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samedi 3 octobre 2026

Misery de Rob Reiner (1990) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

''Je suis votre plus fervente admiratrice''

Annie Wilkes à Paul Sheldon


Aujourd'hui, adapter le romancier américain Stephen King sur grand écran est devenu presque anecdotique. Elle est loin, en effet, l'époque où chaque adaptation du plus célèbre écrivain de romans fantastiques et d'épouvante était l'objet d'une attention de tous les instants. De grands noms participèrent à cette entreprise, tels Brian De Palma (Carrie au bal du Diable), Stanley Kubrick (Shining), George Romero (Creepshow), David Cronenberg (Dead Zone) ou bien John Carpenter (Christine). D'autres ne firent sans doute pas leurs armes auprès de cette inépuisable source d'inspiration que représente l’œuvre tentaculaire de Stephen King mais commencèrent réellement à faire parler d'eux dès qu'ils pénétrèrent dans l'univers de l'écrivain. Mary Lambert adapta Simetierre en 1989, Rob Reiner, Stand by Me en 1986 et Misery en 1990 ou encore Frank Darabont, Les évadés en 1994, La ligne verte en 1999 et The Mist huit ans plus tard. Mais revenons à Rob Reiner. Ce bonhomme à l'air jovial débuta sa carrière à la télévision avec deux téléfilms réalisés en 1974 et 1981 avant de tourner son premier long-métrage pour le grand écran. Un documenteur axé sur un groupe de métal fictif intitulé Spinal Tap. Suivent ensuite plusieurs films qui deviendront chacun dans leur catégorie d'authentiques classiques du septième art. À commencer par le formidable drame Stand by Me, inspiré de la nouvelle de Stephen King, Le corps, publiée en 1982 dans le recueil de quatre nouvelles, Différentes saisons. Viendra ensuite, Princess Bride, œuvre d'aventures et d'Heroic Fantasy qui en outre, obtiendra en France au Festival d'Avoriaz, l'Antenne d'or en 1988. Juste une année avant que Rob Reiner ne s'attaque au roman Misery, il réalisera la comédie Quand Harry rencontre Sally qui s'avèrera être un très grand succès en salle. Surtout, cette série de longs-métrages qui n'ont de commun que leur réalisateur montre combien celui-ci est capable de s'adapter à tous types de récits, passant allégrement du drame à la comédie en passant pour le fantastique.


Un mélange des genres dont sera partiellement le fruit de son travail sur Misery. Film pour lequel Rob Reiner convoque le thriller, le drame mais aussi et surtout l'épouvante avec cette histoire qui touche forcément personnellement l'auteur du roman original qui fit de plusieurs personnages centraux d'une partie de ses romans et nouvelles, des écrivains victimes parfois de leur succès. En ayant lui-même tenté de détourner l'attention de ses fans à travers la part sombre de son œuvre (Stephen King créa le pseudonyme de Richard Bachman afin de publier ses romans les plus sombres), cette expérience le ''contraindra'' à écrire et faire éditer The Dark Half sorti chez nous sous le titre La part des ténèbres avant que celui-ci ne soit ensuite adapté au cinéma par George Romero. L'occasion pour l'écrivain et le réalisateur de se retrouver onze ans après l'excellent film à sketches, Creepshow. Misery est quant à lui l'une des plus remarquables adaptations de Stephen King sur grand écran. Un grand film de peur que l'on doit notamment à ses deux principaux interprètes que sont James Caan dans le rôle de Paul Sheldon, un écrivain amoindri sauvé d'un grave accident de la route par Annie Wilkes qu'interprète ensuite Kathy Bates, laquelle s'autoproclame ''plus fervente admiratrice'' de l'auteur d'une série d'ouvrages centrés sur le personnage de Misery Chastain ! Si l'on réfléchit bien, la caractérisation de Paul Sheldon et d'Annie Wilkes est plus ou moins sommaire. Mais cette absence de profondeur habituellement caractéristique des films dénués d'empathie pour leurs personnages ne fait ici bizarrement pas vraiment défaut. Avec son physique de matrone, sa foi en Dieu, sa fascination pour le personnage de Misery, son passé d'infanticide et les crises d'hystérie qui parfois la caractérisent, le spectateur n'a besoin d'aucun autre élément pour se rendre compte du danger que cette femme d'âge plus ou moins mûr représente pour l'écrivain.


''Dieu que je t'aime''

Annie Wilkes à Paul Sheldon


Quant à Paul Sheldon, que sait-on de lui ? Pas grand chose à vrai dire, à part qu'il en a marre d'écrire autour du même personnage et qu'il rêve de tourner la page en ''tuant'' celle qui l'a pourtant rendu célèbre. Un détail presque insignifiant pour un auteur dont l'imagination est suffisamment fertile pour continuer à nourrir sa passion, son métier et donc ceux qui le suivent mais qui pour sa plus grande fan va prendre une toute autre signification. Huis-clos tendu, étouffant et même parfois terrifiant, Misery décrit avec un certain réalisme la lointaine interconnexion qui existe entre un auteur de romans et certains de ses lecteurs dont l'existence solitaire ne tourne plus guère qu'autour des personnages fictifs qu'il aura inventé à leur attention. Aussi formidable soit-il, James Caan tient dans la paume d'une Kathy Bates/Annie Wilkes au regard, à la physionomie et au tempérament impressionnants ! Misery se distingue par une certaine sobriété. Celle de ses interprètes pour commencer, mais aussi celle de Rob Reiner et de sa mise en scène, lequel n'use que parcimonieusement d'effets horrifiques. Lorsque surgit l'effroi, c'est presque sous asphyxie que le spectateur est convié à y assister. Comment en effet oublier la fameuse séquence du ''Sabot'' lors de laquelle Annie, totalement hors d'elle, brise les chevilles de Paul à l'aide d'une poutre et d'une masse ? Pour cette ancienne infirmière, la fiction ne se conçoit qu'à travers des tableaux réalistes, crédibles, vraisemblables. Bien des années après sa conception, Misery demeure toujours aussi efficace. La marque des grands films...

 

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