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jeudi 31 juillet 2025

Prosper de Yohann Gloaguen (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

J'ai récemment affirmé que ma petite série d'articles consacrés à la Blaxploitation allait arriver à son terme mais ayant très récemment mis la main sur le premier Black Caesar ainsi que les trois volets originaux de la franchise Shaft, j'ai le regret de vous dire que vous allez continuer à en bouffer ! J'ai pourtant décidé de faire une petite pause en visionnant une comédie dont je n'attends absolument rien. Juste histoire de me détendre et de pondre, je l'espère, un article au mieux désopilant et au pire, tout sauf inspiré ! Pas de bol, j'ai choisi de regarder Prosper du réalisateur français Yohann Gloaguen. Un inconnu qui réalise ici son premier long-métrage après une série de courts et qui, (mal)heureux hasard, met en scène une majorité d'acteurs blacks ! Bon, en même temps, très chers ''culs blancs'', je vous ai habitué ces derniers temps à vivre des expériences qui sortent peut-être de votre zone de confort. Ici, pas de communautarisme cinéphilique ! Si vous voyez encore d'un mauvais œil la famille de sénégalais qui s'est installée près de chez vous il y a quelques semaines, je pourrais vous recommander une cure de Blaxploiation afin d'apaiser la fièvre ''xénophobique'' qui s'est emparée de vous. Mais à voir les héros qui s'y meuvent, entre proxénètes, trafiquants de drogue ou flics corrompus, pas sûr qu'une dose de ce genre cinématographique soit vraiment conseillée ! Alors, pourquoi ne pas se payer une bonne grosse tranche de rire devant une comédie française principalement incarnée par des femmes et des hommes de ''couleur'' (je mets le mot entre des parenthèse car j'ai dans mon entourage un pote sénégalais qui déteste qu'on dise de lui qu'il est noir!) ? En 1982, Zabou (pas encore Breitman) voyait des nains partout. En 2025, c'est au tour des spectateurs de voir l'acteur Jean-Pascal Zadi partout. Rien qu'en 2024, le bonhomme est apparu dans cinq longs-métrages et une série. Cette année, on a déjà pu voir sa tronche de caricature dans quatre films tandis que deux autres s'apprêtent à débarquer !


C'est donc ça la French Blaxploitation ? Reprenant certains des codes visibles dans la plupart des films du genre majoritairement produits dans les années soixante-dix outre-atlantique, il n'est plus question ici de mettre en scène des acteurs d'origine afro-américaine mais afro-européenne. Et pourquoi pas, afro-française ! Des interprètes qui rapidement et fièrement, clament leurs origines africaines. L'espace dévolu à l'homme blanc étant ici réduit à sa plus simple expression, il devient donc inévitable de nier le lien qui unit Prosper aux films de Blaxploitation nés sur le territoire américain. Dès l'affiche, curieux mélange entre la posture des protagonistes qui s'étalaient il y a cinquante ans sur les devantures des cinémas et ce style visuel particulièrement redondant qui font se ressembler toutes celles des comédies actuelles (poses des acteurs sur fond unis, chauds ou froids), il semble que Yohann Gloaguen se pose en héritier d'un courant très spécifique dont on pouvait cependant parfois découvrir une certaines résurgence au niveau mondial (Joe Bullet du réalisateur sud-africain Louis de Witt). Rendant ainsi hommage au genre et notamment à travers la Société des ambianceurs et des personnes élégantes plus connue sous l'acronyme SAPE. Un style vestimentaire qui remonte à la fin du dix-neuvième siècle lorsque les esclaves congolais décidèrent par contestation de s'habiller comme les colons qui les exploitaient. Il y a bien des manières d'envisager cette curieuse ''mode'' consistant à porter des vêtements pétant de couleurs, bariolés, de plus ou moins bon goût et dont les plus remarquables détenteurs de la Blaxploitation étaient souvent des proxénètes ou des dealers de drogue (tandis que l'homme blanc portait généralement des costumes-cravate). Plus qu'une œuvre purement axée sur l'humour, Prosper est un mélange entre comédie, thriller et fantastique.


Jean-Pascal Zadi incarne Prosper Koffi, chauffeur UBER qui un jour prend à bord de son véhicule Joachim Kassongo, dit le King (l'acteur Makita Samba). Le roi de la sape, propriétaire d'un bar-restaurant, compagnon d'Anissa (Cindy Bruna) et meilleur ami d'Alpha (Mamadou Minté). Mais un soir, alors qu'il quitte sa boîte, il est épinglé par un homme qu'il vient d'humilier devant ses clients. Se dirigeant vers le véhicule de Prosper, deux coups de feu retentissent et le King tombe raide mort sur le siège arrière. Apeuré, Prosper roule sur quelques kilomètres avant de se débarrasser du corps sans avoir omis de le délester d'une enveloppe remplie de billets et de sa paire de bottes en croco ! Rien que de très commun jusque là, me direz-vous. À la seule différence que les chaussures de la victime en question ont le pouvoir de transférer l'âme du défunt à la place de l'esprit de celui qui les porte ! Sur cette idée on ne peut plus originale, Prosper navigue sur un ton humoristique tandis que le réalisateur et ses interprètes tentent une approche beaucoup moins joviale lorsqu'il s'agit de confronter Prosper aux anciens amis du King ! En dehors de quelques sympathiques séquences, le film souffre d'une écriture sans inspiration. Le rire a du mal à surgir tandis que le suspens est désamorcé par la seule présence de Jean-Pascal Zadi qui avec son improbable dentition ne peut que faire sourire. Autre problème : le jeu d'acteurs. Qu'il s'agisse de l'acteur vedette ou de toutes celles et ceux qui l'accompagnent dans cette aventure, leur interprétation est souvent poussive. Que de blancs entre chaque phrase, entre chaque échange et même parfois à l'intérieur des phrases elles-mêmes. Pourquoi se donner la peine de rejouer une scène ? Le spectateur lambda n'y verra de toute manière que du feu. Jean-Pascal Zadi a beau avoir un certain capital sympathie, mon dieu ce que son jeu d'acteur peut être mou ! Après, on a vu pire. Autant dans la comédie française que dans les vieux films de Blaxploitation. Prosper,méritait-il cependant que l'on se déplace en salle au moment de sa sortie ? Non, certainement pas. Maintenant, si vraiment vous avez envie de découvrir cette pâle imitation d'un genre authentiquement culte provenant des années soixante-dix aux États-Unis, vous pouvez toujours louer le film sur l'une des nombreuses plateformes qui le proposent à la location...

 

mardi 28 janvier 2025

Le procès du chien de Lætitia Dosch (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Entre autres talent, de la réalisatrice, scénariste et dramaturge d'origine franco-suisse Lætitia Dosch l'on connaît surtout chez nous, le visage. C'est pourquoi l'on doit envisager son tout premier long-métrage interprété et réalisé par ses soins comme une curiosité. Voir si le talent est chez la jeune femme, inné. Ou s'il ne s'agit que d'un caprice de ''star'' qui en terme d'intérêt n'ira pas plus loin que les bousins signés ces dernières années par Michèle Laroque. Le procès du chien est semble-t-il à l'origine d'un fait divers authentique. C'est donc sur le postulat d'un sujet mettant au centre d'un procès un animal de compagnie qui après avoir mordu pour la troisième fois mais aussi et surtout pour avoir défiguré la compagne de son maître que Lætitia Dosch et la scénariste Anne-Sophie Bailly ont construit un récit relativement farfelu qui malgré des débuts hésitants (la première intervention de l'héroïne Avril Lucciani qu'interprète elle-même Lætitia Dosch semble nous dire que la jeune actrice est caricaturale, sinon, mauvaise) s'avère finalement être l'une des très bonnes surprises de la seconde moitié de l'année 2024. Une comédie cocasse principalement incarnée par Lætitia Dosch, donc, mais aussi par l'acteur, réalisateur et producteur franco-ivoirien Jean-Pascal Zadi. S'agissant du sujet, Cosmos, véritablement interprété par le chien Kodi, a au dessus de la tête une épée de Damoclès. En effet, il risque l'euthanasie et son propriétaire malvoyant Darius Michovski plusieurs milliers d'euros de dédommagement après que l'animal ait sévèrement mordu Lorene Furtado (Anabela Moreira) au visage. Parvenant de justesse à convaincre le juge chargé de l'affaire de traiter Cosmos non pas comme une chose, un objet, mais comme un être vivant, Avril va désormais tout entreprendre afin de faire acquitter son très spécial client et ainsi lui épargner la vie. Face à une avocate ambitieuse du nom de Roseline Bruckenheimer dont le carriérisme s'étend au delà des portes des tribunaux puisqu'elle a décidé de se lancer en politique, ce procès est pour elle un moyen d'obtenir les encouragements du public, elle qui prétend pourtant aimer les chiens va de son côté tout mettre en œuvre pour que Cosmos soit ''endormi''...


Le propriétaire de la bête est interprété par l'humoriste et acteur belge François Damiens. Personnalité iconique de l'univers des caméras cachées qui se positionne pourtant en personnage secondaire. Une fois installé aux côtés de l'avocate de la défense, ses interventions se feront relativement rares. À vrai dire, tout repose sur les épaules de Lætitia Dosch et de Jean-Pascal Zadi qui de son côté incarne le très attachant Marc. Un comportementaliste animalier qui va étudier Cosmos et ainsi apporter son expertise lors du procès. Afin de donner vie à cette comédie aussi fantaisiste qu'humaine, Lætitia Dosch ne se contente pas de donner au public ce qu'il attend mais aborde son sujet de la manière la plus honnête possible. Contraignant les personnages eux-mêmes à livrer une vérité qui parfois n'est pas celle que l'on aimerait entendre. Comme en témoigne justement la présence de Marc lors du procès. On pense à du tout cuit mais son professionnalisme l'emporte finalement sur l'amitié naissante entre Avril et lui. Parfois bancal, à l'interprétation pas toujours très précise, mais d'une générosité débordante, la vision de Lætitia Dosch de l'humanité fait chaud au cœur tout en donnant parfois des aigreurs à l'estomac. Et l'on passe très rapidement de la circonspection au plaisir de suivre ces aventures au ton parfaitement inattendu. Car plus le récit avance, et plus l'on est conquis par la fraîcheur de ses interprètes, l'absence de prétentions de ses auteurs et l'objectivité avec laquelle la réalisatrice et sa scénariste traitent le sujet, quitte à faire mal au cœur à celles et ceux qui espéraient une conclusion plus joyeuse. Bref, un joli moment de cinéma, relativement drôle (merci à Lætitia Dosch, Jean-Pascal Zadi et à Kodi qui tour à tour forment des tandems détonnants) et dont l'approche que l'on pourrait parfois considérer d’amateur participe de la magie qui s'en dégage. Bref, une œuvre humaniste, avec ses défauts mais aussi ses nombreuses qualités. On a hâte de découvrir les futurs travaux de Lætitia Dosch. L'actrice, mais également la réalisatrice et scénariste...

 

mardi 26 novembre 2024

Pourquoi tu souris ? de Christine Paillard et Chad Chenouga (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 2024, Pourquoi tu souris ? rejoint la grande tradition des comédies dramatiques sociales françaises comme le fut en son temps le magnifique Une époque formidable de et avec Gérard Jugnot en y ajoutant quelques thématiques actuellement très en vogue dans notre société et auprès des marchands de rêve. Ceux qui au cinéma y trouvent la matière lucrative à remplir les salles obscures tout y intégrant des valeurs morales qui ne sont pas toujours au goût de tout le monde. Il y a longtemps, l'immigré y était décrit comme le bouc émissaire des maux de notre société. Un individu plus ou moins bien intégré que l'on traitait comme un véritable salaud en lui faisant endosser le viol et le meurtre d'une jeune femme commis par un français que l'on nomme de ''souche'' (Dupont Lajoie d'Yves Boisset en 1975). Le racisme y était déjà employé avec force et a perduré à travers le temps. Aujourd'hui, l'immigré est remplacé par le migrant. Qu'il foule le sol de France pour s'y intégrer ou pour le piétiner n'a semble-t-il plus guère d'importance. L'élément primordial étant qu'on lui accorde une place parmi nous, qu'il ait prouvé sa valeur ou au contraire qu'il se soit montré indigne d'être ici, sur cette terre d'accueil parfois méprisée. En parallèle à ces exilés qui n'ont pas de toit pour se protéger mais dont des organisations non gouvernementales s'occupent contre de fortes rémunérations offertes par l’État, que fait-on de nos sans domiciles fixes ? Sur le ton de l'humour et de l'émotion, les français Christine Paillard et Chad Chenouga répondent à cette question à travers leur premier long-métrage en commun. Une comédie dramatique à tendance sociale qui décrit la rencontre entre Wisi (Jean-Pascal Zadi), fraîchement débarqué à Bordeaux pour participer en tant que figurant à un opéra consacré à Boris Godounov, Jérôme (Raphaël Quenard), un jeune homme très instable qui ne peut offrir une pierre tombale à sa mère tout récemment décédée et Marina (Emmanuelle Devos), employée d'une œuvre humanitaire généreuse et naïve. Le point commun entre Wisi et Jérôme ? Ils sont tous deux à la rue. Entre débrouille et roublardise, ils parviennent chacun à leur tour à se faire inviter chez Marina pour y dormir en échange de la promesse de tout entreprendre pour trouver du travail.


Si Jérôme s'invente une maladie qui l'empêche de travailler ou d'effectuer le moindre effort (l'ergophobie, qui peut faire sourire, semble réellement exister), Wisi va peut-être encore plus loin dans la fourberie en se faisant passer pour un migrant après avoir constaté de visu que les étrangers en situation irrégulière étaient mieux traités que nos sans domiciles fixes. Jérôme, c'est un peu le Guy de Viens chez moi, j'habite chez une copine de Patrice Leconte version 2024. Non pas qu'il cause par sa seule présence des dommages collatéraux au sein du couple de Marina puisque la jeune femme n'a de toute manière pas de compagnon, mais ce systématisme avec lequel il s'emploie à ne rien faire tout en invoquant une maladie liée à son hippocampe (une petite zone du cerveau jouant un rôle dans la mémoire) va avoir des conséquences sur l'intégrité professionnelle de cette formidable humanitaire. Et sur les ambitions de Wisi qui malgré son odieuse usurpation d'identité veut réellement s'en sortir. Ponctué de quelques séquences touchantes comme la présence de Jérôme au dessus du corps sans vie de sa mère ou à travers l'existence tragique d’Émilie (l'actrice franco-britannique Camille Rutherford) dont l'ex époux désormais installé en Australie a la garde exclusive de leur enfant, Pourquoi tu souris ? n'en demeure pas moins une comédie très amusante campée par de très talentueux interprètes et rythmée par des séquence parfois très drôles. L'on découvre des personnages très attachants et beaucoup plus dégourdis et intelligents qu'ils ne le paraissent au premier abord. L'on a également droit à quelques passages délicieusement absurdes. Comme lorsque Wisi fringué d'un costume volé dans un grand magasin de vêtements fuit sa première cliente alors que Jérôme l'a inscrit sur un site d'Escort Boy ou lorsque les deux hommes rencontrent Rita (Judith Magre), une vieille bourgeoise impotente et cynique vivant dans un luxueux hôtel particulier de Bordeaux. Bref, plutôt que de s'apitoyer sur les personnages qu'ils ont eux-même créé, Christine Paillard et Chad Chenouga offrent une comédie fraîche, drôle et parfois émouvante en ne la recouvrant jamais d'une chape de plomb moralisatrice...

 

jeudi 11 mai 2023

Fumer fait tousser de Quentin Dupieux (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Il doit quand même bien se gausser, l'ami Quentin Dupieux, chaque fois qu'il consulte les critiques cinéma qui se montrent dithyrambiques à chacune de ses sorties sur grand écran. N'empêche, il y a chez ce monsieur qui donne également dans la mélodie sous le pseudonyme Mr Oizo, quelque chose qui finit par devenir dérangeant. Voire, agaçant ! Cet étrange sentiment qui donne à penser qu'il se fiche un peu du public qui chaque fois se laisse tenter par son approche nonsensique du septième art. C'était déjà le cas en février 2022 lorsqu'il osait réaliser Incroyable mais vrai en employant une caméra volontairement défaillante (d'ailleurs, merci Quentin pour les atroces maux de tête à la sortie de la projection), gâchant ainsi en partie le potentiel de ce qui s'avérait sans doute être son œuvre la plus ambitieuse en terme d'écriture. Ce fut également confirmé avec Fumer fait tousser qui vit le jour dans les salles obscures neuf mois plus tard en novembre dernier. Accélérant le rythme au point de produire deux œuvres dans la même année (Daaaaaali !et Yannick connaîtront-il le même sort?), Quentin Dupieux signait donc avec son onzième film une œuvre dont les dernières pages du scénario semblent s'être envolées lors d'une forte rafale de vent. En effet, Fumer fait tousser débute sous les meilleurs augures avec cet hommage très appuyé aux séries Super sentai japonaises du style Bioman qui bercèrent nos jeunes années et qui dans le cas présent trouvent une alternative française qui ressemble à vrai dire autant aux séries mythiques des années 70/80 qu'aux parodies produites dans la foulée et notamment le Biouman des Inconnus. Une première phase se terminant dans un bain de sang jouissivement disproportionné ! À scénario improbable, casting improbable. Gilles Lellouche rejoint une équipe constituée de Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier (''blondifiée'' à cette occasion), Oulaya Amamra ou encore Jean-Pascal Zadi et son incroyable (mais authentique) ratelier. Des personnages justiciers/super-héros aux noms tout aussi invraisemblables, Benzène, Methanol, Nicotine, Mercure et Ammoniaque pour un récit qui subitement va bifurquer vers une retraite censée ressouder les membres du groupe. Débute alors une succession de sketchs contés devant un feu de camp comme des légions de longs-métrages outre-atlantiques nous l'ont déjà proposé à maintes reprises...
 
 
Si tout démarre de façon plutôt intéressante avec ce récit conté par Gilles Lellouche/Benzène lors duquel deux couples passent le week-end ensemble et découvrent un étrange masque qui va faire dérailler leur séjour, les choses se gâtent malheureusement en route. Comme si, je le répète, Quentin Dupieux avait égaré les dernières pages de son script et s'était contenté de meubler le reste de son dernier long-métrage à l'aide de '' bouts de ficelles'' scénaristiques assez peu convaincants. D'où ce sentiment compréhensible que l'auteur de Rubber, de Réalité ou de Wrong Cops prend les spectateurs pour des imbéciles. Surtout que comme cela est devenu une tendance chez lui, Fumer fait tousser se termine en queue de poisson. À vrai dire, il est surtout visiblement désormais possible que l'on puisse voir autre chose que le délire génial d'un cinéaste français hors-norme. Plutôt un bon gros foutage de gueule auquel l'on accorde sans doute un peu trop d'importance. Car même si Fumer fait tousser est bien dans l'esprit de ce que réalise Quentin Dupieux depuis ses débuts derrière la caméra, son cinéma devient en fait de plus en plus ennuyeux, finissant par ne plus surprendre autant qu'avant. Une certaine lassitude s'installe donc en plein milieu de la projection... au point que l'oeil sdu spectateur pourrait se fermer avant que le générique de fin n'intervienne. Et cela même alors que le film, comme à son habitude, ne dépasse pas les quatre-vingt minutes. Ce qui chez Quentin Dupieux reste tout de même un exploit. Que retiendrons-nous, alors, de ce dernier jet ? Sans doute une Anaïs Demoustier amoureuse d'un rat bavant une infecte bave verte ou un Gilles Lellouche vêtu, comme ses acolytes, d'un costume de super-héros tendance Super sentai. Mais certainement pas le pourtant génial Benoit Poelvoorde, ici, sous-employé (pour ne pas dire inutile)... Bof bof !

 

vendredi 12 août 2022

L'année du requin de Ludovic et Zoran Boukherma (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Je ne roule pas sur l'or (petit postier sans la moindre envergure) ni ne suis masochiste. Mais alors, qu'est-ce qui peut bien me pousser à franchir parfois la porte d'une salle obscure quand je sais que le film qui y sera projeté aura probablement plus de chances d'être un navet qu'un chef-d’œuvre ? Plaisir malsain de jeter l'argent par les fenêtres ou simple envie de pointer le majeur devant ceux qui dénigrent avant d'avoir vu ? Non mais sans déconner ! Jean-Pascal Zadi était demeuré jusque là un inconnu. Du moins, en ce qui me concerne. Et pourtant, ce curieux sosie d'un Eddie Murphy qui se serait fait arnaquer par un prothésiste dentaire du dimanche tourne ses propres longs-métrages depuis dix-sept ans. Né à Bondy, et donc pas très loin de la ville qui m'a vu naître, le bonhomme multiplie les casquettes de réalisateur, producteur, rappeur et donc, acteur. En 2020, il réalise le surestimé Tout simplement noir dont le titre et l'affiche donnent une image assez précise de son contenu. En 2022, il trône au beau milieu de celle du nouveau long-métrage des jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma. Auteurs en 2020 de la très sympathique comédie horrifique Teddy, les deux frangins reviennent donc cette année avec L'année du requin dans lequel apparaissent également, et SURTOUT, Marina Foïs et Kad Merad qui, fruit du hasard ou non, se croisèrent notamment à la fin du siècle dernier sur la ''regrettée'' chaîne Comédie. Si Teddy mettait au centre de l'intrigue un adolescent atteint de lycanthropie, les frères Boukherma semblent cette fois-ci être attirés par un autre mythe du cinéma fantastique et d'épouvante puisque comme paraissent l'indiquer le titre et le synopsis, un requin géant menace les vacanciers de La Pointe, un village du sud de l'hexagone. Si le film prend encore une fois la forme d'une comédie horrifique, les deux réalisateurs témoignèrent cependant de leur volonté de respecter certains codes propres aux genres horreur et épouvante avec, sans doute, en ligne de mire, la volonté de rendre hommage aux Dents de la mer d'un certain... Steven Spielberg...


Marina Foïs passe ici de la comédie et du drame au cinéma d'horreur et d'épouvante humoristique et ce, pour la seconde fois puisque l'année dernière on a pu la voir dans le très saignant et drôlatique Barbaque de et avec Fabrice Eboué ! Kad Merad, lui, accumule les interprétations (souvent trop) légères sur grand écran, dans une grande majorité de comédies qui ne le sont pas moins, souvent fidèle envers son ancien complice Olivier Barroux pour lequel il a jusqu'à maintenant accepté de tenir la vedette dans six de ses longs-métrages. Narré par Ludovic Torrent (au visage duquel on serait tenté de vouloir jeter un seau d'eau glacée tant son phrasé ''mou du genou'' épuise à la longue), le récit démarre par la mort d'un touriste qui au beau milieu de la mer est emporté sous les flots, laissant derrière lui une eau gorgée de sang. Avec ses références et son mélange des genres, forcément, L'année du requin intrigue. Mais déçoit également. On aimerait pourtant pouvoir se satisfaire de cette histoire toute bête d'un petit bled du sud de notre pays où s'entrechoquent meurtres sanglants perpétrés par un requin, une fliquette qui avant de prendre sa retraite veux mener son enquête jusqu'au bout, accents girondins et des seconds rôles plus ou moins intéressants. Le soleil de plomb ne semble pas avoir écrasé que les seuls personnages primaires et secondaires dont la diction a la lourdeur de celle du touriste qui s'exprime tout juste après avoir fait sa sieste. La mise en scène toute en apesanteur estivale imprime au récit un rythme de saison qui n'a pas davantage d'intérêt que la lente narration de Ludovic Torrent. On sent pourtant malgré tout pointer la volonté d'injecter un peu de cynisme à l'ensemble. Et sans doute de folie bizarre et décalée jusque dans l'accumulation de cadrages en plongée/contre-plongée dont l'efficience reste encore mal définie...


Au bout de trois quarts-d'heure environ, L'année du requin prend une tournure tout à fait inattendue. Voire surprenante. On passe de la comédie horrifique au drame. Une rupture de ton bienvenue où interviennent les réseaux sociaux, lesquels s'acharnent alors sur notre pauvre héroïne, incapable de prévoir et d'empêcher une nouvelle victime. La bande musicale d'Amaury Chabauty se fait plus pesante, plus douloureuse. Ludovic et Zoran Boukherma évoquent avec justesse l'implication des réseaux sociaux formant un tribunal populaire dans lequel tout le monde peut s'exprimer. Sans être glaçant, cet aspect renforce le côté dramatique d'un récit où à contrario, les deux jumeaux invoquent trop timidement cette vérole que l'on nomme Wokisme quand d'autres n'ont jamais peur de s'attaquer à cette bien-pensance qui semble désormais se généraliser sur notre territoire (Barbaque de Fabrice Eboué, donc, mais aussi le délicieusement trash Oranges sanguines de Jean-Christophe Meurisse). Le personnage qu'interprète Marina Foïs (celui de Maja, ais-je oublié de préciser) y quitte enfin sa forme amorphique et de cette chrysalide dont elle se libère naît une femme beaucoup plus fragile qu'il n'y paraissait jusque là. De la comédie vaguement horrifique dont les frères Boukherma avaient accouché, L'année du requin se mue quelque part en un drame jamais vraiment bouleversant mais parfois touchant. Le film repose presque exclusivement sur les épaules de Marina Foïs puisque la totalité des acteurs qui l'accompagnent, de Kad Merad et Jean-Pascal Zadi jusqu'aux seconds rôles, demeurent quasiment insignifiants. Quelques rares effets gore également, dont certains amuseront ceux qui dénicheront immédiatement la supercherie (le nez dans le sable). Ça n'est pas une surprise, mais Kad Merad a toujours autant de difficulté à jouer sur le thème du drame quant Marina Foïs y arrive quant à elle sans trop forcer. Bref, si L'année du requin demeure moins surprenant que le précédent long-métrage de Ludovic et Zoran Boukherma et s'il reste forcément moins impressionnant que celui de Steven Spielberg, vu le nombre de purges qui furent produites au hasard Outre-Atlantique sur le sujet les décennies suivantes, le cinéma français peut se vanter cette année de s'être doté de cette curiosité...

 

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