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dimanche 17 mai 2026

Les hommes préfèrent les grosses de Jean-Marie Poiré (1981) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

C'était les années quatre-vingt et à l'époque certains n'avaient pas peur d'aborder des sujets désormais ''sensibles'' sous l'angle de la comédie sans se faire taxer comme ici, de grossophobie ! Nous sommes en 1981 et Jean-Marie Poiré n'a pas encore signé l'adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Le père Noël est une ordure, le génial Mes meilleurs copains ou le premier volet de la trilogie (si l'on ne compte pas la version américaine) Les visiteurs. En ce début de décennie où la liberté d'expression avait encore un sens, Josiane Balasko est tout comme la plupart des membres de la Troupe du Splendid l'une des grandes vedettes de la comédie française. Après les deux premiers volets de la saga Les bronzés, l'actrice enchaîne les rôles et rien qu'en cette année 1981, elle participe aux tournages de Clara et les chic types, Le maître d'école (aux côtés de Coluche), d'Hôtel des Amériques et donc des Hommes préfèrent les grosses qui selon le titre tente à vouloir faire croire que la gente masculine serait davantage attirée par les femmes rondes, dodues et même pourquoi pas, obèses. Pourtant, l'on découvre rapidement que la ''grosse'' de cette sympathique comédie qui connaîtra une rude concurrence puisque la même année sortira La chèvre de Francis Veber, La soupe aux choux de Jean Girault ou la comédie satirique de Bertrand Tavernier, Coup de torchon n'est paradoxalement pas au centre des attentions des hommes qui gravitent autour d'elle puisque c'est après avoir tout fait pour trouver une colocataire encore moins attirante qu'elle (on retiendra d'ailleurs à ce sujet la savoureuse réplique de sa meilleure amie incarnée par Dominique Lavanant) que Lydie (Josiane Balasko, donc) tombe finalement sur Eva, un joli mannequin incarné par l'actrice et... mannequin justement, Ariane Lartéguy. Après s'être faite plaquer par son petit ami et chef du personnel de l'entreprise pour laquelle elle travaille Paul Berthelot (Martin Lamotte) et avec lequel elle avait prévu de s'installer dans un tout nouvel appartement, Lydie Langlois cherche donc désormais à partager le loyer avec une colocataire. C'est là qu'arrive Eva. Jeune femme séduisante sur laquelle s'accrochent les hommes dont Gérard, le frère de Lydie, véritable pot de colle, incarnant le beauf par excellence, ainsi que Ronald, personnage nettement plus charismatique que ce pauvre petit vendeur de poisson incarné par Luis Rego. Les hommes préfèrent les grosses est typique de son époque et ne s'embarrasse pas de la moindre pincette pour traiter son héroïne comme une pauvre fille que les hommes méprisent en raison de son surpoids et d'une apparence générale qui n'en font pas un canon de beauté.


Lydie, c'est la bonne copine. La confidente. Qui débarque en boite de nuit vêtue d'une robe rose ridicule, qui se prend une baffe à la place d'un autre, qui tend gentiment l'oreille et écoute les confidences, mais qui semble aussi et surtout incapable de construire quoi que ce soit avec les hommes. Tous des cons ou presque, d'ailleurs. Entre un Luis Rego qui sous ses allures de beauf trop sûr de lui cultive le malaise, un Martin Lamotte pleutre qui n'hésite pas à balancer Lydie pour faute grave à son supérieur, laquelle se retrouve à la porte de son boulot, un Ronald en dandy de cinquième catégorie ou un Thierry Lhermitte qui dans le rôle du petit ami d'Arlette (Dominique Lavanant) se la joue végétarien pacifiste mais s'avère être en fait un bon gros connard ! On a beau avoir de la tendresse pour le personnage incarné par Josiane Balasko et trouver que les personnages masculins que l'héroïne est contrainte de se farcir ne sont que de sombre crétins mais reconnaissons que Les hommes préfèrent les grosses est franchement très drôle et charrie quelques répliques ou situations relativement cocasses. Lydie cherchant une colocataire : ''Faudrait qu'elle soit beaucoup plus moche que moi. Comme ça, je serai tranquille...'' Arlette lui répondant du tac au tac : '' M'enfin, ne m'dis pas que tu cherche un monstre. Tu trouveras pas, faut pas rêver !''. Notons l'intervention de Daniel Auteuil dans le rôle de l'ex compagnon d'Eva, Jean-Yves. Avec ses faux airs de psychopathe obnubilé par la jeune femme, le personnage n'est qu'un énième pauvre type comme en compte beaucoup la comédie de Jean-Marie Poiré. Du côté des anecdotes, il faut savoir que le rôle qu'interprète Luis Rego devait être joué par Michel Blanc mais celui-ci, inquiet à l'idée d'incarner un personnage trop semblable à celui de Jean-Claude Dusse qu'il incarna dans Les bronzés refusa à seulement quelques semaines du début du tournage. L'ancien membre du Splendid rencontre cette année là un grand succès grâce à la comédie de Patrice Leconte, Viens chez moi, j'habite chez une copine. Premier rôle aux côtés de Bernard Giraudeau, il n'est pas impossible que l'acteur ait également refusé le rôle de Gérard dans Les hommes préfèrent les grosses parce qu'il n'y incarnait pas le personnage central. C'est du moins ce qu'à sans doute imaginé Jean-Marie Poiré qui pour se ''venger'' du désistement de Michel Blanc fit dire à une speakerine présente un court instant dans le film la phrase suivante : ''M.B a la grosse tête''...

 

mercredi 29 mars 2023

Agent trouble de Jean-Pierre Mocky (1987) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Commençons par une anecdote qui n'a pas de relation directe avec le film. À voir Catherine Deneuve affublée d'une coiffure qui ne la met pas vraiment physiquement en valeur, je me suis demandé si elle portait une perruque. C'est alors que je me suis rendu sur Google pour y taper Catherine+Deneuve+Perruque. Obtenant ainsi parmi une foule de portraits de l'actrice nantie de diverses coiffures, quelques résultats étonnants. Telle cette foufoune dite ''A la portugaise'' du plus mauvais goût. Aussi pittoresque que puisse paraître la chose, elle rejoint par contre l’œuvre de Jean-Pierre Mocky en ce sens où le réalisateur français signait en 1987 avec Agent trouble, un bien curieux thriller. Le ridicule se penchant sur le moindre petit détail. Cette mèche grise qu'arbore Richard Bohringer, cette coiffure fauve qu'affiche Dominique Lavanant (aggravée par des tenues excentriques), ce bandeau qui enserre le crâne de Tom Novembre... Jean-Pierre Mocky était un bien curieux personnages n'ayant pas la langue dans sa poche. Un univers tout personnel qui malheureusement se dégrada au fil du temps, gangrenant les intrigues même les plus limpides. Pour comprendre et aborder Agent trouble de la manière la plus claire, il faudra sans doute se reporter à ces deux phrases que cite Catherine Deneuve après soixante-quinze minutes de récit : ''J'narrive pas à comprendre exactement les mobiles de ces gens... Ni à expliquer la nécessité pour eux de tuer tous ces innocents...'' Et c'est justement ce que l'on ressent devant cette histoire remarquablement intrigante dans ses premiers instants mais dont l'intérêt se délite au fil du temps. Qu'on le veuille ou non, Jean-Pierre Mocky gâche le matériau d'origine en insufflant à son œuvre cette folie douce dont il est coutumier mais qui n'était sans doute pas nécessaire ici. Lui que l'on aurait aimé voir traiter pour une fois avec un peu plus de sérieux cette adaptation du roman The man who loved zoos de l'écrivain américain Malcom Bosse ne peut donc s'empêcher d'y joindre une partie des freaks qui l'accompagnent généralement dans des situations ubuesques !


Le plus tragique dans toute cette histoire d'une adaptation dont l'effet est malheureusement celui d'un pétard mouillé, est d'observer le potentiel du récit et ce qu'en a fait Jean-Pierre Mocky. De sa manière toute personnelle et maladroite d'énumérer l'intrigue et ses personnages, Agent trouble évoque quelque part l'adaptation du roman de Georges-Jean Arnaud Brûlez-les tous ! réalisée en 1986 par Robert Enrico sous le titre Zone Rouge. Film dans lequel l'actrice Sabine Azéma cherchait à comprendre les raisons entourant la mort de son ex-mari et de celle de plusieurs habitants d'un hameau qui ensuite fut au cœur d'un incendie volontaire. Moins enclin à faire de son œuvre une adaptation riche en rebondissements et en sous-intrigues passionnantes, Jean-Pierre Mocky ouvre cependant les hostilités de la manière la plus séduisante, attirant ainsi le chaland à travers cette vision on ne peut plus fantasmagorique d'un bus arrêté dans un décor enneigé et dont tous les passagers sont prostrés dans une attitude d'inexplicable effroi. À la suite de cette séquence d'ouverture alléchante, le réalisateur introduit Tom Novembre, pittoresque personnage marginal prénommé Victorien qui fera les poches des victimes avant d'aller rendre visite à sa tantine Amanda Weber(Catherine Deneuve) et d'être ensuite recherché, poursuivi et enfin assassiné par l'étrange personnage qu'incarne Richard Bohringer, un certain Alex. Sans le talent particulièrement pointu d'un Claude Chabrol mais avec toujours autant de ferveur et de vigueur, Jean-Pierre Mocky persévère dans la critique des hauts dignitaires, jouant avec les codes du thriller tout en laissant une large place à ces personnages étranges qui toujours ont parcouru sa filmographie. Après la mort de Victorien, sa tante mène l'enquête... un peu trop tardivement comme le constatera le spectateur, beaucoup trop tard pour que le réalisateur parvienne à véritablement déployer l'intrigue et pour que les investigations d'Amanda Weber prennent une tournure véritablement passionnante. Reste alors le plaisir de retrouver Sylvie Joly, Pierre Arditi et les habituels trublions du cinéma ''Mockyéen''. Sans oublier la délicieuse Kristin Scott Thomas quasiment au début de sa carrière (à trois ans et une toute petite poignée de rôle près), jeune, belle, sexy, dans le rôle de la prostituée Julie. Laquelle absorbera sans doute l'attention des spectateurs de sexe masculin lorsqu'elle leur révélera sa brune toison. Une foufoune en chassant une autre, voilà donc une jolie épanadiplose...

 

lundi 28 février 2022

Quelques jours avec moi de Claude Sautet (1988) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Claude Sautet est mort depuis plus de vingt ans. Et s'il a consacré plus de quarante années de son existence au septième art, il n'aura pourtant réalisé que quatorze longs-métrages. Et parmi eux, de grands films parmi lesquels viennent souvent tout d'abord à l'esprit des œuvres telles que Les choses de la vie (1970), Max et les ferrailleurs (1971), Vincent, François, Paul et les autres (1974) ou encore Un mauvais fils (1980). Après avoir signé en 1983 un Garçon ! relativement anecdotique, Claude Sautet disparaissait des radars durant cinq années avant de revenir sur le devant de la scène en 1988 avec Quelques jours avec moi. Un long-métrage qui tombe à pic pour l'acteur Daniel Auteuil qui confirme ainsi le talent que parvint réellement à révéler en lui le réalisateur Claude Berry deux ans auparavant à travers le formidable diptyque formé par Jean de Florette et Manon des sources. Ce dernier offrant alors à l'actrice Emmanuelle Béart l'occasion de se confronter pour la seconde fois à Daniel Auteuil, deux ans après L'amour en douce d'Édouard Molinaro et cinq avant Un cœur en hiver que réalisera Claude Sautet en 1991. Mais avant cela, le réalisateur et scénariste français offrira à Sandrine Bonnaire le rôle de Francine, jeune domestique, employée par le couple formé par Irène et Raoul Fonfrin et dont l'époux est le directeur d'un supermarché situé à Limoges.Une jolie jeune femme dont va tomber éperdument amoureux Martial, qu'interprète donc Daniel Auteuil. Ce sera la seconde fois que les deux acteurs joueront dans un même long-métrage puisque six ans auparavant, Sandrine Bonnaire sera apparue dans un rôle de figurante dans Les sous-doués en vacances dans lequel Daniel Auteuil incarnait déjà le personnage principal. Mais que de chemin parcouru pour l'une et pour l'autre depuis cette comédie légère signée en 1982 de Claude Zidi...


Et un Claude en chassant un autre, c'est donc avec un surcroît de prestige que sont réunis à l'écran Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil qui interprètent là, deux individus de milieux diamétralement opposés. Elle, est extravertie, travaille donc pour les Fonfrin et s’acoquine avec Fernand, un chômeur karatéka fan de Bruce Lee. Lui, est Martial, le fils d'une famille aisée, président directeur général d'une chaîne de supermarchés dépressif qui vient tout juste de reprendre sa place au sein de l'entreprise. Sa mère lui propose pour reprendre le travail en douceur d'aller examiner les comptes de plusieurs magasins de la chaîne qui rencontrent quelques difficultés financières. Et c'est à Limoges que la tournée démarre. Après avoir fait la connaissance de Raoul Fonfrin, Martial est invité à dîner le soir-même chez le couple. C'est là qu'il fait la connaissance de Francine sous le charme de laquelle il tombe presque immédiatement. L'invitant dès le lendemain soir à venir dîner dans le vaste appartement qu'il vient de louer à Limoges, au lendemain du repas lors duquel le champagne a coulé à flot, Martial propose à Francine de laisser tomber son emploi de domestique chez les Fonfrin et lui propose de venir s'installer pour le temps qu'elle voudra dans l'immense appartement de location. Après avoir hésité un instant, la jeune femme finit par accepter... Jean-Pierre Marielle, Dominique Lavanant, Vincent Lindon et Danielle Darrieux rejoignent l'aventure de ces deux êtres que rien ne semble devoir rattacher. Les deux premiers forment le couple Fonfrin. Jean-Pierre Marielle incarne un directeur de supermarché faux-jeton auquel le caractère de son épouse n'a rien à envier. Vincent Lindon interprète le rôle de Fernand, un sanguin qui vivra mal sa rupture d'avec Francine et quant à Danièle Darrieux, elle joue le personnage de madame Pasquier, la mère de Martial.


Au contact duquel, chacun va pouvoir révéler sa personnalité et montrer cette part d'humanité si peu évidente au premier abord. Et l'on pense notamment aux Fonfrin, ce couple marié, aigri, médisant, dont le mari s'est rendu responsable d'une escroquerie financière touchant directement la société Pasquier. Avec Quelques jours avec moi, Claude Sautet signe une comédie dramatique touchante dans laquelle aucun des personnages ne se révèle fondamentalement mauvais. L’œuvre crée un lien profond entre des individus qui n'ont pas grand chose en commun et parmi lesquels s'inscriront par la suite Régine, la sœur d'Irène, Georgette, la sœur de Francine, ainsi que son compagnon Max qu'interprètent respectivement Thérèse Liotard ( Viens chez moi, j'habite chez une copine de Patrice Leconte en 1981), Dominique Blanc (Milou en mai de Louis Malle en 1990) et Jean-Pierre Castaldi (Ripoux contre ripoux de Claude Zidi en 1990). Comédie profondément touchante, marquée par un jeu d'acteurs formidable et une mise en scène brillante, chacun y trouve de quoi exploiter son talent. Un scénario qui permet au réalisateur et à ses scénaristes Jacques Fieschi et Jérôme Tonnerre d'exploiter la veine sociale, chose dont il est coutumier, à travers une histoire d'amour inattendue, sans préjugés, drôle et parfois bouleversante. Sans conteste, l'un des meilleurs films de Claude Sautet, adaptation du roman éponyme de l'auteur et journaliste Jean-François Josselin...

 

jeudi 21 octobre 2021

Cycle troupe du Splendid à la réalisation : Sac de Noeuds de Josiane Balasko (1985) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Cela fait un moment que la chose me titille mais cette fois-ci, c'est décidé. Je me lance dans un méga cycle consacré aux membres du Splendid. Non pas en tant qu'interprètes mais en tant que réalisateurs. Dans l'ordre alphabétique patronymique bien entendu. Concernant Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte et Bruno Moynot cela ira très vite puisque la première n'a réalisé qu'un court et un long-métrage, le second un long et le troisième aucun. Les plus importantes carrières en tant que réalisateurs sont donc celles de Gérard Jugnot avec douze longs-métrages, de Josiane Balasko qui en compte huit et enfin Michel Blanc avec cinq films. Je ne tiendrai pas compte des courts-métrages et autres documentaires mais consacrerai ce cycle uniquement aux longs formats. Vingt-sept films à chroniquer, donc. Pas tout à fait un travail de titan mais c'est certain, un réel plaisir de pouvoir redécouvrir l’œuvre de cette troupe culte qui après des débuts en commun a fait pour la plupart une carrière en solo particulièrement brillante. On commence donc avec Josiane Balasko qui bien avant de connaître la consécration en 1996 avec Gazon Maudit se fit tout d'abord la main sur deux petites comédies fort sympathiques parmi lesquelles son tout premier long-métrage Sac de nœuds en 1985. Aux côtés de celle qui allait devenir l'une des plus grandes actrices françaises de sa génération en la personne d'Isabelle Huppert, Josiane Balasko se met en scène dans le rôle d'Anita, une paumée en gabardine façon ''Lieutenant Columbo'' et le cheveu en pétard à la manière du chanteur du groupe britannique The Cure, Robert Smith.


En blonde platine un peu cruche, d'apparence un peu ''facile'' Isabelle Huppert interprète Rose-Marie Martin, épouse d'un flic alcoolique et violent (Daniel Russo) qu'elle croit avoir tué d'un coup de couteau. En fuite en compagnie de sa voisine et nouvelle amie Anita, les deux femmes vont notamment croiser sur leur route le délinquant Rico Da Silva... Un Rico Da Silva interprété par le trop rare Farid Chopel qui depuis s'en est allé à l'âge de 55 ans, victime d'un cancer foudroyant en avril 2008. Fils d'une mère kabyle mais revendiquant la Lorraine comme véritables origines, Farid Chopel fut habitué aux rôles de crapules ou de voyous comme l'attestèrent notamment ses sombres interprétations dans L'addition de Denis Amar ou dans Les fauves de Jean-Louis Daniel tous deux réalisés en 1984. Sac de nœuds viendra l'année suivante, tout comme La Vengeance du serpent à plumes de Gérard Oury qu'il interprétera aux côtés de Coluche, Maruschka Detmers, Philippe Khorsand ou encore Luis Rego. Déjà, en 1985, Josiane Balasko dissémine ici ou là sa vision d'une certaine France à travers une critique sociale désabusée. Et au beau milieu des années quatre-vingt, déjà, le milieu social dans lequel vivent nos deux héroïnes coïncide directement avec le contexte dans lequel elles vivent. Victimes des hommes, tout d'abord, mais de la vie en général également, nos trois marginaux sont ainsi réunis dans une comédie drôle mais aussi parfois amère, typique des années quatre-vingt...


Assistée de Philippe Guez et Claude Othnin-Girard à la mise en scène et par le futur réalisateur de Sur mes lèvres, d'Un prophète ou de Dheepan Jacques Audiard au scénario, Josiane Balasko réalise un road-movie déjanté, à l'humour parfois noir, un brin grossier, mais pas trop, qui gagne en force et en énergie à mesure que le récit évolue. Entre des dialogues pas toujours très fins mais des situations qui s'enchaînent avec vigueur, l'arrivée de Farid Chopel/ Rico Da Silva est un atout évident tandis que la participation de certains seconds rôles étoffe très largement l'intrigue. Rencontre avec un Jean Carmet savoureux et très attachant en pharmacien mélomane traumatisé par la Collaboration. Avec un Coluche, également, propriétaire d'un club de jeux clandestin exploitant la compagne de Rico que des dizaines de badauds acceptent de faire la queue pour la regarder s'exhiber. Quant à Dominique Lavannant, elle interprète une infirmière alcoolique et suicidaire. Drôle et parfois émouvant, ce trio de marginaux unis dans leurs différences mais aussi dans leur trauma respectif (Anita cherche notamment à retrouver le docteur qu'elle rend responsable de la mort de son jeune enfant cinq ans plus tôt) demeure inoubliable. Et même si Josiane Balasko, en débutante, maîtrise encore avec difficulté le métier de réalisatrice, on ne peut que tomber sous le charme des personnages qu'elle a offert à Isabelle Huppert et Farid Chopel. Une comédie moins bête qu'elle n'en a l'air, terriblement humaine, et qui n'empêche pas une certaine noirceur... Un régal...

 

dimanche 4 avril 2021

Le coup du parapluie de Gérard Oury (1980) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 1976, l'acteur français Pierre Richard interprétait pour la première fois à l'écran, le personnage de François Perrin dans l'excellente comédie Le grand blond avec une chaussure noire. Réalisé par Yves Robert, lequel adapte alors son propre scénario écrit en compagnie de Francis Veber, le long-métrage rencontre un énorme succès en accumulant plus d'un million et deux-cent mille entrées rien que dans la capitale et la banlieue parisienne. Deux ans plus tard, le trio Yves Robert/Francis Veber/Pierre Richard se retrouve pour la suite des aventures de leur faux agent secret mais vrai violoniste avec Le Retour du Grand Blond. Énorme succès encore une fois pour les trois hommes puisque le film fait plus de deux millions d'entrées lors de son passage sur grand écran. À chaque cinéaste, son acteur fétiche. Alors qu'Yves Robert et Pierre Richard ont tourné ensemble quatre longs-métrages entre 1968 et 1984, l'acteur fétiche de Gérard Oury est l'autre grand star du cinéma comique français, Louis de Funès avec lequel il tournera également quatre longs-métrages entre 1965 et 1973 (un projet de nouveau film réunissant les deux hommes et intitulé Le Crocodile étant abandonné en 1975). Gérard Oury et Pierre Richard tournent ensemble pour la première fois dans La Carapate en 1978. Puis les deux hommes se retrouvent pour la seconde et dernière fois sur le tournage du Coup du parapluie deux ans plus tard. L'a-t-on jamais évoqué, mais le scénario du réalisateur et de sa fille Danièle Thompson repose sur de bien curieuses similitudes avec celui du Grand blond avec une chaussure noire.


Si dans l'un, un acteur est confondu avec un tueur à gages pour un projet criminel, dans l'autre, un musicien est choisi au hasard pour ''incarner'' un agent secret afin de mettre à jour le double jeu que mène le plus proche collaborateur du chef des services secrets français Louis Toulouse (Jean Rochefort), un certain Milan (Bernard Blier)... Une similitude troublante qui n'empêche fort heureusement pas Le coup de parapluie de posséder sa propre touche personnelle. Pierre Richard y incarne donc Grégoire Lecomte, un petit acteur qui à part une pub vantant les qualités d'une pâtée pour chiens (référence évidente au métier de publicitaire que Pierre Richard interprétait dans son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, Le distrait en 1970), court après les cachets. C'est lors d'un quiproquo que lui est confiée une dangereuse mission qu'il croit être un rôle pour un film. Poursuivi par le véritable tueur à gages dont la mission fut à l'origine de tuer un trafiquant d'armes, Grégoire se rend jusqu'à Saint-Tropez dans la somptueuse demeure d'Otto Kramp, aussi connu sous le sobriquet ''la Baleine''. Le coup de parapluie joue sur un quiproquo perpétuel, Pierre Richard incarnant un personnage persuadé d'être sur le lieu d'un tournage de film. Il doit de plus composer avec la présence de Valérie Mairesse dans le rôle de Sylvette, membre de la DST, et qu'il aimerait mettre dans son lit tandis que débarque à son tour sa compagne officielle Josyane Leblanc qu'interprète Christine Murillo. Gérard Jugnot se voit offrir le rôle de Frédo, l'impresario et meilleur ami de Grégoire tandis que Dominique Lavanant campe son épouse Mireille.


Même si sous certains aspects le film de Gérard Oury rappelle celui d'Yves Robert, pas de doute, on est bien dans l'univers de l'auteur de La Carapate ou de L'as des as avec Jean-Paul Belmondo. Les séquences s'enchaînent à une telle allure et Pierre Richard étant en perpétuel mouvement, qu'on aurait pu imaginer sans mal Louis de Funès interpréter le rôle de Grégoire Lecomte. Quant au parapluie du titre, sachez-le, qu'il concerne celui que se traîne le héros et dont l'extrémité cache une seringue remplie de cyanure. À noter que le sujet s'inspire d'une méthode de meurtre et d'un fait divers authentiques, ce dernier étant survenu le 7 septembre 1978 à Londres où fut empoisonné l'écrivain et dissident bulgare Georgi Markov. Sur un ton bien moins sérieux que ne l'est le fait-divers, Le coup de parapluie est une excellente comédie qui file à toute berzingue, remplie de séquences parfois absurdes (Pierre Richard se planquant par exemple sous un tapis pour échapper à la vue de sa compagne) et notamment interprété par des acteurs d'origines diverses. Sont effectivement au génériques, les acteurs américains Gordon Mitchell et Mike Marshall, l'indien naturalisé français Yaseen Khan, le sénégalais Umbañ U Kset, l'italien Vittorio Caprioli ou encore l'allemand Gert Fröbe...

dimanche 30 septembre 2018

Le Renard Jaune de Jean-Pierre Mocky (2013)



Charles Senac est un être méprisable et odieux envers tous ceux qui le côtoient. Auteur d'un roman à succès, il n'a depuis plus rien fait éditer. C'est peut-être pourquoi il est si dur avec ceux qu'il retrouve tous les jours au café « Le Renard Jaune ». Là, les langues se délient. Surtout celle de l'écrivain qui s'en prend à un commandant de l'armée française, à une femme d'un certain âge, fière d'être une « cougar », une autre, plus jeune, dont le visage est défiguré par une longue balafre, signature de Charles Senac lui-même. Ici traîne, et boit surtout, un jeune peintre sans talent mais qui se voudrait célèbre. Et puis, évidemment, les serveurs Jean Virmo et Polo, les employés de Léo, le patron du café-restaurant dont la tête a la fâcheuse habitude de pencher vers la gauche.

Tous le monde ici aimerait se débarrasser du détestable écrivain, mais personne n'ose passer à l'acte. Tous le monde ? Pas tout à fait. Le jeune phil, lui, est en admiration devant l'écrivain. Il vient de son pays natal pour rencontrer son idole. Pas de pot ! C'est justement aujourd'hui qu'est retrouvé le corps sans vie de Charle Senac, tué à l'aide d'un tisonnier.

Débarque alors l'inspecteur Giraud, accompagné de son subalterne. L'homme a bien l'intention de mettre la main sur celui ou celle qui s'est rendu coupable du meurtre de l'écrivain...

Tourné en 2013, Le Renard Jaune est un projet qui tient à cœur à Jean-Pierre Mocky puisqu'il avait prévu de le réaliser quarante-six ans plus tôt et avait prévu dans les rôle principaux, Maurice Chevalier, Bourvil, Francis Blanche et Simone Signoret. Un casting de rêve qui en aurait fait baver plus d'un. Ce n'est donc que beaucoup plus tard que le cinéaste mettra en chantier ce film policier qui a surtout le allures d'une pièce de théatre. En place et en lieu des acteurs cités au dessus, on retrouve une nouvelle fois, un parterre de stars françaises qui laissent présager du meilleur : Richard Bohringer, Michael Lonsdale (qui collabore ici pour la neuvième fois à un projet de Jean-Pierre Mocky), Philippe Chevalier (moitié du duo Chevalier-Laspalès), Claude Brasseur, Dominique Lavanant, Béatrice Dalle, Frédéric Diefenthal, les père et fils Jean-François et Robinson Stévenin, etc...

Que dire alors de ce Renard Jaune ? L'esprit de liberté qui transpire des œuvres de Mocky est ici encore bien présent. Tout cela sent l'improvisation. Quelques petites erreurs de « lecture » ne dérangent visiblement pas le cinéaste et ne l'obligent en aucun cas à reprendre certaines répliques. Chacun semble interpréter son rôle à sa manière avec plus ou moins de bonheur. On s'amuse beaucoup devant les invectives de Bohringer qui s'éclate à pourrir la vie de ses concitoyens. Chacun mène sa barque comme il l'entend sans que Jean-Pierre Mocky ne vienne mettre son grain de sel.

Alors, bien sûr, l'enquête sur le meurtre n'est qu'un prétexte. D'ailleurs, y en a-t-il vraiment une ? Elle sert plutôt de faire-valoir à une réunion d'actrices et d'acteurs cabotins qui s'amusent dans ce huis-clos qui ne fera sans doute jamais partie des grands classiques du cinéma français mais qui permet tout de même de passer un moment agréable... et léger... Un jean-Pierre Mocky en mode « Agatha Christie »...

Interview de Michael Lonsdale sur le tournage du film:

mardi 24 juillet 2018

Les Bronzés 3, Amis pour la Vie de Patrice Leconte (2006) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Trois étoiles sur dix, cela peut paraître sévère. Isolé de ses deux prédécesseurs, Les Bronzés 3, Amis pour la Vie aurait sans doute mérité une étoile supplémentaire. Peut-être deux. Mais sortir cette suite tardive vingt-sept ans après l'excellent second opus Les Bronzés font du Ski n'a aucun sens. Tout d'abord parce que la forme d'humour employée dans ce troisième volet diffère drastiquement de celui des deux autres. Ensuite parce que chacun a plus ou moins bien vieilli. Mais surtout parce que l'on a pas le droit de toucher à deux œuvres aussi cultes même si une partie du public devait fantasmer depuis longtemps sur cette arlésienne qui allait pourtant voir le jour plus d'un quart de siècle plus tard sous l'impulsion de la Troupe du Splendid qui devait à l'origine travailler sur le tournage d'un autre long-métrage, Astérix en Hispanie. Une adaptation du quatorzième album d'Astérix et Obélix compromise par Albert Uderzo lui-même, lequel n'avait pas vraiment apprécié Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre qui reste cependant la meilleure des quatre adaptations live de la célèbre bande dessinée.
Dans ce troisième opus nous retrouvons les membres du Splendid déjà présents dans les deux premiers: Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Dominique Lavanant, Martin Lamotte (qui était absent du second volet), ainsi que le plus discret Bruno Moynot. Ceux qui les accompagnaient à l'époque ont disparu du casting : Michel Creton (logique puisque dans le premier, le personnage de Bourseault qu'il incarnait mourait noyé après avoir été piqué par une raie), Luis Rego, Guy Laporte, ou encore Maurice Chevit. Deux nouveaux venus ont fait une apparition remarquée. Le premier dans la peau du fils de Nathalie et Bernard Morin. Il s'agit du propre fils de Gérard Jugnot qui jusque là n'avait joué que dans une petite dizaine de films. Le second est UNE... seconde, en la personne d'Ornella Muti.

Les Bronzés 3, Amis pour la Vie a rencontré le succès dans notre pays avec pas moins de 10 300 000 entrées. C'est bien plus que les deux premiers volets réunis, mais cela peut s'expliquer par l'engouement d'un public qui était loin, alors, de supposer que cette seconde séquelle aux Bronzés serait aussi médiocre. Tout y est effectivement très lourd. Voire vulgaire. Gisèle débarque avec une nouvelle et énorme poitrine en silicone, Jean-Claude Dusse, désormais prénommé Jessy, a totalement abandonné son look de ringard pour un autre beaucoup plus branché... et finalement tout aussi cheap. Popeye est toujours accroc au sexe bien qu'il vive désormais avec Graziella (Ornella Muti), Jérôme est toujours amoureux de Gigi bien qu'ils soient en instance de divorce, Nathalie et Bernard sont toujours en couple, quant à Christiane (ratée chirurgicalement par Jérôme), elle vit désormais en compagnie de Miguel, le couple ayant adopté une attitude des plus... zen. Enfin, Benjamin Morin, il débarque pour annoncer à ses parents qu'il vit en couple...

Terminées les répliques cultes qui s'enchaînaient sur un rythme d'enfer. Les gags sont rarement drôles et les personnages vieillissants sont déprimants. Comme s'ils rappelaient aux plus anciens d'entre nous que les années passent inexorablement. Patrice Leconte l'a annoncé : il n'y aura pas de quatrième volet. Un avis partagé par Michel Blanc qui considère qu'ils en ont fait le tour. Par contre, Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot sont d'un avis différent et ne s'opposent pas fermement à l'idée qu'un nouveau chapitre apparaisse un jour sur les écrans. En attendant, que l'on ait aimé ou pas ce troisième épisode, d'ici l'hypothétique sortie d'une suite aux Bronzés 3, Amis pour la Vie, les spectateurs pourront au choix prier pour que le projet se concrétise ou bien qu'il reste dans les tiroirs...

vendredi 15 juin 2018

Ville à Vendre de Jean-Pierre Mocky (1991)



A moussin, petite ville minière, c'est la fête. Tous les habitants sont réunis autour des administrés. Et notamment la pharmacienne Delphine Martinet qui promet de faire des révélations importantes lors d'un communiqué. Mais avant d'avoir pu s'adresser à ses concitoyens, elle est victime d'un malaise. Le Docteur Picoud propose au maire Rousselot de ramener Delphine chez elle. Mais alors qu'ils se trouvent à bord de la voiture du médecin, ils sont victimes d'un accident lors duquel la vieille femme meurt.

Un accident qui apparaît étrange aux yeux d'Orphée, un ancien informaticien qui a fermé sa société et a plié bagages pour prendre la route. Le Capitaine de gendarmerie Montier est chargé d'enquêter sur la mort suspecte de Delphine mais devant la vacuité du personnage, Orphée décide de mener sa propre enquête, accompagné par Elvire, une proche amie de la victime. C'est alors qu'en décidant d'exhumer le corps de Delphine enterrée tout récemment, les deux « enquêteurs » constatent que le cercueil est vide. De plus, de coups de téléphones étranges sont passés par une personnes qui affirme être Delphine.

De nouveaux meurtres vont bientôt secouer la ville de Moussin...

En 1991, Jean-Pierre Mocky réalise pas moins de quatre films dont cette Ville à Vendre très curieuse. A vouloir en faire tant, le cinéaste en a oublié l'essentiel : soigner son œuvre. Car même si la distribution est de haute volée (Tom Novembre, Michel Serrault, Richard Bohringer, Féodor Atkine, Daniel Prevost, Michel Constantin, Darry Cowl, Bernadette Lafont, Dominique Lavanant, Philippe Léotard, Jacqueline Maillan, Valérie Mairesse, Eddy Mitchell) la direction et la mise en cène font peur à voir.

Ou bien s'agit-il simplement d'un problème d’accoutumance envers le cinéma de ce cinéaste français à part. Des moyens trop peu importants et un casting d'actrices et d'acteurs secondaires qui frise l'embauche à la foire du trône. Jean-Pierre Mocky a en effet l'habitude de débaucher des personnages au physique assez particulier. Histoire de donner leur chance à des individus qui n'auraient sinon sans doute aucune chance de se voir immortaliser sur pellicule ailleurs.

L'ambiance du film elle-même est des plus étranges. Ville imaginaire plantée dans un cadre sinistre et prête à s'écrouler sous sa propre masse, elle abrite une population massive de chômeurs qui s'accommode sans soucis des indemnités qu'elle touche.

Malgré les défauts du film, qui sont nombreux (interprétation limite, mise en scène faiblarde et scénario alambiqué), il faut avouer qu'à mesure que l'histoire déroule son fil, on finit par s'habituer au style particulier de Jean-Pierre Mocky. On finit même par oublier les défauts récurrents de son œuvre. Et ce, grâce sans doute aux acteurs qui font tout pour que tienne la route cette histoire dont la vérité éclatera évidemment à la toute fin. Jean-Peirre Mocky à fait mieux dans sa carrière. Il a fait pire aussi. C'est pourquoi Ville à Vendre mérite tout de même que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour l'incongruité de son histoire et le cynisme permanent dans lequel le film baigne...




lundi 20 novembre 2017

La Clinique de l'Amour de Artus de Penguern (2012) - ★★★★★★★☆☆☆



L'acteur Artus de Penguern, lorsqu'il se mettait lui-même en scène possédait un univers bien à lui. Kafkaïen, surréaliste, burlesque. Un imaginaire sans frontières. Caricatural, empli d'une joie incroyablement communicative. Malheureusement, un stupide accident vasculaire cérébral l'a emporté le 14 mai 2013 alors qu'il venait tout juste d'atteindre l'âge de cinquante six-ans. Né le 13 mars 1957 à Neuilly-sur-Seine, il aura eu le temps de tourner dans plus de quatre-vingt courts, long-métrages, téléfilms et séries télévisées. En tant que réalisateur, il n'aura par contre eu l'occasion de nous offrir que deux longs-métrages. Ainsi que six courts, entre 1995 et 2010. De son œuvre de cinéaste, j'ai abordé très récemment l'excellent Grégoire Moulin contre l'Humanité, daté de 2000 qu'il interprétait lui-même aux côtés d'une foule d'excellents interprètes. Une histoire d'amour peu commune dont le déroulement se rapprochait plus ou moins de celui de l'excellent After Hours de Martin Scorsese. Il aura fallut douze ans, et donc plus d'une décennie, pour qu'Artus de Penguern revienne au grand format. Après avoir adapté le scénario qu'il écrivit en compagnie de Jérôme L'Hotsky, cette fois-ci, il s'attaque à celui qu'il a écrit avec Gábor Rassov.

Ceux qui ont aimé Grégoire Moulin contre l'Humanité trouveront peut-être cette nouvelle comédie moins nerveuse, mais le fait est que le réalisateur et acteur français a conservé le même univers. Alors, bien entendu, beaucoup de situations paraîtront naïves. Un peu... faciles dans leur résolution. Mais le propos n'est pas là. Le sujet de La Clinique de l'Amour (titre qui renvoie volontairement aux soap-opera diffusés en début d'après-midi sur certaines grandes chaînes) laisse supposer une romance à l'eau de rose pimentée par une intrigue aussi légère qu'inconsistante. Et c'est vrai qu'en temps normal, mis entre les mains d'un autre, l'histoire de ce duel entre frangins chirurgiens dont l'un veut vendre la clinique familiale et l'autre veut la sauver aurait pu se révéler désastreuse. Miraculeusement, la sauce prend. Beaucoup moins grotesque qu'il n'y paraît, La Clinique de l'Amour est une comédie familiale très rafraîchissante qui peut compter sur le sens inné de la mise en scène de Artus de Penguern et sur l'interprétation sans faille d'une troupe entièrement acquise à la cause d'un récit ubuesque.

Artus de Penguern prouve surtout qu'il na pas utilisé toutes ses cartouches douze ans auparavant et qu'il en a encore sous le manteau. Le long-métrage multiplie les invraisemblances. Mais ce qui aurait nuit ailleurs, fait la force de son œuvre. C'est parfois bête, mais jamais véritablement méchant. D'ailleurs, les mauvais esprits qui rôdent dans cet hôpital à l'agonie n'obtiennent jamais gain de cause. Artus est bien trop gentil, bien trop honnête pour laisser le destin de la clinique entre les mains du Malin qui, ici, arbore les traits de Samantha Bitch (Natacha Lindinger, qui justement dans le rôle de la « biatch », fait des étincelles), la nouvelle et très sexy infirmière dont les intentions malhonnêtes transpirent invariablement dans le regard.
Aux côtés de la belle et diabolique infirmière, Bruno Salomone, dans le rôle de Michael Marchal, l'un des frères chirurgiens. Et puis la délicieuse Helena Noguerra, la sympathique Anne Depetrini, la surprenante Zmilie Caen, et quelques vieilles connaissance : Ged Marlon, Michel Aumont, et même Dominique Lavanant. Tous orbitent tels les membres d'une seule et belle famille d'interprètes autour d'Artus de Penguern qui lui, s'est offert le rôle de John Marchal. La Clinique de l'Amour n'est peut-être pas LA comédie des années 2010, mais elle permet de passer un excellent moment de détente. A sa façon, Artus de Penguern abordait la comédie un peu à la manière d'un certain... Alex de la Iglesia... Il y a pire comme référence...

vendredi 17 novembre 2017

Un Papillon Sur L’Épaule de Jacques Deray (1978)



Roland Fériaud arrive à Barcelone à bord d'un paquebot. Un arrêt d'une semaine dans une ville espagnole où doit très vite le rejoindre Sonia, son épouse avant de poursuivre son voyage vers l'Australie. Miguel Carrabo arrive quand à lui à la gare de Barcelone par le train et accompagné de sa femme. Alors qu'ils quittent l'enceinte de la gare, les époux se séparent, lui prenant la route vers l'hôtel Colon à bord d'un taxi et elle, à pieds et chargée d'une mallette. Roland Fériaud a lui aussi réservé une chambre dans ce même hôtel. Il arrive peu de temps après Miguel Carrabo et c'est en se rendant dans sa chambre qu'il entend des gémissements dans celle qui jouxte la sienne. Roland frappe à la porte et, n'obtenant aucune réponse, décide de pénétrer l'appartement. Mais lorsqu'il tombe sur le corps inanimé de Miguel carrabo, il est assommé.

Se réveillant dans la chambre d'un hôpital, il en parcours les couloirs afin de trouver du personnel. Mais à part un étrange médecin et un vieux fou, les lieux sont déserts. Durant trois jours Roland est soigné et questionné sur une mallette dont il ne sait rien et pour une raison qui lui demeure inconnue. A l'issue de son traitement il est rendu à sa liberté et part retrouver Sonia qui doit arriver par le dernier train. Sentant que son époux est préoccupé, celle-ci le questionne mais Roland tente de la rassurer sans toutefois y parvenir totalement. Ce dernier a réservé une chambre dans un nouvel hôtel mais abandonne un moment Sonia pour aller récupérer ses affaires à l'hôtel Colon. C'est là qu'il croise la route de Madame Carrabo, inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son époux...

Réalisé par Jacques Deray (qui tourna beaucoup avec Jean-Paul Belmondo), Un Papillon Sur L’Épaule dénote quelque peu dans la carrière de l'immense Lino Ventura. Cet acteur, ancien catcheur, qui interpréta avec vigueur une pléthore de personnages forts en gueule et maîtres de leurs destins se pose ici en victime d'une intrigue qui lui échappe totalement. Commun des mortels face à une troublante histoire de meurtres, de mallette et d'erreur sur la personne, il assiste, impuissant au déroulement d'une affaire qu'il choisit de mêler à la police avant de s'en charger lui-même. Cette même autorité à laquelle il ne peut faire confiance tant l'engrenage dans lequel il est bien involontairement impliqué semble bien huilé.

L'un des points essentiels de cette aventure est le lieu choisit pour tourner l'intrigue. En plongeant Lino Ventura dans un pays étranger, il accentue l'aspect étouffant et inquiétant de ce qui lui tombe sur le dos. De même que les personnages qu'il est amené à croiser et qui conservent définitivement une distance avec lui, sans jamais aller au fond des choses et créant ainsi un climat trouble, même envers les spectateurs qui mettront du temps avant de parvenir à dénouer les nœuds de cette histoire.

Il n'y a guère que l'excellente Nicole Garcia pour replonger le grand Lino dans le quotidien qui lui est cher. Une interlude bien trop courte puisqu'à nouveau c'est un cadavre qui va le replacer dans un contexte inhabituel. On terriblement envie de le pousser vers la sortie. Il est aisé en effet de s'identifier à ce personnage tout à fait commun, confondu avec un autre et sur lequel le destin va s'acharner. On appréciera les interventions de Jean Bouise et Paul Crochet. Le premier dans le rôle d'un médecin énigmatique et le second dans celui d'un homme ayant perdu la tête.

Nous passerons outre les quelques défauts du film (techniquement il reste imparfait) pour profiter exclusivement de cette aventure qui nous permet de croiser un Lino Ventura différent mais au charisme et au talent, eux, inchangés...

mardi 12 septembre 2017

Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré (1983) - ★★★★★★★☆☆☆



Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. La France est envahie par l'armée allemande et parmi les citoyens, certains ont choisi la résistance quand d'autres collaborent avec l'ennemi. Les Bourdelle, eux, n'ont pas oublié les valeurs inculquées par leur ancêtre André Bourdelle, mort stupidement alors qu'il s'apprêtait à entrer en action contre l'envahisseur. Habitant un château, son épouse Héléna et leur descendance sont contraints de déménager dans la cave de leur luexueuse demeure, les allemands ayant décidé de s'y installer pour un certain temps. Le fait qu'Héléna soit une cantatrice célèbre joue en sa faveur ainsi qu'en celle des siens. Appréciés du général Herman Spontz, officier de la Wermarcht, les Bourdelle peuvent compter sur une toute relative aisance de vie malgré l'humidité qui pèse sur l'humeur de certains. Et notamment de Michel Taupin, professeur de latin qui contre la somme de mille deux-cent francs mensuels, loge avec la famille de résistants. Parmi eux, pourtant, se trouve Guy-Hubert Bourdelle. fils d'André et Héléna Bourdelle. Contrairement à ses parents, ce coiffeur stagiaire semble apprécier la présence des allemands sous leur toit. Tout se complique le jour où la famille accueille et cache chez elle un soldat anglais blessé. Jean-Robert Bourdelle, que tout le monde appelle Papy et qui n'est autre que le plus vieux membre de la famille, essaie contre mauvaise fortune bon cœur de maintenir une certaine cohésion entre tous. Mais la présence des allemands au dessus de leur tête et celle du soldat anglais dans la cave complique tout. Heureusement, ailleurs, celui qui se fait appeler Super-Resistant va peut-être enfin pouvoir mettre en terme à l'envahisseur...

L'impressionnante liste d'interprète que constitue le casting de Papy fait de la résistance donnerait presque le vertige. S'y croisent plusieurs générations d'acteurs et de comédiens. Des plus anciens parmi lesquels se trouvent Michel Galabru, Jacqueline Maillan, Julien Guiomar, Jacques François, Jean-Claude Brialy ou encore Roger Carel jusqu'aux membres de la cultissime troupe du Splendid, le casting est constitué d'au moins une bande trentaine de grands artistes. Du moins, parmi les plus connus dans le paysage cinématographique français. Du Splendid, seule l'actrice Marie-Anne Chazel, enceinte, manque à l'appel.Anémone elle non plus ne figure pas dans le film. On retrouve par contre Christian Clavier dans le rôle de Michel taupin, Gérard Jugnot dans celui d'Adolfo Ramirez, dont le nom laisse entrevoir très rapidement ses prises de positions, Martin Lamotte dans le double rôle de Guy-Hubert Bourdelle / Super-Resistant, Dominique Lavanant (qui rejoignait les membres du Splendid deux ans après sa création), Josiane Balasko en pharmacienne couchant avec les allemands, Michel Blanc en curé adepte de vin rouge aidant la résistance, Thierry Lhermitte en colonel SS et enfin Bruno Moynot dans le rôle de Flandu. Le point commun des quatre derniers cités étant de ne faire dans le film de Jean-Mari Poiré, qu'une amicale apparition.

Ils ne seront d'ailleurs pas les seuls puisque Jean-Claude Brialy, Jean Yanne, Roger Carel, Didier Bénureau et surtout Bernard Giraudeau (comme étant crédité rôle le plus court du film) ne feront qu'une petite apparition. Peut-être pas aussi détonante que les premiers films des membres de la troupe du Splendid (on peut leur préférer les réalisations de Patrice Leconte), Papy fait de la résistance est une comédie française cultissime, à mettre au même rang que Les Bronzés 1&2 et Le Père Noël est une Ordure. Les allemands et les collaborateurs y sont tournés en ridicule. Voir ses partisans humiliés est jubilatoire. Roland Giraud, Jean-Paul Muel, Thierry Lhermitte ou encore Roger Carel leur donner vie est un bonheur. Jacques Villeret en demi-frère d'Adolf Hitler est à mourir de rire. Un choix judicieux mais secondaire puisqu'à l'origine, il était convenu que le rôle devait revenir à LA star de la comédie française, Louis de Funès. Mort entre-temps, le film lui sera finalement dédié. L'un des aspects les plus remarquables se situe lors des passages durant lesquels l'acteut Roland Giraud s'exprime en allemand. Ne connaissant rien de la langue, l'interprète du général Spontz s'exprimait en réalité de manière phonétique. Un exploit qui fait totalement illusion devant la caméra. Alors que le film aurait pu se terminer fin de manière tout à fait classique, Jean-Marie Poiré fait durer le plaisir lors d'une parodie de l'excellente émission télévisée Les Dossiers de l’Écran que l'animateur Alain Jérôme anime d'ailleurs ici lui-même. Papy fait de la résistance demeure encore aujourd'hui comme un grand classique de la comédie français. Indémodable...

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