Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


mercredi 20 février 2019

Das weiße Band, Eine deutsche Kindergeschichte (Le Ruban Blanc) de Michael Haneke (2009) - ★★★★★★★★★☆



Abordé trois fois en 2016 (Benny's Video, La Pianiste, Caché) et une seule fois l'année dernière (Wolfzeit), l'autrichien Michael Haneke mériterait pourtant bien plus de rigueur de ma part. De rigueur et de régularité dans la critique d'une œuvre dont l'auteur n'a jamais cessé de manipuler l'image, et ainsi donc le spectateur. Comment oublier l'une des plus incroyables séquences de son traumatisant Funny Games lors duquel le cinéaste prenait parti pour ses agresseurs au détriment de leurs victimes et des spectateurs ? Ou comment soulager ces derniers, en apnée depuis de trop longues minutes, pour ensuite leur enfoncer une fois encore, la tête sous l'eau. C'est avec hésitation que j'ai choisi aujourd'hui d'évoquer Le Ruban Blanc alors que bien d'autres avant lui dans la filmographie de Michael Haneke méritaient de passer en priorité. Mais comme aucune chronologie ne prévaut en ces pages, j'ai décidé de sauter plusieurs lignes pour me rendre directement jusqu'à l 'antépénultième long-métrage de l'un des auteurs les plus essentiels et les plus addictifs du septième art. Il y a, Outre-Atlantique, des cinéastes de la trempe de David Lynch. Chez nous, il s'agirait plutôt de citer Gaspar Noé. Mais un peu plus vers l'est, au nord de la Croatie et à l'ouest de la Hongrie, un pays, l'Autriche, et une ville, Wiener Neustadt, ont vu grandir l'un de ces génies du septième art dont l’œuvre génère spontanément des passions.
Le cinéma de Michael Haneke vous surprend, vous saisit comme les premières gelées matinales de l'hiver. Inattendues. Glaciales. Si d'une manière générale, l’œuvre de l'autrichien peut être souvent considérée comme l'anti-thèse du cinéma romantique, l'émotion n'y est pourtant pas tout à fait absente. On pourrait même affirmer que derrière l'extrême noirceur des univers qu'il développe de manière rigoureuse, Michael Haneke est en perpétuelle recherche d'émotion. Une quête qui débouche généralement sur des réactions controversées.

On pourrait donc supposer qu'avec le primé Le Ruban Blanc, Michael Haneke a choisit de se racheter une conduite... Et pourtant, en réalité, l'autrichien ne fait que perpétuer l’œuvre qu'il a entamé des décennies en arrière. Filmé dans un superbe noir et blanc, si Michael Haneke nie toute ressemblance avec le fascisme qui allait éclore avec la première guerre mondiale à venir (le film se déroule à son approche), Le Ruban Blanc ressemblerait-il davantage volontiers à une métaphore tournant autour de l'Eglise et des abus dont certains de ses membres se rendent ponctuellement responsables ? Dans un petit village du nord de l'Allemagne vivent en harmonie, nombre de paysans, un baron, son épouse et leurs trois enfants, un médecin et son amante, une sage-femme, ainsi qu'un régisseur, un pasteur et sa famille, et pour conclure, un instituteur. Celui-là même qui revient sur de curieux événements survenus alors que la première guerre mondiale est en approche.

Lorsque le médecin est la première victime d'une série d'accidents étranges, l'équilibre du village s'en trouve bouleversé. Les humeurs changent. La corrosion des sentiments se fait de plus en plus ressentir au cœur même des familles. Mais qui donc s'est amusé à mettre en scène l'accident de cheval du Docteur ? Qui va, plus tard, mettre le feu à la grange ? Et enfin, qui va oser s'en prendre au fils handicapé mental de la sage-femme ? Consciencieusement, Michael Haneke développe une intrigue au dénouement dévastateur. Avec Le Ruban Blanc (symbole d'innocence et de pureté), le cinéaste autrichien évoque SA version d'un Village des Damnés débarrassé de tout élément fantastique mais baigné d'une ferveur chrétienne embarrassante. A ce titre, l'acteur allemand Burghart Klaubner incarne à merveille ce pasteur-gourou effrayant. Sermonnant. Punissant ses propres enfants rendus à l'état de martyrs. Toutes les couches de la société sont ainsi touchées par ce mal silencieux qui détruit la cohésion entre les membres d'une même famille ainsi qu'entre les habitants du village. L’œuvre de Wolf Rilla ne semble pas être l'unique source de ressemblance avec le film de Michael Haneke puisque semblent imprégner le long-métrage de l'autrichien, des œuvres aussi diverses que Le Village de M. Night Shyamalan, à travers ce cloisonnement et le mystère qui entoure les événements étranges qui dérangent la quiétude de ce petit village allemand vivant reclus et en marge de toute civilisation.

Si Le Ruban Blanc est visuellement superbe, on retiendra surtout le choc d'une mise en scène et d'un scénario écrit par le cinéaste lui-même ainsi que par Jean-Claude Carrière. La découverte effroyable débouchant sur la conservation d'un secret inavouable fait bien évidemment écho à nombre de problèmes rencontrés par l’Église et que ses Haut-dignitaires choisissent en général d'étouffer. Magistralement interprété, Le Ruban Blanc mérite amplement sa palme d'Or au festival de Cannes 2009, l'une des nombreuses que le film a remporté de part le monde...Glaçant !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...