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samedi 4 avril 2026

Mammuth de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2010) - ★★★★★★★★☆☆



Mammuth, c'est l'histoire de Serge Pilardosse, ancien employé modèle dans un abattoir, qui vient tout juste de prendre sa retraite (ses collègues de travail lui ayant généreusement offert un puzzle de deux-milles pièces pour son départ), et auquel il manque malheureusement un certain nombre de documents pouvant lui permettre de toucher sa retraite. Poussé par son épouse Catherine à chevaucher de nouveau sa Munch Mammuth, une superbe moto qu'il a rangé au garage depuis un grave accident qui a coûté la vie à son ancienne compagne, le voilà repartit sur les routes.

Durant sa quête de documents administratifs, Serge retrouve d'anciens employeurs et constate avec stupeur qu'une partie des entreprises qui l'ont employé n'existent plus ou ont oublié de le déclarer. Ancien fossoyeur, videur dans une boite de nuit, forain, ou encore vendangeur, Serge constate que le monde autour de lui a bien changé. En chemin, il retrouve celle qu'il a aimé jadis et qui depuis est morte, ainsi que sa nièce Solange, une fille un peu perdue, artiste, et qui attend le retour de son père parti depuis plusieurs semaines...

Mammuth est le quatrième long-métrage, et pas forcément le plus évident de la filmographie des réalisateurs et scénaristes Benoît Delépine et Gustave Kervern qui en compte sept à ce jour. Autour de l'immense Gérard Depardieu qui campe ici le rôle de Serge Pilardosse, on retrouve avec beaucoup de plaisir l'actrice Yolande Moreau que le duo de cinéastes employa déjà dans l'excellent Louise-Michèle sorti deux ans auparavant en 2008. Autour de leurs deux personnages gravitent ceux interprétés par l'actrice, plasticienne et poétesse Miss Ming (en nièce totalement borderline), Bouli Lanners (en patron-recruteur auquel une secrétaire-fantôme prodigue une fellation), Albert Delpy (Père de l'actrice Julie Delpy), qui en compagnie de Depardieu se masturbent mutuellement, Benoît Poelvoorde, sillonnant les plages armé d'un détecteur de métaux Siné, en ancien patron viticulteur, Le génial Philippe Nahon en directeur d'hospice apparemment aussi sénile que ses patients. On a même droit à l'étonnante présence d'Isabelle Adjani dans le rôle de l'amour perdu.

Dire que Mammuth est atypique serait encore très loin de la vérité. En fait, l’œuvre du duo est un OVNI. Ou plutôt, comme on à communément l'habitude de nommer ce genre de films, un OFNI. On retrouve une fois encore la poésie qui émaille l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Une fois encore, il s'agit d'un road-movie au centre duquel les héros sont des petites gens, issus de milieux sociaux inférieurs. De la poésie, oui, mais quelques moments savoureusement trashs auxquels nous ont habitués les deux réalisateurs depuis l'émission télévisée Groland. Gérard Depardieu y est égal à lui-même : se fichant des apparences, il ne se refuse pas une petite promenade au guidon d'une pétrolette, vêtu comme un hippie, le cheveu long et surtout, gras et emmêlé.

Mammuth est une comédie douce, amère, et même tendre au milieu. Un homme à la recherche non seulement de documents administratifs, mais aussi et surtout de son passé. On y découvre les ravages du temps sur lequel le monde n'a aucune emprise. La totalité des curieuses et, il faut le dire, angoissantes créations entourant la demeure du personnage du père de Solange sont l’œuvre de l'actrice Miss Ming elle-même. Celle-là même qui interprète la nièce de Serge. L'image granuleuse baigne l'oeuvre d'une nostalgie renvoyant directement aux années soixante-dix, l'époque justement où le personnage central passait d'un métier à l'autre en l'espace de quelques mois seulement. Une esthétique particulière qui tranche singulièrement avec le noir et blanc de leurs deux premiers longs-métrages. La musique est signée Gaëtan Roussel. Le budget alloué à Mammuth fut de deux-millions d'euros et demi et en rapporta un peu plus de trois millions trois-cent mille...

jeudi 16 avril 2020

Humains de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin (2008) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



L'erreur est humaine et Humains est une horreur. En se penchant de plus en plus vers un cinéma de genre qui n'avait pourtant pas l'air au départ de lui être destiné, le cinéma hexagonal a fini par faire quelques progrès. Pourtant, il aura fallut subir quelques expériences pas toujours très agréables pour parvenir à un niveau de qualité raisonnable. Humains de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin est typiquement le genre de long-métrage qui aurait dû supporter une attention au moins aussi importante que les protocoles médicaux avant d'être lancé sur le marché. Une projection-test d'envergure nationale qui aurait évité aux quelques dizaines des milliers de spectateurs qui ont fait le déplacement, de perdre l'équivalent d'une place de cinéma pour aller voir ce film censément horrifique mais plus concrètement (et malheureusement involontairement), humoristique. Si le ridicule ne tue pas, il peut en revanche tuer une carrière dans l’œuf ; C'est du moins ce qui semble avoir été le cas pour les deux réalisateurs qui depuis l'année de sortie de Humains, leur premier long-métrage en commun, n'ont rien tourné depuis. Heureusement pour lui, Jacques-Olivier Molon a pu compter sur ses talents de maquilleur en effets-spéciaux. Quant à Pierre-Olivier Thévenin, depuis 2009 et Humains, il semble être aux abonnés absents...

Drôle de film tout de même. Et pour commencer, drôle de casting. Les deux réalisateurs ont en effet réunis autour d'un même sujet, les acteurs Dominique Pinon, Philippe Nahon et Lorant Deutsch ainsi que les actrices Sara Forestier, Elise Otzenberger et Manon Tournier. Concernant Philippe Nahon, c'est presque logique, lui qui depuis le court-métrage Carne de Gaspar Noé collectionne films d'horreur et longs-métrages particulièrement violents (Seul contre Tous de Noé également, mais aussi et surtout Haute Tension d'Alexandre Aja, Calvaire de Fabrice Du Welz ou Lady Blood de Jean-Marc Vincent). Lorant Deutsch se fait quant à lui plutôt rare au cinéma. Ce qui n'est pas toujours une mauvaise chose, vu le niveau relativement médiocre d'une partie des longs-métrages auxquels il a participé (Le Coût de la vie de Philippe Le Guay, Ripoux 3 de Claude Zidi ou encore le nullissime L'Américain de Patrick Timsit). Et puis, il y a Dominique Pinon. L'excellent, Dominique Pinon... Acteur chez Daniel Vigne (Le Retour de Martin Guerre), Jean-Claude Missiaen (Tir Groupé), Caro et Jeunet (Delicatessen), Olivier Van Hoofstadt (le film belge culte Dikkenek), et Jeunet tout seul avec Alien, la Résurrection qui lui permit tout de même de côtoyer Sigourney Weaver, Winona Ryder, Brad Dourif et Ron Perlman.

Autant dire que pour ces trois là et les actrices qui les accompagnent, c'est avec le film de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin, la DE-GRIN-GO-LA-DE. Et comme dégringolade rime avec rigolade, parlons justement du sujet. Prenant des allures de sous-Indiana Jones se transformant au beau milieu de l'aventure en ersatz raté de Délivrance de John Boorman et de tout un tas de survivals forestiers, Humains cultive une narration et une interprétation à ce point si ridicules qu'il devient difficile pour le spectateur de réprimer des rires. Le comble pour un film censé donner des frissons. Mais comment croire au scénario de Frédérique Henri, Silvan Boris Schmid, et Dominique Néraud qui tente d'imposer la présence de Néandertaliens dans les Alpes ? Et surtout, comment croire qu'en abordant leur film sans une once de second degré, les deux réalisateurs obtiendront le résultat escompté ? Et pourtant, premier degré ici rime davantage avec absurdité. Surtout, Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin prouvent qu'ils n'ont aucun sens de la mise en scène et semblent être demeurés totalement indifférents au piteux montage effectué par Manuel de Sousa (rien à avoir avec...) qui exécute un tour de passe-passe permettant finalement au film d'entrer dans le prestigieux cercle des nanars qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie.

Tiens, pour revenir sur le premier degré du film, et donc de ses auteurs, tellement pris par l'intrigue et sans doute convaincus de tenir là entre leurs mains, LA pépite qui sortira le genre du marasme dans lequel baigne encore sans doute un peu à l'époque notre pays, Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin semblent n'avoir pas conscience de la stupidité de certaines lignes de dialogue. À moins que.... à moins que contrairement à ce que laisse supposer leur œuvre, les deux hommes ne soient lucides quant au fait de détenir l'arme absolue contre la sinistrose ? Maladroit mais touchant. Voilà comment le public se doit d'aborder Humains. Un film fait avec le cœur, mais sans le talent de vrais réalisateurs. On en viendrait presque à verser une larme pour des interprètes investis à cent pour cent dans leur rôle pour un résultat frôlant l'encéphalogramme plat. Soyons ''Humains'', et octroyons lui quatre étoiles. Juste parce que même involontairement, le film est très, très, très drôle...

mardi 8 mai 2018

Carne (1991) et Seul contre Tous (1998) de Gaspar Noé - ★★★★★★★★☆☆



Carne et Seul Contre Tous sont indissociables l'un de l'autre. Le second est le prolongement du premier. Carne s'apparente aux premiers symptômes d'un cancer tandis que le second développe l'idée d'une maladie définitivement installée dans l'organisme de son porteur. Un cancer en phase terminale. Une tumeur au cerveau qui ne cesse de grandir, jusqu'à troubler les perceptions du malade, ainsi investit par un parasite intérieur qui sans interruption, le conduit à vouloir se venger de ce monde malade qui l'entoure, et ce, quel qu'en puisse être le prix. Une vie de misère. A quoi bon s'y raccrocher, puisque même le fruit des entrailles de la bonne femme avec laquelle il s'est acoquiné, a été souillé. Du moins, le suppose-t-il. Suffisamment en tout cas pour que l'envie de tuer un ouvrier arabe lui écorche l'âme. Carne, c'est d'abord l'histoire d'un boucher chevalin installé dans la banlieue parisienne. Afin d'argumenter le propos, Gaspar Noé provoque d'entrée de jeu la nausée en montrant l'un des emblèmes de la symbiose entre l'homme et l'animal échouer au sol, le crâne perforé par l'impact d'un pistolet d'abattage. Le cinéaste n'est pas ici pour faire semblant. On continue dans le carmin avec l'égorgement de la bête. Un fleuve de sang se déverse de la plaie. Ce même liquide qui reviendra hanter les trente-huit minutes que dure le moyen-métrage de Noé. Toutes les étapes nous sont infligées jusqu'à ce que la viande rouge et saignante vienne échoir dans une assiette. Celle de la compagne de l'anti-héros incarné deux fois de suite par l'acteur Philippe Nahon.
Après la mort, la vie. Et le début des emmerdes. Une mère qui renie son enfant, et un père obligé de l'élever seul. Gaspar Noé film tout d'abord son boucher le visage hors-cadre. Un type ordinaire, pour une existence ordinaire, alors à quoi bon ? Les années filent, mais le rituel est le même. La découpe de la viande, il connaît. Des carcasses par centaines sont passées dans sa boucherie, et pendant ce temps-là, la petite a grandit. Déjà, il ressasse. Les mauvaises pensées le taraudent. Un certain désir incestueux également car, si sa fille prend de l'âge, et des formes, son père continue à prendre soin d'elle comme aux premiers jours. La lavant, l'essuyant, l'habillant même. Ambiance de merde. Couleurs criardes rappelant sans cesse la couleur du sang. Puis survient le drame. Un malentendu.
Après la liberté, la prison. Le sang, encore. Celui de Cynthia. Premières règles témoignant des mutations qui s'opèrent chez cette jeune fille muette. Pour le père, le fait est indéniable. Elle a été violée. Le coupable, un ouvrier arabe. Son outil de prédilection en main, le boucher s'en est allé venger sa progéniture. Un acte gratuit, filmé sans artifices. Un fait divers sordide comme l'est Carne. Un moyen-métrage incommodant se terminant sur un constat amer. Ce même fil conducteur qui ne s'est jamais rompu. Les happy end, Gaspar Noé n'en voulait déjà pas à l'époque. Il abandonne les spectateurs en enfermant son héros en taule et sa fille à l'assistance publique...

Ce n'est qu'après quelques années de prison que l'on retrouve le boucher. Gaspar Noé a eu le temps de mûrir son premier projet de long-métrage. Cinq années durant, le cinéaste repoussera sa réalisation jusqu'à ce que la créatrice de mode versaillaise Agnès Troublé lui donne un coup de pouce financier afin qu'il puisse enfin le mettre en chantier. Seul Contre Tous signifie à travers sa seule appellation, toute la rancœur d'un individu livré à lui-même dans une société qu'il ne reconnaît pas. Philippe Nahon est toujours présent. La jeune Blandine Lenoir également. Nouvelle venue au casting, l'actrice Frankie Pain, éternel second rôle aux formes généreuses qui ici, incarne le rôle de la maîtresse du boucher. Vulgaire, avare, autoritaire. Le genre de femme qu'il ne fallait surtout pas mettre entre les pattes de notre héros. Surtout que la prison n'a pas calmé l'ancien boucher chevalin qui a perdu sa boutique, devenue la propriété d'un commerçant... arabe. Un comble pour notre bonhomme. Deux cents francs en poche, pas de boulot, et vivant aux côtés de sa maîtresse et de sa belle-mère, le boucher étouffe. Mais ce qui semble le répugner encore davantage encore, c'est l'idée d'avoir un gosse avec elle. Car après l'avoir sautée, la voilà qui arbore fièrement un ventre tout rond. Huit ans ont passé entre Carne et Seul Contre Tous, et pourtant, rien n'a changé. Le style est le même. Les couleurs également. Le personnage créé par Gaspar Noé continue de croiser la lie de notre société. Allant même jusqu'à se permettre quelques traits d'humour fort peu innocents (le héros se faisant traiter d'ivrogne par le client d'un bar qui à la suite d'une altercation, demande lui-même au barman de lui resservir un coup).
Si le personnage incarné par Philippe Nahon apparaît jusqu’au-boutiste dans les propos qu'il rumine sans cesse (certains d'entre eux s’entre-chevauchant même), il est facile de ressentir le malaise qui l’étreint puisque la majorité des individus qu'il est amené à croiser sur sa route demeurent absolument répugnants. La maîtresse, le gérant du supermarché, ou bien même la prostituée toxicomane, tous laissent le sentiment d'une humanité parcourue par la misère. Alors que bon nombre de longs-métrages érigent les serial killer comme une nouvelle forme de héros en les jetant directement dans la fosse aux lions, Seul Contre Tous explore ce qui précède la transformation d'un individu en un monstre froid. Le boucher de Gaspar Noé ressemble à ces hommes qui parce qu'ils ont connu la déchéance absolue, ont choisi des chemins de traverse meurtriers. Mais à la manière d'un Michael Haneke, le français exploite le délire de son héros en imaginant une conclusion sanglante qui, par sa propre lâcheté, ou par amour pour sa fille, ne fera finalement l'objet que d'un fantasme évoqué lors d'un visuel graphiquement perturbant. Avant d'abandonner son héros et d'aller planer au dessus d'une rue où jouent quelques enfants demeurés sourds à la tragédie d'un homme né sous une mauvaise étoile...

jeudi 18 mai 2017

Calvaire de Fabrice du Welz (2004) - ★★★★★★★★☆☆



 
Pour son premier long-métrage, le cinéaste belge Fabrice Du Welz n'a pas choisi de nous raconter un conte de fée. Plutôt le calvaire d'un artiste itinérant qui pour gagner du temps sur la route du sud, décide de prendre un raccourci qui va le mener jusqu'à l'auberge de Bartel. Un homme se définissant lui-même comme un ancien artiste et que sa femme a abandonné voici plusieurs années. Le véhicule de Marc Stevens tombé en panne, l'aubergiste lui promet de jeter un œil au moteur. Résultat des courses : la camionnette est devenue inutilisable.
Peu à peu, l'étau se resserre autour du chanteur. Bartel n'a pas l'intention de laisser repartir le jeune homme qu'il confond désormais avec Gloria, son épouse. Séquestré, humilié et vêtu des vêtements de celle-ci, Marc n'a guère l'occasion de pouvoir espérer fuir le piège dans lequel il est tombé. Il ne pourra d'ailleurs pas compter sur l'aide des villageois qui eux-mêmes observent un comportement très étrange vis à vis du jeune artiste et de son bourreau. Les jours et les heures passent. L'aubergiste peut compter sur l'appui de Boris, un adolescent attardé qui passe son temps à la recherche de sa chienne Bella. Un soir, alors que tout semble définitivement perdu pour Marc, l'auberge est attaquée par un meute de villageois surchauffés conduits par un certain Robert Orthon. C'est peut-être alors l'occasion pour Marc de s'enfuir...

Éprouvant. Voici ce qui ressort d'abord du premier long-métrage de Fabrice Du Welz, cinéaste un peu trop sous-estimé (Vinyan, Colt 45), auteur de la meilleure adaptation cinématographique d'un fait divers sordides dont se rendit responsable le couple de tueurs en série américains Raymond Fernandez et Martha Beck avec Alléluia, et dont le dernier film Message from the King est sorti sur nos écrans il y a huit jours. Si Calvaire porte bien son nom, son auteur semble y digérer plusieurs influences majeures du cinéma d'épouvante et notamment de quelques survivals plutôt bien sentis. Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper demeurant sans doute l'une des principales sources d'inspiration de Fabrice Du Welz avec, entre autres, La Traque de Serge Leroy.
Dès les premières minutes, le cinéaste belge instaure un climat trouble, et éminemment dérangeant. Entre cette maison de retraite qu'il visite chaque année pour y donner un concert de chansons ringardes au profit de vieillards dont certaines pensionnaires développent un amour morbide pour cet artiste de quarante ou cinquante ans plus jeunes qu'elles, et cette route perdue en pleine campagne et que la brume et l'obscurité enveloppent d'un manteau particulièrement angoissant, il ne fait aucun doute que le sort du personnage incarné par le génial Laurent Lucas (auquel Fabrice Du Welz rendra son honneur en lui faisant cette fois-ci endosser le rôle de bourreau dans l'extraordinaire Alléluia) est déjà scellé.

Outre quelques références, dont une scène de repas qui abouti sur des gros-plans d'yeux similaires à ceux du classique de Tobe hooper cité plus haut, Fabrice Du Welz aborde une déviance sexuelle rarement évoquée dans le septième art : la zoophilie. Car non content d'être de parfaits demeurés, les villageois dont le chef n'est autre que le toujours impeccable Philippe Nahon violent en toute impunité et sous le regard malsain de leurs proches, leur propre bétail.
De quoi vous donner le tournis, en imaginant que vous puissiez ne fusse qu'un instant être à la place du pauvre Marc Stevens dont le pseudo même et le costume de scène définissent à eux seul l'aspect dépassé du personnage qu'il incarne durant sa tournée. Face à lui, un Jacky Berroyer loin du personnage que l'on connaissait dans les années quatre vingt-dix lors de la diffusion de l'émission culte Nulle par Ailleurs. Le pauvre homme a ici littéralement fondu un fusible. Calvaire dresse le portrait d'une civilisation retournée à l'état sauvage. Entre barbarie, rituels ancestraux proprement ignoble, et absence totale de toute forme de morale. La critique d'une société engendrant des créatures ressemblant de moins en moins à des hommes et davantage à des bêtes fauves.
Pour son premier film, Fabrice Du Welz signe une œuvre coup de poing terriblement efficace. La première d'une lignée de longs-métrages forts réussis. A noter la présence au début du film de l’envoûtante actrice Brigitte Lahaie qui n'en était pas ici à son premier coup d'essai en matière de film d'horreur puisqu'elle tourna jadis auprès du cinéaste français Jean Rollin...

dimanche 29 janvier 2017

Irréversible de Gaspard Noé (2002) - ★★★★★★★★☆☆




Long plan séquence dans une boite de nuit homosexuelle. Proche de la caricature que se font certains des ces lieux de débauche. De celles dans lesquelles la sueur et le foutre coulent à flots et où cuir, chaînes et sadisme règnent en maîtres. Dans un univers aux teintes rouge sang et à l'atmosphère étouffante voire suffocante, un homme plein de haine et de fureur en cherche un autre. Marcus (interprété par Vincent Cassel), accompagné de son ami Pierre (Albert Dupontel),a semble-t-il une dent contre un troisième homme, le Ténia, dont nous ne tarderons pas à faire connaissance. La première question qui se pose est qu'à donc à bien pu faire cet homme pour que nos deux amis aient pris le risque insensé de pénétrer ce lieu de perdition ou le danger rode dans chaque couloir?
Pour comprendre et accepter la scène qui va suivre, particulièrement abjecte, celle ou l'homme reconnu comme étant celui recherché par nos deux hommes va mourir dans des conditions abominables et devant les yeux émerveillés d'une bande de malades avides de sueur et de sang, il va falloir patienter.
Car le génie de Gaspard Noé, s'il s'agit bien de cela, est d'avoir choisi de nous montrer la conclusion d'un drame qui s'est déroulé quelques temps auparavant et de remonter le fil du temps durant quatre vingt dix minutes. Un acte incompréhensible qui prendra tout son sens lorsque le sus-dit drame arrivera jusqu'à nos pupilles écarquillées par tant de violence. Et ce drame, c'est un viol, une longue agonie vécue par la femme de Marcus et que la caméra n'a même pas la générosité de nous voiler. Dix longues minutes, en plan-séquence, pas une de moins pendant lesquelles ont suit, presque en apnée, le long calvaire d'Alex (Monica Belluci).Une scène d'une crudité rarement atteinte au cinéma.

Gaspard Noé Choque, révulse, écœure, et fascine, posant sa caméra au sol, la laissant tourner sans rien nous épargner. Et c'est alors que de spectateurs, nous voici rendu à l'état de voyeurs. Comment parvenir à garder les yeux ouverts devant cette image terrible d'une femme écrasée au sol, humiliée, seule face à son bourreau qui n'a de cesse de la briser dans son corps et dans son âme? Alors on comprends, on adopte le point de vue de Noé (de Marcus?). On applaudit des deux mains le meurtre que l'on rejetait au départ et qui ouvrait presque le film après un long travelling bancal qu'une musique signée Thomas Bangalter finissait de rendre insupportablement long......jusqu'à la nausée. 

Le film commence donc par la fin et se termine par le prologue.C'est tout bête et pourtant ce détail qui pourrait sembler insignifiant rends la scène finale un brin, si ce n'est, terriblement dramatique. En effet, vu du ciel, notre couple, allongé sur l'herbe, semble couler des jours heureux, il savent leur bonheur total puisqu'Alex attends un enfant de Marcus. L'accomplissement sûrement d'une vie de couple bien "réglée" qu'un traumatisme bientôt va détruire. Et c'est là que Gaspard Noé montre l'étendue de son talent. Plus qu'un vulgaire film basé sur une vengeance, même légitime, il pousse le spectateur à participer à l'histoire, comme un énième personnage et lorsque le générique de fin arrive "enfin", le sentiment qui devrait nous envahir, celui du bonheur, représenté par cette herbe verte et ce couple heureux, est totalement faussé. Car oui, à ce moment là, Marcus et Alex sont seuls au monde et ne vivent que pour eux. Mais nous spectateurs, savons déjà que ce bonheur est éphémère...

Un film "hardcore" dont beaucoup n'ont pas compris le message et c'est bien dommage car il est à mille lieues de l'image du film totalement gratuit qu'il traîne derriere lui...

vendredi 28 novembre 2014

Trois films sinon rien: Aux Yeux des Vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014), Ablation de Arnold de Parscau (2013), Au Nom du Fils de Vincent Lannoo (2012)



Au programme de cet article, deux films français et une production franco-belge...

Et pour commencer, Aux Yeux des Vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo. Sept années après le très remarqué (et pas du tout remarquable) A L'intérieur, les deux bonhommes récidivent ensemble pour ce qui ressemble à une pseudo-suite de leur premier bébé. Trois gamins épris de liberté font l'école buissonnière le dernier jour de l'année et filent tout droit vers le cauchemar en s'introduisant dans un ancien studio de cinéma perdu en plein air et laissé à l'abandon. Le décor idéal pour un petit film d'horreur glauque et qui démarre sous des augures craspecs qui nuisent au film. Car à trop vouloir en donner dès l'ouverture, on en attend ensuite des scènes à l'impact saisissant qui ne viendront malheureusement jamais. On pourra louer la force de conviction des très jeunes acteurs, plutôt à l'aise dans leur costume de petits gredins victimes d'un grand méchant loup au physique, avouons-le tout de même, assez troublant.
Les deux réalisateurs nous épargnent le sempiternel faciès de mongoloïde pour celui, plus réaliste d'un homme à la force herculéenne cachée sous un corps frêle et vaguement tordu. L’œuvre a beaucoup de défauts et se trouve être assez brouillonne, ce que l'on aurait pu excuser si le film était un premier essai. Mais Bustillo et Maury en sont, ne serait-ce qu'au niveau collaboratif, à leur troisième film. Toujours est-il que Aux Yeux des Vivants est une petite bande horrifique parfois grotesque, souvent maladroite, mais au fond généreuse. Pas inoubliable mais de quoi réchauffer vo futures nuits d'hiver...

Ablation, un film qui surfe sur la vague des films horrifiques ricains, genre Hostel ou Saw ? Et bien non, pas du tout. Un drame, un thriller, oui. L'horreur vient plutôt de ce qui arrive au personnage principal. Le pauvre se réveille au bord d'une rivière avec un rein en moins. L'homme volé, l'homme « violé » va tout entreprendre pour retrouver celui ou ceux qui lui ont fait ça, quitte à mettre son couple en péril. Denis Ménochet est cet homme blessé. Autour de lui gravitent Virginie Ledoyen, sa femme dans le film, ainsi que Florence Thomassin, dans le rôle de ancienne (et nouvelle) maîtresse. Ablation est un sujet en or pour Arnold de Parscau. Pourtant, le résultat est navrant. Disons, loin des attentes que le sujet pouvait laisser espérer. Ce n'est pas tans la mise en scène qui fait défaut mais il dégage de cette œuvre un sentiment d'inachevé. C'est parfois mou, tantôt parcouru d'incohérences (au hasard, le personnage principal quitte la propriété de celui qui lui a volé un rein, survient la fuite d'un gamin qui hurle sans que le héros, que l'on devine forcément encore dans les parages, ne l'entende), Ablation possède un défaut majeur : l'absence de folie que pouvait laisser présager le synopsis. Et c'est bien dommage. Toutefois, on se laissera aller à découvrir le pourquoi de ces vols d'organes perpétrés dans la région...
 
Le troisième film abordé ici est belge. Au Nom du Fils est une comédie noire, très noire, qui flirte avec le drame familial, la religion et l’extrémisme qui parfois découle de cette dernière. Cinquième long-métrage de Vincent Lannoo, Au Nom du Fils est une œuvre atypique. En réalité, une petite merveille qui comblera surtout les attentes de ceux qui désirent plus que tout savourer de splendides dialogues. L'interprétation des actrices et acteurs est irréprochable. Dans le fond, c'est cette figure exagérée de l'union entre certains croyants et la foi qui est décrite ici. Mais dans la forme, le cinéaste n'y va pas de main morte. La tournure que prennent les événements est difficile à prévoir. Conte de fée, critique féroce, vengeance, Western sont des références qui semblent servir ici la cause d'un cinéma décalé et qui ose aller jusqu'au bout des convictions de son géniteur.
Certains y verront sans doute une œuvre grossière et déplacée dans un contexte qui donne encore très fortement la chair de poule et rend frileux les moins aventureux des cinéastes et producteurs (le film aborde le sulfureux sujet des prêtres pédophiles). Pourtant, c'est bien grâce à ce genre de film que l'on pourra faire le deuil de toutes ces horreurs que la presse papier et télévisée se lèche les babines de nous pondre au quotidien. Une vraie perle !

jeudi 3 octobre 2013

La Meute de Franck Richard (2010)



Charlotte Hutter a tout abandonné et file à bord de sa voiture sur une route déserte. Elle croise la route d'une bande de bikers éméchés puis celle de Max, un jeune auto-stoppeur qu'elle prend avec elle. Sans but véritable, le duo improvisé roule sur une route de campagne. Lorsque Charlotte sent la fatigue la gagner, c'est Max qui prend le volant. Un drôle de type ce Max. Il profite du sommeil de la jeune femme pour fouiller dans la boite à gants et dans ses papiers. Lorsque Charlotte se réveille, ils sont devant un restoroute tenu par une imposante quinquagénaire dite La Spack. Attablés, ils discutent sans voir que dehors, les bikers qui ont provoqué Charlotte plus tôt dans la journée viennent d'arriver. Lorsque ces derniers entrent dans l'établissement, c'est l'affrontement. Max se retrouve à terre, ensanglanté et incapable de se défendre. Alors que Charlotte est aux mains des voyous, La Spack se saisit d'un fusil de chasse et menace de "repeindre le lino avec le jus des couilles" de leur chef.

La bande prend la fuite, Max file se laver dans les toilettes et Charlotte fume cigarette sur cigarette en attendant qu'il en sorte. Le temps passe mais Max ne réapparaît pas. La jeune femme se dirige vers les toilettes et constate que Max ny est plus. Le jeune homme a disparu...

La Meute de Franck Richard est ce que l'on peut appeler un nanar. Un petit navet du septième art comme il en existe tant. Pourtant, tout avait bien commencé. Un casting intéressant (Yolande Moreau, Émilie Dequenne, Benjamin Biolay et Philippe Nahon), et un début qui tenait la route. 

Le problème avec La Meute, c'est que le film hésite entre divers genres auxquels il n'arrive pas toujours à rendre hommage. D'abord road-movie, le film louvoie ensuite du coté du survival en s'appuyant sur des codes maintes fois rabâchés (des autochtones décérébrés, un environnement inquiétant et délabré baignés dans un univers sordide). Là où le bât blesse, c'est le virage que prend le film en choisissant une perspective fantastique plutôt grotesque.

Car en effet, La Meute, après s'être engouffré dans un genre relativement bien représenté au cinéma (Massacre A La Tronçonneuse pour ne citer que lui) change de cap et exhibe alors des créatures qui oscillent entre mort-vivants et vampires. Dès lors, on assiste à un ballet de bestioles d'une lenteur exaspérante qui ne justifie à aucun moment l'angoisse ressentie par les personnages retranchés dans une cabane. Tellement amorphes même que l'on ne comprend pas pourquoi ces derniers préparent un siège alors qu'il leur suffirait de prendre la fuite, même sans se presser.

Yolande Moreau, pourtant, tire son épingle du jeu. Elle campe avec merveille ce rôle de mère protectrice d'une bande de goules assoiffées de sang. Émilie Dequenne est une jeune paumée sans vraie consistance. Benjamin Biolay est un rejeton aphone et léthargique affligé d'une gueule pourtant prête à l'emploi. Et quand à Philippe Nahon, sa présence au générique reste à justifier tant le rôle qui lui est confié n'est pas à la hauteur de son talent.

La Meute est donc un film qui se regarde, sans plus, mais qui s'oublie vite...

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