''Je suis votre plus fervente admiratrice''
Annie Wilkes à Paul Sheldon
Aujourd'hui, adapter le
romancier américain Stephen King sur grand écran est devenu presque
anecdotique. Elle est loin, en effet, l'époque où chaque adaptation
du plus célèbre écrivain de romans fantastiques et d'épouvante
était l'objet d'une attention de tous les instants. De grands noms
participèrent à cette entreprise, tels Brian De Palma (Carrie
au bal du Diable),
Stanley Kubrick (Shining),
George Romero (Creepshow),
David Cronenberg (Dead Zone)
ou bien John Carpenter (Christine).
D'autres ne firent sans doute pas leurs armes auprès de cette
inépuisable source d'inspiration que représente l’œuvre
tentaculaire de Stephen King mais commencèrent réellement à faire
parler d'eux dès qu'ils pénétrèrent dans l'univers de l'écrivain.
Mary Lambert adapta Simetierre
en 1989, Rob Reiner, Stand by Me
en 1986 et Misery
en 1990 ou encore Frank Darabont, Les évadés
en 1994, La ligne verte en
1999 et The Mist
huit ans plus tard. Mais revenons à Rob Reiner. Ce bonhomme à l'air
jovial débuta sa carrière à la télévision avec deux téléfilms
réalisés en 1974 et 1981 avant de tourner son premier long-métrage
pour le grand écran. Un documenteur axé sur un groupe de métal
fictif intitulé Spinal Tap.
Suivent ensuite plusieurs films qui deviendront chacun dans leur
catégorie d'authentiques classiques du septième art. À commencer
par le formidable drame Stand by Me,
inspiré de la nouvelle de Stephen King, Le
corps,
publiée en 1982 dans le recueil de quatre nouvelles, Différentes
saisons.
Viendra ensuite, Princess Bride,
œuvre d'aventures et d'Heroic Fantasy qui en outre, obtiendra en
France au Festival
d'Avoriaz,
l'Antenne d'or en 1988. Juste une année avant que Rob Reiner ne
s'attaque au roman Misery,
il réalisera la comédie Quand Harry rencontre
Sally
qui s'avèrera être un très grand succès en salle. Surtout, cette
série de longs-métrages qui n'ont de commun que leur réalisateur
montre combien celui-ci est capable de s'adapter à tous types de
récits, passant allégrement du drame à la comédie en passant pour
le fantastique.
Un
mélange des genres dont sera partiellement le fruit de son travail
sur Misery.
Film pour lequel Rob Reiner convoque le thriller, le drame mais
aussi et surtout l'épouvante avec cette histoire qui touche
forcément personnellement l'auteur du roman original qui fit de
plusieurs personnages centraux d'une partie de ses romans et
nouvelles, des écrivains victimes parfois de leur succès. En ayant
lui-même tenté de détourner l'attention de ses fans à travers la
part sombre de son œuvre (Stephen King créa le pseudonyme de
Richard Bachman afin de publier ses romans les plus sombres), cette
expérience le ''contraindra'' à écrire et faire éditer The
Dark Half
sorti chez nous sous le titre
La part des ténèbres
avant que celui-ci ne soit ensuite adapté au cinéma par George
Romero. L'occasion pour l'écrivain et le réalisateur de se
retrouver onze ans après l'excellent film à sketches, Creepshow.
Misery est
quant à lui l'une des plus remarquables adaptations de Stephen King
sur grand écran. Un grand film de peur que l'on doit notamment à
ses deux principaux interprètes que sont James Caan dans le rôle de
Paul Sheldon, un écrivain amoindri sauvé d'un grave accident de la
route par Annie Wilkes qu'interprète ensuite Kathy Bates, laquelle
s'autoproclame ''plus
fervente admiratrice''
de l'auteur d'une série d'ouvrages centrés sur le personnage de
Misery Chastain ! Si l'on réfléchit bien, la
caractérisation de Paul Sheldon et d'Annie Wilkes est plus ou moins
sommaire. Mais cette absence de profondeur habituellement
caractéristique des films dénués d'empathie pour leurs personnages
ne fait ici bizarrement pas vraiment défaut. Avec son physique de
matrone, sa foi en Dieu, sa fascination pour le personnage de Misery,
son passé d'infanticide et les crises d'hystérie qui parfois la
caractérisent, le spectateur n'a besoin d'aucun autre élément pour
se rendre compte du danger que cette femme d'âge plus ou moins mûr
représente pour l'écrivain.
''Dieu que je t'aime''
Annie Wilkes à Paul Sheldon
Quant à Paul Sheldon,
que sait-on de lui ? Pas grand chose à vrai dire, à part qu'il
en a marre d'écrire autour du même personnage et qu'il rêve de
tourner la page en ''tuant'' celle qui l'a pourtant rendu célèbre.
Un détail presque insignifiant pour un auteur dont l'imagination est
suffisamment fertile pour continuer à nourrir sa passion, son métier
et donc ceux qui le suivent mais qui pour sa plus grande fan va
prendre une toute autre signification. Huis-clos tendu, étouffant et
même parfois terrifiant, Misery
décrit avec un certain réalisme la lointaine interconnexion qui
existe entre un auteur de romans et certains de ses lecteurs dont
l'existence solitaire ne tourne plus guère qu'autour des personnages
fictifs qu'il aura inventé à leur attention. Aussi formidable
soit-il, James Caan tient dans la paume d'une Kathy Bates/Annie
Wilkes au regard, à la physionomie et au tempérament
impressionnants ! Misery
se distingue par une certaine sobriété. Celle de ses interprètes
pour commencer, mais aussi celle de Rob Reiner et de sa mise en
scène, lequel n'use que parcimonieusement d'effets horrifiques.
Lorsque surgit l'effroi, c'est presque sous asphyxie que le
spectateur est convié à y assister. Comment en effet oublier la
fameuse séquence du ''Sabot''
lors de laquelle Annie, totalement hors d'elle, brise les chevilles
de Paul à l'aide d'une poutre et d'une masse ? Pour cette
ancienne infirmière, la fiction ne se conçoit qu'à travers des
tableaux réalistes, crédibles, vraisemblables. Bien des années
après sa conception, Misery
demeure toujours aussi efficace. La marque des grands films...




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