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vendredi 15 mars 2024

Dany Boon - De l'autre côté du lit (2008) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Après avoir évoqué le sympathique mais pas extraordinaire Le code a changé de Danièle Thompson, poursuivons le cycle consacré à Dany Boon avec De l'autre côté du lit de la réalisatrice, scénariste et actrice française Pascale Pouzadoux. Laquelle signera en outre deux ans plus tard en 2011, l'infâme comédie La croisière avec Charlotte de Turckheim, Antoine Duléry, Line Renaud et Marilou Berry... Si cela peut vous aider à vous faire une opinion sur ce que peut receler d'indigent De l'autre côté du lit......... Car sur une échelle des qualités, nous descendons encore d'un pallier en comparaison de Bienvenue chez les Ch'tis qui douze mois plus tôt attirera plus de vingt millions de spectateurs dans les salles rien que dans notre pays. L'un des rares intérêts du second long-métrage de Pascale Pouzadoux demeure dans cet étonnant et franchement improbable couple qu'elle bâtit ici autour de Dany Boon et de la toujours délicieuse et pétillante Sophie Marceau. Il est sans doute cruel de revenir sur cette séquence gênante dont Sophie Marceau fut victime à l'époque de La boum me semble-t-il et lors de laquelle un journaliste assez peu délicat l'avait jugée de très mauvaise actrice, mais lorsque l'on assiste à sa prestation dans la comédie de Pascale Pouzadoux, on pourrait presque copier/coller la remarque désobligeante du dit journaliste pour en faire le symbole de son incarnation du personnage d'Ariane Marsiac. Bien que sa beauté permette qu'on lui pardonne presque tout (j'entends une voix robotisée prononcer : ''Mode macho activated !''), l'actrice alors âgée de quarante-deux ans en fait des caisses, surjouant, caricaturant, bouffant littéralement son compagnon de fiction Dany Boon qui, le pauvre se contentera presque des restes. Le contraste est d'ailleurs relativement saisissant et peu crédible lorsque l'on sait que le personnage qu'il interprète, Hugo Marsiac, est le PDG d'une grande entreprise alors qu'une fois l'étrange contrat signé avec sa femme, on le découvre quelque peu apathique ! Adapté par la réalisatrice elle-même à partir du roman éponyme de la journaliste et romancière Alix Girod de l'Ain, De l'autre côté du lit est typique des légions de comédies qui jusqu'à aujourd'hui gangrènent le septième art.


Formatée pour plaire à un public peu exigeant, tout y est d'une ''propreté'' exaspérante. Même lorsqu'il s'agit d'aborder le sujet de l'adultère. Complètement ringard, le film est peuplé de symboles qui vont en ce sens. Pourquoi infliger notamment à Dany Boon/Hugo la conduite d'une petite voiture entièrement rose ou le faire débarquer à l'école de ses deux enfants en pyjama ? Comme si la pauvreté des dialogues pouvait être palliée par quelques subterfuges d'ordre décoratifs ou vestimentaires....... Pascale Pouzadoux en profite d'ailleurs pour faire un clin d’œil au première long-métrage réalisé deux ans auparavant par son principal interprète masculin. En effet, alors que le personnage qu'il incarnait auprès de Michèle Laroque dans La maison du bonheur en 2006 était confronté à deux artisans du bâtiments particulièrement incompétents (excellents Laurent Gamelon et Zinedine Soualem), Pascale Pouzadoux nous refait le coup mais de manière très poussive. Aux côtés de Sophie Marceau et de Dany Boon l'on retrouve quelques acteurs bien connus du cinéma français, tel Roland Giraud qui n'était plus apparu sur grand écran depuis 18 ans après de Coline Serreau (suite de 3 hommes et un couffin) en 2003. L'on comprendra qu'après l'odieux assassinat de sa fille Géraldine Giraud à l'âge de trente-six ans le 1er novembre 2004 il ait désiré se retirer un temps des plateaux de cinéma. Il interprète ici le bras-droit de Hugo, Adolphe Nicard. Quant à Antoine Duléry, il deviendra un interprète régulier de la réalisatrice dès l'année 2003 avec Toutes les filles sont folles. Ici, il incarne le rôle de Maurice Cantuis, le conseiller du couple. Dans ce récit où les personnages interprétés par Sophie Marceau et Dany Boon vont tenter de régler leurs problèmes de couple en inter-changeant leurs fonctions, nous retiendrons qu'agir en esprit survitaminé n'est pas forcément un atout et qu'être plus posé peut au contraire se révéler une aubaine. Dans cette comédie où s'affrontent une Sophie Marceau surexcitée et un Dany Boon parfois léthargique, c'est peut-être finalement ce dernier qui l'emporte. Quant à elle, Pascale Pouzadoux signe une œuvre divertissante mais pas forcément drôle et dont les répliques font rarement mouche. Un comble pour un film qui se veut être une comédie...

 

vendredi 15 avril 2022

L'étudiante de Claude Pinoteau (1988) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Entre comédies sentimentales et thrillers, le cœur de Claude Pinoteau tanguait. D'un côté, Le Silencieux ou La septième cible. Et de l'autre, La boum 1et 2 ou... L'étudiante. Rencontre entre Sophie Marceau, pas très loin de l'adolescente Vic Beretton, et Vincent Lindon, au sortir d'une autre histoire d'amour auprès de Sandrine Bonnaire dans Quelques jours avec moi de Claude Sautet. Un drôle de retour en arrière pour ces deux là, comme une régression vers des sentiments plus purs. Un besoin de revenir à cette forme d'insouciance qui donne des ailes mais corrompt déjà les esprits. La passion, Sophie Marceau l'a déjà envisagée sous des formes plus sombres. Comme chez Andrzej Żuławski dans L'amour braque en 1985 ou chez Francis Girod dans Descente aux enfers l'année suivante. Deux exemples d'expérimentations, deux terrains de jeux minés. L'étudiante, lui, ne trompe pas sur l'identité de son auteur. On s'y déchire peut-être moins violemment qu'ailleurs, mais au final, on y met en péril des enjeux d'avenir. Lui, compositeur et musicien dans un groupe. Elle, étudiante (celle du titre justement), dont le quotidien tourne autour de l'agrégation de lettres classiques qu'elle prépare. Rien ne prédisposait l'un et l'autre à se rencontrer. Un banal séjour aux sports d'hiver et Édouard Jansen craque. Avant que Valentine Ezquerra ne le rejoigne bientôt dans ce tourbillon d'émotions et de sentiments qu'il est le premier à ressentir...


L'ouverture habillée de son blanc manteau a les allures d'une comédie franchouillarde. Elle, planquée sous une épaisse doudoune et des lunettes de soleil. Lui, le regard timide, presque éberlué et les lèvres badigeonnées de baume rose. Tableau pathétique d'une attirance post-adolescente. C'est le coup de foudre! Ainsi, nos futurs amoureux vont passer le plus clair de leur temps à se chercher. Lui, d'abord, puis elle. À s'en rendre malade. À en oublier presque de dormir ou de vaquer à leurs occupations habituelles. Une histoire somme toute banale, qui parle à tout le monde, écrite ici par Danièle Thompson et par le réalisateur lui-même. On tombe évidemment sous le charme de Sophie Marceau, aux traits forcément plus mûrs que six et huit ans auparavant. Le caractère tanné par son polonais de compagnon n’effleure même pas cette jolie étudiante qu'elle interprète ici. Elle y pleurera cependant de cette même manière hoquetante et asthmatique. Claude Pinoteau s'offre les services du compositeur franco-roumain Vladimir Cosma qui, détail amusant, vole au personnage interprété par Vincent Lindon, le ''rôle'' qui aurait pu lancer sa carrière de compositeur pour le cinéma. Aux côtés de nos deux vedettes, une panoplie de seconds rôles appréciables. Parmi celles et ceux qui entourent Sophie Marceau, on retrouve Élisabeth Vitali et Christian Pereira tandis que du côté de Vincent Lindon, il faudra notamment compter sur Jean-Claude Leguay...


N'est pas chef-d’œuvre qui veut car si L'étudiante se laisse très facilement apprivoiser, le scénario n'est pas aussi séduisant que celui du Claude Sautet cité plus haut ou que celui du Christian Vincent de La discrète qui sortira deux ans plus tard. Classique, sans heurts, le principal atout du long-métrage est évidemment le duo que forment Sophie Marceau et Vincent Lindon. Un couple à l'écran presque inattendu mais qui, au final, fonctionne très bien même si de très loin, le second surpasse tant la première qu'elle disparaît presque lors de leurs échanges. Quelques petits apéritifs viennent divertir l'ensemble, comme ces quelques séquences de collocation ou ces répétitions musicales. Rien de transcendant. Même Vladimir Cosma ne semble pas toujours inspiré. Deux jolies mélodies noyée sous une couche de musique pop aussi grasse que le baume dont se tartinait les lèvres Vincent Lindon en début de métrage. Tout juste de quoi maintenir l'actrice dans le jeu de l'amour et de la passion avant que ne vienne nous percuter l'année suivante le troublant Mes nuits sont plus belles que vos jours d'Andrzej Żuławski...

 

mercredi 2 février 2022

La fidélité d'Andrzej Zulawski (2000) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

S'essayer à l'exercice ''Zulawskien'' est un acte périlleux lorsque l'on n'est pas coutumier du fait. Si la galaxie du réalisateur, scénariste et écrivain polonais a brillé de mille feux, elle a sans doute aussi plongé une certaine partie du public dans l'obscurité. Une œuvre toute entière vouée à la vie, l'amour, la passion, mais aussi, la mort, la maladie, l'absence. Ces mille feux qui illuminèrent son œuvre se sont nommés tour à tour Romy Schneider, Isabelle Adjani, Valérie Kaprisky, Marie-France Pisier mais aussi et surtout Sophie Marceau avec laquelle Andrzej Zulawski entretint une relation longue de dix-sept ans durant laquelle l'actrice donna naissance à un fils et à l'issue de laquelle le réalisateur éprouva le besoin d'écrire deux ouvrages relatifs à leur rupture. Des hommes, aussi, ont parcouru l'existence du polonais. Des acteurs. Parmi lesquels, bien sûr, Francis Huster, Lambert Wilson, Sam Neill, Fabio Testi et même, le chanteur Jacques Dutronc par deux fois. En 2000, Andrzej Zulawski revenait au cinéma quatre ans après le cauchemardesque Szamanka, œuvre franco-helvetico-polonaise interprétée par Bogusław Linda mais aussi et surtout par Iwona Petry, l'antithèse du glamour. L'amour et la mort incarnée dans un tourbillon d'images chocs et au final tétanisant qui, si le film ne demeure pas le meilleur de son auteur, marquait un cap définitif dans cette thématique trouble que Andrzej Zulawski n'a jamais cessé d'exploiter. Qui aurait prévu que quinze ans plus tard le réalisateur donnerait un dernier coup de manivelle à une carrière on ne peut plus homogène et qu'une année plus tard un cancer l'emporterait ?


Sophie Marceau, héroïne typique et sublime de l'univers ''Zulawskien'' qui pour la quatrième fois de sa carrière venait briser l'image idyllique de l'une des plus belles actrices française. Après L'amour Braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours et La note bleue. La relation entre l'actrice et le réalisateur est à l'image du choix qu'entreprend alors en 1984 Sophie Marceau qui contre l'avis de sa famille choisit de vivre avec Andrzej Zulawski malgré leur importante différence d'âge. Il y a certainement dans La fidélité, une part autobiographique dans la relation qu'entretient le personnage de Clélia qu'interprète l'actrice avec Clève qu'incarne quant à lui Pascal Greggory. On le sait, ou pas, Sophie Marceau trompa le réalisateur polonais comme semble être en mesure de le faire la jeune femme ici avec le photographe Nemo (Guillaume Canet). Andrzej Zulawski répare cette erreur ici mais ''s'accorde'' tout de même un funeste destin. Ou quand l'amour, suivi d'une infidélité charnelle ou plus simplement sentimentale peut mener à la mort. Les fans du cinéaste reconnaîtront son style si particulier. Des acteurs comme en transe, débitant des lignes de dialogue épileptiques, pièces d'un puzzle qu'il n'est pas toujours aisé à remettre dans l'ordre. Si Sophie Marceau reprend peu ou prou la suite des Mary, des Blanche ou des Solange, on reconnaîtra dans le personnage qu'interprète Pascal Greggory, les Lucas et Léon qu'incarna à chaque fois Francis Huster et dans La femme publique et dans L'amour braque...


La fidélité ne situe pas son action dans le monde du cinéma mais dans ceux de la presse à scandale et de la photographie. Guillaume Canet, en amant ''rêvé'' mais jamais vraiment exaucé dénote quelque peu dans ce conglomérat de seconds rôle déjantés et décadents dont fait ici notamment partie l'actrice française Édith Scob. L'acteur a beau encourager à sa manière la folie qui imprime parfois le long-métrage, il paraît forcer le trait... Un euphémisme si l'on tient compte du fait qu'en général, l'univers de Zulawski est bondé de personnages outranciers et que certains verront sans doute comme caricaturaux. La fidélité souffre d'un problème majeur que constitue sa trop longue durée. Plus de deux heures et quarante-cinq minutes pour exposer trois personnages au cœur d'une intrigue classique mais qui, mise entre les mains du polonais, frise forcément l'hystérie. Trop long et donc, souvent ennuyeux. D'autant plus que cet avant dernier long-métrage d'Andrzej Zulawski n'apporte rien de vraiment neuf en comparaison des quelques chefs-d’œuvre qu'il réalisa durant sa carrière. Cependant, le film n'en est pas moins dénué de séquences troublantes, voire même émouvantes. Pascal Greggory y est déchirant et la relation entre Clélia et sa mère qu'interprète l'actrice Magali Noël apparaît parfois aussi magnifiquement déprimante et mortifère que celle qu'entretinrent les personnages de L'amour Braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours et plus encore L'important c'est d'aimer. À réserver aux fans exclusifs du réalisateur polonais. Quant à ceux qui voudraient découvrir son univers, on leur conseillera de débuter en douceur en remontant le temps jusqu'en 1975, lorsque la sublime Romy Schneider prêta ses traits au personnage de Nadine Chevalier dans L'important c'est d'aimer...

 

lundi 13 septembre 2021

Descente aux enfers de Francis Girod (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Poursuite du cycle consacré aux thrillers français avec Descente aux enfers de Francis Girod, un long-métrage qui semble faire de l’œil ou bien vouloir faire un pied de nez au diptyque de Claude Pinoteau La boum 1 &2 puisque l'on retrouve dans les rôles principaux, ceux qui furent un père et sa fille en les personnes de Claude Brasseur et Sophie Marceau. Mais ici, les deux interprètes échappent au réconfortant univers de la comédie un brin romantique pour celui, beaucoup plus sombre, du drame et du thriller psychologique. Faire un bond direct de celles-ci pour atterrir dans cette étrange histoire située dans une Havane resplendissante, pétant de couleurs et écrasée par le soleil et un ciel sans nuages, c'est prendre le risque d'être choqué comme le fut sans doute une partie du public qui à l'époque rejeta le film de Francis Girod en n'y reconnaissant pas la Vic de La Boum et de sa séquelle. Encore dans le souvenir de l'avoir découverte dans le rôle de la fille de François Beretton, c'est ici, dans Descente aux enfers, comme si l'un avec l'autre, les deux se retrouvaient pour s'adonner à la pratique de l'inceste. Le récit s'articule autour d'Alan Kolber et de son épouse Lola. Lui est un écrivain alcoolique qui écume les bars et éprouve des difficultés à trouver l'inspiration pour son nouveau roman. Elle, est belle, mais froide. Leur relation est complexe. Ils s'aiment, cela se voit, mais leurs rapports sexuels sont distants. Comme l'évoque Alan, Lola est une très belle femme mais elle est celle qui parmi toutes celles qu'il a connues, fait le moins bien l'amour...


Un soir, alors qu'il est pour une énième fois dans un état d'ébriété déplorable, Alan marche seul dans une rue déserte lorsqu'il est agressé par un autochtone qui lui réclame de l'argent. Les deux hommes se battent lorsque l'écrivain se saisit d'un tesson de bouteille et égorge son agresseur. L'individu meurt de sa blessure tandis qu'Alan retourne se réfugier dans sa chambre d'hôtel où Lola prend les mesures pour faire disparaître ses vêtements tâchés du sang de sa victime. Malheureusement pour lui, un homme du nom de Theophile Bijou (l'acteur Sidiki Bakaba) originaire du quartier où a eu lieu le dram a assisté à toute la scène et décide en compagnie de sa petite amie Lucette Beulemans (l'actrice Marie Dubois) de le faire chanter... Sophie Marceau, qui est déjà passée par la case Andrzej Zulawski avec son démentiel L'amour Braque interprète ici un rôle éminemment plus posé. Presque effacé même puisque Francis Girod semble surtout l'employer pour sa superbe plastique plus que pour son jeu d'actrice. Le scénario que le réalisateur écrivit en compagnie de Jean-Loup Labadie sur la base du roman The Wounded and the Slain de l'écrivain David Goodis explore surtout le personnage d'Alan qu'interprète fort bien Claude Brasseur. Chancelant, le visage moite, le regard perdu, on ne saura malheureusement pas les raisons de son alcoolisme. À moins qu'un certain acheminement ne se fasse dans l'esprit du spectateur puisque l'on peut dresser plusieurs hypothèses à ce sujet sans pour autant en avoir la confirmation...


Parcouru de flash-back lors desquels Lola/Sophie Marceau est poursuivie par un individu dans les couloirs vides de monde du métro parisien, on ne mettra pas longtemps avant de deviner la conclusion de cette séquence qui entrecoupe le récit principal. La havane est magnifique, avec ses murs peints de mille couleurs, sa faune, et sa musique jamais vraiment typique signée du célèbre compositeur français Georges Delerue. Une œuvre qui bat le froid et le chaud, entre des décors paradisiaques et un thème parfois déchirant dont le titre Descente aux enfers est peut-être un chouilla exagéré si on compare le long-métrage de Francis Girod à certaines œuvres véritablement cauchemardesques. Le film possède quelques courts plans d'une richesse visuelle sobre mais significative qui promettent des lendemains optimistes mais qui ne se confirment malheureusement pas sur la durée. On pense notamment à ce très furtif instant lors duquel Lola se caresse dans son lit, yeux ouverts, le visage triste et barré d'un halo de lumière avant que ne surviennent les premières images de ce souvenir qui la hante. La passion et l'amour résistent ici aux tentations destructrices et Lola et Alan en sont les plus magnifiques représentations. Une œuvre très noire, désespérée jusque dans cet acte d'amour ultime et bouleversant. À noter la présence de Gérard Rinaldi, loin de ses amis Charlots, dans le rôle d'Elvis, directeur d'hôtel superficiel et méprisant envers ses employés...

 

mercredi 21 septembre 2016

Pialat/Depardieu : Police de Maurice Pialat (1985)



Alors qu'un réseau de drogue sévit entre Paris et Marseille, l'inspecteur Mangin est sur les nerfs. En questionnant un certain Claude Laouki, il apprend que les frères Slimane en sont les principaux responsables. Avec l'un de ses collègues, il se rend chez l'un d'entre eux, le jeune Simon, qui vit avec une certaine Noria. C'est à ce moment là qu'arrivent Lambert et Marie Vedret. Le premier est avocat et a l'habitude de travailler pour les frères Slimane. Mais il a beau tenter de faire libérer Simon, il n'y parvient pas. Quant à Marie, il s'agit d'une jeune commissaire en fin de stage avec laquelle Mangin va se comporter en véritable macho. Le flic va se comporter très violente envers Noria, mais également envers un individu suspecté d'être l'auteur de meurtres visant des personnes du troisième âge...

Police est la seconde collaboration entre le cinéaste Maurice Pialat et l'acteur Gérard Depardieu. Cinq ans après Loulou et deux avant Sous le Soleil de Satan, le réalisateur lui jette dans les bras pour l'occasion la jeune actrice Sophie Marceau qui jusqu'à maintenant n'a joué que dans les deux volets de La Boum de Claude Pinoteau, Fort Saganne d'Alain Corneau, et son premier Zulawski, L'Amour Braque. Depardieu y incarne un flic robuste, déterminé, un brin macho (voire misogyne), usant de violence quand il cela lui semble nécessaire, face à une Sophie Marceau complice d'un trafiquant de drogue, uniquement intéressée par l'argent. Une menteuse et une voleuse qui n'hésitera pas à voler son compagnon en dérobant le fruit du trafique de ses frères et lui. Contrairement à Loulou, Police semble avoir été interprété de manière beaucoup moins improvisée. Le climat fut orageux sur le tournage et les larmes de l'actrice lors de son interrogatoire face à un Mangin agressif furent réelles. Maurice Pialat exigeant d'elle une interprétation à l'opposé de ce qu'elle avait l'habitude de donner face à la caméra, le trouble de Sophie Marceau n'en fut qu'amplifié.

Aux côtés de Marceau et Depardieu, on retrouve le « duo » formé par Richard Anconina et Sandrine Bonnaire. L'un est l'avocat des voyous, l'autre une jeune prostituée qui a bien du mal à se débarrasser de son ancien maquereau. Maurice Pialat forme ainsi des couples pour le moins étonnant puisque Sophie Marceau et Gérard Depardieu eux-même s'acoquinent l'un et l'autre. Beaucoup plus « ludique » que la première collaboration entre le cinéaste et l'acteur, Police conserve malgré tout les éléments qui donnent au cinéma de Pialat un parfum de vérité. Et cela se voit durant les passionnants interrogatoires dont font l'objet les différents suspects. Avec Loulou, il s'agissait pour Pialat de faire interagir deux milieux sociaux bien différents, ceux d'une jeune femme aisée et d'un voyou. Une fois encore, le cinéaste crée une relation unique entre un flic et une jeune délinquante. Comme entre un avocat et une prostituée. Des mondes qui s'entrechoquent mais qui ne laissent jamais sur le bord de la route une certaine émotion.

Chacun livre à sa manière une très belle interprétation, au point que l'on est loin d'imaginer l'esprit dans lequel a été tourné le film, Anconina et Pialat s'étant régulièrement disputé durant le tournage, ce dernier mettant également à rude épreuve la participation de Sophie Marceau. Émouvante puisque déversant de réelles larmes lors de son interrogatoire, elle a cependant bien du mal à nous faire oublier le personnage de Nelly campé par Isabelle Huppert dans Loulou. Et si la comparaison s'arrête là, les deux œuvres n'ayant aucun rapport, le film aurait sans doute gagné en intensité si Maurice Pialat avait fait le choix d'y faire interpréter le rôle de Noria par Isabelle Huppert. Toujours est-il que Police est un excellent film...

mercredi 21 novembre 2012

Mes Nuit Sont Plus Belles Que Vos Jours de Andrzej Zulawski (1989)



Lucas est ingénieur. Il a inventé un nouveau langage informatique qui lui ouvre les portes de la célébrité mais il apprend en même temps lors d'un examen cérébral que ses jours sont comptés. Il est atteint d'un mal étrange qui lui fait perdre la notion des mots. Alors il ressasse sans cesse, de peur que ces derniers ne lui échappent. Attablé à la terrasse d'un café, il fait la connaissance de Blanche. Cette jeune femme fait la couverture des magazines. Elle, est déjà célèbre. En effet, Blanche à la troublante particularité de lire dans l'esprit des gens. Elle doit prochainement se rendre à Biarritz pour une représentation qui doit la consacrer. Elle est accompagnée pour cela de François, un hypnotiseur. C'est grâce à lui qu'elle parvient à un état de transe lui permettant d'explorer l'âme de son prochain. Mais pour l'instant, Blanche et Lucas en sont encore à faire connaissance. C'est devant une dispute violente dont sont les acteurs un homme et une femme qu'ils démarrent une bien curieuse conversation. Lucas montre les premiers signes de la maladie. Blanche, elle, a l'air d'une jeune femme bien malheureuse. Chacun a vécu un drame durant son enfance, et c'est peut-être pour cela qu'il se sentent déjà si proches. Lucas invite la jeune femme à dîner mais ses propos incohérents contrarient Blanche qui fuit l'ingénieur et part retrouver François dans la chambre d’hôtel qu'il partage avec un amant. 

Le lendemain matin, Michel l'associé de Lucas trouve l'ingénieur assis au beau milieu d''une rue jouxtant le bar où Blanche et lui se sont rencontrés. Puis c'est au tour de celle-ci de retrouver Lucas, toujours assis sur le pavé. Elle lui annonce qu'elle s'en va pour Biarritz. Un fois de retour chez lui, et contre l'avis de Michel qui lui conseille d'aller voir son médecin, Lucas prend la décision de partir rejoindre Blanche...

Quatre ans après L'Amour Braque, Andrzej Zulawski nous conte une nouvelle fois la rencontre entre deux être fragiles que tout sépare. A part peut-être le drame qu'ils ont vécu chacun de leur côté durant leur plus tendre enfance et qui semble être le point de départ du mal qui les ronge. Le cinéaste complexifie ici le langage de ses personnages. Épileptiques dans L'Amour Braque, il s'auréolent d'une étrange poésie dans Mes Nuits Sont Plus Belles Que Vos Jours. Il est parfois, et même très souvent, difficile de saisir le sens des phrases et leur réelle signification. De fait, on se retrouve dans le même brouillard que Lucas (interprété par Jacques Dutronc), à tenter de mettre de l'ordre dans les labyrinthiques dialogues de Andrzej Zulawski qui adapte ici le roman éponyme de Raphaëlle Billetdoux.

Sophie Marceau accepte ici d’interpréter le rôle de Blanche. C'est la seconde fois qu'elle joue pour Andrzej Zulawski, alors son compagnon dans la vie. Légèrement en deçà de son éblouissante interprétation de Marie dans L'Amour Braque, elle est cette jeune femme flouée par le souvenir douloureux d'un père qui maltraitait sa mère devant ses yeux de gamine effrayée. C'est d'ailleurs ces terribles images qui nous ne nous sont pas épargnées qui servent d'amorce à l'incroyable talent dont elle est pourvue. Zulawski, qui a l'habitude de prendre le taureau par les cornes, aménage à ce propos des séances d'hypnose en public particulièrement humiliantes pour ceux qui se prêtent au jeu. S'il tente toujours avec plus ou moins de bonheur d'extraire ce qu'il y a de meilleur dans le vécu de ses personnages, il aime aussi à les triturer dans tous les sens, insistant sur ce que leur existence à de plus sombre.

Mes Nuits Sont Plus Belles Que Vos Jours arbore les atours d'un film sur l'amour suprême. Peut-être le plus beau puisque spontané, invincible quoique éphémère. Il est vécu dans l'urgence. Lucas n'a pas le temps, de prendre son temps. Marie non plus, même si son cas demeure beaucoup moins passionnant pour le spectateur. Il y a aussi, au delà de l'aspect charnel et philosophique de leur relation, des entractes dignes de ce qu'étaient capables de nous servir fut un temps certains cinéastes américains (Terry Gilliam en tête). Des personnages pittoresques comme ce nain et ce lapin, sortis tout droit d'un film de David Lynch. Ou bien encore ce réceptionniste (François Chaumette) qui échange à loisirs de bon mots avec Lucas.
Mes Nuits Sont Plus Belles Que Vos Jours n'est peut-être pas la plus belle ni la plus réussie des œuvres d'Andrzej Zulawski, mais elle a le mérite d'exister et prouve s'il était besoin que ce cinéaste décidément anticonformiste reste fidèle à la vision toute personnelle qu'il a de l'amour. On notera la performance de Jacques Dutronc qui n'aura jamais plus qu'ici semblé aussi fragile.

dimanche 11 novembre 2012

L'Amour Braque de Andreï Zulawski (1985)

Mickey et sa troupe de gangsters déjantés braquent une banque avant de filer tout droit vers une gare où les attend un train pour Paris. Là, le jeune homme hystérique fait la connaissance d'un jeune immigré perdu et prénommé Léon. Les deux hommes sympathisent et partent ensemble retrouver Marie, une jolie prostituée que Mickey rêve de prendre pour femme. Entourée d'une bande de vieux bourgeois, Marie est libérée de son entrave par Mickey qui lui offre le fruit du hold-up. Pour Léon, c'est le choc. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de Marie qui ne reste pas, elle-même indifférente au jeune homme.
Les trois nouveaux amis s'échappent et filent tout droit retrouver la bande et le père de Mickey dans une boite de nuit afin de fêter les fiançailles de ce dernier et de Marie. Mais alors que la fête bat son plein, des hommes armés débarquent et font feu sur la bande. Le père de Mickey est touché et meurt.

Par la suite, Marie, Léon et Mickey se perdent de vue. La jeune femme est vite rattrapée par ceux dont elle avait été libérée, Mickey part à sa recherche, et Léon quand à lui, part s'installer dans l'appartement de sa cousine Aglaë.

Andrzej Zulawski offre avec L'Amour Braque, l'un de ses plus beaux rôle à Sophie Marceau. L'un de ses plus complexe également car interpréter une prostituée anéantie par la mort de sa mère, et qui calque désormais son existence à celle de sa chère maman brûlée vive par un quatuor de frangins dérangés n'est pas des plus évident. Pas des plus reposant non plus car sous la houlette de Zulawski, l'actrice mène son personnage sur un train d'enfer. L'Amour Braque est un défouloir où romantisme et guerre des gangs se mêlent dans un vertigineux tourbillon de violence agencé de manière chaotique. Un aspect qui s'exprime dans le geste et la parole. Il faut souvent tendre l'oreille pour saisir le sens de chaque phrase prononcée.

L'hystérie collective semble s'être abattue sur des interprètes recouverts d'une chape de plomb, les mettant ainsi à l'abri de la moindre émotion. Les rires succèdent aux pleurs, les personnages se voilant la face derrière un masque de clown triste. Andrzej Zulawski aime comme toujours filmer la Citée vidée de ses habitants, abandonnée aux mains de ses plus violents représentants. A vive allure, il présente des rues silencieuses où sont plantées des structures modernes, froides et impersonnelles. Il n'y a guère que dans les quartiers chauds de la capitale que l'on peut encore espérer voir fleurir un semblant d'humanité mais c'est encore là que le danger est le plus présent.
Il y a aussi cette campagne, refuge de Marie et Léon, et qui représente le seul endroit où il peuvent espérer échapper à leur destin mais ce dernier les rattrape très vite.

Librement inspiré par L'Idiot de Dostoïevski

Comme dans une grande majorité de ses œuvres, le film de Zulawski est emprunt d'un pessimisme extrême qui baigne ses personnages dans un melting-pot de souffrance, d'espoir, de résurrection, d'amour, de vie et de mort. Il règne ici une impression de mal-être ponctué de notes d'humour et d'érotisme maladif. Sophie Marceau (que certains s'amusent à conspuer, revenant sans cesse sur son jeu irritant) fait des merveilles et fait le grand pas vers un cinéma beaucoup plus mature que par le passé. Tchéky Karyo est magistral dans le rôle de Mickey, ce gangster au cœur tendre qui cherche l'amour auprès d'une Marie qui tombe sous le charme du jeune immigré Léon. Un Léon interprété par Francis Huster qui fait l'impasse sur son physique de jeune premier et qui n'hésite pas un seul instant à se mettre à nu pour interpréter son personnage. L'Amour Braque demeure, dans la filmographie de Andrzej Zulawski, l'un de ses trois ou quatre meilleures œuvres...


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