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jeudi 16 juillet 2026

Voices of Desire de Chuck Vincent (sous le pseudonyme de Mark Ubell) (1972) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Derrière le pseudonyme de Mark Ubell se cache le réalisateur, scénariste, producteur, monteur et acteur américain Chuck Vincent. Décédé à l'âge de cinquante et un ans, il aura tout de même eu le temps de réaliser plus d'une cinquantaine de longs-métrages dont un certain nombre de films pornographiques dans le courant des années soixante-dix avant de se lancer dans la série B dans le milieu des années quatre-vingt. En 1972, il signe le très étrange Voices of Desire que les amateurs bien avisés considèrent comme une version ''adulte'' (puisque érotique), psychédélique et underground du Répulsion de Roman Polanski. En effet, dans le cas de Voices of Desire comme dans celui de Répulsion, les deux longs-métrages mettent en scène une jeune femme psychologiquement fragile. Là où l'un et l'autre prennent des chemins différents concernent leur attitude vis à vis de la sexualité. Si en 1965, Carol (Catherine Deneuve) éprouvait de grandes difficultés de communication avec les hommes en l'enfermant dans une psychose provoquant chez elle une véritable révulsion envers eux, le portrait d'Anna (Sandra Peabody) est déjà beaucoup plus difficile à dépeindre. Mais tout comme chez Roman Polanski, la narration passe chez Chuck Vincent par des phases hallucinatoires qu'il est complexe de dissocier des quelques séquences lors desquelles la jeune femme semble avoir repris ses esprits. Une première chose saute aux yeux : le budget ! Estimé à neuf mille dollars, il rejoint celui de petites productions indépendantes de l'époque parmi lesquelles l'on peut notamment citer le film culte Carnival of Souls de Herk Harvey auquel Voices of Desire est parfois comparé pour son approche surréaliste. Profitons d'ailleurs de cette occasion pour citer l'excellent Messiah of Evil de Willard Huyck et Gloria Katz, autre grand classique de l'horreur psychologique qui faisait également la part belle à un environnement anxiogène, peuplé d'êtres étranges impliqués dans un univers plus ou moins onirique...


S'agissant de Voices of Desire, le film met donc tout d'abord en scène la jeune Anna lors d'un interrogatoire mené par un détective puis un psychiatre pour lesquels Chuck Vincent choisit d'entretenir une certaine ambiguïté en choisissant de ne pas relier ces personnages au nom de leur interprète respectif. Un choix qui semble être directement lié avec cette volonté d'entretenir le doute entre ce qui relève du réel et ce qui tient du fantasme. Si l'on comprend graduellement que l'interrogatoire mené par le psychiatre est directement lié aux événements qui seront ensuite relatés, il est par contre assez difficile de connaître les intentions du détective lorsque à son tour il interroge la jeune femme. Aurait-elle commis un crime ? Toujours est-il que l'on découvre l'un des nœuds du problème : Anna est en effet assaillies en permanence par des voix. Qu'elle se trouve chez elle ou dans la rue, des voix masculines l'enjoignent de les rejoindre. D'évidence, l'intention de Chuck Vincent n'est pas ici de résoudre l'épineux problème qui ronge littéralement son héroïne même si l'on comprendra plus tard l'une de ses origines. À l'issue d'un récit branlant, qui sent très fortement l'amateurisme et le manque de moyens, la situation finale s'avère la même qu'au départ. Et même s'ils s'y mettent à deux pour l'aider, Anna semble condamnée à revivre sans cesse la même situation. D'une durée n'excédant pourtant pas les soixante et onze minutes et malgré qu'il soit considéré comme un film culte par un petit groupe d'individus pour son approche du septième art franchement atypique et underground, Voices of Desire est souvent pénible à regarder. Déjà fort mal maîtrisé par un Chuck Vincent qui hésite entre érotisme, fantastique, épouvante, horreur psychologique et visions surréalistes (des thèmes qui pourtant restent fascinants), le long-métrage est surtout constitué d'une bonne moitié de scènes de nudité lors desquelles l'actrice Sandra Peabody entre en contact physique avec des personnages de sexe masculin et féminin. Une multitude de séquences qui ont énormément de mal à éveiller la libido tant elles sont répétitives et tout sauf aphrodisiaques ! C'est long, très long, trop long et toujours accompagné d'une musique dont la répétitivité finit par taper sur les nerfs ! L'un des rares atouts du film se situe surtout dans cette vision de l'érotisme sur grand écran qui dénote totalement avec ce que l'on a l'habitude de voir. Au final, la promesse de vivre une expérience similaire aux quelques exemples de longs-métrages cités plus haut n'est pas vraiment tenue et Voices of Desire ne reste au fond qu'une curiosité que l'on n'aura pas forcément envie de voir une seconde fois...

 

lundi 10 novembre 2025

Other de David Moreau (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dernier long-métrage du réalisateur et scénariste français David Moreau, Other s'inscrit dans ce courant que certains nomment Elevated Horror. Un ''sous-genre'' du cinéma d'horreur qui comme son nom l'indique est censé élever le genre à travers des choix esthétiques, des thématiques ou une manière singulière de les traiter. Le film peut effectivement être envisagé sous cet angle, comme bon nombre d'autres longs-métrages qui d'ailleurs actuellement s'engouffrent dans le genre et arrivent parfois à étonner par leur approche novatrice. Oui mais voilà. Encore faut-il est capable d'extraire du sujet, sa quintessence, sans pour autant n'avoir l'air rien d'autre qu'une œuvre ennuyeuse et au final très en deçà des attentes d'un public désormais blasé par tout ce qu'on lui propose... Si même Other n'entretient que de très lointains rapports avec le remarquable Ich Seh Ich Seh que signèrent en 2014 les autrichiens Severin Fiala et Veronika Franz, les liens qui unissent l'héroïne avec sa mère défunte font remonter des souvenirs proches d'un cauchemar qu'elle aurait inconsciemment choisi d'occulter. Porté par l'actrice et mannequin franco-ukrainienne Olga Kurylenko, le flm de David Moreau s'inscrit dans une horreur psychologique qui se débarrasse de toute transgression gore en dehors de quelques plans de visages ''ravagés'' pour n'en retenir que ce qui touche au psychisme d'Alice, jeune femme qui après des années de silence retourne chez sa mère afin de régler les démarches liées à son enterrement. Ici, David Moreau traite notamment de cette obsession pour la beauté et renvoie en outre à cette vision d'une Amérique où certains parents et surtout, certaines mère infligent à leurs filles des tortures morales et parfois physiques s'agissant d'ambitions qui leurs sont propres et qu'elles projettent sur leur progéniture. Un concept qui depuis la naissance des réseaux sociaux s'est d'ailleurs élargi et voit même de jeunes femmes passer sur le billard pour, selon elle, correspondre à des canons de beautés. Si Other n'est objectivement pas très convaincant, c'est surtout parce que le rythme et les enjeux sont relativement mal exploités. Tandis que l'Elevated Horror et l'horreur psychologiques sont parfois en mesure de nous offrir d'authentiques chocs cinématographiques, ici, tout se déroule dans un climat d'austérité et de lassitude qui ne parviennent jamais vraiment à atteindre la conscience du spectateur...


Bien mal serait venu de ma part d'être définitif dans cette dénonciation d'une œuvre qui ne me toucha jamais vraiment au vu des innombrables éloges dont a bénéficié le film. Sans comprendre ce qui a pu en bouleverser certains, sans avoir aucune idée des éléments déclencheurs, Other s'est en fait révélé être une expérience dénuée de scènes véritablement marquantes. On sent bien que ça et là, le cinéaste français a tenté des choses. Il en est même qu'il serait malhonnête de passer sous silence. Comme ce principe systématique qui veut que seule l'héroïne soit visible à visage découvert. Car il faut le comprendre, Alice est confrontée à une ''créature'', un ''fantôme'' du passé qui surgit et ''efface'' le visage de ceux qui ont le malheur de croiser son chemin. Et part effacer, il faut comprendre que cette ''chose'' dont on entend les pas retentir dans la demeure familiale et dont la silhouette est parfois et partiellement visible arrache le visage de ses victimes. Une fois les différentes options abordées à l'image, David Moreau offre un twist qui aurait pu être inattendu s'il n'avait pas été si grossièrement traité. On aura compris que pour la mère d'Alice, la beauté est un élément essentiel, qu'il faut cultiver jusqu'à épuisement. Cet aspect du récit, vu à travers de vieilles bandes VHS, n'explique malheureusement pas tout. Quant au garçon masqué qui ouvre les hostilités dans un premier acte qui laisse tout d'abord supposer que le film pourrait être rangé dans le genre Found Footage, on en est encore à se demander qu'elle peut être son utilité. Car à moins de servir de Vade-mecum à une Alice incapable de comprendre par elle-même quel type de danger la guette, pourquoi donc le script insiste sur ce personnage, lequel harangue en permanence la jeune femme en lui conseillant de se masquer le visage alors même que durant le climax qui l'oppose à la ''créature'', cette dernière demeure inoffensive face à notre héroïne ? Certains vous diront qu'il ne s'agit là que ''d'instinct''. L'une des problématiques de Other est de multiplier les concepts sans que jamais David Moreau ne parvienne à leur trouver une solution. Cela est d'autant plus dommage que lui, ainsi que le scénariste Jon Goldman ont écrit un scénario qui aurait pu être en or si seulement le réalisateur était allé au bout du bout de son concept. Au final, et aussi ambitieux qu'il puisse paraître, Other n'aboutit à rien. Ou en tout cas, à pas grand chose...

 

mardi 15 juillet 2025

Bring her Back de Michael Philippou et Danny Philippou (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Les très bons films d'horreur ou d'épouvante étant une denrée rare, 2025 ne fait pas exception à la règle. Et bien qu'il reste six mois avant que ne se termine l'année, il y a peu d'espoir de rencontrer l’œuvre qui mettra tout le monde d'accord... Vraiment ? Juste par curiosité, amusez-vous donc à rechercher sur Google ''Les meilleurs films d'horreur de l'année 2025''. Si comme moi vous êtes exigeant, les résultats risquent de vous faire pouffer de rire. Car en dehors de l'excellent Companion de Drew Hancock, lequel s'inscrit tout d'abord dans le registre de la science-fiction afin de dériver effectivement vers l'horreur, qui peut donc prétendre avoir signé LE film d'horreur de cette année ? Leigh Whannell avec Wolf Man ? Certainement pas. Danny Boyle avec 28 ans plus tard ? Encore moins. Ryan Coogler avec Sinners ? Pas davantage. Sans omettre d'ailleurs d'évoquer le Until Dawn de David F. Sandberg outrageusement surestimé quoique très acceptable, la vérité est qu'il aura fallut chercher du côté d'une paire de jumeaux, déjà auteurs en 2022 d'un Talk to Me largement recommandable à destination non pas d'un public très exigeant mais plutôt de spectateurs voulant se faire la main (Mouarf!) sur une œuvre horrifique tout en emmenant avec eux leur jeune progéniture. Un long-métrage divertissant, bien creepy, mais qui au regard de ce qu'allaient nous offrir trois ans plus tard les frères Danny et Michael Philippou, demeurerait au fond relativement anecdotique. Il n'est pas impossible que l'un et l'autre aient digéré une somme de sources d'inspiration comme le firent tant d'autres avant eux tant Bring her Back paraît emprunter à certaine racines de l'épouvante, parmi ses meilleurs composants. Des fragments de séquences qui s'inspirent donc, au juger, du dérangeant Sinister de Scott Derrickson. Comment en effet ne pas relier ces images morbides filmées caméra à l'épaule lors de curieux rites sataniques à celles, tout aussi glauquissimes, découvertes un jour dans le grenier d'une maison acquise récemment par son nouveau propriétaire ? Comment ne pas voir dans les dites images le plus éblouissant témoignage d'amour pour L'exorciste de William Friedkin là où tant d'héritiers du cinéastes se sont cassés les dents ? Comment ne pas ensuite observer ce couple étrange femme/enfant et leur univers sous le même angle que celui de l'effrayant Ich Seh Ich Seh que réalisèrent les autrichiens Severin Fiala et Veronika Franz en 2014 (et dont le réalisateur américain Matt Sobel réalisera le remake huit ans plus tard sous le titre Goodnight Mommy) ?


Comment, surtout, ne pas penser à cette vague de thriller horrifico-psychologiques qui depuis maintenant dix ou vingt ans déferlent sur nos petits et grands écrans, faisant ainsi la nique au pur film d'horreur dénué, lui, de toute approche intellectuelle du récit ? Il y a pourtant à travers le scénario de Danny Philippou et de Bill Hinzman des choses qui ne sont pas toutes neuves. Comme le deuil, l'absence et cette impossibilité de reprendre une existence normale. Alors, lorsque après le décès de leur père est offert à Andy et Piper l'occasion de trouver une famille d'accueil et ainsi de rester unis, la venue de Laura dans leur vie sonne comme un espoir. Ouais, sur le papier car en réalité, les deux réalisateurs précipitent leurs deux jeunes héros incarnés par Billy Barratt (l'un des principaux interprètes du nullissime Cratère de Kyle Patrick Alvarez il y a deux ans) et par Sora Wong (dont Bring her Back demeure actuellement le premier et seul rôle au cinéma) dans un univers que l'on devine trop rapidement comme étant vicié par la personnalité de Laura. Excellemment incarnée par l'actrice Sally Hawkins (que l'on a pu notamment voir dans le rôle principal d'Elisa Esposito dans l'excellent film de GuillermoDel Toro, La forme de l'eau en 2017), elle est accompagnée par un personnage qui saisit immédiatement par son apparence. Pour son second rôle au cinéma, le jeune acteur australien Jonah Wren Phillips n'est pas sans rappeler l'actrice Melanie Gaydos atteinte de dysplasie ectodermique et que l'on a pu découvrir dans une quinzaine de projets dont l'étonnant Tous les dieux du ciel de Quarxx en 2018. Thriller horrifico-dramatico-psychologique, Bring her Back est d'une redoutable efficacité et s'avère être un condensé des pires horreurs que les fans puissent rêver de découvrir en un seul film. Relation toxique entre une femme et la fille qu'elle vient d'accueillir chez elle. Machination diabolique vis à vis du frère qu'elle n'avait pas désiré recevoir chez elle au départ. Rites sataniques. Perte tragique d'un enfant. Nécrophilie, (auto)cannibalisme, Body Snatching (débarrassé ici de toute vision extraterrestre du phénomène), plans gore visuellement éprouvants, le long-métrage de Danny et Michael Philippou est un condensé d'horreur épidermique et psychologique qui mettent notre estomac et nos cellules grises à rude épreuve ! Autant dire que l'on tient là une perle du cinéma d'horreur. Une œuvre qui non seulement confirme ce que l'on pensait des deux frangins après la sortie de Talk to Me mais qui plus encore avec Bring her Back donne envie de nous plonger dans leurs futurs travaux... Bref ! Une claque !

 

dimanche 4 mai 2025

Tú no Eres Yo (You're not Me) Marisa Crespo et Moisés Romera (2023) -★★★★★★★☆☆☆

 


 

Petit passage par l'Espagne avec Tú no Eres Yo (You're not Me)de la réalisatrice, productrice et scénariste Marisa Crespo et du réalisateur, producteur et chef monteur Moisés Romera. Collaborateurs depuis 2004 lors de leurs débuts avec le court-métrage Sirenito, ils ont tourné ensemble un certain nombre de films de courte durée avant de se lancer ensemble dans l'aventure du long-métrage en 2013 avec le film d'aventures La Insolita Aventura de Jovi Contra el Tiempo. Leur dernier projet en commun date de 2023 et s'intéresse au personnage de Aitana (l'actrice Roser Tapias) qui de retour du Brésil où elle travaillait pour une ONG aux côtés de sa compagne Gabi (Yapoena Silva) afin d'aider les personnes dans le besoin, s'attend à être chaudement accueillie par ses parents pour les fêtes de fin d'année. Lorsque les deux jeunes femmes arrivent accompagnées du bébé qu'elles ont adopté, l'attitude des parents d'Aitana est inattendue. En effet, ceux-ci ne s'attendaient pas à une visite surprise de leur fille et accueillent le couple plutôt froidement. Après trois ans d'absence et surtout après n'avoir que très sporadiquement donné de ses nouvelles depuis son départ précipité pour le Brésil, Aitana compte cependant passer le réveillon de Noël en leur compagnie. Mais ce que ne sait pas encore la jeune femme, c'est que ses parents ont accueilli chez eux neuf mois auparavant, une jeune réfugiée prénommée Nadia (Anna Kirikka). Décontenancée par cette nouvelle, Aitana apprend également que l'étrangère dort désormais dans sa chambre et porte les rares vêtements que ses parents ont conservé de leur fille. Alors qu'elle hésite à aller dormir dans un hôtel sur leurs conseils, la jeune femme décide pourtant de rester afin d'assister aux festivités. Un réveillon auquel seront en outre conviés des couples qu'Aitana ne connaît pas... Drôle d'ambiance pour une fête qui devrait se dérouler dans la joie et la bonne humeur mais qui se transforme dans le cas de Tú no Eres Yo en un suspens plutôt tendu. En effet, Marisa Crespo et Moisés Romera aiment à cultiver l’ambiguïté. Entre Nadia, cette jeune femme blonde un peu trop souriante pour être honnête, qui se promène dans le pyjama d'Aitana pour ensuite se pavaner dans la robe de mariée que devait porter la jeune femme le jour J, trois ans auparavant, et auquel elle ne donna pas suite, la réfugiée apparaît comme une intruse et le spectateur va d'emblée se ranger du côté de l'héroïne du récit.


Une ambiguïté soulignée par un comportement des parents et de certains convives qui n'hésitent pas à montrer leur mécontentement vis à vis de la jeune femme. La mère d'Aitana confiant même à sa compagne Gabi qu'elle fut victime d'une crise voilà des années en arrière. De quoi alimenter l'hypothèse selon laquelle tout ou presque de ce qui va se dérouler sous nos yeux ne sera peut-être que le fruit de l'imagination d'une femme atteinte de troubles psychologiques ! Parmi les personnages principaux, l'on retrouve également l'acteur Jorge Motos qui dans le rôle du frère prénommé Saúl, incarne un jeune homme paraplégique enfermé dans son corps et ne s'exprimant qu'avec difficulté. Les deux cinéastes mettent en place un stratagème visant à pousser le spectateur à se questionner sur les raisons d'une telle attitude de la part des parents de l'héroïne. Pourquoi tant de mépris. Et pourquoi tant d'attention vis à vis de Nadia ? Des réponses affluent forcément. Comme la disparition d'Aitana durant ces trois dernières années. Poussant ses parents à accueillir une étrangère quitte à remplacer l'une par l'autre au sein de leur famille. On croit alors avoir deviné le fond du problème. Un couple, en manque de leur fille, avant, sans doute, d'être manipulés par une inconnue ayant tout fait pour se rendre indispensable. Je préfère prévenir avant que le mal soit fait mais veuillez ne pas lire ce qui suit si jamais vous avez l'intention de découvrir le film dans les meilleures dispositions. Car en effet, il est difficile de ne pas raccorder le récit de Tú no Eres Yo à celui d'une œuvre qui il y a quelques années fit beaucoup parler d'elle. Si le long-métrage de Marisa Crespo et Moisés Romera rappelle un certain nombre de longs-métrages récents entrant dans la catégories des films d'horreur psychologiques, il en est un dont celui-ci se rapproche dangereusement. En effet, l'ombre de Get Out de Jordan Peele plane au dessus du film. Et même si l'héroïne et sa compagne ne semblent pas être les proies d'un piège fomenté par la famille d'Aitana lors d'un final moins surprenant qu'il n'y paraît, il en est une qui ne va pas voir le loup s'introduire dans la bergerie. Au final, et après avoir émis diverses hypothèses, le spectateur sera bien obligé de reconnaître qu'il n'est pas passé très loin de trouver l'aboutissement d'un récit au demeurant anxiogène et dans lequel le cercle familial n'est pas toujours synonyme d'amour et de sécurité. Tú no Eres Yo est donc un sympathique thriller horrifique qui séduira pourtant davantage les néophytes en la matière plutôt que celles et ceux qui sont généralement rompus à ce genre d'exercice...

 

mardi 3 décembre 2024

Smile 2 de Parker Finn (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il y a deux ans sortait sur les écrans Smile de Parker Finn. Premier long-métrage pour ce réalisateur qui jusque là n'avait signé que deux courts (The Hidebehind en 2018 et Laura Hasn't Slept en 2020) et qui laissait volontairement à l'époque des portes ouvertes afin de lui donner une suite. Sobrement intitulé Smile 2, la séquelle en question reprend une nouvelle fois l'une des principales règle du jeu de chat consistant à toucher l'un de ses partenaires de jeu appelé Souris afin qu'il devienne à son tour le Chat. Un principe qu'avait déjà adopté David Robert Mitchell avec It Follows il y a dix ans. Dans cette séquelle sortie sur les écrans français le 16 octobre dernier, soit deux jours avant de voir le jour aux États-Unis, Parker Finn reproduit le concept de malédiction touchant celles et ceux qui se retrouvent confrontés à des individus eux-mêmes touchés et arborant un sinistre sourire. Smile 2 met en scène l'actrice et chanteuse britannique Naomi Scott dans le rôle de Skye Riley. Une star de la pop américaine qui après avoir survécu à un tragique accident de la route lors duquel son compagnon Paul Hudson (Ray Nicholson) perdit la vie passa un très long séjour dans un service de désintoxication. Aujourd'hui, la jeune femme semble prête à remonter sur scène. Après avoir rassuré ses fans lors d'une émission de télévision, lors des répétitions de son prochain spectacle elle se blesse au dos et part secrètement se fournir en anti-douleurs auprès de son ami Lewis Fregodi (Lukas Gage). Un jeune homme visiblement perturbé, sous cocaïne et hanté par d'abominables visions qui le poussent à se suicider devant elle. Dès lors, Skye semble être victime de cette même malédiction qui vit le jour au sein du premier volet de ce qui deviendra peut-être prochainement une trilogie, qui sait... Afin de faire le lien entre ces deux premiers opus, le réalisateur et scénariste débute l'intrigue en réintégrant le personnage de Joel qu'incarne une fois de plus l'acteur Kyle Gallner. Alors que dans Smile Joel devenait la nouvelle victime de la malédiction en assistant impuissant à l'immolation d'une Rose (Sosie Bacon) affichant ce même sourire sinistre, la séquence d'introduction le met en scène lors d'un long plan-séquence qui laisse d'emblée l'impression d'une séquelle beaucoup plus intense et ambitieuse. Si la scène sert de relais avec le premier opus, ça n'est pas tant grâce à la présence du personnage de Joel que la transmission de la malédiction vers celui de Lewis Fregoli que l'on découvre d'emblée dans la peau d'un trafiquant de drogue. La liaison entre les événements passés et ceux qui s'inscrivent désormais dans cette suite étant acquise, la totalité de Smile 2 se concentre donc autour de la Pop Star.


Une artiste décrite ici comme moralement modeste, jamais prétentieuse, et encore très profondément marqué par les événements qui coûtèrent la vie à son ex petit ami. Situant son action dans le show-biz américain, cette suite se devait de refléter le côté ''Paillettes'' entourant l'existence de l'héroïne. Ainsi que certains travers liés à la célébrité. Comme la relation de certains artistes avec la drogue. La profonde paranoïa qui peut parfois s'emparer d'eux face à l'incapacité de gérer la célébrité. Difficulté également rencontrée face à des millions de fans en attente, comme ici, d'une tournée à venir dont les répétitions vont s'avérer harassantes. Mais aussi, de manière plus sournoise encore, de l'influence malavisée d'une mère qui en ''conseillère'' et en agente artistique semble davantage préoccupée par la carrière de sa fille que par sa santé physique et mentale. De ce point de vue là, Smile 2 convainc assez facilement et tort le modèle original du concept d'artiste (chanteur ou comédien, d'ailleurs) naviguant aux frontières de la rupture en plongeant son héroïne dans un univers cauchemardesque, peuplé de macabres visions dont certaines ne laisseront personne indifférent. Ce dont souffre en revanche le film de Parker Finn, ce sont les nombreuses longueurs causée par la durée qui dépasse légèrement les cent-trente deux minutes. On ne demande pas à un film d'horreur de se traîner sur la longueur mais plutôt d'aller droit à l'essentiel. Fort heureusement, le film parvient lors du dernier tiers à s'extraire de cette série de ventres mous qui jusque là gâchaient quelque peu l'ensemble. Offrant aux spectateurs quelques séquences très efficaces. Chacun y prélèvera ça et là et selon ses goûts en matière d'effroi de quoi contenter sa passion pour l'horreur. La séquence durant laquelle Skye est assiégée dans son appartement par une horde ''D'infectés'' formant un groupe de danseurs contemporains demeurant sans doute l'une des plus marquantes. Quant au tout dernier acte situé sur scène, Parker Finn prouve que l'on peut se lancer dans un final grand-guignolesque sans tomber dans le ridicule (contrairement à The Substance de Coralie Fargeat). On notera enfin la présence du compositeur et multi-instrumentiste canado-chilien Cristobal Tapia de Veer qui reprend du service après avoir déjà signé la bande original du premier opus et qui dans le cas de Smile 2 signe une partition véritablement anxiogène...

 

mardi 11 janvier 2022

Eat de Jimmy Weber (2014) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ils sont sans doute des millions à travers notre planète à rêver de faire carrière dans le cinéma. À vouloir devenir célèbres. Mais combien obtiennent réellement le précieux sésame ? Novella McClure (l'actrice Meggie Maddock qui depuis 2009 enchaîne les courts-métrages et les épisodes de séries télévisées américaines) est de ces jeunes femmes qui espèrent pouvoir percer dans le métier d'actrice mais qui galère depuis trois ans. Trois années durant lesquelles elle n'a pas obtenu le moindre rôle. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir enchaîné les castings mais sa principale rivale Tracy (Dakota Brochet) obtient toujours ceux que tente de décrocher Novella. Après avoir dépensé tout l'argent de l'héritage de son père que la jeune femme a reçu à sa mort, désormais, Novella est sans argent, dans l'incapacité de payer son loyer et son frigo est vide. Heureusement pour elle, la jeune femme peut compter sur le soutien de sa meilleure amie Candice (l'actrice Ali François) avec laquelle elle sort régulièrement en boite afin de se faire payer des coups à boire par des inconnus qui tentent ensuite de les attirer dans leur lit. Novella est de ces femmes et de ces hommes qui par anxiété se mordent les ongles et la peau qui les entoure. Un jour, elle se mord si fort qu'elle s'arrache un long pan de peau (bon courage aux spectateurs qui arrivent difficilement à supporter ce type d'horreur particulièrement réaliste et incommodante). C'est le début pour Novella d'un long cauchemar lors duquel la jeune femme se découvrira un penchant pour la chair humaine. Et pas n'importe laquelle : la sienne !


Démarrant volontairement comme un banal film pour adolescents immatures, Eat est le premier long-métrage du réalisateur, scénariste et compositeur américain Jimmy Weber. Dans l'esprit du dérangeant Dans ma peau de Marina De Van, Eat n'en n'atteint malheureusement jamais vraiment le degré de malaise. Le film n'en demeure pas moins parcouru du séquences gore particulièrement efficaces puisque s'adonnant à l'autophagie (à ne pas confondre avec le ''mécanisme d’autodigestion permettant la dégradation de protéines et d’organites ''), l'héroïne assouvit son appétit en dévorant d'abord son pouce et une partie de son bras gauche avant de repousser plus loin le concept d'auto-cannibalisme. Autant dire que les spectateurs les plus sensibles risquent de tourner de l’œil même si, je le répète, le spectacle de cette jeune et jolie femme qu'interprète Meggie Maddock n'atteint pas le degré d'épouvante que peuvent avoir les actes d'auto-mutilation du long-métrage de Marina De Van. L'un des aspects les plus intéressants de Eat se situe au niveau du portrait que fait le réalisateur Jimmy Weber (ici également responsable de la bande musicale et du scénario) du monde du cinéma et plus précisément des castings lors desquels se croisent des actrices plus ou moins contraintes de coucher pour réussir. L'existence de plus en plus misérable de l'héroïne n'ayant alors plus aucune limite comme le prouveront les événements à venir...


D'une manière générale, Eat est relativement plaisant à regarder. Et l'on ne parle pas ici forcément des actes d'autophagie dont le principe reste évidemment repoussant mais de l'actrice Meggie Maddock qui demeure convaincante malgré la tournure que prendra le récit. [ATTENTION SPOIL!] En effet, le film qui jusqu'à un certain point s'avère réaliste et mélange drame et horreur fini par plonger dans le grand-guignol (voire même le grand n'importe quoi) totalement gratuit. L'on y évoque la passion naissante entre l'héroïne et son amant/psychiatre Simon (l'acteur Jérémy Faire) et l'intervention d'une Candice dérangée, en mode psychopathe qui dessoude les éventuels prétendants à coups de revolver dans les testicules. Après avoir montré une première facette plutôt intelligente quoique perfectible de l'univers hollywoodien, Jmmy Weber tombe dans la facilité à travers des actes totalement gratuits qui n'échapperont sans doute pas aux fans de séquences gore mais décevront sans doute les amateurs de drames ou d'horreur psychologiques. Loin d'atteindre les qualités du Grave de Julia Ducournau, Eat n'en est pas moins une œuvre intéressante, mais malheureusement gratuitement outrancière...

 

mardi 7 décembre 2021

Saint Maud de Rose Glass (2019) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Il me semble parfois que le cinéma horrifique est en bout de course. Que l'on s'illusionne un peu trop systématiquement sur son devenir en espérant que remakes et Reboot suffiront à relancer éternellement la machine. Qu'en proposant dix fois, cent fois, mille fois le même programme, les spectateurs continueront de se déplacer dans les salles obscures pour payer le prix d'une place pour un film qu'ils auront déjà vu à de nombreuses reprises. Fantômes, tueurs en séries, créatures extraterrestres, monstres marins, maladies nous ont presque tout raconté sur l'état de panique dans lequel ils savent nous mettre nous, humains, dénués que nous sommes parfois de toute carapace émotionnelle ou physique. Mais alors, où chercher le terreau fertile de nos angoisses sinon dans une horreur concrète qui ne fait plus appel à un quelconque bestiaire fantastique ? Terminés depuis longtemps les Jumpscares. Ou ces hectolitres de sang qui remplacent en réalité la peur par le dégoût. Aujourd'hui, c'est à la psychologie que certains s'attaquent et gagnent le pari de rendre inconfortables certaines expériences de cinéma. David Cronenberg l'aura compris bien avant les autres. De la Body Horror, il glissa lentement vers quelque chose de plus pernicieux auquel on pourrait imaginer coller, pourquoi pas, l'étiquette de Brain Horror (Faux-semblants en 1988 ou bien Spider en 2002). La descendance aura pris la liberté de prendre plus ou moins son temps mais lorsqu'elle s'impose à nous, souvent c'est pour mieux nous dévorer le cerveau. Si en vérité, d'autres ont choisi et réussi à briser notre résistance psychologique face aux actes d'individus dont ils nous contèrent un petit bout d'existence (Schizophrenia de Gerald Kargl, 1983), il en est certains dont on a que trop peu parlé en dehors des cercles d'amateurs...


Qui entendra causer au sujet de The Girl Next Door de Gregory M. Wilson évoquera sans doute la comédie éponyme de Luke Greenfield sortie trois ans auparavant. Qui lira le synopsis de Dans ma peau de Marina de Van avant de l'avoir vu prendra ses jambes à son cou afin de fuir et n'aura sans doute pas davantage envie de découvrir Trouble Every Day de Claire Denis après être tombé accidentellement sur une séquence anthropophage particulièrement dérangeante. On parle actuellement beaucoup de la réalisatrice française Julia Ducournau, auteur de l'excellent Grave en 2016 et de Titane cette année. Peut-être la version féminine du belge Fabrice du Welz qui au cours de sa carrière n'a cessé (et ne cesse) d'affiner son approche de l'horreur psychologique même lorsqu'elle s'inscrit dans des genres aussi divers et théoriquement lointains que le drame ou le thriller (Alleluia en 2014 ou Adoration en 2019). Alors qu'elle n'a même pas atteint la trentaine, la réalisatrice britannique Rose Glass signait en 2019 avec Saint Maud une œuvre percutante, que l'on rangerait facilement du côté du Locataire de Roman Polanski (réalisé et 1976) ou du récent Knackningar de Frida Kempff pour leurs allures de longs-métrages dramatiques ''accentués'' par une approche faussement fantastique. La réalisatrice nous y raconte l'histoire d'une rencontre. Entre Maud (époustouflante Morfydd Clark), jeune aide à domicile à l'indescriptible foi en Dieu et Amanda (Jennifer Ehle), une ancienne danseuse atteinte d'un cancer condamnée à mourir prochainement. Lumières tamisées, décors sombres, ambiance emprunte de religiosité (d'un côté) et de perversité (de l'autre), Saint Maud déroule son scénario sans avoir l'air d'être autre chose qu'une histoire d'amitié entre une femme qui meure et une autre qui la soutien, la soigne, l'apaise. Une impression trompeuse comme semblent l'indiquer les premières images, malheureusement inutiles...


Loin de cette mode qui voudrait lister les choses à intégrer dans tout bon film qui honore la diversité et le respect de l'autre et de ses différences, Rose Glass oppose une jeune fille bien sous tous rapports, croyant avec ferveur en un Dieu qui la ''visite'' parfois et semble même lui faire l'amour, à une ancienne danseuse dont la ''perversité'' s'exprime à travers sa ''passion'' pour l'alcool et ses penchants sexuels ! On comprend tout d'abord où se situent le Bien et le Mal avant que la britannique ne vienne tout remettre en question, explosant les codes qu'elle a établi jusqu'à maintenant. Ajoutant au portrait glaçant et déroutant de Maud, celui, perverti, d'une femme qui n'a plus rien à attendre de la vie et se conduit alors de manière parfois odieuse, Rose Glass y ajoute un soupçon de fantastique. Un élément qui se justifie sans pour autant être la preuve que ce que nous montrent les images est bien réel. Saint Maud est une démonstration de force qui tenterait à prouver que l'horreur, la vraie, moderne et dérangeante ne se situe plus là où elle tente de nous mener de manière trop fréquente mais dans le visage de cette jeune femme vouant un culte à Dieu au point de s'y confondre déraisonnablement. D'ailleurs, est-il question de Dieu ? De Diable ? De simple croyance ? Ou tout simplement de folie ? Il y a des œuvres empruntes de mythologie qui vous marquent. L'exorciste de William Friedkin fut peut-être dans le genre, le premier en 1973. Puis vint quarante-trois ans plus tard, l'époustouflant The Strangers du sud-coréen Na Hong-Jin. Et enfin, sans doute, Saint Maud de Rose Glass, il y a deux ans. Une œuvre qui retourne les conventions (et notre cerveau) comme un gant...

 

mardi 9 mars 2021

Nocturne de Zu Quirke (2020) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Bien que Nocturne soit majoritairement parcouru d'airs de musique classique, le concept de backward masking qu'évoque en partie l'ouvrage de partitions qui repose entre les mains de l'héroïne rappelle surtout celui reposant sur l'enregistrement de messages à l'envers sur des pistes musicales de groupes de hard rock. Sauf qu'ici, le dit concept est réinterprété de manière tout à fait différente puisqu'il ne s'agit plus d'enregistrement audios mais bien d'un ouvrage démoniaque constitué de partitions et de dessins qui reflétés dans un miroir indiquent un tout autre ''message''.... Pour son premier long-métrage, la réalisatrice britannique Zu Quirke se voir offrir une opportunité grâce à Jason Blum et sa société de production Blumhouse Productions. Une chance de pouvoir apporter une vision neuve d'un mythe ancestral bien connu des amateurs de littérature et de cinéma fantastique. Ici, Faust, cette légende inspirée du Miracle de Théophile et datant du treizième siècle. La forme que prend ici le pacte que passe la jeune Juliet avec le Diable ne ressemble en rien avec l'accord notamment conclu entre Swan et ''celui qui désunit'' du chef-d’œuvre de Brian De Palma, Phantom of the Paradise. Il ne s'agit pas tant pour l'héroïne de Nocturne de conserver la jeunesse éternelle que de devenir une pianiste virtuose, quitte à marcher sur les plate-bandes de sa sœur, considérée alors comme lui étant bien supérieure. L’œuvre de Zu Quirke s'inscrit donc très certainement plus dans une approche voisine du Black Swan de Darren Aronofsky (l'art étant l'un points communs que partagent ces deux longs-métrages). La réussite à tout prix, quitte à vendre son âme au Diable...


En choisissant de faire interpréter son œuvre par deux actrices (Sydney Sweeney et Madison Iseman) dont la ressemblance n'est absolument pas anodine (elles incarnent deux sœurs jumelles nées à deux minutes d'intervalle), Zu Quirke revient sur les fondements même de la gémellité qui se veut rassurante et veut par principe plus ou moins confirmé (l'exception ne confirmant pas toujours la règle) que les jumeaux sont indissociables et partagent le même mode de pensée. Ici, la réalisatrice explose ce ''concept'' pour des raison qui évoquent l'orgueil, la jalousie et l'ambition. Autre concept abordé : l'anthropophagie. S'il ne s'agit pas ici de consommer aux petits oignons un met, parait-il raffiné, la convoitise y prend un sens qu'il n'est pas idiot de considérer comme une certaine forme de cannibalisme. Ici, ça n'est plus la chair qui est dévorée, mais l'esprit même de la principale concurrente. Si Madison Iseman est en retrait tout en incarnant la réussite, Sydney Sweeney dévore littéralement l'image, la pourriture mentale gagnant du terrain sur son apparence physique. Gagnant même sur TOUS les terrains puisqu'elle ira jusqu'à prendre la place de sa sœur dans les bras de son petit ami Max qu'interprète l'américain Jacques Colimon...


Une femme à la réalisation et au scénario. Deux actrices comme principales interprètes. Et à la musique, une compositrice. Nocturne est une œuvre à la sensibilité toute féminine. Ce qui explique sans doute le choix de la musique classique comme l'un des thèmes du long-métrage même si, au fond, la majeure partie de Nocturne (dont le terme fait sans doute référence à cette forme classique, lente et mélodique typique du courant Romantique) est parcourue par des compositions électroniques dues à la britannique Elzabeth Walling (sous le pseudonyme Gazelle Twin). Amples et angoissantes, ses compositions soulignent l'aspect schizophrénique du long-métrage de Zu Quirke. D'un côté, cette sensibilité qu'évoque parfois le personnage de Juliet, laquelle tente, dès qu'elle s'ouvre à la douleur de sa sœur jumelle, de se remettre en question sans pour autant parvenir à échapper à ses nouvelles ''pulsions''. De l'autre, comme une addiction transforme les êtres, la jeune femme montre un visage déjà beaucoup plus inquiétant qui laisse entrevoir une amoralité couplée à une immoralité écœurantes. Malmené par des spectateurs qui n'y voient qu'un film d'horreur ''chiant'' qui ne verse jamais vraiment dans l'horreur, Nocturne joue d'abord sur la fibre psychologique et sur l'hypothétique résistance du spectateur face à des ''horreurs'' d'un autre ordre. Le long-métrage de Zu Quirke est, pour un premier film, une belle réussite. Envoûtante, parfois visuellement étonnante, très bien interprétée (Sydney Sweeney est notamment formidable dans le rôle de Juliet) et accompagnée d'une bande musicale tantôt belle, tantôt glaçante. Une très bonne surprise à conseiller aux amateurs d'horreur PSYCHOLOGIQUE...

 

jeudi 21 mai 2020

The Lodge de Veronika Franz et Severin Fiala (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Plus le temps passe, et plus sont nombreux les réalisateurs qui semblent prendre conscience que l'avenir du cinéma d'épouvante se trouve peut-être dans l'horreur dite ''psychologique''. Cela, les réalisateurs australiens Veronika Franz et Severin Fiala semblent l'avoir bien compris. Ils auront attendu cinq ans avant de donner suite à leur remarquable premier essai dans le domaine de l'horreur et de l'épouvante, Goodnight Mommy. L'un des films les plus éprouvants et les plus effrayants de l'année 2014 auquel le duo semble vouloir donner un petit frère sans pour autant poursuivre les aventures de ces drôles de petits frangins qui furent persuadés que celle qui restait enfermée dans sa chambre n'était pas leur mère. À peu de choses près, The Lodge reproduit la même configuration. Une maison isolée, une adulte, et deux enfants. Après avoir été sensiblement inspirés par le chef-d’œuvre de Robert Mulligan The Other datant de 1972, désormais, c'est l’œuvre glaciale de l'autrichien Michael Haneke qui semble avoir servi de base à celle qui à plusieurs reprises fut la scénariste du génial Ulrich Seidl (Dog Days, Import Export, Sous-Sol, etc...) et de son compagnon cinématographique qui fut notamment de son côté le scénariste d'une poignée de courts-métrages dont Peau d'éléphant qu'il réalisa aux côtés d'Ulrike Putzer en 2009...

The Lodge offre un visuel proche de l'époque que souligne l'épais manteau de neige qui entoure la demeure où se déroulent la plupart des séquences. Bleu comme le gel, comme le froid, comme la mort. Le second long-métrage de Veronika Franz et Severin Fiala repose sur tout un tas d'hypothèses et autant d’incertitudes qui laissent supposer tout et son contraire. Le récit ne facilite donc pas vraiment la compréhension du spectateur qui évoque un temps, la présence de fantômes avant de repenser rétrospectivement à l'évocation du trouble psychologique dont souffre l'un des trois protagonistes, Grace Marshall, rôle interprété par l'actrice américaine Riley Keough. Et puis, quelque part, le nouveau film du duo semble se rappeler au bon souvenir de son public d'il y a cinq ans en arrière lorsque celui-ci fut confronté à deux gamins au comportement particulièrement inquiétant. Et si Veronika Franz et Severin Fiala ne faisaient tout bonnement que reproduire ce qui avait si bien fonctionné en 2014 ? Alors... The Lodge.... Fantastique ou pas fantastique ? Là encore, les deux réalisateurs préfèrent noyer le poisson en évoquant une autre hypothèse selon laquelle tout le monde serait déjà mort et vivrait sur un plan astral reproduisant la vie après la mort. Au spectateur de se débrouiller avec tout ça...

Veronika Franz et Severin Fiala se contentent en dehors de ce scénario plutôt mince mais parfois complexe qu'ils ont écrit en compagnie de Sergio Casci avant de lui faire prendre forme, de créer un climat particulièrement chargé. Effectivement, The Lodge est pesant. La photographie du grec Thimios Bakatakis renforce le sentiment d'oppression qui ressort de cette demeure composant avec des plafonds bas et des pièces ''victimes'' d'une distorsion visuelle assez perturbante. De quoi rendre tous ceux qui aiment vivre au grand air, claustrophobes. Le trio principal Riley Keough/Jaeden Martell/Lia McHugh campe avec suffisamment de subtilité leur personnage respectif pour que le doute demeure tout du moins jusqu'aux trois-quart du long-métrage. Après ça, l'histoire est pliée et le spectateur assistera à une révélation qui n'est, malheureusement pas à la hauteur de nos attentes. La fin semble en effet si évidente que l'on peu se demander où se situe finalement l'intérêt d'avoir patienté si longtemps devant une œuvre, de surcroît, un peu trop languissante. Toujours est-il que le duo formé par Veronika Franz et Severin Fiala parvient une nouvelle fois à créer un climat de trouble permanent. Sans doute pas aussi prenant et déstabilisant que Goodnight Mommy, The Lodge reste tout de même un film plutôt réussi...

vendredi 15 mai 2020

The Loved Ones de Sean Byrde (2009) - ★★★★★★★☆☆☆



À première vue, on a affaire avec un énième film d'horreur se déroulant lors d'un bal de promo de fin d'année dans une université américaine. Si certaines choses ne changent jamais vraiment (les jeunes aiment le métal, baiser et fumer de l'herbe), The Loved Ones n'a fort heureusement pour lui, rien ou presque en commun avec ceux qui apparaissent tout d'abord de la même espèce. Mais ici, il n'est pas question d'évoquer un tueur qui rode sous le mode du ''slasher'' mais plutôt d'un couple père/fille totalement dégénéré pour qui bal de fin d'année rime avec un rite très particulier et dont fera cette année les frais le bel et ténébreux Brent Mitchell incarné à l'écran par l'acteur australien Xavier Samuel. Avant de connaître la célébrité grâce à son rôle de Riley Biers dans le troisième volet de la saga Twilight en 2010, il fut donc la victime d'une jeune adolescente totalement ''perchée'' et de son père, lui aussi, définitivement perdu pour la science. Bien que The Loved Ones relève effectivement du domaine de l'horreur puisque les effusions de sang y apparaissent de manière récurrente, ce ne sont pas tant les séquences gore qui dérangent mais l'horreur dite psychologique qu'infuse le réalisateur et scénariste australien Sean Byrde lors de son tout premier long-métrage...

Rencontre avec l'une des incarnations les plus délirantes du cinéma d'épouvante...

À moins de n'avoir pas suffisamment de conscience morale ou d'affect pour être chamboulé par ce qui arrive au héros, il s'avère régulièrement difficile de supporter le traitement que ses bourreaux lui infligent. Démultipliés par un surcroît de perversité relativement bien ''campée'' par l'actrice australienne Robin McLeavy qui interprète Lola Stone (et qui à l'époque du tournage avait tout de même presque trente ans alors qu'elle n'en paraît que dix de moins), et par John Brumpton qui incarne le père de la jeune femme, les séquences horrifiques sont telles que le spectateur ne peut les appréhender que dans l'objectif d'un exutoire qui verra le héros prendre le dessus pour se venger. Mais là où Sean Byrde sait faire preuve d'une grande perversité, c'est dans l'incertitude qu'il laisse traîner derrière une mise en scène qui s’appesantit sur des séquences grand-guignolesques tandis que l'on attend en tapant du pied et en serrant les mâchoires qu'enfin Brent se libère de ces PUT%#+ de liens qui le retiennent prisonnier.

Le spectateur ne devra surtout pas se laisser influencer par une affiche pas ou peu en accord avec le contenu du film...

Mais The Loved Ones possède de nombreux atouts qui n'en font heureusement pas qu'une simple réinterprétation juvénile de Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Entrecoupé de séquences plutôt drôles mettant en scène le meilleur ami de Brent, Jamie (l'acteur Richard Wilson) de sortie le soir du bal avec la gothique Mia (Jessica MacNamee), le long-métrage de Sean Byrde bénéficie d'un montage serré qui empêche la lassitude de s'installer. Il se passe beaucoup de choses durant les quatre-vingt quatre minutes que dure The Loved Ones et l'on remerciera le réalisateur de ne pas s'être contenté du minimum syndical en terme d'écriture. D'autant plus que plutôt que d'écourter le récit au moment le plus opportun, le voilà qu'il donne un nouveau coup de manivelle et relance l'intrigue. En effet, après un pur moment de jouissance qui verra le héros reprendre le dessus, rien n'est moins certain que l'issue du récit comme le découvriront les spectateurs. Bilan de The Loved Ones : l’œuvre de Sean Byrde est une excellente surprise qui comblera autant les amateurs d'hémoglobine que ceux qui s'intéressent davantage à tout ce qui touche aux déviances comportementales. De surcroît, son film constitue un ensemble de pièces de puzzles intelligemment construit qui explique un certain nombre d'événements découlant directement de l'intrigue principale. Entre ''teen horror movie'', ''torture-Porn'', survival, zombification (dont la méthode semble avoir été inspirée par le célèbre tueur en série américain Jeffrey Dahmer) et film de cannibales, The Loved Ones a de quoi satisfaire une frange importantes d'aficionados. Un film complètement fou...

mercredi 6 mai 2020

Replace de Norbert Keil (2017) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Au départ, Replace partait sur de bonnes bases. Une histoire à la manière du Contracted d'Eric England en moins glauque et plus classieux. Le concept du vampirisme revu et corrigé façon ''épiderme''. Et peut-être même, pour ceux qui ont une bonne mémoire, un goût prononcé pour le plagiat puisque l’œuvre de Norbert Keil se rapproche très concrètement de l'étrange récit de Meurtre sur Internet, sixième épisode de la troisième saison de la série de science-fiction X-Files. Et même de Teliko, le troisième épisode de la quatrième. Des individus qui pour combler un manque physiologique s'adonnaient au meurtre. Comme ne pourra s'y soustraire l’héroïne de Replace, Kyra Mabon. Elle est belle, elle est jeune, elle a tout pour plaire et a toute la vie devant elle et pourtant... Ce qui va lui arriver est ce qu'elle aurait pu imaginer de pire, elle qui refuse l'idée de vieillir, voire même de mourir. Victime d'une étrange maladie qui provoque la desquamation de son épiderme, elle ne trouvera rien de mieux que de se greffer la peau de jeunes femmes qu'elle aura au préalable elle-même fait passer de vie à trépas...

Comment le réalisateur allemand Norbert Keil a-t-il pu foirer la chose avec les outils qu'il avait entre les mains ? Un soundtrack électronique glaçant signé Tom Batoy et Franco Tortora, une direction artistique assurée par Anna Eppstein et Franziska et des décors conçus par Hanna Baumann Danilo Gerul. Pour un résultat qui s'avère en fin de compte très largement en dessous de ce que laissait envisager l'alléchant synopsis. D'un scénario qui promettait une œuvre horrifique éprouvante, Norbert Keil accouche finalement d'un long-métrage sans saveurs ou presque. Souvent bluffant d'un point de vue visuel (les éclairages et les décors nous en mettent plein les yeux), la narration est d'une prétention proportionnellement inverse au peu d'émotion qui s'en dégage. Seuls les plus sensibles se tordront de douleur par procuration lorsque l'héroïne interprétée par l'actrice américaine Rebecca Forsythe ôtera quelques larges bandes de peaux sanguinolentes avant de les remplacer par celles, beaucoup plus saines, de ses victimes. Jouant dans la même cours que le très réussi Grave de Julia Ducournau, Replace n'en a malheureusement jamais l'envergure...

S'il fallait énumérer tous les défauts qui grillent très rapidement cette histoire, de plus, hautement improbable, il faudra s'y attarder durant de longues heures. À vrai dire, Replace est à l'image de la lente dégradation physique dont est victime Kyra. Plus le récit avance, et plus le film semble aller dans la mauvaise direction malgré une idée, la seule, qui aurait pu tout faire basculer du bon côté si elle avait été honnêtement traîtée. Alors que l'on espérait sans doute une aventure beaucoup plus sauvage et désaxée, Norbert Keil transforme le quotidien de son héroïne en celui d'une banale tueuse en série. Et même la relation saphique (très à la mode actuellement) que la jeune femme entretient avec son amie et voisine Sophia Demeraux (l'actrice Lucie Aron) n'a absolument rien d'innovant. Pas plus qu'elle ne dérange ou accentue une atmosphère à la sensualité nauséeuse qui de toute manière est aux abonnés absents. Pire, on se fait chier ! Car à force d'intellectualiser le propos et de signer une œuvre encore plus stérile émotionnellement que l'unique long-métrage à ce jour de Brandon Cronenberg (Antiviral en 2012), le long-métrage de Norbert Keil finit fatalement par perdre son public dans des considérations qui, forcément horripileront ceux que seul l'hémoglobine attire, jusqu'à même laisser indifférents ceux qui par contre misent tout sur l'horreur psychologique.

Comme s'il réalisait subitement certaines de ses erreurs (errances?), Norbert Keil nous pond de plus, un twist absolument sidérant d'invraisemblance une demi-heure avant la fin. Non seulement improbable, mais carrément tué dans l’œuf par l'interprétation végétative de Lucie Aron, décidément jamais dans le ton, quel dommage que le film échappe au réalisateur car au départ, il parvient à créer une ambiance qui renoue parfois avec l'excellence d'un Under the Skin signé de Jonathan Glazer en 2013. Mais le trouble abandonnant sa place au profit d'un indiscutable ennui et d'une prétention inouïe, Replace n'atteint jamais son but et ne fait que survoler très superficiellement son sujet.Allez, pour finir sur une note positive, précisons que la toujours aussi superbe Barbara Crampton fait partie de l'aventure...
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