j'aurais pu choisir Les fantômes du chapelier, ou bien L'enfer... et pourquoi pas La cérémonie... ? Mais Masques me semblait un bon compromis. Déjà parce que l'on y retrouve l'un de nos plus grands interprètes en la personne de Philippe Noiret, personnage, ici, cynique, vedette d'une émission de télé et auquel l'on donnerait le Bon Dieu sans confession. Et pourtant, le gaillard en aurait, des choses à avouer. Affable et généreux ? Oui, dans un sens, si l'on tient compte du fait qu'il a accueilli chez lui la ''pauvre'' et fragile Catherine dont les parents ont tragiquement disparu et qu'il a pris sous son aile. Interprétée par la charmante Anne Brochet qui incarnait là son tout premier rôle sur grand écran, Catherine est malade. Sensible des yeux, en permanence alitée, elle peut compter sur l'aide de son ''parrain'' et de Colette, amie et aide de Christian Legagneur qu'interprète l'actrice Monique Chaumette. Et puis, il y a le chauffeur de Monsieur (Pierre-François Dumeniaud) qui le pauvre est devenu muet à la suite d'un cancer de la langue, ainsi que Patricia et Emmanuel Marquet (qu'interprètent respectivement Bernadette Lafont et Roger Dumas)...


Puis débarque pour trois jours sur la vaste propriété de Christian Legagneur, le journaliste Roland Wolf (excellent Robin Renucci) qui doit écrire la biographie du célèbre animateur. Les bases du récit reposant sur le scénario de Claude Chabrol lui-même et de l'écrivain Odile Barski qui collabora à plusieurs reprises avec le cinéaste son posées. Une histoire tout d'abord alcaline dont les premières aspérités apparaissent finalement assez rapidement. Quel est ce mal étrange dont souffre Catherine et qui contraint Colette à la veiller dans sa chambre ? Masques... le titre n'a évidemment rien d'anodin. Et comme l'évoqueront les personnages, comment présager derrière, les manigances d'un individu insoupçonnable que des millions de téléspectateurs suivent assidûment ? Le long-métrage de Claude Chabrol est un savoureux jeu du chat et de la souris, ses deux principaux interprètes menant chacun à leur façon leur propre barque. Un jeu de dupe auquel ils s'adonnent et dont une certaine partie d'échecs est très représentative même si la conclusion de cette affaire particulièrement sournoise semble incertaine. Tout le génie de Claude Chabrol s'exprime une fois encore dans ce Masques fort intriguant, accompagné par la musique de Matthieu Chabrol, le fils du réalisateur qui tout au long de la carrière de son père composera pour un certain nombre de ses œuvres. Philippe Noiret y est aussi glaçant que sympathique. C'est l'oncle parfait, irréprochable dans la lumière, mais qui dans l'ombre ourdi de sombres pensées. Robin Renucci brille de sa présence dans le rôle de journaliste fort curieux qui prête son aide à une Catherine qui ne voit que du feu dans le jeu de son protecteur. Monique Chaumette et Roger Dumas excellent également, chacun dans un registre différent tandis que l'on retrouve avec plaisir Bernadette Laffont dans l'un de ces rôles de masseuse et liseuse de cartes excentriques dont elle seule a le secret. Masques est un grand Chabrol à ne manquer sous aucun prétexte...

 

jeudi 21 mai 2020

Les Faux Jetons (Le Massaggiatrici) de Lucio Fulci (1962) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsque Lucio Fulci réalise en 1962 Les Faux Jetons (Le Massaggiatrici), il a derrière lui trois documentaires et cinq longs-métrages. Et parmi ces derniers, que des comédies. Le réalisateur italien est encore bien loin de l'horreur morbide et craspec qui le rendra célèbre dans le monde entier auprès des amateurs de cinéma d'épouvante. Dans le cas présent, on le rapprochera davantage d'un Edouard Molinaro (Oscar en 1967) ou d'un Jean Girault (Pouic Pouic en 1963, Jo en 1971) dans son approche de l'humour essentiellement constitué de quiproquos. Cette recette sert en effet de base à un long-métrage d'un peu moins de quatre-vingt dix minutes reposant sur les rapports entre une poignées de masseuses proposant des services très particuliers, et des hommes d'affaire en pourparler pour la construction d'un YMCA (Young Men's Christian Association). Une affaire qui doit se régler entre le président de la protection de la jeunesse positionné à Rome et deux industriels milanais descendus dans la capitale italienne pour l'occasion. Mais alors que tous mettent un point d'honneur à montrer patte blanche en matière de moralité, trois masseuses vont involontairement semer la zizanie et rendre compliquées les négociations...

On croirait presque que le scénario d'Oreste Biancoli, Italo De Tuddo, Vittorio De Tuddo et Antoinette Pellevant fut écrit pour notre Louis de Funès national tant le contenu de ces Faux Jetons ressemble à quelques-unes des excellentes comédies qu'il incarna notamment dans les années soixante, soixante-dix. Des séquences ponctuées d'innombrables embrouillaminis, les portes claquant et les acteurs s'interchangeant comme sur les planches d'un théâtre. Si Lucio Fulci est demeuré célèbre grâce à une poignée de films d'horreur cultissime, Les Faux Jetons prouve qu'il était tout autant à l'aise dans la comédie. Ce sixième long-métrage dans une carrière qui en compta plus de cinquante n'est sans doute pas un chef-d’œuvre et pourtant, impossible de s'y ennuyer. Le rythme est enlevé et les situations cocasses sont nombreuses. Quant aux acteurs, ils se montrent épatants. Et d'ailleurs, le public français notera tout d'abord la présence de l'un de ses plus grands interprètes en la personne de Philippe Noiret qui, doublé en italien est affublé d'un timbre étonnamment aigu. Un détail aussi pittoresque que la blondeur de sa chevelure d'ailleurs. Il incarne dans Les Faux Jetons, le rôle de Bellini, proche collaborateur du président de la jeunesse Cipriano Paolini lui-même incarné par l'autre acteur français du casting, Louis Seigner...

En dehors de ces deux là, le casting est essentiellement constitué de noms finissant en A, en I et en O parmi lesquels on retrouve le duo de comiques Franco et Ciccio (Franco Francesco Benenato et Ciccio Ingrassia) qui débarque véritablement dans l'aventure au bout des trois quarts de l'histoire. Bien moins impliqués que certains donc, le long-métrage de Lucio Fulci repose en fait tout d'abord sur l'interprétation d'Ernesto Calindri dans le rôle de Parodi et de Luigi Pavese dans celui de Manzini, les deux milanais en question. Mais Le Massaggiatrici ne serait pas Le Massaggiatrici sans la présences de la superbe triplette de masseuses interprétées par la magnifique actrice yougoslave Sylva Koscina, la séduisante véronaise Valeria Fabrizi et la très gauche Cristina Gaioni originaire de Lombardie. Trois jolies poupées qui feront tourner la tête des faux jetons du titre français. Le film de Lucio Fulci est demeuré très frais malgré toutes ces années. Il respire la bonne humeur et la complicité de ses interprètes. Une très agréable surprise dans laquelle, la morale finalement, est (presque) sauve...

vendredi 22 février 2019

Les Côtelettes de Bertrand Blier (2002) - ★★★★★★☆☆☆☆



Alors que le réalisateur, scénariste et écrivain français Bertrand Blier revient bientôt sur nos écrans avec son dernier bébé Convoi Exceptionnel, interprété par Gérard Depardieu et Christian Clavier (alors que l'on s'attendait à voir débarquer depuis trois ans Existe en Blanc avec Maïwenn et Benoît Poelvoorde), petit retour sur son antépénultième long-métrage sorti jusqu'ici au cinéma. Les Côtelettes, cela ne fait pas exception, est une fois de plus écrit par le maître lui-même, fils spirituel du Grand Michel Audiard, qui avec un peu moins d'une vingtaine de long-métrages s'est construit une solide réputation de dialoguiste : ceux de Calmos, Buffet Froid, Tenue de Soirée ou encore Le Bruit des Glaçons sont tous de Bertrand Blier, le cynique, le misogyne, l'acerbe... mais aussi, parfois, le poète... et d'une manière générale, le magicien des mots... des maux ?
Avec Les Côtelettes, son quinzième long-métrage, le fils de l'immense acteur Bernard Blier met en scène une rencontre aussi absurde que celle que fera Jean Dujardin sept ans plus tard dans Le Bruit des Glaçons : son cancer, divinement incarné par Albert Dupontel. Mais pour le moment, ce sont Philippe Noiret et Michel Bouquet qui ensemble, et malgré leur inimitié vont rencontrer la Mort, incarnée cette fois-ci par la comédienne Catherine Hiegel, plus connue pour être montée de très nombreuses fois sur les planches mais dont les apparitions sur grand écran ne laissent jamais indifférent.

La Mort, mais pas seulement, car ce film étrange, que certains estimeront sans doute avant-gardiste, sera aussi et surtout l'occasion pour l'actrice et compagne du cinéaste, Farida Rahouadj, d’interpréter son premier vrai grand rôle. Malgré le poids qui pèse sur les épaules de cette « débutante » confrontée à deux monuments du cinéma français, Farida s'en sort à merveille, aidée en cela par sa beauté toute orientale et cette magie qui opère toujours chez son mari de réalisateur qui parvient à chaque fois, et quoi qu'il arrive, à rendre belle la tristesse chez ses personnages.

Fidèle à lui-même, Bertrand Blier propose un postulat de départ intriguant, fou, comme du Dali sur pellicule : Un vieil homme (Michel Bouquet) sonne à la porte de Léonce (Philippe Noiret), soixante-quatre ans. Le premier se dit de gauche, le second, de droite. Ce qui fait toute la différence lorsqu'ils quittent les toilettes après y avoir rendu le contenu de leur intestin. Le premier y laisse les traces de son passages tandis que le second nettoie scrupuleusement la cuvette. Si le vieil homme est venu sonner à la porte de Léonce, c'est pour une raison bien précise : pour le faire chier. Mais surtout parce qu'ils ont en commun, la même femme de ménage. Qui le matin se rend chez le vieil homme, et l'après-midi chez Léonce. Tombés sous le charme de la jeune femme, les deux hommes vont partager leur ressenti sur les femmes, et Nacifa ( Farida Rahouadj) en particulier, ainsi que sur la vie, et la mort...

Si Bertrand Blier n'a pas perdu son sens du verbe et de l'accroche, son talent de dialoguiste s'est quel que peu émoussé depuis quelques années. Son œuvre apparaît de plus en plus hermétique, faisant passer en priorité les dialogues et délaissant peu à peu la mise en scène. Théâtral, Les Côtelettes ne se soucie d'aucune logique en terme de situation. Une phrase récitée par l'un des personnages peut tout à fait débuter dans l'appartement de l'un ou l'autre pour se conclure au beau milieu d'un chemin bordé de champs de blé. Si les choses s'améliorent au fil du récit, la gratuité du dialogue qui confronte Michel Bouquet et Philippe Noiret concernant le sort accordé par leur personnage respectif à leurs propres excréments a tendance à s'éterniser. Farida Rahouadj apporte par contre quant à elle, une jolie touche d'exotisme dans ce duo de vieilles légendes qui n'ont pas dit leur dernier mot. Une œuvre mineure dans la carrière de Bertrand Blier, mais non dénuée d'intérêt...

mardi 28 août 2018

Ripoux 3 de Claude Zidi (2003) - ★★★★★★☆☆☆☆



Quatorze ans. Il aura fallut à Claude Zidi, quatorze ans pour réunir à nouveau le célèbre duo de flics ripoux René Boisrond et François Lesbuche, incarnés par Philippe Noiret et Thierry Lhermitte. Autant d'années qui furent l'occasion pour ces deux interprètes d'aller jouer chez d'autres avant de réapparaître quelque peu vieillis dans le costume de deux des plus célèbres policiers du cinéma français. En bon retraité, rené vit désormais vit dans une péniche. Quant à François, il a exaucé son vœu puisqu'il a atteint son objectif en atteignant le grade de commissaire à l'Inspection Générale des Services de Paris. Les deux hommes ne se sont pas revus depuis des années. Si François est désormais un policier intègre, René continue à jouer aux courses. Du moins, lorsqu'il en a les moyens. C'est sur les conseils d'un habitué qui vient de gagner une importe somme d'argent aux courses grâce à lui que René détient le nom du vainqueur d'une course à venir. Sans un sou, il demande à Chen, un trafiquant chinois de lui prêter mille francs. Malheureusement, l'ancien policier tombe en plein braquage. Alors que Chen lui confie un sac renfermant un million d'euros, René le perd dans les égouts. Redevable de la somme, il est traqué par le chinois et ses hommes de mains qui ne croient pas le vieil homme lorsqu'il affirme avoir perdu l'argent. De son côté, le commissaire Bloret confie à François la formation de son neveu Julien...

Ripoux 3 est de ces longs-métrages qu'il vaut mieux se préserver de découvrir à l'époque de leur sortie. Comme un bon vin qu'il serait judicieux de laisser vieillir avant de le boire. Car si en 2003, les troisièmes aventures de René Boisrond et François Lesbuche pouvaient laisser craindre le pire (ce qu'elles firent effectivement), revoir en 2018 Ripoux 3 permet de relativiser. Chose impensable à l'époque. Surtout qu'au vu du pedigree de cette excellente saga débutée par deux excellents volets (Les Ripoux en 1984 et Ripoux contre Ripoux en 1989), le volet clôturant la trilogie apparaît comme particulièrement fade. Non pas que l'absence de Line Renaud, de Jean Benguigui, de Michel Aumont ou de Grace de Capitani ait engendré une chute vertigineuse en terme de qualité, mais Claude Zidi semble avoir préféré la nostalgie à l'humour. Car les occasions de rires sont rares. Ce qui n'empêche évidemment pas à Ripoux 3 d'être divertissant.

Outre les deux principaux interprètes, nous retrouvons au générique le jeune Lorant Deutsch qui à l'époque est âgé de vingt-trois ans et joue pour la première (et dernière) fois auprès de Claude Zidi. A ses côtés, la jeune Chloé Flipo dont la carrière au cinéma se résume à peu de chose (la jeune femme préférant les planches du théâtre aux plateaux de cinéma), incarne le rôle de Marie Morzini, Jean-Luc Bideau, quant à lui, reprend le rôle du commissaire Bloret après Julien Guiomar et Michel Aumont (l'acteur entretient un point commun avec Chloé Flipo puisque tous deux ont participé à la série télévisée H). Jean-François Palmer interprète Albert, chirurgien et ami de René, quant à Bernadette Lafont, elle endosse le rôle de Carmen, une voyante vivant dans sa caravane. Un personnage comparable à celui de Simone, l'ancienne prostituée qu'interprétèrent chacune à leur tour Régine et Line Renaud. Même l'animatrice Laurence Boccolini (les émissions Que le Meilleur Gagne, Le Maillon Faible, ou encore Money Drop) a droit à un petit rôle. Ce sera d'ailleurs le premier des deux seuls que lui confieront des cinéastes sur grand écran. Pour apprécier Ripoux 3, il faut être en mesure de faire abstraction des deux premiers volets de la trilogie et surtout ne pas chercher à les comparer. Sinon, c'est le drame. Beaucoup moins divertissant que Les Ripoux et Ripoux contre Ripoux, il n'en demeure pas moins que Ripoux 3 a gagné en qualités. Davantage porté sur l'aspect policier que sur le comique de situation, c'est sur ce point qu'il diffère des deux autres. Au final, le dernier volet d'une saga initiée par Claude Zidi dix-neuf ans auparavant n'est finalement pas le mauvais film qu'il semblait être à sa sortie...

lundi 27 août 2018

Ripoux contre Ripoux de Claude Zidi (1989) - ★★★★★★★☆☆☆



Cinq ans après le succès obtenu par Les Ripoux, le cinéaste français remet le couvert avec une suite intitulée Ripoux contre Ripoux. Contrairement à ce que pourrait laisser envisager le titre, cette séquelle ne confronte non pas nos deux héros l'un contre l'autre, mais les place face à deux nouveaux venus, plus corrompus qu'ils ne le sont eux-mêmes. Car tombés dans le piège d'une boutiquière qui va leur faire payer à tous les deux le sort que René lui a accordé il y a de nombreuses années en arrière, ils vont devoir rendre leur insigne et leur arme durant l'enquête qui devra ou non, démontrer leur intégrité au sein de la police française. Enfermés derrière les barreaux de leur propre commissariat, René Boisrond et François Lesbuche voient défiler cinq des commerçants qu'ils rackettent depuis des années. Et si ceux-ci se sont déplacés jusqu'au commissariat, c'est pour témoigner des agissements des deux flics ripoux.

Claude Zidi relance l'intérêt en exploitant le face à face qui va opposer deux ripoux à deux autres flics corrompus. Si Philippe Noiret et Thierry Lhermitte sont toujours au rendez-vous, le casting a cependant été bouleversé depuis le premier long-métrage puisque si Grace de Capitani incarne toujours à l'écran la belle Natasha, Régine a abandonné le rôle de la compagne de René, Simone. Remplacée par Line Renaud, qui dans la peau de l'ancienne prostituée se voit offrir un rôle beaucoup plus consistant que dans Les Ripoux. Julien Guiomar lui aussi a disparu du casting puisque le rôle du commissaire Bloret est assuré dans cette séquelle par le tout aussi excellent Michel Aumont. L'une des très bonnes idées de Claude Zidi est donc d'avoir opposé à nos deux ripoux, deux SUPER-ripoux. Deux flics qui vont rançonner les commerçants du quartier de manière beaucoup plus radicale, laissant ces derniers dépités et regrettant le temps où René et François venaient prélever leurs « impôts ». Dans ce second chapitre des aventures des Ripoux, le personnage interprété par Philippe Noiret y est décrit comme un vieux flic proche de la retraite. Même ceux auxquels il prélève malhonnêtement de l'argent depuis des années n'ont plus peur de lui. Pire, il leur fait pitié (Roger Jendly dans le rôle d'Albert, dit 'le Fourgue'). On retrouve quelques-uns des rôles secondaires du premier opus (tel le restaurateur), mais de nouvelles têtes apparaissent : Jean Benguigui dans le rôle du propriétaire de cabaret Césarini, Christian Bouillette dans celui du bijoutier, ou encore Jean-Claude Brialy dans la peau d'un Banquier pas si honnête qu'il en a l'air.

Tout cela pour en venir à l'essentiel : la présence à l'écran du duo de flics pourris formé par Jean-Pierre Castaldi et Guy Marchand. Et autant dire que dans le genre, les deux acteurs font preuves d'un talent hors pair pour rendre leur personnage respectif détestable. Claude Zidi trompe le public en invitant le personnage incarné par Thierry Lhermitte à collaborer avec les deux nouveaux venus. L'occasion pour René, de retourner à la campagne, chez un ancien collègue (et ripoux) qui depuis est à la retraite. De quoi l'éloigner des tentations ? Certainement pas !!!

Ripoux contre Ripoux est constitué de nombreux gags qui font mouche à tous les coups. Entre un Jean Benguigui homosexuel, lâche, et dénonciateur, des Guy Marchand et Jean-Pierre Castaldi pourris jusqu'à l'os, un Michel Aumont totalement désabusé, une Line Renaud touchante, et tout un tas de seconds rôles fort amusants (Michel Crémadès réapparaît dans cette séquelle dans le même rôle de criminel à la petite semaine), Philippe Noiret et Thierry Lhermitte campent à merveille ce duo de policiers corrompus chassés de leur territoire par deux flic pires qu'eux. Ripoux contre Ripoux n'est pas le genre de comédie où l'on rit à tout bout de champ. Par contre, il s'agit d'un excellent divertissement, dont le scénario écrit par Claude Zidi, Simon Michaël et Didier Kaminka tient parfaitement la route. Curieusement, malgré le succès mérité du premier volet et la qualité de cette suite, Ripoux contre Ripoux n'a pas fait l'unanimité puisqu'il a attiré dans les salles à l'époque de sa sortie, deux fois moins de spectateurs en France. Allez savoir pour quelle raison...

dimanche 26 août 2018

Les Ripoux de Claude Zidi (1984) - ★★★★★★★☆☆☆



Les Ripoux, c'est la rencontre de deux des plus attachants interprètes français durant le courant des années quatre-vingt. D'un côté, Philippe Noiret, et de l'autre Thierry Lhermitte. Alors que le premier débutait une carrière de comédien au théâtre dans les années cinquante, le second, lui, se fit remarquer en 1978 auprès des autres membres de l'équipe du Splendid à laquelle il appartenait avec le cultissime Les Bronzés alors qu'il débutait en réalité sa carrière d'acteur cinq ans auparavant dans L'An 01 de Jacques Doillon. C'est donc sur le plateau de tournage du quinzième long-métrage du cinéaste Claude Zidi (Les Fous du Stade, L'Aile ou la Cuisse, Les Sous-Doués, La Totale ! Etc...) que les deux interprètes vont former un duo composé de deux flics que tout oppose dans la manière d'aborder leur carrière d'inspecteur dans un quartier du onzième arrondissement de Paris.

D'un côté, Philippe Noiret dans le rôle de René Boisrond, vieux Briscard de la police Nationale française, et surtout, un flic corrompu, de ceux que l'on nomme vulgairement des ripoux. Habitué à arpenter les rues de son quartier afin de prélever l'argent de ses concitoyens commerçants en échange de quoi il baisse les yeux sur certains trafics, René arrondit ses fins de mois en jouant notamment au Tiercé. Le vieux flic vit non-officiellement avec Simone, une ancienne prostituée. Mais alors qu'il formait un couple de flics ripoux avec son collègue Pierrot, lors d'une course-poursuite nocturne dans les rues de la capitale pour un braquage dont ils se sont rendus responsables, les deux hommes, enfin... René, prend la décision de faire tomber son collègue plutôt que de courir le risque de se faire arrêter et jeter en prison.

« Ca serait trop con de tomber tous les deux, alors qu'y en a un qui pourrait s'en sortir... »

… c'est ainsi que René va faire comprendre à son ami et collègue Pierrot qu'il va devoir l'arrêter et lui mettre les menottes. Une fois Pierrot disparu, l'existence tranquille de René le ripoux reprend son cours. Du moins, jusqu'à ce que son supérieur hiérarchique, le commissaire Bloret lui explique qu'il va très prochainement devoir coopérer avec un tout nouvel équipier.

Et cet équipier, c'est Thierry Lhermitte qui l'incarne à l'écran. Le tout frais moulu inspecteur François Lesbuche débarque de son Épinal natal et n'a apparemment pas l'intention de suivre la même voie que René. Son ambition à lui étant de devenir commissaire, il va catégoriquement refuser de participer aux manigances de celui auquel le commissaire Bloret a demandé de le former. Du moins jusqu'au jour où débarque dans la vie de François la jolie Natasha, prostituée de son état, laquelle va se révéler un gouffre financier pour un François qui n'aura plus d'autre choix que d'accepter de se faire verser des pots de vin au même titre que René s'il veut pouvoir assurer le train de vie de sa toute nouvelle petite amie...

Redécouvrir Les Ripoux, c'est constater combien le film a su préserver ses qualités de comédie même trente-quatre ans après sa sortie sur nos écrans. Le duo incarné par Philippe Noiret et Thierry Lhermitte fonctionne toujours à merveille et c'est un véritable plaisir que de les voir circuler à pied ou au volant de leur voiture de fonction, dans un Paris qui n'a depuis pas tellement changé de visage. Revoir l’œuvre de Claude Zidi est également le moyen de se remémorer les seconds rôles, et même ceux qui n'y font pratiquement que de la figuration : au menu, Régine dans le rôle de l'ex-prostituée Simone, Grace de Capitani dans celui de Natasha, Julien Guiomar dans la peau du commissaire Bloret, ou encore Claude Brosset interprétant Vidal, Michel Crémadès incarnant le pick-pocket (toute première arrestation effectuée avec fierté par François Lesbuche), et ou bien Ticky Holgado dans le rôle d'Alphonse. Le film est l'occasion d'aller visiter un commissariat de quartier, d'aller boire ou manger un morceau dans un bar-restaurant de la capitale, de jouer aux courses hippiques dans un PMU, ou d'aller faire un tour du côté de Barbès. Tout le charme d'un Paris populaire qui a sur conserver certains de ses bons ou de ses mauvais côtés. En dehors de ces quelques remarques personnelles, Les Ripoux est surtout l'occasion de revivre l'une des meilleurs comédies françaises des années quatre-vingt. Un gros succès dans les salles avec presque six millions d'entrées qui généra deux suites. L'excellent Ripoux contre Ripoux en 1989, et le navrant Ripoux 3 en 2003...

vendredi 27 octobre 2017

Noyade Interdite de Pierre Granier-deferre (1987) - ★★★★★★☆☆☆☆



Trois années de suite, le cinéaste Pierre Granier-Deferre confiera à l'actrice Elizabeth Bourgine l'un des principaux rôles. Dans Cours Privé, La Couleur du Vent, et entre les deux, celui d’Elizabeth pour Noyade Interdite. Un titre revendiquant un certain cynisme. Comme certains des personnages d'ailleurs. Au même titre que l'inspecteur Paul Molinat qu'incarne l'immense Philippe Noiret, ou que l'inspecteur Leroyer, qu'interprète l'excellent Guy Marchand. Deux flics qui se détestent (presque) cordialement. Contraints par leurs supérieurs de faire équipe sur une bien étrange série de meurtres. Un cadavre, puis deux, trois, et enfin quatre se retrouvent échoués sur la plage d'une station estivale juste avant la période des grandes vacances en été. De quoi inquiéter le maire et les habitants de la communauté qui vivent en partie grâce aux recettes effectuées lors de cette période estivale qui accueille généralement de nombreux touristes.
Comme le souligne judicieusement et avec un certain sens de l'ironie un Molinat pressé par le maire de la ville (le tournage a eu lieu à Saint-Palais-sur-Mer ainsi que dans les environs de Royan, deux communes du Sud-Ouest de la France, situées dans le département de la Charente-Maritime), la plage est noire de monde. Un « monde » presque exclusivement constitué de journalistes et d'habitants attirés par l'odeur du sang.

« - Un joli corps, c'est drôlement beau.Vous vous retournez tous les combien ?
- Toutes les douze minutes.
- Ah ! Comme le gigot ? »

A cette occasion, Pierre Granier-Deferre a su s'entourer de très belles interprètes et d'un nombre assez important de vedettes. Au nombres desquelles, les deux principaux acteurs cités plus haut, la chanteuse et actrice italienne Laura Betti qui interprète ici un rôle assez troublant, Dominique Zardi, très grand habitué du cinéma de Granier-Deferre puisqu'il joua dans dix-neuf des vingt-six longs-métrages du cinéaste et joue ici le rôle du vendeur de beignets. La géniale Catherine Hiegel dans celui du Dr. Chauveau, Andréa Ferréol dans celui de Cora ou encore Suzanne Flon dans celui de Hazelle. Mais Pierre Granier-deferre va, avec Noyade Interdite, mettre surtout en avant trois superbes interprètes féminines. Elizabeth Bourgine, donc, mais également Gabrielle Lazure, ainsi que Marie Trintignant, laquelle fut surtout révélée au public grâce à son interprétation du personnage de Mona dans l'hyper-pessimiste Série Noire d'Alain Corneau.
L'enquête est relativement molle. Presque aussi lente que les jours qui passent et attendent avec impatience que la vie reprenne dans cette ville comptant sur la migration de milliers de vacanciers. A la place, des morts. Tous tués d'une balle dans l'oreille. L'enquête s'avère difficile d'autant plus que les rapports entre les deux inspecteurs sont particulièrement houleux. D'un côté Noiret, dont le personnage, habitant direct de cette ville concernée par les cadavres qui échouent sur la plage revendique un certain respect dans la mise en œuvre de l'enquête. Tandis que fraîchement débarqué sur place, l'inspecteur Leroyer, imposé par leurs supérieur hiérarchique s'incruste. Fouille. Sans l'autorisation de celui qui confirme sa supériorité en précisant qu'il est inspecteur, oui, mais en chef !

Pierre Granier-Deferre ménage une ambiance chargée d'électricité. L'humour y est noir. Presque dérangeant. Un policier qui sort des sentiers battus, se mouvant au rythme du ressac de l'océan. Un érotisme soft porté par des actrices qui n'hésitent pas à se dévêtir devant l'objectif du cinéaste pour contenter le regard voyeur de certains personnages comme des spectateurs masculins en général. On pourrait lui reprocher son manque de rythme mais connaissant l’œuvre de ce cinéaste auquel il arrive de prendre son temps Noyade Interdite, en terme de vélocité, demeure dans la continuité...

mardi 10 octobre 2017

Hommage à Jean Rochefort: Les Grands Ducs de Patrice Leconte (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Au beau milieu de sa carrière de cinéaste, le français Patrice Leconte tourne Les Grands Ducs en roue libre. Hommage apparent au théâtre de boulevard, mais surtout amour évident pour un trio d'acteurs vieillissant, parmi les plus importants du panorama français, cette petite comédie tournée à la manière d'une pièce de théâtre a tout pour séduire. La vieille garde y croise la route de jeune interprètes (Clothilde Courau qui n'a débuté sa carrière au cinéma que huit ans plus tôt avec Le Petit Criminel de Jacques Doillon, les personnages campés par ses illustres partenaires décidant de prendre le sien sous leur aile), et d'acteurs confirmés (au hasard, Catherine Jacob en Carla Milo, fausse jumelle de la célèbre et fictive cantatrice Bianca Castafiore créée par le dessinateur belge Hergé. Ou encore Michel Blanc dans le rôle du méchant producteur qui tente de tout faire capoter.

Trois acteurs vieillissant donc, qui pour se donner l'impression d'être encore « capables », acceptent chacun de jouer dans une pièce de théâtre minable. Débutent alors les répétitions. Douloureuses. Avec un Jean-Pierre Marielle irascible, incontrôlable et accaparé par la coqueluche que son petit-fils a contracté. Un Philippe Noiret victime d'un trac immense. Et un Jean Rochefort en séducteur ringard et qui adapte le texte à son goût. Face à ces trois là donc, l'actrice Catherine Jacob. LA star de la pièce. Orgueilleuse et nymphomane, elle est la proie d'un Michel Blanc qui va lui causer bien des ennuis. Hanche démise, bras cassé, jambe dans le plâtre, la comédienne, pourtant, résiste.
En terme de répliques, ça n'est ni du Michel Audiard, ni du Bertrand Blier, mais tout de même, on passe un agréable moment devant ce trio de personnages qui cabotinent, chacun à leur manière.


Tandis que l'on a la curieuse impression d'assister à un document, certes barré, sur les conditions de répétitions d'une pièce de théâtre, il y a dans cet espace exigu que représentent les coulisses et la scène en elles-mêmes, l'idée de partager un moment d'intimité avec une troupe de théâtre aux personnalités diverses. Des tempéraments, des humeurs, des envies différents qui compliquent la tâche du régisseur et de toute l'équipe (l'habilleuse, l'administrateur, etc...) qui, dans l'ombre travaillent ensemble pour donner sa cohérence à une pièce relativement médiocre. Il y a pire que le producteur qui, aux aboies, aimerait faire jouer l'assurance en faisant couler la boite. Si l'on peut comprendre ses motivations, la suffisance du metteur en scène interprété par Olivier Pajot a de quoi irriter. Les Grands Ducs n'est certes pas la plus belle réussite de son auteur, le film permet cependant de passer un agréable moment de détente.
Et si les répliques semblent parfois d'un goût douteux ou d'une relative faiblesse, elles ne font qu'exagérer l'aspect ringard de la pièce et de ceux qui l'interprètent. Unir Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Jean Rochefort et Catherine Jacob dans un même long-métrage est la meilleure idée qu'ait eu le cinéaste Patrice Leconte ici...

jeudi 10 mars 2016

Le Témoin de Jean-Pierre Mocky (1978)



Sur invitation de son vieil ami, le riche industriel et puissant banquier Robert Maurisson, le restaurateur de tableaux italien Antonio Berti accepte de quitter l'Italie pour quelques temps afin de restaurer plusieurs œuvres de la cathédrale de Reims. Afin de lui servir de modèle, Antonio fait appel à la jeune Cathy qui jusqu'à maintenant faisait partie de la chorale. Plutôt délurée, la jeune enfant n'hésite pas à se montrer fort entreprenante envers les hommes.
Un jour, son cadavre est découvert près de l'une des propriétés appartement à Maurisson. Alors que ce dernier affirme ne pas avoir quitté le stade de football où il présidait une importante rencontre, son ami Antonio est convaincu d'avoir vu le notable près des lieux du crime. Maurisson a beau affirmer le contraire, son ami ne peut s'empêcher de penser qu'il est peut-être coupable du meurtre de la jeune fille.
Le commissaire Guérin et l'inspecteur Henri Marquet sont chargés d'enquêter sur la mort de Cathy. Ils ont promis au père de la jeune fille qu'ils arrêteront l'homme qui l'a tué. Un certain Moignard, connu des services de police pour avoir déjà perpertré des sevices sur des adolescentes, est interrogé par le commissaire Guérin mais ayant un solide alibi, il est très vite relâché.

Antonio est rongé par les scrupules. Ne cessant pas un seul instant d'affirmer à Maurisson qu'il l'a vu le soir de la disparition de Cathy, l'homme d'affaire décide de se débarrasser de ce témoin gênant...

Jean-Pierre Mocky a toujours été capable de réaliser de bons films, comme il en a pondu de vraiment médiocres. Lorsqu'en 1978 il engage la star italienne Alberto Sordi, c'est seulement après avoir proposé le rôle d'Antonio Berti à l'acteur français Jean Gabin, qui accepta, mais mourut peu de temps après. Le Témoin fait partie des meilleures œuvres de son auteur. Non seulement, Jean-Pierre Mocky propose un scénario solide, mais il peut compter, outre l'acteur italien, sur la présence de l'immense Philippe Noiret.
Le Témoin est un excellent film policier mêlé à une féroce critique de la bourgeoisie. Si l'on n'hésite pas longtemps à mettre un nom sur le tueur, le personnage de Robert Maurisson ne cachant pas vraiment ses sentiments au sujet du meurtre, la vraie réussite du film ne tient pas vraiment sur l'enquête menée par le commissaire Guérin (Roland Dubillard) et son assistant l'inspecteur Henri Marquet (Gerard Hoffman), mais plutôt sur les preuves qui vont s'accumuler autour d'un personnage pourtant innocent mais également sur le comportement des proches de Maurisson.

Sans la moindre complaisance, mais sans non plus le moindre remord, les proches du véritable tueur vont lui fournir un alibi. Quand à celui qui finira sous la guillotine, des événements qui au départ nous apparaissaient sans véritable importance vont se révéler cruciaux pour les suites de l'enquête. Noiret et Berti forment un couple sympathique. Le Témoin a les allures d'une comédie à l'italienne dans sa première partie quant l'aspect dramatique prend le relais par la suite. Le film est un écrin de perversités. Entre le notable, assassin d'enfants, son épouse qui ne cille jamais même lorsqu'il s'agit de mentir pour qu'un innocent soit condamné à la place du véritable coupable, une police qui traîne la patte quant il s'agit d'interroger un puissant homme d'affaire mais qui saute bien évidemment sur l'opportunité d'enfermer un homme sur le dos duquel s'accumulent des preuves que l'on sait être de simples coïncidences, et enfin, les comportements ambigus de certains (à commencer par la jeune victime, celle qui prendra sa place comme modèle et celle qui aurait pu sauver la tête du faux coupable en disant simplement la vérité), Le Témoin est une œuvre où la comédie et l'horreur d'un fait divers sordide font bon ménage. L'un des meilleurs Mocky...



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