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mercredi 21 septembre 2016

Pialat/Depardieu : Police de Maurice Pialat (1985)



Alors qu'un réseau de drogue sévit entre Paris et Marseille, l'inspecteur Mangin est sur les nerfs. En questionnant un certain Claude Laouki, il apprend que les frères Slimane en sont les principaux responsables. Avec l'un de ses collègues, il se rend chez l'un d'entre eux, le jeune Simon, qui vit avec une certaine Noria. C'est à ce moment là qu'arrivent Lambert et Marie Vedret. Le premier est avocat et a l'habitude de travailler pour les frères Slimane. Mais il a beau tenter de faire libérer Simon, il n'y parvient pas. Quant à Marie, il s'agit d'une jeune commissaire en fin de stage avec laquelle Mangin va se comporter en véritable macho. Le flic va se comporter très violente envers Noria, mais également envers un individu suspecté d'être l'auteur de meurtres visant des personnes du troisième âge...

Police est la seconde collaboration entre le cinéaste Maurice Pialat et l'acteur Gérard Depardieu. Cinq ans après Loulou et deux avant Sous le Soleil de Satan, le réalisateur lui jette dans les bras pour l'occasion la jeune actrice Sophie Marceau qui jusqu'à maintenant n'a joué que dans les deux volets de La Boum de Claude Pinoteau, Fort Saganne d'Alain Corneau, et son premier Zulawski, L'Amour Braque. Depardieu y incarne un flic robuste, déterminé, un brin macho (voire misogyne), usant de violence quand il cela lui semble nécessaire, face à une Sophie Marceau complice d'un trafiquant de drogue, uniquement intéressée par l'argent. Une menteuse et une voleuse qui n'hésitera pas à voler son compagnon en dérobant le fruit du trafique de ses frères et lui. Contrairement à Loulou, Police semble avoir été interprété de manière beaucoup moins improvisée. Le climat fut orageux sur le tournage et les larmes de l'actrice lors de son interrogatoire face à un Mangin agressif furent réelles. Maurice Pialat exigeant d'elle une interprétation à l'opposé de ce qu'elle avait l'habitude de donner face à la caméra, le trouble de Sophie Marceau n'en fut qu'amplifié.

Aux côtés de Marceau et Depardieu, on retrouve le « duo » formé par Richard Anconina et Sandrine Bonnaire. L'un est l'avocat des voyous, l'autre une jeune prostituée qui a bien du mal à se débarrasser de son ancien maquereau. Maurice Pialat forme ainsi des couples pour le moins étonnant puisque Sophie Marceau et Gérard Depardieu eux-même s'acoquinent l'un et l'autre. Beaucoup plus « ludique » que la première collaboration entre le cinéaste et l'acteur, Police conserve malgré tout les éléments qui donnent au cinéma de Pialat un parfum de vérité. Et cela se voit durant les passionnants interrogatoires dont font l'objet les différents suspects. Avec Loulou, il s'agissait pour Pialat de faire interagir deux milieux sociaux bien différents, ceux d'une jeune femme aisée et d'un voyou. Une fois encore, le cinéaste crée une relation unique entre un flic et une jeune délinquante. Comme entre un avocat et une prostituée. Des mondes qui s'entrechoquent mais qui ne laissent jamais sur le bord de la route une certaine émotion.

Chacun livre à sa manière une très belle interprétation, au point que l'on est loin d'imaginer l'esprit dans lequel a été tourné le film, Anconina et Pialat s'étant régulièrement disputé durant le tournage, ce dernier mettant également à rude épreuve la participation de Sophie Marceau. Émouvante puisque déversant de réelles larmes lors de son interrogatoire, elle a cependant bien du mal à nous faire oublier le personnage de Nelly campé par Isabelle Huppert dans Loulou. Et si la comparaison s'arrête là, les deux œuvres n'ayant aucun rapport, le film aurait sans doute gagné en intensité si Maurice Pialat avait fait le choix d'y faire interpréter le rôle de Noria par Isabelle Huppert. Toujours est-il que Police est un excellent film...

samedi 17 septembre 2016

Pialat/Depardieu : Loulou de Maurice Pialat (1980)



Lorsque l'on pénètre pour la toute première fois l'univers de Maurice Pialat, deux options s'offrent à nous. Soit l'on est immédiatement conquis par l'apparente rigueur et l'hermétisme de son cinéma, soit l'on rejette totalement cet « anti-conformisme» qui semble ponctuer chacune de ses œuvres. Lorsqu'il engage l'acteur Gérard Depardieu sur le tournage de Loulou, ça n'est pas la première fois que Maurice Pialat pense à lui. Déjà, en 1974, le cinéaste l'avait pressenti pour jouer le rôle principal de La Gueule Ouverte, mais Gérard Depardieu est alors déjà pris par le tournage des Valseuses de Bertrand Blier. Aux côtés de l'acteur, la sublime Isabelle Huppert, qui deviendra au fil de sa longue carrière l'une des plus grandes actrices du cinéma français. Elle et Gérard Depardieu se retrouvent sur le plateau de Loulou six ans après s'être croisés sur celui des Valseuses justement. Ils forment en compagnie de l'acteur, chanteur et musicien Guy Marchand le trio idéal.

Loulou est une œuvre forte, sans fard, ne ponctuant jamais son récit de scènes réellement récréatives. Maurice Pialat réalise une œuvre de cinéma-vérité, basé sur la relation que vécurent le cinéaste et la scénariste Arlette Langmann, elle-même à l'origine du scénario. Comme cela semble évident lorsque l'on découvre ce long-métrage pour la première fois, le cinéaste laisse tourner sa caméra tout en laissant une grande liberté d'expression à ses acteurs qui improvisent alors sur le thème de l'amour. Un amour pas si facile à réaliser entre Loulou et Nelly. D'autant plus que la jeune femme, mariée à André, qui de plus travaille avec elle, rêve d'une vie différente, joyeuse, mais qui se révélera au fond beaucoup plus délicate et compliquée qu'elle ne l'avait prévu.

Loulou est également une œuvre sociale qui explore la différence entre les milieux sociaux. Celui dans lequel Nelly a toujours baigné jusqu'à maintenant, et celui, beaucoup plus aventureux de Louis (le Loulou du titre). Le rapport entre personnage campé par Gérard Depardieu et son passé d'ancien voyou n'étant sans doute pas dû au hasard, l'acteur semble remarquablement à l'aise dans la peau de Loulou. Un individu qui à travers le prisme de la caméra nous apparaît touchant tandis que dans la vie réelle, il nous serait sans doute apparu comme un être néfaste. Isabelle Huppert demeure d'une attitude étonnement calme au regard des différents ouragans qu'elle a à gérer. Entre sa nouvelle vie et l'ancienne, sa complicité lors d'un vol nocturne, sa présence lors d'un drame situé presque en toute fin de film, et un ex-mari qui a énormément de mal à gérer leur séparation, elle tempère les émotions de chacun.

Guy marchand quant à lui, est à des milliers de kilomètres de son image de séducteur ringard (Les Sous-doués en vacances ) ou de flic corrompu (Ripoux contre Ripoux). Il interprète avec une très grande justesse et une immense élégance l'époux trompé, quitté, bouleversé, mais jamais définitivement épris de vengeance. Du haut de leur talent, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Guy Marchand et Maurice Pialat ont fait de Loulou une œuvre bouleversante, tragique et belle à la fois. Un combat entre deux milieux sociaux incompatibles sur fond de romance. L’œuvre (et par extrapolation, la vie) est présentée ici sans ambages. Tout y est d'une vérité folle et d'une sincérité extraordinaire. Un long-métrage difficile dont l'expérience ne peut qu'être salvatrice...

mercredi 18 février 2015

Que La Bête Meure de Claude Chabrol (1969)



La Bretagne, 3 Janvier. Le petit Michel Thenier revient de la pèche lorsqu'il est renversé par une voiture roulant à vive allure. Le chauffeur ne s'arrête pas et continue sa route tandis que le corps de Michel gît sur le pavé. L'enfant meurt et son père, Charles, traumatisé par la mort de son fils, passe trois mois dans un hôpital psychiatrique. A l'issu de ce séjour, il retourne chez lui après avoir demandé à sa gouvernante Madame Lavenes de faire disparaître tout ce qui pourrait lui rappeler Michel.

Charles n'a désormais plus qu'un objectif : trouver celui ou celle qui a causé la mort de son fils. Durant cinq jours il retourne dans les environs du drame afin de recueillir un maximum d'éléments qui pourront l'aider à mettre la main sur l'identité du coupable. Il a en sa possession un petit carnet dans lequel il note tout ce qui lui passe par la tête. De la manière dont il va se venger, à celle qui va l'amener à l'assassin. Mais il a beau chercher, Charles ne parvient pas à mettre la main sur celui qui a tué Michel. L'écrivain ne peu désormis compter que sur le hasard. Et d'ailleurs, c'est le hasard qui le va le pousser vers celui qu'il cherche depuis des jours.

Sur une petite route de campagne, et alors que la pluie tombe à verse, Charles s'embourbe au milieu d'un chemin de terre. Heureusement pour lui, un homme passe par là et vient lui apporter son aide. Il apprend de cet homme qu'un véhicule s'est déjà retrouvé dans cette situation. Une mustang dont l'avant était abîmé. Conduite par un homme accompagné d'une jeune femme célèbre, la voiture s'était elle aussi embourbée, au même endroit. Le paysan se souvient très exactement de la date : le 3 Janvier, jour où le petit Michel a perdu la vie...

Que La Bête Meure est sans doute l'un des cinq meilleur films de Claude Chabrol. C'est encore une fois la bourgeoisie d'une petite province (cette fois-ci bretonne) qui sert de toile de fond à un drame éprouvant. Celui d'un homme dont le fils a été renversé par une voiture dont le propriétaire a pris la fuite. Facile alors de se mettre à la place du père et d'imaginer un scénario similaire au sien. Qui aurait envie d'oublier sans même penser à se venger ? Personne évidemment.

Mais comment permettre à cet homme qui part de rien de retrouver la piste du meurtrier sans tomber dans le grotesque ? C'est là le talent du grand Chabrol qui devance les a-priori du spectateur en leur proposant la seule issue finalement valable à la réussite du héros. Ce hasard qui parfois tombe à pique et qui ici permet à l'histoire de tenir la route et de relancer une intrigue qui tournerait sinon en rond.
Le personnage de Charles (campé par Michel Duchaussoy) n'est pas cet homme dur que l'on aurait pu imaginer. Il demeure de bout en bout d'un calme olympien, ce qui le différencie et crée un contraste saisissant avec celui de Paul Decourt (Jean Yanne) le coupable en question. Un homme que l'on déteste immédiatement. Un type dont la mort ne touchera personne, si ce n'est sa propre mère au tempérament similaire. L'intelligence du cinéaste est de faire évoluer le récit vers une voie inattendue. Le schéma classique de la vengeance est ici détruit jusqu'à la conclusion puisque cette haine dont Paul Decourt fait l'objet crée un nid de rancœur dont presque tous les personnages finissent par désirer sa mort.

Faisant référence à quelques écritures antiques célèbres, Que La Bête Meure a l'intelligence de ne pas se constituer comme une simple histoire de vengeance mais s'offre parfois des dialogues riches et une interprétation sensible et remarquable...
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