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dimanche 10 mai 2026

La poupée de Sophie Beaulieu (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans Monique : toujours contente de Valérie Guignabodet, Albert Dupontel se trimbalait avec une poupée gonflable. De l'autre côté de l'Atlantique, Ryan Gosling développait dans Lars and the Real Girl de Craig Gillespie une relation émotionnelle avec lui aussi, une poupée. Dans Mannequin de Michael Gottlieb, il s'agissait pour le réalisateur de mettre en scène un mannequin de vitrine qui prenait vie et tombait amoureux d'un employé. Mais celui qui se rapproche sans doute le mieux du long-métrage dont nous allons parler ici nous vient du Japon avec Air Doll du cinéaste Hirokazu Kore-eda, dans lequel une poupée gonflable découvrait le monde après avoir pris vie ! Nous étions alors en 2009 et dix-sept ans plus tard, c'est au tour de la réalisatrice, scénariste, linguiste et traductrice française Sophie Beaulieu de s'atteler à la tâche de donner vie à un personnage inerte. Une poupée sexuelle conçue généralement pour le plaisir des hommes et qui dans le cas de La poupée est tout d'abord le moyen pour Rémi (excellent Vincent Macaigne) de faire table rase sur une séparation dont il a conservé des traces psychologiques. Devenu incapable d'aimer et d'éprouver des sentiments réels pour une femme (contacts physiques, chaleur humaine, etc...), ce vendeur de gazon synthétique qui travaille dans une petite entreprise uniquement constituée de collègues masculins vit donc depuis six mois aux côtés d'Audrey. Le concept, aussi absurde puisse-t-il paraître, repose pourtant sur un constat tout à fait réel puisque les Tpe Doll sont des poupées qui existent réellement et qui sont d'un réalisme parfois bluffant. Tandis que Rémi prévoit de se marier avec elle prochainement alors qu'il n'a toujours pas osé la présenter à ses collègues de travail ou à sa famille (en dehors de sa sœur qui sait qu'Audrey n'est qu'une poupée), l'entreprise GAZONZON accueille une jeune intérimaire qui durant l'absence pour congé parental de l'un des employés va le remplacer...


Une jeune femme pétillante qui semble pourtant en être revenue de ses relations avec les hommes. Étrangement, son arrivée dans la boite coïncide avec le ''réveil'' d'Audrey qui subitement se matérialise en femme en chair et en os... Visuellement, La poupée fait parfois penser à la comédie réalisée voilà dix ans par Franck Magnier, Les têtes de l'emploi. Dans un cas comme dans l'autre, tous deux évoquent parfois dans leur forme la mythique émission de télévision humoristique française Message à caractère informatif qui à la fin du vingtième siècle détournait de vieux documents vidéos d'entreprises. Ou encore la série Caméra café et sa bande de collègues de bureau dans une esthétique moderne relativement minimaliste. Un cachet qui se veut donc parfois cheap, désuet, voire ringard et sur lequel s'attarde pour son premier long-métrage Sophie Beaulieu avec cette petite start-up très masculine et travaillant dans la bonne humeur, jouant au baby-foot durant la pause et accueillant donc Patricia. Personnage incarné à l'écran par une Cécile de France qui à cette occasion est affublée d'une ridicule coiffure qui participera à l'élaboration de son personnage. Gentiment mythomane, certes, mais l'accroche entre elle et Rémi est pratiquement immédiate. Ahhhh, Rémi. Ce type à l'irrésistible bonhomie, à la voix douce et au courage tout relatif (il faut voir sa réaction face à sa poupée devenue femme). Et puis, il y a bien sûr Audrey. Poupée à taille adulte que son propriétaire déplace de pièce en en pièce, face à lui lorsqu'il cuisine et dîne, ou à ses côtés lorsqu'il regarde de vieux documents télévisuels mettant en scène les Grands Hommes de l'Histoire de France ou lorsqu'il dort ! Audrey, donc, interprétée Zoé Marchal, laquelle n'est autre que la fille de Catherine et Olivier Marchal. Nouvelle valeur sûre du cinéma et de la télévision française qui brilla tout récemment dans l'excellente mini série Les lionnes d'Olivier Rosemberg et Carine Prévot dans laquelle elle interprétait l'un des rôles principaux d'un quatuor de braqueuses de banques...


Dans le cas de La poupée, la jeune femme personnifie l'émancipation de son personnage qui jusque là, et à l'image de cette poupée incarnant une femme enfermée dans sa condition de victime du patriarcat, va donc notamment découvrir le libre arbitre ! Avec justesse, beaucoup d'humour, de sincérité et parfois même d'émotion, Sophie Beaulieu signe une comédie plus simple que simpliste. Drainant en outre comme un cahier des charges imposé, quelques idées bien dans l'air du temps comme la ''Non binarité'' ou son contraire, la ''Cisidentité'', à travers le personnage de Domi, la sœur de Rémi, interprétée par l'actrice Adèle Journeaux dont il s'agit ici du premier rôle sur grand écran. Faussement naïve, la comédie de Sophie Beaulieu est un véritable bol d'air frais et derrière le message que l'on pourrait parfois estimer d'opportuniste se cache l'une de ces rares bonnes comédies qui chaque année sortent en France. Originale, drôle, touchante, entre comédie romantique, satire sociale et fantastique, La poupée fonctionne très bien grâce à sa mise en scène sobre mais efficace et surtout grâce à l'excellent jeu d'acteurs. Notons d'ailleurs que parmi ces derniers, Marianne Basler et Gilbert Melki incarnent les parents de Rémi. À découvrir très vite en salle puisque le film est sorti il y a deux semaines environ...

 

mardi 24 mai 2022

Rebelles de Allan Mauduit (2019) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Vilaine... Tiens, tiens, voilà un film qui me parle. Mais oui ! C'était en 2008 et je me souviens que c'est au cinéma que nous l'avions découvert. Quatorze ans déjà. Le temps qu'il m'aura fallut pour oublier le nom et même l'existence de ses auteurs Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit. Si leur carrière a suivi la même voie entre 2005 et 2012, la séparation eu lieu juste après et chacun a alors fait son petit bonhomme de chemin. Le premier est allé tourner Arès en 2016 puis Le sens de la famille quatre ans plus tard. Une sympathique comédie au demeurant, incarnée en outre par Alexandra Lamy. La sœur d'une certaine Audrey qui elle, a tourné en 2019, dans le dernier long-métrage à ce jour d'Allan Mauduit, Rebelles. D'emblée, le film évoque quoi ? Les braqueuses de Jean-Paul Salomé bien évidemment. Une histoire de braquage entre quatre copines dans la galère interprétées Catherine Jacob, Clémentine Célarié, Alexandra Kazan (ouais, l'ancienne présentatrice de télévision, pour ceux qui s'en souviennent encore) et Nanou Garcia. Sympa, sans plus. Donc objectivement, il y avait de quoi craindre le pire durant la projection du dernier long-métrage d'Allan Mauduit. Sauf que le bonhomme, l'air de rien, nous a pondu l'une de ces comédies françaises qui prouvent que l’encéphalogramme n'est pas encore tout à fait plat. Dire qu'intituler le film ainsi n'était sans doute pas la meilleure idée est un euphémisme. Car s'il y a bien de la rébellion, elle s'inscrit moins dans le caractère social des trois héroïnes (un trio complété par Cécile de France et la toujours géniale Yolande Moreau) que dans la lourde atmosphère du bar dans lequel viennent se réfugier les amateurs de gnôle et de rock...


Sandra, qui quinze ans auparavant fut élue miss Nord-Pas-de-Calais (un titre qui offre assez justement son ton au film), est encore celle qui se rapproche des intentions du titre. Marilyn, elle, a beau avoir un gosse sur le dos, elle n'en n'est pas moins capable de mettre de côté certaines valeurs pour obtenir son dû. Sa part du gâteau. Reste Nadine, plutôt réservée sur les chances qu'elle et ses deux copines vont avoir de pouvoir conserver le magot qu'elles ont entre les mains et qu'elles ont surtout obtenu dans des conditions très particulières. Fraîchement débarquée, la première accepte le premier boulot qu'on lui offre en attendant de pouvoir travailler dans un salon de coiffure : bosser dans une usine produisant des conserves de poisson ! Très rapidement, le contremaître Jean-Mi tente une approche qui va tout aussi promptement se terminer par un accident involontaire. La queue plus vraiment entre les jambes, prise de spasmes alors qu'elle vient d’atterrir sur le sol des vestiaires de l'usine, deux choix s'offrent à Sandra et à ses nouvelles copines qui viennent tout juste à sa rescousse : soit elles téléphonent aux urgences et Jeam-Mi est sauvé. Soit elles le laissent crever et s'emparent de la très importante somme d'argent qui se trouve dans le sac qu'il transportait avec lui. Parmi ces deux options, essayez donc de deviner laquelle nos trois charmantes héroïnes ont décidé de porter leur choix !


Voici donc comment démarrent les aventures de Sandra, Marilyn et Nadine. Une comédie qui très vite montre son penchant pour l'humour noir. Voire même trash à quelques occasions. Enlevé, jamais ennuyeux, Rebelles est un véritable souffle d'air dans une morosité ambiante. Écrit par le réalisateur lui-même ainsi que par le scénariste et écrivain de romans policiers Jérémie Guez, le film ne laisse jamais le temps au spectateur de réfléchir. Il faut dire que ses héroïnes sont logées à la même enseigne puisqu'une fois la décision prise, elles vont être au cœur d'une enquête policière, les proies d'un gang de trafiquants belges et d'un certain Simon Bénéké (excellent Simon Abkarian) dont on en apprendra davantage au fil du récit. Les trois actrices font le taf et malgré les différente personnalité des personnages qu'elles incarnent, on croit sans peine à cette nouvelle amitié. L'une des grandes force du long-métrage est non seulement de multiplier les péripéties mais également de changer régulièrement de ton. On passe donc de la comédie sociale au film policier en passant par la case thriller. Le tout, sur un fond de bonne humeur perpétuelle. Rebelles a beau être d'origine française, il pulse comme s'il avait été mis en scène par une équipe belge. Drôle, noir, absurde, ou parfois même grand-guignolesque, on n'a pas le temps de voir le temps passer. Étrange que le film soit passé sous nos radars...

 

samedi 31 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (10)

Il y eut en 2006, un remake au classique de George Romero, La Nuit des Morts-Vivants, Night of the Living Dead 3D. En fait, il s'agissait du second remake puisque seize ans auparavant, le maquilleur de génie Tom Savini en avait déjà proposé une version colorisée d'excellente facture. L’œuvre signée Jeff Broadstreet se révélait donc ainsi aussi inutile qu'opportuniste. En 2013, le cinéaste américain réitère l'expérience en ne réalisant plus cette fois-ci un remake, mais une préquelle à son propre long-métrage. Naît ainsi Night of the Living Dead 3D : Re-Animation. En fouillant même sur la toile, le fan complétiste découvrira qu'il existe un projet assez curieux mais ô combien original intitulé Night of the Living Dead: Reanimated, lequel reprend le scénario de George A. Romero et John A. Russo en lui appliquant le style de plusieurs artistes spécialisés dans le cinéma d'animation (j'y reviendrai dans un prochain article). On pourra également évoquer le projet Rise of the Living Dead qui n'est autre qu'une préquelle au classique de George Romero, réalisée par... George Cameron Romero, le fils de l'illustre cinéaste. Mais pour l'instant, il s'agit donc de parler de Night of the Living Dead 3D : Re-Animation, cet espèce d'étron cinématographique dont l'unique intérêt est de respecter l'amorphe allure de créatures décharnées. Ici, donc, pas d'infectés sprintant à la recherche de viande fraîche. Les macchabées déambulent lentement. A l'image d'une intrigue qui pourrait aisément suffire à un court-métrage d'une dizaine de minutes. Car l'un des principaux problèmes du film de Jeff Broadstreet demeure dans son incapacité à garder le spectateur éveillé, concentré, ou même simplement intéressé devant ce que l'on pourrait considérer comme un véritable monument d'ennui. On aura en effet rarement ressenti ailleurs l'impression d'assister à la projection d'un long-métrage mis en position 'arrêt sur image'. Le récit se traîne sur des dizaines de minutes lors desquelles il ne se passe absolument rien de bien excitant. Et la présence de Jeffrey 'Re-Animator Combs, malheureusement, n'y change rien.
Jeff Broadstreet s'autorise quelques références à George Romero et à son œuvre mais rien ne peut sauver son projet du naufrage. A part quelques morts-vivants apparaissant furtivement, le film se contente de nous proposer d'interminables conversations. D'un côté, celle opposant les frères Gerald et Harold Tovar (respectivement Andrew Divoff et Jeffrey Combs), et de l'autre, les trois employés de la morgue des Tovar, DyeAnne, la gothique, Russel, l'assistant de Gerald, et Cristie, la nouvelle recrue. Si Night of the Living Dead 3D : Re-Animation vous plombe une soirée, ça n'est certainement pas grâce aux scènes d'horreur qui se compteraient presque sur les doigts d'un manchot si l'on voulait être plus sévère envers le film qu'il ne le mérite. Non, si le film de Jeff Broadstreet est assommant, c'est parce qu'il est aussi mal interprété que dirigé. Les dialogues sont aussi ineptes que ceux d'un soap opera. La photographie et la lumière sont immondes. Quant à l'interprétation, que voulez-vous : lorsqu'un cinéaste a décidé de laisser s'exprimer ses interprètes sans véritablement les diriger, le résultat ne peut être, comme ici, que catastrophique. Night of the Living Dead 3D : Re-Animation mérite de trôner parmi les trois ou quatre plus mauvais films consacrés aux morts-vivants. C'est dire s'il est mauvais...❤❤💔💔💔💔💔💔💔💔

Haute Tension, c'est la seconde réalisation d'Alexandre Aja, fils d'Alexandre Arcady, qui réalisait là son tout premier film d'horreur avant de s'envoler aux États-Unis pour y aller tourner le remake de La Colline a des Yeux. Avec Haute Tension, Alexandre Aja nous offre enfin un film gore français digne d'intérêt. Le premier d'une vague qui déferlera bientôt sur le territoire hexagonal. En effet, si l'on ne tient pas compte du Baby Blood déjà âgé de dix-sept ans lorsque sort le film d'Alexandre Aja, les Frontière(s) et autre Martyrs ne sont que les descendants de ce petit film qui peine à atteindre l'heure et demi. Un format relativement court qui à la décharge du film lui procure un rythme soutenu. Le cinéaste n'y va pas avec le dos de la cuillère lorsqu'il s'agit d'abattre ses cartes en matière de scènes d'horreur. Sans distinction aucune, il charge l'imposant Philippe Nahon (sorti quatre ans plus tôt d'un Carne réaliste et sordide) d'exécuter sans la moindre morale une famille toute entière. Un couple de quinquagénaire et leur gamin d'à peine neuf ou dix ans. Seules survivront à cette première partie en forme de 'home-invasion', deux amies. La fille du couple et sa copine venue pour une nuit, dormir à la campagne. Pas de chance pour la pauvre Cécile de France qui du coup, va vivre un calvaire aussi long que dure le film. Pourchassant le tueur avant qu'il ne tue sa copine Alex. Le spectateur pourra apprécier l'aspect bricolé du long-métrage. Son image granuleuse, ses éclairages vifs et saignants, ses cadrages bancals et son montage nerveux. L'horreur y est graphique. Le sang gicle, au sol, sur les murs, et même jusqu'au plafond. Nahon y est filmé tel un prédateur sans morale, que la caméra tarde à filmer dans les yeux et auquel le scénario n'offre pas la parole durant la première moitié du film. Un tueur pervers, à l'imagination débordante lorsqu'il s'agit de perpétrer des meurtres. On retiendra l'égorgement de la mère de famille filmé en vue subjective à travers les fines ouvertures d'un placards, ou mieux encore, l'originale décapitation de son époux.
D'aspect bricolé, Haute Tension emporte tout sur son passage. C'est crade, parfois hystérique, mais ça fait du bien de voir qu'en France, on en capable de rivaliser avec le cinéma 'redneck' en provenance des États-Unis. Le film d'Alexandre Aja transpire la même sueur malodorante que celle de la famille frappadingue imaginée longtemps auparavant par le regretté Tobe Hooper. Certains reprochèrent au cinéaste d'avoir pompé son histoire sur celle de Intensity que le cinéaste Yves Simoneau réalisa cinq ans auparavant. Il est vrai qu'à la lecture du synopsis de ce dernier, on peut douter que le scénario de Aja et de Grégory Levasseur soit purement le fruit de leur imagination. Autre fait marquant dans Haute Tension, la scène située dans les chiottes pour le moins dégueulasses de la station-service. Tout rappelle en cet instant dramatique la scène culte se déroulant dans le métro new-yorkais du chef-d’œuvre de William Lustig, Maniac. Le film pousse à ce point la ressemblance que son héroïne arbore elle-même un large sourire lorsqu'elle se rend compte que le tueur a quitté les lieux sans découvrir sa présence. Alors que ce détail avait un sens dans Maniac (la victime pouvant penser que tout n'était que le fruit de son imagination), le sourire de Cécile de France demeure, lui, tout à fait déplacé. A part quelques petits défauts de cet acabit, Haute Tension est un film d'horreur efficace qui comblera les fans du genre...❤❤❤❤❤❤❤💔💔💔

Pour terminer, un autre film d'horreur français mais qui lui, par contre, se révèle relativement médiocre. La Traque d'Antoine Blossier (à ne pas confondre avec l'excellent long-métrage de Serge Leroy datant de 1975 ou le téléfilm de Laurent Jaoui de 2008) tente en 2011 de renouer avec le genre survival en mixant vaguement le Razorback de Russell Mulcahy à Isolation de Billy O'Brien. Malheureusement, son film n'offre ni les stupéfiants décors et la sublime photographie du premier, ni l'ambiance véritablement oppressante du second. C'est d'autant plus dommage qu'Antoine Blossier fait preuve d'une véritable énergie dans sa mise en scène. Après un premier quart-d'heure ne servant qu'à situer ses personnages, La Traque jette quatre individus en plein cœur d'une forêt dans laquelle se déroulent de bien curieux événements. L'occasion pour le cinéaste d'évoquer succinctement le thème de l'environnement à travers le personnage incarné par l'excellent François Levantal.
Il est d'autant plus dommage de constater que le résultat demeure puéril quand sur le papier, l'intrigue se révélait pleine de promesses. En effet, le mystère entourant le 'suicide' de cerfs s'étant jetés contre une clôture électrifiée puis la découverte par les quatre principaux personnages que des prédateurs tuent tout ce qui se présente dans la forêt avait de quoi aiguiser l'appétit des amateurs de frissons. Si La Traque déborde d'énergie durant l'heure suivante (le film ne dure en effet que quatre-vingt minutes), on pourra trouver agaçant les mouvements de caméra épileptiques qui rendent pénible la visibilité de certains passages. Dès lors que la scène est plongée dans l'obscurité, les attaques des prédateurs qui seront très rapidement identifiés comme étant des sangliers victimes de pollution pétrochimique, deviennent brouillonnes. Antoine Blossier économise ses moyens en filmant ses créatures planquées derrières des buissons secoués énergiquement par ses assistants, ce qui en terme d'effets sanglants risque de décevoir les spectateurs qui se repaîtront avant tout de cadavres d'animaux pourrissant que de victimes humaines d'abord attirées au cœurs d'herbes hautes avant d'être malheureusement tuées en toute discrétion. Autre point qui demeure négatif : la caractérisation des personnages. En faisant de ses héros des individus particulièrement antipathiques, Antoine Blossier laisse les spectateurs indifférents au sort tragique que la nature revancharde leur accorde. A part cela, La Traque se suit sans réel déplaisir mais sans jamais se démarquer d'une concurrence qui lui est éminemment supérieure...❤❤❤❤❤💔💔💔💔💔

mercredi 24 janvier 2018

Ôtez-moi d'un doute de Carine Tardieu (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Erwan Gourmelon, veuf, père de Juliette, fils de Bastien, est un démineur breton très consciencieux envers son métier et ses employés. Lors d'un banal test ADN, il apprend que Bastien n'est pas son vrai père. Dès lors, Erwan fait appel à une détective afin de retrouver son véritable géniteur. Lorsque celle-ci lui communique l'identité de l'individu, Erwan enquête en toute discrétion afin de ne pas éveiller les soupçons autour de lui. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de Joseph Levkine, un vieil homme attachant avec lequel il va finir par le lier d'amitié, lui révélant qu'il est sans doute son enfant. Par le plus grand des hasards, et dès son retour au bercail, Erwan croise lors d'un accident de la route qui a causé la mort d'un sanglier, Anna, jeune et jolie médecin. L'un et l'autre tomberont sous le charme mais ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que la jeune femme est la fille de Joseph et donc, sans doute la demi-sœur d'Erwan...

La magie du cinéma opère à travers le dernier long-métrage de Carine Tardieu (Du Vent dans mes Mollets). Une sensibilité toute féminine qui se ressent à travers ces scènes intimistes remplies de tendresse, d'amour et d'amitié. Une œuvre profonde qui ne souffre d'aucune véritable rupture de ton puisque les différents passages de l'humour à l'émotion se font avec beaucoup de douceur. François Damiens est un peu à l'image de son alter ego Benoît Poelvoorde : il est en effet capable au même titre que son concitoyen belge de s'investir dans de pures comédies ou comme ici, dans un genre parfois plus amer et sensiblement dramatique. L'une des principales qualité du film de Carine Tardieu et de parvenir à éviter l'écueil du misérabilisme. Chacun de ses personnages est admirablement mis en valeur par son interprétation et la manière qu'a la cinéaste de le cadrer et de le mettre en scène. Rarement on aura vu l’intégralité d'un casting être placé au même rang. Aucun des interprètes n'est laissé en retrait, et ce, pour le bonheur du spectateur qui pourra y découvrir tout un panel d'expressions et d'émotions.

Car derrière l'apparente simplicité du récit se cache une vraie profondeur. En effet, Ôtez-moi d'un doute aborde divers sujets tels que la solitude, la vieillesse, l'abandon, les liens familiaux, avec cette petite touche de folie qui parfois vous empêche de fondre littéralement en larmes. Sur un script de la cinéaste elle-même mais de Michel Leclerc et Raphaële Moussafir également, François Damiens y incarne Erwin, ce breton un peu bougon, renfermé, très proche de sa fille et de son père. Alice de Lencquesaing incarne Juliette, enceinte jusqu'aux dents, ignorant l'identité du père de son enfant à venir. On retrouve avec un immense plaisir le toujours épatant Guy Marchand. Quelques rides en plus, mais tellement plus émouvant également. Dans le rôle de Joseph, l'excellent André Wilms, qui au même titre que Guy Marchand incarne un homme vieillissant. Le père génétique d'Erwin. Un homme effrayé à l'idée de se retrouver seul depuis le départ de son épouse. Un aspect de son caractère qui d'ailleurs jouera beaucoup dans sa relation avec Erwan. Anna, c'est Cécile de France. Au départ, jeune femme méfiante. Mais à l'arrivée, femme amoureuse. Mais connaîtra-t-elle de telles implications dans sa relation nouvelle avec Erwan ? Une autre très belle surprise est la découverte du chanteur et acteur français David Boring, interprète d'une dizaine de long-métrages, qui ici joue le rôle de Didier, jeune stagiaire d'Erwan « imposé » par Juliette. Contrairement aux premières apparences, son personnage n'est pas le moins fin de tous. Car de l'idiot qu'il paraît être (aspect de sa personnalité qui ne fait d'ailleurs que s'accentuer), il demeure l'un des personnages les plus attachants. On devine son douloureux passé. Du rire un peu bête et primaire, le spectateur finira par s'y attacher au même titre que les autres héros.




Ôtez-moi d'un doute fait partie de ces quelques films qui avec Le Tout Nouveau Testament ou Un Profil pour Deux ont relancé la comédie en France ces dernières en lui injectant une dose d'émotion et une écriture plus profonde qu'il n'y paraît. Autant dire que les amateurs d'humour strictement attirés par l'humour un peu léger des Dany Boon et Christian Clavier (surtout celui de ce dernier) risquent quelque peu de déchanter. Ce qui serait hautement dommageable lorsque l'on voit la qualité d'une œuvre telle que le dernier film de Carine Tardieu...

David Boring (Naive New Beaters), le Street Style

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