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mardi 10 septembre 2024

Livide de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2011) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Je le reconnais, j'ai habituellement beaucoup de mal à me faire au jeu généralement monolithique de l'actrice Catherine Jacob. En découvrant qu'elle faisait partie du casting du second long-métrage de Julien Maury et Alexandre Bustillo que je ne porte déjà pas tellement dans mon cœur, les pires craintes ont tenté de me convaincre de remettre à plus tard la projection de Livide. Et pourtant, les deux réalisateurs qui depuis n'ont cessé de collaborer ensemble sans jamais avoir vraiment réussi à réitérer une nouvelle fois l'exploit de leur premier long-métrage À l'intérieur ont sans doute fait là leur meilleur choix. Car c'est justement à travers l'attitude apparemment détachée et le ton monocorde de l'actrice qui offre au personnage qu'elle incarne son côté psychopathique. Durant presque une demi-heure, Livide fait penser à un téléfilm et l'envie de décrocher son téléphone pour appeler et conseiller le duo de réalisateurs de faire carrière à la télévision plutôt qu'au cinéma se fait irrépressible ! C'est d'ailleurs souvent l'une des caractéristiques de Julien Maury et Alexandre Bustillo. Il n'est pas rare en effet que l'on ait l'impression d'assister à un programme télévisé plutôt qu'une œuvre produite et réalisée pour le grand écran. Durant une première partie un peu trop longue qui nous présente son carré de personnages principaux, nous faisons donc la connaissance de Catherine Wilson (Catherine Jacob), de Lucie Clavel (Chloé Coulloud), jeune femme désormais employée auprès de personnes ayant besoin des services d'une assistante à domicile, ainsi que de ses deux amis William (Félix Moati) et Ben (Jérémy Kapone). Notons que Béatrice Dalle qui fut l'une des interprètes principales du premier long-métrage de Julien Maury et Alexandre Bustillo y fait un caméo à travers le personnage de la mère de Lucie, suicidée dans sa baignoire un peu moins d'un an en arrière. Après avoir fait le tour des patients dont elle devra s'occuper, le soir-même Lucie retrouve William et Ben dans un restaurant où travaille ce dernier. Après leur avoir parlé de l'une de ses futures patientes, une vieille dame alitée du nom de Déborah Jessel qu'interprète Marie-Claude Pietragalla et dont la fortune semble d'après les propos tenus par Catherine, relativement importante, William a l'idée saugrenue de cambrioler la luxueuse demeure de la vieille femme. Après avoir essuyé un refus de la part de Lucie, William parvient finalement à les embarquer elle et Ben.


Un soir, les trois amis se dirigent donc vers la demeure de celle qui fut professeur de danse. Après s'y être introduits et avoir fouillé une partie des pièces constituant l'édifice alors que la propriétaire dort au dernier étage, les trois jeunes gens s'emparent d'une clé que porte autour du coup Déborah et qui semble ouvrir une porte fermée à clé.... Entre une Catherine Jacob qui comme à son habitude joue comme si elle se faisait royalement chier, un Félix Moati dont le personnage le rend particulièrement antipathique, un Jérémy Kapone au trouillomètre à zéro et une Chloé Coulloud parfois lymphatique, il n'y a guère de quoi se réjouir. Du moins jusqu'à ce que le bourrin de service (en l'occurrence, William) ne commette une erreur qui sera fatale à l'ensemble de ce petit groupe venu accomplir un acte parfaitement immoral (voler une vieille dame alitée, quelle honte. Et quel manque de courage!). Là, le film change radicalement d'atmosphère et l'on se retrouve visiblement devant l'un de ces films de fantômes (même si le sujet est ailleurs) mais dont les qualités, ici, deviennent réelles grâce à l'emploi d''une esthétique, d'une bande musicale, d'une photographie, d'un Sound Design et de décors très anxiogènes. De quoi ravaler sa langue (et par la même occasion, sa salive).Cinq ans plus tard les spectateurs retrouveront d'ailleurs certains éléments de Livide dans l'excellent Don't Breathe que réalisera en 2016 le réalisateur uruguayen Fede Álvarez... Malheureusement, Livide tombe ensuite dans les travers de la facilité et comme à leurs habitudes, le duo ne peut s'empêcher de transformer leur récit en un bain de sang. Le film frise alors le ridicule et ce, même si les épanchements d'hémoglobine sont souvent gratinés. Le saugrenu vient surtout du personnage d'Anna, entre poupée de boite à musique à taille humaine et vamp assoiffée de sang. Le récit dévie sans cesse de sa trajectoire, profitant de l'occasion pour réintroduire Catherine Jacob au bout de soixante-dix minutes et qui jusque là avait disparu des radars. Je passe les quelques idées originales mais au final parfaitement grotesques qui suivront... Bref, Livide se divise en trois partie. La première, chiante. La seconde, anxiogène. Et la troisième, totalement absurde et involontairement drôle...

 

lundi 2 septembre 2024

Le mangeur d'âmes d'Alexandre Bustillo et Julien Maury (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 


Tout amateur de cinéma de genre se doit d'accorder de son temps chaque fois que le duo Alexandre Bustillo/Julien Maury revient sur le devant de la scène. Et ce même s'ils n'ont jamais vraiment marqué l'histoire du cinéma en dehors de leur première tentative gore en 2007. A l'intérieur avait su retourner les estomacs et promettait aux deux hommes une riche carrière dans le cinéma d'horreur. Livide en 2011, Aux yeux des vivants en 2014, Leatherface en 2017, Kandisha en 2020 puis The Deep House l'année suivante. Pas de quoi sauter au plafond mais d'honnêtes productions, majoritairement horrifiques, contentant la plupart des spectateurs pas trop regardant sur la mise en scène ou le scénario. Cette année, les voici de retour avec Le mangeur d'âmes. À l'origine, un roman éponyme écrit par le journaliste et scénariste Alexis Laipsker et publié l'année dernière aux Éditions Michel lafon. Alexandre Bustillo et Julien Maury changent quelque peu de braquet et s'intéressent au thriller avec cette histoire un peu farfelue dans laquelle l'on retrouve une commandante de police aux prises avec une affaire de meurtres d'adultes particulièrement sanglants et de disparitions d'enfants. Première bonne nouvelle, les deux réalisateurs ont confié le rôle d'Élisabeth Guardiano à l'actrice Virginie Ledoyen dont l'imprescriptible charme et le naturel permanent devrait faire réfléchir toutes celles qui passent leur temps sur le billard, qui pour se faire raboter le tarin, qui pour se faire gonfler les lèvres, qui pour se faire injecter du botox ou se faire lifter ! Le plaisir de retrouver celle qui tourna aux côtés d'Elie Chouraqui, d'Olivier Assayas, de Benoît Jacquot, de Danny Boyle, de François Ozon ou de Francis Veber. Imaginez si le duo lui avait préféré la pleureuse de service et pathétique Muriel Robin (cette ancienne humoriste qui ne fait plus rire personne) ou Judith Gode-rêche et son rire de hyène qui pour se refaire une célébrité est dernièrement réapparue sous les traits de la nouvelle iconne MeToo...


Deux ''figures'' (j'insiste sur les guillemets) de la scène et de l'écran dont l'une s'étonne de n'avoir jamais eu de grand rôle au cinéma (Heu... fillette ! Jean-Marie Poiret t'a offert l'opportunité de reprendre le rôle de Valérie Lemercier dans Les visiteurs 2, t'as vu ce que tu en as fait?) tandis que la seconde, dans l'esprit ''Moi-je'' caractéristique de celles et ceux qui s'auto-intronisent ''êtres d'exception'', réalisait et interprétait récemment l'hyper narcissique Icon of French Cinema s'inspirant de sa propre vie. Question : qui s'intéresse réellement à la vie de Judith Gode-rêche ? Allez, faites un effort. Levez la main... Non ? Tant pis. Bon, revenons au sujet qui nous intéresse car j'ai l'impression d'en avoir perdu quelques-uns en route... Virginie Ledoyen est donc la vedette de ce Mangeur d'âmes situant son action dans les Vosges sur différents sites dont l'ancien sanatorium d'Altenberg situé à Stosswihr dans le haut-Rhin. Œuvre éminemment noire dont l'ambiance et le climat sont accentués par l'austère photographie de Simon Roca, Alexandre Bustillo et Julien Maury nous proposent dès le générique une resucée de l'angoissante séquence d'ouverture du Shining de Stanley Kubrick. Même ambiance forestière anxiogène, même type de musique ici signée par Raphaël Gesqua. Aux côtés de l'actrice française, le franco-américain Paul Hamy incarne le capitaine de Gendarmerie Franck De Rolan. Les deux réalisateurs développent tout d'abord l'idée d'une guerre intestine entre Police et Gendarmerie. Un fait qui fut parfois avéré lors d'authentiques affaires criminelles. Ne se départissant pas de leur goût pour l'hémoglobine, Alexandre Bustillo et Julien Maury nous offrent quelques sympathiques plans gore lors d'un récit qui par contre s'avère décevant. Ils vont même jusqu'à employer l'actrice Sandrine Bonnaire dans un rôle très inhabituel. Maîtrisant relativement mal l'outil qu'ils ont entre les mains, la crédibilité est sans cesse remise en question. Frisant même parfois le ridicule avec cette ''créature'' dont l'existence ne repose que sur la légende propre à la région où se situe l'action. Récit un peu confus où intervient en outre le sujet d'une drogue aux effets dévastateurs, Le mangeur d'âmes est au final une petite déception...

 

jeudi 12 octobre 2023

The Deep House de Alexandre Bustillo et Julien Maury (2021) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Depuis leur excellent A l'intérieur réalisé en 2007, on ne peut pas dire que la carrière des français Alexandre Bustillo et Julien Maury ait réellement fait des étincelles. Même Leatherface de 2017 dont on espérait sans doute beaucoup trop n'a semble-t-il pas su combler les attentes des fans de l'œuvre originale réalisée en 1974 par l'américain Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. Et que dire du très mauvais Kandisha qui déjà, l'année dernière, laissait présager la suite... The Deep House... Le dernier méfait du duo qui méritera peut-être qu'on l'évoque bien des années plus tard après sa sortie en salle davantage pour ses qualités visuelles que pour tout autre raison. Non pas que cette nouvelle incartade dans l'horreur, l'épouvante et le fantastique soit une engeance digne des pires bandes horrifiques qui voient le jour chaque année mais bon... Tout comme pour leur antépénultième long-métrage, The Deep House fait l'effet d'un pétard mouillé. D'autant plus qu'il use de ficelles tellement usées qu'elles cèdent après seulement leur première utilisation. Ces fichus Jumpscares qui ont le malheur de n'être efficaces que lors de leur premier usage. Et dire qu'un mérou sera parvenu à me faire sursauter tandis que les apparitions fantomatico-démoniaques m'auront laissé indifférent ! Pour commencer, oublions l'affreuse version française post-synchronisée sous lexomil. Si Valentin Merlet ne s'en sort pas trop mal (c'est lui qui double en effet l'acteur James Jagger), Camille Rowe pose sa propre voix sur le personnage qu'elle interprète elle-même pour un résultat à la limite du désastre. 
 
 
Après, le concept de maison hantée située sous trente mètres de profondeur (dans la réalité, pas plus de six) est plutôt intéressant et laisse supposer un visuel inédit et très prometteur en terme de sensations. Déjà parce que les amateurs du genre auraient dû y trouver leur compte. Ensuite parce qu'aurait dû s'y greffer l'ablutophobie, ce drôle de mot qui signifie avoir peur de mourir noyé ! Imaginez le potentiel d'une œuvre qui mêlerait la chose à d'effrayantes apparitions... Malheureusement, si ce film d'horreur en mode Found Footage s'avère tout d'abord prometteur, on comprend assez vite que le film atteindra très rapidement ses limites. Quelques micro-visions plutôt convaincantes inscrites dans un décor réellement anxiogène, étouffant, épais et finalement restreint malgré les dimensions de la demeure. Les deux réalisateurs ne parviennent malheureusement pas à renouveler le concept et répètent ''ad nauseam'' les apparitions lors du dernier tiers sans qu'aucune ne fasse mouche. Le film d'Alexandre Bustillo Julien Maury aurait sans doute gagné en intensité si les deux réalisateurs s'étaient davantage penchés sur la peur de ses personnages de manquer d'oxygène. Concernant leur tentative désespérée de faire peur, les deux hommes n'y parviennent malheureusement pas. Et cela, pourtant à grand renfort de Jumpscares éculés dont on sait que l'efficacité n'est plus d'actualité. Bref, le concept de The Deep House ne fonctionne pas vraiment. Tout juste est-il une sympathique visite pour amateurs de ''Urbex''...

mercredi 22 septembre 2021

Kandisha d'Alexandre Bustillo et Julien Maury (2020) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Sans être un indécrottable fan du duo de réalisateurs formé autour d'Alexandre Bustillo et Julien Maury, j'avoue avoir un petit faible pour quelques-unes de leurs productions, à commencer par le très gore À l'intérieur qu'ils mirent en scène et scénarisèrent en 2007. Depuis, les deux hommes ont fait du chemin jusqu'à être approchés pour réaliser le remake de Hellraiser de Clive Barker avant que le projet ne tombe malheureusement à l'eau. Ce qui ne les empêchera pas de tourner quelques années plus tard l'un des meilleurs opus de la saga Massacre à la tronçonneuse avec Leatherface. Puis vint tout récemment The Deep House et son approche très astucieuse du mythe de la maison hantée. À tel point que l'on peut se demander ce qui est passé par la tête de ces deux là une année en arrière lorsqu'ils décidèrent de mettre en scène une fois encore tous les deux, leur cinquième long-métrage Kandisha qui, phonétiquement, est assez semblable à l'un des plus fameux boogeymen de l'histoire du cinéma fantastique. Et ça n'est donc sans doute pas une coïncidence si leur avant dernier long-métrage évoque directement le Candyman de Bernard Rose sorti plus de vingt ans en arrière. Cela même si à la lecture de certaines fiches détaillant l’œuvre, aucune ne fait allusion à celle-ci, le scénario de Kandisha évoque abusivement une inspiration reposant uniquement sur Alexandre Bustillo et Julien Maury. Pourtant, rien ne semble plus probable que l'idée ait germée dans l'esprit de ces deux là d'offrir leur vision toute personnelle de ce mythe en le transposant à travers celui d'Aïsha Kandisha, un personnage féminin très connu au Maroc puisqu'elle fait partie du folklore du pays. Selon la légende, elle attirerait par sa grande beauté les célibataires qu'elle envoûterait jusqu'à leur faire perdre toute raison...


Et c'est vrai que cette femme qui aurait réellement existé a de quoi séduire. Surtout chez Alexandre Bustillo et Julien Maury qui en font une ''sirène'' toute de voiles orientaux recouverte. Une beauté qui se délite au fil du récit, et c'est là que Kandisha détient l'un de ses principaux atouts, si rares puissent-ils être. De cette superbe alternative à notre Dame Blanche nationale entraperçue sur le bord des routes, il n'en demeurera qu'une vision cauchemardesque relativement convaincante. Surtout que le film peine par ailleurs dans ses grandes lignes à nous effrayer. Avec son trio d'adolescentes parlant le langage des cités, taguant et graffitant tout mur mis à leur disposition, nous sommes face à des personnages pour lesquels on aura malheureusement peu d'empathie. Version féminine du Candyman, Kandisha aura bien du mal à convaincre les fans de l’œuvre de Bernard Rose. On ne reviendra pas sur ce que certains appellent des clichés mais que semblent pourtant confirmer au quotidien les médias et nos expériences personnelles face à cette jeunesse qui n'encombre jamais les bibliothèques, mais ce langage quelque peu ''racaille'' a le pouvoir d'agacer. Comme a le pouvoir de faire rire nerveusement ce cérémonial absolument ridicule lors duquel un imam révoqué tente de renvoyer aux Enfers la récalcitrante Kandisha. Le cinquième long-métrage d'Alexandre Bustillo et Julien Maury parviendra-t-il a ouvrir grandes les portes d'une carrière cinématographique à ses trois principales interprètes que sont Mathilde Lamusse, Suzy Bemba et Samarcande Saadi ? Pas sûr... Pas sûr non plus pour Mériem Sarolie qui malgré une présence fort charismatique aidée par une voix suave qui renvoie directement à l'ivresse que pouvaient engendrer les sirènes sur les voyageurs en haute mer, semble avoir du mal à se trouver un chemin vraiment valable au cinéma. À décharge pour Kandisha, le film offre quelques rares plans gore plutôt efficaces. Pour le reste, c'est presque le néant total...

 

samedi 14 octobre 2017

Leatherface de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après un pitoyable Massacre à la Tronçonneuse : le Commencement qui mentait sur la marchandise, deux français ont promis de s'atteler à une vraie préquelle au classique de Tobe Hooper. Leatherface est le titre que Julien Maury et Alexandre Bustillo ont choisi de donner au huitième et nouveau volet de la franchise, ne laissant planer ainsi aucun doute sur son contenu. Bon, pour être tout à fait honnête, le film n'est pas vraiment celui auquel je m'attendais. S'il propose un retour aux sources concernant l'emblématique personnage de la saga, à vrai dire, le mieux aurait été de nous proposer une œuvre exploitant la lente dégénérescence de la famille Sawyer plutôt que d'exposer un Jedidiah se muant peu à peu en Leatherface. D'ailleurs, à ce propos, la chose n'intervenant qu'au court des dernières quinze minutes, le reste du long-métrage des deux français ressemble davantage à un huis-clos psychiatrique se transformant peu à peu en un road-movie sanglant qu'à un biopic fictionnel centrant son intrigue sur le plus jeune membre d'une famille de dingues. Comme le soulignait le personnage de Nubbins Sawyer (l'auto-stoppeur de l’œuvre originale), la famille Tronçonneuse (telle qu'elle est parfois décrite dans la presse spécialisée) est née du progrès en matière d'abattage d'animaux dans les abattoirs. Un fait qui n'est pas relaté dans cette préquelle qui inscrit dès l'origine ses personnages dans un état de dégénérescence déjà bien avancée. Pour preuve, le sort accordé à un voleur de cochons lors de la célébration de l'anniversaire de Jed auquel sa mère, Verna Sawyer pense offrir comme cadeau, une tronçonneuse avec laquelle elle lui offre de faire payer au voleur son méfait.
Dommage... oui, dommage que Julien Maury et Alexandre Bustillo aient dès le départ choisi de plonger le récit dans cette notion de folie alors qu'il aurait été fort sympathique de découvrir en premier lieu une famille Sawyer normale. Travaillant dans un abattoir, lequel aurait été nettement plus salubre que le grotesque bâtiment exhibé en ouverture de Massacre à la Tronçonneuse : le Commencement. Une famille saine d'esprit perdant peu à peu la notion du bien et du mal face au chômage.

Les deux français exposent une famille Sawyer déjà bien atteinte alors que le film démarre au beau milieu des années cinquante, soit environ vingt ans après les faits relatés dans l’œuvre originale de 1974. Une ouverture qui ne dénote malheureusement pas des volets précédents qui sent bon (ou mauvais) la redondance. Les auteurs du très gore A L'Intérieur enferment ensuite le fiston dans un institut spécialisé dans le traitement des enfants et des adolescents victimes de déviances mentales très lourdes. C'est ici donc que l'on retrouve celui qui deviendra plus tard, Leatherface. Dix ans ont passé et le garçon a bien grandi. Il ne s'appelle désormais plus Ed mais XXX. Vous verrez par vous-même ! Histoire d'en faire des tonnes, Julien Maury et Alexandre Bustillo font des patients, une belle bande de dégénérés. Même les infirmières n'ont pas l'air nettes. A part peut-être la toute jeune Lizzy qui vient tout juste d'être engagée. Quant au directeur, n'en parlons pas.

Après ce court passage en institut, c'est la révolte. Les pensionnaires foutent un bordel durant lequel quatre patients prendront la fuite. Quatre dont, notre cher futur « Tronche de Cuir ». c'est la plus longue partie du film mais pas forcément la plus intéressante non plus. Une fuite en avant pour des fugitifs au paroxysme de la violence. A ce propos, nous retiendrons la performance de l'acteur James Bloor qui dans le rôle de Ike est vraiment épatant. Histoire de nous en mettre plein la gueule, Julien Maury et Alexandre Bustillo nous assènent quelques scènes bien crades dont une fusillade très efficace dans un restaurant. Le choix des acteurs principaux et des seconds rôles se révèle fort judicieux. Des gueules comme on aimerait en voir plus souvent. Qu'il s'agisse des flics ou des patients échappés de l'asile, tous dégagent un véritable sentiment de folie latente.

Le dernier acte demeure sans doute le plus émouvant. Surtout si l'on se réfère au fait qu'est rendu hommage à Tobe Hooper, producteur exécutif sur Leatherface et fort malheureusement décédé en août dernier, à travers les quinze dernières minutes. Surtout à la toute fin qui nous exhibe une famille telle qu'elle apparaîtra en 1974, si l'on fait évidemment abstraction de la présence de la mère incarnée par l'actrice Lili Taylor (The Addiction de Abel Ferrara) et du fait que le grand-père soit dans une forme relativement bonne. La maison, elle, est déjà décorée de plusieurs trophées de chasse et respecte assez bien l'architecture de celle de l’œuvre originale. Au final, Leatherface est sympathique mais ne transcende jamais la légende entourant son emblématique boogeyman... 

vendredi 14 avril 2017

A l'Intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2007) - ★★★★★★★★☆☆



Alors que Martyrs de Pascal Laugier à tant fait parler de lui avant, pendant et après sa sortie en 2008, il faut sans aucun doute remonter jusqu'à l'année précédente pour trouver LE film d'horreur français qui remis notre nation sur les rails d'un cinéma outrancier que les cinéastes français, toujours opportunistes, tentaient de faire pencher sur la balance et sur laquelle pesait de tout son poids, et très majoritairement, le cinéma américain. Les français et le gore, c'est une histoire d'amour vieille de plusieurs décennies qui connu sa première véritable boursouflure avec Baby Blood et auquel le film du duo formé par les cinéastes Julien Maury et Alexandre Bustillo, A l'Intérieur, semble être un hommage. Du moins, un prolongement. Un fils spirituel détrônant sans le moindre mal une petite bande horrifique qui du coup, a pris un sacré coup de vieux.
A l'Intérieur, lui, a encore de beaux jours à vivre. Et même si les médias ont surtout encensé Martyrs et que d'autres se sont essayé avec plus ou moins de bonheur à l'horreur viscérale (au hasard Frontière(s) de Xavier Gens ou Haute Tension d'Alexandre Aja), A l'Intérieur demeure celui qui marque au fer rouge celui qui le découvre pour la première. Julien Maury et Alexandre Bustillo s'entourent d'abord d'un casting impeccable. Alysson Paradis dans le rôle de Sarah qui, décidément n'a pas de chance puisqu'après avoir perdu son compagnon dans un grave accident de voiture quatre mois auparavant, cette jeune femme enceinte dont l'accouchement est programmé pour le lendemain du réveillon de Noël va se retrouver piéger dans sa propre demeure avec à ses trousses, une inconnue. Enfin, pas vraiment. Du moins pour cette dernière qui semble connaître « l'histoire » de la future maman. Tout le récit s'articule donc entre ces deux personnages, et s'il n'est nul besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre que l'accident du départ est le lien qui les rapproche, tout l'intérêt de A l'Intérieur ne se situe fort heureusement pas que là.

Julien Maury et Alexandre Bustillo réussissent le tour de force de réaliser une œuvre qui excite deux des sens les plus sensibles du spectateur : la vue et l’ouïe. Grâce à la photographie de Laurent Barès, nous prenons place dans un liquide amniotique dont les fuites sont résorbées par les murs d'une demeure où tous les fantasmes sont permis. Pas seulement ceux, déviants, de l'inconnue, mais aussi ceux des spectateurs qui pour le coup, vont en avoir pour leur argent. A l'Intérieur patauge dans une mare de sang incroyable, dépassant (fort heureusement en de très rares occasions) les limites du « bon goût » et ce, notamment lorsqu'un flic se relève de sa blessure pour attaquer la pauvre Sarah. Une scène qui frise le ridicule mais qui au regard du reste, demeure anecdotique. Au delà d'une histoire somme toute basique et dont on devine assez vite la teneur, le vrai coup de génie des deux cinéaste est cette échappée dans la psyché d'une déséquilibrée rendue folle par la perte d'un enfant. Et pour mieux nous faire entrer dans sa tête, point de mise en scène à la première personne comme avaient pu le faire en son temps le cinéaste autrichien Gerald Kargl avec son impressionnant et prodigieux Schizophrenia ou Franck Khalfoun avec son remake du classique de l'horreur Maniac de William Lustig mais une image, un grain qui se délie au fil de l'intrigue jusqu'à sa conclusion, incroyablement nihiliste. Julien Maury et Alexandre Bustillo osent tout et tapent à chaque fois dans le mille. En s'offrant le privilège d'une interprétation sans faille et d'un décorum mortifère totalement maîtrisé, A l'Intérieur s'offre alors les atours d'une œuvre d'art à l'esthétisme morbide que n'aurait sans doute pas renié un certain Gaspar Noé.

Et si comme tout ceci ne suffisait pas, le rôle de l'inconnue, les deux cinéastes l'ont offert à notre Béatrice Dalle nationale qui de son sourire carnassier n'a jamais parue aussi terrifiante. Elle qui déjà avait marqué les esprits dans le très étrange et parfois insoutenable Trouble Every Day de Claire Denis, elle offre une performance incroyable dans ce qui demeure, de mon avis, comme le meilleur film d'horreur français jusqu'à ce jour. Et c'est pourquoi j'attends, avec une fébrile impatience, la vision personnelle de Julien Maury et Alexandre Bustillo qui ont réalisé une préquelle au classique de Tobe Hooper, Massacre à la Tronçonneuse. Reste à savoir maintenant quant leur dernier bébé sortira...

vendredi 28 novembre 2014

Trois films sinon rien: Aux Yeux des Vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014), Ablation de Arnold de Parscau (2013), Au Nom du Fils de Vincent Lannoo (2012)



Au programme de cet article, deux films français et une production franco-belge...

Et pour commencer, Aux Yeux des Vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo. Sept années après le très remarqué (et pas du tout remarquable) A L'intérieur, les deux bonhommes récidivent ensemble pour ce qui ressemble à une pseudo-suite de leur premier bébé. Trois gamins épris de liberté font l'école buissonnière le dernier jour de l'année et filent tout droit vers le cauchemar en s'introduisant dans un ancien studio de cinéma perdu en plein air et laissé à l'abandon. Le décor idéal pour un petit film d'horreur glauque et qui démarre sous des augures craspecs qui nuisent au film. Car à trop vouloir en donner dès l'ouverture, on en attend ensuite des scènes à l'impact saisissant qui ne viendront malheureusement jamais. On pourra louer la force de conviction des très jeunes acteurs, plutôt à l'aise dans leur costume de petits gredins victimes d'un grand méchant loup au physique, avouons-le tout de même, assez troublant.
Les deux réalisateurs nous épargnent le sempiternel faciès de mongoloïde pour celui, plus réaliste d'un homme à la force herculéenne cachée sous un corps frêle et vaguement tordu. L’œuvre a beaucoup de défauts et se trouve être assez brouillonne, ce que l'on aurait pu excuser si le film était un premier essai. Mais Bustillo et Maury en sont, ne serait-ce qu'au niveau collaboratif, à leur troisième film. Toujours est-il que Aux Yeux des Vivants est une petite bande horrifique parfois grotesque, souvent maladroite, mais au fond généreuse. Pas inoubliable mais de quoi réchauffer vo futures nuits d'hiver...

Ablation, un film qui surfe sur la vague des films horrifiques ricains, genre Hostel ou Saw ? Et bien non, pas du tout. Un drame, un thriller, oui. L'horreur vient plutôt de ce qui arrive au personnage principal. Le pauvre se réveille au bord d'une rivière avec un rein en moins. L'homme volé, l'homme « violé » va tout entreprendre pour retrouver celui ou ceux qui lui ont fait ça, quitte à mettre son couple en péril. Denis Ménochet est cet homme blessé. Autour de lui gravitent Virginie Ledoyen, sa femme dans le film, ainsi que Florence Thomassin, dans le rôle de ancienne (et nouvelle) maîtresse. Ablation est un sujet en or pour Arnold de Parscau. Pourtant, le résultat est navrant. Disons, loin des attentes que le sujet pouvait laisser espérer. Ce n'est pas tans la mise en scène qui fait défaut mais il dégage de cette œuvre un sentiment d'inachevé. C'est parfois mou, tantôt parcouru d'incohérences (au hasard, le personnage principal quitte la propriété de celui qui lui a volé un rein, survient la fuite d'un gamin qui hurle sans que le héros, que l'on devine forcément encore dans les parages, ne l'entende), Ablation possède un défaut majeur : l'absence de folie que pouvait laisser présager le synopsis. Et c'est bien dommage. Toutefois, on se laissera aller à découvrir le pourquoi de ces vols d'organes perpétrés dans la région...
 
Le troisième film abordé ici est belge. Au Nom du Fils est une comédie noire, très noire, qui flirte avec le drame familial, la religion et l’extrémisme qui parfois découle de cette dernière. Cinquième long-métrage de Vincent Lannoo, Au Nom du Fils est une œuvre atypique. En réalité, une petite merveille qui comblera surtout les attentes de ceux qui désirent plus que tout savourer de splendides dialogues. L'interprétation des actrices et acteurs est irréprochable. Dans le fond, c'est cette figure exagérée de l'union entre certains croyants et la foi qui est décrite ici. Mais dans la forme, le cinéaste n'y va pas de main morte. La tournure que prennent les événements est difficile à prévoir. Conte de fée, critique féroce, vengeance, Western sont des références qui semblent servir ici la cause d'un cinéma décalé et qui ose aller jusqu'au bout des convictions de son géniteur.
Certains y verront sans doute une œuvre grossière et déplacée dans un contexte qui donne encore très fortement la chair de poule et rend frileux les moins aventureux des cinéastes et producteurs (le film aborde le sulfureux sujet des prêtres pédophiles). Pourtant, c'est bien grâce à ce genre de film que l'on pourra faire le deuil de toutes ces horreurs que la presse papier et télévisée se lèche les babines de nous pondre au quotidien. Une vraie perle !
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