C'était les années
quatre-vingt et à l'époque certains n'avaient pas peur d'aborder
des sujets désormais ''sensibles'' sous l'angle de la comédie sans
se faire taxer comme ici, de grossophobie ! Nous sommes en 1981
et Jean-Marie Poiré n'a pas encore signé l'adaptation
cinématographique de la pièce de théâtre Le père Noël est
une ordure, le génial Mes
meilleurs copains ou
le premier volet de la trilogie (si l'on ne compte pas la version
américaine) Les visiteurs.
En ce début de décennie où la liberté d'expression avait encore
un sens, Josiane Balasko est tout comme la plupart des membres de la
Troupe du Splendid
l'une des grandes vedettes de la comédie française. Après les deux
premiers volets de la saga Les bronzés,
l'actrice enchaîne les rôles et rien qu'en cette année 1981, elle
participe aux tournages de Clara et les chic
types,
Le maître d'école (aux
côtés de Coluche), d'Hôtel des Amériques
et donc des Hommes préfèrent les grosses
qui selon le titre tente à vouloir faire croire que la gente
masculine serait davantage attirée par les femmes rondes, dodues et
même pourquoi pas, obèses. Pourtant, l'on découvre rapidement que
la ''grosse'' de cette sympathique comédie qui connaîtra une rude
concurrence puisque la même année sortira La
chèvre de
Francis Veber, La soupe aux choux de
Jean Girault ou la comédie satirique de Bertrand Tavernier, Coup
de torchon
n'est paradoxalement pas au centre des attentions des hommes qui
gravitent autour d'elle puisque c'est après avoir tout fait pour
trouver une colocataire encore moins attirante qu'elle (on retiendra
d'ailleurs à ce sujet la savoureuse réplique de sa meilleure amie
incarnée par Dominique Lavanant) que Lydie (Josiane Balasko, donc)
tombe finalement sur Eva, un joli mannequin incarné par l'actrice
et... mannequin justement, Ariane Lartéguy. Après s'être faite
plaquer par son petit ami et chef du personnel de l'entreprise pour
laquelle elle travaille Paul Berthelot (Martin Lamotte) et avec
lequel elle avait prévu de s'installer dans un tout nouvel
appartement, Lydie Langlois cherche donc désormais à partager le
loyer avec une colocataire. C'est là qu'arrive Eva. Jeune femme
séduisante sur laquelle s'accrochent les hommes dont Gérard, le
frère de Lydie, véritable pot de colle, incarnant le beauf par
excellence, ainsi que Ronald, personnage nettement plus charismatique
que ce pauvre petit vendeur de poisson incarné par Luis Rego. Les
hommes préfèrent les grosses
est typique de son époque et ne s'embarrasse pas de la moindre
pincette pour traiter son héroïne comme une pauvre fille que les
hommes méprisent en raison de son surpoids et d'une apparence
générale qui n'en font pas un canon de beauté.
Lydie,
c'est la bonne copine. La confidente. Qui débarque en boite de nuit
vêtue d'une robe rose ridicule, qui se prend une baffe à la place
d'un autre, qui tend gentiment l'oreille et écoute les confidences,
mais qui semble aussi et surtout incapable de construire quoi que ce
soit avec les hommes. Tous des cons ou presque, d'ailleurs. Entre un
Luis Rego qui sous ses allures de beauf trop sûr de lui cultive le
malaise, un Martin Lamotte pleutre qui n'hésite pas à balancer
Lydie pour faute grave à son supérieur, laquelle se retrouve à la
porte de son boulot, un Ronald en dandy de cinquième catégorie ou
un Thierry Lhermitte qui dans le rôle du petit ami d'Arlette
(Dominique Lavanant) se la joue végétarien pacifiste mais s'avère
être en fait un bon gros connard ! On a beau avoir de la
tendresse pour le personnage incarné par Josiane Balasko et trouver
que les personnages masculins que l'héroïne est contrainte de se
farcir ne sont que de sombre crétins mais reconnaissons que Les
hommes préfèrent les grosses
est franchement très drôle et charrie quelques répliques ou
situations relativement cocasses. Lydie cherchant une colocataire :
''Faudrait qu'elle
soit beaucoup plus moche que moi. Comme ça, je serai tranquille...''
Arlette lui répondant du tac au tac : '' M'enfin,
ne m'dis pas que tu cherche un monstre. Tu trouveras pas, faut pas
rêver !''.
Notons l'intervention de Daniel Auteuil dans le rôle de l'ex
compagnon d'Eva, Jean-Yves. Avec ses faux airs de psychopathe
obnubilé par la jeune femme, le personnage n'est qu'un énième
pauvre type comme en compte beaucoup la comédie de Jean-Marie Poiré.
Du côté des anecdotes, il faut savoir que le rôle qu'interprète
Luis Rego devait être joué par Michel Blanc mais celui-ci, inquiet
à l'idée d'incarner un personnage trop semblable à celui de
Jean-Claude Dusse qu'il incarna dans Les bronzés
refusa à seulement quelques semaines du début du tournage. L'ancien
membre du Splendid
rencontre cette année là un grand succès grâce à la comédie de
Patrice Leconte, Viens chez moi, j'habite chez
une copine.
Premier rôle aux côtés de Bernard Giraudeau, il n'est pas
impossible que l'acteur ait également refusé le rôle de Gérard
dans Les hommes préfèrent les grosses
parce qu'il n'y incarnait pas le personnage central. C'est du moins
ce qu'à sans doute imaginé Jean-Marie Poiré qui pour se ''venger''
du désistement de Michel Blanc fit dire à une speakerine présente
un court instant dans le film la phrase suivante : ''M.B
a la grosse tête''...



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire