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samedi 19 septembre 2026

Sans Toit ni Loi d'Agnès Varda (1985) - ★★★★★★★★☆☆



Il est des personnages dans la vie de tous les jours que l'on n'oublie pas. Dans le septième art aussi d'ailleurs. Sandrine Bonnaire fait partie de ces actrices remarquables qui ont imprimé de leur seule présence bon nombre de longs-métrages. Il n'y a qu'à la contempler dans La Cérémonie de Claude Chabrol ou dans Monsieur Hire de Patrice Leconte pour se rendre compte du potentiel de cette actrice française qui un jour de juin 1982, à l'âge de quinze ans, eut la bonne idée d'accompagner sa sœur Corinne à un casting pour le film de Maurice Pialat, A Nos Amours. Alors que Sandrine n'a pas la prétention de figurer au générique, c'est pourtant elle que le cinéaste prendra dans son film. C'est ainsi que la carrière de l'actrice débute réellement puisque jusqu'à maintenant, elle n'avait fait que de la figuration dans deux autres longs-métrages. Elle remportera d'ailleurs pour sa prestation dans le film de Pialat le César du meilleur espoir féminin. César encore puisque en 1986, et en interprétant le rôle principal du film qui nous intéresse ici, elle remportera cette fois-ci le César de la meilleure actrice.
Oui, il existe des personnages que l'on n'oublie pas, et Mona, de son vrai nom Simone Bergeron est de ceux-ci. Une jeune femme sans attaches, sans toit ni lois donc, ni personne pour lui dicter sa conduite ou la remettre dans le droit chemin. Ça n'est pas que Mona soit une voleuse (elle ne fera rien pour dérober à un compagnon de passage le petit poste de radio sur lequel elle lorgnait pourtant) mais on le sait dès les premières minutes, la jeune femme finira tristement, son corps reposant raide comme un morceau de bois dans un fossé. La cinéaste Agnès Varda remonte le cours de l'histoire de cette vagabonde qui marche sans but précis, fait des rencontres, et laisse surtout derrière elle une curieuse impression. La cinéaste française a choisi de ne juger ni son héroïne, ni celles et ceux qui croisent sa route. Une route semée de quelques embûches. On la verra violée, humiliée, questionnée, rejetée, mais aussi la proie d'une curiosité que l'on aurait pu croire malsaine mais qui en réalité demeure protectrice envers cette jeune femme qui, durant un instant, trouve l'épaule réconfortante d'une platanologue, une certaine Mme Landier, très justement interprétée par l'immense actrice Macha Méril.

Agnès Varda filme son œuvre sans concession au divertissement. Ou si peu. A travers les pseudos-témoignages de tous ceux qui l'ont rencontrée durant les quelques jours qui précèdent sa mort tragique, on n'en apprendra pas beaucoup sur Mona à part qu'elle fut secrétaire avant de tout abandonner. Sur son passé tout comme sur ce qui l'a menée à vivre en marge de la société. Sandrine Bonnaire est habitée par son personnage et n'hésite pas à donner de sa personne lorsqu'il s'agit d'incarner une femme libérée de toutes contingences. Les cheveux sales, un vieux cuir que l'on imagine sentir très mauvais, une tente pour maison et un caractère mêlant insouciance et méfiance. Voilà ce qui caractérise sans doute le mieux cette jeune clocharde dont l'unique but semble être de trouver de quoi manger.Ses petits amis sont comme elle. Des marginaux. Pas forcément à la rue, mais des individus qui inquiètent les ménagères de cinquante ans qui n'osent pas les accueillir sur le pas de leur porte.
Avec Sans Toit ni Loi, la cinéaste Agnès Varda réalise ce qui demeure sans doute chez nous comme LA référence sur les conditions de vie des sans-abris. Qu'elle ait tout abandonné sur un coup de tête ou non, on trouve son héroïne forcément touchante. D'autant plus que l'on devine une certaine douceur sous cette crasse, Sandrine Bonnaire esquissant de temps en temps un joli sourire avant de se renfermer à nouveau. En tout cas, un film qui marque les esprits. Un petit bijou...

lundi 1 novembre 2021

Les rois du gag de Claude Zidi (1985) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Le roi des cons de Claude Confortès avec Francis Perrin ou bien Le roi des morts de Jörg ''Nekromantik'' Buttgereit ? Ne parvenant pas à faire un choix entre comédie lourdingue et ambiance dépressive, j'ai finalement opté pour Les rois du gag de Claude Zidi. Ou comment s'offrir un début de soirée tranquille avec deux rois pour le prix d'un seul film. Plus proche de la comédie bien beauf de Claude Confortès que de la sinistre ambiance appliquée avec méthode par le réalisateur allemand, Les rois du gag met en scène deux des anciens membres de l'équipe du Splendid dans un rôle qui sans doute, ne les éloigne pas vraiment de celui qu'ils tenaient dans la vie réelle puisque parmi les autres membres de la troupe, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte participèrent à l'élaboration de pièces de théâtre et de films devenus cultes (et dont Amours, coquillages et crustacés sera à l'origine du film Les Bronzés de Patrice Leconte) avant que chacun de ses six membres ne partent faire une carrière en solo (Christian Clavier et Marie-Anne Chazel vivront une histoire d'amour longue de trente ans avant de se séparer en 2001). Si Les rois du gag fait d'abord officiellement référence à l'émission très populaire à l'époque de l'humoriste Stéphane Collaro Le Collaro Show, le film semble encore plus proche de celle du comique britannique Alfred Hawthorn Hill plus connu sous le pseudonyme de Benny Hill. Lui aussi très populaire à l'époque de la diffusion de son émission The Benny Hill Show, l'ombre de cette très grande star anglaise plane littéralement au dessus du film de Claude Zidi...


Le film met donc en scène Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte dans les rôles respectifs de Paul Martin et de son beau-frère Françoix Leroux, deux comiques qui interprètent sur scène les sketchs écrits par le premier mais inspirés par les rêves du second. Des gags pas vraiment drôles, voire pathétiques et convenus. Mais le passage de la star Gaëtan (l'acteur Michel Serrault), vedette d'une émission télévisée humoristique ultra populaire va remettre leur carrière sur les rails. En effet, alors que les deux hommes qui étaient jusqu'à maintenant chargés d'écrire ses textes ont été... ''débarqués'' (les acteurs Pierre Doris et Maurice Dubois dans les rôles de Jean et Robert), Gaëtan étant à la recherche de jeunes humoristes, son choix se porte immédiatement sur Paul et François (alors qu'il était venu voir à l'origine sur les conseils d'un ami un certain Georges Khorseri incarné par Coluche). Ne reste plus aux deux hommes qu'à trouver l'inspiration. Un projet délicat qu'ils parviendront plus ou moins à mener à terme... Question lourdeur, Les rois du gag ne s'éloigne pas vraiment du style emprunté par Claude Confortès. Claude Zidi n'est très clairement pas au faîte de sa carrière. Lorsque l'on pense qu'une année seulement avant le tournage des Rois du gag, celui-ci fut l'auteur de l'excellente comédie Les ripoux ou que bien des années avant il réalisa notamment L'aile ou la cuisse, L'animal ou encore Inspecteur la Bavure, on a parfois du mal imaginer que le même réalisateur se cache derrière. Quoique... Claude Zidi fut également l'auteur de quelques pépites franchouillardes particulièrement gratinées (plusieurs longs-métrages auprès des Charlots ou le diptyque des Sous-doués qui malgré le statut de film culte du premier épisode vole assez bas...


Les rois du gag ne reposant que sur une succession de gags (logique), le scénario se résume à pas grand chose. Des scénettes plus ou moins amusantes lorsqu'elles ne sont pas tout simplement pathétiques. À la musique, nous retrouvons l'éternel Vladimir Cosma tandis qu'à l'écriture, Claude Zidi s'est fait aidé par les scénaristes et réalisateurs Michel Fabre et Didier Kaminka. Détail qui remet les pendules à l'heure pour un film dont on peut se demander dans quelle mesure les gags sont volontairement poussifs histoire de coller à l'image de ses trois principaux personnages. Michel Serrault incarne un double-rôle puisque outre celui de Gaëtan, il interprète également celui du réalisateur Robert Wellson. À noter qu'à l'origine et en lieu et place de Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, les membres des Charlots avait d'abord été évoqués. Mais à la suite d'un conflit qui les opposa au réalisateur, ceux-ci furent remplacés par les deux membres du Splendid. Souvent débiles, il n'est pas interdit de rire devant certains gags. Ceux mettant en scène Gérard Jugnot dans la peau d'un boxeur venu se plaindre des coups qu'il a reçu dans un commissariat ou celui où il incarne un chirurgien alcoolisé demeurant sans doute les plus réussis. Parmi les seconds rôles, nous retrouvons Macha Méril dans le rôle de Jacqueline, l'épouse de Gaëtan, la superbe Mathilda May dans celui de sa fille pour une inutile amourette entre elle et François, Georges Beller en réalisateur d'émissions de télévision ou Pierre Tchernia en présentateur de la cérémonie des Césars, séquence durant laquelle les acteurs Pierre Richard, Philippe Noiret et Claude Brasseur tiennent durant un très court instant leur propre rôle. Au final, Les rois du gag est indigne des meilleurs films de Claude Zidi et les gags bien loin des répliques mythiques qui sortaient au début de leur carrière de la bouche de Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte. Reste que le film se regarde sans réel déplaisir...

 

mardi 31 octobre 2017

Un Profil pour Deux de Stéphane Robelin (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Nous avons, chaque année en France, l'occasion de découvrir une légion de comédies françaises. Si une grande majorité d'entre elles ont le malheur de manquer d'originalité et de se faire très vite oublier, il en demeure fort heureusement quelques-unes qui sortent du lot. Un Profil pour Deux fait partie de ces comédies qui nagent entre plusieurs eaux. Le triangle amoureux autour duquel tourne l'intrigue n'est pourtant pas lui non plus un sujet tout neuf. Pourtant, la générosité de ses interprètes et les différents changements de ton lui confèrent une aura toute particulière. Car le film de Stéphane Robelin qui réalise ici son troisième long-métrage après Real Movie et Et si on Vivait tous Ensemble ? est un petit bijou. Le réalisateur étant parti d'un scénario dont il a lui-même assuré l'écriture, le film met en scène Pierre, un septuagénaire vivant seul depuis la mort de son épouse. Sa fille, désespérée, demande au compagnon de Juliette de donner des cours d'informatique au vieil homme afin de lui permettre de découvrir les possibilités offertes par Internet.
C'est ainsi qu'Alex lui apprend comment manipuler son nouvel ordinateur et utiliser les sites de rencontres. Pierre use de ses talents de conteur pour séduire une certaine Flora63, laquelle tombe sous le charme du vieil homme dont elle ignore tout de la véritable apparence. En effet, Pierre lui a envoyé une photo d'Alex prise quelques jours auparavant et le jour où Flora et lui décident de se rencontrer pour la première fois à Bruxelles, le vieil homme supplie Alex d'approcher la jeune femme à sa place. Malgré sa réticence, le jeune homme accepte de se rendre en Belgique aux côtés de Pierre, d'autant plus qu'entre Juliette et lui, le torchon brûle. Sa rencontre avec Flora va bouleverser son existence, ainsi que celle de la jeune femme et celle de Pierre...

 
Première impression positive : la présence de l'immense Pierre Richard. Celui qui nous faisait rire grâce aux pitreries et à la distraction de ses personnages a depuis quelques années mûri. Même si sa façon d'aborder la comédie est bien différente que par le passé, le retrouver sur grand écran demeure toujours un réel plaisir. Ici, on le retrouve dans la peau d'un homme vieillissant. Étouffé par la présence de proches relativement antipathiques. Une existence finalement assez morne qui va changer du jour au lendemain grâce à Alex, personnage incarné par l'acteur Yaniss Lespert qui pour l'instant n'a joué que dans très peu de longs-métrages pour le cinéma et est surtout apparu à la télévision dans une petite dizaine de téléfilms et de séries. Aux côtés des deux hommes, la ravissante et talentueuse Fanny Valette. La jeune arlésienne apporte au long-métrage de Stéphane Robelin une véritable fraîcheur. L'actrice incarne une Flora sensible, touchante, rêvant du prince charmant tout en espérant trouver celui auquel elle pourra redonner le goût de vivre à nouveau une histoire d'amour. Car contre attente, de ce petit jeu malsain auquel s'adonnent les personnages interprétés par Pierre Richard et Yaniss Lespert va éclore une très belle romance.

Stéphane Robelin table sur un imbroglio compliqué à mettre en place. A la:manière d'une pièce de théâtre où les portes claquent, s'ouvrent et se referment, épargnant les uns après les autres des personnages qui ne sont jamais censés se croiser, le cinéaste maîtrise sur le bout des doigts son propre récit. On sent l'amour du réalisateur pour ses interprètes. Battant le froid et le chaud, sa mise en scène surprend. Un Profil pour Deux passe allégrement de la comédie douce-amère au drame. L’œuvre de Stéphane Robelin ne fera généralement pas hurler de rire. On s'éloigne très largement des poncifs du genre, et pourtant, cela fonctionne à merveille. Cependant, le film évite toute forme d’apitoiement. Le cinéaste n'oublie pas d'y injecter quelques moments savoureusement loufoque comme la scène du petit-déjeuner, et d'autres, beaucoup plus émouvant, comme la merveilleuse scène située dans l'appartement de Flora.

Même si les intrigues n'ont que très peu de rapports, Un Profil pour Deux nous chavire le cœur comme avait pu le faire en son temps, une œuvre aussi forte que Le Tout Nouveau Testament de Jaco van Dormael dont certaines critiques assassines demeurent encore aujourd'hui incompréhensibles. Alors que le film de Stéphane Robelin démarrait assez tristement, la suite allait se révéler fort réjouissante. Sans doute l'une des meilleures surprises de cette année 2017...

dimanche 17 avril 2016

Profondo Rosso de Dario Argento (1975)



Lors d'une conférence, la médium et télépathe Helga Ulmann ressent la présence d'un assassin parmi l'assistance venue la rencontrer. Sa désignation condamne la parapsychologue à mourir des mains-mêmes de l'assassin le soir-même alors qu'il s'est introduit dans son appartement. Alors qu'il rentre du travail, le professeur de piano Marcus Daly aperçoit tout en haut de l'immeuble où il habite sa voisine mourir sous ses yeux. Se précipitant dans l'appartement de la victime, il la trouve inanimée, plusieurs bris de verre enfoncés dans la gorge. Lorsque la police prend la relève, Marcus a un étrange sentiment. Il est en effet persuadé que sur l'un des murs manque un tableau.
Dès lors, le professeur de piano enseignant au Conservatoire de Turin va se mettre au défi d'éclaircir cette zone d'ombre et pourquoi pas, de confondre le meurtrier. Lors de son enquête il fait la connaissance du professeur Giordani qui participait à la conférence donnée par Helga Ulmann ainsi que celle de la journaliste Gianna Brezzi qui aimerait participer aux recherches de Marcus.

Tout en essayant de se remémorer ce qu'il a vu sur le mur de la voyante, le jeune homme enquête auprès d'un certain Bardi, mais aussi d'une femme se prénommant Amanda. Malheureusement pour Marcus, et pour la jeune femme elle-même, le tueur devance le pianiste et tue celle qui pourrait faire avancer l'enquête. C'est ensuite au tour de Giordani de payer de sa vie sa curiosité. L'enquête de Marcus l'emmène jusqu'à une demeure abandonnée où un drame s'est joué il y a très longtemps et qui pourrait avoir un rapport direct avec la série de meurtres qui secouent la ville de Turin...


Après deux westerns, trois gialli formant une trilogie animalière (dans le titre), un policier et une comédie dramatique, le cinéaste Dario Argento revient en 1975 après une légère interruption (d'une année seulement) avec ce qui demeure sans doute comme son meilleur film, ou en tout cas, le meilleur l'un des tout meilleurs gialli de l'histoire. Si l'acteur David Hemmings fait partie du casting, ça n'est pas tout à fait par hasard. De l'aveu même du cinéaste, le film de Michelangelo Antonioni Blow-Up dont l'intrigue est à peu de chose près similaire à celle de Profondo Rosso, a servi de référence pour l'écriture de celui-ci. Outre les sempiternels meurtres à l'arme blanche (ici un hachoir), le film est une passionnante enquête menée conjointement avec l'actrice Daria Nicolodi que rencontre à ce moment-là Dario Argento. De ce film découlera une relation, et de cette relation naîtra la célèbre Asia Argento.



Pour que tienne l'intrigue jusqu'à la dernière minute, Dario Argento échafaude une intrigue parsemée de détails à côté desquels le héros lui-même va passer. Il y a tout d'abord cette troublante impression qui lui comprime le cerveau, persuadé qu'il est d'avoir oublié un détail fondamental se trouvant dans l'appartement de la première victime (la voyante interprétée par l'actrice Macha Méril). Puis c'est lors de son exploration de l'angoissante demeure qu'il oublie d'aller jusqu'au bout dans son exploration de la peinture recouverte de plâtre. Ensuite, c'est au tour de la pièce invisible de cette maison qui l'oblige à y revenir une seconde fois. Dario Argento n'a pas simplement décidé de faire de son enquêteur du dimanche un poissard puisqu'il n'est pas le seul à être victime de malchance, le professeur Giordani passant dans un premier temps lui aussi à côté d'un élément qui à son importance lors de sa visite dans la salle de bain de la seconde victime, Amanda.

Superbement mis en scène, Profondo Rosso est en la matière, la quintessence du genre Giallo. Chaque détail est mis en œuvre pour que le puzzle conserve toute sa cohérence, le cinéma horrifique italien de l'époque nous ayant habituellement accoutumé à de nombreuses invraisemblances non seulement d'un point de vue scénaristique mais également dans l'approche que font les cinéastes et les interprètes de leur personnage. La partition musicale est assurée par le légendaire groupe italien Goblin et par Giorgio Gaslini. Si d'un point de vue esthétique Dario Argento explosera les limites artistiques du genre dans les œuvres à venir, pour le reste, Profondo Rosso est un sans faute...

A lire également: 

http://culte7art.blogspot.fr/2013/03/quattro-mosche-di-velluto-grigio-de.html

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