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lundi 28 février 2022

Quelques jours avec moi de Claude Sautet (1988) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Claude Sautet est mort depuis plus de vingt ans. Et s'il a consacré plus de quarante années de son existence au septième art, il n'aura pourtant réalisé que quatorze longs-métrages. Et parmi eux, de grands films parmi lesquels viennent souvent tout d'abord à l'esprit des œuvres telles que Les choses de la vie (1970), Max et les ferrailleurs (1971), Vincent, François, Paul et les autres (1974) ou encore Un mauvais fils (1980). Après avoir signé en 1983 un Garçon ! relativement anecdotique, Claude Sautet disparaissait des radars durant cinq années avant de revenir sur le devant de la scène en 1988 avec Quelques jours avec moi. Un long-métrage qui tombe à pic pour l'acteur Daniel Auteuil qui confirme ainsi le talent que parvint réellement à révéler en lui le réalisateur Claude Berry deux ans auparavant à travers le formidable diptyque formé par Jean de Florette et Manon des sources. Ce dernier offrant alors à l'actrice Emmanuelle Béart l'occasion de se confronter pour la seconde fois à Daniel Auteuil, deux ans après L'amour en douce d'Édouard Molinaro et cinq avant Un cœur en hiver que réalisera Claude Sautet en 1991. Mais avant cela, le réalisateur et scénariste français offrira à Sandrine Bonnaire le rôle de Francine, jeune domestique, employée par le couple formé par Irène et Raoul Fonfrin et dont l'époux est le directeur d'un supermarché situé à Limoges.Une jolie jeune femme dont va tomber éperdument amoureux Martial, qu'interprète donc Daniel Auteuil. Ce sera la seconde fois que les deux acteurs joueront dans un même long-métrage puisque six ans auparavant, Sandrine Bonnaire sera apparue dans un rôle de figurante dans Les sous-doués en vacances dans lequel Daniel Auteuil incarnait déjà le personnage principal. Mais que de chemin parcouru pour l'une et pour l'autre depuis cette comédie légère signée en 1982 de Claude Zidi...


Et un Claude en chassant un autre, c'est donc avec un surcroît de prestige que sont réunis à l'écran Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil qui interprètent là, deux individus de milieux diamétralement opposés. Elle, est extravertie, travaille donc pour les Fonfrin et s’acoquine avec Fernand, un chômeur karatéka fan de Bruce Lee. Lui, est Martial, le fils d'une famille aisée, président directeur général d'une chaîne de supermarchés dépressif qui vient tout juste de reprendre sa place au sein de l'entreprise. Sa mère lui propose pour reprendre le travail en douceur d'aller examiner les comptes de plusieurs magasins de la chaîne qui rencontrent quelques difficultés financières. Et c'est à Limoges que la tournée démarre. Après avoir fait la connaissance de Raoul Fonfrin, Martial est invité à dîner le soir-même chez le couple. C'est là qu'il fait la connaissance de Francine sous le charme de laquelle il tombe presque immédiatement. L'invitant dès le lendemain soir à venir dîner dans le vaste appartement qu'il vient de louer à Limoges, au lendemain du repas lors duquel le champagne a coulé à flot, Martial propose à Francine de laisser tomber son emploi de domestique chez les Fonfrin et lui propose de venir s'installer pour le temps qu'elle voudra dans l'immense appartement de location. Après avoir hésité un instant, la jeune femme finit par accepter... Jean-Pierre Marielle, Dominique Lavanant, Vincent Lindon et Danielle Darrieux rejoignent l'aventure de ces deux êtres que rien ne semble devoir rattacher. Les deux premiers forment le couple Fonfrin. Jean-Pierre Marielle incarne un directeur de supermarché faux-jeton auquel le caractère de son épouse n'a rien à envier. Vincent Lindon interprète le rôle de Fernand, un sanguin qui vivra mal sa rupture d'avec Francine et quant à Danièle Darrieux, elle joue le personnage de madame Pasquier, la mère de Martial.


Au contact duquel, chacun va pouvoir révéler sa personnalité et montrer cette part d'humanité si peu évidente au premier abord. Et l'on pense notamment aux Fonfrin, ce couple marié, aigri, médisant, dont le mari s'est rendu responsable d'une escroquerie financière touchant directement la société Pasquier. Avec Quelques jours avec moi, Claude Sautet signe une comédie dramatique touchante dans laquelle aucun des personnages ne se révèle fondamentalement mauvais. L’œuvre crée un lien profond entre des individus qui n'ont pas grand chose en commun et parmi lesquels s'inscriront par la suite Régine, la sœur d'Irène, Georgette, la sœur de Francine, ainsi que son compagnon Max qu'interprètent respectivement Thérèse Liotard ( Viens chez moi, j'habite chez une copine de Patrice Leconte en 1981), Dominique Blanc (Milou en mai de Louis Malle en 1990) et Jean-Pierre Castaldi (Ripoux contre ripoux de Claude Zidi en 1990). Comédie profondément touchante, marquée par un jeu d'acteurs formidable et une mise en scène brillante, chacun y trouve de quoi exploiter son talent. Un scénario qui permet au réalisateur et à ses scénaristes Jacques Fieschi et Jérôme Tonnerre d'exploiter la veine sociale, chose dont il est coutumier, à travers une histoire d'amour inattendue, sans préjugés, drôle et parfois bouleversante. Sans conteste, l'un des meilleurs films de Claude Sautet, adaptation du roman éponyme de l'auteur et journaliste Jean-François Josselin...

 

lundi 25 septembre 2017

Un Mauvais Fils de Claude Sautet (1980) - ★★★★★★★★★☆



Second film présenté ici à avoir Patrick Dewaere comme principal acteur, "Un Mauvais Fils" dresse le portrait d'un homme qui, même s'il n'a aucun rapport avec celui du film d'Alain Corneau, pourrait être un Franck Poupart plus jeune et dont la difficile expérience vécue dans ce film trouverait sa tragique conclusion dans "série noire". 

"Un mauvais fils", c'est l'histoire d'une reconstruction morale, affective et sentimentale. Celle d'un père et de son fils. Le long cheminement qui rapproche deux êtres que la séparation et surtout la mort de la mère ont rendus étrangers l'un pour l'autre. Bruno Calgagni (Patrick Dewaere), ancien toxicomane de retour des États-Unis où il fut emprisonné durant cinq années pour détention de drogue, revient en France et retrouve la trace de son père qui l'accueille chez lui et qui, malgré les apparences semble lui reprocher la mort de sa femme qui a plongé lentement dans une grave dépression et qui l'a poussée au suicide. Le retour du fils en France est difficile. Ses conditions de travail ne sont pas des plus faciles lorsqu'il est employé comme simple manutentionnaire. Un emploi qu'il ne conservera d'ailleurs pas très longtemps.

Avant même que son père, René (Yves Robert), reproche la mort de sa mère à Bruno, la tension monte entre les deux hommes de façon insidieuse. Un fils d'abord considéré comme un 'cancer", un "pourrisseur", remarques difficiles à accepter pour un Bruno aux allures de rebelle qui va chercher le plaisir charnel auprès d'une prostituée avant de faire la connaissance dans son nouvel emploi de Catherine, la libraire, ancienne toxicomane aux pulsions destructrices. 

Mais avant cela, René, excédé par le comportement de Bruno lors d'une rencontre dans un bar, craque et vomi à la face de Bruno, tout le dégoût qu'il éprouve pour lui. La rupture est alors totale et après une visite à l'hygiène mentale qui lui trouvera un nouvel emploi mais qui surtout, le préviendra que là-bas, travaille déjà une femme, Catherine, qui a connu les errances de la drogue,Bruno entre enfin dans ses nouvelles fonctions et surtout, entre en contact avec la dite Catherine.

Leurs rapports, à l'origine difficiles, vont tendre vers plus d'intimité et ce avec l'appui du formidable Adrien Dussart (Jacques Dufilho). Son emploi semble satisfaire Bruno et le charme tout relatif de Catherine verra naître entre eux une relation intime, tout d'abord heureuse mais au final dangereuse. . .

Claude Sautet, avec énormément de talent, fait se confronter deux hommes, un père et son fils, aux tempéraments diamétralement opposés. Le premier reproche au second la mort de sa mère et le second essaie de retrouver une existence normale malgré un environnement pas toujours évident à subir. Robert et Dewaere sont formidables dans leur rôle d'êtres déchirés par la vie, essayant de se reconstruire sans jamais vraiment y parvenir. Le rôle campé par Fossey est lui aussi saisissant, surtout lors des séances de fix entre elle et Bruno, des moments très fort et surtout très loin de ce auquel le cinéma français nous avait habitué.
On imagine alors l'état d'esprit dans lequel il leur a fallut se plonger pour interpréter leur rôle, des personnages qui les habitent de bout en bout pour une expérience cinématographique chargée en émotions inhérentes à ce genre de sujet. . .

lundi 29 mai 2017

L'extravagant monsieur Piccoli d'Yves Jeuland (2017) - ★★★★★★★★☆☆

http://www.arte.tv/fr/videos/057412-000-A/l-extravagant-monsieur-piccoli

Pour revoir "L'extravagant monsieur Piccoli", cliquez sur l'affiche ci-dessus

Après la diffusion hier soir sur l'excellente chaîne culturelle franco-allemande Arte du film de Jacques Rouffio 7 Morts sur Ordonnance, ceux qui fuient habituellement leur écran de télévision mais qui pour une fois ont eu la judicieuse idée de l'allumer pour s'instruire (et non pas s'abrutir) devant un programme intelligent ont pu assister à un très bel hommage rendu à l'immense Michel Piccoli. Âgé aujourd'hui de quatre-vingt onze ans, cet acteur qui se prédestinait avant tout à une carrière de comédien de théâtre s'est surtout fait apprécier du grand public grâce aux innombrables personnages qu'il a incarné au cinéma. Bien que les réalisateurs se soient succédé durant sa très longue carrière débutée en 1945 lorsqu'il interpréta un figurant dans Le Cavalier de Riouclare de Christian-Jaque, on apprend que c'est grâce à ce que l'on nommait encore le petit écran que Michel Piccoli s'est ouvert au grand public avec son interprétation du Dom Juan de Molière dans l'éponyme Dom Juan ou le Festin de pierre. Pas spécialement beau, mais sans doute jamais aussi laid que certains de ses personnages, Michel Piccoli incarnait ici le rôle d'un séducteur. Un personnage qu'il entretiendra jusqu'à l'explosion signée Marco Ferreri, La Grande Bouffe.
Si Arte a choisi de diffuser en première partie une œuvre de Jacques Rouffio dont l'une des spécificité (en dehors d'être pétrie de qualités) est d'avoir fait jouer deux des plus grands acteurs français sans qu'aucun n'aie partagé la moindre ligne de dialogue, c'est pourtant la complicité entre l'acteur et trois autres cinéastes que le réalisateur et auteur de documentaires français Yves Jeuland a choisi de mettre en avant. Marco Ferreri, Luis Buñuel , et Claude Sautet.

Un italien, un espagnol et un français. Ç’aurait pu être le début d'une bonne blague mais l'histoire que partageront ces trois grands metteurs en scène et leur acteur fétiche donnera lieu à des œuvres qui bouleverseront le paysage cinématographique français. Ferreri mort en 1997, Buñuel en 1983 et Sautet en 2000. Piccoli ? Toujours vivant et se demandant ce que retiendra la postérité de son oppulente carrière au cinéma. L'extravagant monsieur Piccoli s'ouvre sur la silhouette de l'acteur nonagénaire. Filmé presque de dos, devant un piano, comme des images volées, une intimité dévoilée, violée par l'objectif de la caméra d'Yves Jeuland. On apprend (pour ceux qui l'ignoraient comme moi), que l'acteur a partagé la vie de la chanteuse Juliette Greco. Un mariage qui dura dix ans. Mais sans doute, les mariages les plus célèbres de Michel Piccoli furent ceux qu'il concrétisa auprès des trois cinéastes cités plus haut. Entre 1956 et 1977, Luis Buñuel et Michel Piccoli vont tourner à sept reprises. Le Journal d'une Femme de Chambre, Belle de Jour ou Cet Obscur Objet du Désir pour ne citer que les plus célèbres. Pour Claude Sautet, l'acteur français acceptera de jouer à quatre reprises (cinq si l'on tient compte de sa participation en tant que narrateur dans César et Rosalie en 1972). Ce sera surtout l'occasion pour Michel Piccoli de partager par trois fois, l'affiche avec l'égérie de Claude Sautet, l'immense actrice allemande Romy Schneider avec laquelle il joua dans Les Choses de la Vie, Max et les Ferrailleurs et Mado.

Michel Piccoli, ou plutôt ses personnages, pouvaient à l'occasion, faire preuve d'une grande violence verbale. Au point que certains de ses partenaires se demandaient parfois si c'était Piccoli ou le personnage qui s'exprimait. Claude Sautet considérait l'acteur comme son double, l'interprète de Vincent, François, Paul... et les autres mimant presque son auteur lorsqu'il s'habillait et fumait une cigarette.L'un des cinéastes qui participa au changement de style de l'acteur fut le cinéaste Marco Ferreri. Alors qu'ils tournèrent sept fois ensemble entre Dillinger est Mort en 1968 et Y'a Bon les Blancs en 1988. C'est sans doute grâce (ou à cause diront certains) de la pantagruélique Grande Bouffe que Michel Piccoli a révélé un visage différent du séducteur qu'on lui connaissait jusque là. Véritable ode au suicide, à l'amour, à la merde et à la nourriture, tout semble avoir été déjà dit, entre ce qu'ont pu supposer les critiques acerbes de l'époque, les interprètes du film, et le cinéaste lui-même. Reste une œuvre dérangeante et magnifique. Poétique et scatologique. Sans doute l'une des plus grandes de son auteur qui l'année suivante réengagea le quatuor de La Grande Bouffe pour son délirant Touche pas à la femme blanche ! Piccoli donc, mais également Marcello Mastroianni, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi.
L'extravagant monsieur Piccoli ne revient donc pas de manière exhaustive sur la carrière de l'immense acteur français mais demeure un très bel hommage rempli d'images d'archives inédites ou peu connues. Un très beau documentaires pour les fans de cinéma en général et de ce grand monsieur qu'est Michel Piccoli...
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