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mercredi 12 octobre 2022

Si le soleil ne revenait pas de Claude Goretta (1987) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Le soleil ne revenait pas... Derrière cette phrase aussi poétique que préoccupante se cache tout d'abord un roman de l'écrivain et poète suisse Charles Ferdinand Ramuz datant de 1937. Année même lors de laquelle se déroulent de curieux événements se situant dans le petit village de Saint-Martin-en-Haut localisé à 730 m d’altitude dans le département du Rhône en région Auvergne-Rhône-Alpes. C'est là que le vieux guérisseur Antoine Anzevui va un jour faire une terrifiante prédiction reposant sur des calculs qu'il confiera à l'un de ses patients : Prédisant qu'au prochain printemps le soleil ne reviendra pas, l'homme jette la torpeur et l'inquiétude parmi les villageois qui avec effroi vont attendre ce jour fatidique où l'obscurité s'imposera définitivement au sein du village mais également de la planète toute entière... Derrière ce sujet ô combien fascinant se cache également une adaptation signée du réalisateur, scénariste et producteur suisse Claude Goretta, surtout connu pour avoir rendue célèbre l'actrice Isabelle Huppert avec La dentellière en 1976 que pour avoir mis en scène Si Le soleil ne revenait pas, œuvre dont l'austérité ne quitte pas un seul instant ses personnages et cette région où le village est implanté entre deux flancs de montagnes empêchant les rayons de soleil de baigner les lieux de sa clarté. Sous un décor enneigé et une brume presque permanente offrant parfois une aura quasi mystique, le long-métrage de Claude Goretta repose sur un rythme et une ambiance propre à ces villages d'antan où le temps semblait s'être suspendu. Charles Vanel, qui endossa le costume du détective Alfred Fichet dans Les diaboliques d'Henri-Georges Clouzot, celui du faux dur à cuir Jo dans Le Salaire de la peur du même réalisateur ou l'horrible professeur Brézé dans Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio est ce prédicateur/guérisseur qui après de savants calculs va prédire ce que l'on pourrait considérer comme la fin du monde et de toute trace de vie sur la Terre. Face à lui des habitants désemparés mais visiblement près à accepter leur sort...


Parmi eux s'en trouve un qui n'acceptant pas de laisser derrière lui le moindre bien à Satan a choisi de tout vendre et d'en boire le bénéfice ! Cet homme, c'est Arlettaz. Personnage détruit par l'alcool et par la disparition de sa fille qu'il désespère jour et nuit de retrouver. Est-elle morte ou a-t-elle simplement choisi de quitter cette existence d'austérité ? Le film semble conserver une certaine ambiguïté à ce sujet. Se soutenant les uns les autres jusqu'à ce jour ultime prédit par le vieil Antoine Anzevui, il en est également une qui elle a choisi de garder l'espoir. Elle, c'est Isabelle Antide qu'interprète l'actrice Catherine Mouchet. Véritable bouffée de chaleur dans un contexte relativement sinistre, aussi froid que le blanc manteau qui recouvre les toits et les chemins de terre du village de Saint-Martin-en-Haut ! L'on retrouve l'ambiance calme mais parfois troublante des superbes Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne et de Cœur de verre de l'allemand Werner Herzog. Cette âpreté et cette rudesse qui n'appartiennent qu'aux habitants isolés des campagnes ou ici des montagne n'ayant visiblement aucun relais avec le monde extérieur. D'où ces croyances qui remontent aux temps ancestraux, ces pratiques de prescience reposant sur un seul homme faisant office de médecin guérisseur et de propagateur de mauvaises nouvelles (sa prédiction survenant au moment même où le prêtre interprété par René Bériard annonce qu'il ne reviendra pas au village avant le printemps prochain). Une chape de plomb enveloppe littéralement le village, ses habitants ainsi que le récit. Suspendant le temps au rythme des dialogues et d'une mise en scène languissante (prenant parfois le temps de filmer toute une série de visages comme l’examen d'une toile peinte par un artiste), l’œuvre est portée par l'angoissante et minimaliste partition d'Antoine Auberson, l'optimisme de Catherine Mouchet/Isabelle Antide et par le visage marqué par les excès du toujours habité Philippe Léotard qui interprète le personnage d'Arlettaz. Une œuvre envoûtante, prise dans un étau où l'optimisme le dispute au pessimisme. Des deux, lequel l'emportera ? Seule la fin du récit nous le dira...

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