Pressée par un
collaborateur d'écrire le scénario de son prochain film, la jeune
Park Mi-jung (Seo Yea-ji) cherche son inspiration dans un fait-divers
très étrange qui se produisit dix ans en arrière. En effet, lors
d'une projection en salle, une œuvre signée de Kim Jae-hyun (Jin
Seon-kyu) provoqua l'hystérie et causa même la mort par crise
cardiaque de l'un des spectateurs. Cherchant des témoins de
l'affaire pouvant l'informer sur l'éventuelle possibilité de
rencontrer l'auteur du long-métrage maudit et ainsi de mettre la
main sur le film en question, Park Mi-jung ne sait pas encore qu'elle
va mettre le pied dans une aventure terrifiante emplie de phénomènes
étranges et paranormaux... Douze ans après son premier long-métrage
The Butcher,
le réalisateur et scénariste sud-coréen Kim Jin-won réapparaissait
en 2019 sur grand écran avec Amjeon (Warning:
Do Not Play),
un petit film d'horreur souvent malmené par la critique et par les
spectateurs qui le découvrirent lors de sa sortie. Pourtant, au
sortir de la projection, on peut se demander ce qui poussa certains à
s'acharner dessus comme s'il n'était que le pur produit d'un esprit
dénué d'imagination, de sens de la mise en scène et de la
direction d'acteurs. Il est vrai que pour sa seconde incartade dans
le domaine de l'horreur au cinéma, Kim Jin-won ne facilite pas la
tâche des spectateurs puisque son film se révèle relativement
alambiqué. Partant sur un postulat pourtant très simple, soit
l'enquête d'une jeune femme sur un événement plutôt étrange qui
se produisit une décennie en arrière, le cinéaste sud-coréen
traite d'un sujet qu'il ne maîtrise malheureusement pas tout à
fait ! De plus, même si Seo Yea-ji se montre très
convaincante dans le rôle de l'héroïne, surtout lorsqu'elle est
amenée à exprimer un certain effroi teinté de révulsion lors des
différentes apparitions ectoplasmiques durant la dernière partie du
récit, il est difficile de s'attacher à ce personnage dont
l'empathie pour ses concitoyens se juge à l'aune de ses ambitions.
Créant ainsi une certaine forme d’ambiguïté, voire même
d'incohérence entre sa réaction proprement épidermique face à
l'entité du récit et son attitude très.... ''professionnelle''
lorsqu'il s'agit de prendre en photo tout élément pouvant
agrémenter ses recherches et cela, en dépit du danger !
Un
comportement invraisemblable puisque l'héroïne photographie
froidement des scènes lors de certaines interactions avec des
phénomènes paranormaux tout en étant par la suite prise de
convulsions ! Ici, le film maudit agit comme un personnage à
part entière tout en ayant des conséquences directes sur le
personnage central du récit. Une mise en abîme du cinéma, de l'art
créatif, qui possède son créateur et ceux qui participent à son
élaboration. Kim Jin-won insiste d'ailleurs sur ce sujet en
intégrant le concept de ''film dans le film'' où l'héroïne se
retrouve directement impliquée au cœur de ce projet intitulé
Warning
qui en devient par conséquent assez nébuleux. Ici, le réalisateur
tord le concept entourant l'utilisation d'outils audiovisuels
(cassettes vidéos, caméras, etc...) en inversant les valeurs de ce
que projette ou pas le téléphone dont Kim Jae-hyun fait un usage
intensif. Dans le cas de Amjeon,
l'objet n'est plus le révélateur des phénomènes paranormaux mais
l'outil permettant de différencier les abominations auxquelles
l'héroïne est directement confrontée de la réalité à laquelle
celle-ci échappe lorsqu'elle ose enquêter sur les lieux du tournage
maudit. Fasciné par le cinéma d'horreur outre-atlantique (Kim
Jin-won voue notamment un culte au Evil Dead
de Sam Raimi) ou par le cinéma déjanté du japonais Shinya
Tsukamoto, auteur en outre du film culte Tetsuo,
le réalisateur sud-coréen parvient malgré un brouillard
scénaristique quasi permanent, à créer un certain trouble. Et ce,
grâce à la totale implication de son interprète principale mais
aussi grâce à des décors parfois très anxiogènes qui tranchent
radicalement avec l'univers dans lequel la jeune femme évolue
habituellement (l'école de cinéma et d'une manière plus générale,
des bureaux s'inscrivant dans l'industrie du cinéma). On pense bien
évidemment à l'appartement de Kim Jae-hyun, glauque à souhait,
antre d'un esprit rendu fou par son projet de film maudit réalisé
conjointement avec un..... fantôme (!?!). Et plus encore à ce
théâtre abandonné où fut tourné Warning
et où l'héroïne se lance dans une enquête périlleuse, confrontée
à des phénomènes paranormaux, dans des décors sordides, mal
éclairés, aidée seulement par la lumière et l'écran de son petit
téléphone portable. Bref, une expérience assez curieuse, aux
finitions approximatives, brouillonne mais néanmoins intrigante...
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