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lundi 29 juillet 2019

Trilogie de la Glaciation Émotionnelle - Le Septième Continent (Der siebente Kontinent) de Michael Haneke (1989) - ★★★★★★★★★☆



Le Septième Continent (Der siebente Kontinent) est le premier long-métrage du cinéaste autrichien Michael Haneke à être sorti sur les écrans en 1989. Lui qui consacra jusque là sa carrière au petit écran (une dizaine de téléfilms entre 1974 et 1997) posait donc cette année là, la première pierre d'une filmographie hors-normes. Déjà, tout Haneke est dans Le Septième Continent. Tous les tics de l'auteur de Funny Games, de Caché, ou du dernier Happy End sont déjà là : Cette manière si particulière de filmer son prochain. Clinique, austère, maussade, avec l'enjeu de montrer de la manière la plus réaliste possible le sort qu'il accorde à quelques familles plus ou moins aisées. Pour cette première tentative qui date maintenant de trente ans, tout le génie du cinéaste transpire déjà. Cette incroyable faculté qu'a Michael Haneke de décrire la lente implosion d'un couple, emportant avec lui dans cet inexorable (et pourtant très exactement calculé) naufrage, leur propre gamine âgée d'un peu moins d'une dizaine d'années. Œuvre en trois actes qui couvrent chacun une année (entre 1987 et 1989), Le Septième Continent semble d'abord faire référence à ce long voyage que Georg et Anna s'apprêtent à entreprendre avec ou sans leur fille (la décision, le couple la prendra après avoir assisté à une cantate sous l'initiative des parents de Georg) en Australie dont une affiche particulièrement dépaysante vante les mérites avant de prendre vie. Mais l'on comprendra vraiment l'erreur soulignée par le titre qui indique un septième continent qui à l'époque n'est encore connu de personne (Michael Haneke serait-il un visionnaire?), comme étant un voyage vers l'oubli, la destruction et la mort.

Celle programmées de Georg, Anna et Eva, donc, que ses parents ont finalement choisi d'emporter avec eux. Sans l'évoquer vraiment à grands renforts de lignes explicatives, Michael Haneke sème cependant des indices qui laissent présager le pire : alors que la vie de ses trois principaux interprètes (le film est particulièrement avare en seconds rôles) est régie par des actes répétés (repas à trois, travail, école, prières avant de s'endormir, actes sexuels, etc...), l'autrichien laisse infuser un certain malaise comme il en a déjà le secret à l'époque. Souvent, il filme ses personnages dans un cadre si étriqué qu'il en ''oublierait'' presque de leur offrir une identité visuelle. Ce choix artistique étonnant ayant sans doute une signification, on pourra ou pas y voir la volonté pour Michael Haneke de montrer le quotidien de bon nombre de familles autrichiennes. Comme un livre de collage ou serait proposé à son propriétaire de remplacer les corps sans tête des personnages par celles de son choix. Ici, le spectateur est donc invité à se soustraire aux personnages afin de prendre la place de tel ou tel autre. Que faire alors lorsque les conditions sont réunies pour que ce quotidien morose qui nous est présenté n'ait d'autre alternative que celle de mettre fin à ses jours ?

Pour ce premier volet de la ''Trilogie de la Glaciation Émotionnelle'', Michael Haneke signe l'une de ses œuvres les plus fortes et les plus fondamentalement évocatrices. Chaque acte servant à décrire les différents processus menant au suicide. Si lors du premier acte Michael Haneke nous convie à découvrir la vie plus qu'austère de cette petite famille, le second met en place tout un dispositif pour préparer Georg, Anna et Eva à quitter leur existence pour ce septième continent évocateur. Le troisième, forcément le plus dramatique de tous, démontre cet acharnement des trois membres de la famille (la pauvre petite Eva étant mise à contribution) à détruire tout ce qu'ils possèdent : photos, meubles, vêtements, chaque objet, chaque pièce est méticuleusement réduit en poussière. Une action méthodique aux répercussions que l'on devine dramatique sur leurs proches mais que le cinéaste se gardera de nous montrer. Sans pouvoir agir sur le sort qu'accorde le cinéaste à ses personnages, le spectateur est le témoin troublé d'une affliction qui n'a d'explication que dans les images et non dans des dialogues qui se veulent parfois volontairement stériles. Bouleversant, Le Septième Continent est d''une efficacité redoutable mais laissera sans doute certains spectateurs aux portes de l'incompréhension. Dès son premier long-métrage, Michael Haneke imprime ce qui sera sa marque de fabrique et signe d'ors et déjà l'un de ses plus grands film. Quant à Dieter Berner, Birgit Doll et Leni Tanzer, ils incarnent à merveille les membres de cette famille autodestructrice. Un film choc !

dimanche 28 juillet 2019

Happy End de Michael Haneke (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Ceux qui voudraient se lancer pour la première fois dans l'univers froid, tortueux et austère du cinéaste autrichien Michael Haneke risquent d'être désabusés, du moins, déboussolés devant cet exercice de style dont le but premier ne semble pas tant de vouloir divertir son auditoire que de décrire la lente implosion du cercle familial à travers cette impossibilité de communiquer entre membres d'une même famille et l'individualisation contrainte et forcée de chacun motivée par l'utilisation des technologies les plus récentes. Ça n'est donc pas un hasard si le cinéaste ouvre les hostilités en observant une femme filmée à l'aide d'un téléphone mobile et agissant visiblement sur ordre de celui qui la filme. Rien que cette mise en forme annonciatrice de l'approche future de ce Happy End indéniablement ascétique et dénué de toute notion de divertissement, est en soit une idée absolument fabuleuse si Michael Haneke avait pour autant pris la décision de la pratiquer durant les cent minutes qui suivirent. Sauf que pour le confort du spectateur, ou plus simplement pour aborder son film sous un angle visuellement moins étriqué, l'image passe de ce cadre étroit à un format plus conventionnel. Ce qui ne sera pas le cas du récit qui de son ampleur dramatique formellement sinistre, ressemblerait presque à du cinéma d'auteur façon ''pièce de théâtre'' expérimentale.

Du moins est-ce la vision que pourrait avoir le néophyte puisque l'amateur qui découvrit il y a longtemps Michael Haneke notamment à travers sa trilogie de la ''Glaciation Émotionnelle'' ou ses quelques fulgurants et traumatisants longs-métrages que sont, par exemple, le Funny Games de 1997, La Pianiste ou Caché, risque lui, de vivre cette nouvelle expérience du domaine du cercle familial bourgeois se détruisant de l'intérieur, sans doute pas sans éprouver le moindre inconfort, mais au moins, dans un bien-être relatif. Si le récit paraît parfois insignifiant et sans âme, c'est dans le détail que percevra le spectateur chanceux ces éclairs de génie où réside tout l'intérêt du dernier long-métrage du cinéaste autrichien. Filmés de près, de loin, avec ou sans le soucis de rendre perceptibles les dialogues, Michael Haneke filme tour à tour les membres d'une famille aisée qui ne semble avoir de parfaite que l'apparence. À titre d'exemple, Michael Haneke insiste parfois sur la position prise par les domestiques d'origine maghrébine travaillant au service de la famille Laurent. Manière de courber l'échine, de demeurer immobile dans l'attente des ordres attendus de la mère de famille incarnée par Isabelle Huppert... difficile de ne pas se sentir coupable devant ce couple incarné par Nabiha Akkari et Hassan Ghancy, victimes de l'indifférence d'un patriarche incarné par un Jean-Louis Trintignant amaigri et que l'on sait atteint d'un cancer. Pour autant faut-il s'émouvoir devant ce personnage peu enclin à la sympathie qu'incarne cet immense acteur ? Devant lequel on s'abaisse à arborer le visage de l'hypocrisie ? Qui dessine le portrait d'un vieil homme se sachant malade et se croyant investi du droit de mépriser les gens qu'il juge médiocres ou inférieurs ?

Et que penser de l'acteur et danseur allemand Franz Rogowski qui incarne le fils Pierre, frondeur et opposé à la hiérarchisation des classes ? Michael Haneke n'est décidément pas prêt à déposer les armes et chaque personnage est une bombe en puissance que le cinéaste ne tente même pas de désamorcer. De plus, et même si cela n'est pas forcément visible, l'autrichien fait preuve d'un cynisme effroyable jusque dans le titre même de son dernier long-métrage. À moins qu'il ne faille voir dans cette conclusion en forme de cure euthanasique, sa manière à lui de régler les problèmes intestinaux qui minent de l'intérieur sa famille de bourgeois ? Pour son dernier long-métrage, Michael Haneke signe un nouvel uppercut qui ravira les fans et laissera sans doute encore circonspects les détracteurs de son style si particulier. À voir, absolument...

mercredi 20 février 2019

Das weiße Band, Eine deutsche Kindergeschichte (Le Ruban Blanc) de Michael Haneke (2009) - ★★★★★★★★★☆



Abordé trois fois en 2016 (Benny's Video, La Pianiste, Caché) et une seule fois l'année dernière (Wolfzeit), l'autrichien Michael Haneke mériterait pourtant bien plus de rigueur de ma part. De rigueur et de régularité dans la critique d'une œuvre dont l'auteur n'a jamais cessé de manipuler l'image, et ainsi donc le spectateur. Comment oublier l'une des plus incroyables séquences de son traumatisant Funny Games lors duquel le cinéaste prenait parti pour ses agresseurs au détriment de leurs victimes et des spectateurs ? Ou comment soulager ces derniers, en apnée depuis de trop longues minutes, pour ensuite leur enfoncer une fois encore, la tête sous l'eau. C'est avec hésitation que j'ai choisi aujourd'hui d'évoquer Le Ruban Blanc alors que bien d'autres avant lui dans la filmographie de Michael Haneke méritaient de passer en priorité. Mais comme aucune chronologie ne prévaut en ces pages, j'ai décidé de sauter plusieurs lignes pour me rendre directement jusqu'à l 'antépénultième long-métrage de l'un des auteurs les plus essentiels et les plus addictifs du septième art. Il y a, Outre-Atlantique, des cinéastes de la trempe de David Lynch. Chez nous, il s'agirait plutôt de citer Gaspar Noé. Mais un peu plus vers l'est, au nord de la Croatie et à l'ouest de la Hongrie, un pays, l'Autriche, et une ville, Wiener Neustadt, ont vu grandir l'un de ces génies du septième art dont l’œuvre génère spontanément des passions.
Le cinéma de Michael Haneke vous surprend, vous saisit comme les premières gelées matinales de l'hiver. Inattendues. Glaciales. Si d'une manière générale, l’œuvre de l'autrichien peut être souvent considérée comme l'anti-thèse du cinéma romantique, l'émotion n'y est pourtant pas tout à fait absente. On pourrait même affirmer que derrière l'extrême noirceur des univers qu'il développe de manière rigoureuse, Michael Haneke est en perpétuelle recherche d'émotion. Une quête qui débouche généralement sur des réactions controversées.

On pourrait donc supposer qu'avec le primé Le Ruban Blanc, Michael Haneke a choisit de se racheter une conduite... Et pourtant, en réalité, l'autrichien ne fait que perpétuer l’œuvre qu'il a entamé des décennies en arrière. Filmé dans un superbe noir et blanc, si Michael Haneke nie toute ressemblance avec le fascisme qui allait éclore avec la première guerre mondiale à venir (le film se déroule à son approche), Le Ruban Blanc ressemblerait-il davantage volontiers à une métaphore tournant autour de l'Eglise et des abus dont certains de ses membres se rendent ponctuellement responsables ? Dans un petit village du nord de l'Allemagne vivent en harmonie, nombre de paysans, un baron, son épouse et leurs trois enfants, un médecin et son amante, une sage-femme, ainsi qu'un régisseur, un pasteur et sa famille, et pour conclure, un instituteur. Celui-là même qui revient sur de curieux événements survenus alors que la première guerre mondiale est en approche.

Lorsque le médecin est la première victime d'une série d'accidents étranges, l'équilibre du village s'en trouve bouleversé. Les humeurs changent. La corrosion des sentiments se fait de plus en plus ressentir au cœur même des familles. Mais qui donc s'est amusé à mettre en scène l'accident de cheval du Docteur ? Qui va, plus tard, mettre le feu à la grange ? Et enfin, qui va oser s'en prendre au fils handicapé mental de la sage-femme ? Consciencieusement, Michael Haneke développe une intrigue au dénouement dévastateur. Avec Le Ruban Blanc (symbole d'innocence et de pureté), le cinéaste autrichien évoque SA version d'un Village des Damnés débarrassé de tout élément fantastique mais baigné d'une ferveur chrétienne embarrassante. A ce titre, l'acteur allemand Burghart Klaubner incarne à merveille ce pasteur-gourou effrayant. Sermonnant. Punissant ses propres enfants rendus à l'état de martyrs. Toutes les couches de la société sont ainsi touchées par ce mal silencieux qui détruit la cohésion entre les membres d'une même famille ainsi qu'entre les habitants du village. L’œuvre de Wolf Rilla ne semble pas être l'unique source de ressemblance avec le film de Michael Haneke puisque semblent imprégner le long-métrage de l'autrichien, des œuvres aussi diverses que Le Village de M. Night Shyamalan, à travers ce cloisonnement et le mystère qui entoure les événements étranges qui dérangent la quiétude de ce petit village allemand vivant reclus et en marge de toute civilisation.

Si Le Ruban Blanc est visuellement superbe, on retiendra surtout le choc d'une mise en scène et d'un scénario écrit par le cinéaste lui-même ainsi que par Jean-Claude Carrière. La découverte effroyable débouchant sur la conservation d'un secret inavouable fait bien évidemment écho à nombre de problèmes rencontrés par l’Église et que ses Haut-dignitaires choisissent en général d'étouffer. Magistralement interprété, Le Ruban Blanc mérite amplement sa palme d'Or au festival de Cannes 2009, l'une des nombreuses que le film a remporté de part le monde...Glaçant !

mercredi 7 février 2018

Wolfzeit de Michael Haneke (2002)) - ★★★★★★☆☆☆☆



En exploitant un cadre de fin du monde avec son septième long-métrage, le cinéaste autrichien Michael Haneke persévère pourtant dans son aptitude à sonder l'âme humaine. Après les excellents La Pianiste et avant Caché, il plonge ses protagonistes dans un monde dévasté par un fléau dont l'origine demeure inconnue des spectateurs. C'est là qu'interviennent des interprètes aussi divers qu'Isabelle Huppert, Maurice Bénichou, Patrice Chéreau, Béatrice Dalle, Serge Riaboukine ou encore Olivier Gourmet. Plus proche d'un Malévil signé Christian de Chalonge et adapté d'un roman de Robert Merle que d'un blockbuster américain reposant presque exclusivement sur ses effets visuel, Wolfzeit (chez nous, Le Temps du Loup) n'est pas que l'adaptation d'un scénario écrit par Michael Haneke lui-même mais s'inspire en fait davantage de La Völuspá (La Prophétie de la Voyante),un poème de la mythologie nordique dont l'auteur demeure inconnu.
Le spectateur aura beau chercher dès le générique d'ouverture le nom d'un quelconque compositeur, le film est à ce titre, d'une sécheresse exemplaire puisque Wolfzeit ne contient pas la moindre source musicale. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l’œuvre de l'autrichien n'a pas reçu l'accueil escompté. Pour celle-ci, mais également pour l'économie de moyens en terme d'action, le long-métrage reposant exclusivement sur l'interprétation.

Tourné sous la forme d'un huis-clos, il connecte dans un monde où l'homme bataille en permanence pour sa survie, des individus de toutes espèces réunis dans une gare de campagne dans l'attente d'un train qui ne viendra peut-être jamais. C'est là qu'ils sont rejoints par Anne et ses deux enfants après que l'époux de la jeune femme ait été tué alors que la famille tentait de rejoindre leur refuge situé en pleine campagne. A ce titre, l'ouverture de Wolfzeit reflète une certaine vision post-apocalyptique de l'un des plus traumatisants long-métrages de l'autrichien, Funny Games sorti six ans plus tôt en 1997. Où la vision toute personnelle de Michael Haneke d'un genre devenu à la mode depuis quelques années, le Home-invasion. De l'état d'urgence de sauver sa propre existence ainsi que celle de ses deux enfants, Anne parcourt en leur compagnie une campagne française que l'on situera à la périphérie de la capitale, jusqu'à trouver un refuge dominé par un Olivier Gourmet incarnant Koslowski, sorte de “général“ décidant arme au poing de la façon d'organiser la survie d'une “communauté“ sans cesse grandissante.

L’austérité dominant le projet comme cela est souvent le cas chez Michael Haneke, Wolfzeit souffre peut-être d'un rythme un peu faible en comparaison de ses travaux passés et à venir. L'oeuvre n'étant pas à la réjouissance d'un spectacle visuellement chargé en terme d'effets-spéciaux (à tel point que le cinéaste fait l'économie de maquillages en tuant un cheval pour de vrai), son œuvre est d'un point de vue divertissement, plutôt hermétique. Afin de signifier un univers chaotique, pessimiste et post-apocalyptique sans pour autant faire appel aux décors d'une cité intégralement détruite par un fléau, le cinéaste tourne son film dans les municipalités de Frankenau-Unterpullendorf et de Ebenfurth en Autriche. Choisissant la campagne plutôt que la ville, le cinéaste plonge une très grande partie du long-métrage dans une nuit profonde, sans étoiles et sans Lune, éclairée par quelques rares feux de camp lorsque ses interprètes ne sont pas simplement plongés dans une obscurité presque totale. Même la journée est parfois voilée. Une brume épaisse enveloppe le cadre, noyant tout ce qui autour du champ d'action des interprètes pourrait nous rappeler un quelconque signe d'une civilisation passée.
Si le casting demeure solide malgré les réserves émises plus tard par Michael Haneke sur certains de ses choix, aucun interprète ne se trouve réellement hissé au premier plan. Au regard de l'oeuvre toute entière de l'autrichien, Wolfzeit se révèle en effet parmi ses films les moins forts. Il n'en demeure pas moins une expérience de cinéma post-apocalyptique franco-germano-autrichien intéressante. Pour amateurs avertis...

vendredi 1 juillet 2016

Caché de Michael Haneke (2005)


Le journaliste littéraire Georges Laurent et son épouse Anne reçoivent depuis quelques temps de curieuses cassettes vidéos montrant leur maison filmée de l'extérieur. Il reçoivent également chez eux et sur le lieux de leur travail des feuilles de papier sur lesquelles ont été dessinées des scènes sanguinolentes. Leur fils Pierrot lui-même a reçu l'un de ces dessins.
Inquiets pour leur fils et pour eux-même, Georges et Anne se rendent au commissariat mais n'ayant rien vécu de véritablement dangereux, la police leur signifie qu'elle ne peut rien pour eux.

Un jour ils tombent sur une vidéo filmée à bord d'une voiture et menant jusqu'à un appartement dans une cité HLM. Rembobinant la cassette jusqu'à découvrir un panneau sur la bande, Anne et Georges effectuent des recherches afin de trouver le lieu où a été tourné cette vidéo.

Une fois l'information découverte, Georges se rend lui-même à l'adresse et monte jusqu'à l'étage où se situe l'appartement. Il sonne, puis frappe à la porte et est accueilli par un homme d'origine maghrébine qui semble le connaître. Georges, lui, ignore qui est cet homme. Persuadé d'être confronté à celui qui les harcèle lui et sa famille, Georges le menace de représailles si jamais celui-ci continue à jouer avec les nerfs du journaliste. L'homme lui affirme qu'il est étranger à tout cela, ce qui n'empêche pas Georges d'être convaincu du contraire.

Le journaliste, de retour chez eux, ment à Anne et lui fait croire que s'il s'est bien rendu à l'appartement, celui-ci est abandonné et qu'il a trouvé porte close. Dès le lendemain, une autre cassette arrive au foyer des Laurent.

On y voit Georges, de dos, menacer l'homme qu'il a croisé la veille dans l'appartement du HLM...

Michael Haneke est un cas. Ses œuvres possèdent une indéniable capacité à faire froid dans le dos bien que le cinéaste ait l'habitude d'agir avec une certaine économie de moyens. Caché est une œuvre sournoise, qui derrière des atours trompeurs dissimule un scénario particulièrement intelligent . Car à travers ce thriller, qui aménage une certaine tentation pour la curiosité, il explore certains aspects de l'âme humaine parmi les moins avouables comme celui qui donne tout son sens au titre : le mensonge !

Car il ne s'agit pas que des mensonges faits à Anne (Juliette Binoche), résultant d'une indéniable lâcheté (plus sans doute que d'une honte camouflée) de la part de Georges (Danie Auteuil), mais de ceux que l'on préfère déguiser derrière le masque de l'oubli.

Sauf que Michael Haneke a, lui, décidé de nous montrer combien l'ignominie n'a pas d'âge et combien la rancœur peut être tenace. Beaucoup de plans fixes qui accentuent finalement assez bien cette sensation de malaise relative au voyeurisme dont sont victimes les personnages et dont nous sommes les premiers spectateurs.
Michael haneke semble ici débarquer avec un propos minimaliste et des ambitions revues à la baisse et pourtant, ce qui fait la magie de ses œuvres antérieures est ici, une fois de plus, mise en valeur par sa sincérité et sa modestie. 
 

Caché est un vrai grand film d'auteur, et Michael Haneke un cinéaste de génie. Mentions spéciales pour Maurice Bénichou et pour la grande Annie Girardot.

jeudi 7 avril 2016

La Pianiste de Michael Haneke (2001)




Erika Kohut a le visage douloureux. Les hommes qui ont émaillé son existence semblent avoir été rares.et quand à sa sexualité, elle la trouve dans les divers peep-shows et cinémas pornos qu'elle fréquente et dans lesquels elle semble trouver un exutoire à ses penchants morbides. Car en effet, derrière le verni d'une honnête carrière de professeur de piano au conservatoire de Vienne, elle cultive un goût immodéré pour les rapports masochistes, s'infligeant des sévices corporels par plaisir lorsqu'elle s'enferme dans la salle de bain de l'appartement qu'elle partage avec sa mère vieillissante. Un jour, alors qu'elle donne un concert privé à un public restreint dans un appartement bourgeois, elle fait la connaissance de Walter qui semble en très peu de temps obnubilé par la jeune femme et qui dès lors va lui vouer une adoration totale allant jusqu'à participer à un examen de passage qui lui permettra d'avoir le privilège de suivre ses cours privés de piano. Un prétexte qui lui servira en réalité à se rapprocher d'elle et pouvoir lui avouer en toute discrétion ses sentiments. Enjoué et d'une politesse extrême, Walter use de nombreux subterfuges pour parvenir à ses fins et malgré ses efforts il ne trouve en face de lui que le visage froid et inexpressif d'Erika. 
 
Un jour pourtant, et à force de volonté, Walter entrevoit l'espoir d'atteindre le coeur d'Erika lorsque d'une voix pourtant froide et monocorde celle-ci lui promet de faire tout ce qu'il voudra à condition qu'il lise d'abord la lettre qu'elle vient de lui écrire. C'est enfermé dans la chambre de cette dernière que Walter ouvre l'enveloppe et lit son contenu. Choqué, il la lit alors à voix haute et devant celle qu'il aime la lettre qui révèle son penchant pour le masochisme et son désir de le voir la frapper. D'abord déconcerté, il sourit, avant de se lever et de quitter l'appartement écœuré.
Plus tard, pourtant, il reviendra frapper à la porte d'Erika. Visiblement saoul et psychologiquement perturbé, il se montrera très violent envers elle...

Ce sujet particulièrement sulfureux est un cadeau merveilleux offert à Isabelle Huppert par Michael Haneke. Il lui permet de donner lieu à l'une de ses plus incroyables performances d'actrice. Elle arrive à travers son seul visage à faire passer de nombreuses émotions. Émotions qui ne se cantonnent pas uniquement au regard froid qu'elle offre à l'objectif de la caméra durant une bonne moitié du long métrage, mais qui livrent à travers de fugitifs changements d'humeur, un sourire, des larmes, tous livrés dans la douleur. Car le talent d'Isabelle Huppert est de nous faire accepter ce personnage particulièrement antipathique pour être, plus loin, touchant et émouvant. Dans un premier temps on préférera sans doute fuir cette femme aux penchants déviants et au masque froid, habité par une torpeur tout à fait glaçante. La voir se libérer dans un semblant d'épanouissement est tout à fait émouvant. Benoit Magimel quand à lui est formidable dans son rôle de jeune homme amoureux de son professeur de musique. Il allie la spontanéité de sa jeunesse à la folie de cet amour auquel il ne résiste pas. Il ne faut surtout pas oublier l'immense Annie Girardot qui nous offre ici l'un de ses derniers rôles.

Le talent de Michael Haneke est de nous emporter là où on ne l'attend pas forcément. Alors qu'Erika semble retrouver un semblant d'humanité, c'est à ce moment très précis que Walter s'effondre, rendu presque fou par ce jeu morbide vers lequel il se laisse glisser afin de contenter celle qu'il aime. La musique quand à elle, composée de titres classique signés Schubert, Rachmaninov ou encore Chopin participent à l'imprégnation du spectateur pour ce sujet fort qui demeure longtemps dans la conscience du spectateur.


Il y a des films qui laissent un goût amer, un goût d'inachevé. Le film d'Haneke laisse une forte impression de solitude, de tristesse et d'incompréhension. A l'image de la dernière scène lors de laquelle Isabelle Huppert se retrouve seule. Un femme que l'on aimerait accompagner dans cet absolu abandon ressenti lorsque le générique de fin prends possession de l'image.
Le film se révèle être une œuvre puissante. Tour à tour pessimiste et optimiste avant d'être irrémédiablement fataliste. Michael Haneke n'aime pas les belles fins. Il préfère la vérité crue à la romance cliché. Un grand film. Un grand cinéaste. D'immenses interprètes...

mardi 8 mars 2016

Trilogie de la Glaciation Émotionnelle - Benny's Vidéo de Michael Haneke (1992)




Benny est féru de vidéos. Actualités, enregistrements de caméras de surveillance, location de films au vidéoclub du coin... Sa chambre, perpétuellement plongée dans le noir n'est, la majeure partie du temps, éclairée que par les images qui tournent en boucle sur fond de musique hard rock. Un arsenal impressionnant compose l'univers de Benny. Caméras, poste de télévision, magnétoscope, cassettes envahissent le lieu dans lequel il passe le plus clair de son temps. Mais l'objet le plus curieux qui traîne dans le tiroir du meuble de sa chambre est un pistolet volé dans une ferme et qui a servi à l'abattage d'un cochon auquel on assiste dans une vidéo réalisée par Benny lui-même et qui tourne régulièrement sur son poste de télévision. Une arme mortelle dont fera les frais une jeune fille rencontrée devant la vitrine du vidéoclub dans lequel Benny se réapprovisionne. Enfermés tous les deux dans la chambre du jeune homme, ce dernier joue avec l'arme jusqu'à ce que le coup parte (accidentellement?), jetant la fille au sol. Encore vivante, celle-ci gémit et cri même, se traînant sur le sol folle de douleur.
Benny la supplie vainement de se taire mais rien n'y fait. Alors ne s'offre à lui qu'une seule et unique solution. Il recharge le pistolet d'abattage une première fois, tire à nouveau sur la jeune fille, puis le recharge encore et fait feu une dernière fois avant que le silence n'emplisse la pièce...
Alors que le corps repose inanimé dans sa chambre, Benny vaque à ses occupations, sans avoir conscience des conséquences de ses actes.

Les rapports qu'il entretient avec son père sont conflictuels. Avec sa mère aussi les rapports sont difficiles. Il faut dire que les deux parents de Benny sont rarement à la maison et rentrent très tard le soir.
Benny est renvoyé d'un cours le jour où il frappe son meilleur ami dont il avait emprunté un exercice d'informatique qu'il nie avoir eu en sa possession. Il se rend alors dans un salon de coiffure où il demande à avoir le crâne entièrement rasé...

Benny's Vidéo est le dernier volet de la trilogie de la Glaciation Émotionnelle, féroce critique de la société bourgeoise. On reconnaît bien la touche personnelle du cinéaste et ce dès les premières images. Attentiste, son film déroule le fil de son intrigue de manière lancinante. Austère et monotone (plans fixes et quasi absence de bande-son), la mise en scène est glaçante. Le travail sur les teintes qui prédominent est d'ailleurs intéressant et donne l'impression que les personnages vivent dans un univers perpétuellement plongé dans l'obscurité. Les rideaux noirs et fermés de la chambre de Benny sont d'ailleurs à l'image du personnage. Coupé du monde extérieur il n'a très souvent de lui que l'idée qu'il s'en fait au travers des informations télévisées. De quoi devenir fou lorsque l'on ne nourrit son esprit que d'images violentes à longueur de journée. Plus tard, assister à nouveau au meurtre filmé par la caméra de Benny en compagnie de ses parents est un moment terrible auquel on aurait aimé échapper. Regarder à travers ce qu'a filmé l'œil de la caméra nous met dans la position du voyeur et finit par mettre mal à l'aise. Beaucoup plus loin encore lorsque Benny rentre de voyage d'avec sa mère en Égypte, il semble lavé du mal qui l'a poussé au meurtre et l'image de sa chambre pour la première fois baignée de lumière semble être la représentation de cette nouvelle existence qui s'ouvre à lui. 
 
Il faut adhérer au style très particulier de Michael Haneke (Le septième Continent, Funny Games, La Pianiste, etc...) parfois avant-gardiste et austère. Mais c'est certainement cette particularité qui donne toute sa force à son cinéma. Il a sans doute inspiré toute une génération de cinéastes indépendants américains. Et pas des moindres. Petit bémol cependant concernant Benny's Vidéo. La scène durant laquelle les parents sont assis autour d'une table afin de parler de la situation de leur fils aurait selon moi méritée d'être tournée en plan-séquence pour plus de force.
Néanmoins, le film se révèle être une œuvre puissante. Tour à tour pessimiste et optimiste avant d'être irrémédiablement fataliste. Michael Haneke n'aime pas les belles fins. Il préfère la vérité crue à la romance cliché. Un grand film, Un grand cinéaste...
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