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mercredi 8 juillet 2026

Zhou (Incantation) de Kevin Ko (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Asie toujours mais détour cette fois-ci du côté de Taïwan avec Zhou (Incantation), dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Kevin Ko. Tandis qu'aucun nouveau projet ne semble être au planning du cinéaste taïwanais, retour donc sur ce long-métrage qui comme de très nombreux autres avant lui intègre au récit des éléments fantastiques relatifs aux domaines des superstitions et du folklore religieux asiatique. Ici l'on suit les aventures de Li Ronan (Tsai Husuan-yen) qui après avoir passé six années dans un hôpital psychiatrique retrouve sa fille Dodo (Huang Sin-ting) qui durant tout ce temps fut confiée à la garde d'une famille d'accueil. Si le retour de la gamine chez sa mère biologique se passe relativement bien, Dodo semble pourtant être victime d'une malédiction. La fille de Li Ronan est notamment la seule à apercevoir au plafond de sa chambre une entité qui paraît être hostile. Plutôt que de rechercher dans le présent ce qui touche le cœur du sujet, Kevin Ko préfère se plonger dans le passé de son héroïne. Six ans auparavant, à l'époque même où elle et son ancien petit ami Dom (Sean Lin) ainsi que leur camarade Yuan (Wen Ching-yu) alimentaient une chaîne Youtube avec leurs propres vidéos de chasseurs de fantômes. Entre séquences actuelles et flash-back remontant donc six ans en arrière, Zhou est en outre entièrement filmé caméra à l'épaule et de manière subjective, façon Found Footage. De plus, le cinéaste taïwanais implique directement le spectateur puisque l'héroïne du récit s'adresse directement à lui dès les premiers instants. Et même si la jeune femme lui lâche rapidement la grappe, la volonté de l'intégrer reste en toile de fond... Zhou s'inspire plus ou moins d'un fait-divers qui eut lieu à Kaohsiung dans le district de Gushan en 2005. Convaincus d'être possédés par des démons, les six membres d'une même famille tentèrent de conjurer le mauvais sort en se frappant mutuellement à l'aide de tablettes spirituelles et de bâtons. Pire : ils se recouvrirent d'excréments et d'urine, persuadés que cela allait chasser les divinités issues du folklore chinois qui s'en prenaient à chacun d'entre eux ! L'horreur atteignant son paroxysme lorsque la plus âgée des filles fut rouée de coups jusqu'à ce que mort s'ensuive... Un cas jugé d'hystérie collective dont les principaux acteurs furent reconnus coupables ''d'abandon de personne sans défense ayant entraîné sa mort''... Projeté à Taïwan dès le 18 mars 2022, le film sera mis à disposition du public quatre mois plus tard sur la plateforme Netflix...


Outre la tentative de manipulation psychologique du spectateur, Kevin Ko choisit de traiter le sujet sous l'angle de la culpabilité et des liens familiaux. En effet, après avoir été séparée de sa fille, l'héroïne tente de reconstruire une vie normale auprès de Dodo. Emprunt d'un caractère profondément religieux attaché à certaines croyances propres à la culture bouddhiste et taoïste, le script de Kevin Ko et du scénariste Chang Che-Wei tente de faire comprendre au spectateur que l'issue ne peut être résolue qu'en passant par la transmission de la malédiction à travers plusieurs personnes. Une ''contagion'' qui permettrait au final de la ''diluer''. L'emploi du concept de Found Footage agissant ainsi d'une manière presque semblable au thème invoqué à la fin du siècle dernier par le japonais Hideo Nakata à travers Ringu (Ring) et sa cassette vidéo maudite ou au beau milieu des années 2010 par l'américain David Robert Mitchell à travers It Follows dans lequel l'entité qui s'attaquait aux protagonistes était sujette à une métaphore des maladies sexuellement transmissibles... Si l'intervention du surnaturel devient rapidement une évidence, Kevin Ko maintient longtemps le secret entourant les causes et les conséquences de la malédiction qui repose sur la personne de Dodo. En outre, le cinéaste appuie durant un certain laps de temps sur l'idée qu'en aidant sa fille, Li Ronan ne fait que renforcer le mal dont celle-ci est atteinte. Atteignant ainsi un important degré de perversité en révélant notamment que le rituel, le symbole affiché à plusieurs reprises et l'incantation prenant la forme de la phrase ''Hou-ho-xiu-yi, si-sei-wu-ma'' ne sont plus vraiment bénéfiques à la guérison de la petite fille mais lui sont au contraire extrêmement défavorables. Privilégiant ainsi une fois encore la participation du spectateur qui, s'il se laisse convaincre par le procédé mis en place par Kevin Ko, se sait désormais en partie coupable de ce qui se produit à l'image... Enfin, Zhou traite bien évidemment de la folie. Tout comme s'agissant du fait-divers ayant eu lieu en 2005. Car comment comprendre autrement ce qui a pu aboutir à cette ''emprise'' familiale qui poussa cinq individus à en tuer un cinquième ? Touffu et donc parfois assez brouillon, Zhou n'en est pas moins une œuvre intéressante et constituant un ajout important dans l'iconographie des légendes et autres folklores asiatiques représentés sur grand écran...

 

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