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samedi 15 août 2026

Cocorico 2 de Julien Hervé (2026) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est long, très long, tellement long... Et surtout, c'est pénible, vraiment pénible, tellement pénible que l'on pourrait croire que cette purge, cette infamie, ce cancer que l'on dit être une comédie aurait tout aussi bien pu être l’œuvre d'une Michèle Laroque ou d'un David Charhon. Imaginons d'ailleurs durant un court instant que ces deux là décident un jour de mettre en scène ensemble un prochain film en commun, hum ? Ouais, je sais, rien que d'y penser, ça donne le tournis. Mais en attendant, le scénariste et réalisateur français Julien Hervé n'a eu besoin de personne pour signer le nouveau grand navet de cette décennie et des années 2000-2020 en totale perdition sur le territoire hexagonal. Des pseudo-comédies qui semblent surtout faire l'étalage d'un pognon monstre dont les propriétaires paraissent se ficher du devenir puisque tout comme pour le film dont il s'agit ici de faire la critique sans s'énerver, il est des œuvres ayant coûté des millions dont la valeur artistique reste encore à évaluer ! Déjà, pourquoi réaliser la suite d'un film relativement mauvais ? Sans doute parce que Cocorico est rentré dans ses frais en rapportant un peu moins de quinze millions d'euros pour un budget de dix. Rien de mirobolant et pourtant, les sociétés de production SND et White and Yellow Films ont décidé de faire à nouveau confiance à Julien Hervé qui pour la seconde fois s'est chargé lui-même de l'écriture et de la réalisation de sa nouvelle comédie. On prend les mêmes et on recommence. Mais alors que Cocorico était encore ''regardable'' malgré un concept sympathique très mal exploité, sa suite parvient à être encore moins bonne que l'original. Une pâle copie d'une mauvaise comédie, au mieux, ça peut donner une franchouillardise acceptable. Mais là, même pas. Au point qu'il nous semble régulièrement être pris pour des légumes ingérant le même plat à chaque repas. De la direction artistique de Simon Blanjoie aux décors de Laure Lepelley-Monbillard en passant par l'indigente musique de Matei Bratescot qui revient pour la seconde fois nous assommer avec des compositions qui puent l'Intelligence Artificielle même s'il y a bien un compositeur derrière elle, Cocorico 2 a de grandes chances en fin d'année de finir au sommet des flops 10 catégorie ''Comédies Françaises'' !


Évidemment, on n'attend plus rien de Didier Bourdon et de Christian Clavier qui font une fois encore là où on leur demande. Cachetonnant dans des comédie faisandées depuis maintenant une bonne dizaine d'années. Poussant malgré tout des spectateurs assez stupides pour leur accorder encore et encore leur confiance à aller dépenser une dizaine d'euros chaque fois qu'ils passent au cinéma. Si Cocorico 2 est consternant, ça n'est pas simplement parce qu'il nous présente deux vieillissantes vedettes du cinéma français dans les inconfortables rôles de septuagénaires incapables de remettre en question leur ostracisme culturel, social et racial ni même parce que Julien Hervé pille le fond de commerce de Philippe de Chauveron (réalisateur de la trilogie Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu et de à bras ouverts) et encore moins parce qu'il semble espérer que les spectateurs sont assez stupides pour se laisser avoir une seconde fois (la suite n'attirera d'ailleurs qu'environ six-cent soixante milles d'entre eux, soit, un million et trois-cent mille de moins que pour le premier volet) mais bien parce que c'est mauvais ! Face à Didier Bourdon dont la qualité de comédien s'est depuis très longtemps faite la malle, Christian Clavier semble avoir définitivement abandonné l'idée de jouer pour laisser la place à son ''double'' Jacques-Henri Jacquart de la saga Les visiteurs. Nos deux interprètes ont donc abandonné toute ambition. Tout comme la pauvre Sylvie Testud qui est venue se perdre dans deux comédies d'une rare indigence bien longtemps après nous avoir notamment offert une superbe performance dans le formidable Les Blessures assassines de Jean-Pierre Denis au tout début du siècle. On ne citera pas le reste du casting qui de toute manière se partage la partie congrue d'un script rachitique, mal écrit et d'un récit qui accumule tant de fautes de goût en matière de dialogues que le malaise finit par s'imposer face à des interprètes qui rament à contre-courant. Bref, un désastre !

 

mardi 27 février 2024

Cocorico de Julien Hervé (2024) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 



Cocorico.... Toute le message et la portée philosophico-franchouillarde ne tient qu'à ce seul terme dont le chauvinisme n'a sans doute aucun équivalent sur le territoire français. Il m'est avis que le réalisateur et scénariste Julien Hervé dû un soir d'hiver, projeter au coin d'un feu animé au sein du foyer d'une cheminée multicentenaire, le Plancha d'Eric Lavaine. L’appropriation d'une idée plutôt amusante ainsi effectuée, le bonhomme se retrouva avec sur les bras un début de scénario qui de l'avis de n'importe quel cinéphile ne pouvait constituer l'unique substrat d'une vraie bonne comédie hexagonale. À cela il lui fallait donc travailler sur le matériau de base afin de l'étoffer et, pourquoi pas, offrir en ce mois de février 2024, une œuvre suffisamment riche pour nous faire oublier la quantité hautement toxique de purges qui furent produites l'année dernière. En double Lucky Luke de la farce ''à la française'' tournant plus vite que leur ombre, l'ex membre du Splendid, Christian Clavier et l'ex Inconnu Didier Bourdon s'y battent lors d'un duel verbal que l'on aurait tant aimé à la hauteur de ces quelques classiques de la comédie française regroupant une brochette d'interprètes prêts à se battre à grands coups de dialogues bien sentis. Le concept de test ADN permettant de connaître ses origines est en soit une idée de scénario plutôt séduisante. Surtout lorsqu'elle confronte une famille de français moyens (celle qu'incarnent Didier Bourdon et Sylvie Testud) à un couple d'aristocrates (formé par Christian Clavier et Marianne Denicourt)... Accompagné par l'habituel cortège de clichés, Cocorico commence plutôt bien, les uns et les autres figurant plutôt clairement leur position dans la société. Lors d'une réunion se déroulant dans l'immense et luxueuse demeure des Bouvier-Sauvage (le long-métrage fut tourné au château de Montaigne à Saint-Michel-de-Montaigne en Dordogne), la fille des richissimes viticulteurs (Chloé Coulloud dans le rôle d'Alice) et le fils des Martin (Julien Pestel dans celui de François) annoncent qu'ils vont se marier. Une nouvelle qui n'enthousiasme pas les Bouvier-Sauvage contrairement aux Martin. Le jeune couple en profite pour faire une surprise à leurs parents respectifs : En douce, Alice et François ont récupéré l'ADN de leurs parents, ont fait faire le test dans le laboratoire où travaille la jeune femme et tendent désormais à chacun de leurs parents l'enveloppe à son nom. Comme on s'en doute bien avant avoir posé nos fesses sur les sièges bordeaux de notre salle de cinéma préférée, les résultats vont avoir des effets inattendus sur les membres des deux familles...


Autant le dire tout de suite, Cocorico ne réchauffera le cœur que des fans de comédies françaises estampillées ''années 2000-2010'' qui dans leur grande majorité n'ont d'autre intérêt que de leur faire jeter leur argent par les fenêtres. Six ans après son premier long-métrage Le doudou, le scénariste des volets 2, 3 et 4 des Tuche ou du déplorable Astérix & Obélix: L'Empire du Milieu de Guillaume Canet est à l'image d'un train qui poursuit son chemin sur la même voie ferrée : Habitué à nous livrer des dialogues poussifs, la donne ne change ici absolument pas. Les diverses révélations sont à la hauteur de la déception. La première partie se concentrant très exactement sur les résultats des tests et sur les conséquences en terme de rapports entre les deux familles, il semble que Julien Hervé ne se soit pas donné trop de peine pour trouver les origines permettant de remettre en question les acquis des uns et des autres. En cela, LE sujet central du récit est on ne peut plus défaillant. Et pourtant, oui, le pire reste à venir. Entre une Marianne Denicourt qui fait le poirier afin de reprendre ses esprits, un Christian Clavier qui relance sans cesse le personnage incarné par Didier Bourdon sur ses origines allemandes ou une Sylvie Testud s'accoutrant pathétiquement en descendante de la reine Élisabeth II, Cocorico a presque cinquante ans de retard. Ce que l'on aurait pu prendre pour des railleries émises par les deux ou trois couples du troisième âge qui assistaient à la séance furent d'authentiques rires diffusés dans une salle dramatiquement vide ! Je lançais ça et là quelques regards dépités vers ma compagne qui de son côté semblait avoir abandonné tout espoir de passer du bon temps. J'osais même sortir et allumer mon smartphone en pleine séance dans l'espoir que le plus gros du film était déjà derrière nous... Les acteurs ont beau en faire des tonnes, il n'y aurait eu guère que la distribution à l'entrée de la salle d'un comprimé de Viagra pour rendre l'expérience réellement excitante. Sans être totalement affligeant (projetez-vous Notre tout petit petit mariage de je sais plus qui pour vous en convaincre), Cocorico ne mérite ni le déplacement en salle et encore moins que l'on débourse un peu plus de vingt euros pour assister à sa projection...

 

mardi 28 avril 2020

Rendez-vous chez les Malawas de James Huth (2019) - ★★★★★★☆☆☆☆



Contre la sinistrose, rien de mieux qu'une comédie. Bonne ou mauvaise, qu'importe. L'essentiel est de se vider la tête, rire un bon coup et pourquoi pas, en conserver un bon souvenir. On évitera donc d'avoir la dent trop dure contre le dernier long-métrage de James Huth, auteur auparavant de Brice de Nice, de Lucky Luke ou d'Un Bonheur n'arrive jamais Seul. Rien de transcendant, donc à part pour celles et ceux qui édifièrent une stèle autour du personnage incarné par Jean Dujardin, le fameux Brice en question. Si Rendez-vous chez les Malawas se digère relativement bien, cette petite comédie dans l'air du temps, avec ses gags grabataires et son contexte voilant à peine ses références télévisuelles, déroule son récit sans qu'aucune aspérité ne vienne gripper le train-train d'un cinéma français humoristique qui se mord la queue à force de toujours copier/coller le même concept. Il sera facile pour certains d'évoquer l'image d'une Afrique primitive comme élément de caricature. Mais ne l'oublions pas, si l’œuvre de James Huth évoque forcément la remarquable émission présentée par Frédéric Lopez (puis plus tard par Raphaël de Casabianca) Rendez-vous en terre inconnue, il n'y a aucune raison valable de n'y voir que le côté sombre des éternels clichés dont se font les pourfendeurs les marchands de la bien-pensance. Car qui oserait critiquer la dite émission ? Certainement pas ceux qui pourraient par contre éventuellement s'acharner sur l’œuvre de James Huth...

A dire vrai, ceux que le réalisateur/scénariste moque réellement dans ce long-métrage qui confronte quatre ''célébrités'' à un peuple d'Afrique, ce ne sont pas ces malawas que l'on aurait aimé voir réellement exister mais bien ce journaliste en perte de vitesse, animateur d'un ''télé-achat'' et leader autoproclamé. Cette actrice de sitcom dont aucun film n'a vu le jour sur grand écran. Cet humoriste qui parvient péniblement à remplir les salle de spectacle. Ou bien ce footballeur professionnel pas vraiment finaud. On le comprends assez rapidement : le réalisateur n'a pas choisi de faire dans la finesse et semble n'avoir pas la moindre tendresse pour ses ''héros''. Ici, le message tiendra dans quelques toutes petites phrases laissées derrière eux par celle et ceux qui par la force des choses sont devenus les vedettes préférées des français. James Huth a beau tourner son film sur des terres africaines absolument magnifiques, il n'en exploite malheureusement le potentiel que très superficiellement. Ou comment gâcher une opportunité en ne concentrant son intrigue qu'autour de son quatuor de pantins.

Sylvie Testud, Michaël Youn, Ramzy Bédia et Christian Clavier font ce qu'on leur demande et ils le font bien. Pascal Elbé incarne quant à lui l'alter ego de Frédéric Lopez en la personne de Léo Poli tandis que François Levantal interprète le cameraman Géronimo. La plus grosse déception de Rendez-vous chez les Malawas se situe dans son manque flagrant de profondeur. Ça n'est pas parce que le réalisateur a voulu une fois encore emprunter le terrain de la comédie que cela doit forcément l'empêcher à chaque fois d'y imposer une certaine dimension. D'autant plus qu'avec la référence télévisuelle que se traîne derrière lui son dernier long-métrage, le script co-écrit par James Huth, Michaël Youn et Sonja Shillito possédait des bases solides qui ne manquaient plus qu'un tout petit effort d'imagination de la part de ses auteurs. En l'état, Rendez-vous chez les Malawas est une comédie sympathique, drôle à certaines occasions si rares soient-elles, mais manquant, je le répète d'une certaine profondeur. Si son peuple imaginaire ne laisse pas indifférent, James Huth semble très rapidement s'en désintéresser pour ne concentrer son récit que sur son carré de vedettes. Un choix malheureux pour une comédie qui une fois encore, ne parvient pas à s'extraire du lot...

jeudi 2 avril 2020

Toute Ressemblance... de Michel Denisot (2019) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



J'évite en général scrupuleusement de m'adonner à ce genre de pratique mais une fois n'est pas coutume, je suis allé me rendre compte sur différents médias de la curée dont a été victime le premier long-métrage de Michel Denisot avant de le visionner. Une habitude pour ces animateurs, ces chanteurs ou ces comédiens qui choisissent d'investir les plateaux de cinéma pour donner vie à un fantasme : Devenir réalisateur. En son temps, l'unique long-métrage de Patrick Sébastien, T'Aime, ne fut-il pas lui-même victime de quolibets parfois injustifiés ? Aujourd'hui, c'est au tour du journaliste et animateur Michel Denisot de faire les frais d'une presse qui semble avoir beaucoup de mal à accepter qu'une personnalité sorte de sa zone de confort. Toute Ressemblance… est une œuvre hybride. Entre comédie et drame. Une comédie dramatique comme nous pourrions l'évoquer mais la frontière est dans ce cas précis si difficile à appréhender que l'on ne sait plus vraiment sur quel pied danse le récit. Ce qui depuis quelques années sauve la comédie française, c'est lorsqu'elle parvient ponctuellement à apporter une émotion que l'on ne trouvait jusque là que dans le genre dramatique. La comédie en tant que telle ne produisant qu'une infime production de qualité chaque année (un ou deux longs-métrages, pas davantage), c'est le cœur que doit toucher le cinéaste, et plus uniquement les zygomatiques. Et en général, cela fonctionne. Sauf qu'avec Toute Ressemblance…, Michel Denisot rate absolument tout ce qu'il entreprend.

D'abord, le contexte : présentateur vedette du journal de 20 heures de La Grande Chaîne, Cédric Saint Guérande est LA star qui depuis dix-huit ans bat des records d'audience. Ses adversaires ont les dents longues mais les siennes rayent le parquet depuis tellement d'années qu'il connaît tous les rouages, toutes les manœuvres, tous les coups fourrés lui permettant de conserver son poste de présentateur. Même l'arrivée du nouveau directeur Julien Demaistre dont le rôle est de tout réorganiser au sein de La Grande Chaîne n'y changera rien. Seule faiblesse de CSG : Elisa. Sa compagne dont il est fou amoureux... Toute Ressemblance… démarre alors que Cédric Saint Guérande est poursuivi en voiture par une meute de paparazzis. Ce démarrage en trombe étant la résultante d'une vie pleine d'orgueil et de mépris, Michel Denisot se propose de développer sous la forme d'un flash-back en voix-off, le succès et la chute de l'empereur du journal de 20h.
Sauf que...

Sauf que Michel Denisot en signant Toute Ressemblance… n'a rien d'un précurseur. Le sujet de son film semble avoir été déjà mis en scène des dizaines de fois auparavant. Surtout, le titre laisse transparaître un sentiment d'aigreur face à cette description peu élogieuse qu'il fait du petit monde de la télévision. Une sensation que semble confirmer la toute fin du long-métrage lorsque au classique ''Toute ressemblance avec des personnes […] ne saurait être que fortuite'', Michel Denisot adjoint un point d'interrogation accusateur. Si dans le fond, le sujet peut attiser la curiosité, voire une certaine forme d'indiscrétion, le résultat est pitoyable. Le réalisateur et scénariste (scénario co-écrit avec Karine Angeli) pond une œuvre qui hésite tant entre humour et comédie dramatique qu'au final, elle n'est ni drôle, ni émouvante. Franck Dubosc est assez peu convainquant même si l'on pourra tout de même apprécier son approche d'un genre qu'il na pas si souvent l'occasion d'interpréter sur grand écran. Jérôme Commandeur est toujours aussi savoureux même si l'insistance de son personnage à évoquer ses appétences homosexuelle finissent par se révéler lourdement redondantes. Sylvie Testud assure son rôle de concierge/bonne à tout faire, Caterina Murino campe une très séduisante Elisa, quant à Denis Podalydès, il demeure sans doute le seul qui tire véritablement son épingle du jeu même s'il s'avère insuffisamment employé. Et ne parlons même pas des éphémères présences d'Alain Delon, de Michel Drucker, de Laurence Ferrari, de Patrick Poivre D'Arvor ou de Claire Chazal en mode ''j'invite mes vieux amis de la télé'' qui vieillissent prématurément un film qui déjà, n'en avait pourtant pas besoin. Caricatural jusqu'à la nausée et finalement assez malhonnête de la part d'un homme qui s'est nourri toute son existence du média télé, Toute Ressemblance… est raté !

mardi 23 juillet 2019

Convoi Exceptionnel de Bertrand Blier (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆







La collaboration entre les acteurs français Gérard Depardieu et Christian Clavier n'est pas de première jeunesse. S'il est largement connu qu'ils ont partagé ensemble les rôles vedettes de deux volets de la franchise Astérix (Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi en 1999 et Astérix et Obélix : mission Cléopâtre d'Alain Chabat en 2002) et de la comédie Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré en 1995, il est sans doute moins familier que de savoir que deux décennies auparavant, ils se sont frottés l'un à l'autre dans le très beau et véritablement tragique Dîtes lui que je l'aime de Claude Miller en 1977. Ça n'est donc qu'une demi-surprise que de les retrouver une fois encore réunis sur grand écran. Une demi-surprise car c'est par contre la première fois qu'ils sont ensemble sur le tournage d'un long-métrage réalisé par le cinéaste, écrivain et dialoguiste Bertrand Blier. Convoi Exceptionnel l'est, d'exceptionnel, à plus d'un titre. Tout d'abord parce que le dernier film du cinéaste remontait à 2009 (l'excellent Le Bruit des Glaçons), soit presque dix ans, et que l'on ne peut rester indifférent à tout ce que touche l'auteur des cultissimes Les Valseuses, Calmos, Préparez vos Mouchoirs, Buffet Froid, ou encore Tenue de Soirée et Merci la Vie.

Bien que les années 2000 aient été parfois désastreuses en terme de critiques (Combien tu m'aimes ? méritait sans aucun doute un meilleur sort quand l'adaptation cinématographique de sa propre pièce de théâtre Les Côtelettes se révélait, elle, ponctuellement, mais trop rarement, exaltante), en ce début d'année 2019, on espérait le retour en grâce du fils spirituel de Michel Audiard. Alors, qu'en est-il ? Et bien, mieux vaut ne pas s'attendre à ressentir les mêmes émotions qui nous étreignirent à l'époque des burlesques et surréalistes chefs-d’œuvre du cinéaste français sous peine d'éprouver un curieux ressentiment envers ce qui semble être une œuvre testamentaire aussi grave qu'ennuyeuse. Les fans du génie des mots et des maux retrouveront certainement quelques références à son Buffet Froid lors de la rencontre entre nos deux héros, le clochard Taupin, le bourgeois Foster et ce flic incarné par Philippe Magnan ou plus loin encore à son anti-féministe révolutionnaire Calmos lors du repas qui clôt l'aventure. Parmi les invités de cette farce moribonde, les actrices Sylvie Testud, Alexandra lamy, Audrey Dana, Isabelle de Hertogh et pour la quatrième fois sous la houlette de son mari de réalisateur, Farida Rahouadj. Côté gente masculine, on a droit aux participations d'Alex Lutz (auteur et principal interprète du remarquable Guy), Bouli Lanners, Louis-Do de Lencquesaing, Jean Dell ou encore Guy Marchand qui semble ici, et dans la peau d'un producteur, figurer Bertrand Blier lui-même.

Il est parfois des impressions difficiles à retranscrire. Pourquoi, d'un côté, sommes nous en mesure de crier au génie d'un Quentin Dupieux rythmant ses œuvres à la vitesse d'un escargot atteint de polyarthrite et écrites sur un minuscule bout de papier tandis qu'il peut devenir très vite insupportable de suivre jusqu'au bout les aventures rarement réjouissantes des héros de ce Convoi Exceptionnel ? Peut-être parce qu'à sa façon, Bertrand Blier aura-t-il façonner une filmographie si exceptionnelle (pour le coup), si pertinente et si personnelle qu'il devient alors impossible de lui pardonner la moindre faiblesse ? Son dernier long ne comble absolument pas les attentes. Presque dix ans de patience pour un résultat en demi-teinte. En quart de teinte, même, oserai-je dire. Et pourtant, malgré tout, et c'est sans doute ce qui fait de ce Convoi Exceptionnel une immense déception, le film possède quelques rares moments d'intense émotion et de poésie qui émaillent un récit anémique. Le dernier film de Bertrand Blier aurait sans doute trôné en bonne place aux côtés de ses meilleures œuvres si chacune des scènes avaient ressemblé à celle qui oppose durant quelques instants Christian Clavier à Alexandra Lamy qui pour le coup, efface la présence de n'importe quel autre personnage. Aussi vite vu, aussi vite oublié...

dimanche 5 mai 2019

Ce que mes Yeux ont Vu de Laurent de Bartillat (2007) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, Angel Heart d'Alan Parker, La Neuvième Porte de Roman Polanski... Quelques exemples de longs-métrages dont les fascinantes intrigues eurent besoin de prendre le temps qu'il fallait pour étoffer leur sujet et mener leurs héros sur le chemin de la résolution. Laurent de Bartillat, lui, opère à contre-courant de ces œuvres dont les sujets alambiqués sont pourtant si remarquablement menés que le spectateur y assiste sans jamais se prendre la tête entre les mains de désespoir d'échapper totalement à la logique du récit. Une heure et dix-huit minutes... soixante dix-huit petites minutes auront suffit au cinéaste et à son héroïne campée par la formidable Sylvie Testud pour résoudre l'intrigue de l'unique long-métrage du réalisateur français au titre aussi évocateur que poétique Ce que mes Yeux ont Vu. Tel un métronome, Laurent de Bartillat a réapparu tous les dix ans. En 1987 et 1997 avec les courts-métrages La Villa du Cap et Heart Race, et puis en 2007 avec ce qui demeure donc son unique long-métrage. Comme si le cinéaste avait souffert de cette expérience aux tenants labyrinthiques et émotionnels forts, nous n'en avons entendu parler depuis.

Le spectateur, lui, n'y aura peut-être vu que du feu. D'abord conquis par la prestation de Sylvie Testud en jeune femme obsédée à l'idée de découvrir qui se cache derrière le portrait d'une femme peinte de dos sur une partie des œuvres du peintre Jean-Antoine Watteau, ou au contraire, trop absorbé par cette énigme qui justement, manque peut-être d'envergure pour convaincre autant que les quelques exemples cités plus haut. Face à l'actrice, un Jean-Pierre Marielle trop discret mais imposant de part sa stature, son charisme et le timbre de sa voix. On aurait sans doute aimé voir se confronter davantage la jeune femme et son mentor, mais le cinéaste qui signe également le scénario a tout d'abord choisi de s'intéresser à son actrice et à son héroïne. Une Lucie fragile, dont on devine assez rapidement la fragilité. Menacée d'être délogée par un propriétaire qui n'a pas été payé depuis trois mois, vivant seule et n'ayant comme contacts que son employeur Ivan incarné par Miglen Mirtchev (Lucie ''gagne sa vie'' dans une petite boite proposant un service de copies), la restauratrice et analyste Garance (Agathe Dronne), la mère de Lucie (Christiane Millet), Dussart (Jean-Pierre Marielle) qui dirige la thèse de la jeune femme, et bientôt Vincent, un homme statue sourd et muet avec lequel elle nouera une très étrange relation...

… du remplissage penseront sans doute certains puisqu'il est vrai que l'intervention de ce personnage incarné à l'écran par l'acteur d'origine suisse James Thierrée ne semble avoir d'autre fonction que d'ajouter quelques menus éléments à une intrigue qui déjà tient sur une faible structure. Le chantier n'est donc pas d'ampleur et laisse dubitatif. Opposant à une maîtrise de la narration, un mystère qui ne convaincra pas tout le monde dans son approche et son développement, il n'y aura guère que les quinze ou vingt dernières minutes pour démontrer tout le potentiel gâché d'une œuvre qui aura d'abord noyé le spectateur sous une couche de sous-intrigues parfaitement inutiles. A dire vrai, même si le personnage de Vincent déconcerte et semble parfois élever l'intrigue, le cinéaste ne semble plus savoir comment s'y prendre pour le dégager du récit. Un être qui passe, s'engouffre dans l'histoire pour s'en échapper de manière inattendue. Peu divertissant dans sa première moitié, Ce que mes Yeux ont Vu est une œuvre austère, triste, manquant d'avoir été trop sobrement développée. Un long-métrage qui aurait pourtant mérité une écriture davantage travaillée en profondeur. Reste l'ambiance, un dernier acte qui nous fait regretter la naïveté des précédents et surtout, une Sylvie Testud habitée par son personnage... Un semi-échec...

Mumu de Joël Séria (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆



On l'aurait presque oublié, mais le réalisateur français Joël Séria est toujours en activité. Il a beau avoir mis entre parenthèses sa carrière de cinéaste au cinéma pour se consacrer depuis le milieu des années quatre-vingt au petit écran avec, notamment, deux épisodes de la série Série Noire, quelques Nestor Burma, ainsi que plusieurs téléfilms, il est toujours bien vivant. Vingt trois ans après sa dernière incursion sur grand écran, le voilà qui réapparaissait avec Mumu en 2010, son dernier long-métrage cinéma à ce jour. Rarement aura-t-on vu cinéaste hexagonal produire consécutivement autant d’œuvres cultes. A l'image d'un Bertrand Blier mais dans un genre nettement plus champêtre, Joël séria fut effectivement le réalisateur des classiques Mais ne nous délivrez pas du mal (en 1973), Charlie et ses deux nénettes (en 1975), Les Galettes de Pont-Aven (en 1976), Marie-poupée (en 1977), Comme la lune (en 1977) ou encore Les Deux Crocodiles (en 1987).

Après Jean Carmet, Jean-Pierre Marielle, Jeanne Goupil, Serge Sauvion, Bernard Fresson ou encore André Dussolier, c'est au tour de Sylvie Testud, Balthazar Dejean de la Bâtie, Jean-François Balmer, Bruno Lochet et Dominique Pinon de servir le scénario écrit des propres mains du cinéaste (une habitude chez Joël Séria). Retour en 1947 dans un petit village d'Anjou. Envoyé dans une école dont la classe est tenue d'une main de fer par l’acariâtre institutrice Melle Mulard, dite ''Mumu'', Roger, onze ans, est le souffre-douleur d'un père qui ne supporte plus son comportement. Après avoir été renvoyé pour la quatrième fois d'une école, le garçon échappe de justesse à la pension mais se retrouve dans la classe de la tyrannique institutrice. L'école compte d'autres membres, tel le curé et le pion ''Saucisse''. La rencontre entre Melle Mulard et Roger sera déterminante pour eux deux...

Avec Mumu, Joël Séria rompt le pacte qui liait chacun de ses précédents long-métrages de part leur statut d’œuvres cultes. En effet, on ne retrouve jamais la puissance évocatrice des films qu'il réalisa dans le courants des années soixante-dix et quatre-vingt. Le cinéaste nous replonge en un temps que beaucoup de cinéastes avant lui ont transformé avec brio (Les Choristes de Christophe Barratier ou Un Sac de Billes de Christian Duguay pour ne citer que ces deux seuls exemples) tandis que lui ne fait que survoler son sujet... Un Mumu plutôt neuneu, donc. Et davantage cul-cul que culte ! À dire vrai, rarissimes sont les occasions d'apprécier ce spectacle tout juste digne de passer sur une chaîne nationale que sur grand écran. C'est mou, jamais parcouru de séquences vraiment marquantes. Sylvie Testud a beau être une excellente actrice, caricaturer son personnage à outrance n'apporte rien. Le jeune Balthazar Dejean de la Bâtie est sans doute le seul sur qui compter afin que le bateau reste à flots. Jean-François Balmer non plus n'est pas mauvais. Tout comme Bruno Lochet en pion. Par contre, fidèle à l'image qu'il donnait par exemple en 1996 avec Les Deux papas et la Maman de Jean-Marc Longval, Antoine de Caunes est toujours aussi mauvais acteur. Heureusement qu'il ne fait que passer à l'image. On regrettera cependant la trop courte apparition de la charmante Helena Noguerra dans le rôle de la Mère de Perchard (l'un des camarades de Roger), dernier soubresaut d'un cinéaste qui malheureusement ne fait plus rêver, a perdu de sa force, et n'ose plus s'aventurer sur des terres autrement plus délicieuses. Dommage...

dimanche 30 décembre 2018

Le Bonheur de Pierre de Robert Ménard (2008) - ★★★★★★★☆☆☆




Si Pierre Richard n'a jamais cessé de demeurer attachant, il faut avouer que parfois, certains des personnages qu'il incarna dans les années 2000 manquaient de cette folie et de cette poésie qui le rendirent célèbre à l'orée des années soixante-dix avec les films qu'il mit en scène et interpréta lui-même : Le Distrait, Les Malheurs d'Alfred, Je sais Rien mais je Dirai Tout, quand ce n'est pas d'autres qui se chargèrent de réaliser des œuvres qui allaient devenir de vrais classiques de la comédie française : Le Grand Blond avec une Chaussure Noire d'Yves Robert, La Moutarde me Monte au Nez de Claude Zidi ou encore La Carapate de Gérard Oury... En 2008, l'acteur français file tout droit jusqu'au Canada, dans la province du Québec, et plus exactement dans la région de Saguenay–Lac-Saint-Jean où se situe le village de Sainte-Rose-du-Nord au cœur duquel le réalisateur, producteur et scénariste québécois Robert Ménard tourne son huitième long-métrage. Avec dans le rôle principal, donc, notre Pierre Richard national qui dans la peau d'un professeur de physique quantique français vient s'installer aux côtés de sa fille Catherine dans l'auberge du village de Sainte-Simone-du-Nord ayant appartenu à la tante de Pierre, récemment décédée. Optimiste convaincu, le vieil homme et sa fille sont loin d'imaginer les conséquences que va engendrer leur installation dans l'auberge de la tante disparue. En effet, accueillis par le maire du village, Michel Dolbec, celui-ci va tout faire pour s'en débarrasser, convaincu que l'auberge lui revient de droit. Raciste, il ne supporte pas que des français viennent s'installer durablement à Sainte-Simone-du-Nord. Marié à Louise qui ne voit pas d'un bon œil les agissements de son époux, et père d'un Steven pas très futé, Michel Dolbec peu compter sur l'aide de Ti-Guy, le plombier du village ainsi que sur plusieurs habitants de Sainte-Simone-du-Nord pour pourrir la vie d'un Pierre optimiste et philosophe qui ne voit le mal nulle part et qui malgré l'adversité, demeure toujours confiant et souriant. Heureusement que Catherine et l'ancien employé de la tante décédée, le peintre Mario Vaillant, sont là pour veiller au grain...

Drôle comme les avis se partagent autour de cette excellente comédie franco-canadienne. S'il est vrai qu'il faut un temps d'adaptation et que les rires ont bien du mal à fuser durant la première moitié du film, le cinéaste Robert Ménard parvient pourtant à signer l'une des comédies mettant en scène Pierre Richard, parmi les plus attachantes qui aient vu le jour dans les années 2000. Se partageant la vedette avec l'irascible mais néanmoins excellent acteur québecois Rémy Girard (célèbre dans son pays mais beaucoup moins chez nous), Pierre Richard y est formidable d'humanité et d'optimisme. A un tel point que l'on s'effraierait même de le voir si peu inquiet face aux dommages causés par un maire savoureusement incarné : raciste, minable, mais pourtant, époux d'une Louise interprétée par Louise Portal, celle-là même qui fut la Dany du dépressif Les Fauves de Jean-Louis Daniel en 1984 ou la chanteuse québécoise Bernadette Legranbois de l'excellente comédie signée par Jean-Marie Poiré deux ans plus tard, Mes Meilleurs Copains. Dans le rôle de Ti-Guy, le plombier pas très malin, l'acteur Gaston Lepage, originaire de Saint-Félicien, au Canada, et dans celui de Mario, le fils du maire, l'acteur québecois Jean-Nicolas Verreault, excellent.

Traitant du racisme, le scénario du Bonheur de Pierre est surtout un prétexte pour y voir le duel opposant l'irascible maire à l'impassible Pierre. Deux philosophies qui s'opposent dans une guerre de voisinage dont seule la sagesse sortira vainqueur. L'actrice française Sylvie Testud interprète le personnage de Catherine. Dépaysée, c'est de façon singulièrement outrée et finalement peu efficace (les singeries de cette actrice pourtant formidable n'ont aucun effet) que l'actrice incarne la fille de Pierre. Si le film a du mal à démarrer, on finit pourtant par s'attacher aux personnages, l'humour venant prendre peu à peu la place qui lui est due. Le Bonheur de Pierre est au final si communicatif qu'il devient celui du spectateur qui sort de la projection, le sourire aux lèvres...

vendredi 23 novembre 2018

Dédales de René Manzor (2003) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le cinéma de René Manzor, c'est souvent une histoire de famille.. L'occasion d'y embaucher son frère, le compositeur Jean-Félix Lalanne, avec lequel il partage une même fraternité. Celle de Francis Lalanne, le chanteur aux cuissardes et à la longue et brune chevelure. Davantage productif à la télévision sur des séries et des téléfilms que sur grand écran, René Manzor, ou René Lalanne à la ville, donc, n'a réalisé dans sa carrière de cinéaste qui remonte tout de même à plus de trente ans, que quatre longs-métrages pour le cinéma. S'il est une chose qu'on ne pourra pas lui reprocher, c'est d'avoir essayé d'apporter sa pierre à l'immense édifice du cinéma de genre puisque dès 1986, avec Le Passage, le réalisateur s'est penché sur des genres que beaucoup de cinéastes français évitèrent d'évoquer à l'époque. Le fantastique, pour commencer, puis l'horreur et l'épouvante quatre ans plus tard avec 3615 code Père Noël. Après une incartade du côté de la comédie romantique, toujours teintée de fantastique, en 1997, le français s'attaque à un genre périlleux dans l'hexagone : le thriller. Un genre qui n'a pas connu chez nous que le bonheur même si certains cinéastes se sont penchés dessus par le passé en signant de véritables chefs-d’œuvre (au hasard, Henri-Georges Clouzot avec Les Diaboliques en 1954). Avec Dédales, René Manzor semble vouloir mettre en scène un sous-Seven (David Fincher, 1995) à la française, dont il tente d'emprunter la moiteur en laissant de côté l'ingénieux scénario, mais a le malheur de sortir son film la même année que l'excellent Identity de James Mangold qui (fruit du hasard?) sort la même année, en 2003. En effet, alors que le film de René Manzor sort sur les écrans de cinéma le 17 mai 2003, celui de James Mangold sort quatre mois plus tard. Encore une chance pour le français que son film ait connu les honneurs d'une sortie antérieure au vu de l'inévitable comparaison qu'allaient générer deux récits abordant chacun à leur manière, le sujet de la schizophrénie.

Essentiellement incarné par Sylvie Testud, Lambert Wilson (épaulé par un Michel Duchaussoy effacé) et par Frédéric Dienfenthal, le sujet de Dédales tourne autour de Claude, une jeune femme enfermée dans un hôpital psychiatrique et accusée d'avoir fait de nombreuses victimes. Sur demande de son ami et collègue, le psychiatre Karl Freud (!!!), le docteur Brennac accepte d'étudier la jeune femme, atteinte de troubles dissociatifs de la personnalité. Le long-métrage est découpé en diverses sections, passant du présent (l'étude de la personnalité de Claude) au passé (l'enquête menée par l'inspecteur Matthias les six jours précédant l'arrestation de la jeune femme), le cinéaste tentant d'explorer la personnalité de la malade avec, malheureusement, toutes les difficultés du monde. Certains interprètes ont beau avoir du talent, et là, je veux bien évidemment parler de Sylvie Testud et de Lambert Wilson, l'intervention de Frédéric Dienfenthal et le scénario que René manzor a lui même conçu ruinent tout l'intérêt du film. Tout d'abord, Frédéric Dienfenthal y est proprement ridicule. Authentiquement improbable dans son personnage de flic écorché vif (auquel le cinéaste offre toute une galerie de stéréotypes allant du complet noir, l’œil glauque, le visage blafard dévoré par une barbe sombre, et peintre de la Noirceur à ses heures). Aucun charisme, se mouvant avec le talent d'un interpréte pioché au hasard dans une foule de badauds, l'acteur semblait plus à l'aise dans les Taxi que dans le thriller. Un rôle qui ne lui sied à aucun moment.

Quand au scénario, auquel on peut également joindre la mise en scène, difficile de lui accorder un semblant d'intérêt tant le cinéaste s'embrouille avec une intrigue poussive qui tente d'allier le thriller à l'américaine avec la sensibilité du cinéma hexagonal. En clair, on s'fait chier. Trop de blablas, une action qui manque de vigueur, et des seconds rôles parfois aussi agaçants qu'inutiles (Edouard Montoute et surtout Tomer Sisley). Heureusement, en terme de thrillers, le cinéma français à fait, depuis, de très grands progrès...

jeudi 1 décembre 2016

Arrête ton Cinéma de Diane Kurys (2016)



Mince, Diane Kurys est passée de La Leçon de Piano à Arrête Ton Cinéma ! Une véritable dégringolade, non ? Enfin, j'dis ça, j'en sais rien, j'ai pas vu le premier. GRAVE ERREUR ! On me signifie dans l'oreillette qu'il a, de plus, été réalisé par Jane Campion, et pas Diane Kurys. ALORS ! Diane Kurys... poum poum... Diane... Kurys... Tralala ! Ah ouais ! Effectivement ! On joue là dans une catégorie sensiblement différente. Donc, pour remettre les choses dans l'ordre, Diane Kurys, c'est celle qui a tourné à l'aube de sa carrière de réalisatrice le célèbre Diabolo Menthe. Véritable œuvre générationnelle à laquelle, il me semble, elle donnera une suite trois ans plus tard en 1980, avec Cocktail Molotov. La Baule-les-Pins, c'est elle également. En 1990. Puis d'autres que je me suis pas encore donné la peine de regarder.

Arrête Ton Cinéma ! est plus autobiographique encore qu'il n'y paraît. Car plus encore que le simple « portage » d'un roman au cinéma, le film semble connaître en parallèle quelques désagréments qui, s'ils sont différents de ceux décrits dans l'intrigue, pourrait avoir de quoi dérouter celle qui en est à l'origine : Sylvie Testud, l'actrice, mais également, Sylvie Testud la scénariste. Car Arrête Ton Cinéma ! est l'adaptation de son roman C'est le Métier qui Rentre dans lequel elle ne ménage pas la « Profession », sans pour autant viser tel ou tel producteur en particulier. Du moins, pas ouvertement. Il n'est nul besoin de bosser dans le milieu pour avoir déjà entendu tel ou tel cinéaste se plaindre d'avoir eu les mains liées ou de ne pas avoir pu réaliser son œuvre telle qu'il l'avait imaginée au départ. Des producteurs qui mènent la danse, on connaît. Vive donc les fameuses « director's cut» qui rendent grâce à des œuvres cinématographiques « génétiquement » (pelliculairement ? Numériquement?) modifiées.

Arrête Ton Cinéma ! n'est pas un mauvais film, non. Mais pas non plus un chef-d’œuvre. Pas le genre impérissable. A consommer rapidement donc, avant qu'il ne se gâte. Le problème de Diane Kurys, c'est qu'elle nous pond là un film qui semble d'une autre époque. Et malgré un sujet passionnant (pour qui est... passionné de cinéma), le résultat, s'il n'est pas affligeant, donne quand même des sueurs froides. Comprenez qu'en parcourant le casting, avec à sa tête l'excellente Sylvie Testud et les non moins remarquables Josiane Balasko et Zabou Breitman, on pouvait s'attendre à mieux. Cacher des stars derrière une mise en scène tristounette ne rapporte rien et Arrête Ton Cinéma ! en est l'exemple parfait. Ça n'est pas que l'on s'ennuie, loin de là, mais les gags prennent immédiatement de l'âge. On retrouve la Balasko de Arlette et de Nuit d'Ivresse (comprendre la désastreuse adaptation cinématographique et non pas l'excellente pièce de théâtre).

Sur l'instant, on se dit, mince, quel chouette petit film. Un rythme d'enfer, des situations qui s'enchaînent sans jamais nous laisser véritablement le temps de nous reposer (les tympans surtout), deux productrices barrées, euphoriques, survoltées (mais en même temps, fort dangereuses pour la carrière de Sybille (Sylvie Testud), des seconds rôles intéressants (Fred Testot, Claire Keim, Florence Tomassin ou encore François-Xavier Demaison, mais malheureusement un soufflet qui retombe très vite. Si l'on fait le bilan, que l'on sépare l'énergie déployée des moments de franche rigolade, on constate que ces derniers sont rares. On sourit plutôt qu'on ne rit. En fait, Arrête Ton Cinéma ! se révèle parfois aussi grotesque que la situation qui plonge son personnage principale entre les griffes d'un duo de productrices trop haut perchées pour être crédibles. Diane Kurys réalise donc une œuvre qui, si sur le papier était séduisante, se révèle au final une petite comédie qui ne vaut que pour le jeu outré de Josiane Balasko et Zabou Breitman. Pauvre Sylvie Testud...

dimanche 1 mai 2016

Les Visiteurs – La Révolution de Jean-Marie Poiré (2016)



Avec un peu plus de trois semaines de retard et une certaine anxiété, nous sommes enfin allés voir le troisième épisode des aventures de Godefroy de Montmirail et de son fidèle serviteur Jacquouille la Fripouille. Les Visiteurs – La Révolution va-t-il enfin nous rassurer sur le sort habituellement accordé aux suites de franchises qui peinent à se renouveler ?

Après avoir lu, vu et entendu de nombreuses critiques condamnant d'avance la dernière œuvre d'un cinéaste (Jean-Marie Poiré) qui n'avait rien fait depuis 2002, année du déjà désastreux Ma Femme... s'appelle Maurice, on pouvait s'inquiéter de n'obtenir, vingt-trois ans après l'original et dix-huit après le second, qu'un ersatz en 2016. Si certains se sont acharnés à vilipender Les Visiteurs – La Révolution pour ses problèmes de choix esthétiques, n'oublions tout de même pas que l’œuvre de Poiré n'a jamais véritablement été parcourue de chocs visuels époustouflants. Si les nuits américaines (procédé permettant de jouer de jour une scène censée se dérouler la nuit) ont semble-t-il « traumatisé » une partie du public au point de faire partie d'une longue liste de reproches à faire au film, il ne faut tout de même pas exagérer. Tout au plus, ce procédé plonge-t-il le film dans une ambiance bleutée assez particulière quoique pas vraiment choquante.

Concernant les nouveaux invités (au hasard, Franck Dubosc, Karin Viard, Sylvie Testud, Ary Abitan pour ne citer qu'eux), ils sont en nombre. Peut-être même un peu trop... nombreux. Si quelques-uns parviennent partiellement à tirer leur épingle du jeu, la trop grande diversité des personnages nuit à l'essence même de ceux interprétés par Jean Reno et Christian Clavier qui ne font plus désormais que partie du décor.
Marie-Anne Chazel abandonne son costume de sdf qu'elle n'a plus quitté depuis Le Père Noël est une Ordure, Jean Reno est un bien triste Godefroy, quant à Clavier, il éructe des propos qui ne font rire que les gamins des premiers rangs.

Alors. Les Visiteurs – La Révolution vaut-il la peine qu'on l'ait attendu autant d'années et mérite-il que l'on fasse l'effort d'aller le voir au cinéma ? La réponse est non. Définitivement non! N'ayons pas peur des mots et avouons-le : le troisième volets des Visiteurs est mauvais, pathétique, ennuyeux, et tout sauf drôle. Le comble pour une comédie n'est-il pas de laisser le spectateur indifférent ? Pour avoir été deux à aller le voir, à nous être lancé des regards pleins d'espoir, puis de désespoir... aller jusqu'à même s'endormir, toujours à deux, vers la moitié du film. A sourire lorsque les premières notes du célèbre thème composé par Eric Levy pour faire finalement la grimace au moment de quitter la salle, nous pouvons l'affirmer : Jean-Marie Poiré et son équipe ont manqué le coche.

Tout un passage se déroulant dans une diligence puis dans une auberge rappelle L'Auberge Rouge de Gérard Krawczyk. Peut-être le seul moment du long-métrage ayant un semblant d'intérêt. Dès le début le film ne pouvait que se mordre la queue à travers un synopsis ne permettant jamais vraiment aux spectateurs de s'identifier à tel ou tel personnage. Le choix de l'époque (ici la Révolution), qui apparaissait pourtant à la toute fin du second volet comme une option intéressante se révèle finalement sur le long terme un choix aux conséquences catastrophiques. Plus mauvais encore que Les Bronzés 3 - Amis pour la Vie et plus décevant que Les Trois Frères, le Retour, Les Visiteurs – La Révolution est bon à jeter aux oubliettes...

mardi 26 janvier 2016

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Christine et Léa Papin - Les Blessures Assassines de Jean-Pierre Denis (2000)



De la fiction...

Après avoir travaillé dans plusieurs grandes maisons comme bonne, Christine Papin est employée chez Mme Lancelin qui vit auprès de son époux et de leur fille Geneviève. La jeune femme parvient après quelque temps à faire embaucher sa sœur cadette Léa. Une situation qui ravit Christine qui rêve de pouvoir l'arracher à leur mère avec laquelle elle entretient des rapports compliqués. En effet, plus jeune, et alors qu'elle exprimait le désir d'entrer au couvent, elle se voit réprimander par sa mère à laquelle elle répond par la suite vouloir retrouver son père parti sur le front. C'est là que sa mère la menace de prévenir la police et de le faire enfermer au retour de la guerre, lui qu'elle accuse d'être un violeur. C'en est trop pour Christine et les rapports entre mère et fille ne seront plus jamais les mêmes.

Alors, lorsque Léa, bien des années plus tard, entre aux services des Lancelin, les deux sœurs sont heureuses. Malgré l'intransigeance de leur employeur, Christine et Léo ont droit à quelques moments de tranquillité et dorment dans la même chambre, sous les toits de la luxueuse demeure des Lancelin. Christine ne vivant qu'à travers sa sœur, Léa accapare toutes ses pensées. Se rendant elle-même malade au point d'être tétanisée par l'angoisse, Christine va commettre l'impensable, un soir, alors qu'elle et Léa se croyaient seules chez les lancelin...

Cinq ans après l'immense La Cérémonie de Claude Chabrol avec les non moins extraordinaires Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert, le cinéaste Jean-Pierre Denis donne une vision beaucoup plus proche du fait divers célèbre au cœur duquel furent présentées Christine et Léo Papin. Les Blessures Assassines n'est pas une œuvre de divertissement. Elle s'attache avec beaucoup de réalisme et de pudeur à décortiquer le récit d'un drame qui selon le déroulement de l'intrigue apparaissait comme inévitable.
L'un des principaux atouts du film de Jean-Pierre Denis est de justement révéler tout ce que le procès des sœurs Papin avait jugé bon d'ignorer. De l'enfance des deux héroïnes, et notamment celle de Christine, jusqu'au mensonge de la mère au sujet du père et que l'on jugera ou non comme l'événement marquant dans l'existence de la jeune femme, ce qui expliquera sans doute son désir de protéger sa sœur Léa. Qui mieux que Sylvie Testud aurait pu relever ce challenge difficile, aux côtés d'une Julie-Marie Parmentier elle aussi fantastique dans le rôle de Léa ?

A lire froidement le récit des événements dans un quelconque ouvrage, rien n'aurait pu nous bouleverser autant que l'admirable interprétation des deux actrices merveilleusement mises en scène par Jean-Pierre Denis. L'histoire des sœurs Papin fut maintes fois abordée en littérature et au cinéma. Jean-Pierre Denis en donne une vision juste et profondément humaine. Comme le sont justement ces deux sœurs liées par l'amour dans tout ce qu'il peut exprimer de beau et de sincère, nous les rendant attachantes même après leurs méfaits. Les Blessures Assassines est une merveille à ranger précieusement aux côtés de l’œuvre de Claude Chabrol...


... à la réalité

Christine Papin est née en 1905. Sa jeune sœur Léo, en 1911. connues sous le nom des Sœurs Papin, elles se rendirent célèbres en tuant leurs employeurs, une mère et sa fille. Contrairement au film de Jean-Pierre Denis qui demeure assez sobre, les événements qui surgirent dans la demeure des Lancelin le jeudi 2 Février 1933 furent d'une exceptionnelle violence, le médecin légiste chargé d'examiner les corps les ayant décrit comme de la bouillie sanglante. Les deux victimes furent énucléées, frappées à coups de couteaux et de marteaux avant d'être « ciselées » comme des lapins. Chrstine et Léa furent retrouvées par la police assises au fond du lit dans lequel elles dormaient après le travail. Lors du procès, Christine fut condamnée à mort avant d'être graciée. Elle écopa finalement d'une peine de travaux forcés à perpétuité. Sombrant dans la folie, elle fut internée à l'asile public d'aliénés de Rennes où elle mourut en 1937. Léa quant à elle fut condamnée à dix années de travaux forcés et retrouva sa mère avec laquelle elle vécu jusqu'à la mort de celle-ci. Léa s'installe alors dans un couple qui l'accueille et la fait passer pour la troisième grand-mère de leurs enfants. Elle y meurt le 24 juillet 2001 à l'âge de 89 ans.

Documentaire sur l'affaire des Sœurs Papin 
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