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lundi 2 décembre 2024

Adieu blaireau de Bob Decout (1985) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Un an sépare les sorties des Fauves de Jean-Louis Daniel et de Adieu Blaireau de Bob Decout. L'occasion hier soir d'un double programme consacré à l'un des acteurs français les plus habités de sa génération. Deux œuvres suintantes. Deux polars moites portées par un Philippe Léotard déjà sous perfusion d'alcool. Marinant dans son jus, le frère de l'ancien Ministres des Armées de France François Léotard incarne notamment dans Adieu Blaireau, le rôle de Fred. Un acteur de théâtre sans le sou, interdit des cercles de jeux qui doit une forte somme d'argent à un certain ''Professeur'' qu'incarne de son côté Yves Rénier. Séparé de Brigitte (Juliette Binoche) qu'il surnomme B.B et dont il est pourtant toujours fou amoureux, Poupée (Amidou) lui offre l'occasion de se refaire la main en lui proposant de tuer un homme contre rémunération. Fred accepte. Entre-temps, il fait la connaissance de Colette (Annie Girardot), une cinquantenaire qui vient de passer les cinq dernières années en prison. Dès leur deuxième rencontre dans un bar bruyant, ils nouent une relation qui va s'avérer éphémère... Pour son premier des deux seuls longs-métrages qu'il aura réalisé durant sa carrière (le second, Les gens honnêtes vivent en France, ayant vu le jour vingt ans plus tard en 2005), Bob Decout signe une œuvre franchement déstabilisante. Pour des raisons qui peuvent davantage échapper au camp des pour qu'à celui des contre, Adieu Blaireau a le dur labeur de devoir endosser une réputation peu flatteuse de mauvais polar. Il faut dire que son écriture est parfois confuse et que la soliloquie de Philippe Léotard dont la voix semble de plus en plus usée par l'abus d'alcool n'arrange rien. Une formulation des dialogues qui n'a pourtant rien à envier à l'univers particulièrement barré de certains films signés du franco-polonais Andrzej Żuławski (L'amour braque et ses flatuosités verbales pouvant être un véritable frein à la compréhension du récit). Il est vrai que Adieu Blaireau est parfois difficile à suivre. Au point de laisser certains spectateurs sur le bord de la route. Ce mélange de brigands dont on finit par ne plus comprendre qui fait partie de quelle organisation criminelle termine d'asseoir l’œuvre de Bob Decout comme l'un des archétypes du thriller français glauque des années quatre-vingt.


Mais surtout, Adieu Blaireau, en mettant tout d'abord en scène Philippe Léotard dans la peau du principal personnage, lui rend directement hommage en traitant le sujet à travers certaines habitudes ou certaines passions qu'il avait contractées comme en témoigna son frère François dans son livre A mon frère qui n'est pas mort en 2003. Acteur, tout comme le personnage de Fred, Philippe Léotard et son personnage semblent effectivement partager leur amour pour les femmes ou pour l'alcool, le réalisateur plongeant son protagoniste dans la nuit. Univers noctambule qu’appréciait également l'acteur... Si la présence d'Annie Girardot peut s'avérer relativement étonnante dans ce polar parfois exagérément étouffant, il est arrivé que l'actrice elle-même ose poser le pied dans des œuvres plutôt sombres. Comme en témoigna notamment l'année précédente Liste noire d'Alain Bonnot dans lequel elle incarnait Jeanne Dufour, la mère d'une adolescente décédée lors du braquage d'une banque qui n'était alors plus intéressée que par une seule chose : venger la mort de sa fille. Bien qu'elle incarne dans Adieu Blaireau le personnage de Colette, une ancienne taularde qui n'a donc pas connu l'amour depuis ces cinq dernières années, les quelques trop rares séquences qui l'unissent à Philippe Léotard sont un véritable vent d'espoir et théoriquement un nouveau souffle pour le personnage de Fred. Mais aussi pour les spectateurs qui découvrent enfin dans ce brouillard qui colle littéralement à la peau des personnages et du public, de quoi changer d'air. Car le couple que les deux acteurs forment ici est vraiment touchant. Même si une fois encore certains dialogues sont difficiles à déchiffrer. Mais cet espoir qui naît entre ces deux êtres déchirés ne va, bien évidemment et malheureusement, pas faire long-feu. Bob Decout insistant sur le côté nihiliste de cette histoire écrite par ses soins, on devine que leur ''romance'' va tourner court. Notons la présence à l'image de Jacques Penot dans le rôle de Gégé, le meilleur ami de Fred ou de la toute jeune Juliette Binoche qui n'avait débuté sa carrière que deux ans auparavant et qui dans Adieu Blaireau incarne le rôle de Brigitte. Bref, difficile de se faire une opinion franche et définitive sur cet étrange polar, bancal, moite, totalement imprégné de la présence de Philippe Léotard. Une œuvre qui en laissera sans doute une bonne partie indifférent et d'autres, comme moi, séduits par cet univers carrément désenchanté dans lequel Philippe Léotard trouve admirablement sa place...

 

mercredi 12 octobre 2022

Si le soleil ne revenait pas de Claude Goretta (1987) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Le soleil ne revenait pas... Derrière cette phrase aussi poétique que préoccupante se cache tout d'abord un roman de l'écrivain et poète suisse Charles Ferdinand Ramuz datant de 1937. Année même lors de laquelle se déroulent de curieux événements se situant dans le petit village de Saint-Martin-en-Haut localisé à 730 m d’altitude dans le département du Rhône en région Auvergne-Rhône-Alpes. C'est là que le vieux guérisseur Antoine Anzevui va un jour faire une terrifiante prédiction reposant sur des calculs qu'il confiera à l'un de ses patients : Prédisant qu'au prochain printemps le soleil ne reviendra pas, l'homme jette la torpeur et l'inquiétude parmi les villageois qui avec effroi vont attendre ce jour fatidique où l'obscurité s'imposera définitivement au sein du village mais également de la planète toute entière... Derrière ce sujet ô combien fascinant se cache également une adaptation signée du réalisateur, scénariste et producteur suisse Claude Goretta, surtout connu pour avoir rendue célèbre l'actrice Isabelle Huppert avec La dentellière en 1976 que pour avoir mis en scène Si Le soleil ne revenait pas, œuvre dont l'austérité ne quitte pas un seul instant ses personnages et cette région où le village est implanté entre deux flancs de montagnes empêchant les rayons de soleil de baigner les lieux de sa clarté. Sous un décor enneigé et une brume presque permanente offrant parfois une aura quasi mystique, le long-métrage de Claude Goretta repose sur un rythme et une ambiance propre à ces villages d'antan où le temps semblait s'être suspendu. Charles Vanel, qui endossa le costume du détective Alfred Fichet dans Les diaboliques d'Henri-Georges Clouzot, celui du faux dur à cuir Jo dans Le Salaire de la peur du même réalisateur ou l'horrible professeur Brézé dans Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio est ce prédicateur/guérisseur qui après de savants calculs va prédire ce que l'on pourrait considérer comme la fin du monde et de toute trace de vie sur la Terre. Face à lui des habitants désemparés mais visiblement près à accepter leur sort...


Parmi eux s'en trouve un qui n'acceptant pas de laisser derrière lui le moindre bien à Satan a choisi de tout vendre et d'en boire le bénéfice ! Cet homme, c'est Arlettaz. Personnage détruit par l'alcool et par la disparition de sa fille qu'il désespère jour et nuit de retrouver. Est-elle morte ou a-t-elle simplement choisi de quitter cette existence d'austérité ? Le film semble conserver une certaine ambiguïté à ce sujet. Se soutenant les uns les autres jusqu'à ce jour ultime prédit par le vieil Antoine Anzevui, il en est également une qui elle a choisi de garder l'espoir. Elle, c'est Isabelle Antide qu'interprète l'actrice Catherine Mouchet. Véritable bouffée de chaleur dans un contexte relativement sinistre, aussi froid que le blanc manteau qui recouvre les toits et les chemins de terre du village de Saint-Martin-en-Haut ! L'on retrouve l'ambiance calme mais parfois troublante des superbes Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne et de Cœur de verre de l'allemand Werner Herzog. Cette âpreté et cette rudesse qui n'appartiennent qu'aux habitants isolés des campagnes ou ici des montagne n'ayant visiblement aucun relais avec le monde extérieur. D'où ces croyances qui remontent aux temps ancestraux, ces pratiques de prescience reposant sur un seul homme faisant office de médecin guérisseur et de propagateur de mauvaises nouvelles (sa prédiction survenant au moment même où le prêtre interprété par René Bériard annonce qu'il ne reviendra pas au village avant le printemps prochain). Une chape de plomb enveloppe littéralement le village, ses habitants ainsi que le récit. Suspendant le temps au rythme des dialogues et d'une mise en scène languissante (prenant parfois le temps de filmer toute une série de visages comme l’examen d'une toile peinte par un artiste), l’œuvre est portée par l'angoissante et minimaliste partition d'Antoine Auberson, l'optimisme de Catherine Mouchet/Isabelle Antide et par le visage marqué par les excès du toujours habité Philippe Léotard qui interprète le personnage d'Arlettaz. Une œuvre envoûtante, prise dans un étau où l'optimisme le dispute au pessimisme. Des deux, lequel l'emportera ? Seule la fin du récit nous le dira...

vendredi 15 juin 2018

Ville à Vendre de Jean-Pierre Mocky (1991)



A moussin, petite ville minière, c'est la fête. Tous les habitants sont réunis autour des administrés. Et notamment la pharmacienne Delphine Martinet qui promet de faire des révélations importantes lors d'un communiqué. Mais avant d'avoir pu s'adresser à ses concitoyens, elle est victime d'un malaise. Le Docteur Picoud propose au maire Rousselot de ramener Delphine chez elle. Mais alors qu'ils se trouvent à bord de la voiture du médecin, ils sont victimes d'un accident lors duquel la vieille femme meurt.

Un accident qui apparaît étrange aux yeux d'Orphée, un ancien informaticien qui a fermé sa société et a plié bagages pour prendre la route. Le Capitaine de gendarmerie Montier est chargé d'enquêter sur la mort suspecte de Delphine mais devant la vacuité du personnage, Orphée décide de mener sa propre enquête, accompagné par Elvire, une proche amie de la victime. C'est alors qu'en décidant d'exhumer le corps de Delphine enterrée tout récemment, les deux « enquêteurs » constatent que le cercueil est vide. De plus, de coups de téléphones étranges sont passés par une personnes qui affirme être Delphine.

De nouveaux meurtres vont bientôt secouer la ville de Moussin...

En 1991, Jean-Pierre Mocky réalise pas moins de quatre films dont cette Ville à Vendre très curieuse. A vouloir en faire tant, le cinéaste en a oublié l'essentiel : soigner son œuvre. Car même si la distribution est de haute volée (Tom Novembre, Michel Serrault, Richard Bohringer, Féodor Atkine, Daniel Prevost, Michel Constantin, Darry Cowl, Bernadette Lafont, Dominique Lavanant, Philippe Léotard, Jacqueline Maillan, Valérie Mairesse, Eddy Mitchell) la direction et la mise en cène font peur à voir.

Ou bien s'agit-il simplement d'un problème d’accoutumance envers le cinéma de ce cinéaste français à part. Des moyens trop peu importants et un casting d'actrices et d'acteurs secondaires qui frise l'embauche à la foire du trône. Jean-Pierre Mocky a en effet l'habitude de débaucher des personnages au physique assez particulier. Histoire de donner leur chance à des individus qui n'auraient sinon sans doute aucune chance de se voir immortaliser sur pellicule ailleurs.

L'ambiance du film elle-même est des plus étranges. Ville imaginaire plantée dans un cadre sinistre et prête à s'écrouler sous sa propre masse, elle abrite une population massive de chômeurs qui s'accommode sans soucis des indemnités qu'elle touche.

Malgré les défauts du film, qui sont nombreux (interprétation limite, mise en scène faiblarde et scénario alambiqué), il faut avouer qu'à mesure que l'histoire déroule son fil, on finit par s'habituer au style particulier de Jean-Pierre Mocky. On finit même par oublier les défauts récurrents de son œuvre. Et ce, grâce sans doute aux acteurs qui font tout pour que tienne la route cette histoire dont la vérité éclatera évidemment à la toute fin. Jean-Peirre Mocky à fait mieux dans sa carrière. Il a fait pire aussi. C'est pourquoi Ville à Vendre mérite tout de même que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour l'incongruité de son histoire et le cynisme permanent dans lequel le film baigne...




samedi 19 juillet 2014

les Fauves de Jean-Louis Daniel (1984)


Berg et Bela s'aiment. La jeune femme veut cesser ses activités de cascadeuse pour devenir la mère de l'enfant qu'elle portera. Berg est d'accord. Alors que celui-ci s'apprête à exécuter la cascade qui l'a rendu célèbre en compagnie de Bela, sa fiancée reçoit la visite de son frère Léandro qu'elle n'a pas revu depuis des années. Fou amoureux de sa propre sœur, l'homme, un brin déséquilibré, la menace de tuer Berg si elle décide de rester avec lui.

Persuadée par Léandro, Bela, lors de la cascade effectuée par Berg, avoue à ce dernier qu'elle a l'intention de le quitter. Ne sachant pas que c'est pour le protéger de son frère, Berg devient fou et, lors du saut qu'ils doivent effectuer à bord d'une voiture, jette celle-ci contre une série de véhicules mis côte à côte derrière une rampe de lancement. La voiture s'écrase et s'enflamme avec à son bord Bela tandis que Berg, éjecté, assiste à la mort tragique de celle qu'il aime.

Quelques années plus tard, et alors qu'il ne s'est toujours pas remis de la disparition de Bela, Berg a abandonné les cascades et travaille pour une entreprise de surveillance et de protection, La Veillance. Aux côtés d'une dizaines d'hommes armés, il parcourt les routes de la capitale en pleine nuit. Il sympathise avec Mimi, une jeune serveuse tandis que son binôme, Nino, jeune homosexuel, récolte les quolibets de ses collègues de travail.

A La Veillance, il y a un nouveau. Il se prénomme Léandro et sa présence n'est pas le fruit du hasard. Il n'a qu'une idée en tête, venger la mort de Bela dont il octroie la responsabilité à Berg...


Datant de 1984, Les Fauves de Jean-Louis Daniel est le premier rôle véritablement "sérieux" de Daniel Auteuil, surtout habitué aux personnages d'adolescents immatures (Les Sous-Doués et sa suite de Claude Zidi) ou de pseudos-psychopathes dans des comédies pas franchement fameuses (T'Empêches Tout Le Monde De Dormir de Gérard Lauzier). Si c'est Claude Berri qui lui offrit son véritable premier grand rôle au cinéma dans Jean De Florette, on sent déjà percer ici un vrai talent pour la tragédie et le film noir.

Aussi désespérant que désespéré, Les Fauves nous plonge dans un climat oppressant et pessimiste duquel rien ne bon ne semble pouvoir surnager. Et la raison d'un tel sentiment provient certainement d'une galerie de gueules patibulaires sincèrement inquiétante menée par le chien fou Farid Chopel que suit de près une bande de dangereux psychopathes (le dérangé Jean-François Balmer).

Et que dire de Philippe Léotard, acteur habitué aux personnages de paumés (Adieu blaireau, La balance) et qui ici interprète le rôle d'un homme incestueux et qui par esprit de vengeance se fait enrôler dans la boite où travaille celui qu'il considère comme étant responsable de la mort de sa sœur. Il n'y a pas vraiment de héros dans ce film.

On remarquera la présence de Florent Pagny dans le rôle de Nino, jeune homosexuel attiré par Daniel Auteuil et qui, par désillusion, participera (du moins durant un temps), à la chasse à l'homme dont sera victime l'ancien cascadeur.

Les Fauves se révèle être un film honnête, et en fait, pas vraiment commercial puisqu'il dégage plus une impression de malaise que de convivialité. Cette impression permanente n'est jamais mise en défaut, pas même lors des rares instants durant lesquels le héros est en contact avec le seul élément de pureté et d'innocence inclus dans cette histoire (Mimi, interprété par Véronique Delbourg). Une œuvre finalement très étrange, presque étouffante, et définitivement plongée dans un bain de pessimisme.

mercredi 16 juillet 2014

La Traque de Serge Leroy (1975)




Un train de nuit s'arrête dans un petit village de Normandie. En descend Helen Wells, une jeune et jolie anglaise qui part s'installer pour quelques jours à la Guettière, une jolie ferme perdue en pleine campagne. Alors qu'elle vient prendre possession des clés à l'auberge du village, elle est accostée par Philippe Mansart, un homme adultère qui vient de quitter la chambre dans laquelle il a l'habitude de retrouver sa maîtresse, Françoise Sutter. Le mari de cette dernière est au courant de la relation qu'entretiennent son épouse et son amant. Mansart est marié et compte bien profiter de l'immense fortune de son beau-père. Lorsqu'il croise à l'accueil de l'auberge la jeune anglaise, il lui propose de l'accompagner jusqu'à la Guettière. La jeune femme accepte et monte dans la voiture de Mansart qui, très vite, est rattrapé par deux hommes, les frères Danville, qui s'amusent à percuter la voiture de l'homme à l'aide de leur véhicule. Suivis par les frangins, Mansart et Helen s'arrêtent aux abords de la ferme. Paul et Albert Danville descendent de leur véhicule et approchent la jeune anglaise. Séduits, les deux hommes éméchés ont un comportement douteux. Attirés par la beauté de la jeune femme, ils la laissent cependant se rendre en toute liberté jusqu'à la Guettière.

Le lendemain, les trois hommes se retrouvent en pleine forêt, rejoints par David Sutter, l'époux de Françoise, le capitaine Nimier, Rollin, Chamond et Maurois. La bande a visiblement déjà bu beaucoup d'alcool. Armés de fusils, les homme parient sur celui qui récoltera le plus de trophées. Un lapin, puis un sanglier. C'est pour l'instant tout ce que le groupe a récolté. Helen Wells se promène aux alentours de la ferme où elle loge lorsqu'elle tombe sur les ruines d'une vieille chapelle. Alors qu'elle scrute une petite sculpture représentant la vierge, elle entend un chien aboyer et s'approcher d'elle. Très vite rattrapé par ses maîtres, Paul et Albert Mansart. Les deux hommes s'étonnent de la présence de la jeune femme et, alors que cette dernière tente de quitter les lieux, c'est le dérapage. Les frères lui sautent dessus et tandis qu'Albert la retient prisonnière entre ses bras, Paul, lui, la viole...

La Traque de Serge Leroy est l'une des rares excursions dans les domaines du Survival et du Rape (but not) Revenge. L’œuvre plonge une jeune étrangère (Mimsy Farmer) au cœur d'une forêt austère, dans un pays qui lui est presque étranger. Victime de la bêtise et de l'inconscience d'une bande de chasseurs alcoolisés elle va connaître les pires heures de son existence. D'abord violée, puis pourchassée, elle aura entre-temps eut le temps de tirer sur son agresseur.

Le portrait qui est fait des bourgeois de ce petit village insignifiant de Normandie est pathétique. Au premier abord, la confiance vient des quelques rares personnages que croise sur sa route la jeune anglaise. Mansart (Jean-Luc Bideau), Rollin (Paul Crauchet), David Sutter (Michael Lonsdale), Nimier (Michel Constantin) et Chamond (Michel Robin) sont à priori des hommes responsables. Seul Albert et Paul Danville (Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard) arborent des visages de paysans inquiétants, bourrus et déséquilibrés.

On pense fatalement à une issue positive. Mais c'est sans compter sur les petits secrets qu'entourent certains d'entre eux et desquels naissent une profonde lâcheté et une collaboration forcée. La Traque a parfois des allures de téléfilm. L'interprétation est parfois délicate. Il arrive parfois d'être touchés par les événements, surtout si l'on compare la solitude qui entoure la jeune et très frêle jeune femme avec la rudesse de ces chasseurs qui donnera une image définitivement négative à ceux qui ne les portent déjà pas dans leur cœur.

La Traque est donc une expérience appréciable pour plusieurs raisons. C'est d'abord l'une des rares excursions dans un genre qui généralement se fourvoie avec les domaines de l'horreur et de l'épouvante (à noter qu'un autre film, Canicule de Yves Boisset, parvient également à rendre hommage avec brio à ce type de films). Ensuite, il est estimable de constater à quel point l’œuvre s'imprègne d'un pessimisme extrême. Pas de happy end ni de jugement moral. On ne justifie aucun acte. On n'en condamne aucun non plus, chacun y percevant un intérêt personnel au risque de remettre en question ses propres valeurs. Une belle réussite...

vendredi 20 janvier 2012

Les Babas-Cool de François Leterrier (1981)



 Antoine, cadre commercial dans une boite d'électroménagers, tombe en panne de voiture sur une route de campagne aux abords d'une maison apparemment vide. Il y fait la connaissance d'Aline, jeune membre d'une communauté de hippies qui lui demande de bien vouloir l'accompagner jusqu'à la rivière d'à coté en voiture lorsque cette dernière est enfin réparée. Contemplant du haut d'un pont la jeune femme en train de se baigner nue, celle-ci lui propose de la rejoindre. Passe alors un autre membre de la communauté, Alexandra, qui s'apprête à partir pour un ashram, un monastère hindou. Après avoir partagé ensemble quelques brasses dans la rivière, Antoine et Aline se dorent au soleil. Cette dernière propose à Antoine de rester pour la nuit en sa compagnie et malgré toutes les contingences qui l'obligent à remonter sur Paris le jour même, il finit par accepter. Surtout lorsqu'Aline lui assure que les autres membres de la communauté sont partis à une manifestation et qu'elle et Alexandra sont toutes seules...

Après avoir prétexté au téléphone d'un bar voisin d'avoir rencontré son vieil ami Cristobal, il fait croire à sa compagne que ce dernier lui a proposé de rester chez lui toute la nuit. Plus tard, Aline et lui se retrouvent autour d'une table avec Alexandra qui ne tarde pas à les quitter pour aller faire sa méditation. Antoine et Aline partagent un joint et alors qu'il s'apprêtent à monter faire l'amour débarque Gilles, l'un des membres de la communauté. Il revient seul de la manifestation un pansement plaqué sur le front. Aline se lève, se dirige vers les escaliers et attend qu'Antoine la rejoigne. Après avoir écouté impatiemment Gilles, Antoine parvient enfin à rejoindre la jeune femme avec laquelle il va faire l'amour...

 
Le lendemain matin, Antoine reprend la route après avoir fait ses adieux à Aline et Alexandra. De retour chez lui, et sans doute très excité par le souvenir de la nuit qu'il a passé dans les bras d'Aline, il tente une approche vers sa compagne Christine. Celle-ci semble tenir une comptabilité, comme le suggère Antoine, arguant que leurs rapports sexuels se font de plus en plus rares. Elle demande alors comment se porte Cristobal. Antoine lui répond qu'il est toujours le même. Toujours aussi con.
Mais pas de chance: Cet ami chez lequel Antoine était supposé dormir cette nuit a débarqué chez Christine et Antoine en compagnie de sa femme juste après le coup de fil de la veille. La compagne de l'homme adultère prend alors ses affaires et quitte l'appartement, laissant Antoine planté là.
Bien involontairement libéré de Christine et en vacances, Antoine décide de retourner voir Aline. Lorsqu'il arrive devant la maison, il découvre et fait la connaissance du reste de la communauté et apprend qu'Aline est partie dans l'Ardèche et ne revient que dans deux jours. Il est invité par Blaise, le chef, à attendre le retour de cette dernière et à se mettre à table avec eux. Plus tard, on lui propose de prendre la chambre de la femme jusqu'à ce qu'elle rentre de son voyage.

Antoine va dès lors être intégré à la communauté et découvrir un univers qu'il ne soupçonnait pas...


 Pourquoi "Les Babas-Cool" et pas "Les Bronzés", "Le Père Noël Est Une Ordure" ou bien "Papy Fait De La Résistance"? Peut-être simplement parce que le film est nettement moins représenté sur la toile que les autres et qu'il mérite lui aussi d'avoir les "honneurs" d'un article. Alors bien sur, de l'équipe du Splendid sont absents Jugnot, Balasko, Lhermitte et Blanc. Mais ils sont remplacés par Philippe Bruneau, Claire Magnin et surtout le toujours excellent Philippe Léotard qui s'intègrent parfaitement au reste de la troupe composée de Clavier, Chazel, Lamotte et de l'épatante Anémone.
Aborder le scénario serait une injure tant il s'avère aussi fin qu'un ticket de métro parisien. D'ailleurs, c'était déjà le cas sur la plupart des films cités plus haut. "Les Babas-Cool", c'est une succession de scènettes dont certaines se révèlent au moins aussi drôles que certaines répliques des plus grandes œuvres du cinéma comique.
Les portraits y sont divers et seul Antoine paraît faire tache dans ce cadre pas vraiment solide malgré les premières impressions. Cette existence dorée qu'il s'est imaginée voir dans la vie communautaire va lui couter la modique somme de huit mille francs, la déconvenue de devoir partager Aline avec Francis, le nouveau venu, et l'éclatement de la communauté durant lequel chacun va révéler aux autres la nature de ses sentiments.


Antoine (Christian Clavier):
Ce petit cadre commercial engoncé dans une chemise bleue, cravate autour du cou, va s'intégrer dans un groupe de personnages bien différents de ceux qu'il a l'habitude de côtoyer à Paris. Plutôt coincé et pas encore prêt à partager l'idée de liberté sexuelle prônée par Aline, il devient le témoin du quotidien de personnages plus prêts finalement de marginaux que de l'image que l'on se fait de vrais hippies. Afin de mieux s'intégrer, il va offrir une aide financière que Blaise finira par accepter malgré les principes communautaires établis par le groupe.

Aline (Marie-Anne Chazel):
Cette jeune femme charmante est, parait-il, ouvertement libérée sexuellement. Sauf que lorsqu'elle croise la route de Francis, un bel et grand jeune musicien, elle semble y être vraiment attachée. Elle qui n'a habituellement pas de véritable lien montre qu'elle est finalement comme tout le monde. On la devine seule, cherchant un sens à sa vie. On peut d'ailleurs s'étonner de l'entendre demander à Antoine de "revenir" au début du film, un type qu'elle ne connait que depuis la veille. En tout cas, ça n'est certainement pas ici, dans cette grande maison qu'elle trouvera le bonheur. D'ailleurs, elle n''hésite pas, au plus fort de la tempête, à prendre la poudre d'escampette

Blaise (Philippe Leotard):
Poète, il est  le chef de la communauté et celui qui en est à l'origine avec sa femme Tania. Lorsqu'Antoine lui avoue hypocritement aimer le poème qu'il vient de lui lire avant de lui demander  par qui l'homme est édité, Blaise affirme qu'il a eu "plusieurs propositions d'éditeurs parisiens" mais qu'il préfère éviter de faire le singe chez "Pivot".

Alexandra (Anémone):
C'est l'illuminée du groupe. Persuadée de voir un signe dans chacun de ses rêves, son objectif est de partir pour un Ashram en compagnie de son mentor. Elle jongle le plus clair de son temps entre méditation et ablutions. Lorsqu'elle réalise que son rêve lui échappe, elle pète littéralement un plomb, s'enivre, et couche avec Antoine.



Aline, Blaise et Alexandra sont sans doute les personnages les plus "emblématiques" du groupe. La première prône la liberté sexuelle. Elle ne connait pas Antoine depuis une heure qu'elle lui propose déjà de passer la nuit avec elle. Instable, elle va, après avoir demandé à Antoine s'il reviendra, oublié jusqu'à son prénom et se retrouver dans les bras du beau Francis. Blaise, lui, est celui qui maintient l'ordre dans la communauté. Quand Aline couche avec le premier venu, que Marie-Jo semble toujours éprouver le besoin d'avoir un amant (consenti par son mari) lors de ses rapports sexuels, et que Véronique (Catherine Frot) affirme que le bébé auquel elle va bientôt donner naissance sera blond, aura les yeux bleus, et qu'à la place vient au monde un petit noir, la fidélité de Blaise force le respect. Sauf qu'il est comme tous les hommes et qu'il mettra un instant de coté ses principes pour tromper Tania avec une femme tout juste sortie de l'adolescence. Quand à Alexandra, elle est l'image même de la pureté et personnifie quand à elle, tous les symboles religieux auxquels on est en droit de s'attendre dans ce type de communauté. Déçue de constater que son "gourou" préfère partir pour le monastère avec une femme pleine aux as, elle abandonne elle aussi ses principes et se laisse aller à copuler avec le premier venu, en l'occurrence, Antoine.

Comme dans toutes les comédies où apparaissent les membres de l'équipe du Splendid, "Les Babas-Cool" offre son lot de répliques inoubliables dont la palme d'or revient sans aucun doute à Anémone lorsqu'elle assène un savoureux "j'ai rêvé de toi cette nuit, tu étais nu sur un âne et tu jouais du sitar" à Antoine qui s'apprête à quitter Aline au début du film.  Lorsqu'Aline s'enfuit dans les dernières minutes, Antoine réalise qu'il n'a plus rien à faire parmi les autres membres de la communauté et alors qu'il les surprends en train d'écouter derrière la porte la conversation qu'il a avec Tania, il ose enfin leur parler franchement et leur dire ce qu'il a sur le cœur. C'est sans doute le seul moment du film où l'on découvrira le vrai visage de chacun. Les rancœurs insoupçonnées refont surface et le capharnaüm auquel on assiste alors est jubilatoire. Chacun y va de son bon mot pour critiquer l'autre, certains s'en prenant même physiquement aux autres. S'il n'arrive pas au niveau des films précités plus haut, "Les Babas-Cool" (connu également sous le titre "Quand Tu Seras Débloqué, Fais Moi Signe"), permet malgré tout de passer un très agréable moment de détente en compagnie d'une bonne moitié de l'équipe du Splendid ainsi que d'autres acteurs dont certains feront beaucoup plus tard, une carrière remarquée (Catherine Frot)...



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