Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Epouvante. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Epouvante. Afficher tous les articles

dimanche 19 juillet 2026

Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après la trilogie de Sam Raimi réalisée entre 1981 et 1992, le remake signé de Fede Álvarez en 2013, la série produite entre 2015 et 2018 intitulée Ash vs. Evil Dead, le décevant Evil Dead Rise de Lee Cronin en 2023 et avant le retour de la franchise prévue pour 2028 avec Evil Dead Wrath de Francis Galluppi, le sixième opus est sorti il y a une dizaine de jours sur les écrans français. Après que la direction du remake ait été confiée à un cinéaste d'origine uruguayenne et le suivant à un irlandais, cette fois-ci, Sam Rami a fait appel à un français. Auteur du très remarqué Vermines en 2023, le réalisateur et scénariste Sébastien Vaniček a donc accepté la lourde tâche de reprendre les rênes d'une saga légendaires dont on espère d'ailleurs qu'un jour son créateur réalisera un nouveau segment. Peut-être reprendra-t-il le récit là où il l'interrompit en 1992 avec Evil Dead 3 : L'Armée des ténèbres mais toujours est-il qu'aujourd'hui, l'américain n'assure une fois de plus que le rôle de producteur... Si Evil Dead Rise n'était franchement pas terrible au point que l'on pouvait presque espérer que la franchise s'arrête là, l'arrivée hier sur les écrans de cinéma de Evil Dead Burn était pourtant très attendue. D'autant plus qu'en mettant en avant un cinéaste hexagonal, le film a des chances de toucher la fibre patriotique de certains spectateurs avides de renouveau dans le domaine du cinéma d'horreur français. Et même si le film est une œuvre collectivement produite et interprétée par des artistes venus de différents continents, Sébastien Vaniček y imprime sa patte tout en imposant dans le rôle principal d'Alice, l'actrice suisse de trente-quatre ans Souheila Yacoub ainsi que les néo-zélandais Hunter Doohan, Tandi Wright et Luciane Buchanan et les australiens Maude Davey et George Pullar... Suivant des séquences pré et post-générique, Evil Dead Burn nous présente Alice dont l'époux Will (George Pullar) est récemment décédé dans un grave accident de voiture. Accueillie par sa belle-famille pour les obsèques, la jeune femme est mal à l'aise. Surtout vis à vis du beau-père Edgar (Erroll Shand) qui ne l'a jamais vraiment appréciée. Notamment idéalisé par sa belle-mère Susan (Tandi Wright), Will était pourtant un homme très violent. Une tare qui semble d'ailleurs être de famille puisque Edgar se montre également très agressif envers Alice mais aussi envers sa famille que complètent son fils Joseph (Hunter Doohan) et l'épouse de ce dernier, Thya (Luciane Buchanan)... Bien qu'il soit relativement facile de critiquer le scénario pour sa pauvreté, ce que réussissent très bien à démontrer Sébastien Vaniček et le scénariste Florent Bernard est le rapport ténu qui existe entre les événements fantastiques qui vont se produire et la violence intrafamiliale qui existe chez cette famille depuis plusieurs générations...


Du moins depuis celle qui concerne Edgar puisque au détour d'une simple photo et de quelques discussion entre les divers personnages l'on comprend également que le script tente le pari osé de lier les protagonistes avec le plus emblématique personnage de la saga, Ash Williams. Une photo témoigne donc de la filiation entre le héros des trois premiers longs-métrages et de la série, perpétuant ainsi la lignée familiale puisque après avoir découvert le père de Ash dans Ash vs Evil Dead, voici que l'on découvre désormais une partie importante de sa descendance... Evil Dead Burn traite de divers sujets. À commencer par le deuil, la famille (ici tout à fait dysfonctionnelle) pour se diriger ensuite vers le fantastique, l'horreur et l'épouvante dans un contexte démoniaque qui rejoint donc l'évocation de la violence qui semble irrésolument toucher les membres masculins de la famille... Pour ne rien changer à la grande tradition de la saga et pour ne surtout pas déroger à l'immuable règle qui régit la série de longs-métrages depuis ses origines, Evil Dead Burn se montre extrêmement généreux en terme d'hémoglobine. Du gore qui tâche, qui gicle, des morceaux de corps qui valdinguent dans toutes les pièces et des traumatismes corporels qui repoussent de très loin tout ce que l'on a pu voir depuis les origines de la saga en 1981 ! Il est même probable que les habitués du genre risquent à une ou deux occasions de faire la grimace devant certaines séquences quand d'autres, moins coutumiers du genre détourneront probablement le regard à diverses occasions. La caméra de Sébastien Vaniček déborde d'une énergie salvatrice. Entre un découpage ultra nerveux qui n'empêche cependant pas la pleine lisibilité et un plan-séquence aux trois-quarts du récit qui montre le brio du cinéaste en matière de mise en scène et de direction d'acteurs, le film est absolument jouissif. Crade mais néanmoins doté d'un humour noir parfois assez féroce, ce retour à la campagne de la franchise après un détour plus ''urbain'' prouve que Sam Raimi a eu raison de confier ce volet à Sébastien Vaniček. Notons que le cinéaste a de nouveau confié la bande-musicale au duo de compositeurs français Double Danger...

jeudi 16 juillet 2026

Voices of Desire de Chuck Vincent (sous le pseudonyme de Mark Ubell) (1972) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Derrière le pseudonyme de Mark Ubell se cache le réalisateur, scénariste, producteur, monteur et acteur américain Chuck Vincent. Décédé à l'âge de cinquante et un ans, il aura tout de même eu le temps de réaliser plus d'une cinquantaine de longs-métrages dont un certain nombre de films pornographiques dans le courant des années soixante-dix avant de se lancer dans la série B dans le milieu des années quatre-vingt. En 1972, il signe le très étrange Voices of Desire que les amateurs bien avisés considèrent comme une version ''adulte'' (puisque érotique), psychédélique et underground du Répulsion de Roman Polanski. En effet, dans le cas de Voices of Desire comme dans celui de Répulsion, les deux longs-métrages mettent en scène une jeune femme psychologiquement fragile. Là où l'un et l'autre prennent des chemins différents concernent leur attitude vis à vis de la sexualité. Si en 1965, Carol (Catherine Deneuve) éprouvait de grandes difficultés de communication avec les hommes en l'enfermant dans une psychose provoquant chez elle une véritable révulsion envers eux, le portrait d'Anna (Sandra Peabody) est déjà beaucoup plus difficile à dépeindre. Mais tout comme chez Roman Polanski, la narration passe chez Chuck Vincent par des phases hallucinatoires qu'il est complexe de dissocier des quelques séquences lors desquelles la jeune femme semble avoir repris ses esprits. Une première chose saute aux yeux : le budget ! Estimé à neuf mille dollars, il rejoint celui de petites productions indépendantes de l'époque parmi lesquelles l'on peut notamment citer le film culte Carnival of Souls de Herk Harvey auquel Voices of Desire est parfois comparé pour son approche surréaliste. Profitons d'ailleurs de cette occasion pour citer l'excellent Messiah of Evil de Willard Huyck et Gloria Katz, autre grand classique de l'horreur psychologique qui faisait également la part belle à un environnement anxiogène, peuplé d'êtres étranges impliqués dans un univers plus ou moins onirique...


S'agissant de Voices of Desire, le film met donc tout d'abord en scène la jeune Anna lors d'un interrogatoire mené par un détective puis un psychiatre pour lesquels Chuck Vincent choisit d'entretenir une certaine ambiguïté en choisissant de ne pas relier ces personnages au nom de leur interprète respectif. Un choix qui semble être directement lié avec cette volonté d'entretenir le doute entre ce qui relève du réel et ce qui tient du fantasme. Si l'on comprend graduellement que l'interrogatoire mené par le psychiatre est directement lié aux événements qui seront ensuite relatés, il est par contre assez difficile de connaître les intentions du détective lorsque à son tour il interroge la jeune femme. Aurait-elle commis un crime ? Toujours est-il que l'on découvre l'un des nœuds du problème : Anna est en effet assaillies en permanence par des voix. Qu'elle se trouve chez elle ou dans la rue, des voix masculines l'enjoignent de les rejoindre. D'évidence, l'intention de Chuck Vincent n'est pas ici de résoudre l'épineux problème qui ronge littéralement son héroïne même si l'on comprendra plus tard l'une de ses origines. À l'issue d'un récit branlant, qui sent très fortement l'amateurisme et le manque de moyens, la situation finale s'avère la même qu'au départ. Et même s'ils s'y mettent à deux pour l'aider, Anna semble condamnée à revivre sans cesse la même situation. D'une durée n'excédant pourtant pas les soixante et onze minutes et malgré qu'il soit considéré comme un film culte par un petit groupe d'individus pour son approche du septième art franchement atypique et underground, Voices of Desire est souvent pénible à regarder. Déjà fort mal maîtrisé par un Chuck Vincent qui hésite entre érotisme, fantastique, épouvante, horreur psychologique et visions surréalistes (des thèmes qui pourtant restent fascinants), le long-métrage est surtout constitué d'une bonne moitié de scènes de nudité lors desquelles l'actrice Sandra Peabody entre en contact physique avec des personnages de sexe masculin et féminin. Une multitude de séquences qui ont énormément de mal à éveiller la libido tant elles sont répétitives et tout sauf aphrodisiaques ! C'est long, très long, trop long et toujours accompagné d'une musique dont la répétitivité finit par taper sur les nerfs ! L'un des rares atouts du film se situe surtout dans cette vision de l'érotisme sur grand écran qui dénote totalement avec ce que l'on a l'habitude de voir. Au final, la promesse de vivre une expérience similaire aux quelques exemples de longs-métrages cités plus haut n'est pas vraiment tenue et Voices of Desire ne reste au fond qu'une curiosité que l'on n'aura pas forcément envie de voir une seconde fois...

 

lundi 13 juillet 2026

Carnage (Corruption) de Robert Hartford-Davis (1968) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ce qui saute aux yeux lorsque l'on découvre pour la toute première fois le septième long-métrage du réalisateur, producteur et scénariste britannique Robert Hartford-Davis est la relation qu'entretient son film avec un classique de l'épouvante hexagonale. En effet, même si le traitement infligé à Corruption et aux yeux sans visage de Georges Franju est sensiblement différent, l'un et l'autre s'inscrivent dans une certaine idée de la culpabilité, de la beauté et de la réparation. De manière beaucoup plus frontale et directe, le cinéaste britannique explore l'obsession entourant le personnage central. Et même celle de sa compagne, dont il est fou amoureux et dont il est en partie responsable de l'accident qui l'a défigurée ! Jaloux, le chirurgien plasticien Sir John Rowan, tente de maintenir son emprise sur Lynn Nolan (Sue Lloyd), mannequin de profession qui lors d'une dispute entre son compagnon et un photographe du nom de Mike Orme (l'acteur Anthony Booth) a reçu un projecteur en plein visage. Ruinant ainsi la carrière de la jeune femme, John Rowan n'a alors plus qu'une idée en tête : réparer sa faute en expérimentant un procédé chirurgical basé sur l'emploi d'un laser et de l'hypophyse qu'il prélève tout d'abord sur le cadavre d'une jeune femme reposant à la morgue avant d'être poussé par Lynn à l'extraire directement sur le corps de jeunes femmes qu'il agresse et tue. Car si les résultats se révèlent très positifs, les effets s'avèrent malheureusement temporaires... Quatre ans après The Black Torment, c'est la seconde fois que Robert Hartford-Davis réalise un film d'horreur. Et pour cela, il confie le scénario à Derek et Donald Ford qui semblent donc s'inspirer de l’œuvre du cinéaste français. Qu'ils aient été officiellement ou non sensibles au sujet du long-métrage de Georges Franju, Corruption reste de toute manière considéré comme une réinterprétation de ce chef-d’œuvre de l'épouvante à la française. Dépouillé de toute la poésie qui faisait partie intégrante des Yeux sans visage, le long-métrage de Robert Hartford-Davis s'inscrit ensuite dans une contre-culture typique de l'époque et au sein de laquelle le protagoniste principal à bien du mal à s'intégrer. Dans une Angleterre post soixante-huitarde (le film sort en décembre 1968 au Royaume-Unis), le film confronte un chirurgien établit comme étant l'un des meilleurs de sa profession à un monde alors en pleine mutation. Que l'on pourrait considérer, si l'on se positionne du côté de John Rowan, comme étant dégénérée. Tandis qu'il est le représentant symbolique d'une vieille garde campée sur des valeurs supposément ''rétrogrades'' ou du moins ''traditionnelles'', la séquence situant son action lors de la soirée peut se voir comme une confrontation culturelle et sociale entre l'ancien monde et celui qui à cette époque très précise est en train de bouleverser la société britannique. D'une contenance plutôt rigide, le chirurgien est ainsi confronté à la décadence d'une jeunesse sexuellement libérée, aux coutumes vestimentaires extraverties, plongé ainsi dans un univers qui ne lui appartient pas...


D'où son objection lorsqu'il constate cet esprit de liberté qu'il refuse d'accorder à sa compagne, préférant la maintenir sous une certaine emprise de peur qu'elle ne lui échappe. De ce constat revendiquant d'une part le maintient sous son joug de la jeune femme, une contradiction s'impose pourtant, le chirurgien acceptant alors contre son grès de se lancer dans un périple meurtrier qui, pour l'époque, se révèle relativement graphique en terme de scènes d'horreur. Incarné par un Peter Cushing que l'on avait généralement l'habitude de voir dans des rôles de ''gentils personnages'', l'acteur britannique interprète là un individu troublant. Le représentant d'une certaine morale qui dans le contexte de l'époque fait figure d'anomalie jusqu'à ce que la folie s'empare du personnage. Si certaines séquences s'avèrent relativement pénibles de part leur redondance, les meurtres expriment quant à eux le manque d'objectivité du personnage qui se sait condamné à commettre des meurtres puisque l'efficacité du traitement qu'il applique à Lynn reste de toute manière temporaire. Robert Hartford-Davis dézingue ici l'ordre moral en créant chez le chirurgien un désintérêt progressif pour l'éthique face à une Lynn qui risque de lui échapper. S'agissant des quelques meurtres étalés à l'image, on peut supposer qu'ils furent un choc pour une partie du public, peu habituée à assister à un tel étalage de violence sur grand écran. Robert Hartford-Davis use d'ailleurs de procédés qui accentuent la folie du personnage. Contre-plongée, utilisation d'un objectif grand angle permettant de déformer le visage de l'assassin, les proportions du meurtrier sont ainsi déformées. L'on remarquera la résistance des victimes, prouvant que d'origine, le chirurgien n'est pas ''constitué'' afin de commettre des meurtres. Notons en outre que Robert Hartford-Davis s'amuse à filmer les crimes en vue subjective. Positionnant non pas la caméra dans le dos du tueur mais dans celui des jeunes femmes qu'il assassine. Notons enfin cette conclusion pleine d'interrogations et que l'on a bien du mal à s'expliquer. Tandis que John Rowan semble rendre son dernier souffle, visage face caméra, l'intrigue remonte le fil du récit jusqu'à ce moment très précis précédant le drame qui eut lieu lors de la soirée. Quel est donc le sens de cette fin de récit ? J'attends toujours et encore la réponse...

 

samedi 11 juillet 2026

Silent Retreat de Ace Jordan (2015)



Zac, Meigan, Dale, Tedi, Lira et Rita sont tous réunis dans une demeure située en pleine forêt afin de participer le temps d'un week-end à un séminaire organisé par la société de médias qui les emploie. Lira en a profité pour se faire accompagné de son petit ami Joël. Entre elle et Redi, les disputes sont perpétuelles entre ces deux employés qui ne peuvent se souffrir. Zac et Meigan partagent l'une des chambres à l'étage, quant à Tedi, il dort au rez de chaussée. Coordonné par Dale, assisté par Rita, le séminaire sera entrecoupé de moments de détente. Rita en profitera la première en allant dès lendemain matin de leur arrivée se promener dans la forêt réputée être habitée par de nombreux ours. Mais un gardien veille. Il s'appelle Earl Warren et habite dans une cabane pas très éloignée de la maison où vont passer trois jours les six séminaristes.

Le soir-même, Meigan est très inquiète. En effet, Rita n'est pas rentrée de sa promenade matinale et personne ne semble l'avoir revue depuis. Dale tente de la rassurer en lui expliquant que la jeune femme connaît bien les lieux et qu'elle s'est sans doute arrêtée quelque part pour la nuit. Mais très vite, les événements vont s'enchaîner. Lorsque le lendemain, tout le monde part finalement à la recherche de la disparue, Dale et Tedi, qui ont prévu de leur côté d'aller rendre visite au gardien, constatent que si la porte d'entrée est ouverte, l'une des pièces de la cabane a quant à elle été soigneusement fermée à clé. Chacun cherche de son côté, mais le temps passe et Rita est toujours introuvable...

Curieux que ce film signé Ace Jordan a de quoi laisser sceptique. Lorgnant tout d'abord du côté du fantastique avec l'étrange apparition d'un jeune garçon qui ne semble être visible que par le personnage de Zac, Silent Retreat prend un virage à cent quatre vingt degré et se transforme alors en thriller mâtiné de slasher. Du moins c'est ce le cinéaste semble avoir choisi, mais ne nous trompons pas. Si le film manque cruellement de cohésion dans la mise en œuvre de son scénario, et si la forme et le fond demeurent inégaux l'un envers l'autre (la première faisant défaut au second), il y a un petit je ne sais quoi qui rend Silent Retreat attachant.

Ça part dans tous les sens. Le récit ne sachant sur quel pied danser. On se doute bien que ce qui paraît évident au premier abord n'est qu'un leurre pour tromper le spectateur, mais cela est devenu une telle habitude au cinéma, que l'on réfléchi désormais systématiquement au sujet des quelques éventualités qui s'offrent à nous. Le plus fascinant demeurant sans doute l'une de ces dites éventualités délivrée à travers des bandes magnétiques retrouvées et scrupuleusement écoutées par Meigan.
Au final, Silent Retreat se laisse tranquillement regarder. On ne sait finalement trop quoi en penser. Ni un chef-d’œuvre, ni une série Z. Il a pour lui de posséder un scénario à tiroirs qui aurait sans doute mérité un peu plus d'attention. Concernant l'interprétation, les différents interprètes font très bien leur boulot. A voir donc, pour se faire une idée de la chose...


jeudi 9 juillet 2026

Amjeon (Warning: Do Not Play) de Kim Jin-won (2019) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pressée par un collaborateur d'écrire le scénario de son prochain film, la jeune Park Mi-jung (Seo Yea-ji) cherche son inspiration dans un fait-divers très étrange qui se produisit dix ans en arrière. En effet, lors d'une projection en salle, une œuvre signée de Kim Jae-hyun (Jin Seon-kyu) provoqua l'hystérie et causa même la mort par crise cardiaque de l'un des spectateurs. Cherchant des témoins de l'affaire pouvant l'informer sur l'éventuelle possibilité de rencontrer l'auteur du long-métrage maudit et ainsi de mettre la main sur le film en question, Park Mi-jung ne sait pas encore qu'elle va mettre le pied dans une aventure terrifiante emplie de phénomènes étranges et paranormaux... Douze ans après son premier long-métrage The Butcher, le réalisateur et scénariste sud-coréen Kim Jin-won réapparaissait en 2019 sur grand écran avec Amjeon (Warning: Do Not Play), un petit film d'horreur souvent malmené par la critique et par les spectateurs qui le découvrirent lors de sa sortie. Pourtant, au sortir de la projection, on peut se demander ce qui poussa certains à s'acharner dessus comme s'il n'était que le pur produit d'un esprit dénué d'imagination, de sens de la mise en scène et de la direction d'acteurs. Il est vrai que pour sa seconde incartade dans le domaine de l'horreur au cinéma, Kim Jin-won ne facilite pas la tâche des spectateurs puisque son film se révèle relativement alambiqué. Partant sur un postulat pourtant très simple, soit l'enquête d'une jeune femme sur un événement plutôt étrange qui se produisit une décennie en arrière, le cinéaste sud-coréen traite d'un sujet qu'il ne maîtrise malheureusement pas tout à fait ! De plus, même si Seo Yea-ji se montre très convaincante dans le rôle de l'héroïne, surtout lorsqu'elle est amenée à exprimer un certain effroi teinté de révulsion lors des différentes apparitions ectoplasmiques durant la dernière partie du récit, il est difficile de s'attacher à ce personnage dont l'empathie pour ses concitoyens se juge à l'aune de ses ambitions. Créant ainsi une certaine forme d’ambiguïté, voire même d'incohérence entre sa réaction proprement épidermique face à l'entité du récit et son attitude très.... ''professionnelle'' lorsqu'il s'agit de prendre en photo tout élément pouvant agrémenter ses recherches et cela, en dépit du danger !


Un comportement invraisemblable puisque l'héroïne photographie froidement des scènes lors de certaines interactions avec des phénomènes paranormaux tout en étant par la suite prise de convulsions ! Ici, le film maudit agit comme un personnage à part entière tout en ayant des conséquences directes sur le personnage central du récit. Une mise en abîme du cinéma, de l'art créatif, qui possède son créateur et ceux qui participent à son élaboration. Kim Jin-won insiste d'ailleurs sur ce sujet en intégrant le concept de ''film dans le film'' où l'héroïne se retrouve directement impliquée au cœur de ce projet intitulé Warning qui en devient par conséquent assez nébuleux. Ici, le réalisateur tord le concept entourant l'utilisation d'outils audiovisuels (cassettes vidéos, caméras, etc...) en inversant les valeurs de ce que projette ou pas le téléphone dont Kim Jae-hyun fait un usage intensif. Dans le cas de Amjeon, l'objet n'est plus le révélateur des phénomènes paranormaux mais l'outil permettant de différencier les abominations auxquelles l'héroïne est directement confrontée de la réalité à laquelle celle-ci échappe lorsqu'elle ose enquêter sur les lieux du tournage maudit. Fasciné par le cinéma d'horreur outre-atlantique (Kim Jin-won voue notamment un culte au Evil Dead de Sam Raimi) ou par le cinéma déjanté du japonais Shinya Tsukamoto, auteur en outre du film culte Tetsuo, le réalisateur sud-coréen parvient malgré un brouillard scénaristique quasi permanent, à créer un certain trouble. Et ce, grâce à la totale implication de son interprète principale mais aussi grâce à des décors parfois très anxiogènes qui tranchent radicalement avec l'univers dans lequel la jeune femme évolue habituellement (l'école de cinéma et d'une manière plus générale, des bureaux s'inscrivant dans l'industrie du cinéma). On pense bien évidemment à l'appartement de Kim Jae-hyun, glauque à souhait, antre d'un esprit rendu fou par son projet de film maudit réalisé conjointement avec un..... fantôme (!?!). Et plus encore à ce théâtre abandonné où fut tourné Warning et où l'héroïne se lance dans une enquête périlleuse, confrontée à des phénomènes paranormaux, dans des décors sordides, mal éclairés, aidée seulement par la lumière et l'écran de son petit téléphone portable. Bref, une expérience assez curieuse, aux finitions approximatives, brouillonne mais néanmoins intrigante...

 

mercredi 8 juillet 2026

Zhou (Incantation) de Kevin Ko (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Asie toujours mais détour cette fois-ci du côté de Taïwan avec Zhou (Incantation), dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Kevin Ko. Tandis qu'aucun nouveau projet ne semble être au planning du cinéaste taïwanais, retour donc sur ce long-métrage qui comme de très nombreux autres avant lui intègre au récit des éléments fantastiques relatifs aux domaines des superstitions et du folklore religieux asiatique. Ici l'on suit les aventures de Li Ronan (Tsai Husuan-yen) qui après avoir passé six années dans un hôpital psychiatrique retrouve sa fille Dodo (Huang Sin-ting) qui durant tout ce temps fut confiée à la garde d'une famille d'accueil. Si le retour de la gamine chez sa mère biologique se passe relativement bien, Dodo semble pourtant être victime d'une malédiction. La fille de Li Ronan est notamment la seule à apercevoir au plafond de sa chambre une entité qui paraît être hostile. Plutôt que de rechercher dans le présent ce qui touche le cœur du sujet, Kevin Ko préfère se plonger dans le passé de son héroïne. Six ans auparavant, à l'époque même où elle et son ancien petit ami Dom (Sean Lin) ainsi que leur camarade Yuan (Wen Ching-yu) alimentaient une chaîne Youtube avec leurs propres vidéos de chasseurs de fantômes. Entre séquences actuelles et flash-back remontant donc six ans en arrière, Zhou est en outre entièrement filmé caméra à l'épaule et de manière subjective, façon Found Footage. De plus, le cinéaste taïwanais implique directement le spectateur puisque l'héroïne du récit s'adresse directement à lui dès les premiers instants. Et même si la jeune femme lui lâche rapidement la grappe, la volonté de l'intégrer reste en toile de fond... Zhou s'inspire plus ou moins d'un fait-divers qui eut lieu à Kaohsiung dans le district de Gushan en 2005. Convaincus d'être possédés par des démons, les six membres d'une même famille tentèrent de conjurer le mauvais sort en se frappant mutuellement à l'aide de tablettes spirituelles et de bâtons. Pire : ils se recouvrirent d'excréments et d'urine, persuadés que cela allait chasser les divinités issues du folklore chinois qui s'en prenaient à chacun d'entre eux ! L'horreur atteignant son paroxysme lorsque la plus âgée des filles fut rouée de coups jusqu'à ce que mort s'ensuive... Un cas jugé d'hystérie collective dont les principaux acteurs furent reconnus coupables ''d'abandon de personne sans défense ayant entraîné sa mort''... Projeté à Taïwan dès le 18 mars 2022, le film sera mis à disposition du public quatre mois plus tard sur la plateforme Netflix...


Outre la tentative de manipulation psychologique du spectateur, Kevin Ko choisit de traiter le sujet sous l'angle de la culpabilité et des liens familiaux. En effet, après avoir été séparée de sa fille, l'héroïne tente de reconstruire une vie normale auprès de Dodo. Emprunt d'un caractère profondément religieux attaché à certaines croyances propres à la culture bouddhiste et taoïste, le script de Kevin Ko et du scénariste Chang Che-Wei tente de faire comprendre au spectateur que l'issue ne peut être résolue qu'en passant par la transmission de la malédiction à travers plusieurs personnes. Une ''contagion'' qui permettrait au final de la ''diluer''. L'emploi du concept de Found Footage agissant ainsi d'une manière presque semblable au thème invoqué à la fin du siècle dernier par le japonais Hideo Nakata à travers Ringu (Ring) et sa cassette vidéo maudite ou au beau milieu des années 2010 par l'américain David Robert Mitchell à travers It Follows dans lequel l'entité qui s'attaquait aux protagonistes était sujette à une métaphore des maladies sexuellement transmissibles... Si l'intervention du surnaturel devient rapidement une évidence, Kevin Ko maintient longtemps le secret entourant les causes et les conséquences de la malédiction qui repose sur la personne de Dodo. En outre, le cinéaste appuie durant un certain laps de temps sur l'idée qu'en aidant sa fille, Li Ronan ne fait que renforcer le mal dont celle-ci est atteinte. Atteignant ainsi un important degré de perversité en révélant notamment que le rituel, le symbole affiché à plusieurs reprises et l'incantation prenant la forme de la phrase ''Hou-ho-xiu-yi, si-sei-wu-ma'' ne sont plus vraiment bénéfiques à la guérison de la petite fille mais lui sont au contraire extrêmement défavorables. Privilégiant ainsi une fois encore la participation du spectateur qui, s'il se laisse convaincre par le procédé mis en place par Kevin Ko, se sait désormais en partie coupable de ce qui se produit à l'image... Enfin, Zhou traite bien évidemment de la folie. Tout comme s'agissant du fait-divers ayant eu lieu en 2005. Car comment comprendre autrement ce qui a pu aboutir à cette ''emprise'' familiale qui poussa cinq individus à en tuer un cinquième ? Touffu et donc parfois assez brouillon, Zhou n'en est pas moins une œuvre intéressante et constituant un ajout important dans l'iconographie des légendes et autres folklores asiatiques représentés sur grand écran...

 

mardi 7 juillet 2026

Noijeu de Kim Soo-jin (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Undertone de Ian Tuason fut une expérience plus que désagréable reposant essentiellement sur le son. Et donc, sur l’ouïe. Non pas que le concept soit mauvais, bien au contraire, mais la mise en scène mollassonne ruina l'essentiel du récit reposant presque uniquement sur l'interprétation de son héroïne incarnée à l'écran par Nina Kiri. S'agissant de Noijeu du réalisateur sud-coréen Kim Soo-jin qui vient de sortir dans les salles françaises, son premier long-métrage repose à peu près sur les mêmes fondements puisque son héroïne à lui est malentendante. Pas totalement sourde, mais simplement atteinte d'une déficience auditive qu'elle comble à l'aide d'un dispositif lui permettant d'y pallier. À vrai dire, et au sortir de cette expérience très réjouissante, je n'ai toujours pas saisi l'intérêt d'un tel procédé. Car si effectivement le handicap de Seo Joo-yeong (interprétée par Lee Sun-bin) participe de l'ampleur angoissante des derniers instants du récit, ce ''détail'' la concernant n'a généralement pas vraiment d'importance lors du déroulement de l'histoire. C'est d'ailleurs même tout le contraire puisque saisissant ce qui se déroule autour d'elle d'un point de vue il est vrai handicapant, c'est bien de bruit dont il s'agit ici. Si l'intrigue se déroule dans un immeuble de copropriétés où se côtoient locataires et propriétaires, ça n'est pas par hasard. En effet, si une partie importante de la population sud-coréenne est contrainte de vivre au sein d'immeubles qui répercutent très facilement le moindre bruit de pas, d'objet qui tombe ou de cris d'enfants, sa densité provoque fatalement des conflits de voisinages qui peuvent rapidement dégénérer... En ce sens, le long-métrage de Kim Soo-jin évoque ostensiblement l'un des classiques de l'épouvante signé en 1976 par Roman Polanski : Le locataire dans lequel un petit immigré polonais rencontrait de grandes difficultés à vivre au contact de voisins souvent revêches dans un vieil appartement parisien qu'il loua après le suicide apparent de la précédente locataire. Le cinéaste franco-polonais signant et interprétant ainsi un véritable monument de l'épouvante, ultra flippant, paranoïaque et inconfortable que d'aucun de raisonnable ne pouvait juger entrer dans le domaine du fantastique. Surtout lorsque la conclusion venait apporter une solution finalement très concrète s'agissant de l'état mental du héros...


Chose un peu plus délicate à cerner chez Kim Soo-jin qui avec Noijeu signe une œuvre aux multiples ramifications, se rapprochant finalement autant du film de Roman Polanski que du chef-d’œuvre absolu de la J-Horror Honogurai Mizu no Soko Kara (Dark Water) signé en 2002 par l'un des maîtres en la matière, Hideo Nakata. Contrairement à Undertone de Ian Tuason, ici l'usage du son et des silences fonctionne à la perfection... Nous suivons les aventures de la jeune Seo Joo-yeong qui après la disparition de sa jeune sœur Seo Joo-hee ((Han Su-a) vient s'installer dans son appartement dans l'espoir de la voir rapidement réapparaître. Mais ce qui survient le plus ardemment n'est pas le retour de sa cadette mais toute une série de problèmes liés au bruit et donc au voisinage. Entre un voisin particulièrement inquiétant habitant l'étage en dessous (Ryu Kyung-soo dans le rôle de Joong-sim) ou une propriétaire retors (Baek Joo-hee) qui compte bien préserver le calme dans l'objectif de faire rénover l'immeuble, notre héroïne ne peut visiblement compter que sur le soutien de Ki-hoon, le petit ami de sa sœur qu'interprète Kim Min-seok et sur celui de Jeong-in (Jeon Ik-ryung), une voisine plutôt conciliante qui semble en savoir beaucoup sur le passé trouble de l'immeuble. Un sujet qui ajoute une couche supplémentaire aux problèmes que va rencontrer Seo Joo-yeong, ainsi menacée par le voisin de l'appartement 504 et par la propriétaire qui voit d'un mauvais œil les plaintes formulées par la jeune femme qui cherche à retrouver sa sœur. En terme d'épouvante, le constat est sans appel : Noijeu est le digne descendant de la J-Horror même si ce courant est propre au Japon. D'une manière générale, le long-métrage de Kim Soo-jin est l'un des meilleurs représentants actuels de l'épouvante en Asie et même sur un plan international traitant du sujet des fantômes dans un contexte social tendu. Le cinéaste sud-coréen a en effet l'art et la manière de mettre en scène ses personnages dans des situations angoissantes. Et si les rapports de voisinages ne sont pas des plus tétanisants quoique parfois très crispants, la visite de l'immense décharge souterraine où les quelques visites nocturnes du voisin du dessous restent de grands moments de cinéma d'épouvante. Pour son premier film, Kim Soo-jin réussit à égaler les maîtres-étalons du genre et l'on a déjà hâte de découvrir ses futurs projets...

 

jeudi 25 juin 2026

Les doigts du Diable (Demonoid) d'Alfredo Zacarías (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Voyage en 1981 à l'époque bénie du cinéma d'horreur où les idées les plus folles faisaient leur chemin dans l'esprit des scénaristes et réalisateurs au beau milieu de longs-métrages au caractère beaucoup plus transgressif. Ici, pas de tueurs en série plus ou moins inspirés par d'authentiques faits-divers se défoulant sur de jeunes et très souvent stupides adolescents mais une main ! Celle d'une jeune femme qui voilà trois-cent ans fut sacrifiée par des satanistes au nom du Diable ! Enfermée alors dans un coffret après avoir été coupée, sa main gauche est découverte de nos jours par Mark et Jennifer Baines alors qu'ils explorent une ancienne mine. Là, le couple découvre un temple, puis l'objet en question. De retour dans leur chambre d'hôtel, Jennifer s'endort dans leur chambre tandis que Mark s'enivre. Curieux de découvrir ce que renferme le coffret, il l'ouvre pour constater qu'à l'intérieur ne subsiste qu'un tas de poussière... Rejoignant son épouse, il s'endort à son tour. Dans le salon, la poussière semble prendre vie, s'amalgame puis prend la forme d'une main. Celle-ci se déplace, mue par une vie propre et s'en va attaquer le couple dans sa chambre. Tandis que Mark semble avoir pris le dessus, celui-ci part s'enfermer dans la salle de bain avec la main. À son retour, celle-ci a disparu. Ou plutôt, elle semble avoir pris la place de celle de Mark dont le comportement se met alors à changer... Sorti sur son territoire d'origine sous le titre Demonoid, le vingtième long-métrage du prolifique réalisateur, scénariste et producteur mexicain Alfredo Zacarías vit le jour chez nous au début des années quatre-vingt sous le titre Les doigts du Diable. Pourquoi les doigts et non pas la main ? Sans doute parce que par le plus grand des hasards vit le jour la même année le film The Hand d'Oliver Stone qui en France sortit au cinéma sous le titre La main du cauchemar ! Mais sans doute plus sûrement parce qu'en 1943, le réalisateur français Maurice Tourneur réalisa le film fantastique La main du Diable... Tout ne s'est donc peut-être joué que sur la peur de confondre un film avec un autre... L'actrice américaine Samantha Eggar fait partie de ces interprètes féminines qui jouèrent à peu près tout mais aussi dans un certain nombre de film d'horreur. Interprète principale de The Brood (Chromosome 3) de David Cronenberg en 1979 et présente aux génériques de The Uncanny de Denis Héroux, Curtains de Richard Ciupka en 1983 ou de l'excellent The Collector de William Wyler bien avant cela, elle est donc ici l'héroïne de cette petite production dont le budget ne permis pas à son auteur de faire des miracles...


Car sans être un mauvais film, Demonoid montre rapidement ses limites en terme d'horreur puisque le récit n'est qu'une succession de séquences lors desquelles la Main du récit possède celles et ceux qui entrent à son contact. Étrangement, le long-métrage d'Alfredo Zacarías évoque une œuvre qui rapidement deviendra un petit classique d'action et de science-fiction en remportant notamment sept ans plus tard le grand prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz. On parle là bien évidemment de The Hidden de Jack Sholder. Un film d'apparence simpliste mais qui est rapidement devenu culte pour les amateurs du genre. L'un et l'autre des longs-métrages cultivent effectivement une relation relativement ténue lorsque l'on explore les scripts respectifs. Certains détails sautent aux yeux. Car si The Hidden mettra donc en scène quelques années plus tard une entité extraterrestre voyageant de corps en corps, dans Demonoid une main allait quant à elle prendre la place de celle de différents protagonistes. L'un des points communs entre les deux films se situe ensuite dans le changement de comportement des victimes et dans la course-poursuite permanente des différents héros. Ici, le personnage interprété par Samantha Eggar est épaulé par le Père Cunninghan qu'incarne de son côté l'acteur Stuart Whitman. Lui aussi tourna dans un certain nombre de films d'horreur durant sa carrière, parmi lesquels nous noterons Les Rongeurs de l'Apocalypse (Night of the Lepus) de William F. Claxton en 1972, Le Crocodile de la mort (Eaten Alive) de Tobe Hooper en 1976 ou bien Ruby de Curtis Harrington l'année suivante. Pas exceptionnel mais pas réellement mauvais non plus, Demonoid reste malgré tout dans la tranche inférieure de ce que pouvait proposer le cinéma d'horreur et fantastique américain de l'époque. Quelques passages sanglants mais des moyens financiers tels qu'ils n'ont pas permis au réalisateur d'aller plus en avant au cœur de ce thème pourtant fascinant de la main maudite...

 

vendredi 19 juin 2026

Backrooms de Kane Parsons (2026) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Pour bien comprendre ce qu'est une Backroom et surtout l'usage qui en est fait depuis maintenant sept ans lorsque en 2019 apparut sur le forum anonyme anglophone 4chan un fil de discussion (ou thread) d'un genre très particulier, il faut donc remonter aux origines. Et comprendre que tout est parti d'un concept finalement assez simple. Avant que n'intervienne le youtubeur et vidéaste américain Kane Parsons, des internautes conçoivent et ajoutent alors par couches successives, des niveaux ancrés dans des espaces liminaux. Des lieux que l'on peut décrire comme étant des secteurs généralement vides, immenses, à l'architecture parfois bancale, voire même improbable, dont certains paraissent avoir été inspirés par l'Escalier de Penrose que le généticien britannique Lionel Penrose conçu en 1958 avant que l'artiste graphique néerlandais Maurits Cornelis Escher n'en reprenne le principe deux ans plus tard avec sa célèbre lithographie Klimmen en Dalen (Montée et descente) dans laquelle celui-ci imaginait un objet impossible contredisant les lois physiques ! Mais pour mieux comprendre le concept, plutôt que de réduire le principe à quelques mots, le plus simple reste finalement d'aller découvrir si ce n'est déjà fait, les trois vidéos réalisées par l'excellent youtubeur français Feldup, lequel les a donc consacrées au sujet des Backrooms... Nous sommes ensuite en 2022. C'est à dire à une date qui n'est au fond pas très éloignée dans le temps. Âgé de dix-sept ans seulement, Kane Parsons imagine mettre en images ce que des internautes avaient tout d'abord conçu sous forme de graphiques. The Backrooms (Found Footage) est alors, et sans mauvais jeu de mots, la porte d'entrée idéal pour pénétrer cet univers. Une vidéo courte puisque ne durant que neuf minutes mais durant laquelle l'on assiste à ce qui semble être tout d'abord un reportage ou au tournage d'un petit film d'amateur dans la rue lorsque le cameraman fait une chute et se retrouve propulsé dans l'une de ces fameuses Backroom. Kane Parsons envisage alors les lieux comme un dédale constitué de salles immenses, de couloirs sans fin, d'architectures invraisemblables, de puits sans fonds, de pièces qui ne donnent nulle part ou d'escaliers qui n'aboutissent à rien. Un lieu qui se voudrait être paisible à raison d'une unité de ton homogène mais qui pourtant délivre une authentique anxiété chez le spectateur.


Sans compter que lors de cette première et involontaire escapade du cameraman, il semblerait que celui-ci ne soit pas tout à fait seul... À peine un an plus tard, la société indépendante américaine de production et distribution cinématographique A24 envisage de produire aux côtés d'autres maisons de production, une version cinéma de ce qui est devenu depuis la diffusion de The Backrooms (Found Footage) une web-série. Offrant à Kane Parsons l'opportunité de réaliser lui-même le long-métrage sur la base d'un script écrit par le créateur et showrunner de la série DMZ avant que le scénario ne soit finalement remanié par le scénariste Will Soodik auquel l'on doit notamment l'écriture d'épisodes pour les séries Homeland et Ash vs Evil Dead. Bien que l'idée puisse s'avérer excitante, on sait combien adapter un court-métrage ayant fait sensation sur Internet au point de devenir véritablement viral est particulièrement risqué. L'un des meilleurs exemples demeurant probablement l'excellent Lights Out de David Sandberg qui après avoir attiré puis effrayé des millions d'internautes s'est vu adapté sur grand écran avec pour conséquence principale de forcer sur des éléments qui à l'origine n'appartenaient directement au concept de ce court-métrage de deux minutes trente environ. Trop long et finalement peu inspiré, l'on continue toujours de redécouvrir la version d'origine tout en éludant sa beaucoup trop ''élastique'' transposition sur grand écran... Maintenant qu'est sorti sur nos écrans le tant attendu Backrooms dans une version revisitée et au scénario ''étendu'', qu'en penser ? Le film de Kane Parsons vaut-il vraiment le coup que l'on se déplace dans les salles de cinéma ? A-t-il réellement des chances d'avoir le même impact que le court de neuf minutes partagé quatre ans auparavant sur les réseaux sociaux ? Le conseillera-t-on davantage à celles et ceux qui ne connaissent pas le projet d'origine ou au contraire aux fans qui connaissent sous toutes ses coutures la web-série ? Pas évident en réalité de répondre à ces questions tant différentes données entrent en interaction. Il se peut que les néophytes connaissent quelques troubles de l'audition et de la vision, sans même parler des risques de tachycardie que pourraient engendrer chez eux certaines séquences prétendument effrayantes, plongeant ainsi les spectateurs dans une certaine forme de torpeur face à un univers qu'ils n'avaient jusque là jamais appréhendé.


Pour ceux qui connaissent déjà l’œuvre séminale, cela devient déjà nettement plus compliqué. Ne serait-ce que pour le public français, nourri à la web-série et au formidable travail de recherche de Feldup, Backrooms peut être observé comme le parfait exemple de projet inutile. Convoquant certainement l'engouement des fans tout en leur proposant un spectacle sans doute un peu trop ''bigarré'' pour retenir son attention jusqu'au terme du récit... En soit, Backrooms n'est pas un mauvais film. Mais alors que le court-métrage d'origine demeure encore aujourd'hui comme une expérience anxiogène parmi les plus efficaces, il n'est pas certains que l'on se souvienne très longtemps de son adaptation sur grand écran. Contraint de nourrir son intrigue afin d'éviter toute redondance, le réalisateur et son scénariste ajoutent à l'exploration des espaces liminaux des séquences supplémentaires qui font surtout figure de remplissage. Justifiant sans doute pour ses auteurs la durée ''excessive'' du long-métrage, le film se concentre parfois sur des dialogues entre Clark (Chiwetel) et sa thérapeute Mary (Renate Reinsve). Les deux héros de ce récit lors duquel on apprend que le premier supporte mal d'être séparé de son ex épouse tandis que la psychologue tente de lui faire remonter la pente. Ancien alcoolique qui a arrêté de boire depuis peu, Clark découvre dans le sous-sol de son magasin que l'un des murs donne sur une autre ''dimension''. Un vaste complexe à la géométrie variable, empli de bric et de broc. Un décor proche de ce que l'on connaît déjà des backroom. Aidé par deux amis (Lukita Maxwell et Finn Bennett dans les rôles de Kat et Bobby), Clark tente d'approfondir ses recherches s'agissant d'un lieu qu'il explore maintenant depuis plusieurs jours. Mais lorsque le patient de Mary finit par ne plus donner de ses nouvelles, la jeune femme décide de se lancer à sa recherche malgré des propos qui lors de leur dernière rencontre lui ont semblé incohérents... C'est avec un certain plaisir que l'on retrouve donc l'univers des backrooms, ici parfaitement retranscrits. Mais est-ce par habitude, l'effet escompté relève désormais plus du subterfuge que d'un réel génie qui s'efface derrière une succession de séquences extérieures au contexte parfois inintéressant et qui ruinent donc en partie l'immersion. Ces retours réguliers dans le monde réel rompt avec ces espaces inquiétants, d'autant plus que l'on se fout à peu près de tout ce qu'impliquent les échanges entre Mary et Clark. Malgré tout, Kane Parsons est parvenu à retranscrire durant des séquences immersives parfois angoissantes l'univers dont il fut lui-même à l'origine. Image parasitée, décors jaunes dans la majorité des cas et musique produite par le compositeur canadien Edo Van Breemen viennent appuyer un concept qui au fond fonctionne mal à l'état de fiction qu'en tant que creepypasta qui à l'époque pouvait, au pire, être traité comme une légende urbaine intégrée dans la conscience collective comme un phénomène réel. Les spectateurs étant désormais écartelés entre l'idée de découvrir un simple film d'horreur et celle d'être plongés dans les méandres d'un univers qui, pourquoi pas, serait réellement accessible...

 

vendredi 12 juin 2026

Hokum de Damian McCarthy (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ni vraiment un film d'horreur ou d'épouvante, ni tout à fait un thriller et non plus une œuvre exclusivement tournée vers le fantastique, Hokum est pourtant un peu de tout cela. Un mélange plutôt digeste, harmonieux et rafraîchissant. Pourtant, en mélangeant les genres, le film échappe au titre du meilleur film de l'année dans l'une ou l'autre de ces catégories. Se dispersant ainsi tout en produisant des effets relativement efficaces, l'aventure de son principal protagoniste est plus une balade de santé dans un contexte maintes fois remanié qu'une véritable et horrifique expérience de cinéma d'épouvante ! Des jumpscares à foison, accompagnés par de sinistres apparitions. Entre fantômes blafards, sorcières ou démons, difficile de catégoriser ces freaks qui échappent ponctuellement à l'obscurité pour surgir en un instant aux côtés de Ohm Bauman, héros de cette aventure, hautain, méprisant, bref, le genre de personnage que l'on serait enclin à fuir et pour lequel l'on n'éprouve pas le moindre sentiment d'empathie. Et ce même lorsque l'on apprend pour quelle raison il vient s'installer pour une semaine dans l'une des chambres d'un hôtel situé en Irlande. Auteur du très sympathique Caveat en 2020 et deux ans plus tard de Oddity que je m'apprête à découvrir bientôt, c'est donc avec régularité que le réalisateur et scénariste irlandais Damian McCarthy poursuit son œuvre dans le domaine de l'horreur et du fantastique avec un troisième long-métrage situant la quasi totalité de ses scènes d'action dans un hôtel isolé de la campagne irlandaise. Se sentant responsable du décès de sa mère, morte il y a longtemps lors d'un accident domestique, Ohm, dont le père est mort peu de temps après de chagrin et d'ivresse répétée, a pris la décision d'aller disperser les cendres de ses parents dans la souche d'un arbre auprès duquel pose sa mère sur une photo prise à l'époque par son père. Assez peu délicat avec le personnel, Ohm s'attire cependant la sympathie de Fiona (Florence Ordesh), jeune barmaid de l'établissement pleine de vie qui lui raconte que la chambre nuptiale est fermée à clé depuis des années suite à la découverte d'une sorcière enfermée depuis à l'intérieur et à double tour. D'abord intrigué, Ohm boit plus que de raison et part finalement se coucher dans sa chambre...


Le lendemain, ne répondant pas aux appels répétés de Fiona qui l'attend devant sa porte, l'un des employés de l’hôtel ouvre sa chambre et la jeune femme découvre le client pendu à une corde. Fort heureusement, l'employé et Fiona parviennent à lui sauver la vie de justesse et Ohm passe plusieurs semaines à l’hôpital. Dès son retour à l'hôtel, il apprend que la jeune femme a disparu lors d'une fête de Halloween organisée par les responsables de l'établissement... Si d'autres films fantastico-horrifiques traitèrent bien avant lui du thème du deuil, Damian McCarthy l'évoque avec une sensibilité peu commune dans ce genre d'exercice cinématographique. Porté par des interprètes qui se comptent sur les doigts d'une main mais surtout par un environnement au charme typiquement irlandais puisque le tournage eut lieu dans le comté de Cork, justement situé en Irlande. Si les séquences extérieures ont été majoritairement tournées à West Cork, certains intérieurs comme ceux de l'hôtel furent par contre recréés en studio au West Cork Film Studios à Skibbereen. Le Bilberry Woods Hotel du long-métrage est donc un lieu fictif, majestueusement décoré et aussi chaleureux qu'inquiétant. Damian McCarthy exploite ces décors à merveille, en ajoutant de menus détails qui tentent de cultiver l'effroi. À commencer par ce carillon qui ne cesse de sonner ou cette cloche directement reliée à la chambre nuptiale, celle-là même où une légende veut donc qu'une sorcière y serait enfermée. Film à l'ambiance pesante, aux sursauts multiples (lesquels n'auront pourtant sans doute d'effet que chez les plus jeunes spectateurs) aux décors sombres mais extrêmement détaillés, aux apparitions foudroyantes mais inutilement répétitives et à la bande musicale efficace, Hokum est principalement incarné par Adam Scott, Peter Coonan, David Wilmot et Florence Ordesh. Plus qu'un film de fantômes ou de sorcellerie, le long-métrage de Damian McCarthy vire au film d'enquête policière et paranormale plutôt convainquant. L'on prendra malgré tout les louanges de certains critiques avec des pincettes car si Hokum est effectivement un très bon film, il ne révolutionne pourtant aucun des genres auxquels il se raccroche...

 

samedi 6 juin 2026

The Dunwich Horror de Daniel Haller (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Sorti sur les écrans au tout début des années soixante-dix, The Dunwich Horror met principalement en scène l'acteur américain Dean Stockwell, lequel incarne avec finesse et charisme le suppôt d'une incarnation du Mal dont on saisit mal les origines. Sauf qu'elle semble être au centre du fameux Necronomicon, ouvrage imaginaire créé par l'écrivain américain H.P.Lovecraft dans les années vingt et qui a servi à diverses occasions au cinéma (la trilogie originelle The Evil Dead de Sam Raimi demeurant sans doute LA référence en matière de ''démonologie'' et d'usage du dit ouvrage). S'il demeure un terme qui colle à la peau de l'écrivain, c'est bien ''l'indicible''. Cette chose qui ne peut être montrée ni décrite, au centre de nombreux ouvrages et d'adaptations sur grand écran, et dont The Dunwich Horror peut se targuer d'offrir l'une des plus remarquables définitions lors du meurtre de l'un des personnages féminins du récit. Grotesquement traduit chez nous sous le titre Horreur à volonté, le long-métrage de Daniel Haller est typique de cette vague de films d'épouvante fixant comme objectif de décrire tout ou partie de ce qui entoure la sorcellerie, le Diable et toutes les coutumes qui orbitent autour de ces deux sujets. Héritier démoniaque d'un arrière grand-père condamné au bûcher, rejeté par les habitants de Dunwich dont les croyances chrétiennes s'éloignent des siennes, Wilbur Watheley tente d'entrer en possession du Necronomicon qui dorénavant est exposé dans un musée et appartient au docteur Henry Armitage (l'acteur Ed Begley). Envoûtant littéralement la jeune Nancy Wagner (l'actrice Sandra Dee) qui accepte que Wilbur consulte un court instant le rarissime ouvrage, ce dernier est présenté au docteur qui lui reprend des mains avant de prendre congé. Alors que le jeune homme vient de manquer le bus qui était censé le ramener à Dunwich, Nancy lui propose de le ramener chez lui en voiture... Le personnage de Wilbur développe ici un stratagème visant à se servir de la jeune femme à des fins inquiétantes...


The Dunwich Horror est clairement l'ancêtre de Frayeurs de Lucio Fulci. Comme une préquelle au chef-d’œuvre macabre du réalisateur italien, lequel se rapporte d'ailleurs lui aussi à la nouvelle de H.P.Lovecraft...


Selon une légende propre aux Watheley et au Necronomicon, il existerait en effet une race antérieure à l'espèce humaine que des cérémonies et le sacrifice d'une jeune vierge permettrait de faire revenir dans notre monde. C'est donc autour de ce sujet que tourne le long-métrage de Daniel Haller qui plus qu'un film d'action est une œuvre d'incantations et de visions hallucinogènes typiques de l'époque. Dean Stockwell est véritablement habité par son personnage qu'il incarne avec la maniérisme et afféterie, scandant d'un ton suave et s'exprimant avec douceur, charmant une Nancy dont on ne sait jamais vraiment si le seule regard de Wilbur suffit à l'envoûter ou si les forces du mal entrent en action. Décoctions, rites sataniques, incantations sont au programme d'une œuvre qui impose un rythme lent aussi ensorcelant que peut l'être Dean Stockwell lui-même. Un individu qui malgré ses intentions finit par bizarrement devenir attachant, surtout face à la cruauté des habitants de Dunwich lorsque ceux-ci tentent de lui interdire d'enterrer son grand-père dans le cimetière de la ville ! On sent déjà pointer la conclusion de ce récit en forme d'hommage à toutes ces créatures du bestiaire fantastique qui terminent leur existence traqués, emprisonnés, puis menés au bûcher comme le furent leurs aînés. Bien qu'inspiré de la nouvelle L’Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror) de H.P.Lovecraft, The Dunwich Horror prend parfois de grandes libertés. Ce qui par contre paraît tout à fait logique étant donné que le film fut tourné au tout début des années soixante-dix (soit, quarante et un an après la première parution de la nouvelle sur le territoire américain dans le magazine Weird Tales), c'est le côté hallucinogène de certaines séquences et notamment celles lors desquelles l'on découvre des scène de sabbats bariolées totalement psychédéliques. The Dunwich Horror est une excellente surprise, un peu lente, certes, mais Dean Stockwell absorbe littéralement l'attention du spectateur. À découvrir bien entendu en version originale, ne serait-ce que pour son interprète principal, donc, mais aussi pour cette séquence évoquée plus haut, laquelle fait intervenir l'indicible lors d'un climax absolument dément !

 

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...