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dimanche 2 août 2026

Police Flash 80 de Jean-Baptiste Saurel (2026) ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Second long-métrage du réalisateur, scénariste, acteur et directeur de la photographie Jean-Baptiste Saurel après Zénithal en 2024, Police Flash 80 plonge sa petite équipe d'inspecteurs de police en plein cœur des années quatre-vingt au moment même où l'un de ses membres, Johnny Lansky, est retrouvé mort, assassiné. Son ami et collègue Yvon Kastendeuch (François Damiens) est alors placé par le commissaire.... Jean-Louis (Philippe Rebbot) à la tête d'une toute nouvelle unité nommée Police Flash 80. Secondé par la très compétente Guilaine Reblot-Bernard (Audrey Lamy), le fils d'immigrés maghrébins Marfoud Alaoui (Brahim Bouhlel) et de Roberto Torticelli (Xavier Lacaille), il est chargé de faire toute la lumière sur un réseau de trafic d'héroïne qui s'étend localement et dont certains responsables furent coupables de la mort de son ancien coéquipier... Ajoutons à ce petit casting fort sympathique la présence de l'acteur, réalisateur, scénariste et humoriste Thomas Ngijol qui dans le rôle de Luc Le Timal incarne un animateur de Maison des jeunes et de la culture (MJC) et collabore régulièrement avec la police. Concernant le quatuor principal, celui-ci est constitué de membres plutôt hétéroclites. À la tête de l'unité, Yvon agît souvent de manière impulsive et irréfléchie. Heureusement, les méthodes de ce flic qui pourtant a de la bouteille sont tempérées par Guilaine. Méthodique et mesurée, la jeune femme entre souvent en conflit avec son supérieur. Marfoud, lui, bien que très proche de sa mère qui le couve excessivement est un adepte des nouvelles technologies qu'il maîtrise parfaitement. Quant à Roberto, il est parfois celui qui prend le plus de risques en s'infiltrant directement au cœur des réseaux criminels en s'affublant de toute une panoplie de déguisements... Alors que le scénario de Thomas Ngijol, Giulio Callegari et Yohan Zaoui se prête en théorie plus facilement au genre policier ou thriller, Jean-Baptiste Saurel choisit le ton nettement plus léger de la comédie. Le plus délicat demeurant ici de retranscrire une époque désormais révolue qui passe en outre dans le cas présent par une sélection de musiques forcément typées années quatre-vingt...


Signée Alexis Rault, la bande-son vintage est en outre accompagnée de quelques classiques de la variété française de l'époque, tels les groupes et artistes solo Les Avions (Nuit Sauvage), Axel Bauer (Cargo), Guesch Patti (Étienne), Bandolero (Paris Latino) ou encore Philippe Lavil et Jocelyne Beroard (Kolé Séré)... Ensuite, le look des personnages. Blousons de cuir pour Yvon, Lunettes vintage pour Guilaine, moustache en chevron pour Marfoud ou coupe-mulet pour Roberto. Ici, le ton est parodique et donc forcément caricatural. Ça n'est jamais très fin mais ne donne jamais non plus dans le ringard outrancier. Audrey Lamy donne une véritable impulsion au récit, déployant une énergie qui se communique véritablement autour d'elle. L'occasion pour le réalisateur de traiter sur un ton léger de sujets tels que le choc des générations, le sexisme, la criminalité ou la corruption sur fond de satire sociale dont certains éléments renvoient à notre époque et semblent donc être parfois touchés d'anachronisme ! Coté reconstitution, le plus gros effort est donc accompli autour du look des personnages et de l'environnement professionnel dans lequel ils évoluent. Ce qui prête parfois à sourire comme lorsque par exemple, Marfoud est épaté par la présence dans des locaux d'une imprimante de dernière génération capable d'imprimer cinq feuilles par minutes ! Autres occasions de rire, les conflits permanents entre Yvon et Guilaine dont les désaccords sont récurrents ou lorsque Roberto s'affuble de déguisements invraisemblables afin de se fondre au sein de certaines populations. Bref, sans être LA comédie de l'année, Police Flash 80 fait le taf. On passe un très agréable moment au sein de cette section bigarrée et confrontée à un Thomas Ngijol savoureux...

 

mercredi 19 novembre 2025

T'as pas changé de Jérôme Commandeur (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'humoriste, acteur, réalisateur et scénariste français Jérôme Commandeur signe avec T'as pas changé son troisième long-métrage neuf ans après Ma famille t'adore déjà et Irréductible en 2022. Reposant sur la nostalgie des années quatre-vingt dix lors desquelles son personnage ainsi que ceux incarnés par la majorité des interprètes sont parfois plongés, cette nouvelle comédie française disponible dans les salles de cinéma depuis le 5 novembre dernier oscille entre passé et présent. Pourtant, lorsque son scénario exécute un retour en arrière d'une trentaine d'années, ce retour dans le passé n'est visuellement pas très significatif. En effet, la plupart de ces séquences se déroulent lors d'une fête organisée par Hervé, alors adolescent, située dans la propriété de ses parents et à laquelle il a convié la plupart de ses camarades de classe. L'on retrouve ainsi auprès de ce jeune et populaire adolescent ses trois meilleurs amis Jordy, Daniel et Maxime. L'action se situant loin dans le passé, les personnages sont alors incarnés par Baptiste Masseline, Kolia Abiteboul, Alexandre Mas et Théo Andres. Dans le présent, ces quatre là sont ensuite remplacés par Laurent Lafitte, Jérôme Commandeur lui-même, Michaël Abiteboul ainsi que par François Damiens. Le premier est un chanteur de charme dont la carrière et le succès repose essentiellement sur une chanson d'amour dont ses groupies sont folles ! Le second est un agent immobilier en pleine crise existentielle depuis que sa femme est installée chez lui avec son amant et sa belle-mère. Quant au quatrième, lui aussi est en proie à des tourments intérieurs. Brillant avocat, Maxime vit mal le fait de prendre de l'âge et accepte difficilement que son épouse Sofia (l'actrice franco-marocaine Zineb Triki), elle aussi avocate, soit reconnue comme meilleure que lui dans cette discipline... Alors qu'ils viennent de perdre le troisième d'entre eux, leur ami Daniel (Michaël Abiteboul) qui formait avec eux un groupe soudé, ils décident d'organiser une fête à l'attention des anciens élèves de leur classe... Cependant, il y a un hic : en effet, parmi ceux-ci se trouvent certains camarades qu'ils moquaient et méprisaient étant adolescents. Et parmi eux, Anne (Vanessa Paradis) qui depuis est devenue une cardiologue pas vraiment heureuse dans la vie depuis que son mari (qui lui aussi est médecin) la trompe avec une femme beaucoup plus jeune qu'elle.


L'on retiendra d'ailleurs notamment la performance d'actrice plutôt drôlatique de celle-ci s'agissant de la séquence lors de laquelle elle est contrainte de chanter, faux comme on l'imagine, alors qu'elle a elle-même mené une carrière de chanteuse dès l'âge de 14 ans lorsqu'elle apparu pour la première à la télévision dans l'émission Champs-Élysées animée à l'époque par Michel Drucker. Autre personnage qui n'aura pas connu le succès escompté lors de ses années d'études, Marion (Delphine Baril). Ayant conservé une certaine rancœur vis à vis du quatuor, elle décide de contrecarrer le projet de Hervé, Jordy et Maxime en invitant le même jour ses anciens camarades de classe. Malgré un sujet qui semble obliquer vers la comédie pour jeunes spectateurs, Jérôme Commandeur développe un récit beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Y transparaît un certain mal-être commun à la plupart des personnages. Le titre jouant avec malice sur cette habitude qu'ont les gens de rassurer ceux qu'ils n'avaient plus revu depuis des années sur leur état physique général mais joue aussi et surtout sur leur comportement. Trahissant ainsi quelque peu cette idée qui veut que l'on ne change jamais vraiment même si, au fil de l'intrigue, l'on constate que les âmes se sont apaisées et que les discordes du passé peuvent très bien se retrouver aux oubliettes. T'as pas changé est également l'occasion de retrouver d'ancienne vedettes de la télévision, du cinéma ou de la chanson. C'est ainsi que Jérôme Commandeur convie à l'image Catherine Allégret et Rufus dans les rôles de Arlette et Roland, les parents de Hervé, Catherine Hiegel dans celui de Jannick, la belle-mère de l'ex-épouse de Jordy et même quelques anciennes ''vedettes'' de la chanson française et anglo-saxonne qui incarnent toutes leur propre personnage. C'est ainsi que l'on retrouve Patricia Kaas, Lââm, Indra ainsi que trois membres de l'ancien Boys-Band Worlds Apart, Nathan Moore, Steve Hart et Cal Cooper... Entre humour, émotion, légèreté et gravité, Jérôme Commandeur signe une comédie fort sympathique, qui ne laissera sans doute pas de souvenirs impérissables mais qui au regard de la production actuelle n'est pas la pire ''chose'' qui ait vue le jour sur grand écran en matière de comédie française...

 

jeudi 30 octobre 2025

L'amour, c'est surcoté de Mourad Winter (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Premier long-métrage réalisé et écrit par l'écrivain, cinéaste et humoriste français Mourad Winter, L'amour, c'est surcoté est sorti dans les salles le 23 avril dernier après avoir été présenté en compétition au Festival de l'Alpe d'Huez aux côtés d'Avignon de Johann Dionnet, Le répondeur de Fabienne Godet, Le mélange des genres de Michel Leclerc ou encore Les règles de l'art de Dominique Baumard. Une année riche pour cette année 2025 et pour ce festival entièrement consacré à la comédie. Une compétition qui vit donc repartir le film de Mourad Winter auréolé de la Mention spéciale du Jury. Cette année, le choix fut sans doute difficile pour le jury qui dû débattre au sujet d'une dizaine de longs-métrages aux thématiques souvent éloignées les unes des autres. Et si celle de L'amour, c'est surcoté n'est semble-t-il pas très originale puisqu'il s'agit d'une comédie romantique et parfois même dramatique puisqu'elle évoque la mort d'un jeune homme et les difficultés que rencontre son meilleur ami s'agissant de s'en remettre émotionnellement, l'une des principales qualités du long-métrage est son écriture. Pour un budget légèrement supérieur à six millions d'euros, ce film produit par Iconoclast Films et distribué par Studiocanal est directement adapté du roman éponyme écrit par Mourad Winter lui-même et publié le 3 juin 2021 chez Robert Laffont. Avec Avignon, le film partage son côté romantique, entre deux individus de sexes opposés. Mais si dans le rôle de Stéphane, Baptiste Lecaplain se croyait contraint de mentir à celle dont il était amoureux (Fanny, incarnée par Elisa Erka), la problématique, chez Anis, est bien différente. Un brin mythomane, peu sûr de lui et assumant mal les sentiments qu'il peut ressentir, avouer son amour à Madeleine va se révéler une position difficile. En outre, le jeune homme a perdu son meilleur ami Isma (Alassane Diong) il y a trois ans mais ne s'en est jamais remis... Tandis que d'autres se sont essayés à la ''comédie entre potes'' avec plus ou moins de bonheur ou de finesse, Mourad Winter défonce littéralement toute possibilité de concurrence en signant une comédie très bien écrite et qui fait honneur à son sujet ainsi qu'à ses personnages et ses interprètes. Parfaitement rythmé et malgré la gravité de certaines séquences, L'amour, c'est surcoté égraine avec une très grande aisance des lignes de dialogue percutantes. Des gags qui font mouche à chaque fois et qui laissent à terre toute possibilité de rivalité. À commencer par les vieilles références que pouvaient être à une certaine époque Christian Clavier ou Didier Bourdon et qui désormais ne s'affichent plus que dans des comédies relativement et majoritairement moisies !


L'amour, c'est surcoté met non seulement en scène une galerie de personnages secondaires plutôt savoureuse (dont un Benjamin Tranié en Paulo un brin ''teubé'' mais éminemment raciste) mais surtout un duo principal qui fonctionne à merveille. Interprétant le personnage d'Anis, Hakim Jemili est en ce moment l'un des acteurs français les plus en vogue de l'hexagone. Après s'être fait connaître en incarnant le personnage de Malek aux côtés de Michel Blanc dans Docteur ? de Tristan Séguéla en 2019, il a enchaîné les rôles sans interruption et va apparaître dans Chasse gardée 2 d'Antonin Fourlon en décembre prochain et Tout va super de Patrick Cassar en 2026. A ses côtés l'on retrouve l'actrice Laura Felpin dans le rôle de Madeleine. Une très jolie étudiante en psychologie rencontrée un soir dans une boite et sur laquelle Anis va jeter son dévolu... le cinéaste transforme alors ce qui demeure jusque là une pure comédie en comédie romantique touchante, drôle, percutante et qui permet en outre de retrouver dans des rôles de moindre importance l'acteur François Damiens dans celui du père de Madeleine, Abbes Zahmani dans celui du père d'Anis ou encore l'actrice Clothilde Courau en thérapeute à l'écoute du jeune homme. Bien que L'amour, c'est surcoté traite également du difficile sujet du deuil, l'humour qu'injecte le réalisateur et scénariste au récit permet de tempérer l'émotion et d'éviter que le film plonge dans le drame pur. Il n'y a donc ici pas véritablement de changements de ton. Si Hakim Jemili est comme à son habitude très attachant, il faut tout de même reconnaître que Laura Felpin lui vole la vedette. D'origine italo-vietnamienne, l'actrice est une véritable bouffée d'air frais alors que face à elle, et malgré tout le bien que l'on peut penser de lui, Hakim Jemili a parfois la fâcheuse tendance à mâcher ses mots, ce qui rend parfois incompréhensibles certains de ses propos. Reste que L'amour, c'est surcoté est un régal, sans temps morts. Notons que Mourad Winter a déjà prévu de réunir à nouveau Hakim Jemili, Laura Felpin et Benjamin Tranié dans sa prochaine comédie intitulée Les bâtards et que celle-ci, outre les présences additionnelles de Kad Merad et Florence Foresti, sera directement proposée sur Amazon Prime Video en 2026...

 

mardi 28 janvier 2025

Le procès du chien de Lætitia Dosch (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Entre autres talent, de la réalisatrice, scénariste et dramaturge d'origine franco-suisse Lætitia Dosch l'on connaît surtout chez nous, le visage. C'est pourquoi l'on doit envisager son tout premier long-métrage interprété et réalisé par ses soins comme une curiosité. Voir si le talent est chez la jeune femme, inné. Ou s'il ne s'agit que d'un caprice de ''star'' qui en terme d'intérêt n'ira pas plus loin que les bousins signés ces dernières années par Michèle Laroque. Le procès du chien est semble-t-il à l'origine d'un fait divers authentique. C'est donc sur le postulat d'un sujet mettant au centre d'un procès un animal de compagnie qui après avoir mordu pour la troisième fois mais aussi et surtout pour avoir défiguré la compagne de son maître que Lætitia Dosch et la scénariste Anne-Sophie Bailly ont construit un récit relativement farfelu qui malgré des débuts hésitants (la première intervention de l'héroïne Avril Lucciani qu'interprète elle-même Lætitia Dosch semble nous dire que la jeune actrice est caricaturale, sinon, mauvaise) s'avère finalement être l'une des très bonnes surprises de la seconde moitié de l'année 2024. Une comédie cocasse principalement incarnée par Lætitia Dosch, donc, mais aussi par l'acteur, réalisateur et producteur franco-ivoirien Jean-Pascal Zadi. S'agissant du sujet, Cosmos, véritablement interprété par le chien Kodi, a au dessus de la tête une épée de Damoclès. En effet, il risque l'euthanasie et son propriétaire malvoyant Darius Michovski plusieurs milliers d'euros de dédommagement après que l'animal ait sévèrement mordu Lorene Furtado (Anabela Moreira) au visage. Parvenant de justesse à convaincre le juge chargé de l'affaire de traiter Cosmos non pas comme une chose, un objet, mais comme un être vivant, Avril va désormais tout entreprendre afin de faire acquitter son très spécial client et ainsi lui épargner la vie. Face à une avocate ambitieuse du nom de Roseline Bruckenheimer dont le carriérisme s'étend au delà des portes des tribunaux puisqu'elle a décidé de se lancer en politique, ce procès est pour elle un moyen d'obtenir les encouragements du public, elle qui prétend pourtant aimer les chiens va de son côté tout mettre en œuvre pour que Cosmos soit ''endormi''...


Le propriétaire de la bête est interprété par l'humoriste et acteur belge François Damiens. Personnalité iconique de l'univers des caméras cachées qui se positionne pourtant en personnage secondaire. Une fois installé aux côtés de l'avocate de la défense, ses interventions se feront relativement rares. À vrai dire, tout repose sur les épaules de Lætitia Dosch et de Jean-Pascal Zadi qui de son côté incarne le très attachant Marc. Un comportementaliste animalier qui va étudier Cosmos et ainsi apporter son expertise lors du procès. Afin de donner vie à cette comédie aussi fantaisiste qu'humaine, Lætitia Dosch ne se contente pas de donner au public ce qu'il attend mais aborde son sujet de la manière la plus honnête possible. Contraignant les personnages eux-mêmes à livrer une vérité qui parfois n'est pas celle que l'on aimerait entendre. Comme en témoigne justement la présence de Marc lors du procès. On pense à du tout cuit mais son professionnalisme l'emporte finalement sur l'amitié naissante entre Avril et lui. Parfois bancal, à l'interprétation pas toujours très précise, mais d'une générosité débordante, la vision de Lætitia Dosch de l'humanité fait chaud au cœur tout en donnant parfois des aigreurs à l'estomac. Et l'on passe très rapidement de la circonspection au plaisir de suivre ces aventures au ton parfaitement inattendu. Car plus le récit avance, et plus l'on est conquis par la fraîcheur de ses interprètes, l'absence de prétentions de ses auteurs et l'objectivité avec laquelle la réalisatrice et sa scénariste traitent le sujet, quitte à faire mal au cœur à celles et ceux qui espéraient une conclusion plus joyeuse. Bref, un joli moment de cinéma, relativement drôle (merci à Lætitia Dosch, Jean-Pascal Zadi et à Kodi qui tour à tour forment des tandems détonnants) et dont l'approche que l'on pourrait parfois considérer d’amateur participe de la magie qui s'en dégage. Bref, une œuvre humaniste, avec ses défauts mais aussi ses nombreuses qualités. On a hâte de découvrir les futurs travaux de Lætitia Dosch. L'actrice, mais également la réalisatrice et scénariste...

 

dimanche 17 mars 2024

Dany Boon - Rien à déclarer de Dany Boon (2010) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir connu un immense succès grâce à son second long-métrage Bienvenue chez les ch'tis, l'acteur, réalisateur et scénariste français Dany Boon a abandonné un temps la mise en scène durant deux ans pour se consacrer à sa carrière d'acteur. Une poignée de films plus ou moins captivants jusqu'à son retour à la mise en scène avec Rien à déclarer en 2011. Comme l'on pourrait invoquer l'idée selon laquelle l'acteur et humoriste usa opportunément d'un thème qui lui était cher à l'époque de Bienvenue chez les ch'tis, certes, puisque le sujet allait aussi et surtout forcément atteindre émotionnellement toute une population originaire du Nord, Rien à déclarer arrive sur le marché pile poil à une période où se pose encore la question des frontières européennes tout en situant son action en 1993. Deux ans avant la mise en place de la libre circulation entre sept pays européens dont la France et la Belgique, et huit ans après la signature de l'Accord de Schengen en juin 1985. Le troisième long-métrage de Dany Boon prend pour scène la frontière franco-belge où vont intervenir deux brigades de douaniers. En préambule, le récit met en scène l'acteur belge Benoît Poelvoorde dans le rôle de Ruben Vandevoorde en 1986 lorsque celui-ci apprend que l'Acte unique européen vient d'être signé. Belge d'origine, de cœur et d'esprit, l'homme est un douanier bougon, agressif et ce, envers le peuple français en général et la douane française en particulier avec laquelle il apprend sept ans plus tard la fermeture très prochaine des contrôles douaniers au profit de la douane volante ! Les rapports qu'il entretient avec ses homologues hexagonaux sont des plus délicats. Le douanier français Mathias Ducatel (Dany Boon) a beau faire des efforts pour se montrer amical et se rapprocher de Ruben Vandevoorde, ceux-ci s'avèrent vains ! C'est donc dans un contexte fort hostile que Dany Boon met en scène cette pure comédie franco-belge réunissant quelques têtes bien connues du cinéma, issues des deux côtés de la frontière.


Une collaboration qui va s'avérer encore plus délicate que l'on croit puisque en secret, Mathias entretient une relation avec la sœur de son homologue belge, Louise (l'actrice Julie Bernard). Du côté des douaniers français l'on retrouve les acteurs Guy Lecluyse, Zinedine Soualem (le duo de bras cassés de la maison du bonheur) ainsi que l'actrice, chanteuse et chroniqueuse Nadège Beausson-Diagne. Leurs personnages sont sous les ordres de Mercier qu'interprète Philippe Magnan. Du côté des douaniers belges, leur nombre est plus restreint. Eric Godon y incarne leur chef, Willems, sous les ordres duquel nous retrouvons donc les personnages incarnés par Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners. Afin de réajuster l'équilibre entre acteurs français et belges, la française Karin Viard et le belge François Damiens incarnent un couple de restaurateurs qui voient d'un mauvaise œil la future ouverture des frontières. Côtés interprètes belges, nous retrouvons également Olivier Gourmet dans l'étonnant rôle d'un prêtre auprès duquel vient régulièrement se confesser Ruben, ainsi que Christel Pedrinelli et Jean-Paul Dermont dans les rôles respectifs de l'épouse et du père de l'irascible douanier ! La liste est encore longue mais citons tout de même le trio de trafiquants de drogue à la tête duquel l'on retrouve Laurent Gamelon accompagné de ses sbires Laurent Capelluto et surtout, Bruno Lochet en passeur impayable ! Rien à déclarer repose peu ou prou sur le même principe que Bienvenue chez les ch'tis mais ne connaîtra malheureusement pas la même popularité. Pourtant, et au regard des quelques étrons dans lesquels à tourné Dany Boon, son troisième long-métrage en tant que réalisateur leur est nettement supérieur. Le film propose autant de situations qu'il y a de personnages. Bref, on n'a pas vraiment le temps de s'ennuyer. Le cahier des charges de la comédie française est bien rempli : l'affrontement entre les représentants de deux territoires pourtant voisins et amis, l'amour impossible entre l'un des deux principaux protagonistes et la sœur du second, deux ''classiques'' un brin démodés du genre auquel Dany Boon ajoute quelques savoureuses séquences avec, en point de muire, deux pieds nickelés du trafic de drogue !

dimanche 5 novembre 2023

Les complices de Cecilia Rouaud (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Festival de l'Alpe d'Huez encore avec une autre sélection de cette année 2023 dont on finira par se demander s'il vaut vraiment la peine de perdre son temps au vu de l'affligeante crétinerie de certaines œuvres qui furent en compétition. Car, pour rappel, s'agissant des films en question, nous retrouvâmes de beaux spécimens de navets, tels Juste ciel ! de Laurent Tirard et 38.5 quai des orfèvres de Benjamin Lehrer. Une sélection que n'avait d'ailleurs pas à envier les films hors-compétition puisque cette catégorie fut elle-même dotée de quelques perlouses du plus pitoyable effet (10 jours encore sans maman de Ludovic Bernard et SURTOUT, l'immonde BDE de Michael Youn). La présence à l'image du belge François Damiens étant souvent synonyme de comédies noires et décalées, c'est sans appréhension particulière que ma compagne et moi nous nous sommes ''jetés'' sur Les complices de Cécilia Rouaud qui, outre ce troisième long-métrage démarra sa carrière en tant que réalisatrice de seconde et de troisième équipe sur le piteux Le raid de Djamel Bensalah en 2002 ou Une pure affaire d'Alexandre Coffre en 2011, film dans lequel elle retrouvait déjà François Damiens. Dans cet antépénultième méfait de l'acteur et humoriste belge (si l'on prend en compte sa participation récente à la dernière saison de l'émission Lol, qui rit, sort!), William Lebghil et Laura Felpin le rejoignent dans une aventure dont le ton n'étonnera pas grand monde au vu du pedigree de celui qui débuta sa carrière en tant qu'humoriste dans son propre pays, la Belgique. François Damiens y incarne un tueur à gages froid et implacable jusqu'au jour où celui-ci devient sensible à la vue du sang. Incapable d'exécuter le moindre contrat sans tomber dans les pommes, il décide de mettre un terme à sa carrière d'assassin. Mais ses employeurs ne le voyant pas de cet œil là, Max va être poursuivi par ses anciens ''collègues'' qui vont tout faire pour l'éliminer. Heureusement pour lui, l'homme pourra compter sur l'aide inattendue de Stéphanie et de Karim, un couple employé dans une entreprise de vente par correspondance. Dans cette comédie plus sinistre que réellement drôle (un ton apparemment volontairement adopté par la réalisatrice qui est elle-même fut également à l'origine du scénario), François Damiens montre rarement les dents.


Comprendre par là que le personnage de Max qu'il incarne n'est pas du genre à se poiler devant la caméra et s'accorde même plutôt avec le ton monocorde et lugubre que l'on est en droit d'imaginer dans le genre de profession qu'il exerce. Une attitude que contrebalance le personnage de Karim qu'interprète William Lebghil qui, comme à son habitude, se conforme au personnage bienveillant qu'on lui connaît. D'un optimisme qui confine à la crédulité, l'acteur construit un personnage à l'exact opposé de celui qu'incarne François Damiens. Et entre les deux, une Laura Felpin beaucoup plus censée, qui examine sa propre existence et celle de son compagnon sur un ton beaucoup plus pessimiste. Les trois acteurs interprètent un trio détonnant, attachant, transformant une relation improbable en une course de pieds nickelés du meurtre exécuté désormais sans contrat. Le caractère antinomique des personnages participe de l'intérêt de ce film qui aurait pu s'embourber dans une certaine noirceur mais qui se trouve éclairé par la présence de ce couple au fonctionnement ''bilatéral'' (Karim est une véritable ''éponge'' qui absorbe tout le mal-être de ceux qui l'entourent tandis que Stéphanie éprouve des difficultés vis à vis des problèmes rencontrés au quotidien). Aussi sympathique que puisse paraître ce trio rejoint par le toujours excellent Bruno Podalydès ainsi que par Vanessa Paradis (dont le personnage est médiocrement caractérisé et s'avère donc au final, presque inutile), Les complices a pourtant bien du mal à fonctionner à plein régime. Ça n'est pas tant l'invraisemblance du trio que la mollesse de la mise en scène et cet humour noir superficiel que tente d'imprimer la réalisatrice qui nuisent au déroulé du récit. Pas assez ''méchant'', manquant cruellement de rythme mais sauvé de l'ennui grâce à ses principaux interprètes et à quelques séquences qui relèvent le niveau, Les complices se regardera une fois, mais pas davantage...

 

dimanche 7 mai 2023

La graine d'Eloïse Lang (2023) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Si vous aimez François Damiens et que vous choisissez de passer votre soirée devant '' La graine '' pour la simple et bonne raison que le belge trône sur l'affiche en compagnie des deux principales interprètes, préférez donc revoir n'importe quel autre long-métrage le mettant en scène. En effet, le troisième film de l'actrice belge Éloïse Lang n'a absolument aucun intérêt. Non pas que le sujet de ces deux françaises se dirigeant vers la Belgique afin de concrétiser une bonne fois pour toute leur projet de PMA ne mérite pas d'être au centre d'un récit, mais la ligne de conduite de la réalisatrice fait que l'on passe son temps à grincer des dents ou à souffler. Résolvons tout d'abord la question concernant François Damiens. L'acteur n'apparaît qu'une vingtaine de minutes à l'image. Autant dire que ça n'est pas pour lui qu'il faudra sacrifier quatre-vingt dix minutes de notre existence. Non plus pour la '' performance '' de ses deux principales actrices que sont Marie Papillon et Stacy Martin dont l'interprétation est, au mieux, affligeante et au pire, un désastre complet... 
 

On peut accepter le principe de la caricature lorsqu'elle est employée en comédie. Mais de là à se montrer aussi mauvaises, c'est à se demander ou les deux jeunes femmes furent formées avant d'entamer leur carrière d'actrices. Pas de chance pour l'une comme pour l'autre puisqu'elles incarnent en outre deux lesbiennes agaçantes, crispantes, jamais satisfaites et gueulant à tour de rôle... Bref, le genre de personnes que l'on préfère éviter au boulot, au travail, ou d'une manière générale, dans la vie de tous les jours. Alors au cinéma.... Sur la base d'un récit fondé sur un sujet actuellement très porteur et donc excessivement opportuniste, Éloïse Lang réalise son film avec le talent des metteurs en scène des '' Musclés ''. Comprendre par là que la profondeur psychologique est revue à la baisse, accompagnée par des dialogues insipides charriant parfois des concepts de très mauvais goût (ceux qui vivent dans des châteaux sont forcément racistes et homophobes) et enfonçant des portes ouvertes (le système qui écrase les individus de même condition que les héroïnes). Quelques menus détails retiennent cependant l'attention, comme cette famille de bourgeois dont chaque membre est d'une inquiétante caricature (un brin de malaise étouffé par les rires pourra d'ailleurs se faire ressentir). Mais à part cela, '' La graine '' est probablement l'une des pires expériences cinématographiques de ce début de mois de mai proposé par Amazon Prime. Fuyez et ne vous retournez surtout pas devant l'affiche ou la promesse de passer un début de soirée divertissant car '' La graine '' n'est rien moins qu'une purge sans intérêt...

 

mardi 14 décembre 2021

Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Poussin ouvre ses chakras à travers des ouvrages de méditation. Bouli Lanners qui l'interprète s'y connaît en mantra, lequel témoignait il y a quelques années en arrière que ''Vivre, ça n'est pas simplement respirer''. Jeff de Claerke n'est pas simplement que le chef d'une équipe de dockers. L'homme travaille sa prose sous la forme de poèmes. Et comme ils ne lui suffisent plus pour attirer l'attention de celle qu'il aime (la jolie caissière Roxane qu'interprète Constance Rousseau), son professeur lui conseille d'essayer l'alexandrin. Au risque lui-même de finir dans un trou si jamais l'idée ne donne aucun résultat : ''Je-vais-e-ssa-yer-d'é-crire-un-a-le-xan-drin..... Pour-me-faire-com-pren-dre-de-cette-cai-ssière-jo-lie..... Et-si-ça-ne-mar-che-pas-cette-fois-en-co-re..... Je-tue-rai-mon-pro-fe-sseur de po-é-sie.... ça fait onze. Ça marche pas''. Et le dit professeur de répliquer ''Je-DE-SCEN-DRAI-mon-pro-fe-sseur de po-é-sie....''. Ça n'a l'air de rien mais ces quelques alexandrins figurent à eux seul l'esprit tout entier de Cette musique ne joue pour personne, le dernier long-métrage de Samuel Benchetrit. Où l'amour, la poésie et la violence communiquent dans une camaraderie incisive. Tourné dans le Nord de la France, le film exploite l'image pas toujours très joyeuse et reluisante d'une jeunesse désargentée, avec son accent Ch'timi à couper au couteau et ses prolétaires qui passent leur temps devant la télé à regarder des émissions insipides. Provenant sans doute moins d'une planète très éloignée de celle où vivent ceux du centre ou du sud de l'hexagone que les héros de Bruno Dumont (Coin Coin et les Z'inhumains), nos personnages, si tant est que le réalisateur les ait caricaturé à l'excès, sont d'abord touchants et non pas effrayants comme peut l'être un fait dont on ne comprend ni l'origine ni les intentions...


En cela, l'univers de Samuel Benchetrit se rapproche sensiblement de celui du duo formé par Benoît Delépine et Gustave Kervern qui eux-mêmes investissent souvent de mystérieuses contrées où naviguent l'étrange et l'absurde. Le second rejoint d'ailleurs l'équipe formée autour de François Damiens, le poète transi d'amour pour sa caissière en blouse rose. L’œuvre nous impose un casting en or. Complété par Ramzy Bédia dans le rôle de Neptune et JoeyStarr dans celui de Jésus. Une équipe brinquebalante qui oscille entre pureté et ''congestion'' et à laquelle sont également greffés Vanessa Paradis, Valeria Bruni Tedeschi, Bruno Podalydès ou Vincent Macaigne pour les plus connus d'entre eux. Malgré son attitude posée, le scénario semble n'avoir rien à nous raconter. Tout y transpire la banalité. Mais dans ce quotidien auquel nous n'aimerions sans doute surtout pas nous référer, le réalisateur français et son scénariste Gabor Rassov ont la générosité de ceux qui partent d'une histoire simple pour nous conter le récit d'individus à l'existence apparemment sage et sans aspérités mais à laquelle viennent pourtant se greffer des ''détails'' comportementaux savoureusement transgressifs.


Le récit intéressant peut-être un peu moins Samuel Benchetrit que ses personnages, on se penchera plus sur leurs différents traits de caractère que sur leurs actes. Quoique, quoique... Le réalisateur n'oublie pas ces petits détails qui font la différence. Des personnages parfois, et même très souvent, maladroits, appliquant des méthodes inédites pour convaincre par exemple un garçon de participer à la fête organisée par la fille de l'un d'entre eux ou pour contraindre l'une de ses camarades, au contraire, à ne pas y assister. Si vous voulez découvrir une Valeria Bruni Tedeschi triste à mourir, vautrée dans son canapé devant des émissions débiles et vêtue de son éternel pantalon de survêtement, ou Vanessa en actrice de théâtre bègue, Gustave Kervern endossant le costume de Jean-Paul Sartre, Bouli Lanners menaçant des adolescent(e)s à l'aide de sacs-plastique ou de sa ceinture ou encore François Damiens et Ramzy Bédia dans une belle complicité, ruez-vous sur Cette musique ne joue pour personne. Simple, poétique, caustique, séduisant. Une jolie surprise...

 

samedi 23 octobre 2021

8 rue de l'humanité de Dany Boon (2021) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

En général, lorsque j'examine mon portable au bout de cinq minutes seulement après le début d'une projection pour vérifier si je n'ai pas récupéré une ou deux vies à Candy Crush, c'est plutôt mauvais signe. Mais alors, si je baille, puis m'endors pour me réveiller trois heures plus tard, cela confirme une chose : soit que j'avais du temps de sommeil à rattraper, soit que le film que j'ai lancé plus tôt dans la soirée est vraiment ennuyeux. Remercions tout d'abord Dany Boon pour nous avoir épargné un déplacement dans les salles obscures et surtout de dépenser le prix d'un ou de plusieurs billets en ayant accepté que 8 rue de l'humanité soit rendu disponible sur la plate-forme de streaming Netflix. Absent à la réalisation depuis trois ans et La Ch'tite famille, acteur peu prolixe ces dernières années puisqu'en 2019 il n'a tourné que deux films et un seul en 2000, 8 rue de l'humanité semble faire œuvre de parent pauvre dans une carrière de cinéaste qui n'a au fond connu que de rares envolées. Sans être un chef-d’œuvre, La maison du bonheur reste une comédie fort plaisante à redécouvrir, surtout grâce aux présences de Daniel Prévost, Michel Vuillermoz, Zinedine Soualem (et son ''regard salace'') ou encore Laurent Gamelon. Mais après... ? Bienvenue chez les Ch'tis ? Certainement pas, non. Un film selon moi, surestimé. Quant à Rien à déclarer, Supercondriaque, Raid dingue et la suite de son plus gros succès, chaque fois ma compagne et moi avons naïvement plongé corps et âme en achetant notre place, ravis, je l'avoue (ce piège que tend toujours le plaisir de nous retrouver dans l'obscurité d'une salle de cinéma), mais au final, déçus sur le moyen terme pour ne pas dire totalement indifférents sur le long. La différence, ici, est de taille. Pas de salle de cinéma et donc pas de regrets à avoir pris la voiture pour nous y rendre. Tout loisir est donc offert durant la projection de vaquer à diverses occupations comme de jouer sur son portable, consulter sa messagerie ou manger une pizza, un plat de pâtes ou des sushis sans que cela ne gêne en rien un quelconque voisin de siège...


Les seules qualités d'une petite comédie française qui s'offre à vrai dire le ''luxe'' d'être parmi les pires qui aient vues le jour en cette année 2021. 8 rue de l'humanité souffre d'un défaut majeur (en dehors d'entendre en ouverture l'insupportable voix de Macron) qui est celui d'être sorti sur les écrans beaucoup trop tard. Imaginez que vous aillez reçu dans votre boite aux lettres le script d'un long-métrage quelconque à lire d'urgence une semaine avant sa première diffusion sur votre poste de télévision... C'est un peu l'effet que produit le dernier film de Dany Boon. Cette désagréable impression de connaître par cœur et d'avance toutes les situations qui vont se produire. Car quel que soit notre âge et la conjoncture qui mena chacun d'entre nous à nous réfugier entre les quatre murs de nos appartements comme si une épidémie de peste s'était déclarée sur notre territoire, nous avons toutes et tous vécu à des échelles et degrés différents cette pandémie du Covid-19. Si le principe consistant à reprendre toutes les manies auxquelles chacun d'entre nous s'est plus ou moins accoutumé depuis presque deux ans s'avère une excellente idée, on ne peut s'empêcher de penser que Dany Boon a totalement raté le coche. Ça n'est pourtant pas faute d'avoir engagé dans ses rangs François Damiens, Laurence Arné (récemment vue dans l'excellente mini-série Une affaire Française de Jérémie Guez et Alexandre Smia dans le rôle de Jeanne Lombardie) ou l'increvable Liliane Rovère (Pause Café, Buffet Froid, Business Family) mais les gags sont malheureusement plats et comme l'indiquait ma compagne, on a surtout l'impression d'être devant une sitcom du genre Nos chers voisins ou Fais pas ci, fais pas ça mais en nettement moins amusant...


Après une heure environ, soit même pas la moitié du long-métrage qui dure tout de même deux heures, six minutes et vingt-huit secondes (vous verrez que même ces dernières ont leur importance...), on se rend compte de l'ampleur du désastre. C'est lourd, mou, très ennuyeux et l'on désespère qu'il s'y passe quelque chose avant que le générique de fin ne débarque... Et c'est justement à ce moment là que j'ai fermé l’œil, après cette première heure... pour ne le rouvrir que trois heures plus tard. J'ai donc patienté jusqu'à maintenant pour reprendre le fil de l'histoire, sans bien sûr avoir eu recours à un quelconque résumé vue l'inintérêt de la chose. Le récit se partage entre les différents appartements d'un immeuble parisien et sa cours intérieure. C'est là que vivent en bon couple de français moyens Martin/Dany Boon et son épouse Claire/Laurence Arné. Au nombre des voisins, ils peuvent compter sur les présences de Tony/François Damiens, Louise/Liliane Rouvère, Isabelle/Myriam Bourguignon (l'épouse de Tony), ou encore Yvan Attal dans le rôle du professeur Jean-Paul Gabriel. Lequel semble finalement s'en sortir un peu mieux que les autres dans ce rôle de scientifique un brin excentrique tentant des expériences visant à trouver un vaccin contre le virus tandis que propriétaires et locataires tentent de s'adapter à leur nouvelle condition. Entre ironie et film de propagande pro(ou anti)-vaccin (tout cela n'est pas vraiment clair), hommage absurde à des concitoyens enfermés pendant des semaines comme des animaux de laboratoire et humour discount (un ou deux rires seulement ne font pas les grandes comédies), 8 rue de l'humanité épuise à force de n'être pas drôle, file des maux de têtes tandis que ses personnages forcent la caricature et provoque des problème de motricité ou d'élocution à force de rendre débile le spectateur que Dany Boon croit capable de tout accepter. Au final, si le film ne vous refilera pas le Covid, il vous donnera la migraine...

 

dimanche 26 janvier 2020

Fourmi de Julien Rappeneau (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Fils du célèbre réalisateur français Jean-Paul Rappeneau (Les Mariés de l'an II avec Jean-Paul Belmondo en 1971, Cyrano de Bergerac avec Gérard Depardieu en 1990, Le Hussard sur le toit avec Juliette Binoche en 1995), le scénariste et réalisateur Julien Rappeneau revenait en 2019 avec son second long-métrage quatre ans après Rosalie Blum. En adaptant le roman graphique Dream Team du scénariste Mario Torrecillas et du dessinateur barcelonais Artur Laperla, Julien rappeneau réalise une œuvre touchante, mêlant à la fois une chronique familiale, la passion pour le football, la comédie et dépeint d'une certaine manière la vie d'un petite localité du nord de la France ''bousculée'' par un événement qui va lui permettre de se ''réveiller'' quelque peu. Dans une ville touchée par le chômage et dont une partie de la population s'enferme dans son unique bar pour y dépenser son salaire en alcool, le jeune Théo est l'espoir de son père Laurent, lui-même alcoolique, divorcé de Chloé (laquelle a refait sa vie) et qui le jour où il apprend que son fils a été recruté par un club de football décide de se reprendre en main. Abandonnant la boisson, décidé à prendre un appartement alors qu'il vivait jusque là chez sa grand-tante, reprenant contact avec l'assistante sociale Sarah, Laurent espère pouvoir emmener lui-même son fils jusqu'en Angleterre. Mais il y a un hic. Alors que son père est fier de Théo et qu'il partage sa joie avec ses copains du bistrot, la vérité, c'est que le jeune garçon a menti. Trop petit, il n'a pas été recruté pour jouer dans l’équipe de football d'Angleterre. Trop content de voir son père heureux, Théo s'enfonce pourtant dans le mensonge, aidé par son ami Max, Geek et agoraphobe...

On savait l'acteur belge François Damiens capable de jouer dans la comédie et dans le drame mais il tient en ce personnage de Laurent, sans doute son incarnation la plus subtile. Du moins, la plus touchante. En père alcoolique, entre le bar du village où il s'évertue à se détruire à grand renfort de pastis et les matchs de football où il se ridiculise en hurlant sur l'arbitre où sur les équipes adverses, humiliant ainsi involontairement son fils Théo, François Damiens a parfaitement su cerner son personnage. Autour de lui, un panel d'interprètes brillants. À commencer par le jeune Maleaume Paquin qui incarne Théo. Un an après avoir joué auprès de Daniel Auteuil dans Rémi sans Famille d'Antoine Blossier, Julien Rappeneau lui offre l'un des deux rôles principaux. Ce qui lui permettra de se frotter non seulement à François Damiens avec lequel son personnage entretient des relations fusionnelles particulièrement touchantes, mais lui donnera également l'occasion d'approcher André Dussolier qui incarne ici le personnage de Claude, son entraîneur, Ludivine Sagnier, qui interprète sa mère Chloé, ainsi que Laetitia Dosch, Sébastien Chassagne, l'épatante Cassiopée Mayance ou encore l'hilarant Pierre Gommé qui interprète l'irrésistible Max, l'ami agoraphobe enfermé en permanence dans sa chambre...

Fourmi est d'abord une comédie familiale plutôt convaincante. On s'amuse de voir le jeune Théo s'embourber dans son mensonge ou son père reprendre goût à la vie. Mais le film de Julien Rappeneau est sans doute beaucoup plus profond que la majorité des comédies que nous servent habituellement les auteurs français. Comédie, oui, mais aussi critique sociale d'une cité en proie au chômage et à l'alcool et où le football est un exutoire qui permet d'échapper à la réalité. C'est sans doute la raison pour laquelle le mensonge du jeune Théo va prendre une telle ampleur, touchant de près ou de loin tous les habitants du coin. François Damiens porte littéralement le film sur ses épaules, aidé en cela par des interprètes remarquables. Diverses générations d'acteurs merveilleusement dirigés par un Julien Rappeneau qui ''aime'' visiblement ses interprètes. On ne versera sans doute pas la moindre larme, l'humour revenant sans cesse nous rappeler que nous sommes d'abord devant une comédie, mais l'histoire de ce fils et de ce père demeure tout de même fort émouvante. Une jolie surprise...

lundi 20 mai 2019

La Personne aux deux Personnes de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (2008) - ★★★★★★★☆☆☆



Voilà bien une œuvre totalement déconcertante. Chef-d’œuvre absolu de l'absurde ou nanar intersidéral, le public n'a plus qu'à faire son choix... difficile... à assumer si on lui prête des qualités mais un peu trop facile si on l'enterre sans même y avoir réfléchi un seul instant. Réalisé par le duo Nicolas et Bruno (Nicolas Charlet et Bruno Lavaine). Deux cinéastes aux visions atypiques qui n'ont pas choisi de donner dans la comédie classique. Résultat : rejet d'une partie du public et de la presse. Sorti l'année suivant un autre OFNI, Steak de Quentin Dupieux, La Personne aux deux Personnes est un hommage à l'excellente émission culte Message à caractère informatif diffusée sur Canal+ en 1998 et dont le principe était de détourner de vieux films d'entreprise sur un ton humoristique. Et devinez quoi : les auteurs en étaient déjà le duo formé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine. C'est donc dans ce même esprit que les deux hommes revenaient en 2008, soit dix ans tout rond après leur passage à la télévision, avec cette comédie on ne peut plus étonnante puisque ses deux principaux interprètes n'en forment en réalité qu'un seul...

Daniel Auteuil et Alain Chabat se retrouvent effectivement dans le même corps, celui du premier, après que le second, en chanteur démodé, l'ait percuté de plein fouet avec sa voiture. Gilles Gabriel, dont tout le monde a oublié sa fugitive carrière de chanteur bien qu'il produise un album tous les six ans décède des suites de cet accident mais son esprit est projeté dans le corps de Jean-Claude Ranu, insignifiant comptable de la COGIP, entreprise fictive créée à l'origine à l'attention de l'émission Message à caractère informatif à une différence près : les deux réalisateurs n'usent désormais quasiment plus de documents d'archives (en dehors de quelques rares séquences) mais plongent leurs deux héros dans une reconstitution assez fidèle de leur univers morne, individualiste et démodé. Le pauvre Daniel Auteuil qui dans la peau de Jean-Claude Ranu incarne l'un des employés de la COGIP en fait directement les frais : coiffé et vêtu de la manière la plus ringarde qui soit, son personnage évolue dans un univers trop grand pour lui. Comparé à ceux qui travaillent à ses côtés, il paraît effacé, remisé qu'il est dans un local transformé à l'occasion en bureau. L'arrivée de Gilles Gabriel/Alain Chabat est pour lui l'occasion de changer la donne, se rendre indispensable pour l'entreprise au risque d'être ridicule...

Pourtant, on ne sait pour quelle raison, la méthode fonctionne. Et c'est là, en partie, que l’œuvre de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine se permet un écart avec la plupart des comédies. Faire bénéficier à leurs personnages d'une aura absolument peu crédible dans un contexte professionnel moribond. La Personne aux deux Personnes est amusant, et même parfois très drôle, mais peut se révéler aussi de temps en temps déprimant. Voire dérangeant, Daniel Auteuil incarnant un individu absolument ringard, Alain Chabat demeurant en outre un chanteur lui aussi obsolète. C'est pourtant ce duo d'une autre époque, totalement largué qui va se battre pour conquérir le cœur d'une Marina Foïs dans la peau d'une supérieure hiérarchique revêche que l'actrice tient d'une manière très particulière. Je le répète, La Personne aux deux Personnes est une œuvre atypique. Bizarre, surprenante, drôle et cafardeuse, tout à fait dans l'esprit des travaux passés de ses auteurs. A voir !

samedi 16 mars 2019

Une Pure Affaire de Alexandre Coffre (2011) - ★★★★★☆☆☆☆☆



David et Christine Pelame sont mari et femme depuis plus de vingt ans. Ils ont deux enfants, et depuis maintenant une quinzaine d'années ils s'ennuient. Un soir, alors qu'il promène leur chien, David trouve un sac renfermant un sachet de cocaïne ainsi qu'un téléphone au répertoire rempli de noms. Christine a perdu son emploi mais n'a pas encore osé le dire à son mari. David quand à lui est un avocat à la stature si petite qu'il ne risque pas de faire de l'ombre à son principal concurrent Brice Teller qui bride un poste important au sein du cabinet dirigé par Philippe Dalambert.

Depuis quinze ans donc, les Pelame stagnent dans une existence qui ne leur apporte plus rien de bien réjouissant. C'est alors que David découvre que Christine est désormais sans emploi que l'idée de revendre à leur compte la drogue qu'il a trouvé lui vient à l'esprit. Révélant ses projets à Christine tout d'abord réticente, le couple se met à vendre des sachets de drogue que Christine prépare au préalable aux clients qui téléphonent à David sur le téléphone trouvé près du sac contenant la drogue.

L'argent commence alors à couler à flot pour les Pelame. Christine offre un cabriolet à David et eur fils est fier de présenter à son meilleur ami un tout nouveau skate. Ils améliorent leur quotidien jusqu'au jour où, alors que la famille fête l'anniversaire de Christine en présence de son père Michel, les ennuis commencent. S'invitant à leur table, un étranger réclame son dû. Celui qui se fait appeler "Patron" est en effet le propriétaire de la drogue et il a bien l'intention de récupérer sa part du gâteau...


Acteur dans une trentaine de productions, François Damiens est avant tout célèbre pour être l'auteur d'une série de caméras cachées pas toujours drôles mais son capital sympathie en fait un personnage attachant. Son interprétation, ainsi que celle qui l'accompagne comme épouse fictive (Pascale Arbillot), est juste sans toutefois marquer durablement les esprits. La faute sans doute à un scénario qui parfois abuse de situations peu crédibles. Il y a quelques bonnes petites idées qui au premier abord paraissent anodines, voire totalement inutiles comme celle du tentant de séduire l'épouse du héros sans y parvenir. On oublie cette scène assez vite mais elle nous revient de plein fouet, renforçant l'aspect comique de la scène durant laquelle David monnaie la survie de l'horripilant Brice Teller (Laurent Lafitte récemment vu aux côtés de Omar Sy dans le film De L'Autre Côté Du Périph'). On retrouve avec amusement Didier Flamand dans le rôle du beau-père Michel ainsi que Nicolas Marié dans celui de Philippe Dalambert.


Ce qui au départ paraît comme une histoire (pas si) anodine se transforme en un ouragan de situations dans lesquelles s’empêtrent nos dealers amateurs. Exemples studieux pour des enfants aisés, ils deviennent par la suite la risée de ces mêmes rejetons qui s'inspirent de leur méfaits criminels pour briser les carcans et s'adonner eux-mêmes à certains vices.

Léger (on ne cherche pas ici à approfondir la psychologie des personnages), peu réaliste (la manière un peu trop facile qu'ont David et Christine de se plonger dans un univers que l'on sait tout de même particulièrement délicat) et excitant (l'éventualité de voir la corde au cou, cet odieux personnage qu'est Laurent Lafitte!), Une Pure Affaire se regarde avec légèreté (grâce à des acteurs et actrices attachants) mais terminera sans doute son existence sur une étagère poussiéreuse, l'envie de le regarder une seconde fois risquant de se faire tardive.
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