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vendredi 15 mai 2026

Garde à vue de Claude Miller (1981) - ★★★★★★★★★☆


Nous sommes le soir du 31 décembre et alors que la population s'apprête à fêter le nouvel an, l’inspecteur Antoine Gallien reçoit dans son bureau le notaire Jérôme Martinaud. Assisté par l'inspecteur Marcel Belmont, Gallien interroge le notable au sujet de deux homicides concernant deux très jeunes filles. L'une a été retrouvée morte sur une plage et la seconde sur un terrain communal. Lorsque l'intrigue débute, celui qui très rapidement va se comporter comme un suspect se montre arrogant et surtout très évasif lorsque l'inspecteur incarné à l'écran par l'immense Lino Ventura lui pose des questions sur son emploi du temps. Curieux de connaître les détails précis s'agissant de la découverte par Martinaud de l'un des deux corps, Gallien lui met la pression. ''Épaulé'' par un Belmont nettement plus agressif envers le notaire. Et ce qui n'était au départ que l'interrogatoire classique d'un notable très connu dans la région en tant que simple témoin va rapidement se transformer en garde à vue durant laquelle, l’ambiguïté de Martinaud ainsi que sa désinvolture face à l'horreur du double fait-divers vont convaincre Gallien à pousser l'homme dans ses derniers retranchements... Réalisé par Claude Miller entre le 27 janvier et le 13 mars 1981, Garde à vue est un classique du cinéma policier hexagonal. Face à la carrure impressionnante de Lino Ventura, le cinéaste lui oppose un Michel Serrault qui derrière un physique déjà nettement moins impressionnant se sert ici du statut de notable de son personnage pour s'imposer malgré des éléments d'enquête qui contredisent à peu près tout ce qui repose sur le témoignage qu'il a rapporté antérieurement au récit développé ici. Accompagnés par un Guy Marchand qui dans le rôle de l'inspecteur Marcel Belmont rivalise de cynisme avec le témoin devenu suspect, Lino Ventura et Michel Serrault s'affrontent dans un duel verbal absolument remarquable que l'on doit au dialoguiste de génie, Michel Audiard...


Ici, pas d'enquête policière telle qu'elle est généralement conçue dans ce type de fiction. Pas de découverte d'un ou de plusieurs corps précédant des investigations de terrain. Tout juste quelques photographies rappelant l'horreur du fait-divers. Non, ici tout est concentré autour des quatre murs d'un bureau transformé en salle d'interrogatoire où l'on entend régulièrement les touches d'une machine à écrire sur laquelle Belmont s'acharne à taper la déposition du notaire entre deux blagues de mauvais goût. Le concept de ''Good Cop / Bad Cop'' qui se veut être une technique employée lors des interrogatoires intégrant un flic calme et faussement sympathique à un second, agressif et déjà beaucoup moins conciliant envers le témoin/suspect n'est ici pas à l'ordre du jour. Car même si les personnalités des deux inspecteurs ne concordent jamais vraiment, quelques regards de Gallien lancés en direction de Belmont confirment que les deux hommes ne jouent pas à ce jeu qui consiste à manipuler celui qu'ils interrogent. On peut même dire que le premier déteste les méthodes du second. Bien que l'intrigue se déroule à une date presque précise (nous sommes à l'orée du nouvel an mais... en quelle année précisément ?) un certain flou tourne autour de certains détails géographiques. Ce qui, en soit, n'est pas vraiment un problème puisque Garde à vue est un huis-clos tandis que les rares scènes d'extérieurs s'intéressent davantage aux festivités de fin d'année qui se déroulent en face du commissariat qu'aux lieux mêmes des crimes...


Une certaine distanciation que l'on pourrait comprendre face à l'horreur des actes dont le spectateur n'est témoin qu'à travers des termes aussi bruts que ''viols'' et ''étranglements'', Claude Miller nous épargnant les détails les plus sordides alors même qu'il ne retiendra plus ses mots ni ceux du romancier et scénariste Emmanuel Carrère dix-sept ans plus tard lorsque viendra le moment de signer le très glaçant La classe de neige... Privilégiant les dialogues à l'action, les regards et le jeu d'acteurs à la gestuelle (quoi que celle-ci puisse tout de même revêtir parfois une importance considérable), Garde à vue repose sur le duel entre deux hommes (et même trois si l'on ajoute la performance toute en audace de Guy Marchand), sur une tension qui à mesure que les heures passent monte graduellement et joue avec la plus subtile des perversions sur l'intime. Car pour comprendre le personnage de Martinaud, quoi de mieux que de dépasser son seul statut de témoin des événements pour aller plus en profondeur et aller chercher ce qui chez cet énigmatique individu expliquerait un éventuel passage à l'acte ? Claude Miller aurait-il choisi son camp en faisant de cet homme respecté et jusqu'à maintenant respectable un personnage qui aurait quoi qu'il arrive des choses à se reprocher ? Car comment expliquer alors l'intervention de la magnifique Romy Schneider dans le rôle de l'épouse du notaire qui au moment où tout bascule lorsque la culpabilité de celui-ci est devenue un impératif moral (Après avoir été frappé par Belmont, Martinaud explique avec ses mots qu'il vaut mieux avoir frappé un coupable plutôt qu'un innocent) vient en rajouter une couche en apportant une ''preuve'' de sa culpabilité ? Romy Schneider, justement... magnifique, digne... Un petit rôle pour une grande incarnation, jusqu'à ce final terrible suivant un twist inattendu, la encore précédé d'un souvenir contant une période dans l'existence du couple qui n'a à proprement parler rien à voir avec l'enquête mais dont l'évocation pourrait avoir de graves conséquences... On sort du film avec la sensation de s'être assis aux côtés du notaire et face au flic. Témoins d'une garde à vue magistralement orchestrée par un cinéaste et ses interprètes...

 

samedi 19 août 2023

La Plus Belle Pour Aller Danser de Victoria Bedos (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Derrière son titre passe-partout, son affiche d'une rare laideur et sa réalisatrice dont on ne savait jusque là encore pas grand chose, le film La Plus Belle Pour Aller Danser de Victoria Bedos avait toutes les chances de finir dans les bacs à un euro des magasins hard-discount. C'est d'ailleurs le sort que certains spectateurs et critiques lui destineront dès sa sortie. Il faut dire que cette comédie a la lourde tâche, une fois encore, de sortir le genre du marasme dans lequel la plupart des longs-métrages le plongent depuis bien des années maintenant. Si beaucoup ont abandonné tout espoir, il en demeure qui comme votre serviteur présument que ce jour arrivera. La Plus Belle Pour Aller Danser est pourtant bien l'un de ces petits miracles qui voient le jour tous les deux ou trois ans, n'en déplaise aux plus anciens qui ne révèrent que les comédies du milieu jusqu'à la fin du siècle dernier. Et pourtant, dans celle-ci, ne retrouvons-nous pas l'une des idoles de l'une de ces décennies perdues ? Trônant moins en évidence sur l'affiche du film que la jeune actrice Brune Moulin qui porte en très grande partie le film sur ses épaules, nous retrouvons en effet l'acteur Pierre Richard dans le rôle d'Albert, l'un des locataires d'une pension de famille où trôneront à ses côtés, quelques vieilles figures du cinéma français. Bien qu'elle porte le même patronyme que ce dernier, Firmine Richard n'a bien entendu aucun lien de parenté avec Pierre Richard mais ne s'est pas moins rendue célèbre grâce à son tout premier rôle au cinéma en 1989 dans l'excellent Romuald et Juliette de Coline Serreau dans lequel elle interprétait une femme de ménage. Parmi la vieille garde, nous retrouvons l'ancien Deschiens Olivier Saladin, Patrick Roux ou encore Guy Marchand. Les personnages qu'ils incarnent sont, au fond, très secondaires au regard de ceux qu’interprètent Loup Pinard et surtout Brune Moulin, laquelle tient efficacement la dragée haute à ses aînés. Certains devront sans doute s'armer de patience pour ne pas se laisser rebuter par des débuts qui fleurent bon l'ostéoporose, l'arthrose ou la polyarthrite rhumatoïde !


''Encore un film avec des vieux'' auront la tentation de d'affirmer certains... avant de revoir leur copie devant cette comédie légère au sujet ultra-rebattu d'une adolescente de quatorze ans amoureuse du nouvel élève qui vient d'arriver dans sa classe. Leur avis se muant alors en un ''Encore des mioches, toujours des mioches et pas un brin d'imagination'' que contrariera fort heureusement une dernière partie beaucoup plus convaincante. Pas sûr, pourtant, que tout le monde tienne jusque là. Ce qui serait dommage. Fille de Guy et sœur de Nicolas, Victoria Bedos signe donc son premier long-métrage et ''réinterprète'' de manière étonnante un sujet qui fait grand bruit bien qu'il ''n'intéresse'' qu'une très petite minorité. L'identité sexuelle des tous jeunes étant devenue l'une des préoccupations majeures de celles et ceux qui ne parviennent pas à remplir sainement leurs journées, Victoria Bedos nous épargne fort heureusement les aspects les plus crapuleux et les plus sordides du sujet en confrontant une adolescente mal dans sa peau qui du jour au lendemain va trouver l'amour au bras d'une très beau jeune garçon malheureusement (pour elle) homosexuel. Bien que La Plus Belle Pour Aller Danser soit le premier film dans lequel elle apparaît, la jeune Brune Moulin parvient sans mal à faire ses preuves dans le double-rôle de Marie-Luce Bison et de Léo. La transformation de la jeune fille en faux adolescent mimant la gestuelle et l'attitude générale des garçons de son âge fait parfaitement illusion. La jeune actrice est attachante jusque dans la démarche de son personnage, sa rébellion caractérisée par de très discrètes marques de rejet vis à vis de son père et des pensionnaires. La présence en tant que ''conseiller'' de Pierre Richard paraît finalement des plus minimes et si l'on devait choisir celui qui réellement se hisse à la hauteur de la jeune actrice, il semble évident que le nom qui viendrait à l'esprit en premier serait celui de Philippe Katerine. Car derrière cette douce attitude et cette naïveté qu'il intègre au personnage de Vincent Bison se cache une profonde blessure qui hante en sourdine le long-métrage jusqu'à cette très émouvante séquence lors de laquelle l'acteur est filmé en gros plan. Ne nous laissons donc pas rebuter par la l'apparente simplicité du l'écriture puisque La Plus Belle Pour Aller Danser est une très jolie surprise. Et croisons les doigts pour retrouver très rapidement Brune Moulin sur grand écran...

 

samedi 21 mai 2022

Les folies fermières de Jean-Pierre Améris (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

À l'origine du dernier long-métrage de Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes en 2010, Profession du père l'année dernière), l'histoire étonnante de David Caumette, un éleveur de bovins situé à Garrigues dans le Tarn. Pour sauver son exploitation, l'homme crée en 2015 Les Folies Fermières lors desquelles sont proposés des menus composés à partir de produits du terroir. Ajouté à la découverte des produits locaux, un spectacle met en scène des sosies, des chanteuses, des danseuses ainsi que des magiciens. Grâce à cette étonnante reconversion, David Caumette obtient une licence d'entrepreneur du spectacle. Unique lieu à proposer ce type de spectacle dans l'hexagone, cette formidable aventure devient le sujet d'un reportage diffusé en 2018 sur France 3. Et ce jour là, se trouve justement assis devant son poste de télévision, le réalisateur Jean-Pierre Améris qui plus tard prendra la décision de mettre en scène cette histoire hors du commun. Et cela tombe très bien puisque depuis quelques années, le monde rural et ses agriculteurs sont régulièrement le centre d'intérêt des cinéastes qui ne cessent alors de s'engager dans les campagnes françaises pour y tourner leur propre vision du milieu rural. Le thème remonte cependant en des temps ancestraux. On remontera chez nous jusqu'au cinéma de Marcel Pagnol, en passant par les merveilleuses adaptation de Jean de Florette et Manon des sources signées de Claude Berri en 1986 et jusqu'à la flopée de longs-métrages qui furent tournés ces dernières années et parmi lesquelles, on oubliera par contre très rapidement le catastrophique Roxane, premier long-métrage réalisé par Mélanie Auffret en 2019 et principalement interprété par Guillaume de Tonquédec. Une comédie elle-même inspirée d'une histoire vraie, mais malheureusement, complètement ratée !


Les folies fermières, c'est d'abord une inquiétude. Celle d'y voir trôner sur son affiche un visage et un nom bien connus des amateurs de comédies et de one-man-show. Ceux d'Alban Ivanov dont on pouvait se demander ces derniers temps ce qui avait pu pousser certains à le glorifier tant ses dernières apparitions s'avéraient désastreuses. On pense évidemment en priorité au Dernier Mercenaire de David Charhon ou au Médecin imaginaire d'Hamed Hamidi, deux des pires comédies françaises à avoir vu le jour en 2021 et 2022. Par opposition au désastre supposément annoncé par sa présence au casting, celle de Jean-Pierre Améris à la réalisation temporise cependant l'effet douche froide d'une telle annonce. Pourtant, Les folies fermières sonne comme une remise à niveau concernant son principal interprète qui, heureusement, cesse d'en faire des tonnes pour incarner le rôle de David, celui-là même qui renvoie directement au personnage bien réel de David Caumette. Le sujet peut paraître quant à lui particulièrement douteux. Surtout lorsque l'on ne sait pas qu'il s'inspire de faits authentiques.


C'est vrai quoi, si l'originalité est au rendez-vous, le concept semble à priori quelque peu Cheap. Pour ne pas dire ringard. Et pourtant, si le miracle n'a pas vraiment lieu, que le film n'est jamais vraiment à hurler de rire (ce qui peut sembler navrant pour ce type de long-métrage), on ne s'ennuie jamais tout à fait. Même si certaines séquences paraîtront forcément éculées. Et même si d'autres ne parviendront pas à charrier leur lot d'émotion (la scène lors de laquelle la condition d'ancienne strip-teaseuse de Bonnie incarnée par Sabrina Ouazani est très mal amenée), Les folies fermières est une agréable comédie. Qui manque toutefois de cette folie et de cette poésie qui se mariaient à si bien dans l'excellent Les émotifs anonymes douze ans en arrière. Moins ridicule qu'elle ne le paraît de prime abord, cette rencontre entre cabaret parisien et monde rural offre également l'opportunité d'y retrouver Michèle Bernier, Moussa Maaskri, Bérengère Krief ou Guy Marchand ainsi que des interprètes moins connus mais tout aussi attachants tels qu'Ariana Rivoire (dont la surdité sert de base à son personnage) ou Philippe Benhamou dans ce qui demeure à ce jour, son seul rôle au cinéma. Les folies fermières est donc une sympathique comédie française. Mais de là à débourser une dizaine d'euros pour aller la découvrir sur grand écran, la question de cette éventualité s'impose tout de même...

 

lundi 1 novembre 2021

Les sous-doués en vacances de Claude Zidi (1982) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

''Mon père disait : Dans la vie, y'a pas de grands, y'a pas de petits. La bonne longueur pour les jambes, c'est quand les pieds touchent bien par terre.'' Fameuse citation de Coluche dont un bout a été honteusement récupérée dans cette suite des aventures de Bébel, Gaëtan, Graffiti, Zard et Togo. Cinq potes qui se sont rencontrés au cours LOUIS XIV afin d'y étudier (mais aussi pour y faire tout à tas de bêtises) et ainsi obtenir leur baccalauréat. Après avoir obtenu leur diplôme, voilà qu'ils ont choisi de prendre des vacances séparées. Et parmi eux, Bébel qui a prévu de partir avec sa ravissante petite amie... qui le plaque au dernier moment ! Dans cette suite qui n'a plus grand chose à voir avec Les sous-doués passent le bac, Claude Zidi met également en scène l'actrice belge Grace de Capitani dans le double rôle des jumelles Claudine et Hélène. Alors que la première doit partir aux Seychelles avec son copain Stéphane (l'acteur Jean-Paul Lilienfeld), Hélène lui ''vole'' son identité et prend sa place. Désormais condamnée à passer les vacances sur Paris, Claudine participe en compagnie de son amie Pétronille (Charlotte de Turckheim) à une expérience visant à tester les performances du Love Computer. Une machine conçue afin de voir si deux personnes sont sentimentalement compatibles. La conception du Love Computer est due à l'un des assistants de Paul Memphis, chanteur de charme qui durant l'expérience jette son dévolu sur la jolie Claudine. Pourtant, les résultats du test sont formels : Bébel est compatible avec la jeune femme. Afin d'attirer Claudine dans ses filets, Paul Memphis l'invite ainsi que Pétronille à venir s'installer dans sa luxueuse demeure située à Saint-Tropez. Les deux jeunes femmes acceptent. Décidé à suivre Claudine, Bébel décide de descendre lui aussi. Dès lors, Paul Memphis va tout mettre en œuvre pour se débarrasser du jeune homme avec l'aide de ses employés...


Si ce résumé a l'air d'en dire long, avant que l'aventure de nos ex-étudiants ne se termine, de l'eau aura coulé sous les ponts. Qui mieux que Guy Marchand pouvait incarner le rôle de Paul Memphis, ce chanteur ringard qui tente de séduire une Grace de Capitani toujours aussi séduisante et dont il s'agissait là du tout premier rôle au cinéma ? Ce beauf au torse poilu, aux cheveux gominés et au tempérament de séducteur. Mais alors attention. Le genre bien lourd. Qui colle, et pour lequel ses centaines de groupies sont folles d'admiration. Le nombre des anciens étudiants du cours LOUIS XIV a fondu comme neige au soleil. Il ne reste plus donc que Bébel, la vedette des sous-doués passent le bac et ses acolytes Gaëtan (Gaëtan Bloom) qui avant se faisait sans cesse voler ses mobylettes, Graffiti (Patrick Laurent) qui lui revendait... après les lui avoir dérobé, Zard (Patrick Zard) et Togo (Honoré N'Zué). Guy Marchand retrouvera Claude Zidi sur le tournage de Ripoux contre ripoux sept ans plus tard aux côtés de Philippe Noiret, Thierry Lhermitte, Jean-Pierre Castaldi ainsi que... Grace de Capitani qui elle interprétait déjà le rôle de Natacha dans le premier volet de la franchise Les ripoux.


Sans être nul, Les sous-doués en vacances s'avère quand même largement inférieur à son prédécesseur qui déjà n'était pas très fin en matière d'humour. Ici, le Love Computer prend la place de La machine à apprendre du premier volet qui donnait lieu à des situations plutôt amusantes. Pour cette séquelle, les gags s'enchaînent avec plus ou moins de bonheur. Entre le running gag de Togo se faisant raccourcir les jambes à plusieurs reprises par un chirurgien interprété par l'acteur Hubert Deschamps qui troque sa blouse de professeur contre celle d'un docteur et une succession de séquences mettant en scène Daniel Auteuil dans des situations embarrassantes. Plus ou moins amusant (c'est selon l'humeur du spectateur), on pourra rire devant un Paul Memphis se pavanant devant la foule agglutinée devant son yacht mais tombant à l'eau ou lorsque sa voiture passe du blanc au noir. La scène du requin est plutôt amusante, comme peut l'être Togo une fois raccourci de plusieurs dizaines de centimètres. Mais tout ceci ne vole pas très haut. Si Les sous-doués en vacances ne mérite pas le statut d’œuvre culte dont bénéficie Les sous-doués passent le bac, les aventures de bébel et de ses compagnons reste cependant agréable à suivre...

 

mardi 23 juillet 2019

Convoi Exceptionnel de Bertrand Blier (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆







La collaboration entre les acteurs français Gérard Depardieu et Christian Clavier n'est pas de première jeunesse. S'il est largement connu qu'ils ont partagé ensemble les rôles vedettes de deux volets de la franchise Astérix (Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi en 1999 et Astérix et Obélix : mission Cléopâtre d'Alain Chabat en 2002) et de la comédie Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré en 1995, il est sans doute moins familier que de savoir que deux décennies auparavant, ils se sont frottés l'un à l'autre dans le très beau et véritablement tragique Dîtes lui que je l'aime de Claude Miller en 1977. Ça n'est donc qu'une demi-surprise que de les retrouver une fois encore réunis sur grand écran. Une demi-surprise car c'est par contre la première fois qu'ils sont ensemble sur le tournage d'un long-métrage réalisé par le cinéaste, écrivain et dialoguiste Bertrand Blier. Convoi Exceptionnel l'est, d'exceptionnel, à plus d'un titre. Tout d'abord parce que le dernier film du cinéaste remontait à 2009 (l'excellent Le Bruit des Glaçons), soit presque dix ans, et que l'on ne peut rester indifférent à tout ce que touche l'auteur des cultissimes Les Valseuses, Calmos, Préparez vos Mouchoirs, Buffet Froid, ou encore Tenue de Soirée et Merci la Vie.

Bien que les années 2000 aient été parfois désastreuses en terme de critiques (Combien tu m'aimes ? méritait sans aucun doute un meilleur sort quand l'adaptation cinématographique de sa propre pièce de théâtre Les Côtelettes se révélait, elle, ponctuellement, mais trop rarement, exaltante), en ce début d'année 2019, on espérait le retour en grâce du fils spirituel de Michel Audiard. Alors, qu'en est-il ? Et bien, mieux vaut ne pas s'attendre à ressentir les mêmes émotions qui nous étreignirent à l'époque des burlesques et surréalistes chefs-d’œuvre du cinéaste français sous peine d'éprouver un curieux ressentiment envers ce qui semble être une œuvre testamentaire aussi grave qu'ennuyeuse. Les fans du génie des mots et des maux retrouveront certainement quelques références à son Buffet Froid lors de la rencontre entre nos deux héros, le clochard Taupin, le bourgeois Foster et ce flic incarné par Philippe Magnan ou plus loin encore à son anti-féministe révolutionnaire Calmos lors du repas qui clôt l'aventure. Parmi les invités de cette farce moribonde, les actrices Sylvie Testud, Alexandra lamy, Audrey Dana, Isabelle de Hertogh et pour la quatrième fois sous la houlette de son mari de réalisateur, Farida Rahouadj. Côté gente masculine, on a droit aux participations d'Alex Lutz (auteur et principal interprète du remarquable Guy), Bouli Lanners, Louis-Do de Lencquesaing, Jean Dell ou encore Guy Marchand qui semble ici, et dans la peau d'un producteur, figurer Bertrand Blier lui-même.

Il est parfois des impressions difficiles à retranscrire. Pourquoi, d'un côté, sommes nous en mesure de crier au génie d'un Quentin Dupieux rythmant ses œuvres à la vitesse d'un escargot atteint de polyarthrite et écrites sur un minuscule bout de papier tandis qu'il peut devenir très vite insupportable de suivre jusqu'au bout les aventures rarement réjouissantes des héros de ce Convoi Exceptionnel ? Peut-être parce qu'à sa façon, Bertrand Blier aura-t-il façonner une filmographie si exceptionnelle (pour le coup), si pertinente et si personnelle qu'il devient alors impossible de lui pardonner la moindre faiblesse ? Son dernier long ne comble absolument pas les attentes. Presque dix ans de patience pour un résultat en demi-teinte. En quart de teinte, même, oserai-je dire. Et pourtant, malgré tout, et c'est sans doute ce qui fait de ce Convoi Exceptionnel une immense déception, le film possède quelques rares moments d'intense émotion et de poésie qui émaillent un récit anémique. Le dernier film de Bertrand Blier aurait sans doute trôné en bonne place aux côtés de ses meilleures œuvres si chacune des scènes avaient ressemblé à celle qui oppose durant quelques instants Christian Clavier à Alexandra Lamy qui pour le coup, efface la présence de n'importe quel autre personnage. Aussi vite vu, aussi vite oublié...

dimanche 2 décembre 2018

Hibou de Ramzy bédia (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Ramzy Bédia, la moitié du duo Eric et Ramzy que l'acteur humoriste et réalisateur formait aux côtés d'Eric Judor aura attendu bien des années avant de s'affranchir totalement de son binôme avec Hibou, son second long-métrage après Seuls Two qu'ils réalisèrent ensemble mais dont il est désormais l'auteur unique. Un investissement de quatre millions d'euros pour un résultat avoisinant les quatre-vingt mille entrées sur le seul territoire français. On pourrait, oui, appeler ça un bide. Le public n'a pas suivi sans doute à cause d'un manque de promotion mais aussi parce que la sortie fut contrecarrée par des événements parallèles qui l'ont alors passé sous silence. Et puis, il y a cette affiche, significative, mais laissant le public dans l'interrogation. Ce qui saute très rapidement aux yeux, c'est la grande ressemblance entre l'univers ici construit par Ramzy Bédia, Fadette Drouard et François Reczulski avec celui qu'à bâtit, brique après brique, le cinéaste et compositeur Quentin Dupieux auprès duquel Ramzy Bédia a justement collaboré sur le très curieux Steak. Culte pour certains, véritable daube pour d'autres, le film ne laissait en tout cas pas indifférent. Entre fascination et rejet. Pas sûr que Ramzy parvienne au même résultat avec Hibou, et pourtant, dans la peau du cinéaste se mettant lui-même en scène, il a réussi l'exploit d'aller jusqu'au bout de son idée même si au final, son film n'a pas tout à fait la même saveur que ceux du cinéaste auquel il est impossible de ne pas faire la comparaison.

Ramzy Bédia incarne le personnage de Rocky, un employé de bureau que tout le monde ignore, à tel point que l'on se demande dans quelle mesure il ne serait pas transparent. Un soir, à l'issue de sa journée de travail, il tombe chez lui nez à nez avec un Hibou Grand-Duc qui ne décollera plus de son salon. Il en parle à ses collègues, ainsi qu'au propriétaire d'une animalerie qui lui conseille de le nourrir à l'aide de souris mortes. La présence de l'animal lui donne une idée. Dès le lendemain, Rocky se présente au travail vêtu d'un déguisement de hibou. Mais là encore, le monde qui l'entoure continue de l'ignorer. Personne ne semble s'être aperçu du changement. Desespéré, il va pourtant faire la connaissance d'une jeune femme vêtue d'un déguisement de panda avec laquelle il va sympathiser et surtout, s'affirmer auprès des autres...

Œuvre particulièrement atypique, Hibou offre l'occasion à Ramzy Bédia de composer aux côtés d'une Élodie Bouchez planquée sous le costume du panda. Si l'on ne rit pas aux éclats, ce qui, je pense, ne faisait de toute manière pas partie des attentes de l'acteur-réalisateur, il arrive cependant que l'on sourit, charmés par cette tentative qui ne ressemble pas vraiment au cinéma pépère et souvent indigent, que le cinéma français, en terme de comédies, nous sert un peu trop régulièrement. L’œuvre de Razmy est touchante, poétique, et principalement axée sur son personnage principal. Un individu naïf dont l'attitude est en total décalage avec le monde qui l'entoure. Presque une œuvre « féminine » qui s'offre parfois des décors rose-bonbon plutôt jolis et des situation parfois cocasses. Des idées, c'est sûr, Ramzy en a beaucoup. Si certaines parviennent à faire mouche, ce n'est pas le cas de l'ensemble dont plusieurs évoquent encore l'immaturité d'un cinéaste, espérons-le, en devenir. Razmy Bédia s'offre de sympathiques seconds rôles à l'image d’Étienne Chicot dans le rôle du propriétaire totalement barré de l'animalerie, Philippe Katerine dans le rôle du voisin et ancienne gloire de la chanson française selon Rocky, Francis Banane, ainsi que Guy Marchand dans le tout petit rôle du père de Rocky.
L'air de rien, sous ses airs charmeurs et bucoliques, Hibou réussit à mettre en évidence le statut des individus effacés et physiquement marginaux face à l'impérialisme du paraître où l'apparence et le bagou sont des armes contre lesquelles l'homme discret l'est tant qu'il en devient invisible. Une jolie surprise qui manque cependant d'ampleur pour convaincre tout à fait...Qui sait, peut-être la prochaine fois ?

mardi 23 octobre 2018

Le Doudou de Julien Hervé et Philippe Mechelen (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆




Laurent Baffie perdait ses Clés de Bagnole quinze ans plus tôt pour finalement les retrouver dans l'une des poches de son pantalon. Aidé par des dizaines de potes dont ses complices Daniel Russo et Pascal Sellem, cet humoriste au caractère bien trempé et à l'incroyable répartie avait accouché d'un long-métrage étonnant, inhabituel, à mille lieues de l'habituelle soupe que le cinéma français nous sert depuis une bonne vingtaine d'années. En 2018, Julien Hervé et Philippe Mechelen, qui auprès de Lionel Dutemple et Benjamin Morgaine écrivirent pour les Guignols de l'Info sur Canal + durant un « quinquennat » prennent à leur tour le chemin du grand écran pour signer un film à deux dont le scénario rappelle sensiblement l’œuvre de Laurent Baffie. Pourtant, Lionel Dutemple et Benjamin Morgaine revoient leur casting à la baisse car à part ses deux principaux interprètes et quelques invités de passage, Le Doudou convoque beaucoup moins d'artistes à la fête. De plus, ça n'est pas parce que les ces deux là ont tout comme Benoît Delépine et Gustave Kervern fait leurs armes sur la quatrième chaîne de télé française que leur film aura la prétention d'être un OFNI de la trempe d'un Avida, d'un Grand Soir ou d'un Saint Amour. Le Doudou est, dans l'ensemble, plutôt classique. Même s'il réserve quelques idées délirantes au rayon desquelles David Salles (Denis, Babysitting) incarne un vigile particulièrement gratiné, le film du duo déroule une intrigue relativement simple quoique émaillée de quelques séquences plutôt amusantes.

Le Doudou tente très modestement d'installer une complicité entre deux individus n'ayant au départ aucune raison de sympathiser ou de se côtoyer (l'un est responsable de la voirie de Poissy tandis que le second n'y est qu'un petit employé à l'aéroport). Si Michel Barré (Kad Merad) et Sofiane (Malik Bentalha) vont partager une poignée d'heures ensemble, c'est parce que le premier a perdu le doudou de sa gamine et que l'autre espère toucher cent-cinquante euros une fois l'objet retrouvé. Afin d'étoffer quelque peu le scénario qu'ils ont eux-mêmes écrit à quatre mains, les deux cinéastes ont inclus une sous-intrigue inintéressante tournant autour du personnage incarné par Malik Bentalha, lequel s'est fait plaquer par sa compagne Léa, qui elle, est interprétée par l'actrice Lou Chauvin. C'est vrai, on se fiche un peu (et même beaucoup, à dire vrai) de leur rupture et de la navrante tentative de Sofiane de récupérer son ex-petite amie. Malik Bentalha est sans doute très amusant lorsqu'il monte sur scène et il appréciable d'assister à sa répartie lorsqu'il participe au désopilant jeu télévisé Burger Quiz, mais dès qu'il s'agit pour lui d'exprimer diverses émotions, c'est à ce moment très précis que l'acteur-humoriste montre ses limites : on n'y croit pas un seul instant, le visage de Malik Bentalha demeurant figé comme l'un des mannequins de cire du Musée Grévin justement cité dans le film. Kad Merad, sans être exceptionnel, assure le minimum syndical comme dans la majeure partie des longs-métrages qu'il interprète.

Le Doudou tient surtout la route et évite de tomber dans le fossé grâce à quelques savoureux décalages humoristiques. Entre un David Salles en mode « vigile amoureux de son (sa) chien(ne) », un Mahdi Alaoui en agent de sécurité costaud mais pas très malin, un Guy Marchand en vieillard faussement sénile amateur de sites pornos, et un Elie Sémoun dont le personnage du père Gouthard ne dépareillerait sans doute pas avec ceux qu'il a créé pour sa série des Petites Annonces d'Élie. Si Julien Hervé et Philippe Mechelen ont de la suite dans les idées, il va cependant leur falloir étoffer quelque peu leurs idées s'ils veulent pouvoir définitivement se démarquer de la concurrence. Le Doudou n'est pas l'ultime alternative entre le cinéma français humoristique plan-plan ayant tendance à se généraliser depuis quelques années et celui beaucoup plus barré du duo Benoît Delépine et Gustave Kervern, ou mieux, d'un Quentin Dupieux, mais de minuscules idées permettent de passer un moment relativement sympathique d'autant plus que, il ne faut pas se le cacher, il arrive que l'on rigole devant certaines scènes...

lundi 21 mai 2018

Paris-Willouby de Quentin Reynaud et Arthur Delaire (2015) - 🙂🙂🙂🙂🙂🙂🙂😡😡😡



Paris-Willouby est le premier long-métrage en commun réalisé par les cinéastes français Quentin Reynaud et Arthur Delaire. Une comédie en forme de road movie pour une famille recomposée de six membres à la tête de laquelle on retrouve l'actrice Isabelle Carré aux côtés du bruxellois Stéphane de Groodt. Il sont les parents de quatre enfants en âge difficile. La plus jeune est la seule que le couple a eu ensemble. Elle se prénomme Prune et passe son temps à s'interroger sur le sens des choses. C'est la toute jeune Aminthe Audiard, arrière-petite-fille de Michel Audiard et petite-nièce de Jacques Audiard qui interprète le rôle. Après elle,on retrouve Solal Forte qui incarne le personnage d'Alexandre. En pleine période d'adolescence, et pour selon lui des raisons politiques, le jeune garçon a décidé de ne plus manger de viande. Juste après, se situe Joséphine Japy dans le rôle de Lucie. Fille de Maurice, et révoltée permanente contre son père. Elle et son beau-frère Alexandre éprouvent des sentiments l'un pour l'autre. En dernier, on retrouve l'acteur Alex Lutz dans la peau de Marc Lacourt, le frère de Claire. Lui se la joue 'incruste' en vivant chez sa sœur et son beau-frère.
Tout ce petit monde vit ensemble dans un joli pavillon de banlieue mais apprend un jour le décès du père de Claire et Marc. C'est ainsi que toute la famille et belle-famille embarque à bord de la voiture familiale pour se rendre à l'enterrement du patriarche prévu à... Willouby, une ville apparemment imaginaire puisqu'à part Willoughby en Australie, rien de semblable ne semble exister dans l'hexagone et dans les territoires frontaliers.

Le plus gros de l'intrigue se situe donc dans le véhicule familiale, lieu ô combien exigu créant un climat de tensions permanentes entre ses différents protagonistes. Professeur d'une université à Paris, le chez de famille risque la mutation à Poitiers. Claire a peur de vieillir. La compagne de Marc attend un enfant, ce qui n'arrange apparemment pas ses affaires. Lucie vit très mal le divorce de ses parents, et Alexandre se cherche un but dans la vie. Quant à la petite Prune, la voici désormais voleuse d'une peluche dans une station-service. La grande question demeure : comment allons-nous retrouver cette famille hétéroclite au bout de leur long voyage ? Éclatée ? Ressoudée ? C'est ce que nous apprendrons à la fin mais d'ici là, Quentin Reynaud et Arthur Delaire nous proposent une comédie chaleureuse, parfois amère, remplie de répliques savoureuses. Peut-être pas la meilleure de la décennie mais les interprètes sont si attachants et le couple formé par Isabelle Carré et Stéphane de Groodt si épatant qu'on se laisse littéralement emporté par chacun de ses membres.

Au détour d'une route, on a même l'agréable surprise de croiser l'acteur, chanteur et musicien Guy Marchand qui depuis quelques années ne tourne malheureusement guère plus d'un long-métrage par an. Paris-Willouby est parfois tendre, amusant, émouvant, et il offre surtout une vision du cercle familiale constitué des membres de deux familles séparées, tantôt désespérante, tantôt rassurante. Une famille comme le monde en connaît des millions. On se sent proche de ces personnages formidablement interprétés et on espère que les deux cinéastes, à nouveau ensemble, feront très vite reparler d'eux...

mercredi 24 janvier 2018

Ôtez-moi d'un doute de Carine Tardieu (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Erwan Gourmelon, veuf, père de Juliette, fils de Bastien, est un démineur breton très consciencieux envers son métier et ses employés. Lors d'un banal test ADN, il apprend que Bastien n'est pas son vrai père. Dès lors, Erwan fait appel à une détective afin de retrouver son véritable géniteur. Lorsque celle-ci lui communique l'identité de l'individu, Erwan enquête en toute discrétion afin de ne pas éveiller les soupçons autour de lui. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de Joseph Levkine, un vieil homme attachant avec lequel il va finir par le lier d'amitié, lui révélant qu'il est sans doute son enfant. Par le plus grand des hasards, et dès son retour au bercail, Erwan croise lors d'un accident de la route qui a causé la mort d'un sanglier, Anna, jeune et jolie médecin. L'un et l'autre tomberont sous le charme mais ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que la jeune femme est la fille de Joseph et donc, sans doute la demi-sœur d'Erwan...

La magie du cinéma opère à travers le dernier long-métrage de Carine Tardieu (Du Vent dans mes Mollets). Une sensibilité toute féminine qui se ressent à travers ces scènes intimistes remplies de tendresse, d'amour et d'amitié. Une œuvre profonde qui ne souffre d'aucune véritable rupture de ton puisque les différents passages de l'humour à l'émotion se font avec beaucoup de douceur. François Damiens est un peu à l'image de son alter ego Benoît Poelvoorde : il est en effet capable au même titre que son concitoyen belge de s'investir dans de pures comédies ou comme ici, dans un genre parfois plus amer et sensiblement dramatique. L'une des principales qualité du film de Carine Tardieu et de parvenir à éviter l'écueil du misérabilisme. Chacun de ses personnages est admirablement mis en valeur par son interprétation et la manière qu'a la cinéaste de le cadrer et de le mettre en scène. Rarement on aura vu l’intégralité d'un casting être placé au même rang. Aucun des interprètes n'est laissé en retrait, et ce, pour le bonheur du spectateur qui pourra y découvrir tout un panel d'expressions et d'émotions.

Car derrière l'apparente simplicité du récit se cache une vraie profondeur. En effet, Ôtez-moi d'un doute aborde divers sujets tels que la solitude, la vieillesse, l'abandon, les liens familiaux, avec cette petite touche de folie qui parfois vous empêche de fondre littéralement en larmes. Sur un script de la cinéaste elle-même mais de Michel Leclerc et Raphaële Moussafir également, François Damiens y incarne Erwin, ce breton un peu bougon, renfermé, très proche de sa fille et de son père. Alice de Lencquesaing incarne Juliette, enceinte jusqu'aux dents, ignorant l'identité du père de son enfant à venir. On retrouve avec un immense plaisir le toujours épatant Guy Marchand. Quelques rides en plus, mais tellement plus émouvant également. Dans le rôle de Joseph, l'excellent André Wilms, qui au même titre que Guy Marchand incarne un homme vieillissant. Le père génétique d'Erwin. Un homme effrayé à l'idée de se retrouver seul depuis le départ de son épouse. Un aspect de son caractère qui d'ailleurs jouera beaucoup dans sa relation avec Erwan. Anna, c'est Cécile de France. Au départ, jeune femme méfiante. Mais à l'arrivée, femme amoureuse. Mais connaîtra-t-elle de telles implications dans sa relation nouvelle avec Erwan ? Une autre très belle surprise est la découverte du chanteur et acteur français David Boring, interprète d'une dizaine de long-métrages, qui ici joue le rôle de Didier, jeune stagiaire d'Erwan « imposé » par Juliette. Contrairement aux premières apparences, son personnage n'est pas le moins fin de tous. Car de l'idiot qu'il paraît être (aspect de sa personnalité qui ne fait d'ailleurs que s'accentuer), il demeure l'un des personnages les plus attachants. On devine son douloureux passé. Du rire un peu bête et primaire, le spectateur finira par s'y attacher au même titre que les autres héros.




Ôtez-moi d'un doute fait partie de ces quelques films qui avec Le Tout Nouveau Testament ou Un Profil pour Deux ont relancé la comédie en France ces dernières en lui injectant une dose d'émotion et une écriture plus profonde qu'il n'y paraît. Autant dire que les amateurs d'humour strictement attirés par l'humour un peu léger des Dany Boon et Christian Clavier (surtout celui de ce dernier) risquent quelque peu de déchanter. Ce qui serait hautement dommageable lorsque l'on voit la qualité d'une œuvre telle que le dernier film de Carine Tardieu...

David Boring (Naive New Beaters), le Street Style

vendredi 27 octobre 2017

Noyade Interdite de Pierre Granier-deferre (1987) - ★★★★★★☆☆☆☆



Trois années de suite, le cinéaste Pierre Granier-Deferre confiera à l'actrice Elizabeth Bourgine l'un des principaux rôles. Dans Cours Privé, La Couleur du Vent, et entre les deux, celui d’Elizabeth pour Noyade Interdite. Un titre revendiquant un certain cynisme. Comme certains des personnages d'ailleurs. Au même titre que l'inspecteur Paul Molinat qu'incarne l'immense Philippe Noiret, ou que l'inspecteur Leroyer, qu'interprète l'excellent Guy Marchand. Deux flics qui se détestent (presque) cordialement. Contraints par leurs supérieurs de faire équipe sur une bien étrange série de meurtres. Un cadavre, puis deux, trois, et enfin quatre se retrouvent échoués sur la plage d'une station estivale juste avant la période des grandes vacances en été. De quoi inquiéter le maire et les habitants de la communauté qui vivent en partie grâce aux recettes effectuées lors de cette période estivale qui accueille généralement de nombreux touristes.
Comme le souligne judicieusement et avec un certain sens de l'ironie un Molinat pressé par le maire de la ville (le tournage a eu lieu à Saint-Palais-sur-Mer ainsi que dans les environs de Royan, deux communes du Sud-Ouest de la France, situées dans le département de la Charente-Maritime), la plage est noire de monde. Un « monde » presque exclusivement constitué de journalistes et d'habitants attirés par l'odeur du sang.

« - Un joli corps, c'est drôlement beau.Vous vous retournez tous les combien ?
- Toutes les douze minutes.
- Ah ! Comme le gigot ? »

A cette occasion, Pierre Granier-Deferre a su s'entourer de très belles interprètes et d'un nombre assez important de vedettes. Au nombres desquelles, les deux principaux acteurs cités plus haut, la chanteuse et actrice italienne Laura Betti qui interprète ici un rôle assez troublant, Dominique Zardi, très grand habitué du cinéma de Granier-Deferre puisqu'il joua dans dix-neuf des vingt-six longs-métrages du cinéaste et joue ici le rôle du vendeur de beignets. La géniale Catherine Hiegel dans celui du Dr. Chauveau, Andréa Ferréol dans celui de Cora ou encore Suzanne Flon dans celui de Hazelle. Mais Pierre Granier-deferre va, avec Noyade Interdite, mettre surtout en avant trois superbes interprètes féminines. Elizabeth Bourgine, donc, mais également Gabrielle Lazure, ainsi que Marie Trintignant, laquelle fut surtout révélée au public grâce à son interprétation du personnage de Mona dans l'hyper-pessimiste Série Noire d'Alain Corneau.
L'enquête est relativement molle. Presque aussi lente que les jours qui passent et attendent avec impatience que la vie reprenne dans cette ville comptant sur la migration de milliers de vacanciers. A la place, des morts. Tous tués d'une balle dans l'oreille. L'enquête s'avère difficile d'autant plus que les rapports entre les deux inspecteurs sont particulièrement houleux. D'un côté Noiret, dont le personnage, habitant direct de cette ville concernée par les cadavres qui échouent sur la plage revendique un certain respect dans la mise en œuvre de l'enquête. Tandis que fraîchement débarqué sur place, l'inspecteur Leroyer, imposé par leurs supérieur hiérarchique s'incruste. Fouille. Sans l'autorisation de celui qui confirme sa supériorité en précisant qu'il est inspecteur, oui, mais en chef !

Pierre Granier-Deferre ménage une ambiance chargée d'électricité. L'humour y est noir. Presque dérangeant. Un policier qui sort des sentiers battus, se mouvant au rythme du ressac de l'océan. Un érotisme soft porté par des actrices qui n'hésitent pas à se dévêtir devant l'objectif du cinéaste pour contenter le regard voyeur de certains personnages comme des spectateurs masculins en général. On pourrait lui reprocher son manque de rythme mais connaissant l’œuvre de ce cinéaste auquel il arrive de prendre son temps Noyade Interdite, en terme de vélocité, demeure dans la continuité...

vendredi 20 octobre 2017

Conseil de Famille de Costa-Gavras (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆



L'homme derrière Z, L'Aveu, Le Couperet, fait une petite pause en cette année 1986. Non pas que le cinéaste originaire de Grèce ait mit de côté sa carrière au cinéma mais l'intrigue de Conseil de Famille, qui sort trois ans après l'histoire de Hanna K., jeune avocate installée à Jérusalem défendant pour sa première affaire un réfugié palestinien, et deux années avant La Main Droite du Diable narrant l'intégration d'un agent du F.B.I dans le milieu du Ku Klux Klan, paraît plus légère. En tout les cas, un récit qui ne se prête en aucune manière à une quelconque polémique.
Au centre de cette histoire tournant autour d'une famille de français moyens, le chanteur Johnny Hallyday, qui prête ses traits à Louis, le père, marié à Marianne (Fanny Ardant), la mère, lesquels sont les parents de François (Laurent Romor puis Rémi Martin), le fils et de Martine (Juliette Rennes puis Caroline Pochon), la fille. Louis vient de sortir de prison où il a purgé une peine de cinq ans pour cambriolage avec Maximilien Faucon (Guy Marchand), son plus vieil ami. Dès leur sortie, les deux hommes ne pensent qu'à une chose : retourner à leurs activités de malfaiteurs. Le point de vue choisi par le cinéaste Costa-Gavras est celui du fils, qui parvenu à l'âge adulte raconte l'histoire de cette famille peu commune, de sa plus tendre enfance jusqu'à ce moment décisif où il décidera de voler de ses propres ailes, se détachant ainsi de l'emprise de son père qui veut que son fils prenne la relève.

Tout commence par l'admiration d'un fils pour son père. Le jeune François se souvient davantage des années de prison qu'à effectué géniteur que du mensonge proféré par sa mère qui pour protéger ses deux enfants préféra inventer une histoire bien différente de la réalité. Fanny Ardant, c'est cette jeune mère aimante, protégeant son fils et sa fille des dangers inhérents au métier qu'exercent Louis et Max. Johnny Hallyday se défait un instant de son image de rockeur charismatique en débarquant en survêtement. Pas de quoi affoler les midinettes, d'autant plus que dans le rôle de l'époux amoureux de sa femme, les baisers échangés lors de leurs retrouvailles ne sont pas vraiment convaincants. Mais on oublie assez vite ces petits détails et même si le chanteur est bien meilleur dans la profession qui l'a rendu célèbre dans notre pays que comme acteur, il ne se débrouille finalement pas si mal que cela par la suite. Vient ensuite Guy Marchand. Moins séducteur qu'à l'accoutumée, il conserve toujours cette collante étiquette de beauf qui lui sied à ravir au cinéma. Fanny Ardant dénote quelque peu dans cette étrange famille de cambrioleurs directement ou indirectement impliqués. Une beauté froide, très classe, sans doute mystérieuse. Une impression qui demeure davantage ancrée après le passage oublié dans la demeure familiale entretenue par un frère et sa progéniture dont la bourgeoisie dégoulinante fait froid dans le dos.

Suivent ensuite les jeunes Juliette Rennes et Laurent Romor qui davantage que leur homologues plus âgés qui prendront la relève un peu plus loin dans le récit demeurent impeccables. On s'attache assez rapidement à ce frère et cette sœurs, très attachés l'un à l'autre, Costa-Gavras évoquant même parfois une attirance de la part de Martine dépassant les limites imposées par la raison. Conseil de Famille est une comédie, et pourtant, rares sont les opportunités où rire nous sont offertes. Le film se révèle parfois plus triste que réellement amusant. Johnny Hallyday ne cabotine jamais mais heureusement, la fraîcheur de ses jeunes interprètes donne un coup de fouet à un récit qui sinon, aurait eu tendance à s'enfoncer dans un certain ennui. Les cambriolages n'étant finalement pas vraiment au centre de l'intrigue, Costa-Gavras les filme assez mollement et ne leur prête pas suffisamment d'attention. On notera la participation de l'acteur Fabrice Luchini dans le rôle de l'avocat véreux. Au final, Conseil de Famille est une œuvre sympathique mais qui ne transcende jamais le genre. Une petite chronique familiale qui fait tout de même pâle figure dans la filmographie de son auteur...

samedi 17 septembre 2016

Pialat/Depardieu : Loulou de Maurice Pialat (1980)



Lorsque l'on pénètre pour la toute première fois l'univers de Maurice Pialat, deux options s'offrent à nous. Soit l'on est immédiatement conquis par l'apparente rigueur et l'hermétisme de son cinéma, soit l'on rejette totalement cet « anti-conformisme» qui semble ponctuer chacune de ses œuvres. Lorsqu'il engage l'acteur Gérard Depardieu sur le tournage de Loulou, ça n'est pas la première fois que Maurice Pialat pense à lui. Déjà, en 1974, le cinéaste l'avait pressenti pour jouer le rôle principal de La Gueule Ouverte, mais Gérard Depardieu est alors déjà pris par le tournage des Valseuses de Bertrand Blier. Aux côtés de l'acteur, la sublime Isabelle Huppert, qui deviendra au fil de sa longue carrière l'une des plus grandes actrices du cinéma français. Elle et Gérard Depardieu se retrouvent sur le plateau de Loulou six ans après s'être croisés sur celui des Valseuses justement. Ils forment en compagnie de l'acteur, chanteur et musicien Guy Marchand le trio idéal.

Loulou est une œuvre forte, sans fard, ne ponctuant jamais son récit de scènes réellement récréatives. Maurice Pialat réalise une œuvre de cinéma-vérité, basé sur la relation que vécurent le cinéaste et la scénariste Arlette Langmann, elle-même à l'origine du scénario. Comme cela semble évident lorsque l'on découvre ce long-métrage pour la première fois, le cinéaste laisse tourner sa caméra tout en laissant une grande liberté d'expression à ses acteurs qui improvisent alors sur le thème de l'amour. Un amour pas si facile à réaliser entre Loulou et Nelly. D'autant plus que la jeune femme, mariée à André, qui de plus travaille avec elle, rêve d'une vie différente, joyeuse, mais qui se révélera au fond beaucoup plus délicate et compliquée qu'elle ne l'avait prévu.

Loulou est également une œuvre sociale qui explore la différence entre les milieux sociaux. Celui dans lequel Nelly a toujours baigné jusqu'à maintenant, et celui, beaucoup plus aventureux de Louis (le Loulou du titre). Le rapport entre personnage campé par Gérard Depardieu et son passé d'ancien voyou n'étant sans doute pas dû au hasard, l'acteur semble remarquablement à l'aise dans la peau de Loulou. Un individu qui à travers le prisme de la caméra nous apparaît touchant tandis que dans la vie réelle, il nous serait sans doute apparu comme un être néfaste. Isabelle Huppert demeure d'une attitude étonnement calme au regard des différents ouragans qu'elle a à gérer. Entre sa nouvelle vie et l'ancienne, sa complicité lors d'un vol nocturne, sa présence lors d'un drame situé presque en toute fin de film, et un ex-mari qui a énormément de mal à gérer leur séparation, elle tempère les émotions de chacun.

Guy marchand quant à lui, est à des milliers de kilomètres de son image de séducteur ringard (Les Sous-doués en vacances ) ou de flic corrompu (Ripoux contre Ripoux). Il interprète avec une très grande justesse et une immense élégance l'époux trompé, quitté, bouleversé, mais jamais définitivement épris de vengeance. Du haut de leur talent, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Guy Marchand et Maurice Pialat ont fait de Loulou une œuvre bouleversante, tragique et belle à la fois. Un combat entre deux milieux sociaux incompatibles sur fond de romance. L’œuvre (et par extrapolation, la vie) est présentée ici sans ambages. Tout y est d'une vérité folle et d'une sincérité extraordinaire. Un long-métrage difficile dont l'expérience ne peut qu'être salvatrice...
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