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samedi 4 avril 2026

Mammuth de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2010) - ★★★★★★★★☆☆



Mammuth, c'est l'histoire de Serge Pilardosse, ancien employé modèle dans un abattoir, qui vient tout juste de prendre sa retraite (ses collègues de travail lui ayant généreusement offert un puzzle de deux-milles pièces pour son départ), et auquel il manque malheureusement un certain nombre de documents pouvant lui permettre de toucher sa retraite. Poussé par son épouse Catherine à chevaucher de nouveau sa Munch Mammuth, une superbe moto qu'il a rangé au garage depuis un grave accident qui a coûté la vie à son ancienne compagne, le voilà repartit sur les routes.

Durant sa quête de documents administratifs, Serge retrouve d'anciens employeurs et constate avec stupeur qu'une partie des entreprises qui l'ont employé n'existent plus ou ont oublié de le déclarer. Ancien fossoyeur, videur dans une boite de nuit, forain, ou encore vendangeur, Serge constate que le monde autour de lui a bien changé. En chemin, il retrouve celle qu'il a aimé jadis et qui depuis est morte, ainsi que sa nièce Solange, une fille un peu perdue, artiste, et qui attend le retour de son père parti depuis plusieurs semaines...

Mammuth est le quatrième long-métrage, et pas forcément le plus évident de la filmographie des réalisateurs et scénaristes Benoît Delépine et Gustave Kervern qui en compte sept à ce jour. Autour de l'immense Gérard Depardieu qui campe ici le rôle de Serge Pilardosse, on retrouve avec beaucoup de plaisir l'actrice Yolande Moreau que le duo de cinéastes employa déjà dans l'excellent Louise-Michèle sorti deux ans auparavant en 2008. Autour de leurs deux personnages gravitent ceux interprétés par l'actrice, plasticienne et poétesse Miss Ming (en nièce totalement borderline), Bouli Lanners (en patron-recruteur auquel une secrétaire-fantôme prodigue une fellation), Albert Delpy (Père de l'actrice Julie Delpy), qui en compagnie de Depardieu se masturbent mutuellement, Benoît Poelvoorde, sillonnant les plages armé d'un détecteur de métaux Siné, en ancien patron viticulteur, Le génial Philippe Nahon en directeur d'hospice apparemment aussi sénile que ses patients. On a même droit à l'étonnante présence d'Isabelle Adjani dans le rôle de l'amour perdu.

Dire que Mammuth est atypique serait encore très loin de la vérité. En fait, l’œuvre du duo est un OVNI. Ou plutôt, comme on à communément l'habitude de nommer ce genre de films, un OFNI. On retrouve une fois encore la poésie qui émaille l’œuvre de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Une fois encore, il s'agit d'un road-movie au centre duquel les héros sont des petites gens, issus de milieux sociaux inférieurs. De la poésie, oui, mais quelques moments savoureusement trashs auxquels nous ont habitués les deux réalisateurs depuis l'émission télévisée Groland. Gérard Depardieu y est égal à lui-même : se fichant des apparences, il ne se refuse pas une petite promenade au guidon d'une pétrolette, vêtu comme un hippie, le cheveu long et surtout, gras et emmêlé.

Mammuth est une comédie douce, amère, et même tendre au milieu. Un homme à la recherche non seulement de documents administratifs, mais aussi et surtout de son passé. On y découvre les ravages du temps sur lequel le monde n'a aucune emprise. La totalité des curieuses et, il faut le dire, angoissantes créations entourant la demeure du personnage du père de Solange sont l’œuvre de l'actrice Miss Ming elle-même. Celle-là même qui interprète la nièce de Serge. L'image granuleuse baigne l'oeuvre d'une nostalgie renvoyant directement aux années soixante-dix, l'époque justement où le personnage central passait d'un métier à l'autre en l'espace de quelques mois seulement. Une esthétique particulière qui tranche singulièrement avec le noir et blanc de leurs deux premiers longs-métrages. La musique est signée Gaëtan Roussel. Le budget alloué à Mammuth fut de deux-millions d'euros et demi et en rapporta un peu plus de trois millions trois-cent mille...

dimanche 5 janvier 2020

Le Daim de Quentin Dupieux (2019) - ★★★★★★★★☆☆



De manière irrégulière et depuis presque vingt ans, le cinéaste et musicien Quentin Dupieux (Mr Oizo, c'est lui !) réalise des longs-métrages qui divisent souvent la presse et le public même si une grande partie d'entre eux lui reconnaissent un réel talent. Génie de l'absurde ou provocateur se fichant éperdument de son public (tels certains spectateurs pourraient le concevoir), l'auteur des cultissimes Rubber en 2010, Wrong en 2012 ou Réalité en 2014 se fendait en 2018 d'un Au Poste ! toujours aussi absurde, auquel il faudra tout de même remarquer une certaine tendance à la flemmardise. Même si l'on y retrouve les ingrédients du cinéma délirant de Quentin Dupieux, l’œuvre s’avère rétrospectivement un brin ennuyeuse. Ce qui n'est fort heureusement pas le cas de son dernier effort. Le bien nommé Le Daim. Unique cas de tueur en série dans l'histoire de la criminologie mondiale où l'assassin tue parce que son blouson 100% en daim exige de son propriétaire qu'ils débarrasse la ''concurrence'' des blousons qu'elle porte sur les épaules. Le Daim est l'histoire décidément peu commune d'un homme psychologiquement instable fasciné par son blouson en daim et celle d'une rencontre entre ce vidéaste amateur mythomane et une jeune serveuse de bar rêvant d'être monteuse pour le cinéma...

Avec Le Daim, Quentin Dupieux réalise sans doute son œuvre la plus accessible. Du moins, la plus linéaire et compréhensible pour le néophyte qui voudrait se lancer dans l'imaginaire très particulier de ce cinéaste hors-norme. Derrière son décor de montagnes austère et sa poignée de personnages secondaires pour le moins intrigants (la pute, le propriétaire de l'hôtel, etc...) Quentin Dupieux offre sa vision toute personnel du tueur en série, ce mythe qui dans le cas présent est campé par un Jean Dujardin en mode sociopathe, schizophrène, mythomane et paranoïaque. Si les rires du spectateur demeurent discrets, c'est parce qu'un certain malaise s'y octroie une place importante dans ce long-métrage qui n'excède pas les soixante-dix sept minutes mais sur lequel souffle un vent de solitude relativement décourageant. Avec ses teintes automnales, ses personnages auxquels le spectateur aura du mal à s'identifier et son petit air musical obsédant (The Long Wait, composé par Mort Stevens et His Orch) emprunté à la série télévisée américaine Hawaii 5-0, Le Daim est parfois aussi inconfortable que certaines thématiques abordées dans Steak, le premier long-métrage de Quentin Dupieux et dans lequel évoluait un Ramzy Bedia/Georges désireux de rejoindre un groupe d'adolescents connus sous le sobriquet de ''Chivers''.

Pour autant, le dernier long-métrage de Quentin Dupieux n'est pas dénué de cet humour si particulier qui accompagne généralement son œuvre. On reste souvent circonspect devant certaines situations (surtout si l'on n'est pas familier avec son univers) qui dans le cas présent trouve un terrain d'entente avec les sinistres agissements de son héros qu'incarne avec une troublante véracité le formidable Jean Dujardin. Simple dans sa conception et adapté d'un scénario qui ne l'est pas moins, Le Daim tire une grande partie de sa force dans son approche décalée s'éloignant des canons du genre. Neuf ans après Rubber, Quentin Dupieux qui s'avère de plus en plus productif (trois films en trois ans puisque son nouveau projet Mandibules devrait voir le jour en 2020) se réapproprie à nouveau les codes du ''Serial Killer Film'' pour le broyer, l'ingurgiter, le digérer à sa manière si personnelle avant de signer l'un de ses meilleurs longs-métrages...
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