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jeudi 29 octobre 2026

L'été meurtrier de Jean Becker (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Les années quatre-vingt furent riches en matière de thrillers français. Il en est même qui furent bien au dessus du lot. Comme le génial Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni en 1986. Quant à 1983, plusieurs d'entre eux durent batailler pour obtenir le titre de meilleur thriller de l'année. Mortelle randonnée de Claude Miller, Tchao Pantin de Claude Berri mais aussi et surtout, L'été meurtrier de Jean Becker. Un réalisateur et scénariste qui a toujours compté dans le paysage cinématographique français et qui continua à signer de très bons films comme l'incroyable Deux jours à tuer en 2008 avec Albert Dupontel... L'une des spécificités de L'été meurtrier est d'y voir réuni Isabelle Adjani et Alain Souchon dans les deux principaux rôles d’Éliane et de Pin-Pon. Un peu à la manière de La Maison assassinée que réalisera cinq ans plus tard Georges Lautner, le long-métrage de Jean Becker repose sur une vengeance tardive, motivée par un drame qui s'inscrit dans une époque très lointaine et mue par l'esprit de vengeance de l'héroïne même si les circonstances ne sont pas les mêmes. Les deux œuvres se déroulent cependant dans deux petits villages ruraux bien distincts. Nous sommes en 1976 et Éliane, son père paralytique Gabriel (Michel Galabru) et sa mère Paula (Maria Machado) surnommée Eva Braun en raison de ses origines germaniques viennent s'installer dans un village du sud de la France. Tous les villageois assistent à l'arrivée de la petite famille et pour cause : la jeune femme est d'une très grande beauté mais aussi de mœurs apparemment très légères. Sexy, provocatrice et pourtant très attachée à l'image qu'elle renvoie, tous les jeunes hommes du village fantasment de la mettre dans leur lit. Et d'ailleurs, les coucheries ne se font pas attendre puisque parmi eux, le frère cadet de Pin-Pon, Mickey (François Cluzet) et leur ami Georges Massigne (Martin Lamotte) n'ont pas tardé pour lui mettre le grappin dessus... Pin-Pon, lui, attend calmement son tour. Affectueux, sincère et plutôt naïf, son attitude finit par séduire Éliane qui très vite et contre toute attente tombe amoureuse de ce jeune pompier volontaire...


Derrière ce résumé relativement succinct du script de Jean Becker et Sébastien Japrisot sur la base d'un roman écrit par ce dernier, L'été meurtrier cache non seulement un drame épouvantable mais également un thriller érotique qui marque forcément par la présence à l'écran d'Isabelle Adjani qui avant cela aura notamment tourné auprès de Werner Herzog (Nosferatu, fantôme de la nuit), d'Andrzej Żuławski (Possession), de Claude Miller (Mortelle randonnée) avant de tourner aux côtés de Luc Besson l'excellent Subway en 1985, Camille Claudel de Bruno Nuytten en 1988 ou encore La reine Margot de Patrice Chéreau en 1994... Un an après qu'elle ait tourné Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau dans lequel elle allait déjà retrouver le chanteur Alain Souchon, ce dernier joue donc de nouveau à ses côtés, interprétant l'un de ses plus importants rôles au cinéma. Entre drame poignant et thriller psychologique, L'été meurtrier décortique l'état mental d'une jeune femme totalement dévastée par un drame remontant pourtant bien avant sa naissance. Une tragédie qui l'obsède et qui l'empêche de vivre normalement. Face à elle, toute une galerie de personnages incarnés par des interprète de valeur sûre. Comme Jenny Clève et Suzanne Flon qui incarnent respectivement la mère et la tante de Pin-Pon et Mickey. Evelyne Didi qui interprète la maîtresse d'école amoureuse d’Éliane ou encore Roger Carel, Manuel Gélin et même Marie-Pierre Casey, devenue célèbre grâce à une publicité pour Pliz et qui dans L'été meurtrier incarne le petit rôle de Mademoiselle Tussaud, la garde-malade de Gabriel qu'interprète le formidable Michel Galabru qui sorti de ses innombrables rôles dans des comédies incarne un personnage grave... Entre amour, vengeance, mensonges et traumatismes, L'été meurtrier est d'une maîtrise formelle remarquable. Une œuvre implacable, fascinante et merveilleusement incarnée... Un classique qui remporta quatre prix aux Césars 1984 dont le César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani ou celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Suzanne Flon...


 

vendredi 16 octobre 2026

Poussière d'ange d'Édouard Niermans (1987) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Abandonné par son épouse Martine (Fanny Citottençon), Simon Blount boit. Beaucoup. Trop, même. Le visage blafard et les yeux rougis par l'alcool et le manque de sommeil, cet inspecteur de police qui travaille pour le compte du commissaire Florimont (Michel Aumont) est en pleine dérive et l'a d'ailleurs tout récemment prouvé lors d'un déjeuner au restaurant lors duquel il a harcelé Martine de questions jusqu'à ce qu'elle lui avoue avoir un nouvel homme dans sa vie. ''Pétant'' littéralement un câble, Simon a frappé la jeune femme devant tous les autres clients avant que certains d'entre eux n'interviennent pour les séparer. Martine promettant alors qu'il ne la verrait plus ! Bien qu'étant souvent pris de boisson, Simon exécute parfaitement son travail et c'est pour cela qu'il se lance dans une enquête concernant la mort d'un certain Igor Malevitch (Henri Marteau)..... Comme une manière d'indiquer au public que tout ce qu'il va découvrir à présent sera certes majoritairement sombre et désespéré mais que le personnage central aura droit à une fin plutôt optimiste, Poussière d'ange d'Édouard Niermans démarre donc de façon plutôt classique, avec ce flic, père de famille et époux qui sur le quai d'une gare arbore un look dont on rend grâce au scénario du réalisateur et de Jacques Audiard et Alain Le Henry qu'il change pour opérer une transition abrupte entre le type bien propre sur lui et l'alcoolique attifé d'une longue gabardine marchant d'un pas brinquebalant et trainant la semelle au sol... Poussière d'ange a beau décrire un protagoniste rongé par la jalousie et l'absence de sa femme, c'est après s'être vu confier une affaire de vol dans un grand magasin qu'il va faire la connaissance de Violetta. Et une Fanny en chassant une autre, tandis que le personnage incarné par Fanny Cottençon disparaît de l'écran et du récit, celui interprété par Fanny Bastien va prendre de plus en plus de place dans l'existence de l'inspecteur. Sans que jamais le spectateur ne puisse découvrir à l'évidence que Simon éprouve plus que de l'amitié pour cette jeune femme paumée qui tâte sans cesse son pouls pour s'assurer qu'il bat toujours, l'homme porte tant d'intérêt pour Violetta qu'il décide d'arrêter de boire. Poussière d'ange est donc tout d'abord l'histoire d'une rencontre entre deux êtres malmenés par la vie. Violetta, orpheline, est issue d'un foyer où elle rencontra Gabriel Spielmacher (Luc Lavandier), un jeune homme très instable avec lequel elle partage toujours son existence.....


Un homme soupçonné d'avoir assassiné Igor Malevitch. Oui, l'amant de Martine. Car le film, sous ses allures de drame et de polar dont les approches semblent non pas devoir se télescoper mais se reléguer au fil du récit, nous conte une histoire moins alambiquée qu'il n'y paraît et qui au contraire joue finement sur plusieurs tableaux pour ne constituer qu'un seul et unique sujet. En effet, au fil de l'intrigue l'on découvre que tout est lié..... ou presque. De la mort d'Igor Malevitch, notoirement connu par la police des mœurs pour avoir été un proxénète jusqu'à Violetta dont la mère fut assassinée par deux malfrats en passant par l'attitude de plus en plus suspecte du commissaire Florimont qui apprend notamment à Simon Blount qu'il va devoir être très prochainement muté. Bien que la carrière de Fanny Bastien soit relativement clairsemée, il faut probablement avoir vécu dans les années quatre-vingt pour se souvenir de cette jolie et angélique actrice française qui dans Poussière d'ange incarne une Violetta physiquement maladive, toujours fagotée des mêmes vêtements et mythomane à ses heures... Le long-métrage d'Édouard Niermans échappe au statut d'œuvre anecdotique en nous offrant une histoire belle, tragique, touchante mais aussi très noire et où le bout du tunnel semble si loin que l'on ne s'attend certainement pas à une fin heureuse pour tout le monde. Polar dramatique, Poussière d'ange témoigne d'un homme qui sous l'influence involontaire d'une jeune paumée va reprendre les rênes de son existence. Le film traite également du sujet de la vengeance. Toutes les pièces du puzzle s'imbriquant alors à la perfection. Outre celles des autres acteurs, c'est bien l'interprétation de Bernard Giraudeau qui retient toute notre attention. Et si jeu n'atteint pas tout à fait l'intensité de celui de Nicolas Cage dans Living Las Vegas de Mike Figgis ou celui de Daniel Auteuil dans MR 73 d'Olivier Marchal, on reste malgré tout subjugué et hypnotisé par ce personnage, alcoolique au dernier degré et qui remonte petit à petit la pente pour venir au secours d'une jeune et jolie paumée...

 

dimanche 11 octobre 2026

Tchao Pantin de Claude Berri (1983) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Au beau milieu d'une carrière remarquable de producteur et de réalisateur, Claude Berri signa en 1983 le polar Tchao Pantin. Une œuvre sombre, désespérée et désenchantée qui ne brille donc évidemment pas par un quelconque parti-pris lumineux et optimiste. Le long-métrage met en scène l'humoriste et acteur Coluche qui jusque là avait surtout interprété des personnages plutôt drôles dans des comédies pas toujours très fines mais qui en cette année 1983 allait rencontrer la consécration en remportant lors de la cérémonie des César, celui du meilleur acteur. Un rôle difficile, compliqué à mettre en œuvre pour un artiste surtout connu pour ses sketches humoristiques sur scène et ses personnages comiques sur grand écran. Et en même temps, Claude Berry aura sans doute retenu de l'artiste comique la satire sur fond de politique et d'injustices sociales qu'il mit en œuvre durant sa carrière. Coluche incarne Lambert, ancien flic reconverti en employé de station-essence solitaire, taciturne et alcoolique qui depuis la mort de son fils boit. Beaucoup. Trop, même. Un soir, alors qu'il est à son poste, arrive le jeune Youssef Bensoussan qu'interprète Richard Anconina qui pour ce rôle obtiendra le César du Meilleur second rôle masculin (ainsi que celui de meilleur espoir masculin). Petit trafiquant de drogue sans envergure, voleur de mobylettes, l'arrivée de ce jeune beur dans l'existence du pompiste va avoir l'effet d'un électrochoc. Tandis que ce dernier a perdu son fils, Youssef semble être en quête d'une figure paternelle. Entre les deux hommes s'installe une véritable relation d'amitié, quasi fusionnelle, même si l'un et l'autre s'écharpent sur des questions purement morales. Youssef travaille pour le compte de Rachid (Mahmoud Zemmouri), le propriétaire d'un bar qui sert de couverture à un trafic de drogue. Mais un jour, alors que Youssef fouille la planque où il cache habituellement sa réserve de drogue, celle-ci a été dérobée. Bien que Lambert lui propose de l'aider à rembourser sa dette envers Rachid, le jeune garçon est assassiné par deux hommes en moto... Tchao Pantin, que l'on pourrait facilement comparer à d'autres œuvres tout aussi sombres que Les fauves de Jean-Louis Daniel, Poussière d'ange d'Édouard Niermans ou Série noire d'Alain Corneau ne met pas en scène que ce seul duo puisque apparaissent à l'image Agnès Soral dont la carrière se résumait majoritairement jusque là à quelques rôles à la télévision et qui ici incarne la jeune punkette Lola. Tout d'abord attirée par la moto empruntée à Rachid que conduit sans autorisation Youssef, la jeune femme aura un rôle beaucoup plus intéréssant durant la suite des événements...


Quant à Philippe Léotard (La balance, La petite sirène), il interprète le rôle de l'inspecteur Bauer. Un flic qui prend connaissance du passé professionnel de Lambert et fera preuve d'empathie vis à vis du pompiste même s'il devine que celui-ci n'est pas étranger à la série de meurtres qui vont suivre le décès de Youssef. Mis en lumière par le réalisateur et le directeur de la photographie Bruno Nuytten et en musique par Charlélie Couture, Tchao Pantin est de ces œuvres particulièrement moroses qu'il faut s'interdire de découvrir un jour de mélancolie. Sombre, âpre et plutôt bien incarné par Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral et Philippe Léotard, le film de Claude Berri s'inscrit dans un Paris désargenté à travers les quartiers de Barbès, de Belleville ou de la Chapelle ''sublimés'' par des teintes maussades produites par le travail de Bruno Nuytten qui d'ailleurs obtiendra le César de la Meilleure photographie pour son travail. Le film décrit assez bien les contextes de solitude et de misère sociale qui planent au dessus des personnages et autour de décors parfois en friches dans lesquels tous les personnages évoluent. Adaptation cinématographique du roman homonyme d'Alain Page scénarisée par Claude Berri lui-même, Tchao Pantin évoque également le deuil et la rédemption. Celui de Lambert qui depuis la mort de son fils l'expie en buvant et en vivant seul (son rejet initial des autres et d'ailleurs très démonstratif). C'est la troisième fois que Claude Berri engage Coluche sur un plateau de tournage si l'on ne tient pas compte de son apparition en tant que figurant non-crédité au générique dans Sex-shop en 1972. Il lui offrit ainsi le tout petit rôle de Marquand au tout début des années soixante-dix dans Le pistonné en 1970 avant de le retrouver sur celui de la comédie Le maître d'école une décénie plus tard. Avec Tchao pantin, le cinéaste lui offre l'un de ses rares rôles dramatiques au cinéma, deux ans avant son interprétation d'Oscar Pilli, officier erratique et megalomane de l'armée italienne durant la Seconde guerre mondiale. Notons enfin qu'en dehors des prix obtenus par Richard Anconina et Bruno Nuytten, Gérard Lamps et Jean Labussière recevront celui du Meilleur son. Quant à Coluche, il obtiendra donc celui du Meilleur acteur face à Gérard Depardieu (Les compères de Francis Veber), Yves Montand (Garçon ! de Claude Sautet), Alain Souchon (L'été meurtrier de Jean Becker) et Michel Serrault (Mortelle randonnée de Claude Miller)...

 

samedi 3 octobre 2026

Misery de Rob Reiner (1990) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

''Je suis votre plus fervente admiratrice''

Annie Wilkes à Paul Sheldon


Aujourd'hui, adapter le romancier américain Stephen King sur grand écran est devenu presque anecdotique. Elle est loin, en effet, l'époque où chaque adaptation du plus célèbre écrivain de romans fantastiques et d'épouvante était l'objet d'une attention de tous les instants. De grands noms participèrent à cette entreprise, tels Brian De Palma (Carrie au bal du Diable), Stanley Kubrick (Shining), George Romero (Creepshow), David Cronenberg (Dead Zone) ou bien John Carpenter (Christine). D'autres ne firent sans doute pas leurs armes auprès de cette inépuisable source d'inspiration que représente l’œuvre tentaculaire de Stephen King mais commencèrent réellement à faire parler d'eux dès qu'ils pénétrèrent dans l'univers de l'écrivain. Mary Lambert adapta Simetierre en 1989, Rob Reiner, Stand by Me en 1986 et Misery en 1990 ou encore Frank Darabont, Les évadés en 1994, La ligne verte en 1999 et The Mist huit ans plus tard. Mais revenons à Rob Reiner. Ce bonhomme à l'air jovial débuta sa carrière à la télévision avec deux téléfilms réalisés en 1974 et 1981 avant de tourner son premier long-métrage pour le grand écran. Un documenteur axé sur un groupe de métal fictif intitulé Spinal Tap. Suivent ensuite plusieurs films qui deviendront chacun dans leur catégorie d'authentiques classiques du septième art. À commencer par le formidable drame Stand by Me, inspiré de la nouvelle de Stephen King, Le corps, publiée en 1982 dans le recueil de quatre nouvelles, Différentes saisons. Viendra ensuite, Princess Bride, œuvre d'aventures et d'Heroic Fantasy qui en outre, obtiendra en France au Festival d'Avoriaz, l'Antenne d'or en 1988. Juste une année avant que Rob Reiner ne s'attaque au roman Misery, il réalisera la comédie Quand Harry rencontre Sally qui s'avèrera être un très grand succès en salle. Surtout, cette série de longs-métrages qui n'ont de commun que leur réalisateur montre combien celui-ci est capable de s'adapter à tous types de récits, passant allégrement du drame à la comédie en passant pour le fantastique.


Un mélange des genres dont sera partiellement le fruit de son travail sur Misery. Film pour lequel Rob Reiner convoque le thriller, le drame mais aussi et surtout l'épouvante avec cette histoire qui touche forcément personnellement l'auteur du roman original qui fit de plusieurs personnages centraux d'une partie de ses romans et nouvelles, des écrivains victimes parfois de leur succès. En ayant lui-même tenté de détourner l'attention de ses fans à travers la part sombre de son œuvre (Stephen King créa le pseudonyme de Richard Bachman afin de publier ses romans les plus sombres), cette expérience le ''contraindra'' à écrire et faire éditer The Dark Half sorti chez nous sous le titre La part des ténèbres avant que celui-ci ne soit ensuite adapté au cinéma par George Romero. L'occasion pour l'écrivain et le réalisateur de se retrouver onze ans après l'excellent film à sketches, Creepshow. Misery est quant à lui l'une des plus remarquables adaptations de Stephen King sur grand écran. Un grand film de peur que l'on doit notamment à ses deux principaux interprètes que sont James Caan dans le rôle de Paul Sheldon, un écrivain amoindri sauvé d'un grave accident de la route par Annie Wilkes qu'interprète ensuite Kathy Bates, laquelle s'autoproclame ''plus fervente admiratrice'' de l'auteur d'une série d'ouvrages centrés sur le personnage de Misery Chastain ! Si l'on réfléchit bien, la caractérisation de Paul Sheldon et d'Annie Wilkes est plus ou moins sommaire. Mais cette absence de profondeur habituellement caractéristique des films dénués d'empathie pour leurs personnages ne fait ici bizarrement pas vraiment défaut. Avec son physique de matrone, sa foi en Dieu, sa fascination pour le personnage de Misery, son passé d'infanticide et les crises d'hystérie qui parfois la caractérisent, le spectateur n'a besoin d'aucun autre élément pour se rendre compte du danger que cette femme d'âge plus ou moins mûr représente pour l'écrivain.


''Dieu que je t'aime''

Annie Wilkes à Paul Sheldon


Quant à Paul Sheldon, que sait-on de lui ? Pas grand chose à vrai dire, à part qu'il en a marre d'écrire autour du même personnage et qu'il rêve de tourner la page en ''tuant'' celle qui l'a pourtant rendu célèbre. Un détail presque insignifiant pour un auteur dont l'imagination est suffisamment fertile pour continuer à nourrir sa passion, son métier et donc ceux qui le suivent mais qui pour sa plus grande fan va prendre une toute autre signification. Huis-clos tendu, étouffant et même parfois terrifiant, Misery décrit avec un certain réalisme la lointaine interconnexion qui existe entre un auteur de romans et certains de ses lecteurs dont l'existence solitaire ne tourne plus guère qu'autour des personnages fictifs qu'il aura inventé à leur attention. Aussi formidable soit-il, James Caan tient dans la paume d'une Kathy Bates/Annie Wilkes au regard, à la physionomie et au tempérament impressionnants ! Misery se distingue par une certaine sobriété. Celle de ses interprètes pour commencer, mais aussi celle de Rob Reiner et de sa mise en scène, lequel n'use que parcimonieusement d'effets horrifiques. Lorsque surgit l'effroi, c'est presque sous asphyxie que le spectateur est convié à y assister. Comment en effet oublier la fameuse séquence du ''Sabot'' lors de laquelle Annie, totalement hors d'elle, brise les chevilles de Paul à l'aide d'une poutre et d'une masse ? Pour cette ancienne infirmière, la fiction ne se conçoit qu'à travers des tableaux réalistes, crédibles, vraisemblables. Bien des années après sa conception, Misery demeure toujours aussi efficace. La marque des grands films...

 

dimanche 27 septembre 2026

Nikita de Luc Besson (1990) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Camée, paumée, Nikita participe au braquage d'une pharmacie en compagnie de trois complices. Son petit ami Rico (Marc Duret), Antoine (Patrick Fontana), le fils du propriétaire surnommé Coyotte, ainsi que Zap (Alain Lathière). Mais les choses tournent mal et les trois garçons sont descendus par la police dépéchée sur les lieux. Quant à Nikita, armée d'un flingue, elle assassine froidement trois flics avant d'être arrêtée puis condamnée à perpétuité. Une fois sous les verrous, un homme lui injecte en intraveineuse un produit qu'il la plonge dans le sommeil. Officiellement, Nikita s'est suicidée et ses obsèques ont lieu en son absence. Car en effet, la jeune femme est toujours vivante et se retrouve désormais enfermée dans l'une des chambres d'un complexe appartenant au Gouvernement français. Un centre d'entraînement des services secrets dont un agent prénommé Bob (incarné par l'excellentissime Tchéky Karyo) est chargé de former la nouvelle ''pensionnaire''. Deux ans après le succès de son second long-métrage Le grand bleu considéré alors par beaucoup de spectateurs et de critiques comme un film générationnel, le réalisateur, producteur et scénariste Luc Besson change d'optique en proposant une œuvre beaucoup plus dure, radicale et violente. Il profitera d'ailleurs de son passage dans divers médias pour prévenir que son dernier long-métrage n'a rien à voir avec son précédent. Au delà de la violence récurrente visible lors de certaines séquences, Nikita reste aussi et surtout un très beau portrait de femme. Et bien que son œuvre actuelle soit désormais critiquée dans sa quasi globalité, le cinéaste hexagonal savait à l'époque faire de vrais bons films...


À l'image, donc, de ce thriller parfois implacable mettant en scène la sublime Anne Parillaud dans lequel l'actrice interprète le rôle-titre, Luc Besson lui offre ainsi son premier vrai grand rôle avec à la clé, le César de la meilleure actrice en 1990. Nikita décrit tout d'abord l'éclosion d'une femme-enfant, enfermée jusque là dans sa toxicomanie et ses mauvaises fréquentations. Prise en charge par le très charismatique Bob qu'incarne superbement Tchéky Karyo, la jeune marginale apprend l'informatique, le combat au corps à corps, la façon de bien se comporter en société (auprès de Jeanne Moreau qui incarne le rôle d'Amande) et le maniement des armes, bien qu'en la matière, elle n'ait pas vraiment de leçons à recevoir. Durant de longues années, enfermée dans ce centre, Nikita se transforme peu à peu, laisse de côté son côté rebelle, mûrit et se prépare à une carrière dont elle n'a même pas encore idée. Car si la jeune femme s'est vue proposer l'occasion d'être formée au bénéfice du Gouvernement français, ça n'est pas par simple charité chrétienne mais bien parce que certains ont vu en elle le potentiel suffisant pour en faire une tueuse à gages. Une fois prête, Nikita quitte le centre, s'installe seule dans un appartement, rencontre celui deviendra son petit ami (Jean-Hugues Anglade dans le rôle de Marco) et attend son premier contrat...


Luc Besson dresse donc ici le portrait d'une jeune femme asociale, droguée, violente et réfractaire à toute forme d'autorité qui au contact de Bob va laisser la place à une jeune femme fort séduisante. La première partie du long-métrage se concentre donc sur la formation de Nikita, entre séquences au premier degré et courts passages humoristiques qui feront autant tiquer Bob que les spectateurs (comme le coup de pied entre les jambes du professeur de karaté). Ensuite, la partie la plus importante du récit se concentre sur la vie à l'air libre de Nikita. Une femme presque normale dont l'existence est non seulement chamboulée par l'arrivée de Marco mais aussi par celle, parfois soudaine et inattendue des différents contrats qu'elle sera menée à exécuter. L'occasion pour Luc Besson de montrer sa maestria lorsqu'il s'agit de créer des séquences de tensions comme celle s'agissant de l'exécution d'une femme à travers la vitre d'une salle de bain d'un hôtel vénitien. Le réalisateur joue sur deux contrastes qui s'opposent en permanence. Entre le monde de l'espionnage et des contrats meurtriers et l'existence beaucoup plus ordinaire que tente de vivre Nikita aux côtés de Marco. Luc Besson pose ici la question de la rédemption et de la réincarcération. Nikita est une œuvre brillante, jouissive, émouvante et parfois angoissante, parfaitement incarnée par une Anne Parillaud habitée, sublimée et par un Tchéky Karyo impérial. Notons qu'en forme de cerise sur le gâteau, le script ajoute en fin de partie le personnage de Victor, un nettoyeur incarné par Jean Réno qui réinterprétera quatre ans plus tard le même type d'individu dans l'excellent Léon, toujours mis en scène par Luc Besson. Enfin, Nikita ne serait sans doute pas celui qu'il est sans l'excellente partition du fidèle compositeur Eric Serra qui signe une bande musicale très en accord avec le récit...

 

samedi 19 septembre 2026

Sans Toit ni Loi d'Agnès Varda (1985) - ★★★★★★★★☆☆



Il est des personnages dans la vie de tous les jours que l'on n'oublie pas. Dans le septième art aussi d'ailleurs. Sandrine Bonnaire fait partie de ces actrices remarquables qui ont imprimé de leur seule présence bon nombre de longs-métrages. Il n'y a qu'à la contempler dans La Cérémonie de Claude Chabrol ou dans Monsieur Hire de Patrice Leconte pour se rendre compte du potentiel de cette actrice française qui un jour de juin 1982, à l'âge de quinze ans, eut la bonne idée d'accompagner sa sœur Corinne à un casting pour le film de Maurice Pialat, A Nos Amours. Alors que Sandrine n'a pas la prétention de figurer au générique, c'est pourtant elle que le cinéaste prendra dans son film. C'est ainsi que la carrière de l'actrice débute réellement puisque jusqu'à maintenant, elle n'avait fait que de la figuration dans deux autres longs-métrages. Elle remportera d'ailleurs pour sa prestation dans le film de Pialat le César du meilleur espoir féminin. César encore puisque en 1986, et en interprétant le rôle principal du film qui nous intéresse ici, elle remportera cette fois-ci le César de la meilleure actrice.
Oui, il existe des personnages que l'on n'oublie pas, et Mona, de son vrai nom Simone Bergeron est de ceux-ci. Une jeune femme sans attaches, sans toit ni lois donc, ni personne pour lui dicter sa conduite ou la remettre dans le droit chemin. Ça n'est pas que Mona soit une voleuse (elle ne fera rien pour dérober à un compagnon de passage le petit poste de radio sur lequel elle lorgnait pourtant) mais on le sait dès les premières minutes, la jeune femme finira tristement, son corps reposant raide comme un morceau de bois dans un fossé. La cinéaste Agnès Varda remonte le cours de l'histoire de cette vagabonde qui marche sans but précis, fait des rencontres, et laisse surtout derrière elle une curieuse impression. La cinéaste française a choisi de ne juger ni son héroïne, ni celles et ceux qui croisent sa route. Une route semée de quelques embûches. On la verra violée, humiliée, questionnée, rejetée, mais aussi la proie d'une curiosité que l'on aurait pu croire malsaine mais qui en réalité demeure protectrice envers cette jeune femme qui, durant un instant, trouve l'épaule réconfortante d'une platanologue, une certaine Mme Landier, très justement interprétée par l'immense actrice Macha Méril.

Agnès Varda filme son œuvre sans concession au divertissement. Ou si peu. A travers les pseudos-témoignages de tous ceux qui l'ont rencontrée durant les quelques jours qui précèdent sa mort tragique, on n'en apprendra pas beaucoup sur Mona à part qu'elle fut secrétaire avant de tout abandonner. Sur son passé tout comme sur ce qui l'a menée à vivre en marge de la société. Sandrine Bonnaire est habitée par son personnage et n'hésite pas à donner de sa personne lorsqu'il s'agit d'incarner une femme libérée de toutes contingences. Les cheveux sales, un vieux cuir que l'on imagine sentir très mauvais, une tente pour maison et un caractère mêlant insouciance et méfiance. Voilà ce qui caractérise sans doute le mieux cette jeune clocharde dont l'unique but semble être de trouver de quoi manger.Ses petits amis sont comme elle. Des marginaux. Pas forcément à la rue, mais des individus qui inquiètent les ménagères de cinquante ans qui n'osent pas les accueillir sur le pas de leur porte.
Avec Sans Toit ni Loi, la cinéaste Agnès Varda réalise ce qui demeure sans doute chez nous comme LA référence sur les conditions de vie des sans-abris. Qu'elle ait tout abandonné sur un coup de tête ou non, on trouve son héroïne forcément touchante. D'autant plus que l'on devine une certaine douceur sous cette crasse, Sandrine Bonnaire esquissant de temps en temps un joli sourire avant de se renfermer à nouveau. En tout cas, un film qui marque les esprits. Un petit bijou...

vendredi 11 septembre 2026

The Challenge (A armes égales) de John Frankenheimer (1982) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Qui n'a pas connu au tout début des années quatre-vingt l'excellente série américano-japonaise de James Clavell Shogun n'était probablement pas né ou n'avait pas la télévision à tube cathodique ! Pour les autres, l'été 1983 fut l'occasion de découvrir chez nous l'un des plus célèbres acteurs du Pays du Soleil Levant en la personne de Toshirō Mifune. Tournant avec les plus grands, d'Akira Kurosawa jusqu'à Ishirō Honda, avant de collaborer outre-atlantique et en dehors de son pays avec John Boorman, Terence Young, Jerry London, Steven Spielberg ou comme ici John Frankenheimer, l'acteur japonais fut donc l'une des deux grandes stars de la série diffusée à partir du 9 juillet 1983 sur TF1. À ses côtés, l'acteur américain Richard Chamberlain qui nous a quitté en mars dernier. La rencontre entre un occidental et la culture japonaise du dix-septième siècle... Mais pourquoi évoquer précisément cette série plutôt qu'une autre ? Pour une raison simple. Ce qui connaissent bien Shogun seront étonnés de constater que les scénaristes de The Challenge (A armes égales) Richard Maxwell, John Sayles et Marc Norman semblent s'être fortement inspirés de la création de James Clavell pour concevoir leur récit. Cinéaste prolifique au cinéma et à la télévision, John Frankenheimer signait en cette année 1982 une œuvre mineure dans sa carrière et pourtant si proche du récit que les téléspectateurs n'auront pu savourer chez nous qu'avec trois ans de retard (la série Shogun datant en réalité de 1980). La coïncidence devenant alors improbable lorsque l'on constate la participation de Toshirō Mifune au projet. Nulle trace par contre de Richard Chamberlain puisqu'à sa place l'on retrouve l'acteur Scott Glenn dans le rôle de Rick Murphy. Un américain payé grassement pour faire passer un sabre d'une très grande valeur des États-Unis au Japon. L'époque elle aussi a changé puisque l'intrigue ne se déroule plus en 1600 mais à notre époque. Après un court passage dans le Japon de 1945 où lors d'une cérémonie de remise de katanas l'on assiste à la mort involontaire d'un jeune garçon, le récit se poursuit aux États-Unis, dans une salle de boxe où l'on retrouve donc Rick en plein entraînement. Débarquent alors une femme et un homme en fauteuil roulant tous deux venus du Japon pour parler à l'adversaire de Rick mais au final, ce couple d'étrangers va choisir de s'en remettre à Rick auquel ils proposent la somme de cinq-cent dollars journaliers pour transporter à bord d'un avion à destination de leur pays, le précieux sabre qu'ils lui confieront...


Histoire de vengeance, de traditions ancestrales, de spiritualité, de coutumes typiquement japonaises et d'apprentissage, The Challenge avait tout pour plaire aux fans de Shogun. Mais là où James Clavell parvenait à allier le charisme de son acteur américain à celui de son principal interprète japonais dans un Japon historique fascinant, la vision de John Frankenheimer reste on ne peut plus étriquée. Là est toute la différence entre une mini-série constituée de dix épisodes et qui a tout loisir d'étendre son sujet, quand le long-métrage de l'américain n'a lui qu'un peu moins de deux heures pour faire avaler au spectateur la pilule de l'occidental débarqué de son Los Angeles natal pour un transfert de katana et qui au contact du très respectable chef de clan Toru Yoshida (qui donc est incarné par Toshirō Mifune) va apprendre à se battre au sabre et au bâton comme aux temps anciens des samouraïs. Évidemment, l'on a droit au charme très discret de l'actrice Donna Kei Benz américano-japonaise Donna Kei Benz, laquelle incarne la fille de Toru, Akiko. Atsuo Nakamura interprète quant à lui l'oncle de la jeune femme et donc le frère de Toru. Le véritable nœud du problème qui oppose les deux hommes est ce fameux sabre dont l'un et l'autre affirment être l'unique propriétaire. S'opposent alors deux types de comportement. Si Toru emploie des méthodes de combat ancestrales, Hideo préfère les armes à feu. La relation entre Rick et Toru est relativement touchante. Mais si l'acteur japonais qui incarne ce dernier n'a semble-t-il jamais été aussi charismatique que dans cette posture de chef de clan, Sctt Glenn débarque à l'image le crâne surmonté d'une affreuse coupe au bol qui le fait davantage ressembler à Kwai Chang Caine interprété par David Carradine dans la série Kung-fu qu'au personnage de John Blackthorne qu'incarnait Richard Chamberlain dans Shogun. Évidemment beaucoup moins fin que cette dernière, The Challenge est un curieux mélange entre la philosophie véhiculée par la série et le cinéma d'action dans son expression la plus élémentaire. Notons enfin que la bande originale est signée de Jerry Goldsmith...


 

samedi 5 septembre 2026

Nuts de Martin Ritt (1987) - ★★★★★★★☆☆☆



Issue d'une famille aisée, Claudia Draper a été arrêtée après avoir été soupçonnée du meurtre de l'un de ses clients. En effet, la jeune femme a, pour subvenir à ses besoins sans l'aide de ses parents, choisi de travailler comme call-girl. C'est ainsi qu'elle a du faire le cruel choix de tuer Allen Green qui refusa de la laisser partir de chez lui ou bien de mourir elle-même sous la violence de cet homme âgé d'apparence respectable. D'abord défendue par un avocat payé par ses parents Rose et Arthur Kirk, Claudia se montre envers lui si violente, qu'elle est abandonnée à son triste sort avant que ne lui soit imposé l'avocat commis d'office, Aaron Levinski.

L'affaire qui est confiée à ce dernier n'est pas simple. Hystérique et indomptable, Claudia ne facilite pas la tâche de Aaron. L'avocat à toutes les difficultés à se faire accepter par la sauvageonne. Bien avant que ne débute le procès accusant la jeune femme d'homicide volontaire, Aaron doit faire la preuve que Claudia n'est pas la folle que la partie adverse tente de faire croire. L'avocat n'est pas non plus aidé par Arthur, qui n'est que le beau-père de Claudia. Celui-ci va tenter au même titre que l'accusation de faire interner Claudia et l'empêcher de participer à son procès.

Parvenant peu à peu mais avec beaucoup de mal à attirer la confiance de Claudia, Aaron va tout mettre en œuvre pour que la jeune femme soit reconnue saine d'esprit et soit en mesure d'assurer sa défense lors de son propre procès...


Martin Ritt, réalisateur d'un peu plus d'une vingtaine de long-métrages réalisait avec cet efficace Nuts, son avant dernier film. Et pour interpréter le rôle de Claudia, il fit appel à la star de la chanson américaine Barbra Streisand. Un choix particulier mais dont la performance ne laisse planer plus le moindre doute lors du déroulement de l'intrigue.

Une sorte de huis-clos judiciaire qui oppose des figures importantes du septième art ( Karl Malden, Eli Wallach, Robert Webber et James Whitmore) à un Richard Dreyfuss des plus convainquant. Barbra Streisand est tout simplement prodigieuse dans ce rôle difficile qui axe on sujet non pas sur le procès d'une meurtre mais sur l'éventuelle possibilité que l'accusée n'y puisse pas participer pour raison de folie. Nuts cache en réalité une histoire beaucoup plus profonde et va chercher dans l'histoire la plus intime de cette famille recomposée dissimulant un très lourd secret qui, on s'en doute évidemment, nous sera révélé avant la fin et aura des répercussions sur les décisions à prendre vis à vis de la jeune femme.

Nuts se révèle donc être un excellent film, interprété par des actrices et acteurs donnant le meilleur d'eux-mêmes, Barbra Streisand et Richard Dreyfuss en tête...

jeudi 13 août 2026

The Black Panther de Ian Merrick (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Dans un même esprit que The Todd Killings de Barry Shear mais quittant le territoire américain pour la Grande Bretagne et dans une approche beaucoup plus sombre et réaliste, The Black Panther de Ian Merrick s'intéresse cette fois-ci non plus au tueur en série Charles Schmid mais au braqueur de banque et de bureaux de poste, kidnappeur et multiple assassin Donald Neilson qui entre 1971 et 1974 commis plusieurs effractions et meurtres qui firent trois victimes : Sidney Gray en 1971, Donald Skepper en 1972 et Ernest Dyas en 1974. Le titre du long-métrage n'est pas une pure invention puisque l'homme fut surnommé ainsi pour avoir surtout effectué des cambriolages de nuit, entièrement vêtu de noir et sans faire le moindre bruit. Mais s'il est surtout resté célèbre sur le territoire britannique, c'est parce qu'il kidnappa l'adolescente Lesley Whittle alors âgée de dix-sept ans le 14 janvier 1974. Donald Neilson aurait alors exigé de la part de ses parents la rondelette somme de cinquante-mille livres. Quant à Lesley, elle fut enfermée dans un puits de drainage souterrain d'un réservoir situé à Bathpool Park, dans le Staffordshire. Déshabillée, attachée nue à seize mètres de profondeur, une cagoule placée sur sa tête et une corde autour du cou, son corps fut finalement découvert par les autorités près de trois mois plus tard. L'adolescente a perdu la vie par pendaison. On ne saura jamais si elle est accidentellement tombée de l'étroite plateforme qui la retenait prisonnière ou si son ravisseur la poussa dans le vide... Condamné à la prison à vie après un premier jugement datant du 1er juillet 1976 et de trois autres condamnations à perpétuité pour les meurtres qu'il commis sur les trois employés de bureaux de poste, Donald Neilson passa le reste de son existence derrière les barreaux avant de mourir le 18 décembre 2011... The Black Panther adapte donc une grande partie des événements entourant la multiple tragédie qui endeuilla la Grande Bretagne entre 1971 et 1974 tout en éludant certains aspects comme la culpabilité de l'épouse du criminel qui dans le long-métrage de Ian Merrick n'est pas directement impliquée dans la série de braquages commis par son époux. À dire vrai, elle (Marjorie Yates) et leur fille (Sylvia O'Donnell) apparaissent comme terrorisée par Donald qui depuis qu'il a quitté l'armée semble avoir beaucoup de mal à réintégrer la vie civile...


Découchant régulièrement jusqu'à préférer dormir dans la nature, il a gardé des réflexes propres à son ancienne carrière de militaire. Incarné à l'écran par l'acteur Donald Sumpter, l'homme est glaçant, rigide, impassible devant la moindre émotion et incapable lui-même de montrer le moindre sentiment vis à vis de ses proches ou de ses victimes. C'est ainsi que Ian Merrick traite de son sujet, l'atmosphère froide, rugueuse et l'indifférence de son principal protagoniste sont à l'origine d'une œuvre très particulière, presque clinique dont on ne s'explique pas vraiment les motivations du tueur et kidnappeur autrement qu'à travers son appétit pour l'argent. Ici, la participation de l'épouse du tueur n'est pas explicitement décrite. On pense surtout que Donald Neilson vit une double vie qu'il cache à son épouse et à leur fille. L'incarnation de Donald Sumpter est à l'aune de la mise en scène de Ian Merrick. Lequel ne cherche pas à expliquer les motivations de ce tueur méthodique dénué de toute empathie pour son prochain. En résulte une œuvre glaçante, froide et réaliste décrivant les étranges habitudes d'un individu qui agit rapidement de manière très curieuse à travers d'étranges rituels. Lorsque débute le récit, Neilson est déjà coutumier des actes criminels, ce qui évite au réalisateur d'expliquer ses motivations. On n'en saura pas davantage durant ces quelques quatre-vingt dix minutes durant lesquelles Ian Merrick s'attache à suivre le personnage central sans presque jamais le quitter des yeux. Donald Sumpter y incarne un individu tellement crédible qu'il devient difficile de distinguer le personnage de son interprète. Malgré la violence des méfaits, The Black Panther est bien moins cru visuellement qu'on pouvait s'y attendre. Sa spécificité se trouve surtout dans le jeu quasi monolithique de Donald Sumpter, dans l'austérité de la mise en scène, proche du documentaire ou dans la terne photographie de Joseph Mangine. Bref, une œuvre atypique qui durant très longtemps fut invisible mais qui, en France notamment, fut éditée par UFO Distribution dans le courant de l'année 2016 au format DVD...

 

mercredi 12 août 2026

The Todd Killings de Barry Shear (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si The Todd Killings de Barry Shear n'évoque pas directement le nom de l'assassin dont le réalisateur et les scénaristes Dennis Murphy, Joel Oliansky et Mann Rubin se sont inspirés pour écrire l'histoire et ni de celui des véritables victimes, le récit repose pourtant sur la série de meurtres que commis Charles Schmid entre 1964 et 1965. L'assassin, ici incarné à l'écran par le charismatique Robert F. Lyons alors âgé de vingt ans évoque cependant curieusement l'un des plus célèbres tueurs en série de l'histoire de la criminalité américaine. Entouré d'une horde d'adolescents des deux sexes lui vouant une véritable adoration, il n'est pas rare en effet que le personnage soit le reflet fictionnel du gourou et criminel Charles Manson qui à peu près à la même époque envoya notamment plusieurs de ses disciples assassiner un producteur de musique qui refusa auparavant de signer avec lui un contrat. Ayant depuis déménagé, la propriété fut rachetée par le cinéaste Roman Polanski. Le 9 août 1969, les membres de la Famille Manson Charles Tex Watson, Patricia Krenwinkel, et Susan Atkins s'introduisirent chez lui et assassinèrent son épouse l'actrice Sharon Tate ainsi que trois de leurs amis. Alors, même si The Todd Killings n'est pas officiellement inspiré des méfaits commis par les membres de la secte, il est troublant de constater le rapport ténu qu'entretient le personnage de Skipper avec certains éléments propres à l'existence de Charles Manson. Car dans un cas comme dans l'autre, dans la fiction et dans la réalité, les deux se rêvent musiciens... Plus étonnante encore est la relation pourtant impossible à établir entre le personnage central du récit et cet autre célèbre tueur en série qui défraya la chronique dans le milieu de années soixante-dix connu sous le nom de Ted Bundy (Theodore Robert Bundy). En effet, entre les meurtres visant exclusivement de jeunes femmes, l'intelligence et la beauté avérée de ce tueur en série ayant commis de très nombreux meurtres entre 1974 et 1978, la distinction entre les deux individus devient évidente... Auteur de très nombreux téléfilms, longs-métrages et épisodes de séries télévisées, Barry Shear signe une œuvre profondément marquée par la Guerre du Vietnam, la contre-culture et le rejet des institutions. Skipper est significatif de cette arrogance d'une jeunesse post soixante-huitarde personnifiée ici à travers ce jeune homme séduisant, charismatique et finalement très plaisant pour son entourage à côtoyer...


Autour de lui, une pléthore de tout jeunes adultes, voire d'adolescents prêts à tout pour un sourire, un regard et même parfois, un baiser. S'agissant de la relation entre l'homme et son entourage, Barry Shear les traite d'ailleurs de manière relativement ambiguë. On ne sait en effet pas vraiment si seules les femmes (souvent très jeunes) l'attirent ou si les hommes aussi ont parfois ses faveurs. Ici, par contre, pas de doute possible sur sa culpabilité puisque The Todd Killings s'ouvre sur une séquence d'une réalité crue ! L'enterrement d'une jeune femme dans le désert, le meurtrier étant accompagné de deux ''amis''. Une scène qui témoigne de tant d'assurance et de narcissisme chez Skipper qu'il n'imagine pas un seul instant que quiconque autour de lui pourrait le trahir. Barry Shear en fait le marqueur d'une génération dénuée de toute morale où la mort et l'acte en lui-même valent bien moins que l'image que l'on renvoie devant la société. Représentée dans le cas présent par une juvénilité où les jeunes femmes sont prêtes à vendre corps et âme et où les jeunes hommes ont tous l'air de garçons de plage. Notons que le long-métrage met en scène un très bon choix d'interprètes puisque outre Robert F. Lyons dans le rôle-titre, plusieurs actrices et acteurs ont fait les beaux jours du petit ou du grand écran. Richard Thomas qui joue ici le rôle de Billy Roy, amoureux transit d'une ancienne camarade qui reste indifférentes à ses appels du pied, sera l'une des vedettes de la série La Famille des collines un an plus tard. L'actrice de théâtre et de cinéma Barbara Bel Geddes deviendra mondialement connue pour avoir incarné dès 1978 le personnage de Ellie Ewing dans la série Dallas et toujours concernant le petit écran, la très jolie Belinda Montgomery apparaîtra notamment dans la série de science-fiction L'homme de l'Atlantide aux côtés de Patrick Duffy en 1977... Pour finir, Michael Conrad incarnera le sergent Phil Esterhaus dans la série policière Hill Street Blues au début des années 80... Pour celles et ceux qui apprécieraient The Todd Killings, il leur est très fortement conseillé de se jeter ensuite sur l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger de Marvin J. Chomsky et avec Mark Hammil qui cette fois-ci traita du cas Ted Bundy...

 

lundi 10 août 2026

Newborn de Nate Parker (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Newborn, le dernier long-métrage du réalisateur afro-américain Nate Parker ne fait pas véritablement partie du courant Blaxploitation, celui-ci partage divers points communs avec ce genre cinématographique né dans les années soixante-dix sur le territoire des États-Unis. La plupart des protagonistes sont eux-mêmes issus de la communauté noire américaine (à l'exception de David Oyelowo) et même si le sujet ne traite pas toujours directement des préoccupations du mouvement initié en 1971 par Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song et Gordon Parks avec Shaft, certaines séquences semblent pourtant vouloir s'y rattacher. L'un des héros, Chris Newborn (le britannique David Oyelowo), s'apprête à épouser sa compagne Tara Benton (Olivia Washington), alors enceinte, lorsque son frère Keith (Jimmie Fails) débarque chez eux, blessé, après avoir causé accidentellement la mort d'une personne. Possédant déjà un casier judiciaire qui risque de l'envoyer en prison pour longtemps, son frère aîné Chris décide de se faire passer pour le responsable et part donc prendre sa place en prison. Lors du procès, le juge est clément et le condamne à deux ans de prison. Mais alors que sa peine arrive à son terme, Chris est accusé du meurtre d'un codétenu et se retrouve condamné à sept années d'isolement. À sa sortie de prison, il retrouve Tara ainsi que leur fils Jake (Aiden Stoxx) alors âgé de neuf ans. Afin de se reconstruire, le couple et leur enfant prennent la décision de partir s'isoler dans un hôtel temporairement fermé où ils sont accueillis par le gestionnaire du complexe, un certain Hersh qu'incarne à l'écran Barry Pepper (Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, La ligne verte de Frank Darabont ou encore les second et troisième volet de la franchise Le labyrinthe)... Si tout ou presque laisse tout d'abord penser que l'on va avoir droit à un ersatz du Shining de Stanley Kubrick, le long-métrage de Nate Parker ne partage en réalité avec ce classique de l'épouvante que le contexte géographique et l'environnement dans lequel vont évoluer nos protagonistes. Car plus qu'un simple film d'horreur (ce que Newborn n'est absolument pas malgré l'intégration de quelques séquences plus ou moins horrifiques), l’œuvre du cinéaste américain cherche d'abord à faire l'évaluation d'un traumatisme lié à l'isolement d'un homme dans une cellule de prison durant de longues années...


Newborn évoque de manière fort juste la corruption des autorités (ici, deux gardiens de prison coupables d'un homicide), l'emprisonnement d'un homme totalement innocent des faits qui lui furent reprochés, l'éloignement de la famille ou encore le sacrifice. Surtout, le film de Nate Parker montre avec une force sans égale la manière dont se déconstruit la personnalité d'un individu qui une fois dehors a perdu tous ses repères. Jusqu'à avoir de grandes difficultés à renouer avec sa compagne. Newborn traite également des rapports d'un père à son fils qu'il n'a pas eu la chance de voir grandir. Et au milieu de toutes ces difficultés à réintégrer un monde dont il a été écarté durant neuf années, l'intrigue exploite deux idées qui s'entremêlent avec un certain brio. D'un côté, la paranoïa et de l'autre le complot. L'un comme l'autre devenant des éventualités incertaines puisque longtemps avant de comprendre ce qui se trame autour de nos héros, Nate Parker cultive l’ambiguïté. Le spectateur se demande alors si Chris est fou ou si ce qu'il s'imagine se tramer autour de lui est réel. Et dans un cas comme dans l'autre, le réalisateur et scénariste sème divers témoignages visuels ou comportementaux qui ne cessent de provoquer le doute, entre les sinistres visions de Chris dont certaines sont absolument troublantes (les tombes) et le comportement parfois très étrange du gestionnaire du complexe hôtelier Hersh... Nate Parker exploite en outre avec une très grande finesse les rapports humains et l'intimité de Chris et de Tara. Voire même celle de Jake qui malgré son mutisme est parfaitement interprété par le jeune Aiden Stoxx. On pourra tout juste regretter une toute dernière partie beaucoup plus convenue mais dont le déroulement reste ici inévitable mais Newborn fait partie de ces œuvres dont on n'attend pas forcément grand chose et qui au final se révèlent des réussites. Ou comment lier traumatisme, ambiance paranoïaque, psychologie oppressante, amour profond et compassionnel, mise à l'épreuve, patience, culpabilité et détermination. Bref, une excellente surprise...

 

samedi 1 août 2026

Clean, Shaven de Lodge Kerrigan (1994) - ★★★★★★★★★☆



Peter Winter s'enfuit de l'hôpital psychiatrique dans lequel il a été incarcéré pour troubles graves de la personnalité. En fuyant cet endroit, son unique but est de retrouver sa fille qui à été confiée aux soins de son ex femme. Il est évident que cet homme est loin d'être guéri des obsessions qui le taraudent. Alors qu'il prends possession d'un véhicule, très vite il est persuadé d'être traqué par une entité dont on aura beaucoup de mal tout au long du film à se faire une idée de sa provenance. Il se sent menacé par des voix que son imagination seule crée dans son esprit et qui le mènent à s'automutiler de manière extrêmement violente. Alors qu'il prends une douche dans un motel glauque sous une chaleur implacable, il est convaincu que l'on a implanté dans son crâne un émetteur qui permet de le suivre pas à pas. Il décide alors de l'ôter à l'aide d'une paire de ciseaux. Plus tard, alors qu'il roule à vive allure et qu'il croit être poursuivi par un autre véhicule qui ne fait en réalité que suivre le même chemin que lui, il arrache l'un de ses ongles, convaincu qu'un objet y a été introduit.

Peter retourne voir sa mère afin qu'elle lui dévoile où se cache son ex femme et sa fille. C'est ainsi que l'on comprend en partie les raisons pour lesquelles il est si mal dans sa peau. Leurs rapports sont plus que difficiles et expliquent probablement les difficultés qu'il a à gérer sa propre existence. Immature, il agit comme l'enfant incapable de se suffire à lui-même.
En parallèle à l'histoire de cet homme malade, on fait la connaissance d'un autre homme, inspecteur du FBI, et lancé dans la traque d'un tueur en série qui ne s'en prends qu'aux jeunes filles. Son comportement ambigu laisse à penser qu' il est profiler et que pour mener à bien son enquête il se doit de se mettre dans la peau de celui qu'il traque.
On suit donc la lente évolution de ces deux personnages qui poursuivent chacun de leur coté un but qui finira par les lier l'un à l'autre. Peter doit faire très souvent face aux répétitives crises de paranoïa dont il est victime alors que l'inspecteur, lui, vit difficilement l'échec permanent dont il est victime lorsque de nouveaux cadavres se mettent en travers de son chemin. Il va se convaincre que Peter est le responsables de la série de meurtres que connaît la région...

Le film de Lodge kerrigan à cela d'effrayant qu'il opte pour une mise en scène simple voire simpliste prenant le choix d'une atmosphère pesante et ne prenant parti ni pour le flic traquant le tueur, ni pour le fuyard dont la volonté de retrouver sa fille frise le pathétique. Un homme que l'on sait déjà incapable d'assumer son rôle de père et qui pourtant ira jusqu'au bout de son désir de la retrouver. De bout en bout l'on reste incapables de dire s'il est celui dont la région s'effraie des méfaits perpétrés alentours, ou s'il est victime d'une simple coïncidence. Peter Green qui interprète le rôle de cet homme malade est simplement stupéfiant de réalisme. Il vit son personnage de manière remarquable a tel point qu'il arrive malgré l'aspect difficile du rôle qu'il interprète, à toucher les spectateurs là ou ça fait mal. Dans son traitement, le film fait parfois penser à "Henry, portrait d'un tueur en série" même si l'histoire est radicalement différente.

Visuellement le film est très impressionnant malgré ses économies de moyen et cela grâce au savoir faire du cinéaste mais surtout grâce à Peter Green qui dans sa souffrance permanente et d'un simple regard halluciné emporte tout sur son passage...

Un monument glaçant...
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