Undertone
de Ian Tuason fut une expérience plus que désagréable reposant
essentiellement sur le son. Et donc, sur l’ouïe. Non pas que le
concept soit mauvais, bien au contraire, mais la mise en scène
mollassonne ruina l'essentiel du récit reposant presque uniquement
sur l'interprétation de son héroïne incarnée à l'écran par Nina
Kiri. S'agissant de Noijeu
du réalisateur sud-coréen Kim Soo-jin qui vient de sortir dans les
salles françaises, son premier long-métrage repose à peu près sur
les mêmes fondements puisque son héroïne à lui est malentendante.
Pas totalement sourde, mais simplement atteinte d'une déficience
auditive qu'elle comble à l'aide d'un dispositif lui permettant d'y
pallier. À vrai dire, et au sortir de cette expérience très
réjouissante, je n'ai toujours pas saisi l'intérêt d'un tel
procédé. Car si effectivement le handicap de Seo Joo-yeong
(interprétée par Lee Sun-bin) participe de l'ampleur angoissante
des derniers instants du récit, ce ''détail'' la concernant n'a
généralement pas vraiment d'importance lors du déroulement de
l'histoire. C'est d'ailleurs même tout le contraire puisque
saisissant ce qui se déroule autour d'elle d'un point de vue il est
vrai handicapant, c'est bien de bruit dont il s'agit ici. Si
l'intrigue se déroule dans un immeuble de copropriétés où se
côtoient locataires et propriétaires, ça n'est pas par hasard. En
effet, si une partie importante de la population sud-coréenne est
contrainte de vivre au sein d'immeubles qui répercutent très
facilement le moindre bruit de pas, d'objet qui tombe ou de cris
d'enfants, sa densité provoque fatalement des conflits de voisinages
qui peuvent rapidement dégénérer... En ce sens, le long-métrage
de Kim Soo-jin évoque ostensiblement l'un des classiques de
l'épouvante signé en 1976 par Roman Polanski : Le
locataire
dans lequel un petit immigré polonais rencontrait de grandes
difficultés à vivre au contact de voisins souvent revêches dans un
vieil appartement parisien qu'il loua après le suicide apparent de
la précédente locataire. Le cinéaste franco-polonais signant et
interprétant ainsi un véritable monument de l'épouvante, ultra
flippant, paranoïaque et inconfortable que d'aucun de raisonnable ne
pouvait juger entrer dans le domaine du fantastique. Surtout lorsque
la conclusion venait apporter une solution finalement très concrète
s'agissant de l'état mental du héros...
Chose
un peu plus délicate à cerner chez Kim Soo-jin qui avec Noijeu
signe
une
œuvre aux multiples ramifications, se rapprochant finalement autant
du film de Roman Polanski que du chef-d’œuvre absolu de la
J-Horror
Honogurai Mizu no Soko Kara
(Dark
Water)
signé en 2002 par l'un des maîtres en la matière, Hideo Nakata.
Contrairement à Undertone
de Ian Tuason, ici l'usage du son et des silences fonctionne à la
perfection... Nous suivons les aventures de la jeune Seo Joo-yeong
qui après la disparition de sa jeune sœur Seo Joo-hee ((Han Su-a)
vient s'installer dans son appartement dans l'espoir de la voir
rapidement réapparaître. Mais ce qui survient le plus ardemment
n'est pas le retour de sa cadette mais toute une série de problèmes
liés au bruit et donc au voisinage. Entre un voisin particulièrement
inquiétant habitant l'étage en dessous (Ryu Kyung-soo dans le rôle
de Joong-sim) ou une propriétaire retors (Baek Joo-hee) qui compte
bien préserver le calme dans l'objectif de faire rénover
l'immeuble, notre héroïne ne peut visiblement compter que sur le
soutien de Ki-hoon, le petit ami de sa sœur qu'interprète Kim
Min-seok et sur celui de Jeong-in (Jeon Ik-ryung), une voisine plutôt
conciliante qui semble en savoir beaucoup sur le passé trouble de
l'immeuble. Un sujet qui ajoute une couche supplémentaire aux
problèmes que va rencontrer Seo Joo-yeong, ainsi menacée par le
voisin de l'appartement 504 et par la propriétaire qui voit d'un
mauvais œil les plaintes formulées par la jeune femme qui cherche à
retrouver sa sœur. En terme d'épouvante, le constat est sans
appel : Noijeu
est le digne descendant de la J-Horror
même si ce courant est propre au Japon. D'une manière générale,
le long-métrage de Kim Soo-jin est l'un des meilleurs représentants
actuels de l'épouvante en Asie et même sur un plan international
traitant du sujet des fantômes dans un contexte social tendu. Le
cinéaste sud-coréen a en effet l'art et la manière de mettre en
scène ses personnages dans des situations angoissantes. Et si les
rapports de voisinages ne sont pas des plus tétanisants quoique
parfois très crispants, la visite de l'immense décharge souterraine
où les quelques visites nocturnes du voisin du dessous restent de
grands moments de cinéma d'épouvante. Pour son premier film, Kim
Soo-jin réussit à égaler les maîtres-étalons du genre et l'on a
déjà hâte de découvrir ses futurs projets...
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