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samedi 5 février 2022

Lux Æterna de gaspar Noé (2019) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Si le chiffre sept est connu pour avoir été sacré par les sumériens, Gaspar Noé n'aura pas attendu si longtemps pour renouveler SON cycle à lui, de quatre années, et initié il y a cinq ans avec Love, cette ''histoire d'amour'' pornographique tellement dénuée d'émotion que l'auteur de Carne, de Seul Contre Tous ou de Irréversible allait signer son plus mauvais film. Ou du moins, le seul qui, en plus d'être dénué d'émotion s'avère surtout dénué d'intérêt. Ou comment saler sexuellement la note sans laquelle le film n'aurait sans doute jamais fait parler de lui. Quatre ans plus tard, donc, (et dix-sept après avoir ''définitivement'' entériné son statut de cinéaste culte et de réalisateur de génie avec l'incroyable Enter the Void, en 2010), Gaspar Noé semble avoir une fois encore ressenti le besoin, après son Climax de 2018, de relâcher la pression. De limiter son travail d'orfèvre à la partie congrue et en se reposant sur les acquis pas toujours évidents de ses interprètes. Ici, Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle, tout d'abord lors de confidences qui ont autant d'intérêt que les pages, au hasard, de Voici. Difficile effectivement d'être subjugué par l'improvisation de ces deux là, filmées sous la forme d'un Split Screen, la première étant surtout attentive à ce que lui révèle la seconde. Comme le fera plus tard le producteur sous pression, qui peut-être sans le vouloir proposera le seul bon mot de ce Lux Eternae (« « Béatrice Dalle ? Béatrice que Dalle ! »), Charlotte ''Gainsbourrée'' d’anxiolytiques est effacée, écrasée par une Béatrice ''Dalle de plomb'', mâchant ses mots, la mâchoire crispée lors de son monologue inaugural...
 
 
En hommage à Carl Theodor Dreyer et Benjamin Christensen auxquels il emprunte quelques images de deux classiques respectifs (Häxan, La sorcellerie à travers les âges et Jour de colère) et même plus loin au cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder duquel il prélève une citation, Gaspar Noé propose en ouverture ce qui en terme d'intérêt se révélera finalement comme le seul véritable point positif d'une œuvre se noyant dans des conjectures artistiques dont le spectateur est en général laissé dans l'ignorance. Ici, le tournage d'un film sur la sorcellerie qui va tourner à l'aigre lorsque producteur, interprètes, chef opérateur et réalisatrice vont se frotter les uns aux autres. Il n'est pourtant pas tout à fait certain que l'envers du décor doive forcément être envisagé sous cet angle même si l'on connaît la réputation de certains cinéastes. Gaspar Noé ''abandonne'' ses interprètes sans directives apparentes. Ce qui au fond, apporte un semblant de crédibilité mais condamne par contre l’œuvre à une accumulation de dialogues absolument ineptes. À ce titre, le duo Gainsbourg/Dalle rame tant lors des quinze premières minutes que les deux femmes ne savent plus comment s'y prendre pour rejoindre la berge. Reste le montage, le principe du Split Screen utilisé servant sans doute pour tout ou partie à noyer le spectateur lors d'une joute, d'un duel d'images et de sons d'arrière-cour signifiant les coulisses, cette cour des miracles où chacun tente de tirer à soi la couverture. Projet ambitieux mais auquel il manque néanmoins le travail d'ampleur d'un Enter the Void, Lux Eternae arrive en seconde position dans le classement des œuvres les moins convaincantes réalisées par Gaspar Noé... Dommage...

 

vendredi 28 décembre 2018

Al Limite de Eduardo Campoy (1997)



A Madrid, lorsque la nuit tombe, Elena anime une émission de radio consacrée à la sexualité. Lorsqu'un soir elle reçoit un coup de téléphone d'un homme affirmant avoir l'intention de tuer une femme, l'animatrice n'y prête pas tout de suite attention. Sauf que l'homme n'en est pas à son premier meurtre. Il propose à Elena de participer à un jeu qui se conclura par la mort de sa nouvelle captive si jamais l'animatrice ne parvient pas à deviner où se trouve la victime du tueur dans l'heure qui vient. Malheureusement, Elena ne parvient à répondre à la première question du tueur en temps et en heure et l'homme tue sa proie en l'étouffant.

La juge Maria Ramos est chargée du dossier sur la mort de la jeune femme dont le corps vient d'être retrouvé. Elle compte sur la coopération d'Elena, mais également sur celle de Javier Barea, psychiatre habitué à pratiquer de telles interventions dans des cas de meurtres en série. Alors que l'animatrice radio a bien du mal à y mettre du sien, Maria commence à avoir des doutes sur la personne de javier. La jeune femme est persuadée qu'il est l'auteur des crimes. Mais un étrange jeu de séduction et de manipulation entre Elena, Javier, et même Maria va compromettre l'évolution de l'enquête...

Au cœur de cette enquête réalisée par le cinéaste espagnol Eduardo Campoy, manipulation, chantage et sexualité. Mais n'étant pas maître en la matière qui veut, le réalisateur valentien s’empêtre dans une enquête en demi-teinte. Al Limite ressemble davantage au long épisode d'une série télévisée, à un téléfilm, mais sûrement pas à un thriller efficace. On a déjà vu ça mille fois, et bien mieux mis en scène. Le classique face à face entre la blonde et la brune. Le tueur sanguinaire, manipulateur et objet de fantasmes. Les avocats de la défense et de l'accusation cherchant à tirer la couverture à soit. Tout y est, et bien plus encore.

D'un côté, le personnage d'Elena interprété par la française Béatrice Dalle, dévoré par l'ambition au point de faire témoigner au téléphone, un témoin de l'affaire mort deux heures auparavant. De l'autre, la juge Lydia Bosch), prête à faire inculper SON suspect à défauts de preuves tangibles. L'acteur Juanjo Puigcorbé a beau faire ce qu'il peut, son personnage manque singulièrement de charisme et parvient avec beaucoup de mal  à nous convaincre. Quant à la présence de Bud Spencer, qui orne l'affiche du film en trois exemplaires (tout de même !), n'imaginez même pas le voir se battre un seul instant. Sa présence est purement anecdotique (une minute par-ci, une trentaine de secondes par-là).

D'ailleurs, l'affiche, on ne peut plus trompeuse, accumule des faits jamais relatés durant le métrage. De souvenir, Bud Spencer ne semble pas avoir dégainé l'arme un seul instant. A la toute fin, peut-être, et encore. L'arrestation du criminel que l'on devine alors que se profile le générique de fin est lente, et inintéressante. Même pas un petit sursaut d'amour-propre pour cet esthète de la manipulation qu'est le tueur dont on apprend l'identité sans avoir à faire travailler son imagination, au bout d'une vingtaine de minutes seulement. Si le cinéaste espagnol avait de près ou de loin l'intention de ruiner le peu d'intérêt de son œuvre, le contrat est alors rempli. C'est bien dommage car entre les mains d'un vrai bon cinéaste spécialiste du genre (au hasard, Paul Verhoeven ou Brian de Palma), le résultat aurait sans doute été bien meilleur...

mercredi 7 février 2018

Wolfzeit de Michael Haneke (2002)) - ★★★★★★☆☆☆☆



En exploitant un cadre de fin du monde avec son septième long-métrage, le cinéaste autrichien Michael Haneke persévère pourtant dans son aptitude à sonder l'âme humaine. Après les excellents La Pianiste et avant Caché, il plonge ses protagonistes dans un monde dévasté par un fléau dont l'origine demeure inconnue des spectateurs. C'est là qu'interviennent des interprètes aussi divers qu'Isabelle Huppert, Maurice Bénichou, Patrice Chéreau, Béatrice Dalle, Serge Riaboukine ou encore Olivier Gourmet. Plus proche d'un Malévil signé Christian de Chalonge et adapté d'un roman de Robert Merle que d'un blockbuster américain reposant presque exclusivement sur ses effets visuel, Wolfzeit (chez nous, Le Temps du Loup) n'est pas que l'adaptation d'un scénario écrit par Michael Haneke lui-même mais s'inspire en fait davantage de La Völuspá (La Prophétie de la Voyante),un poème de la mythologie nordique dont l'auteur demeure inconnu.
Le spectateur aura beau chercher dès le générique d'ouverture le nom d'un quelconque compositeur, le film est à ce titre, d'une sécheresse exemplaire puisque Wolfzeit ne contient pas la moindre source musicale. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l’œuvre de l'autrichien n'a pas reçu l'accueil escompté. Pour celle-ci, mais également pour l'économie de moyens en terme d'action, le long-métrage reposant exclusivement sur l'interprétation.

Tourné sous la forme d'un huis-clos, il connecte dans un monde où l'homme bataille en permanence pour sa survie, des individus de toutes espèces réunis dans une gare de campagne dans l'attente d'un train qui ne viendra peut-être jamais. C'est là qu'ils sont rejoints par Anne et ses deux enfants après que l'époux de la jeune femme ait été tué alors que la famille tentait de rejoindre leur refuge situé en pleine campagne. A ce titre, l'ouverture de Wolfzeit reflète une certaine vision post-apocalyptique de l'un des plus traumatisants long-métrages de l'autrichien, Funny Games sorti six ans plus tôt en 1997. Où la vision toute personnelle de Michael Haneke d'un genre devenu à la mode depuis quelques années, le Home-invasion. De l'état d'urgence de sauver sa propre existence ainsi que celle de ses deux enfants, Anne parcourt en leur compagnie une campagne française que l'on situera à la périphérie de la capitale, jusqu'à trouver un refuge dominé par un Olivier Gourmet incarnant Koslowski, sorte de “général“ décidant arme au poing de la façon d'organiser la survie d'une “communauté“ sans cesse grandissante.

L’austérité dominant le projet comme cela est souvent le cas chez Michael Haneke, Wolfzeit souffre peut-être d'un rythme un peu faible en comparaison de ses travaux passés et à venir. L'oeuvre n'étant pas à la réjouissance d'un spectacle visuellement chargé en terme d'effets-spéciaux (à tel point que le cinéaste fait l'économie de maquillages en tuant un cheval pour de vrai), son œuvre est d'un point de vue divertissement, plutôt hermétique. Afin de signifier un univers chaotique, pessimiste et post-apocalyptique sans pour autant faire appel aux décors d'une cité intégralement détruite par un fléau, le cinéaste tourne son film dans les municipalités de Frankenau-Unterpullendorf et de Ebenfurth en Autriche. Choisissant la campagne plutôt que la ville, le cinéaste plonge une très grande partie du long-métrage dans une nuit profonde, sans étoiles et sans Lune, éclairée par quelques rares feux de camp lorsque ses interprètes ne sont pas simplement plongés dans une obscurité presque totale. Même la journée est parfois voilée. Une brume épaisse enveloppe le cadre, noyant tout ce qui autour du champ d'action des interprètes pourrait nous rappeler un quelconque signe d'une civilisation passée.
Si le casting demeure solide malgré les réserves émises plus tard par Michael Haneke sur certains de ses choix, aucun interprète ne se trouve réellement hissé au premier plan. Au regard de l'oeuvre toute entière de l'autrichien, Wolfzeit se révèle en effet parmi ses films les moins forts. Il n'en demeure pas moins une expérience de cinéma post-apocalyptique franco-germano-autrichien intéressante. Pour amateurs avertis...

vendredi 14 avril 2017

A l'Intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2007) - ★★★★★★★★☆☆



Alors que Martyrs de Pascal Laugier à tant fait parler de lui avant, pendant et après sa sortie en 2008, il faut sans aucun doute remonter jusqu'à l'année précédente pour trouver LE film d'horreur français qui remis notre nation sur les rails d'un cinéma outrancier que les cinéastes français, toujours opportunistes, tentaient de faire pencher sur la balance et sur laquelle pesait de tout son poids, et très majoritairement, le cinéma américain. Les français et le gore, c'est une histoire d'amour vieille de plusieurs décennies qui connu sa première véritable boursouflure avec Baby Blood et auquel le film du duo formé par les cinéastes Julien Maury et Alexandre Bustillo, A l'Intérieur, semble être un hommage. Du moins, un prolongement. Un fils spirituel détrônant sans le moindre mal une petite bande horrifique qui du coup, a pris un sacré coup de vieux.
A l'Intérieur, lui, a encore de beaux jours à vivre. Et même si les médias ont surtout encensé Martyrs et que d'autres se sont essayé avec plus ou moins de bonheur à l'horreur viscérale (au hasard Frontière(s) de Xavier Gens ou Haute Tension d'Alexandre Aja), A l'Intérieur demeure celui qui marque au fer rouge celui qui le découvre pour la première. Julien Maury et Alexandre Bustillo s'entourent d'abord d'un casting impeccable. Alysson Paradis dans le rôle de Sarah qui, décidément n'a pas de chance puisqu'après avoir perdu son compagnon dans un grave accident de voiture quatre mois auparavant, cette jeune femme enceinte dont l'accouchement est programmé pour le lendemain du réveillon de Noël va se retrouver piéger dans sa propre demeure avec à ses trousses, une inconnue. Enfin, pas vraiment. Du moins pour cette dernière qui semble connaître « l'histoire » de la future maman. Tout le récit s'articule donc entre ces deux personnages, et s'il n'est nul besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre que l'accident du départ est le lien qui les rapproche, tout l'intérêt de A l'Intérieur ne se situe fort heureusement pas que là.

Julien Maury et Alexandre Bustillo réussissent le tour de force de réaliser une œuvre qui excite deux des sens les plus sensibles du spectateur : la vue et l’ouïe. Grâce à la photographie de Laurent Barès, nous prenons place dans un liquide amniotique dont les fuites sont résorbées par les murs d'une demeure où tous les fantasmes sont permis. Pas seulement ceux, déviants, de l'inconnue, mais aussi ceux des spectateurs qui pour le coup, vont en avoir pour leur argent. A l'Intérieur patauge dans une mare de sang incroyable, dépassant (fort heureusement en de très rares occasions) les limites du « bon goût » et ce, notamment lorsqu'un flic se relève de sa blessure pour attaquer la pauvre Sarah. Une scène qui frise le ridicule mais qui au regard du reste, demeure anecdotique. Au delà d'une histoire somme toute basique et dont on devine assez vite la teneur, le vrai coup de génie des deux cinéaste est cette échappée dans la psyché d'une déséquilibrée rendue folle par la perte d'un enfant. Et pour mieux nous faire entrer dans sa tête, point de mise en scène à la première personne comme avaient pu le faire en son temps le cinéaste autrichien Gerald Kargl avec son impressionnant et prodigieux Schizophrenia ou Franck Khalfoun avec son remake du classique de l'horreur Maniac de William Lustig mais une image, un grain qui se délie au fil de l'intrigue jusqu'à sa conclusion, incroyablement nihiliste. Julien Maury et Alexandre Bustillo osent tout et tapent à chaque fois dans le mille. En s'offrant le privilège d'une interprétation sans faille et d'un décorum mortifère totalement maîtrisé, A l'Intérieur s'offre alors les atours d'une œuvre d'art à l'esthétisme morbide que n'aurait sans doute pas renié un certain Gaspar Noé.

Et si comme tout ceci ne suffisait pas, le rôle de l'inconnue, les deux cinéastes l'ont offert à notre Béatrice Dalle nationale qui de son sourire carnassier n'a jamais parue aussi terrifiante. Elle qui déjà avait marqué les esprits dans le très étrange et parfois insoutenable Trouble Every Day de Claire Denis, elle offre une performance incroyable dans ce qui demeure, de mon avis, comme le meilleur film d'horreur français jusqu'à ce jour. Et c'est pourquoi j'attends, avec une fébrile impatience, la vision personnelle de Julien Maury et Alexandre Bustillo qui ont réalisé une préquelle au classique de Tobe Hooper, Massacre à la Tronçonneuse. Reste à savoir maintenant quant leur dernier bébé sortira...
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