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jeudi 13 août 2026

The Black Panther de Ian Merrick (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Dans un même esprit que The Todd Killings de Barry Shear mais quittant le territoire américain pour la Grande Bretagne et dans une approche beaucoup plus sombre et réaliste, The Black Panther de Ian Merrick s'intéresse cette fois-ci non plus au tueur en série Charles Schmid mais au braqueur de banque et de bureaux de poste, kidnappeur et multiple assassin Donald Neilson qui entre 1971 et 1974 commis plusieurs effractions et meurtres qui firent trois victimes : Sidney Gray en 1971, Donald Skepper en 1972 et Ernest Dyas en 1974. Le titre du long-métrage n'est pas une pure invention puisque l'homme fut surnommé ainsi pour avoir surtout effectué des cambriolages de nuit, entièrement vêtu de noir et sans faire le moindre bruit. Mais s'il est surtout resté célèbre sur le territoire britannique, c'est parce qu'il kidnappa l'adolescente Lesley Whittle alors âgée de dix-sept ans le 14 janvier 1974. Donald Neilson aurait alors exigé de la part de ses parents la rondelette somme de cinquante-mille livres. Quant à Lesley, elle fut enfermée dans un puits de drainage souterrain d'un réservoir situé à Bathpool Park, dans le Staffordshire. Déshabillée, attachée nue à seize mètres de profondeur, une cagoule placée sur sa tête et une corde autour du cou, son corps fut finalement découvert par les autorités près de trois mois plus tard. L'adolescente a perdu la vie par pendaison. On ne saura jamais si elle est accidentellement tombée de l'étroite plateforme qui la retenait prisonnière ou si son ravisseur la poussa dans le vide... Condamné à la prison à vie après un premier jugement datant du 1er juillet 1976 et de trois autres condamnations à perpétuité pour les meurtres qu'il commis sur les trois employés de bureaux de poste, Donald Neilson passa le reste de son existence derrière les barreaux avant de mourir le 18 décembre 2011... The Black Panther adapte donc une grande partie des événements entourant la multiple tragédie qui endeuilla la Grande Bretagne entre 1971 et 1974 tout en éludant certains aspects comme la culpabilité de l'épouse du criminel qui dans le long-métrage de Ian Merrick n'est pas directement impliquée dans la série de braquages commis par son époux. À dire vrai, elle (Marjorie Yates) et leur fille (Sylvia O'Donnell) apparaissent comme terrorisée par Donald qui depuis qu'il a quitté l'armée semble avoir beaucoup de mal à réintégrer la vie civile...


Découchant régulièrement jusqu'à préférer dormir dans la nature, il a gardé des réflexes propres à son ancienne carrière de militaire. Incarné à l'écran par l'acteur Donald Sumpter, l'homme est glaçant, rigide, impassible devant la moindre émotion et incapable lui-même de montrer le moindre sentiment vis à vis de ses proches ou de ses victimes. C'est ainsi que Ian Merrick traite de son sujet, l'atmosphère froide, rugueuse et l'indifférence de son principal protagoniste sont à l'origine d'une œuvre très particulière, presque clinique dont on ne s'explique pas vraiment les motivations du tueur et kidnappeur autrement qu'à travers son appétit pour l'argent. Ici, la participation de l'épouse du tueur n'est pas explicitement décrite. On pense surtout que Donald Neilson vit une double vie qu'il cache à son épouse et à leur fille. L'incarnation de Donald Sumpter est à l'aune de la mise en scène de Ian Merrick. Lequel ne cherche pas à expliquer les motivations de ce tueur méthodique dénué de toute empathie pour son prochain. En résulte une œuvre glaçante, froide et réaliste décrivant les étranges habitudes d'un individu qui agit rapidement de manière très curieuse à travers d'étranges rituels. Lorsque débute le récit, Neilson est déjà coutumier des actes criminels, ce qui évite au réalisateur d'expliquer ses motivations. On n'en saura pas davantage durant ces quelques quatre-vingt dix minutes durant lesquelles Ian Merrick s'attache à suivre le personnage central sans presque jamais le quitter des yeux. Donald Sumpter y incarne un individu tellement crédible qu'il devient difficile de distinguer le personnage de son interprète. Malgré la violence des méfaits, The Black Panther est bien moins cru visuellement qu'on pouvait s'y attendre. Sa spécificité se trouve surtout dans le jeu quasi monolithique de Donald Sumpter, dans l'austérité de la mise en scène, proche du documentaire ou dans la terne photographie de Joseph Mangine. Bref, une œuvre atypique qui durant très longtemps fut invisible mais qui, en France notamment, fut éditée par UFO Distribution dans le courant de l'année 2016 au format DVD...

 

mercredi 12 août 2026

The Todd Killings de Barry Shear (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si The Todd Killings de Barry Shear n'évoque pas directement le nom de l'assassin dont le réalisateur et les scénaristes Dennis Murphy, Joel Oliansky et Mann Rubin se sont inspirés pour écrire l'histoire et ni de celui des véritables victimes, le récit repose pourtant sur la série de meurtres que commis Charles Schmid entre 1964 et 1965. L'assassin, ici incarné à l'écran par le charismatique Robert F. Lyons alors âgé de vingt ans évoque cependant curieusement l'un des plus célèbres tueurs en série de l'histoire de la criminalité américaine. Entouré d'une horde d'adolescents des deux sexes lui vouant une véritable adoration, il n'est pas rare en effet que le personnage soit le reflet fictionnel du gourou et criminel Charles Manson qui à peu près à la même époque envoya notamment plusieurs de ses disciples assassiner un producteur de musique qui refusa auparavant de signer avec lui un contrat. Ayant depuis déménagé, la propriété fut rachetée par le cinéaste Roman Polanski. Le 9 août 1969, les membres de la Famille Manson Charles Tex Watson, Patricia Krenwinkel, et Susan Atkins s'introduisirent chez lui et assassinèrent son épouse l'actrice Sharon Tate ainsi que trois de leurs amis. Alors, même si The Todd Killings n'est pas officiellement inspiré des méfaits commis par les membres de la secte, il est troublant de constater le rapport ténu qu'entretient le personnage de Skipper avec certains éléments propres à l'existence de Charles Manson. Car dans un cas comme dans l'autre, dans la fiction et dans la réalité, les deux se rêvent musiciens... Plus étonnante encore est la relation pourtant impossible à établir entre le personnage central du récit et cet autre célèbre tueur en série qui défraya la chronique dans le milieu de années soixante-dix connu sous le nom de Ted Bundy (Theodore Robert Bundy). En effet, entre les meurtres visant exclusivement de jeunes femmes, l'intelligence et la beauté avérée de ce tueur en série ayant commis de très nombreux meurtres entre 1974 et 1978, la distinction entre les deux individus devient évidente... Auteur de très nombreux téléfilms, longs-métrages et épisodes de séries télévisées, Barry Shear signe une œuvre profondément marquée par la Guerre du Vietnam, la contre-culture et le rejet des institutions. Skipper est significatif de cette arrogance d'une jeunesse post soixante-huitarde personnifiée ici à travers ce jeune homme séduisant, charismatique et finalement très plaisant pour son entourage à côtoyer...


Autour de lui, une pléthore de tout jeunes adultes, voire d'adolescents prêts à tout pour un sourire, un regard et même parfois, un baiser. S'agissant de la relation entre l'homme et son entourage, Barry Shear les traite d'ailleurs de manière relativement ambiguë. On ne sait en effet pas vraiment si seules les femmes (souvent très jeunes) l'attirent ou si les hommes aussi ont parfois ses faveurs. Ici, par contre, pas de doute possible sur sa culpabilité puisque The Todd Killings s'ouvre sur une séquence d'une réalité crue ! L'enterrement d'une jeune femme dans le désert, le meurtrier étant accompagné de deux ''amis''. Une scène qui témoigne de tant d'assurance et de narcissisme chez Skipper qu'il n'imagine pas un seul instant que quiconque autour de lui pourrait le trahir. Barry Shear en fait le marqueur d'une génération dénuée de toute morale où la mort et l'acte en lui-même valent bien moins que l'image que l'on renvoie devant la société. Représentée dans le cas présent par une juvénilité où les jeunes femmes sont prêtes à vendre corps et âme et où les jeunes hommes ont tous l'air de garçons de plage. Notons que le long-métrage met en scène un très bon choix d'interprètes puisque outre Robert F. Lyons dans le rôle-titre, plusieurs actrices et acteurs ont fait les beaux jours du petit ou du grand écran. Richard Thomas qui joue ici le rôle de Billy Roy, amoureux transit d'une ancienne camarade qui reste indifférentes à ses appels du pied, sera l'une des vedettes de la série La Famille des collines un an plus tard. L'actrice de théâtre et de cinéma Barbara Bel Geddes deviendra mondialement connue pour avoir incarné dès 1978 le personnage de Ellie Ewing dans la série Dallas et toujours concernant le petit écran, la très jolie Belinda Montgomery apparaîtra notamment dans la série de science-fiction L'homme de l'Atlantide aux côtés de Patrick Duffy en 1977... Pour finir, Michael Conrad incarnera le sergent Phil Esterhaus dans la série policière Hill Street Blues au début des années 80... Pour celles et ceux qui apprécieraient The Todd Killings, il leur est très fortement conseillé de se jeter ensuite sur l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger de Marvin J. Chomsky et avec Mark Hammil qui cette fois-ci traita du cas Ted Bundy...

 

mercredi 8 juillet 2026

Zhou (Incantation) de Kevin Ko (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Asie toujours mais détour cette fois-ci du côté de Taïwan avec Zhou (Incantation), dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et directeur de la photographie Kevin Ko. Tandis qu'aucun nouveau projet ne semble être au planning du cinéaste taïwanais, retour donc sur ce long-métrage qui comme de très nombreux autres avant lui intègre au récit des éléments fantastiques relatifs aux domaines des superstitions et du folklore religieux asiatique. Ici l'on suit les aventures de Li Ronan (Tsai Husuan-yen) qui après avoir passé six années dans un hôpital psychiatrique retrouve sa fille Dodo (Huang Sin-ting) qui durant tout ce temps fut confiée à la garde d'une famille d'accueil. Si le retour de la gamine chez sa mère biologique se passe relativement bien, Dodo semble pourtant être victime d'une malédiction. La fille de Li Ronan est notamment la seule à apercevoir au plafond de sa chambre une entité qui paraît être hostile. Plutôt que de rechercher dans le présent ce qui touche le cœur du sujet, Kevin Ko préfère se plonger dans le passé de son héroïne. Six ans auparavant, à l'époque même où elle et son ancien petit ami Dom (Sean Lin) ainsi que leur camarade Yuan (Wen Ching-yu) alimentaient une chaîne Youtube avec leurs propres vidéos de chasseurs de fantômes. Entre séquences actuelles et flash-back remontant donc six ans en arrière, Zhou est en outre entièrement filmé caméra à l'épaule et de manière subjective, façon Found Footage. De plus, le cinéaste taïwanais implique directement le spectateur puisque l'héroïne du récit s'adresse directement à lui dès les premiers instants. Et même si la jeune femme lui lâche rapidement la grappe, la volonté de l'intégrer reste en toile de fond... Zhou s'inspire plus ou moins d'un fait-divers qui eut lieu à Kaohsiung dans le district de Gushan en 2005. Convaincus d'être possédés par des démons, les six membres d'une même famille tentèrent de conjurer le mauvais sort en se frappant mutuellement à l'aide de tablettes spirituelles et de bâtons. Pire : ils se recouvrirent d'excréments et d'urine, persuadés que cela allait chasser les divinités issues du folklore chinois qui s'en prenaient à chacun d'entre eux ! L'horreur atteignant son paroxysme lorsque la plus âgée des filles fut rouée de coups jusqu'à ce que mort s'ensuive... Un cas jugé d'hystérie collective dont les principaux acteurs furent reconnus coupables ''d'abandon de personne sans défense ayant entraîné sa mort''... Projeté à Taïwan dès le 18 mars 2022, le film sera mis à disposition du public quatre mois plus tard sur la plateforme Netflix...


Outre la tentative de manipulation psychologique du spectateur, Kevin Ko choisit de traiter le sujet sous l'angle de la culpabilité et des liens familiaux. En effet, après avoir été séparée de sa fille, l'héroïne tente de reconstruire une vie normale auprès de Dodo. Emprunt d'un caractère profondément religieux attaché à certaines croyances propres à la culture bouddhiste et taoïste, le script de Kevin Ko et du scénariste Chang Che-Wei tente de faire comprendre au spectateur que l'issue ne peut être résolue qu'en passant par la transmission de la malédiction à travers plusieurs personnes. Une ''contagion'' qui permettrait au final de la ''diluer''. L'emploi du concept de Found Footage agissant ainsi d'une manière presque semblable au thème invoqué à la fin du siècle dernier par le japonais Hideo Nakata à travers Ringu (Ring) et sa cassette vidéo maudite ou au beau milieu des années 2010 par l'américain David Robert Mitchell à travers It Follows dans lequel l'entité qui s'attaquait aux protagonistes était sujette à une métaphore des maladies sexuellement transmissibles... Si l'intervention du surnaturel devient rapidement une évidence, Kevin Ko maintient longtemps le secret entourant les causes et les conséquences de la malédiction qui repose sur la personne de Dodo. En outre, le cinéaste appuie durant un certain laps de temps sur l'idée qu'en aidant sa fille, Li Ronan ne fait que renforcer le mal dont celle-ci est atteinte. Atteignant ainsi un important degré de perversité en révélant notamment que le rituel, le symbole affiché à plusieurs reprises et l'incantation prenant la forme de la phrase ''Hou-ho-xiu-yi, si-sei-wu-ma'' ne sont plus vraiment bénéfiques à la guérison de la petite fille mais lui sont au contraire extrêmement défavorables. Privilégiant ainsi une fois encore la participation du spectateur qui, s'il se laisse convaincre par le procédé mis en place par Kevin Ko, se sait désormais en partie coupable de ce qui se produit à l'image... Enfin, Zhou traite bien évidemment de la folie. Tout comme s'agissant du fait-divers ayant eu lieu en 2005. Car comment comprendre autrement ce qui a pu aboutir à cette ''emprise'' familiale qui poussa cinq individus à en tuer un cinquième ? Touffu et donc parfois assez brouillon, Zhou n'en est pas moins une œuvre intéressante et constituant un ajout important dans l'iconographie des légendes et autres folklores asiatiques représentés sur grand écran...

 

dimanche 28 juin 2026

Les tueurs fous de Boris Szulzinger (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Quatre longs-métrages en tant que réalisateur au compteur, pas un de plus. Nathalie après l'amour en 1970, Les tueurs fous en 1972, Tarzoon : la honte de la jungle en 1975 et Mama Dracula en 1980... Boris Szulzinger aura donc passé le plus clair de son tant à produire des films que de mettre en scène des histoires aussi curieuses que celle qui concerne justement Les tueurs fous. Reposant néanmoins sur un authentique fait-divers qui défraya la chronique judiciaire française au tout début des années soixante-dix, le long-métrage raconte la folle expédition meurtrière de deux jeunes individus. Installés chez un journaliste interprété par Georges Aminel, les bruxellois Roland et Dominique vivent de rapines et semblent fascinés par les armes à feu. Lorsqu'ils découvrent chez leur hôte plusieurs fusils, les deux hommes, incarnés à l'écran par Roland Mahauden et Dominique Rollin s'en emparent pour aller s'entraîner au tir dans une décharge. Une fois leur entraînement terminé, ils remontent à bord de la voiture qu'ils ont récemment volée et patientent jusqu'à ce qu'une première cible vivante débarque dans leur champ de vision. Un homme déboule alors en motocyclette et les deux hommes le suivent de très près. Zigzaguant sur une route située en bordure d'une forêt, l'un d'eux se penche à l'extérieur du véhicule et commence à tirer sur le pauvre homme qui finit par s'effondrer au sol. Transportant ensuite le cadavre plus profondément dans les bois, ils se prennent en photo à ses côtés avant de téléphoner au journaliste, de lui donner rendez-vous dans un bar et ainsi lui confier les clichés qu'ils viennent tout juste de prendre... Aussi absurde qui puisse paraître le comportement de Dominique et Roland, cette attitude semble montrer un désordre psychologique relativement important chez nos deux protagonistes. Deux esprits libres de toute contrainte, qui volent des voitures au grand jour, pillent des cadavres à l'image de cette femme d'âge avancé qu'ils assassinent sans raison apparente et se moquent ouvertement de leurs victimes. Souvent comparé à Orange Mécanique de Stanley Kubrick dont il ne partage évidemment pas les qualités mais plutôt le thème de l'ultra violence, Les tueurs fous, également connu sous son premier titre En pleine gueule est donc basé sur la série de meurtres que commis un an en arrière Alain Grenouille...


Un criminel qui aux côtés d'un adolescent âgé de seulement seize ans prénommé Robert s'attaqua à plusieurs personnes. Entre le 28 et le 31 juillet de l'année 1971, les deux criminels tuèrent un ouvrier d'une usine Simca-Chrysler et un employé de station-service de dix-huit ans et blessèrent un mécanicien, un garde-forestier ainsi que femme d'une cinquantaine d'années... Contrairement à Alain Grenouille qui apporta une explication s'agissant des meurtres qu'il commis avec son jeune complice, expliquant ainsi qu'il voulait selon ses propres termes ''se venger de cette vacherie de société'', le scénario de Boris Szulzinger, Pierre Bartier et Michel Gast laisse les spectateurs dans le flou. Dans un esprit Queer assez peu courant pour l'époque, le réalisateur définit ses deux assassins à travers une orientation sexuelle qui semble sortir des normes pour être ici définis comme un couple homosexuel. Le journaliste qui les accueille étant lui-même attiré par l'un des deux hommes. Témoignant de leur peu d'appétence pour les femmes, ils se refuseront à l'une d'entre elles qui une fois au lit essuiera un double refus d'avoir un rapport avec elle ! Si de nos jours rien ne semble pouvoir faire reculer la communauté LGBTQ+ s'agissant de son exposition à l'image, la présence ici de deux homosexuels étant en outre motivés à l'idée de disséminer autour d'eux un maximum de cadavres peut sembler parfois incommodante. De plus, une fois mis en parallèle avec les meurtres isolés commis sur notre territoire et depuis quelques années par des ''assassins en herbe'', Les tueurs fous peut s'envisager comme une œuvre visionnaire, où le meurtre est accompli de manière froide et distanciée. Ici, le polaroid remplaçant en outre le téléphone portable tandis que les locaux du journalisme précèdent les futurs réseaux sociaux. Si la société enfante objectivement des monstres froids, immoraux et indifférents aux actes dont ils sont les auteurs, Les tueurs fous témoigne de l'impuissance de l'état à régler ce type de problèmes. Plus de cinquante ans après, rien n'a malheureusement changé et tout semble même avoir empiré...


 

mercredi 3 décembre 2025

Xiang Gang Jian Sha Ji An de Kin-Pung Cheng (1992) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Parmi les films de la catégorie III l'on trouve Riki-Oh : The Story of Ricky de Lam Ngai-kai, The Untold Story de Herman Yau ou encore Men Behind the Sun de Tun Fei-Mou, premier long-métrage à être entré dans cette catégorie de longs-métrages comparable chez nous à une interdiction aux moins de dix-huit. L'on y trouve donc également le méconnu Xiang Gang Jian Sha Ji An de Kin-Pung Cheng dans lequel le réalisateur s'inspire pour son tout premier film d'un sordide fait-divers qui eut lieu à Hong Kong le 20 avril 1985. Ce jour-là, Nicola Myers et son ami Kenneth McBride furent retrouvés morts, assassinés par une bande de cinq voyous. Alors qu'ils prennent la décision ce jour-là de se promener dans la campagne de Braemar Hill située dans la zone du parc naturel de Tai Tam tout près de la propriété appartenant à la famille de Kenneth, ils firent une mauvaise rencontre : celle de cinq jeunes gens appartenant à la triade locale qui après avoir tenté de voler un câble de la station aérienne gouvernementale situé sur le parcours du couple étaient tombés sur eux alors que ceux-ci s'étaient arrêtés afin de réviser leurs examens de fin d'études secondaires ! Lorsque les corps de Nicola et Kenneth furent retrouvés, les blessures que leur furent infligées par leurs bourreaux décrivirent avec quelle barbarie Pang Shun-yee, Tam Sze-foon, Chiu Wai-man, Cheung Yau-hang et Won Sam-lung, alors âgés entre seize en vingt-cinq ans s'acharnèrent sur leurs deux victimes. Découverte nue, l’œil gauche exorbité, la mâchoire brisée, Nicola fut violée et fut notamment pénétrée à l'aide d'une bouteille et d'un bâton ! Quant à Kenneth, son corps recouvert de plus de cent blessures témoigna des nombreux coups qu'il reçut avant qu'il ne soit achevé par strangulation... Imaginez alors ce que cette ignoble mais véridique histoire aurait théoriquement pu donner sur grand écran. Lorsque l'on sait qu'en outre, le long-métrage de Kin-Pung Cheng écopa d'une interdiction aux moins de dix-huit ans, faisant ainsi désormais partie de la ''fameuse'' (fumeuse?) catégorie III, la déception n'en est que plus grande lorsqu'à l'issue des quatre-vingt minutes que dure le film l'on constate que le résultat se distingue par sa singulière répétitivité et surtout son manque de puissance évocatrice d'un fait-divers des plus macabres ayant eu lieu dans une ville de Hong Kong alors sous domination britannique...


Incarné par de fieffés inconnus qui semblent régulièrement exécuter les ordres d'un réalisateur qui les enjoint à hurler lors de simulacres de bagarres à mains nues et de viols, Xiang Gang Jian Sha Ji An fait partie des œuvres les moins connues de la catégorie III. Et pour cause : le film est relativement mauvais. Non ! En réalité, il l'est terriblement. Incapable de soulever les cœurs sur la base d'un authentique récit dont les détails sont absolument effroyables, Kin-Pung Cheng est un réalisateur aussi mauvais dans son entreprise que ses interprètes. Scénaristiquement parlant, le long-métrage ne cherche pas à aller plus loin que dans une certaine provocation, profitant largement du corps de ses quelques interprètes féminines pour les foutre à poil et laisser libre cours à leurs partenaires masculins de les tripoter sous toutes les coutures. Et pourtant, Xiang Gang Jian Sha Ji An démarrait relativement bien. Un vieil homme et sa petite-fille alors en plein jogging découvraient le corps affreusement mutilé d'une jeune femme. Départ d'un long-métrage que l'on croyait deviner être sordide, poisseux et réaliste. Mais non, rien de tout cela. Durant une heure et vingt minutes, le film remonte le cours du temps jusqu'à la rencontre entre les cinq criminels et leurs victimes. Dès lors, le long-métrage de Kin-Pung Cheng n'est plus qu'une succession d'agressions sexuelles et de bastons : le principe est simple et se développe ainsi : viol, bagarre, viol, bagarre, viol, bagarre, viol, bagarre... etc, etc... Mais le truc avec Xiang Gang Jian Sha Ji An, c'est que le film est si mal interprété et si monotone dans son incessante répétitivité que l'on s'emmerde de bout en bout. Aucun sentiment de malaise. Pas la moindre envie de vomir devant des actes dont la prétention est de retranscrire ce qui est arrivé aux deux jeunes britanniques. Le résultat est au pire, catastrophique. Et au mieux, absolument ridicule d'inefficacité ! Son interdiction aux moins de dix-huit ans se rapportant probablement plus au fait qu'il soit inspiré d'un drame réel que par sa profusion d'actes de sadismes beaucoup trop timides pour s'avérer véritablement choquants. Bref, un très mauvais film !

 

mardi 24 juin 2025

Ed Kemper de Chad Ferrin (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Les tueurs en séries ont été et sont toujours si précautionneusement mis en scène au cinéma, à la télévision ou dans la littérature qu'à force de répétition, le phénomène peut devenir relativement lassant. Des plateformes comme Netflix ou certaines chaînes Youtube se sont d'ailleurs fait les chantres de documentaires qui parfois respectent consciencieusement les faits tandis que d'autres s'amusent à argumenter leur sujets à l'aide des détails les plus scabreux. Parmi les plus célèbres des tueurs en série, il en est un qui depuis quelques années fait florès dans les médias. Au même titre que Theodore Robert Bundy dont les meurtres seront très légèrement postérieurs à ceux de Edmund Emil Kemper III, les méfaits de ce dernier eurent lieu entre le 27 août 1964 et le 21 avril 1973. Ses débuts de carrière démarrent par le double meurtre de ses grands-parents Maud et Edmund Senior Kemper. Après son internement à l’hôpital d’État d’Atascadero le 6 décembre 1964 où il sera traité pour Schizophrénie paranoïde, il est libéré cinq ans plus tard, le 30 juin 1969 ! Tout ceci constituant la première partie du long-métrage, l'on constate que le portrait dressé du tueur par le réalisateur Chad Ferrin est remarquablement fidèle. Et son truc, à Chad Ferrin, ce sont les tueurs en série justement. Mais alors qu'il s'était jusque là contenté de dresser des portraits tout à fait imaginaires, le voici désormais derrière un projet plutôt ambitieux. Un complément aux trois épisodes de la série Mindhunter qui en 2017 furent consacrés à ce Serial Killer coupable d'avoir commis pas moins de dix meurtres. Une série d'assassinats qu'il conclut les 21 et 22 avril 1973 en tuant sa propre mère Clarnell Strandberg Kemper ainsi que la meilleure amie de celle-ci, Sally Hallett. Si la légende veut que le tueur joua aux fléchettes avec la tête décapitée et posée sur la cheminée de sa mère, Ed Kemper n'y fait pas référence. Et ce que l'on pourrait alors prendre pour une certaine prudence vis à vis d'un public peu amène de supporter cette seule évocation n'est en fait qu'un oubli, volontaire ou non. Car en matière de démonstration, Chad Ferrin n'y va pas avec le dos de la cuillère. Sous forme de montage en puzzle dont certaines des pièces sont replacées sur le tard, Ed Kemper ne lésine effectivement pas en terme d'horreur, et ce, même si le film n'entre pas tout à fait dans cette section de longs-métrages entièrement voués aux meurtres les plus sordides et aux effets gore.


Interprété par plusieurs acteurs selon l'époque où se déroule l'action, le personnage central du récit est avant tout incarné par Brandon Kirk qui à l'occasion est grimé et donc méconnaissable. Le vrai tueur mesurant deux mètres-six pour un poids de cent-trente six kilos, treize centimètres séparent donc le véritable Ed Kemper de celui de fiction. Une différence qui se voit surtout lorsque le personnage principal est aux côtés de sa mère, de ses victimes ou de quiconque s'en approche. Selon les différentes classifications du quotient intellectuel, avec ses 143 de Q.I, Ed Kemper était et demeure toujours un homme extrêmement intelligent qui souffre donc malgré tout de Schizophrénie paranoïde. Un homme dont on aurait pu supposer qu'il aurait pu faire carrière dans une grande profession plutôt que d'écumer les routes pour y trouver des victimes potentielles. Le long-métrage respecte les origines des victimes parmi lesquelles l'on trouve deux femmes d'origine asiatique. Le tueur utilise couteaux et armes à feu. Face à une mère peu aimante, voire même méprisante envers son fils et qu'interprète Susan Priver, Ed tue. Des femmes. Qu'il viol, étrangle, abat d'une balle, poignarde, avant de les découper en morceaux et de les photographier comme font bon nombre de tueur en série qui cherchent à conserver des souvenirs de leurs méfaits ! Plutôt brillamment interprété, Ed Kemper ne fait pas l'économie d'actes barbares puisque le néophyte en matière de criminalité découvrira en outre qu'Edmund Emil Kemper III pratiquait la nécrophilie sur certains cadavres. Ce qui donne lieu à des séquences parfois démentes. À l'image de celle où le tueur sort du placard de sa chambre le corps démembre et décapité de l'une de ses dernières victimes auto-stoppeuses pour lui ''faire l'amour'' tandis que dans la pièce à côté, sa mère regarde la télévision. Ed Kemper est le pendant réel d'un tueur tout à fait imaginaire rencontré quarante-cinq ans auparavant au détour du film culte de William Lustig, Maniac. Où lorsque les rapports difficiles d'un enfant devenu adulte et de sa mère engendrent un monstre. Bref, pour celles et ceux qui aiment ce genre de programme, Ed Kemper s'avère tout à fait recommandable...

 

mardi 20 mai 2025

Ted Bundy : American Boogeyman de Daniel Farrands (2021) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

À moins d'avoir été en premier lieu passionnés par leur métier, la plupart des chanteurs et des acteurs se rêvent d'être stars. Beaucoup de tueurs en série également. Si Ted Bundy était encore en vie, on peut supposer qu'il serait bien moins fier des œuvres télévisuelles ou cinématographiques qui lui lui furent consacrées que des nombreux assassinats de jeunes femmes qu'il commis durant son abominable carrière de Serial Killer. Né le 24 novembre 1946 et grillé sur la chaise électrique de la prison d'État de Floride, le 24 janvier 1989, cet ancien étudiant en droit, plutôt bel homme, sera reconnu coupable d'avoir tué plusieurs dizaines de femmes, certains évoquant même la possibilité qu'il ait atteint le vertigineux nombre de cent victimes. Un cas pareil ne pouvait évidemment pas laisser indifférents les différents médias. Entre fictions et documentaires, le cinéma, la télévision et les plate-formes de streaming se sont emparés de ce véritable phénomène à travers des créations aux valeurs artistiques et techniques plus ou moins importantes. En 1995, les criminologues en herbe purent en outre découvrir dans l'un des ouvrages de la série de magazines intitulés Affaires criminelles, Enquêtes sur les grands crimes de notre temps de Christophe Lagrange, un numéro consacré à ce tueur sous le titre ''Ted Bundy, tueur de collégiennes''. En 2019, la plate-forme Netflix proposa l'excellent documentaire Conversations with a Killer: The Ted Bundy Tapes. Côté fiction, ça n'est pas franchement la panacée. Et même si les faits commis par Ted Bundy ont inspiré nombre de réalisateurs et scénaristes, peu sont ceux qui réussirent à mettre en scène des œuvres passionnantes. Et pourtant, il en existe au moins deux, dont les approches sont diamétralement opposées, mais dont les qualités sont comparables. Pour trouver la première, il faut remonter jusqu'en 1986, année durant laquelle est diffusé l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger de Marvin J. Chomsky. Une adaptation du roman écrit par le journaliste du Seattle Times Richard W. Larsen au tout début des années quatre-vingt et qui demeure relativement fidèle aux événements qui se produisirent entre le 1er février 1974 et le 9 février 1978. Sur grand écran, l'on retiendra principalement le superbe No Man of God d'Amber Sealey en 2021, lequel relate la rencontre entre le tueur (incarné par Luke Kirby) et l'ancien analyste du FBI Bill Hagmaier (Elijah Wood) qui fut notamment l'un des cinq premiers agents à intégrer la fameuse Behavior Analysis Unit (BAU) chargée d'étudier le comportement criminel. Maintenant, revenons au film qui nous intéresse ici.


Friand de criminalité, le réalisateur Daniel Farrands a tout d'abord consacré sa carrière de metteur en scène à divers documentaires retraçant quelques grandes franchises du cinéma d'horreur telles que Vendredi 13 ou Scream. Il a ensuite réalisé en 2018 son premier véritable long-métrage intitulé The Amityville Murders. Un volet plutôt honorable de la franchise Amityville au vu des nombreuses purges qui pour la plupart la constituent. Puis dès 2019, Daniel Farrands s'intéresse à d'authentiques cas de meurtriers en réalisant des fictions autour du meurtre de Sharon Tate, de Nicole Brown Simpson, jusqu'à proposer en 2021, deux portraits très librement inspirés des crimes commis par Aileen Wuornos ainsi que ceux de Ted Bundy à travers Ted Bundy : American Boogeyman... Il va falloir se faire très rapidement à l'idée que ce long-métrage inspiré de faits réels prend de grandes libertés avec le fait-divers. Romancé à outrance, Ted Bundy : American Boogeyman aborde le sujet à travers un montage chaotique qui ne permet pas toujours de situer les lieux et les dates relatives aux événements. En outre, Daniel Farrands iconise son tueur ici incarné par Chad Michael Murray lors d'un court entretien entre un psychiatre et l'héroïne du récit, l'agent Kathleen Mchesney (Holland Roden). Le spécialiste explique ainsi que Ted Bundy est non seulement un homme extrêmement dangereux mais qu'il serait également capable de devenir invisible. Un concept inattendu que le spectateur prendra forcément sous sa forme allégorique avant que le fait ne puisse être vérifié lors du massacre final. Absurde ! Ted Bundy : American Boogeyman pue la production bas de gamme. Le téléfilm fauché. Si Chad Michael Murray est plutôt bel homme (comme l'était d'ailleurs Ted Bundy), le charisme de son personnage est ici réduit à une peau de chagrin. Jamais l'acteur ne parvient à nous impressionner. Quant à la mise en scène, elle demeure d'une monotonie absolue. Même les quelques saillies de violence ne parviennent pas à rendre l'horreur des actes commis à l'époque par le tueur en série. Le long-métrage bénéficie en outre d'une reconstitution des années soixante-dix relativement piteuse qui ne permet par de s'immerger dans le contexte de l'époque. Bref, mieux vaut se pencher sur les quelques exemples cités plus haut que sur ce médiocre (télé)film...

 

dimanche 2 mars 2025

Enfant 44 de Daniel Espinosa (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Enfant 44, c'est d'abord un ouvrage. Celui de l'écrivain Tom Rob Smith qui avec ce premier roman connaît un succès retentissant auprès du public et de la critique. C'est ensuite son adaptation sur grand écran par le cinéaste suédois Daniel Espinosa, lequel signera deux ans plus tard en 2017 le sous-alien Life : Origine Inconnue. C'est enfin actuellement, l'une des dernières adaptations (juste avant L'Impossible Définition du Mal de Maud Tabachnick en 2017) d'un fait divers sordide et authentique survenu entre le 22 décembre 1976 et le tout début des années quatre-vingt dix. L'un des plus brillants exercices en la matière demeure encore le Citizen X que réalisa en 1995 le cinéaste Chris Gerolmo. Si pour les profanes, Enfant 44 s'apparente à une mise en abyme du système mis en place durant des décennies en Union Soviétique doublé d'une intéressante enquête policière, pour les autres, l’œuvre de de Daniel Espinosa ressemblera davantage à une simple mise à jour du propos évoqué à l'origine par Robert Cullen dans l'ouvrage qu'il a consacré au tueur en série Andreï Tchikatilo, L'Ogre de Rostov. Mieux vaut d'ailleurs ne pas avoir déjà vu le long-métrage de Chris Gerolmo car même si Enfant 44 demeure effectivement un film plutôt réussi dans l'ensemble, on est quand même loin d'atteindre la qualité du film réalisé vingt ans auparavant.

Mais tout n'étant qu'une histoire de goût et certains préférant peut-être assister à l'adaptation du fait divers à travers l'interprétation du duo formé par Tom Hardy et Gary Oldman (sans oublier l'actrice Noomi Rapace dans le rôle de Raïssa) qu'à travers celle de l'excellent duo formé par Stephen Rea et Donald Sutherland en 1995, chacun y trouvera son compte.

Enfant 44 s'attaque tout d'abord à l'effarant témoignage d'une Union Soviétique refusant l'hypothèse qu'un tueur en série puisse roder dans un pays dirigé d'une main de fer par l'un des plus grands dictateurs anticommunistes au monde, Joseph Staline. Un détail qui explique alors pourquoi les autorités auront mis quinze ans pour arrêter Andreï Tchikatilo, membre du Parti s'étant servi du système afin de tuer en toute impunité une cinquantaine d'enfants dont il avoua avoir dévoré certaines parties du corps. Si Daniel Espinosa a choisi de conserver le nom réel de l'homme qui enquêta puis mis fin aux agissements de l'Ogre de Rostov (l'agent Leo Demidov du Comité pour la Sécurité de l'État, soit le KGB), il décide par contre de ne pas conserver celui du tueur (ici, l'acteur Paddy Constantine incarne le personnage de Vladimir Malevich) alors même que le film retrace avec un certain respect de la réalité, la méthodologie du tueur et de l'enquêteur ainsi que les lieux.

Le film, notamment tourné à Pragues, à Kladno et à Ostrava, respecte d'une certaine manière le climat opaque d'une Union Soviétique exécutant à tours de bras les traîtres de la nation. Même si la réalisation demeure parfois quelconque, le réalisateur parvient à retranscrire l'ambiance de paranoïa qui régnait alors à Moscou et dans les faubourgs alentours. L'interprétation est juste, avec un duo Hardy-Rapace convainquant. Quant à Gary Oldman, eu égard à son immense talent, l'acteur britannique me semble malheureusement sous-exploité et n'arrive jamais à se hisser à la hauteur de l'excellent Donald Sutherland dans Citizen X. Chez nous, les spectateurs retiendront la présence d'un Vincent Cassel en Major Kuzmin plutôt insignifiant vu le tableau de chasse de cet excellent acteur français. Au final, Enfant 44 est une adaptation sympathique d'un fait diver authentique abominable dont ont fait les frais plusieurs dizaines d'enfants, mais parfaitement inutile alors que tout semblait avoir été abordé dans l'excellent film de Chris Gerolmo...

samedi 11 janvier 2025

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Richard Speck - Chicago Massacre de Michael Feifer (2007)



De la fiction...

Après avoir été condamné à consulter un psychologue à la suite d'un vol de véhicule, Richard Speck est libéré. Ce jeune homme de vingt-cinq ans seulement a un casier long comme le bras constitué de pas moins de trente-six arrestations. Alors qu'il a promis au juge des peines de prendre rendez-vous auprès d'un psychologue, il fuit et monte dans un train en direction de Chicago. Durant le trajet, il fait la connaissance de la jolie Sharon, étudiante infirmière qu'il croise plus tard alors qu'il flâne dans les rues de la ville. S'invitant plus tard dans l'internat où dort la jeune femme, Richard lui demande de l'argent. Devenant de plus en plus pressant, il s'en prend à une amie de Sharon qui en entendant du bruit surgit brusquement de sa chambre.

Richard s'en prend également à elle ainsi qu'aux autres étudiantes qu'il réveille les une après les autres. Réunies dans la même pièces, il leur demande de s'attacher les poignets entre elles avant d'en saisir une par le bras et de se rendre dans une autre chambre afin de lui faire subir des sévices. Richard menace la jeune femme d'une arme à feu, la frappe, l'étrangle et la tue à coups de couteau. Une fois qu'il en a terminé avec elle, part s'occuper de la suivante, et ainsi de suite. Malheureusement pour lui, des neuf étudiantes, une parvient à se cacher. Le lendemain, la police est prévenue et lorsque l'officier Jack Whitaker, chargé de l'enquête, arrive dans le dortoir, c'est pour constater l'effroyable spectacle : huit jeune étudiantes-infirmières ont été tuées...

Chicago Massacre est le premier long-métrage de Michael Feifer en tant que réalisateur. Et autant le dire tout de suite, pour un début, c'est plutôt raté. Basé sur un fait divers monstrueux qui se déroula à Chicago le 14 juillet 1966, le film retrace le parcourt sanglant du tueur de masse Richard Speck. Afin de ressembler physiquement au tueur, l'acteur Corin Nemec est affublé de prothèses en latex fixée sur les joues et rappelant le visage très abîmé de l'auteur des meurtres.
Corin Nemec est surtout connu pour avoir été l'acteur principal de la série pour adolescents Parker Lewis ne Perd Jamais entre 1990 et 1992. Depuis, on ne peut pas dire qu'il ait fait une carrière mémorable si ce n'est pour de courtes apparitions dans quelques célèbres séries télévisées (Beverly Hills, NCIS : Los Angeles). Depuis, on a pu le découvrir dans d'improbables productions animalières (Robocroc, Lake Placid vs. Anaconda) et le cinéaste responsable de Chicago Massacre lui a même confié des rôles dans plusieurs de ses films puisqu'on le reverra dès les second et troisième films du cinéaste.

Dire que Chicago Massacre est mauvais est un euphémisme, et ce n'est pas les présences des acteurs Andrew Divoff (Lost, Esprits Criminels) et de Tony Todd (Candyman, The Man from Earth) qui changeront grand chose. Si les meurtres sont effectivement sordides, la mise en scène et mollassonne et brouillonne. Des flash-back disséminés un peu n'importe comment, une image trop propre pour rendre l'horreur du fait divers et une enquête inexistante ou du moins, inintéressante au possible...

… à la réalité

Né le 6 décembre 1941 et mort le 5 décembre 1991, Richard Speck s'est rendu tristement célèbre après avoir massacré huit jeune infirmières dans une maison où elle avaient l'habitude de loger. C'est grâce au témoignage de l'unique survivante qui se cacha pendant que ses camarades étaient atrocement tuées que la police est parvenue à mettre la main sur le coupable seulement cinq jours après les faits. Condamné à mort lors de son premier procès, sa peine est ensuite commuée à 400 ans de prison. Richard Speck fut également soupçonné d'avoir commis trois autres meurtres mais l'absence de preuve fit qu'il ne pu être reconnu coupable...

samedi 28 décembre 2024

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Dick Hickock et Perry Smith - In Cold Blood de Johnathan Kaplan (1996)




De la fiction...


La famille Clutter est riche. Herbert, le père conserve une grosse somme d'argent dans un coffre caché dans leur grande demeure familiale, une ferme, dans laquelle il vit avec son épouse Bonnie, dépressive, et leur deux enfants Nancy et Kenyon. Les Clutter son pieux et très appréciés des habitants de leur village. Sauf que le coffre censé receler de l'argent n'existe pas. Dick Hickock en est pourtant certain. Cet ancien taulard tient cette information de source sûre. Son ancien compagnon de cellule Floyd Wells lui a dessiné un plan de la maison des Clutter avec l'emplacement du coffre. Dick va donc se rendre à la ferme des Clutter, et pour ne pas faire la route tout seul, il propose à son ami Perry Smith de l'accompagner. Tous les deux préparent un coup qui va leur permettre de se remplir les poches. Dick se procure un fusil et Perry un couteau.

Le premier a un ascendant certain sur le second, malade et accro à l'aspirine. Perry n'a pas eu une enfance joyeuse. Une mère prostituée et un passage dans un couvent où la sévérité des religieuses l'ont marqué à vie, il n''a plus toute sa tête. Un peu paumés et sans le sous, les deux hommes se rendent en voiture à Holcombs dans le Kansas.Là où vivent les Clutter. Mais lorsque ils arrivent et pénètrent dans la ferme familiale, c'est la désillusion. Pas de coffre, pas d'argent. Ils réveillent alors toute la famille et l'enferment dans la salle bain avec la ferme intention de faire cracher l'argent à Herbert...

Basé sur un fait divers réel et déjà adapté au cinéma en 1967 par Richard Brooks, In Cold Blood est cette fois-ci un téléfilm fleuve de presque trois heures. Ce qui n'empêche pas cette œuvre d'être de qualité, surtout interprétée par des acteurs talentueux, avec en première ligne Anthony Edwards, plus connu pour avoir été le docteur Mark Greene dans la célèbre série télévisée Urgences et le personnage principal de l'excellent film d'anticipation Miracle Mile de Steve de Jarnatt. Aux cotés d'Eric Roberts (qui joua notamment aux cotés de Richard Gere dans Sang chaud pour meurtre de sang-froid de Phil Janou ou bien Runaway Train de Andreï Konchalovsky avec comme partenaire Jon Voight), il interprète le rôle de l'un des deux assassins d'une famille américaine, un fait divers s'étant déroulé dans la nuit du 14 au 15 novembre 1959.

Le cinéaste Johnathan Kaplan s'attache à nous montrer le quotidien d'une famille de méthodistes dont l'existence n'est pas si idyllique que ça. D'un autre coté, celle d'un duo de brigands dont la vie n'a pas été facile. Durant plus de la moitié de son long-métrage, le réalisateur explore donc cette facette afin que les spectateurs soient en mesure d'atteindre le degré d'émotion lorsque le drame surgit. Il y parvient d'ailleurs assez bien, d'autant plus que toute l'horreur sur la responsabilité des deux hommes nous est délivrée vers la fin, et dans un noir et blanc qui accentue toute l'atrocité des événements.

In Cold Blood est un téléfilm de qualité, qui aurait tout de même pu approfondir les aspects enquête et procès afin de montrer toute l'ampleur d'une telle affaire. L’œuvre vaut surtout pour l'interprétation des actrices et acteurs dont Sam Neil dans le rôle de l'agent du FBI qui enquête sur l'affaire...

… à la réalité

Perry Edward Smith et Richard Eugene Hickock se sont rendus coupable d'un quadruple homicide dans la nuit du 14 au 15 novembre 1959. Richard convainc son camarade de participer au crime qu'il s'apprête à faire. Perry tente de convaincre Richard que le vol peut être exéxuté sans violence et pourtant, la famille toute entière sera tuée. Les deux hommes seront finalement arrêtés, jugé, pui condamnés à la pendaison...









lundi 23 décembre 2024

Woman of the Hour d'Anna Kendrick (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Je me marre... à la lecture des commentaires qui presque systématiquement vomissent sur Netflix et autres plateformes de streaming. Oser cracher dessus mais continuer à payer son abonnement chaque mois, c'est comme de ''participer quotidiennement au financement'' d'une maîtresse SM qui vous inculquerait la méthode à apprendre pour bien vous comporter en société. Mouarf ! Je n'ai pas mis de billes dans le premier long-métrage réalisé par Anna Kendrick, ni ne me suis pas pris de passion pour sa carrière d'actrice puisque je ne connais de celle-ci que son apparition dans le premier volet de la franchise Twilight ainsi que sa présence au générique du curieux The Voices de Marjane Satrapi. Pour le reste, cette actrice qui passe donc désormais le cap en se retrouvant derrière la caméra s'intéresse ici au cas très particulier d'un tueur en série qui défraya la chronique criminelle américaine dans le courant des années soixante et soixante-dix. Beaucoup moins charismatique qu'un Ted Bundy auquel il fut comparé, Rodney Alcala fut l'auteur d'au moins huit meurtres. Condamné pour cinq d'entre eux, certains lui prêtèrent le vertigineux nombre de cent-trente victimes. Bien évidemment, celui-ci fut arrêté, condamné, mis au trou, avant d'y crever comme le chien qu'il fut de mort naturelle en 2021. Éclairer le grand public sur ce genre d’individu est toujours un acte délicat puisque d'une certaine manière, il s'agit dans l'inconscient (pas tout à fait collectif) de certains détraqués, de le hisser au panthéon comme d'autres préfèrent consacrer leurs efforts à ériger à la hauteur de leurs exploits, chanteurs et autres légendes du septième art. En ex-compagne d'un homme dont elle fut victime des abus, Anna Kendrick s'érige avec Woman of the Hour en porte-drapeau du néo-féminisme avec cette amusante touche d'anachronisme qui veut que les rapports entre les hommes et les femmes et l'attitude que l'on accorde aux uns envers les autres pourraient être conçus de la même façon... que l'on soit en 2024 ou comme dans ce long-métrage écrit par Ian McDonald, au cœur des années soixante-dix ! Faut pas tout mélanger fillette. Et surtout pas forcer le trait du patriarcat et de la prédation masculine. Comme elle le fait très grossièrement ici.


Dans cette œuvre parfois touchante de maladresse où finalement, l'actrice et réalisatrice s'intéresse moins au tueur en question qu'aux femmes et tout particulièrement à celle qu'elle incarne, les mecs prennent cher ! Du voisin trèèèèès sympathique mais un peu lourd qu'elle mettra dans son lit par amitié. Genre, j'ai pas le choix, c'est mon seul ami. Tu parles d'une morale ! D'autant plus que rien ne démontre qu'il ait pu la contraindre. Donc, je reprends : du voisin, en passant par les flics inactifs, par le gardien qui se fiche littéralement qu'une jeune femme veuille avertir les producteurs d'une émission de télévision que parmi les candidats se cache un tueur ou encore par cet animateur affublé d'une affreuse moumoute, icône ultra-caricaturale du beauf misogyne ! Le plus ''drôle'', est cette main passée dans les cheveux de notre héroïne sans son... consentement. Mon dieu quelle horreur. Quelle abomination. Un geste que partagent d'ailleurs l'animateur, le voisin et bien entendu, le tueur lui-même. Histoire de mettre en corrélation l'acte des uns et des autres et ainsi nous faire comprendre que tous les hommes sont potentiellement tous des prédateurs sexuels ! Après, Woman of the Hour n'est pas foncièrement mauvais. Le film bénéficie d'une très belle photographie signée de Zach Kuperstein. Le montage d'Andrew Canny est déjà beaucoup plus problématique. Désordonné mais pas au point de nous perdre dans les méandres d'une sordide histoire contée sous la forme d'un puzzle aux pièces dispersées, les nombreux flash-back n'apportent pas grand chose étant donné que le tueur reste au fond le moindre des soucis d'Anna Kendrick. Rodney Alcala ne sert que d'outil propagandiste. Ce qui d'ailleurs est vraiment dommage puisque après nous avoir servi quelques meurtres plus ou moins marquants et une séquence profondément inintéressante se déroulant lors d'une émission de télévision à laquelle le tueur assista réellement, Anna Kendrick transforme ce très faible thriller en ce qui aurait pu être un véritable joyau centré sur l'un des pires tueurs en série qu'ait connu l'Amérique. Notons d'ailleurs que Daniel Zovatto incarne un Rodney Alcala vraiment convaincant... et parfois bizarrement touchant. Au final, nous retiendrons malgré tout l'interprétation d'Anna Kendrick qui s'en sort plutôt pas mal, le regard intense et le sourire sinistre de Daniel Zovatto, quelques plans d'extérieurs réellement magnifiques ou cette séquence nocturne qui confronte Cheryl Bradshaw à Rodney Alcala une fois l'enregistrement de l'émission achevé. Bref, une œuvre sympathique qui s'oubliera en revanche très rapidement...

 

mardi 21 mai 2024

Megalomaniac de Karim Ouelhaj (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Les œuvres cinématographiques offrant si peu de concessions à la joie de vivre sont rares. C'est peut-être d'abord pour cela que Megalomaniac de Karim Ouelhaj est si précieux. La Belgique, ce Plat Pays conté dans nombres de chansons et qui parfois fait la une des journaux jusque dans l'hexagone et qui accoucha dans les années quatre-vingt dix d'un tueur en série insaisissable demeurant encore de nos jours inconnu. Surnommé le Dépeceur de Mons par la presse locale, l'individu se rendit responsable de cinq meurtres de femmes dont les corps furent retrouvés découpés, enfermés dans des sacs-poubelle et dispersés dans la nature entre le 21 janvier 1996 et le 18 octobre de l'année suivante. Une cellule du nom de Corpus entièrement dédiée à cette affaire est alors créée mais le manque d'effectifs et de moyens ne permettront pas de mettre un nom sur l'assassin de ces femmes âgées entre vingt-deux et quarante-trois ans. Pour son cinquième long-métrage, le réalisateur et scénariste liégeois ne fait absolument pas dans la dentelle. Le titre de son dernier film repose moins sur le concept de narcissisme que sur celui d'emprise mentale et physique du tueur sur ses victimes. Le pouvoir de vie et de mort qu'exerce l'assassin n'est pas sans rappeler les œuvres précédentes de Karim Ouelhaj pour qui la question des violences faites aux femmes est primordiale, comme une litanie qui persévère dans le cinéma du belge quel que soit le thème abordé. Ici, la quintessence est atteinte à travers le portrait de ce curieux couple formé à l'écran par Eline Schumacher et Benjamin Ramon. Dans le rôle de Martha, une femme de ménage employée dans une usine, et dans celui de son frère Félix, dont le plus gros des journées semble être exclusivement consacré à la traque et au meurtre de ses victimes, les deux interprètes incarnent des individus saisissants. Megalomaniac s'inspire donc très librement de l'affaire du Dépeceur de Mons puisque comme dans la réalité, Félix dépèce et disperse le corps de ses victimes dans la nature. Les similitudes entre le fait-divers et la fiction semblent par contre s'arrêter à ce sordide détail.


Et puisque l'on ne sait rien sur les origines du véritable tueur, Karim Ouelhaj invente au sien un passé traumatique. D'une noirceur et d'une violence inouïes dont rien de positif n'émerge, pas même cette hypothétique passion qui étreint le couple sœur/frère (symbolisée par un fantasme incestueux visuellement remarquable), le long-métrage de Karim Ouelhaj offre un spectacle dont la beauté est en partie façonnée par les horreurs commises par Félix mais aussi grâce à l'admirable travail effectué par le directeur de la photographie François Schmitt. Teintes névrosées à l'image d'une héroïne tourmentée par son apparence, par les actes ignobles perpétrés sur elle par ses infâmes collègues de travail mais aussi sans doute par les crimes commis par son frère (on ne sait pas pendant longtemps dans quelles mesures Martha est au courant des agissements de son frère), Megalomaniac afflige à la quasi totalité de ses protagonistes des tares particulièrement gratinées. Car en dehors de Félix et de sa sœur, la liste des ''monstres'' à visage humain les réduit à l'état de bêtes immondes. À commencer par l'acteur liégeois Pierre Nisse qui dans le rôle de Luc s'inscrit dans la parfaite démonstration du pervers misogyne, violant et humiliant à répétition Martha sur son lieu de travail. Assez narcissique sans doute pour ne pas voir le piège qui se refermera sur lui et ses deux ''complices''. Quentin Lasbazeilles qui dans la peau du collègue de Luc est le toutou du sombre individu, contraint de suivre les pas de son ''maître'', choisissant la sodomie comme terrain d'exploration du corps de la femme. Et puis, il y a Jérôme (l'acteur Wim Willaert que j'eus le plaisir de découvrir pas plus tard qu'hier dans l'excellente comédie noire Music Hole de Gaëtan Liekens et David Mutzenmacher). Témoin muet des sévices endurés par Martha, il ira rejoindre les deux autres sur le terrain de la vengeance organisée par la jeune femme et son frère. Joyau brut et mare putride dans laquelle s'enfoncent irrémédiablement les personnages, grandeur visuelle de la putrescence, incarnations habitées, mise en scène au cordeau, Megalomaniac est un choc cinématographique dont son auteur volerait presque la première place à son compatriote Fabrice du Welz qui dans la noirceur et le désespoir est l'un des maîtres-étalons du septième art. Bref, une claque à découvrir de toute urgence...

 

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