Ni vraiment un film
d'horreur ou d'épouvante, ni tout à fait un thriller et non plus
une œuvre exclusivement tournée vers le fantastique, Hokum
est pourtant un peu de tout cela. Un mélange plutôt digeste,
harmonieux et rafraîchissant. Pourtant, en mélangeant les genres,
le film échappe au titre du meilleur film de l'année dans l'une ou
l'autre de ces catégories. Se dispersant ainsi tout en produisant
des effets relativement efficaces, l'aventure de son principal
protagoniste est plus une balade de santé dans un contexte maintes
fois remanié qu'une véritable et horrifique expérience de cinéma
d'épouvante ! Des jumpscares à foison, accompagnés par de
sinistres apparitions. Entre fantômes blafards, sorcières ou
démons, difficile de catégoriser ces freaks qui échappent
ponctuellement à l'obscurité pour surgir en un instant aux côtés
de Ohm Bauman, héros de cette aventure, hautain, méprisant, bref,
le genre de personnage que l'on serait enclin à fuir et pour lequel
l'on n'éprouve pas le moindre sentiment d'empathie. Et ce même
lorsque l'on apprend pour quelle raison il vient s'installer pour une
semaine dans l'une des chambres d'un hôtel situé en Irlande. Auteur
du très sympathique Caveat
en 2020 et deux ans plus tard de Oddity
que je m'apprête à découvrir bientôt, c'est donc avec régularité
que le réalisateur et scénariste irlandais Damian McCarthy poursuit
son œuvre dans le domaine de l'horreur et du fantastique avec un
troisième long-métrage situant la quasi totalité de ses scènes
d'action dans un hôtel isolé de la campagne irlandaise. Se sentant
responsable du décès de sa mère, morte il y a longtemps lors d'un
accident domestique, Ohm, dont le père est mort peu de temps après
de chagrin et d'ivresse répétée, a pris la décision d'aller
disperser les cendres de ses parents dans la souche d'un arbre auprès
duquel pose sa mère sur une photo prise à l'époque par son père.
Assez peu délicat avec le personnel, Ohm s'attire cependant la
sympathie de Fiona (Florence Ordesh), jeune barmaid de
l'établissement pleine de vie qui lui raconte que la chambre
nuptiale est fermée à clé depuis des années suite à la
découverte d'une sorcière enfermée depuis à l'intérieur et à
double tour. D'abord intrigué, Ohm boit plus que de raison et part
finalement se coucher dans sa chambre...
Le
lendemain, ne répondant pas aux appels répétés de Fiona qui
l'attend devant sa porte, l'un des employés de l’hôtel ouvre sa
chambre et la jeune femme découvre le client pendu à une corde.
Fort heureusement, l'employé et Fiona parviennent à lui sauver la
vie de justesse et Ohm passe plusieurs semaines à l’hôpital. Dès
son retour à l'hôtel, il apprend que la jeune femme a disparu lors
d'une fête de Halloween organisée par les responsables de
l'établissement... Si d'autres films fantastico-horrifiques
traitèrent bien avant lui du thème du deuil, Damian McCarthy
l'évoque avec une sensibilité peu commune dans ce genre d'exercice
cinématographique. Porté par des interprètes qui se comptent sur
les doigts d'une main mais surtout par un environnement au charme
typiquement irlandais puisque le tournage eut lieu dans le comté de
Cork, justement situé en Irlande. Si les séquences extérieures ont
été majoritairement tournées à West Cork, certains intérieurs
comme ceux de l'hôtel furent par contre recréés en studio au
West Cork Film Studios
à Skibbereen. Le Bilberry
Woods Hotel
du long-métrage est donc un lieu fictif, majestueusement décoré et
aussi chaleureux qu'inquiétant. Damian McCarthy exploite ces décors
à merveille, en ajoutant de menus détails qui tentent de cultiver
l'effroi. À commencer par ce carillon qui ne cesse de sonner ou
cette cloche directement reliée à la chambre nuptiale, celle-là
même où une légende veut donc qu'une sorcière y serait enfermée.
Film à l'ambiance pesante, aux sursauts multiples (lesquels n'auront
pourtant sans doute d'effet que chez les plus jeunes spectateurs) aux
décors sombres mais extrêmement détaillés, aux apparitions
foudroyantes mais inutilement répétitives et à la bande musicale
efficace, Hokum
est principalement incarné par Adam Scott, Peter Coonan, David
Wilmot et Florence Ordesh. Plus qu'un film de fantômes ou de
sorcellerie, le long-métrage de Damian McCarthy vire au film
d'enquête policière et paranormale plutôt convainquant. L'on
prendra malgré tout les louanges de certains critiques avec des
pincettes car si Hokum
est effectivement un très bon film, il ne révolutionne pourtant
aucun des genres auxquels il se raccroche...

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