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jeudi 5 décembre 2024

Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte (2024) - ★★★★★★★★★☆

 


 

À l'origine du Comte de Monte-Cristo version 2024, le roman éponyme de l'écrivain français Alexandre Dumas. Selon les version, celui-ci oscille entre environ trois-cent pages et des milliers selon que l'on tient entre ses mains la version intégrale ou l'une des versions expurgées de cet imposant ouvrage littéraire. Adapté des dizaines de fois sur petit et grand écran ou sur les planches de théâtre, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte ont porté cette année au cinéma leur vision monstrueusement ambitieuse de l'une des œuvres les plus célèbres de l'auteur des Trois Mousquetaires en 1844 ou de La Reine Margot en 1845. Une œuvre si dense qu'il aura fallut aux réalisateurs et scénaristes s'imposer des coupes franches dans le récit. Des choix artistiques que les amateurs assidus de l’œuvre d'Alexandre Dumas repéreront sans mal mais que ceux qui n'en connaissaient jusqu'ici que le nom apprécieront à leur juste valeur. Centré sur une banale histoire de trahison puis de vengeance, Le Comte de Monte-Cristo permet à l'ancien ''adhérent'' de la Comédie Française Pierre Niney de briller à nouveau à l'image. À l'aise dans la comédie (Five d'Igor Gotesman), le drame (Sauver ou périr de Frédéric Tellier), le biopic (L'Odyssée de Jérôme Salle) ou dans le thriller (Boîte noire de Yann Gozlan), cette année 2024 l'aura vu incarner l'un des plus mythiques personnages de la littérature française en la personne d'Edmond Dantès. Jeune homme brillant et courageux qui après avoir sauvé une jeune et belle inconnue prénommée Angèle de la noyade alors qu'il se trouvait à bord d'un navire commandé par son Capitaine Danglars (Patrick Mille) malgré les ordres de ce dernier enjoignant le jeune homme de la laisser à l'eau. De retour sur terre au port de Marseille, l'armateur Morrel (Bruno Raffaelli) apprend l'acte héroïque d'Edmond ainsi que le comportement de Danglars et décide de renvoyer ce dernier et d'offrir son poste et le grade de Capitaine à Edmond. Alors qu'il a annoncé à son meilleur ami Fernand de Morcef (Bastien Bouillon) que sa cousine Mercédès (Anaïs Demoustier) et lui avaient l'intention de se marier, lors de la cérémonie, Edmond est arrêté par la police qui l'emmène auprès de Gérard de Villefort (Laurent Lafitte) qui invoque chez le jeune homme, des soupçons de bonapartisme. En effet, ce que ne sait pas Edmond, c'est que pour se venger, l'ancien capitaine Danglars a glissé dans la Bible d'Edmond une lettre écrite par Napoléon Bonaparte qui ne lui était cependant pas destinée. Jugé puis condamné pour acte de trahison, Edmond est alors jeté en prison dans l'une des cellules de la forteresse du Château d'If...


Devenus célèbres grâce à leur collaboration en 2012 pour Le prénom, Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte signent avec Le Comte de Monte-Cristo une œuvre forte, en trois actes dispersés sur cent quatre-vingt minutes environ. Une prouesse s'agissant de l'adaptation d'un roman dense décrivant la vengeance d'un homme ayant été trahit par son meilleur ami et envoyé en prison à cause du faux témoignage de son ancien capitaine et par intérêt personnel par un procureur du roi ! Avec Le Comte de Monte-Cristo, Pierre Niney offre une performance exceptionnelle en interprétant non seulement Edmond Dantès mais aussi ses diverses incarnations. Comme le Comte de Monte-Cristo, personnage forgé à partir de la rencontre entre le jeune homme et le touchant Abbé Faria (le formidable acteur italien Pierfrancisco Favino) qui lui indique pas moins que l'endroit où fut amassée la fortune des Templiers. Fuyant sa geôle mais perdant aussi un ami après plus de dix ans de détention, l'on retrouve un Edmond Dantès devenu riche mais ayant surtout changé d'identité pour mieux se rapprocher de ses ennemis et ainsi se venger du mal qu'ils lui ont fait. Le comte de Monte-Cristo est également l'occasion de faire la connaissance d'Haydée (Anamaria Vartolomei) et d'André de Villefort (Julien de Saint Jean) qui tout deux ont de bonnes raisons de vouloir épauler Edmond dans son projet. Pierre Niney est ici un véritable caméléon que l'on retrouve donc sous les traits de ces deux iconiques personnages que sont Edmond Dantès et le Comte de Monte-Cristo mais également sous ceux de l'abbé Busoni et d'un anglais, Lord Hallifax ! D'où un acteur contraint de porter régulièrement sur le visage des prothèses lui permettant de se cacher de ses ennemis Fernand de Morcef, Gérard de Villefort et de celui qui deviendra baron, Danglars ! Tourné en Seine-et-Marne et notamment à Meaux, mais également au Château d'If ou dans divers autres dont celui de Ferrières qui servira de demeure principale au héros, la reconstitution est remarquable de précision. Grâce aux décors de Stéphane Taillasson, aux costumes de Thierry Delettre, à la direction artistique de Patrick Schmitt ou à la photographie de Nicolas Bolduc nous voilà plongés dans une intrigue historico-romanesque passionnante. Une aventure palpitante sans temps-morts et parfois émotionnellement bouleversante, sublimée par de remarquables dialogues. Finesse et poésie se dégagent de certains échanges quand d'autres se montrent particulièrement cruels. Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte est l'un de ces instants magiques ou tout ce qui nous entoure se fige et disparaît. Un spectacle de tous les instants porté par une mise en scène et une interprétation (sans oublier la partition musicale de Jérôme Rebotier) qui insufflent au long-métrage une émotion permanente et palpable rarement tenue sur grand écran sur une aussi longue distance...


samedi 29 juin 2024

Daaaaali ! de Quentin Dupieux (2023) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

À ses détracteurs qui pourraient lui reprocher de se foutre un peu de son public, Quentin Dupieux leur répond avec Daaaaali ! de la plus originale des façons. De la seule manière que le réalisateur, scénariste et musicien puisse d'ailleurs l'envisager. Sur ce ton absurde dont il fait la matière première de son œuvre, qu'il écrive et tourne sous son propre nom ou qu'il compose sous celui de Mr Oizo. Égocentrique et individualiste, on peut se poser la question quant à savoir comment aurait perçu le maître du surréalisme espagnol Salvator Dali, l'avant-dernier long-métrage du cinéaste français qui à travers Daaaaali ! ne signe non pas un biopic mais un véritable hommage à cet artiste hors norme qui pouvait tout aussi bien agacer que fasciner. L'univers de Salvatore Dali qui de son vivant semblait ne tourner qu'autour de sa propre personne prend vie à travers cette œuvre courte et qu'aucun autre que Quentin Dupieux était sans doute en droit de mettre en scène. Parce que l'un et l'autre de ces deux artistes semblent compléter le travail de chacun. Le long-métrage du français faisant partie intégrante du ton qu'il a toujours donné à son art, celui-ci ne pouvait qu'être à l'origine d'un tel projet. Réalisé avec l'humilité de l'élève qui ne cherche pas à s'élever à la hauteur du maître tout en approchant de son art avec un infini respect, Daaaaali ! peut s'envisager sous l'angle d'une conversation entre le peintre et le cinéaste au sujet d'un projet fictif qui aurait vu le jour longtemps après leur entretien et donc évidemment, de manière posthume. De cet univers personnel où il est parti se réfugier par delà la mort, Salvatore Dali regarde sans doute ses contemporains d'un mauvais œil, lesquels façonnent un monde bien différent de celui qu'il avait rêvé, imaginé et qui envahissait tant et si bien ses pensées qu'il en fit l’œuvre de toute une vie. À travers Daaaaali !, Quentin Dupieux rend un respectueux hommage à l'artiste espagnol tout en se contentant d'en prélever le grain de folie qui le rendit en partie si célèbre de par le monde. Le français n'en n'oublie cependant pas d'y intégrer son propre univers fait d'absurdes phantasmes.


Comme cette pluie de chiens, la séance de tir aux pigeons ou plus encore l'incarnation du maître, démultiplié autant de fois qu'il semble à Quentin Dupieux que cela soit nécessaire. C'est là tout l'art de réunir des interprètes capables de s'oublier un instant pour se fondre dans la peau d'un homme qui lui, était bien incapable d'en faire autant. Passé le sujet, l'occasion est ensuite donnée de constater la valeur des uns et des autres qui parfois étonnent ou peuvent décevoir. Il demeure dans ce Dupieux, de bons Dali(s) et d'autres beaucoup moins convaincants. La raison pour laquelle, peut-être, ces derniers sont-ils d'ailleurs moins exposés devant la caméra que les premiers. Après être ironiquement entré en connexion cosmique avec Salvator Dali, Quentin Dupieux entend ''respecter'' les ''désirs'' de l'artiste, trop complexe pour qu'un seul acteur l'interprète à l'image. C'est donc la raison principale pour laquelle n'apparaissent à l'écran pas un, ni deux, ni trois mais SIX Dali(i). Des plus anodins, incarnés par un Gilles Lellouche et un Pio Marmaï difficilement convaincants et plus véritablement dans la peau d'imitateurs que d'incarnations ! En passant par Boris Gillot et Didier Flamand qui eux s'en sortent plutôt pas mal malgré leurs courtes apparitions, et jusqu'aux brillants Édouard Baer et Jonathan Cohen qui de leur côté portent véritablement le personnage et le film vers les cieux... Face à une Anaïs Demoustier dans le rôle de la journaliste/boulangère Judith, personnage à l'aune de l'actrice elle-même puisque l'une et l'autre sont incontestablement écrasées par la double performance d'Édouard Baer et de Jonathan Cohen, les deux acteurs font parfaitement illusion et donnent en partie son sens au projet. Faire revivre l'un des artistes les plus iconiques et les plus fascinants du surréalisme. En résulte une œuvre folle, touchante, maîtrisée et donc forcément trop courte. Chose que l'on ne reprocha pas systématiquement à Quentin Dupieux par le passé. Mais ici, nous n'aurions pas été contre une bonne portion de rab...

 

lundi 25 décembre 2023

Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Que peut-il y a voir de pire que d'être dans une salle de cinéma remplie d'adolescents très agités, incapables de se taire durant la projection d'un long-métrage ou passant leur temps à commenter, toutes lumières de leur smartphone déclenchées, les tout derniers articles postés sur les réseaux sociaux ? Être assis à côté d'un type dégageant une forte odeur d’ammoniaque pour avoir oublié le matin même de se laver sous les aisselles ? Qu'un infamant hasard ait justement choisi ce jour là pour vous imposer un siège dont le dossier ne cesse de retomber vers l'arrière ? Ou qu'une pantagruélique septuagénaire ait ce même jour, décidé de venir s'asseoir à côté de vous, les bras chargés de victuailles enfermées dans des sachets dont le bruit deviendra au fil de la projection, aussi invariablement crispant que d'entendre chez soit un voisin faire des trous dans le mur de sa chambre à coups de perceuse ? Ce jour où ma compagne et moi avons décidé de nous dégourdir les jambes jusqu'au CGR de Narbonne, je n'imaginais pas que la plus terrible des séances de cinéma allait m'être imposée. Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux venait tout juste de sortir sur les écrans et en bons amateurs du bonhomme, c'est donc frais et dispos que nous avons pris la voiture. Elle, derrière le volant. Moi, à la place du mort. Un peu moins de vingt minutes plus tard, nous arrivions devant la façade du CGR pour constater que comme depuis le début, le milieu et la fin de la pandémie, nous ne serions très certainement pas venus en masse découvrir le nouveau bébé de celui qui se cache également sous le pseudonyme Mr Oizo ! Un cinéma constitué de neuf salles et pourtant, l'écho de nos voix aurait pu se faire entendre de très loin tant l'immense salle d'accueil nous semblait vide. Une toute petite poignée de spectateurs accompagnés de leurs gamins, sans doute venus découvrir le dernier dessin animé à la mode. Quant à nous, c'est avec une joie à peine dissimulée que nous avons découvert une salle rien que pour nous. Un rêve s'accomplissait alors... pour très rapidement se transformer en cauchemar...


Pourquoi ? Tout simplement parce que Quentin Dupieux, allez savoir pourquoi, choisissait alors de tourner son dernier film à l'époque à l'aide d'une caméra vielle d'une quarantaine d'années dont le zoom était cassé ! Bien que ce ''minuscule'' détail n'ait pas affecté l'expérience de ma Douce, la mienne fut pire encore que de découvrir le premier Avatar de James Cameron en 3D dans une image tellement sombre que je m'étais contraint à suivre une bonne partie du récit les lunettes 3D posées entre mes jambes. Mais rien, là, en comparaison avec Incroyable mais vrai dont le titre ne m'avait jamais semblé aussi proche de ce que je vivais personnellement dans cette salle obscure où je ne pouvais même pas raccrocher mon désespoir à celle que je préférais laisser profiter du film. L'auto-focus défaillant de la caméra employée par le réalisateur et scénariste eut pour conséquence la recherche constante d'une mise au point passant du net au flou et du flou au net. Une véritable torture pour la rétine et le cerveau, incapables l'un comme l'autre de laisser faire naturellement les choses et contraints de revoir en permanence comment aborder ce qui se déroulait sous mes yeux. Un comble pour une œuvre qui d'après nous semblait faire partie des plus ambitieuses de leur auteur. À commencer par un casting trois étoiles principalement interprété par Anaïs Demoustier, Léa Drucker ainsi que Benoît Magimel et Alain Chabat. Seconde et antépénultième expérience pour la première, l'unique pour la seconde et le troisième tandis que le dernier, lui, en était déjà à sa troisième participation à une œuvre signée de Quentin Dupieux après Réalité en 2014, Au Poste ! (en voix-off) en 2018 et avant Daaaaaali ! qui devrait très prochainement les réunir ainsi qu'Anaïs Demoustier.


Advienne que pourra en vidéo et lors de ses futurs passages à la télévision mais si Incroyable mais vrai possède effectivement un cachet visuel qui lui est personnel, espérons que d'autres ne revivent pas ce que j'ai ressenti en salle. Concernant le long-métrage lui-même, nous sommes bien chez Quentin Dupieux et son sens de l'absurde. Et même s'il s'est avant cela déjà montré techniquement beaucoup plus ''aventureux'', il aura au moins eu dans le cas présent le mérite de faire une mise à jours avec le concept de voyage et de paradoxe temporels ! C'est pourtant dans un cadre réaliste que le cinéaste installe ses quatre principaux personnages. Le couple formé par Alain et Marie (Alain Chabat et Léa Drucker achètent tout naturellement une demeure de style plutôt moderne (le genre que conçoivent en général pour leurs propres besoins les architectes), laquelle cache un très étonnant secret qui va avoir de très lourdes conséquences sur leur couple. On regretterait presque que le projet ait été mis en scène par Quentin Dupieux dont l'approche minimaliste du septième art empêche le concept d'être traité à la hauteur de son mérite. Ce qui n'enlève évidemment rien aux charmes d'un film qui passe finalement mieux sur un petit écran que sur un (trop) grand. Le principal soucis visuel dû au problème d'auto-focus est ici quasiment réglé et l'inconfort passé laisse la place à une véritable gourmandise due tant au sujet du film que du jeu des interprètes. Léa Drucker/Marie rêve de retrouver l'éclat de sa jeunesse tandis qu'à ses côtés, Alain Chabat/Alain continue de vieillir. Incroyable mais vrai offre également au thème du Portrait de Dorian Gray un petit nettoyage de printemps bienvenu. Et c'est sans compter sur le couple que forment Anaïs Demoustier en cruche un brin nymphomane et Benoît Magimel en nouvel homme ''bio-ionique'' doté d'une verge électronique ayant malgré tout conservé certains travers comme le machisme ! Accompagné d'une bande musicale bucolique cette fois-ci signée d'Andreas E. Beurmann qui réinterprète des airs de Bach, ce qui apparaît comme une stricte fantaisie est en fait beaucoup plus profond. Et si d'apparence Quentin Dupieux semble avoir fait quelques compromis, penser cela serait une erreur. Simplement l'homme et l'artiste ont-il évolué...

 

jeudi 11 mai 2023

Fumer fait tousser de Quentin Dupieux (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Il doit quand même bien se gausser, l'ami Quentin Dupieux, chaque fois qu'il consulte les critiques cinéma qui se montrent dithyrambiques à chacune de ses sorties sur grand écran. N'empêche, il y a chez ce monsieur qui donne également dans la mélodie sous le pseudonyme Mr Oizo, quelque chose qui finit par devenir dérangeant. Voire, agaçant ! Cet étrange sentiment qui donne à penser qu'il se fiche un peu du public qui chaque fois se laisse tenter par son approche nonsensique du septième art. C'était déjà le cas en février 2022 lorsqu'il osait réaliser Incroyable mais vrai en employant une caméra volontairement défaillante (d'ailleurs, merci Quentin pour les atroces maux de tête à la sortie de la projection), gâchant ainsi en partie le potentiel de ce qui s'avérait sans doute être son œuvre la plus ambitieuse en terme d'écriture. Ce fut également confirmé avec Fumer fait tousser qui vit le jour dans les salles obscures neuf mois plus tard en novembre dernier. Accélérant le rythme au point de produire deux œuvres dans la même année (Daaaaaali !et Yannick connaîtront-il le même sort?), Quentin Dupieux signait donc avec son onzième film une œuvre dont les dernières pages du scénario semblent s'être envolées lors d'une forte rafale de vent. En effet, Fumer fait tousser débute sous les meilleurs augures avec cet hommage très appuyé aux séries Super sentai japonaises du style Bioman qui bercèrent nos jeunes années et qui dans le cas présent trouvent une alternative française qui ressemble à vrai dire autant aux séries mythiques des années 70/80 qu'aux parodies produites dans la foulée et notamment le Biouman des Inconnus. Une première phase se terminant dans un bain de sang jouissivement disproportionné ! À scénario improbable, casting improbable. Gilles Lellouche rejoint une équipe constituée de Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier (''blondifiée'' à cette occasion), Oulaya Amamra ou encore Jean-Pascal Zadi et son incroyable (mais authentique) ratelier. Des personnages justiciers/super-héros aux noms tout aussi invraisemblables, Benzène, Methanol, Nicotine, Mercure et Ammoniaque pour un récit qui subitement va bifurquer vers une retraite censée ressouder les membres du groupe. Débute alors une succession de sketchs contés devant un feu de camp comme des légions de longs-métrages outre-atlantiques nous l'ont déjà proposé à maintes reprises...
 
 
Si tout démarre de façon plutôt intéressante avec ce récit conté par Gilles Lellouche/Benzène lors duquel deux couples passent le week-end ensemble et découvrent un étrange masque qui va faire dérailler leur séjour, les choses se gâtent malheureusement en route. Comme si, je le répète, Quentin Dupieux avait égaré les dernières pages de son script et s'était contenté de meubler le reste de son dernier long-métrage à l'aide de '' bouts de ficelles'' scénaristiques assez peu convaincants. D'où ce sentiment compréhensible que l'auteur de Rubber, de Réalité ou de Wrong Cops prend les spectateurs pour des imbéciles. Surtout que comme cela est devenu une tendance chez lui, Fumer fait tousser se termine en queue de poisson. À vrai dire, il est surtout visiblement désormais possible que l'on puisse voir autre chose que le délire génial d'un cinéaste français hors-norme. Plutôt un bon gros foutage de gueule auquel l'on accorde sans doute un peu trop d'importance. Car même si Fumer fait tousser est bien dans l'esprit de ce que réalise Quentin Dupieux depuis ses débuts derrière la caméra, son cinéma devient en fait de plus en plus ennuyeux, finissant par ne plus surprendre autant qu'avant. Une certaine lassitude s'installe donc en plein milieu de la projection... au point que l'oeil sdu spectateur pourrait se fermer avant que le générique de fin n'intervienne. Et cela même alors que le film, comme à son habitude, ne dépasse pas les quatre-vingt minutes. Ce qui chez Quentin Dupieux reste tout de même un exploit. Que retiendrons-nous, alors, de ce dernier jet ? Sans doute une Anaïs Demoustier amoureuse d'un rat bavant une infecte bave verte ou un Gilles Lellouche vêtu, comme ses acolytes, d'un costume de super-héros tendance Super sentai. Mais certainement pas le pourtant génial Benoit Poelvoorde, ici, sous-employé (pour ne pas dire inutile)... Bof bof !

 

mercredi 5 décembre 2018

Au Poste de Quentin Dupieux (2018) - ★★★★★★★☆☆☆




L'air de rien, le réalisateur, scénariste et compositeur Quentin Dupieux continue son petit bonhomme de chemin. Sans déroger à la règle qu'il semble s'être imposé depuis ses débuts derrière la caméra au tout début du vingtième siècle avec Nonfilm, le cinéaste enchaîne des projets aussi ambitieux qu'iconoclastes, parfois fermement rejetés par une grosse partie du public (Steak, l'incompris), mais dont aucun n'a jamais laissé indifférent, que l'on adhère ou non à l'univers de celui qui se cache régulièrement sous le nom de Mr Oizo. Après un Réalité d'excellente facture sorti il y a trois ans, il était temps que Quentin Dupieux se remette au travail à la réalisation, ainsi qu'à l'écriture. Il aura donc fallut attendre trois longues années avant de pouvoir enfin toucher du doigt ou du moins contempler de nos mirettes l'étrange objet qu'est Au Poste. Pour cette nouvelle aventure au pays de Quentin Dupieux, le cinéaste convie l'acteur belge Benoît Poelvoorde, ainsi que les français Grégoire Ludig. Philippe Duquesne, Anaïs Demoustier, l'humoriste Marc Fraize ou encore le rappeur Orelsan. Quentin Dupieux compose une œuvre qui sous la forme d'une pièce en trois actes propose une exposition sans en présenter les principaux personnages (Au Poste s'ouvre effectivement sur l'interprétation d'une symphonie dirigée par un chef-d'orchestre quasiment nu que l'on ne verra plus par la suite) et se conclue par un dénouement totalement inattendu.

Le cœur de l'intrigue y étant foncièrement classique, c'est la forme que prennent les événements qui rendent le nouveau long-métrage aussi décalé que les précédents. Sans doute pas aussi dément qu'un Rubber dont le personnage principal est quand même un pneu serial killer investi de pouvoirs psychokinétiques, Au Poste peut se voir comme un Garde à Vue dézingué par la vision sous acide d'un cinéaste n'ayant aucune contrainte de la part de ses producteurs Matthieu et Thomas Verhaeghe, tous deux responsables de la société de production Atelier de Production qui devrait logiquement voir éclore l'année prochaine, le prochain long-métrage de Quentin Dupieux, Le Daim.


A la suite d'un préambule irrésistible dont on cherche encore le sens, le spectateur pénètre dans les locaux d'un commissariat, entre les quatre murs en béton d'une salle d'interrogatoire où officie le commissaire Buron, lequel est chargé d'enquêter sur le meurtre d'un homme retrouvé mort, le crâne défoncé à l'aide d'un fer à repasser. Face à lui, le principal suspect, Louis Fugain. Celui-là même qui n'est autre que l'homme qui a découvert le cadavre et téléphoné à la police. La soirée s'annonce longue pour les deux hommes qui s'engagent non pas dans un bras de fer aussi fort émotionnellement que celui qui opposa Lino Ventura et Michel Serrault dans le film de Claude Miller cité plus haut, mais dans un dialogue qui n'a d'égal que ceux des longs-métrages qu'a réalisé auparavant Quentin Dupieux. Absurde et parcouru d'éclairs de génie, Au Poste réalise la périlleuse mission de renouveler une comédie française embourbée dans un registre d'une pauvreté artistique inouïe à laquelle, pourtant, le public continue d'adhérer on ne sait par quel miracle. Ou plutôt si, on sait pour quelle raison : faute de mieux. Et ce mieux, c'est Quentin Dupieux qui nous invite à le découvrir. Un univers qui dérange, interroge, tandis que le public fait les gros yeux tout en souriant, totalement effaré par ce parangon du « non sens » maîtrisé, parcouru d'idées dont il faudra un jour questionner leur auteur sur leurs origines.


Pourquoi a-t-il fait du personnage interprété par Marc Fraize, un cyclope ? Pourquoi celui de Philippe Duquesne possède-t-il un handicap à la jambe gauche ? Pourquoi encore, ce voisin travesti passe-t-il son temps à épier ses voisins ? Des questions sans réponses, mais une approche qui depuis quelques années démontre la volonté de Quentin Dupieux de mettre la « différence » à l'honneur comme cela était déjà le cas avec le personnage incarné par Eric Judor dans le culte Wrong Cops. Le cinéaste inverse la logique des événements, mêle passé présent et pseudo-futur tout en y faisant déambuler des personnages qui ne se connaissent pas encore. Tout ça sur fond d'intrigue policière gangrenée par une logique policière qui n'appartient qu'au commissaire qu'incarne avec génie le toujours excellent Benoît Poelvoorde. Au Poste peut paraître totalement absurde (ce qu'il est, je le répète). Certains pourraient même l'envisager comme une escroquerie. Tout au moins parviendra-t-il à éveiller la conscience des insomniaques qui ont pris pour habitude de s'enfermer dans les salles obscures afin de s'y reposer le temps d'un film... Le dernier long-métrage est sans conteste un Objet Culte Non Identifié...

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