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dimanche 5 juillet 2026

Se7en de David Fincher (1995) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il y eut une époque où tout ce que touchait David Fincher ou presque se transformait en or. ALIEN³ en 1992, Se7en en 1995, Fight Club en 1999 ou encore Zodiac en 2007... Alors qu'est attendu pour cette fin d'année 2026 son dernier long-métrage The Adventures of Cliff Booth, écrit par Quentin Tarantino et dont la diffusion est prévue sur Netflix pour novembre aux États-Unis et un mois plus tard pour le reste du monde, retour sur le véritable phénomène que représenta Se7en à l'époque de sa sortie. Digne successeur du glaçant Manhunter que réalisa une décennie auparavant Michael Mann, le second long-métrage de David Fincher est à l'exacte croisée des chemins entre son premier film, ALIEN³, dont il su redéfinir les codes esthétiques et narratifs pour proposer une œuvre moite, étouffante, dans un milieu carcéral à l'échelle d'une planète toute entière et les thrillers les plus sombres. Un long-métrage au mieux inconfortable pour les uns et au pire, carrément ennuyeux pour les autres... Fort heureusement, armé d'un scénario en béton signé d'Andrew Kevin Walker qui juste avant signa celui de Souvenirs de l'au-delà de Brett Leonard avant d'écrire ceux de The Game et Fight Club de David Fincher, de 8 millimètres de Joel Schumacher, de Sleepy Hollow : La Légende du cavalier sans tête de Tim Burton ou encore celui de Wolfman de Joe Johnston, le réalisateur américain allait signer en cette année 1995 l'un des thrillers les plus sombres et efficaces de l'histoire du cinéma. Également accompagné d'une équipe technique hors pair parmi laquelle l'on trouve le compositeur attitré de l'immense David Cronenberg, Howard Shore, ou le directeur de la photographie franco-iranien Darius Khondji, tout commence avec le générique de Kyle Cooper. D'une conception qui laissera sur le cul tout ceux qui le découvrirent pour la première fois, inspirant par la suite d'autres auteurs, celui-ci se fond à la perfection au thème du récit. Une parabole construite autour du principe des sept péchés capitaux. Révélant la nature humaine profondément atteinte par la foi du tueur qui pour chacun de ses meurtres va mettre en scène la victime et cacher sur le lieu du crime des indices permettant aux inspecteurs William Somerset et David Mills de poursuivre leur enquête tout en découvrant peu à peu les intentions de celui qui se fait appeler John Doe. Héritier direct de Manhunter, donc, mais aussi d'Angel Heart d'Alan Parker ou du très déstabilisant Spoorloos (L'Homme qui voulait savoir) de George Sluizer, Se7en aura lui aussi fait des petits de par le monde, comme en Espagne avec Marshland d'Alberto Rodriguez, en Belgique avec De Behandeling de Hans Herbots, en Corée du sud avec Memories of Murder de Bong Joon-ho et au Canada avec l'amusant Resurrection de Russell Mulcahy. Sans doute pas le plus réussi de tous mais en tout cas celui qui en reprend les codes jusqu'à devenir le miroir nanardesque du film signé de David Fincher quatre ans auparavant !


Dans les rôles principaux de Se7en l'on retrouve Brad Pitt et Morgan Freeman. Le premier incarne l'inspecteur David Mills. Jeune flic fougueux et impulsif, marié à Tracy qu'incarne Gwyneth Paltrow, il accompagne pour sa dernière mission l'inspecteur William Somerset qu'interprète donc de son côté Morgan Freeman. Un flic très proche de la retraite, beaucoup plus tempéré et avançant avec sagesse... De ce duo apparemment antinomique, David Fincher accouche d'un buddymovie qui n'a rien de comparable avec les comédies américaines qui ont pour habitude de lier deux tempéraments aux antipodes l'un de l'autre. Ici, le contexte est morbide, délétère, glaçant et étouffant. Le cinéaste met en scène des meurtres rituels abominables. Entrecoupés de séquences plus ''classiques'' qui permettent d'introduire le spectateur dans l'intimité de ses personnages et ainsi de les rendre attachants. L'invitation de l'inspecteur William Somerset chez le couple Mills étant d'ailleurs à ce sujet, très significative. Il n'est plus seulement question pour Tracy d'unifier la relation professionnelle entre son mari et son collègue mais bien de faire de ce duo incompatible l'équipe idéale chargée de mettre la main sur celui qui fait trembler toute la ville. Séquence qui permettra en outre d'éveiller la morale et les émotions du spectateur lorsque surviendra la séquence finale alors même que la présence de la jeune femme se réduira à quelques courtes scènes seulement. Curieusement, David Fincher élude la présence des médias, préférant donc se concentrer presque exclusivement sur l'enquête de ses deux inspecteurs. Le cinéaste signe ainsi un grand film. Qui non content d'être d'un pessimisme extrême est aussi et surtout d'une construction absolument diabolique. Visuellement superbe bien que s'inscrivant dans un univers désespérément sombre, Se7en est surtout interprété par un quatuor d'interprètes remarquables. Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Brad Pitt et... un quatrième acteur dont l'identité fut tenue secrète jusqu'à la sortie du film en salle. Et même jusqu'à son apparition à l'écran puisque son nom n'apparaissait pas lors du générique d'ouverture. D'ailleurs, je tairai son identité au cas où certains n'auraient toujours pas découvert ce très grand thriller du cinéma américain... Bref, du très grand cinéma...

 

mardi 2 juin 2026

Linnea Quigley's Horror Workout de Kenneth J. Hall (1990)

 


 

Je me souviens très bien de ces fiévreuses nuits lors desquelles je n'arrivais plus à dormir, totalement obsédé par le popotin de la Scream Queen Linnea Quigley. Fantasme de jeunesse, d'adolescence, qui prit le relais de Marilyn Jess dès 1985 lorsque je la découvrais pour la toute première fois en salle dans The Return of the Living Dead (Le retour des morts-vivants) de Dan O'Bannon, classique absolu et instantané du cinéma d'horreur. J'y allais éponger mes maigres économies sept jours d'affilées. Non pas seulement parce que l'actrice s'y dévêtait pour danser à poil sur une pierre tombale avec en fond sonore le Tonight de SSQ mais bien parce que le film est un savant et parfait mélange entre épouvante, gore et comédie. Rien à voir avec les différentes séquelles et surtout pas avec le très mauvais second opus réalisé trois ans plus tard par Ken Wiederhorn. Depuis l'existence des DVDs, c'est au moins trois ou quatre fois par an que je me replonge dans les méandres de ce tout petit bout d'Amérique coincé entre l'entrepôt de fournitures médicales d'Uneeda, la morgue d'Ernie Kaltenbrunner et son cimetière. Un film AVEC des punks mais SANS chiens et surtout, donc, Linnea Quigley, beauté juvénile au corps parfait dont le personnage de Trash fantasmait, selon ses propres mots de se faire dévorer par ''une bande de vieux mecs'' ! Notons qu'est toujours prévu Trash's Revenge: Return of The Living Dead Universe de Richard Driscoll, une ''suite'' tardive dans laquelle nous devrions, espérons-le, retrouver Linnea même si, forcément, l'ancienne ''Hurleuse'' du cinéma d'horreur américain a bien changée... Ancienne star du cinéma z, cette blonde craquante et très sexy interpréta des rôles dans des œuvres aux titres souvent improbables à l'image de Crepozoids et Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama de DavidDeCocteau en 1987 et 1988 ou de Hollywood Chainsaw Hookers ou Scream Queen Hot Tub Party de Fred Olen Ray en 1988 et 1911... En 1990 sort un curieux projet signé du réalisateur, scénariste, producteur et concepteur d'effets-spéciaux américain Kenneth J. Hall. Après avoir tourné Evil Spawn en 1987 et Ghost Writer deux ans plus tard, le bonhomme se lance dans la réalisation d'un court film d'une heure environ entièrement consacré à Linnea Quigley. Autant dire que la testostérone risque de foutre un bazar monstre dans tout organisme propre à apprécier la plastique et la blondeur de la délicieuse Linnea ! D'autant plus que les festivités démarrent ici par une séance de deux minutes environs et lors desquelles notre vedette se lave le corps à l'aide d'un savon, la caméra de Kenneth J. Hall n'en perdant évidemment pas une miette...



Ensuite, pour nous rappeler aux bons souvenirs d'une carrière riche de très nombreuses (et savoureuses) séries z, Linnea évoque certaines de ses œuvres, parmi lesquelles celles citées plus haut. Quelques mises en bouche jouissives qui montraient déjà la forte implication de l'actrice, combattant alors contre des rats géants et même des démons, un peu à la manière des personnages du diptyque Dèmoni (Démon 1 & 2) réalisé par l'italien Lamberto Bava en 1985 et 1986 mais en plus... ''artisanal'' dirons-nous... Ensuite, et c'est le principal défaut tout en étant d'un intérêt certain pour ceux qui voudraient reluquer l'actrice sous toutes ses coutures, plus de la moitié des scènes sont consacrées à des séances d'aérobic. En effet, installée devant sa cheminée, Linnea Quigley fait de nombreux étirements, durant près de huit minutes. Un temps interminable ! Sauf qu'ensuite, elle sort faire une séance de footing à l'extérieur. L'occasion de croiser une bande de morts-vivants qui au passage de Linnea sortent de leur tombe pour la suivre jusque chez elle. Là, au bord de sa piscine, elle explique aux zombies qu'ils devraient faire du sport pour ne pas continuer à se ''défraîchir''. Et nous voilà repartis pour neuf minutes de sport dont le seul intérêt reste toujours la présence à l'image de Linnea et les maquillages des zombies qui pour la plupart sont plutôt réussis. Cette séquence mettant en scène des morts-vivants est décevante en ce sens où l'on était loin d'imaginer que Linnea Quigley's Horror Workout prendrait une telle tournure. Ensuite, Linnea convie quatre de ses amies à une soirée pyjama. Après quelques extraits de ses films projetés dans son salon, voilà qu'une fois encore l'on a droit à une séance d'aérobic longue de huit minutes. La dernière, fort heureusement. Et pour cause : le petit groupe va être plongé dans l'obscurité avant d'être attaqué par le Gipper (?), d'abord incarné à l'écran par Cleve Hall avant que Linnea ne refasse surface et dévoile qu'elle est en réalité le tueur de ce slasher de dixième catégorie se jouant des ridicules codes du genre comme par exemple, la division au compte-goutte du groupe. Ce qu'il faut retenir de Linnea Quigley's Horror Workout ? À vrai dire, pas grand chose si ce n'est la présence de Linnea Quigley auquel le film de Kenneth J. Hall rend hommage de la première à la dernière seconde. Bref, un indispensable pour tout fan de la Scream Queen et d'une inutilité crasse pour tous les autres...

 

mercredi 6 mai 2026

The Crawlers aka Contamination.7 aka Troll 3 : Contamination de Joe D'Amato et Fabrizio Laurenti (1990)) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

Parfois honteusement titré Troll 3 : Contamination (mais qui donc de parfaitement sain d'esprit voudrait surfer sur le Troll de John Carl Buechler ou sur Troll 2 de Claudio Fragasso ?), The Crawlers de Joe D'Amato et Fabrizio Laurenti (tous deux respectivement cachés sous les pseudonymes de David Hills et Martin Newlin) sent d'emblée le nanar italien à plein nez. Comme tenterait à le prouver la société de production cinématographique fondée par Joe D'Amato en 1980, la Filmirage. Laquelle abritera dès lors nombre des productions réalisées par l'auteur d'Anthropophagus et d'Ator l'invincible ainsi que celles de plusieurs de ses compatriotes italiens, tels Umberto Lenzi, George Eastman, Claudio Fragasso ou encore Lucio Fulci. Firme à laquelle rendront d'ailleurs hommage dans notre pays David Didelot et ses collaborateurs à travers les quelque cent quatre-vingt huit pages de l'avant dernier numéro du cultissime fanzine Vidéotopsie paru en décembre 2017. L'écologie se retrouvant régulièrement au centre de diverses intrigues au cinéma, dans les années quatre-vingt, la mode était aux containers de déchets radioactifs, généralement abandonnés dans la nature. Deux ans avant que la catastrophe de Tchernobyl ne survienne au niveau du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire V. I. Lénine à Pripiat, Douglas Cheek réalise le sinistre C.H.U.D dans lequel des clochards vivant dans les égouts de New York où sont entreposés des fûts de déchets radioactifs se transforment en mutants avant de s'attaquer aux habitants de la ville. La même année, les fondateurs de la société de production et de distribution de films américaine Troma Entertainment Michael Herz et Lloyd Kaufman démarrent le projet Tromaville et lancent toute une série de longs-métrage dont les plus célèbres d'entre tous demeurent les franchises The Toxic Avenger et Class of Nuke'Em High. Dans la première, le souffre douleur d'une université tombe dans un container radioactif et sous l'effet de la radiation se transforme bientôt en super-héros difforme sauvant la veuve et l'orphelin. Dans la seconde, une usine de produits chimiques est directement implantée en plein cœur de Tromaville, au grand dam des étudiants de l'université et des habitants de la cité. Dans une même veine, nous pourrions citer également Redneck Zombies de Pericles Lewnes, autre production Troma Entertainment dans laquelle, cette fois-ci en 1989, des individus se transforment en zombies après être entrés en contact avec un bidon de ces mêmes déchets radioactifs abandonné dans une forêt !


Quelques rares exemples de longs-métrages pas vraiment sérieux sur la forme et parfois, excessivement gore. Doté d'un budget que l'on devine aussi riquiqui que ceux alloués aux productions de Michael Herz et Lloyd Kaufman, The Crawlers, également connu sous le titre Contamination.7, prend pour cadre une petite bourgade de l'Amérique profonde. Ici, pas de rednecks mais un propriétaire de centrale nucléaire et un shérif corrompus jusqu'à la moelle. Les héros ? Un groupe de jeunes gens parmi lesquels, une jeune femme revenant dans sa ville natale des années après s'être installée dans une grande ville. Celle-ci réapparaît comme par hasard au moment où d'horribles événements vont se produire. En effet, alors que le propriétaire de l'usine produisant des déchets radioactifs s'en débarrasse en les faisant jeter dans la forêt alentour, la nature commence à se comporter de manière tout à fait inattendue. Effectivement, comme mues par une force invisible, les racines des arbres sortent de terre et avancent vers les habitations où elles s'attaquent à leurs propriétaires. C'est aidée de ses amis et de sa famille que Josie (l'actrice Wanja Mary Sellers) va tenter d'alerter les autorités, à défaut de quoi, le groupe tentera lui-même d'endiguer la lente mais irrémédiable progression meurtrière des végétaux... Aussi absurde que puisse être le sujet, The Crawlers fonctionne malgré tout et ce, sans être trop ridicule. La chose n'étant pas vraiment inédite, Sam Raimi avait déjà visuellement mis en pratique l'assaut et le viol d'une jeune femme par les branches d'un arbre dans le film d'horreur culte Evil Dead en 1981 ! Ici, rien d'aussi remarquablement créatif. L'on est plus proche d'une petite production à la manière de Kingdom of the Spiders de John « Bud » Cardos. Les araignées étant donc ici remplacées par des racines. Relativement répétitif, le long-métrage de Joe D'Amato et Fabrizio Laurenti réserve cependant deux ou trois plans gore plutôt sympathiques et efficaces. En revanche, l'on n'adouberons absolument pas l'infâme partition musicale composée par Carlo Maria Cordio qui dans le genre ''soupe'' est moins proche d'un velouté que de ces vieilles préparations à base de légume majoritairement constituées d'eau que nos vieux nous infligeaient voilà un demi siècle ! Au final, The Crawlers se regarde sans déplaisir. Comme un téléfilm du dimanche soir sur M6. Une curiosité qui n'a rien de mémorable mais qui aura le mérite de remplir un début de soirée morose...

 

samedi 2 mai 2026

L'Armée des Douze Singes de Terry Gilliam (1995) - ★★★★★★★★★☆




Adaptation du film "La jetée" de Chris Maker, L'Armée des Douze Singes voit James Cole (incarné par un Bruce Willis fantastique et loin de ses rôles de héros brutaux et charismatiques), prisonnier sous terre en l'an 2035, vivant à l'abri d'un air devenu dangereux à respirer, au même titre que les autres survivants de l'espèce humaine, devenir le cobaye bien malgré lui d'une expédition visant à récolter dans un passé pas si lointain que ça, des informations qui pourront peut-être permettre de comprendre ce qui a pu décimer la quasi totalité de l'espèce humaine en 1996.

D'abord envoyé par erreur en l'an 1990, c'est à dire six ans avant que la catastrophe ne se produise, il est retrouvé errant en pleine rue vêtu d'une simple tenue de plastique transparente et semble délirer, affirmant qu'il vient du futur. Bien sûr, personne ne le croit et, pris pour un fou, il fera la connaissance du docteur Kathryn Railly interprété par la superbe Madeleine Stowe, et ira faire un séjour dans un hôpital psychiatrique où il fera une nouvelle rencontre en la personne du jeune Jeffrey Goines campé par Brad Pitt, jeune bourgeois aux idées farfelues fils d'un richissime homme d'affaire mais qui semble avoir envers ce dernier une haine sans limites.

Cole sera assez vite rapatrié dans "son présent" où il devra se justifier de son internement en 1990. Il affirmera avoir été envoyé à cette époque par erreur et sera vite réexpédié en 1996, peu de temps avant que la catastrophe annoncée ne se produise, afin de récolter assez d'éléments pouvant permettre d'éviter que le monde ne bascule dans le chaos. Il rencontre à nouveau le docteur Railly pour qui les retrouvailles sont loin d'être une sinécure puisque pour elle, six années se sont écoulées et qu'elle a gardé de Cole un bien mauvais souvenir. Pour lui, rien n'est encore acquis. Il doit encore gagner la confiance d'une femme qui l'a fait enfermer plusieurs années auparavant pour troubles mentaux alors que pour lui, ces six années n'ont duré en réalité que quelques heures. Il retrouvera aussi Jeffrey, toujours aussi perturbé mais cette fois-ci libre des entraves de tout institut psychiatrique.


Là où le film fait preuve d'une intelligence rare, c'est qu'il évite tout poncifs liés à ce type de scénarios catastrophes. Cole entre les mains duquel tous les espoirs d'une humanité décimée repose, va être l'acteur principal d'une quête insoluble après qu'il ai trouvé en une organisation clandestine, la fameuse armée des douze singes, dont les affiches encombrent les murs de la ville, la responsable des maux qui vont mener la race humaine vers son destin tragique. Une armée menée par Jeffrey lui-même, inspiré qu'il fut six ans auparavant par un Cole qui émit alors une idée qu'il faudra aux spectateurs découvrir par eux-même.On comprends alors assez tard, et même beaucoup trop tard que James Cole est sur la mauvaise voie, que ce qu'il a pris pour une organisation dangereuse n'est pas le déclencheur de ce pourquoi il a été envoyé dans le passé. Et lorsqu'il réalise l'ampleur de son erreur, il est déjà trop tard. Il va mourir dans les bras du docteur Railly sans avoir pu vivre ce qui semble clairement être le début d'une histoire d'Amour entre elle et lui.

Au delà d'une histoire réellement prenante, on est fasciné par le jeu des différents intervenants. Tous donnent le meilleur d'eux mêmes et il estcurieux de voir Bruce Willis blessé dans son corps et dans son âme alors qu'on avait l'habitude de le voir dans des rôles plutôt musclés. Brad Pitt, lui, est irrésistible comme à son habitude et notamment dans sa gestuelle et dans sa façon de s'exprimer (à noter que le doublage en français est remarquable). Les décors n'étonneront pas les fidèles de Gilliam qui retrouveront le coté décalé du bonhomme mais qui seront peut-être surpris par l'apparente mais relative fluidité du scénario. Pendant plus de deux heures, on en prends plein les mirettes, et il n'est pas rare de ressentir tout types d'émotions allant même jusqu'aux larmes lorsque survient la fin tragique du héros principal...

Un film absolument remarquable et visionnaire...


samedi 18 avril 2026

Organ de Kei Fujiwara (1996) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Sept ans après avoir été l'une des interprètes du cinéaste Shinya Tsukamoto dans le film culte Tetsuo, l'actrice et réalisatrice Kei Fujiwara se place cette fois-ci derrière la caméra pour pondre sa première réalisation en 1996. Organ est une œuvre organique, qui avec Tetsuo partage quelques similitudes, l'hybridation mécanico-organique en moins. De ces deux « matières » qui jusqu'en 1989 apparaissaient incompatibles, la cinéaste japonaise n'en conserve que la seconde. Car si Organ porte un nom qui lui sied à ravir, c'est parce que le film est tout entier un réservoir à viande particulièrement craspec. Dans des quartiers insalubres, les anti-héros du film barbotent dans un mélange assez écœurant de sang et de matières en décomposition.
Le récit de Organ est confus. C'est vrai, difficile de comprendre le spectacle que l'on a sous les yeux. Dès les premiers instants, on a du mal à cerner le parti-pris des personnages. Qui est flic, qui au contraire est un criminel ? Ici, le but étant pour le « héros » (terme à prendre avec des pincettes puisqu'aucun des personnages n'en est vraiment un) de retrouver son ancien collègue qu'il abandonna lors d'une enquête pour sauver sa propre existence. Organ est très gore. A partir du moment où l'on accepte le principe même du montage anarchique, inutile de chercher la moindre cohérence.

Kei Fujiwara filme à l'instinct, sans même se rendre compte des invraisemblances qui émaillent son œuvre. Le montage est nerveux mais échappe à toute logique. Comme certaines situations d'ailleurs, qui rendent totalement caduque toute recherche de point d'accroche. La post-synchronisation est catastrophique et certains bruitages accentuent le dégoût ressenti lors de scènes graphiquement très éprouvantes. Le pire dans Organ n'est pas l'hémoglobine qui coule à flot mais toutes ces substances que le corps sécrète. On a presque le sentiment de sentir les odeurs épouvantables qui se dégagent des organismes en mutation.
La monstruosité telle que l'individu se la représente généralement face aux actes barbares est ici extrapolée par la vision d'organismes qui se dégradent lentement mais sûrement vers des états qui n'ont pratiquement plus rien d'humain. Kei Fujiwara fait preuve d'une grande imagination en matière d'horreur. Le sang disparaît au profit de matières plus inquiétantes lorsque l'organisme n'est plus en mesure de combattre l'infection.

Au delà du spectacle tordu que nous propose la cinéaste viennent s'apposer des images riches de symbole qui faudra sans doute étudier un peu pour en comprendre le sens. Comme cette jeune femme accouchée dans la douleur par un immense cocon-vagin. Organ est une recherche permanente dans le domaine de l'expérimentation. Mais alors que Shinya Tsukamoto parvenait à créer une certaine cohérence dans le récit de Tetsuo, Kei Fujiwara laisse ses interprètes avancer en roue libre avec plus ou moins de bonheur.
Organ fera sans doute date dans le cinéma underground japonais. Du moins pour ceux qui sont friands de ce genre de performance, car les autres, les non-initiés, risquent de rejeter l'objet en bloc ! Vous êtes prévenus...

samedi 28 mars 2026

Gremlins 2 : la Nouvelle Génération de Joe Dante (1990) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après le succès rencontré par Gremlins lors de sa sortie en salle en 1984, on aurait pu croire que Joe Dante allait directement se pencher sur une séquelle mais il attendra finalement six ans pour réaliser Gremlins 2 : la Nouvelle Génération. Basé sur les créatures créées par le scénariste Chris Columbus, c'est dormais Charles S. Haas qui est en charge d'écrire le scénario de cette suite qui ne se situe désormais plus dans la ville imaginaire de Kingston Falls mais à New York, fief du promoteur immobilier Daniel Clamp au centre duquel trône un gigantesque building où travaillent désormais William Petltzer et sa petite amie Kate Beringer. Terminée la carrière de petits employés de banque. Désormais, Kate est guide dans la tour Clamp tandis que Billy est designer (dans le premier long-métrage était évoquée sa passion pour le dessin).Si les petites querelles de village sont derrière eux, le monde du travail dans lequel ils sont désormais plongés ne les a cependant pas libéré d'un certain poids. C'est la course à la réussite et en la matière, Joe Dante nous décrit un univers où la compassion et l'amitié sont très largement reléguées en arrière-plan.
A la suite du décès de Mr Wing incarné à l'écran par l'acteur Keye Luke, surtout célèbre pour avoir interprété Maître Po dans l'excellente série Kung Fu, c'est un employé de la société Clamp qui met la main sur le toujours très attachant mogwaï Gizmo et l'emporte avec lui jusqu'au laboratoire scientifique de l'immense tour afin de le confier aux « bons soins » du docteur Catheter, incarné par l'acteur britannique Christopher Lee. Du casting original, il ne reste plus grand monde. A part nos deux héros incarnés par Zach Galligan et Phoebe Cates, et le couple formé par Jackie Joseph et Dick Miller qui interprètent respectivement les rôles de Sheila et Murray Futterman venus rendre visite à Billy et Kate, Joe Dante a fait le ménage.

L'occasion pour le cinéaste d'intégrer au récit des personnages hauts en couleur et pas toujours très sympathiques. En premier lieu, un John Glover charismatique incarnant le promoteur immobilier Daniel Clamp mais qui à mesure que le récit avancera, se révélera finalement plus attachant qu'il n'y paraissait au premier abord. Mais les véritables héros de cette séquelle demeurent évidemment les gremlins qui une fois de plus vont faire des ravages mais à une échelle beaucoup plus importante que dans le premier volet. Une fois encore, deux des trois règles ne seront pas respectées et Gizmo, qui donnera naissance à de nombreux petits, ne pourra pas faire grand chose face à l'invasion de créatures qui déjà, sous leur forme initiale de Mogwaïs se révéleront particulièrement agités. Co-produit par Warner Bros et Amblin Entertainment, Gremlins 2 : la Nouvelle Génération est un échec cuisant puisqu'avec un budget initial de cinquante millions de dollars, il n'en rapporte sur le territoire américain qu'un peu plus de quarante et un. Et alors que le premier avait remporté cinq Saturn Awards, la séquelle est nominée six fois mais n'en remporte aucun.

Comme lors du premier Gremlin, la suite est l'occasion de nombreuses références cinématographiques parmi lesquelles Rambo 2 : la Mission, Le Fantôme de l'Opéra, Sos Fantômes ou encore L'Aventure Intérieure qui est lui-même un film réalisé par Joe Dante et produit par Amblin Entertainement. Surfant sur le succès du film sorti six ans auparavant, Joe Dante nous refait le coup de la scène située dans un cinéma. Toujours plus loin, toujours plus grand, toujours plus fou semble vouloir nous dire le cinéaste avec cette suite sur laquelle l'équipe responsable des effets-spéciaux et notamment de la conception des gremlins s'en est donnée à cœur joie. Des dizaines et des dizaines de petites créatures magnifiquement conçues, dépassant très largement celles du premier volet. Le récit file à toute allure à un tel point qu'il ne nous laisse pratiquement pas le temps de souffler. Gremlins 2 : la Nouvelle Génération est une immense farce, bariolée, féroce, mais qui d'un point de vue scénaristique manque d'une réelle profondeur. Ôtées toutes les séquence montrant les gremlins se défoulant sur les employés de la société Clamp et sur ses différentes structures, il ne reste en effet pas grand chose à tirer de cette suite visant davantage le jeune public contrairement à un premier épisode qui pouvait encore intéresser les parents. Pas mauvais en soit, Gremlins 2 : la Nouvelle Génération est cependant inférieur à son aîné. Un spectacle divertissant, sans plus...

jeudi 26 mars 2026

Black Sun: The Nanking Massacre (Hei Tai Yang: Nan Jing Da Tu Sha) de Tun-Fei Mou (1995) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Considéré comme le quatrième et dernier opus de la franchise Men Behind the Sun démarrée en 1988 par le réalisateur Tun-Fei Mou et poursuivie en 1992 et 1994 par Godfrey Ho avec les volets Men Behind the Sun 2 : Laboratory of the Devil et Men Behind the Sun 3: A Narrow Escape, le réalisateur à l'origine du premier revenait en force en cette année 1995 pour offrir aux spectateurs une conclusion très éloignées des préoccupations des trois premiers longs-métrages. En effet, alors que les deux premiers s'intéressaient aux horreurs perpétrées par le Japon lors de la seconde guerre mondiale dans un camp de prisonnier/laboratoire connu sous le nom d'Unité 731, le troisième évoquait le départ précipité à bord d'un train de celles et ceux qui participèrent aux expériences inhumaines qui y furent conduites... Dans ce quatrième opus désormais intitulé Black Sun: The Nanking Massacre (Hei Tai Yang: Nan Jing Da Tu Sha) et dans lequel nous retrouvons bon nombre d'interprètes et de figurants qui n'iront pas plus loin dans leur carrière d'interprète ou de simple silhouette que cette seule expérience, Tun-Fei Mou revient sur l'un des faits les plus marquants qui aient entaché la seconde guerre mondiale, la Chine et le Japon. Alors que l'Unité 731 où étaient menées des expériences scientifiques sur des armes bactériologiques n'est ici pas au centre du récit, l'action s'inscrit cependant pile au milieu de la période où eurent lieu les horreurs commises à Harbin dans la Mandchourie. Le réalisateur délocalise les horreurs perpétuées par l'armée japonaise jusqu'à Nankin à l'issue de la bataille qui opposa l'Armée impériale japonaise à l'Armée nationale révolutionnaire chinoise. En cette fin d'année 1937, des troupes chinoises constituées de cent-mille hommes environ sont laissées sur place par le chef du Kuomintang (ou parti nationaliste chinois) Chiang Kaï-shek. Alors que le Gouvernement chinois en place décide de déserter les lieux face à l'arrivée prochaine de l'armée japonaise, Nankin est confiée à un comité international dirigé par l'homme d'affaires et dirigeant allemand du parti nazi, John Rabe...


Mais face aux envahisseurs, ce défenseur des droits internationaux ne fera pas le poids... comme le montreront rapidement les images de ce film où les horreurs de la guerre y sont décrites sans le moindre filtre. En effet, Tun-Fei Mou repousse avec Black Sun: The Nanking Massacre les limites de l'horreur à travers des actes de barbarie rarement vue jusque là sur un écran de cinéma. Traduisible sous le titre de Soleil noir : le massacre de Nankin, l’œuvre du réalisateur taïwanais est un véritable catalogue d'atrocités dont certaines repoussent les limites de l'envisageable. Surtout lorsque l'armée japonaise s'en prend à des femmes ou des enfants. Derrière son contexte politico-militaire visant à décrire les intérêts des uns et des autres des généraux de l'armée japonaise, derrière aussi l'histoire de cet homme, père de deux enfants et témoin des horreurs qui sont commises autour de lui, Black Sun: The Nanking Massacre multiplie les séquences d'horreur. Du plus ''classique'' dans ce type de contexte génocidaire avec ces dizaines et même ces centaines de soldats désarmés, de civils faits d'hommes et de femmes de tout âge, abattus par arme à feu ou décapités à l'aide d'un sabre. Une scène de crime en forme de colline où s'effondrent les cadavres qui viennent de tomber sous les balles tandis que des centaines d'autres prisonniers attendent leur tour à quelque pas de là. Jusqu'aux horreurs les plus inenvisageables. Comme cette femme éventrée dont on arrache le fœtus à l'aide d'une baïonnette. Ou cette autre que des soldats violent avant de contraindre un moine bouddhiste d'en faire autant. Comme ce bébé jeté au sol avant d'être poignardé. Ou cet autre qui devant les yeux de sa mère est jeté quant à lui dans une marmite d'eau bouillante. Le réalisateur ne ménage effectivement pas ses effets, quitte à faire dans le gratuit histoire de remuer les estomacs. Malgré la facilité avec laquelle il incorpore ensuite à ses scènes d'horreur des photos ou des vidéos d'époque parfaitement authentiques, Tun-Fei Mou a malgré tout un réel sens de la mise en scène. Des milliers de figurants exécutant les directive du réalisateur pour un film de guerre en forme de charnier souvent éprouvant...

 

samedi 21 mars 2026

Leaving Las Vegas de Mike Figgis (1995) - ★★★★★★★★★★




Ben Sanderson (interprété par Nicolas Cage) a tout perdu. Sa femme l'a quitté emportant avec elle leur progéniture, et il vient tout juste de se faire licencier par la boite de production dans laquelle il travaillait. Alors Ben boit, plus que de mesure. En plein désarroi il n'a plus qu'une seule idée en tête,  avoir recours au suicide. Et comme il passe son temps à écumer les bars, il décide de se noyer dans l'alcool jusqu' à en mourir. Alors pour en finir il décide de tout quitter pour finir ses jours à Las Vegas, cette grande ville où les bars et les salles de jeux sont ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre. Avant de partir, il brûle tout ce qui le rattache avec son existence: papiers et souvenirs partent en fumée, comme pour le libérer de tous les biens matériels qui le rattachent à une existence qu'il veut oublier.

Arrivé à Las Vegas, Ben fait la connaissance d'une prostituée prénommée Sera (la superbe Elisabeth Shue) avec laquelle il sympathise très vite. La jeune femme a quitté Los Angeles et fuit un certain Yuri, maquereau violent qui ne tarde pourtant pas à la retrouver. Usant d'un humour noir et sans faille, Ben tente tant bien que mal de cacher son goût immodéré pour l'alcool. 

Plus qu'une simple séance de culbute dans un hôtel minable, la première rencontre entre Sera et Ben est pour eux l'occasion de partager une bonne bouteille et d'en apprendre un peu plus l'un sur l'autre. Plus tard, pressée par Yuri de rapporter davantage d'argent, Sera est humiliée par un homme qui se méprend sur ses intention. Elle part alors à la recherche de Ben qu'elle retrouve assis sur un banc, au milieu d'un boulevard, toujours pris de boisson, livide et délirant plus que jamais, incapable de voir la main que lui tend Sera. Celle-ci retrouve Ben un peu plus tard dans sa chambre d'hôtel miteuse avant de partager avec lui un délicieux repas dans un restaurant. Leur histoire d'amour, débute véritablement à ce moment là, avec toujours en toile de fond, la déchéance volontaire de Ben qui va bientôt s'installer chez Sera...

Nicolas Cage, qu'on le veuille ou non est un acteur formidable. C'est peut-être avec ce film que l'on découvre sa réelle capacité à interpréter un véritable rôle de composition. Habitué aux films d'action musclés, de ceux qui n'exigent aucune réflexion de la part du spectateur, il prouve avec ce film (pour lequel il remporta l'oscar du meilleur acteur) qu'il est capable d'interpréter un rôle difficile et sensible. Et quoi de plus censé que de voir "Leaving Las Vegas" en version originale? Car malgré un doublage en français excellent, on y perd un peu en émotion et en sincérité. Il n'est pas rare de se sentir mal à l'aise devant certaines scènes alors que d'autres émeuvent et prennent à la gorge. Sera, elle, se démène tant bien que mal pour sortir Ben de sa situation alors que la sienne est déjà tellement compliquée, réalisant que l'issue de celui qu'elle aime ne peut être que fatale. Alors elle va l'accompagner jusqu'au bout.......Par amour. 


Elisabeth Shue est formidable dans son rôle de "prostituée-ange gardien" et aurait sans doute mérité au même titre que Nicolas Cage, de remporter un Oscar. Mike Figgis réalise un film tout en finesse et simplicité et tape en plein dans le mille, n'hésitant pas parfois à bousculer le spectateur dans des scènes, qu'elles soient interprétées par Cage ou Shue, qui forcent le respect tant elles sont jouées de façon admirable.

Un film jusqu'au boutiste puisque l'Amour seul n'arrivera pourtant pas à sauver Ben...

jeudi 19 mars 2026

Kyua de Kiyoshi Kurosawa (1997) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Cinéaste japonais très prolifique, le réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la photographie et monteur Kiyoshi Kurosawa signait en 1997 le très étrange Kyua qui dans notre langue signifie guérir mais qui pour les besoins de sa distribution à l'internationale a été traduit sous le titre de Cure. Alors que certains s'escriment à faire le Bien, d'autres penchent du côté du Mal. C'est ainsi que l'on peut voir le personnage de Kunio Mamiya, incarné à l'écran par l'acteur Masato Hagiwara, acteur présent à plus de cent-cinquante reprises au cinéma et à la télévision japonaise et qui dans le cas de ce très énigmatique personnage qu'il interprète ici dispose d'une attitude ambivalente, trouble et indécise. Face à lui, l'inspecteur Kenichi Takabe qu'interprète de son côté Kōji Yakusho. Rompu à son métier de flic, il va à travers cette difficile enquête menée autour d'une série de meurtres rencontrer l'un de ses plus dangereux adversaires. La logique croisant la route du ''paranormal'' dans une œuvre très inconfortable, suivant deux ans plus tard le même chemin qu'un certain thriller psychologique américain brillamment orchestré par le réalisateur David Fincher, Se7en ! Au Pays du Soleil Levant, Kiyoshi Kurosawa ne traite cependant pas des sept péchés capitaux comme le fit deux ans auparavant son ''rival'' outre-atlantique mais du Mesmérisme, du nom de son fondateur, le médecin originaire du Grand-Duché de Bade, Franz Anton Mesmer. Reposant sur la théorie du magnétisme animal, le Mesmérisme se veut être selon celui-ci la capacité de guérir tout individu grâce à l'emploi d'un fluide magnétique influençant chaque être sur cette planète. De cette conception très particulière de mener à la guérison en brisant les obstacles qui empêchent la libre circulation du dit fluide magnétique, Kiyoshi Kurosawa développe l'idée d'une telle intervention à des fins beaucoup moins bienveillantes que ne le laisse supposer le procédé. Une manière, peut-être, pour le cinéaste, d'effectuer de manière très personnelle une critique très amère d'une pratique qui une fois mise entre de mauvaises mains peut donner lieu à de dangereuses dérives. Mais plus qu'une étude scientifico-psychologique portant principalement sur cette doctrine qui fit notamment des émules au dix-huitième siècle puisque la reine Marie-Antoinette s'y intéressa, Kiyoshi Kurosawa intègre le concept au cœur d'un thriller moite, sombre, dans lequel une série de meurtres particulièrement épouvantables sont commis non pas par un seul homme, mais par plusieurs...


En effet, chaque assassinat n'est relié que grâce à certains stigmates portés par les victimes. Une ''signature'' qui unit les meurtres les uns aux autres. Des égorgements en forme de X, toutes les victimes décédant ainsi rapidement par hémorragie massive ! L'un des aspects les plus curieux de toute cette affaire est que les tueurs étaient bien avant de devenir des assassins, des individus n'ayant jamais eu affaire avec la justice. Loin d'être un film grand public cherchant à systématiquement ''divertir'' son public, Kyua pénètre l'âme en profondeur, à travers un rythme parfois tellement lascif qu'il finit par engourdir l'esprit. Détournant ainsi le spectateur de son objectif principal consistant à suivre une banale histoire de meurtres en série suivie d'une enquête policière. On ne sait alors plus trop sur quel tableau mise le cinéaste japonais. Horreur ? Thriller ? Surnaturel ? Sans doute un peu des trois, entremêlés, liés par la volonté d'une approche psychologique jamais rébarbative même si parfois la lenteur du récit peut s'avérer agaçante... Avec sa personnalité si particulière, le personnage de Kunio Mamiya rejoint ainsi certains grands noms du cinéma mondial. Tel justement le John Doe de Se7en ou le Akira Yamada de l'incroyable Limbo, chef-d’œuvre signé du réalisateur hongkongais Soi Cheang en 2021. Visuellement, Kyua n'a rien à se reprocher vis à vis de la concurrence, décrivant un monde parfois déshumanisé mais aussi très réaliste et dans lequel Kiyoshi Kurosawa filme froidement et avec distanciation certains crimes (comme celui de l'agent devant l'entrée du commissariat). Ici, pas de mystère quant à l'identité réelle du responsable de ce que l'on pourrait évoquer comme étant une forme d'épidémie de meurtres commis par procuration ! Tout au plus le réalisateur conserve-t-il durant un temps le mystère quant à la méthode employée pour pousser d'innocentes personnes à commettre l'irréparable. Reste que Kyua demeure une œuvre pénétrante qui ne comblera pourtant pas toutes les attentes de certains amateurs de thrillers noirs ou d'autres attirés par les divertissements pour grand public en raison de son rythme parfois lymphatique et d'un climat qui ne convie jamais vraiment à la réjouissance...

 

lundi 9 mars 2026

The Substitute de Robert Mandel (1996) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Parmi les longs-métrages mettant en scène jeunesse et gangs américains, certains s'illustrent à travers l'environnement dans lequel évoluent leurs personnages. Riches de faits-divers qui ont sans doute plus ou moins inspiré réalisateurs et scénaristes, l'on pu notamment voir évoluer James Belushi dans The Principal de Christopher Cain en 1987, Michelle Pfeiffer dans Dangerous Minds de John N. Smith en 1995, ou encore Samuel L.Jackson dans One Eight Seven de Kevin Reynolds deux ans plus tard. Entre ces deux derniers exemples est venu s'incarner dans le rôle d'un ancien militaire devenu mercenaire, l'acteur Tom Beranger. Premier volet d'une quadrilogie dans lequel celui-ci interprète le rôle de Jonathan Shale, The Substitute  de Robert Mandel débute son action alors qu'il mène auprès de ses hommes une mission à l'étranger. Mais alors que celle-ci s'est couronnée de succès, le groupe se retrouve malgré tout au chômage. Au même moment, la compagne de Jonathan est agressée par l'un des membres d'un gang dirigé par Juan Lacas. Un étudiant violent que Jane Hetzko (l'actrice Diane Venora) tente de faire renvoyer après qu'elle ait été menacée par ce voyou tandis que le principal de la Columbus High School où la jeune femme enseigne estime qu'il n'y a pas suffisamment de preuves pour le mettre à la porte. Ancien policier, Claude Rolle (Ernie Hudson) refuse donc de renvoyer Juan Lucas qui envoie donc l'un des membres de son gang attaquer l'enseignante. Fort heureusement, Jonathan arrive au moment opportun afin d'éviter le pire pour sa compagne. Mais le mal est fait : la jeune femme se retrouve malgré tout avec la jambe plâtrée et incapable de faire cours à ses élèves. Préoccupé par la situation de danger qui plane au dessus d'elle, Jonathan décide de se faire passer pour un professeur bardé de diplômes afin d'intégrer la Columbus High School et ainsi se retrouver à donner des cours aux élèves de Jane. Si les débuts sont difficiles, ce prof de substitution de la classe va pourtant rapidement happer l'attention de ses élèves. Du moins d'une grande partie d'entre eux puisque au fond de la classe, Juan Lacas ne l'entend pas de cette oreille... Dans cet excellent film dramatique mâtiné d'une bonne dose d'action qu'est ce premier volet de la saga The Substitute, Tom Beranger campe le personnage idéal. Charismatique et doté de facultés physiques accumulées lors de son expérience dans l'armée, l'homme va non seulement s'opposer à la virulence de son jeune élève mais en outre démasquer un vaste réseau de drogue... Charismatique, certes, mais également doté d'une assurance qui va permettre au personnage de ne pas se laisser impressionner ou intimider par une partie de la faune qui arpente les couloirs du lycée...


Plus qu'un banal film d'action qui ne reposerait que sur l'affrontement perpétuel entre un ancien soldat caché sous une fausse identité (celle du professeur d'histoire James Smith) et un groupe d'individus parfois surarmés, The Substitute ne prend jamais son public pour un imbécile et le scénario de Roy Frumkes, Rocco Simonelli et Alan Ormsby développe un véritable récit autour de son large panel de protagonistes. Du groupe de mercenaires qui orbitent autour du personnage central. Quatre individus ayant chacun leurs spécificités. Quatre personnages interprétés par d'excellents acteurs, William Forsythe incarne un électron libre relativement instable à travers Hollan, un spécialiste des explosifs. Raymond Cruz joue le rôle de Joey Six, l'expert en armes du groupe. Luis Guzmán campe celui de Rem, un tireur d'élite. Quant à Richard Brooks, il incarne le personnage de Wellman qui dans The Substitute et au sein du groupe est chargé de la coordination et de la logistique. Surtout, leur implications évitent les écueils du film bourrin dans lequel le Héros pourrait à lui seul défaire une organisation criminelle. Notons également que le script développe la relation entre Jane et Jonathan même si là encore, le réalisateur le fait de manière réfléchie, subtile, évitant ainsi l'engourdissement du récit. Et puis, il y a évidemment celles et ceux qui vivent au quotidien le rapprochement avec le problème qui intéresse directement le personnage interprété par Tom Beranger. À commencer par Glenn Plummer qui incarne le professeur Darrell Sherman, ou encore ces deux élèves que sont Jerome Brown (Shar-Ron Corley) et Lisa Rodriguez (Maria Celedonio). Deux personnages types qui veulent s'en sortir et qui donnent un peu d'espoir là où l'on pense que tout est foutu. Action, violence, drame, mais aussi comédie puisque parfois le script se laisse aller à quelques fantaisies comme la fameuse séquence des ''fibres'' mettant en scène Cliff De Young dans le rôle de Matt Wolfson ou cette caricature ultra-revendiquée de ce pseudo-personnage de film d'action matérialisé à l'écran par l'acteur Willis Sparks dans le rôle de John Janus. Notons enfin, pour les amateurs de Hip-Hop, une bande sonore majoritairement consacrée à ce genre musical dont la sélection brille de nombreuses pépites. Bref, un film pour tous. Un régal permanent. Une œuvre beaucoup plus fine et intelligente qu'elle ne pouvait le laisser présager au départ...

 

dimanche 11 janvier 2026

The Living Doll de George Dugdale et Peter Mackenzie Litten (1990) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Lorsque l'on évoque la nécrophilie au cinéma, plusieurs genres s'affrontent. Il y a d'abord ce mythe entourant cette déviance sexuelle qui voudrait que certains longs-métrages pornographiques circuleraient sous le manteau ou sur le Dark Web, mais qui donc à pu être témoin de telles atrocités pour pouvoir en témoigner ? Il y a ensuite ces films d'horreur dont la réputation repose en général davantage sur l'exploitation d'une telle pratique que sur les qualités intrinsèques des œuvres en question. On pense bien entendu au Froid baiser de la mort (Il Terzo occhio ) de Mino Guerrini, à Baiser macabre (Macabro) de Lamberto Bava, à Aftermath de Nacho Cerdà, à Blue Holocaust (Buio Omega) de Joe D'Amato, au diptyque Nekromantik 1 & 2 de Jörg Buttgereit ou plus près de chez nous, à Lune Froide de Patrick Bouchitey, surtout dans sa version courte... Et puis, il existe des exemples de fictions qui traitent du problème sans pour autant appartenir ni à l'une ni à l'autre de ces deux catégories... C'est ainsi qu'il devient délicat d'aborder le cas de The Living Doll de George Dugdale et Peter Mackenzie Litten. Deux cinéastes aux carrières éphémères qui signèrent ensemble en 1985 le slasher Le jour des fous (Slaughter High), cinq ans avant de revenir avec l'un des films les plus dingues et les plus étonnants traitant de la nécrophilie. Un long-métrage que l'on ne rangera donc pas immédiatement dans la catégorie des films d'horreur puisqu'il s'agit d'abord d'un drame. Presque touchant, même. Dans lequel l'étudiant en thanatologie Howard (Mark Jax) est très amoureux de Christine (Katie Orgill), une très jolie jeune femme blonde qui à l'entrée de l’hôpital où il exerce vend des fleurs. Fasciné par cette beauté qu'il n'ose pourtant approcher, Howard va découvrir un jour que dans la morgue repose un cadavre fraîchement débarqué. En effet, après avoir assisté à une dispute entre Christine et son petit ami au sortir d'une boite de nuit le soir-même où il allait justement et courageusement l'aborder, Howard la découvre allongée dès le lendemain matin sur une table d'autopsie. Pour le jeune homme, c'est le monde qui s'écroule. Bouleversé, les larmes aux yeux, il n'a pourtant pas l'intention de laisser le sort lui dicter son comportement et déterre le soir-même le corps de Christine qui plus tôt dans la journée à été enterrée. Ramenant le cadavre chez lui, Howard va traiter la jeune femme comme si elle était sa petite amie et comme si elle était toujours en vie... Mais malheureusement, plus le temps passe et plus le corps de Christine se dégrade...


Si l'on était contraints de reconnaître que The Living Doll contient des visuels propres au cinéma d'horreur et d'épouvante, il s'agirait alors d'évoquer l'autopsie de Christine et la lente décomposition dont elle va être ensuite la victime et dont les réalisateurs ainsi que l'équipe de sept spécialistes en effets-spéciaux ne nous épargnent aucun détail. Le contraste est relativement saisissant s'agissant d'une Katie Orgill absolument magnifique dont le personnage, au fil du temps, se décompose à vue d’œil. Sa peau de satin bleuissant à mesure que s'égrènent les heures et les jours et le réseau sanguin affleurant sous son épiderme étant les prémices les moins répugnants puisque ensuite, certains fluides quittent l'organisme de Christine, conviant par la suite une multitude de larves du plus repoussant effet ! On sentirait presque l'odeur de putréfaction à travers l'écran ! Ce qui ne semble pourtant pas déranger Howard dont l'état de santé périclite aussi sûrement que sa bien-aimée se putréfie ! Comédie romantico-morbide, The Living Doll est une expérience pourtant moins dérangeante qu'elle n'y paraît. Et même si l'étouffant climat dans lequel baigne le sordide appartement de Howard ne fait rien pour arranger les choses, les quelques ''sorties'' majoritairement concentrées autour de la morgue où il rejoint son collègue ou celui qui assure leur formation à tous les deux permettent de souffler avant les retours incessants dans l'antre de cet amoureux transit d'un cadavre pourrissant. Les effets-spéciaux, aussi inattendu que cela puisse paraître face à l'impression de micro-budget qu'offre le film, sont de très bonne qualité. Aussi rares soient-ils, ceux-ci contenteront les amateurs de séquences gore. Pas trop mal incarné, surtout par son acteur principal, The Living Doll convie au sein de ce récit très étrange la star de la chanson afro-américaine Eartha Kitt qui incarne le rôle de la propriétaire de l'immeuble dans lequel vit notre héros. Chanteuse qui, pour anecdote n'ayant rien à voir avec le film en question, était l'idole de l'un des pires tueurs en série qu'ait connu notre pays. En effet, de son propre aveu, Thierry Paulin dit ''Le tueur de vieilles dames'' (condamné pour le meurtre de dix-huit d'entre elles mais soupçonné d'en avoir assassiné un nombre bien plus important) était fan de l'artiste américaine qu'il imitait lors de spectacles de transformismes...

 

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