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dimanche 5 juillet 2026

Se7en de David Fincher (1995) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il y eut une époque où tout ce que touchait David Fincher ou presque se transformait en or. ALIEN³ en 1992, Se7en en 1995, Fight Club en 1999 ou encore Zodiac en 2007... Alors qu'est attendu pour cette fin d'année 2026 son dernier long-métrage The Adventures of Cliff Booth, écrit par Quentin Tarantino et dont la diffusion est prévue sur Netflix pour novembre aux États-Unis et un mois plus tard pour le reste du monde, retour sur le véritable phénomène que représenta Se7en à l'époque de sa sortie. Digne successeur du glaçant Manhunter que réalisa une décennie auparavant Michael Mann, le second long-métrage de David Fincher est à l'exacte croisée des chemins entre son premier film, ALIEN³, dont il su redéfinir les codes esthétiques et narratifs pour proposer une œuvre moite, étouffante, dans un milieu carcéral à l'échelle d'une planète toute entière et les thrillers les plus sombres. Un long-métrage au mieux inconfortable pour les uns et au pire, carrément ennuyeux pour les autres... Fort heureusement, armé d'un scénario en béton signé d'Andrew Kevin Walker qui juste avant signa celui de Souvenirs de l'au-delà de Brett Leonard avant d'écrire ceux de The Game et Fight Club de David Fincher, de 8 millimètres de Joel Schumacher, de Sleepy Hollow : La Légende du cavalier sans tête de Tim Burton ou encore celui de Wolfman de Joe Johnston, le réalisateur américain allait signer en cette année 1995 l'un des thrillers les plus sombres et efficaces de l'histoire du cinéma. Également accompagné d'une équipe technique hors pair parmi laquelle l'on trouve le compositeur attitré de l'immense David Cronenberg, Howard Shore, ou le directeur de la photographie franco-iranien Darius Khondji, tout commence avec le générique de Kyle Cooper. D'une conception qui laissera sur le cul tout ceux qui le découvrirent pour la première fois, inspirant par la suite d'autres auteurs, celui-ci se fond à la perfection au thème du récit. Une parabole construite autour du principe des sept péchés capitaux. Révélant la nature humaine profondément atteinte par la foi du tueur qui pour chacun de ses meurtres va mettre en scène la victime et cacher sur le lieu du crime des indices permettant aux inspecteurs William Somerset et David Mills de poursuivre leur enquête tout en découvrant peu à peu les intentions de celui qui se fait appeler John Doe. Héritier direct de Manhunter, donc, mais aussi d'Angel Heart d'Alan Parker ou du très déstabilisant Spoorloos (L'Homme qui voulait savoir) de George Sluizer, Se7en aura lui aussi fait des petits de par le monde, comme en Espagne avec Marshland d'Alberto Rodriguez, en Belgique avec De Behandeling de Hans Herbots, en Corée du sud avec Memories of Murder de Bong Joon-ho et au Canada avec l'amusant Resurrection de Russell Mulcahy. Sans doute pas le plus réussi de tous mais en tout cas celui qui en reprend les codes jusqu'à devenir le miroir nanardesque du film signé de David Fincher quatre ans auparavant !


Dans les rôles principaux de Se7en l'on retrouve Brad Pitt et Morgan Freeman. Le premier incarne l'inspecteur David Mills. Jeune flic fougueux et impulsif, marié à Tracy qu'incarne Gwyneth Paltrow, il accompagne pour sa dernière mission l'inspecteur William Somerset qu'interprète donc de son côté Morgan Freeman. Un flic très proche de la retraite, beaucoup plus tempéré et avançant avec sagesse... De ce duo apparemment antinomique, David Fincher accouche d'un buddymovie qui n'a rien de comparable avec les comédies américaines qui ont pour habitude de lier deux tempéraments aux antipodes l'un de l'autre. Ici, le contexte est morbide, délétère, glaçant et étouffant. Le cinéaste met en scène des meurtres rituels abominables. Entrecoupés de séquences plus ''classiques'' qui permettent d'introduire le spectateur dans l'intimité de ses personnages et ainsi de les rendre attachants. L'invitation de l'inspecteur William Somerset chez le couple Mills étant d'ailleurs à ce sujet, très significative. Il n'est plus seulement question pour Tracy d'unifier la relation professionnelle entre son mari et son collègue mais bien de faire de ce duo incompatible l'équipe idéale chargée de mettre la main sur celui qui fait trembler toute la ville. Séquence qui permettra en outre d'éveiller la morale et les émotions du spectateur lorsque surviendra la séquence finale alors même que la présence de la jeune femme se réduira à quelques courtes scènes seulement. Curieusement, David Fincher élude la présence des médias, préférant donc se concentrer presque exclusivement sur l'enquête de ses deux inspecteurs. Le cinéaste signe ainsi un grand film. Qui non content d'être d'un pessimisme extrême est aussi et surtout d'une construction absolument diabolique. Visuellement superbe bien que s'inscrivant dans un univers désespérément sombre, Se7en est surtout interprété par un quatuor d'interprètes remarquables. Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Brad Pitt et... un quatrième acteur dont l'identité fut tenue secrète jusqu'à la sortie du film en salle. Et même jusqu'à son apparition à l'écran puisque son nom n'apparaissait pas lors du générique d'ouverture. D'ailleurs, je tairai son identité au cas où certains n'auraient toujours pas découvert ce très grand thriller du cinéma américain... Bref, du très grand cinéma...

 

samedi 20 août 2022

See No Evil, Hear No Evil de Arthur Hiller (1989) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si la chose ne transparaît pas forcément à l'écran, il faut savoir que l'excellent duo formé par les acteurs Gene Wilder et Richard Pryor ne reflétait absolument pas leur vie intime respective (les deux hommes ne se fréquentant effectivement pas en dehors des jours de tournage). En effet, alors que Gene Wilder avait pour habitude de travailler avec rigueur, Richard Pryor avait quant à lui pour coutume d'arriver en retard sur les plateaux de tournage. Une habitude qui n'allait pas sans une importante consommation de drogues et d'alcool. Des penchants qui privèrent les deux hommes de travailler sur ce qui allait devenir en 1983, l'une des plus remarquables et des plus drôles des comédies américaines traduite chez nous sous le titre Un fauteuil pour deux de John Landis. Remplacés par l'excellent duo Eddie Murphy et Dan Akroyd, on n'ose imaginer à quoi aurait ressemblé le film s'il avait été interprété par le duo formé par Gene Wilder et Richard Pryor, lequel n'est au fond pas si éloigné que celui que formèrent donc pour un court moment les deux autres vedettes de cinéma. Bêtement traduit sous le titre Pas nous, pas nous, le vingt-sixième long-métrage cinématographique du réalisateur Arthur Hiller See No Evil, Hear No Evil sera l'avant-dernière collaboration entre Gene Wilder et Richard Pryor après Transamerica Express (également signé d'Arthur Hiller en 1976), Faut s'faire la malle de Sidney Poitier en 1980 et avant Another You qui lui, sera réalisé en 1991 par Maurice Phillips. Rien d'étonnant à ce que See No Evil, Hear No Evil soit une comédie, nous retrouvons donc les deux acteurs au centre d'un récit burlesque dans lequel un aveugle (Richard Pryor dans le rôle de Wally Karue) et un sourd (Gene Wilder dans celui de Dave Lyons) s'avèrent être les témoins uniques d'un assassinat ! Ces deux hommes, qui ne se connaissent pas, tentent tout d'abord de cacher qu'ils sont l'un et l'autre atteints d'un handicap. Ce qui nous vaut parfois quelques situation particulièrement absurdes mais drôlatiques. Comme celle mettant en scène l'aveugle aidant un autre aveugle à traverser la rue ! Ou celles lors desquelles l'attention du sourd est détournée (il est en effet capable de lire sur les lèvres).


Arthur Hiller met bien évidemment ses deux interprètes dans des situations qui se joueront de leurs inaptitude à voir ou à entendre. Richard Pryor se retrouvera notamment au volant d'une voiture et Gene Wilder devra taper du pied au sol ou tenir la main de son comparse s'il veut que celui-ci parvienne à le suivre dans la rue. D'abord connu pour avoir réalisé en 1970 la romance dramatique Love Story avec Ali McGraw et Ryan O'Nea, ce film qui rencontra le succès et qui remporta un certain nombre de récompenses dans les festivals n'empêcha pas son auteur d'investir avant et après les domaines du film de guerre (Tobrouk, commando pour l'enfer), de l'horreur (Morsures) ou de la comédie, genre qu'il aborda à de multiples reprises (Ras les profs ! en 1984 avec Nick Nolte). Duo savoureux et antinomique (comme dans la vie, le personnage incarné par Gene Wilder apparaît moins loufoque que celui interprété par Richard Pryor). Nous sommes au États-Unis et comme le veut la ''tradition'', nous sommes face à une comédie jouant davantage sur les mimiques de ses deux principaux interprètes que sur la subtilités des dialogues. See No Evil, Hear No Evil joue sur deux tableaux. L'humour, bien sûr, mais également le policier puisque soupçonnés de meurtre, ils seront traqués par la police. Mais aussi et surtout par un duo de criminels interprétés par Joan Sevenrance (dans le rôle de Eve) et... Kevin Spacey, oui, l'un des charismatiques personnages du film culte de Bryan Singer Usual Suspects, du bouleversant La vie de David Gale d'Alan Parker ou l'auteur lui-même de l'excellent thriller Albino Alligator en 1996. Arthur lui offre un petit rôle, celui du bras droit d'Eve, Kirgo ! Même si See No Evil, Hear No Evil n'est certes pas remarquablement fin (ils s'y sont tout de même mis à six pour écrire ou adapter le scénario), il n'est pas rare que l'on rigole ou que l'on sourit lors de courtes séquences ubuesques (Richard Pryor se faisant notamment passer pour le gynécologue suédois Johansson !). Mais la multiplicité des scénaristes a pour conséquence, un imprévu : le film d'Arthur Hiller ressemble parfois à un patchwork de séquences humoristiques lui donnant les allures d'une compilation de sketchs dont seraient les héros presque exclusifs, Gene Wilder et Richard Pryor. See No Evil, Hear No Evil est notamment l'occasion de quelques balades en voiture ou à pied dans le New York des années soixante-dix... Richard Pryor et Gene Wilder rejoueront une dernière fois ensemble et iront longtemps après rejoindre les étoiles du cinéma à dix ans d'intervalle. Le premier en 2006 et le second en 2016...

 

jeudi 11 août 2022

Baby Driver d'Edgar Wright (2017) - ★★★★★★★☆☆☆ Prey de Dan Trachtenberg (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si l'on fait l'impasse sur '' The Frighteners '' et que l'on retient tout d'abord la trilogie du '' Seigneur des anneaux '', on pourrait comparer le nouveau cinéma du britannique Edgar Wright à celui du néo-zélandais Peter Jackson, attirés l'un et l'autre par les sirènes hollywoodiennes et qui l'un après l'autre ont donc quitté pour un temps plus ou moins long le confort et la sûreté de leur pays d'origine pour aller s'essayer à de plus grandes ambitions, outre-Atlantique. Débutant à quelques décennies d'intervalles leur carrière de cinéastes en œuvrant dans de jouissives séries B horrifiques (l'un flirtant avec le Z et le gore les plus enthousiasmants et le second avec la plus décomplexée des parodies), les deux réalisateurs sont semble-t-il, parvenus à garder leur âme d'enfants. Voire d'adolescents. Peter Jackson est allé rendre hommage à deux reprises à Tolkien et à l'univers merveilleux des Hobbits, des nains et des elfes. Concernant le réalisateur britannique, la comparaison peut sembler des plus ténue. Si l'intrigue (cet impératif qui ne tient ici que sur une simple feuille A4) et la violence qui en découlent paraissent rejeter tout lien avec ces spectacles grands publics qui n'imposent aucune mise en garde, '' Baby Driver '' est pourtant effectivement le genre de long-métrage que l'on confiera au regard de n'importe quel public, quel que soit son âge. Car si les cadavres s'empilent dans ce jeu de massacre voué aux braquages et au courses-poursuites automobiles, aucune crainte à avoir : l'avant-dernier film d'Edgar Wright a beau être un thriller, sa multitude de punchlines et la posture de ses interprètes/personnages sont relativement innocents. Ici, pas de réflexion. Ou si peu...

 

Aux fraises, la caractérisation du héros prénommé Baby ! Le britannique retient moins le passif du personnage ainsi que ses blessures que l'amour naissant et ses prédispositions en matière de conduite. Même si Edgar Wright ne le signifie pas vraiment, l'acouphène dont il est affligé semble en réalité dissimuler un autisme lui octroyant un talent rare. Observant son environnement comme personne et offrant une musicalité et une rythmique à chacun des actes les plus communs, Baby est à lui seul le symbole du projet que semble revêtir le long-métrage. Unir le son et l'image de telle sorte qu'ils s'accouplent et finissent par ne faire plus qu'un. Entre les plans-séquences figurant des chorégraphies de comédies musicales post-modernes lors desquelles le jeune Ansel Elgort se met en mode Gene Kelly (Chantons sous la pluie) sans parapluie et sans la moindre flaque d'eau et des dialogues rugueux auxquels s'affronte en toute discrétion ce même interprète, '' Baby Driver '' prend une tournure inquiétante avec sa trinité de psychopathes dont Jamie Foxx se fait l'étendard le plus convaincant. On passera sur l'incarnation toujours impeccable de Kevin Spacey, sur l'idylle (relativement superficielle) entre le héros et la jeune Debora (Lily James) qui un peu tardivement se prendront pour Bonnie Parker et Clyde Barrow, sur les caricatures débordant du cadre ou un final grandiloquent pour retenir en priorité la formidable mise en scène et l'énergie déployée par Edgar Wright, son équipe technique et ses interprètes. Deux heures (ou presque d'un spectacle non-stop. Certes plutôt léger en terme de scénario et de psychologie, mais le spectacle est bien là...

 

Quatre an après la purge signée Shane Black, Dan Trachtenberg (auteur de '' 10 Cloverfield Lane '') propose un 5ème opus de la franchise '' Predator '' intitulé '' Prey ''. Le changement d'époque nous plonge en 1715 dans une tribu comanche et le héros de ce nouveau récit n'est plus le bodybuildé Arnold Schwarzenegger mais la jeune Amber Midthunder qui dans la peau de Naru combattra à son tour l'une des plus célèbres et plus hostiles créatures du bestiaire fantastique. Ouais, je sais, ça n'a pas l'air très crédible tout ça mais le film est si bien pensé que ça passe crème. Les décors et la bande son sont magnifiques, les combats sont épiques et parfaitement chorégraphiés. L'héroïne est attachante et les colons en seconde partie, bien méchants quoique très caricaturaux (Les visages pâles dénués de neurones, vêtus de peaux de bisons, les dents pourries et le cheveux gras m'ont parfois bien fait rire !). Le film se la joue un brin '' Apocalypto '' de Mel Gibson et le récit se permet quelques clins d'œil à l'œuvre originale de John McTiernan. '' Prey est une excellente surprise et sans doute la meilleure séquelle de la franchise. Reste que la créature est franchement laide comparée à l'originale. Soit elle est venue chasser sur Terre au terme de son existence, soit elle est victime d'un virus zombie. Non mais, z'avez vu sa tronche ??? Un sans faute... Ou presque... 

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