À moins d'avoir été en
premier lieu passionnés par leur métier, la plupart des chanteurs
et des acteurs se rêvent d'être stars. Beaucoup de tueurs en série
également. Si Ted Bundy était encore en vie, on peut supposer qu'il
serait bien moins fier des œuvres télévisuelles ou
cinématographiques qui lui lui furent consacrées que des nombreux
assassinats de jeunes femmes qu'il commis durant son abominable
carrière de Serial Killer. Né le 24 novembre 1946 et grillé sur la
chaise électrique de la prison d'État de Floride, le 24 janvier
1989, cet ancien étudiant en droit, plutôt bel homme, sera reconnu
coupable d'avoir tué plusieurs dizaines de femmes, certains évoquant
même la possibilité qu'il ait atteint le vertigineux nombre de cent
victimes. Un cas pareil ne pouvait évidemment pas laisser
indifférents les différents médias. Entre fictions et
documentaires, le cinéma, la télévision et les plate-formes de
streaming se sont emparés de ce véritable phénomène à travers
des créations aux valeurs artistiques et techniques plus ou moins
importantes. En 1995, les criminologues en herbe purent en outre
découvrir dans l'un des ouvrages de la série de magazines intitulés
Affaires criminelles, Enquêtes sur les grands crimes de notre
temps de Christophe Lagrange, un numéro consacré à ce tueur
sous le titre ''Ted Bundy, tueur de collégiennes''. En 2019,
la plate-forme Netflix
proposa l'excellent documentaire Conversations with a
Killer: The Ted Bundy Tapes.
Côté fiction, ça n'est pas franchement la panacée. Et même si
les faits commis par Ted Bundy ont inspiré nombre de réalisateurs
et scénaristes, peu sont ceux qui réussirent à mettre en scène
des œuvres passionnantes. Et pourtant, il en existe au moins deux,
dont les approches sont diamétralement opposées, mais dont les
qualités sont comparables. Pour trouver la première, il faut
remonter jusqu'en 1986, année durant laquelle est diffusé
l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger
de Marvin J. Chomsky. Une adaptation du roman écrit par le
journaliste du Seattle Times
Richard W. Larsen au tout début des années quatre-vingt et qui
demeure relativement fidèle aux événements qui se produisirent
entre le 1er février 1974 et le 9 février 1978. Sur grand écran,
l'on retiendra principalement le superbe No Man of God
d'Amber Sealey en 2021, lequel
relate la rencontre entre le tueur (incarné par Luke Kirby) et
l'ancien analyste du FBI Bill
Hagmaier (Elijah Wood) qui fut notamment l'un des cinq premiers
agents à intégrer la fameuse Behavior Analysis Unit
(BAU) chargée
d'étudier le comportement criminel. Maintenant, revenons au film qui
nous intéresse ici.
Friand
de criminalité, le réalisateur Daniel Farrands a tout d'abord
consacré sa carrière de metteur en scène à divers documentaires
retraçant quelques grandes franchises du cinéma d'horreur telles
que Vendredi 13
ou Scream.
Il a ensuite réalisé en 2018 son premier véritable long-métrage
intitulé The Amityville Murders.
Un volet plutôt honorable de la franchise Amityville
au vu des nombreuses purges qui pour la plupart la constituent. Puis
dès 2019, Daniel Farrands s'intéresse à d'authentiques cas de
meurtriers en réalisant des fictions autour du meurtre de Sharon
Tate, de Nicole Brown Simpson, jusqu'à proposer en 2021, deux
portraits très librement inspirés des crimes commis par Aileen
Wuornos ainsi que ceux de Ted Bundy à travers Ted
Bundy : American Boogeyman...
Il va falloir se faire très rapidement à l'idée que ce
long-métrage inspiré de faits réels prend de grandes libertés
avec le fait-divers. Romancé à outrance, Ted
Bundy : American Boogeyman aborde
le sujet à travers un montage chaotique qui ne permet pas toujours
de situer les lieux et les dates relatives aux événements. En
outre, Daniel Farrands iconise son tueur ici incarné par Chad
Michael Murray lors d'un court entretien entre un psychiatre et
l'héroïne du récit, l'agent Kathleen Mchesney (Holland Roden). Le
spécialiste explique ainsi que Ted Bundy est non seulement un homme
extrêmement dangereux mais qu'il serait également capable de
devenir invisible. Un concept inattendu que le spectateur prendra
forcément sous sa forme allégorique avant que le fait ne puisse
être vérifié lors du massacre final. Absurde ! Ted
Bundy : American Boogeyman pue
la production bas de gamme. Le téléfilm fauché. Si Chad Michael
Murray est plutôt bel homme (comme l'était d'ailleurs Ted Bundy),
le charisme de son personnage est ici réduit à une peau de chagrin.
Jamais l'acteur ne parvient à nous impressionner. Quant à la mise
en scène, elle demeure d'une monotonie absolue. Même les quelques
saillies de violence ne parviennent pas à rendre l'horreur des actes
commis à l'époque par le tueur en série. Le long-métrage
bénéficie en outre d'une reconstitution des années soixante-dix
relativement piteuse qui ne permet par de s'immerger dans le contexte
de l'époque. Bref, mieux vaut se pencher sur les quelques exemples
cités plus haut que sur ce médiocre (télé)film...
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